1Introduction
L’énergie locale, abordable et propre soutient nos objectifs en matière de décarbonation, de compétitivité et de résilience, comme indiqué dans le pacte pour une industrie propre et dans le plan d’action pour une énergie abordable .
Pour certains États membres de l’UE, l’énergie nucléaire est un élément important des stratégies de décarbonation, de compétitivité industrielle et de sécurité d’approvisionnement. Les plans nationaux actualisés en matière d’énergie et de climat (PNEC) indiquent que la capacité nucléaire installée devrait augmenter. Les centrales nucléaires fournissent de l’électricité propre, adaptée à l’électricité de base à faible intensité de carbone, en améliorant également l’intégration du système et en offrant une flexibilité facilitant le déploiement d’autres technologies propres. Ces avantages profitent à l’ensemble du système énergétique de l’UE.
Comme indiqué dans l’analyse d’impact sur l’objectif climatique à l’horizon 2040 de la Commission, toutes les solutions énergétiques à émissions de carbone faibles ou nulles sont nécessaires pour décarboner le système énergétique de l’UE. Les projections montrent que les sources à émissions de carbone faibles ou nulles produiront plus de 90 % de l’électricité dans l’UE en 2040, principalement à partir d’énergies renouvelables, complétées par l’énergie nucléaire. La mise en œuvre des plans des États membres en matière d’énergie nucléaire nécessitera des investissements importants jusqu’en 2050, tant pour la prolongation de la durée de vie des réacteurs existants que pour la construction de nouveaux grands réacteurs. Des investissements supplémentaires sont nécessaires pour les petits réacteurs modulaires (PRM) et les réacteurs modulaires avancés (RMA) ainsi, à plus long terme, que pour la fusion.
Conformément aux traités de l’UE , c’est à chaque État membre que revient le choix des sources d’énergie composant son bouquet énergétique, et notamment la décision d’utiliser ou non l’énergie nucléaire. Certains pays de l’UE mettent en place des programmes nucléaires prolongeant la durée d’exploitation des réacteurs existants et annonçant de nouvelles constructions. Enfin, certains envisagent pour la première fois d’inclure le nucléaire dans leur bouquet énergétique. Les perspectives relatives à la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité de l’UE dépendent de la prolongation de l’exploitation des réacteurs existants.
La primauté industrielle de l’UE dans le domaine de l’énergie nucléaire trouve ses racines dans des engagements fondamentaux: la maîtrise de l’ensemble du cycle du combustible, la promotion des écosystèmes innovants de startups et la réalisation de recherches de pointe, tout en garantissant les normes les plus élevées en matière de sûreté, de sécurité et de garanties nucléaires, en matière de gestion sûre et responsable des déchets radioactifs, en matière d’éducation et de formation de haut niveau, ainsi qu’en promouvant la transparence et l’engagement du public. La poursuite du développement des infrastructures essentielles pour la gestion du combustible usé et des déchets radioactifs, telles que les installations de stockage en couche géologique profonde, ainsi que l’intégration des principes de l’économie circulaire sont donc des composantes essentielles de tous les programmes nucléaires. La planification industrielle future et les investissements dans les capacités nucléaires et les infrastructures de recherche doivent être étroitement alignés sur les progrès réalisés dans ces domaines.
La diversification est essentielle au niveau de l’UE; des scénarios intégrant différents niveaux de déploiement de l’énergie nucléaire, fondés sur les décisions des États membres, pourraient soutenir la transformation de notre système énergétique afin de parvenir à la fois à la décarbonation de notre économie et à l’indépendance énergétique stratégique de notre continent. Afin de renforcer la sécurité économique de l’UE, la Commission a présenté la feuille de route visant à mettre un terme aux importations d’énergie russes, qui définit des mesures pour diversifier l’approvisionnement énergétique et réduire la dépendance à l’égard des sources extérieures.
Le présent programme indicatif nucléaire de la Commission fournit des informations quantitatives et qualitatives sur la portée des besoins d’investissement tout au long du cycle de vie de l’énergie nucléaire, en indiquant les domaines dans lesquels l’action des États membres devrait être prioritaire. Comme illustré ci-dessous, la réalisation des objectifs fixés par certains États membres nécessitera des investissements importants et des financements mixtes publics et privés. Des cadres politiques clairs pour réduire les risques des projets seront essentiels pour mobiliser les ressources nécessaires.
Le Comité économique et social européen (CESE) a rendu, le 4 décembre 2025, son avis sur ce programme indicatif nucléaire, conformément au traité Euratom. Adopté à une large majorité, cet avis affirme que l’énergie nucléaire joue et continuera de jouer un rôle déterminant dans la décarbonation du continent européen, compte tenu notamment du fait que l’UE va devoir renforcer son autonomie stratégique dans les domaines de l’énergie et des technologies.
Dans son avis, le CESE invite la Commission à définir des mesures réglementaires et financières de soutien aux investissements prévus dans les États membres. Il recommande en outre une approche neutre sur le plan technologique pour tous les instruments de soutien aux investissements dans les technologies propres, ainsi que l’accélération des investissements au moyen de mesures spécifiques, telles qu’un processus rationalisé en matière d’aides d’État et des incitations fiscales, ou encore des procédures d’autorisation plus efficaces et des décisions plus rapides à l’échelle européenne et nationale (en incluant notamment un engagement à rendre accessibles les fonds de cohésion de l’Union lorsque les États membres le décident, ainsi que les financements à long terme). De plus, le CESE a formulé des recommandations à propos de l’hydrogène, du rôle de l’énergie nucléaire dans l’intégration du système et des PRM.
La Commission se félicite de l’avis et des recommandations du CESE, qui vont dans le sens de ses initiatives stratégiques récentes et à venir. En 2025, la Commission a adopté un nouvel encadrement des aides d’État accompagnant le pacte pour une industrie propre, dont un volet simplifie les aides d’État en faveur des capacités de production dans le domaine des technologies propres, notamment des technologies nucléaires. En outre, la Commission a fourni des orientations aux États membres relatives à la conception de contrats sur différence et d’accords d’achat d’électricité efficaces, conformément à une approche neutre sur le plan technologique. La Commission a également adopté l’acte délégué établissant la méthode de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre pour les carburants bas carbone, ouvrant ainsi la voie à la production d’hydrogène à partir de l’énergie nucléaire.
En outre, la Commission préparera une évaluation des besoins du système énergétique en vue de la transition propre qui permettra de mettre à jour les besoins d’investissement dans le secteur de l’énergie pour la période 2031-2040 en examinant ce système de manière globale et en adoptant une approche neutre sur le plan technologique. Dans le cadre du train de mesures sur l’énergie de mars 2026, qui comprend le présent programme indicatif nucléaire et la stratégie relative aux PRM, la Commission présente également une stratégie d’investissement dans les énergies propres visant à mobiliser des investissements privés à grande échelle en faveur de toutes les technologies énergétiques propres, y compris le nucléaire. En outre, la stratégie de la Commission relative aux PRM, qui s’appuie sur les travaux de l’alliance industrielle européenne pour les PRM, soutient l’accélération du développement et du déploiement de ces réacteurs dans l’UE au début des années 2030 en vue de renforcer la compétitivité industrielle de l’Union. La future stratégie de l’UE pour la fusion définira un ensemble complet d’actions stratégiques visant à orienter les activités des secteurs public et privé européens dans les prochaines années, et confirmera le statut d’ITER en tant que pierre angulaire des efforts déployés par l’UE pour accélérer la commercialisation de l’énergie de fusion.
2Énergie nucléaire dans le contexte actuel
À la fin de l’année 2024, 101 réacteurs nucléaires étaient en service dans 12 États membres . Leur capacité nette installée s’élevait à environ 98 gigawatts électriques (GWe). En 2023, l’énergie nucléaire représentait 23 % de la production d’électricité de l’UE ( ). Le parc de réacteurs dans l’UE comprend trois nouvelles unités récemment raccordées au réseau et trois autres en construction .
À titre de comparaison, à l’échelle mondiale, 410 réacteurs électronucléaires étaient en service dans plus de 30 pays en 2023. 63 réacteurs supplémentaires étaient en cours de construction, dont trois quarts dans les économies émergentes et la moitié dans la seule Chine.
Une chaîne d’approvisionnement résiliente et une industrie nucléaire européenne compétitive sont essentielles pour maintenir le leadership de l’UE dans ce secteur. Tout au long du cycle de vie du combustible nucléaire et des installations nucléaires, il existe des vulnérabilités et des dépendances nécessitant une intervention coordonnée des États membres et de la Commission. La feuille de route visant à mettre un terme aux importations d’énergie russe contribuera à éliminer progressivement les dépendances nucléaires russes. En outre, la mobilisation de nouveaux talents et le soutien aux startups, la reconversion de la main‑d’œuvre existante et le maintien et le renforcement des compétences dans le domaine des technologies nucléaires seront essentiels pour soutenir le leadership stratégique de l’UE.
Les technologies nucléaires innovantes émergent et arrivent à maturité. La volonté de plusieurs États membres et de l’industrie européenne de développer de petits réacteurs modulaires (PRM) et des réacteurs modulaires avancés (RMA), y compris des conceptions fondées sur des technologies de génération IV, a conduit à la création d’une alliance industrielle européenne. Pour l’avenir, le développement et la commercialisation des technologies de fusion nucléaire nécessiteraient une approche stratégique de l’UE pour contribuer de manière significative à la réalisation et au maintien des objectifs ambitieux de l’UE en matière de climat, d’énergie et d’industrie au cours de la seconde moitié de ce siècle.
Au-delà du secteur de l’énergie, les soins de santé modernes sont étroitement liés à la chaîne de valeur nucléaire fournissant des radio-isotopes pour des diagnostics et traitements médicaux. Le maintien de la compétitivité sectorielle de l’UE est essentiel pour garantir l’accès des patients aux procédures et thérapies médicales vitales.
3L’engagement de l’UE en faveur des normes de sécurité les plus élevées
Les engagements fondamentaux visant à garantir les normes les plus élevées possibles en matière de sûreté nucléaire dans trois piliers constituent le fondement de la primauté stratégique de l’UE dans ce secteur.
3.1Cadre réglementaire solide et indépendant
Des autorités de réglementation nationales fortes et indépendantes sont essentielles pour atteindre des niveaux élevés de sûreté nucléaire. Doter les régulateurs nationaux de ressources suffisantes, tant humaines que financières, pour s’acquitter de leurs missions de réglementation, de contrôle et d’application des règles en matière de sûreté nucléaire est un élément essentiel de l’indépendance réglementaire. La législation Euratom, notamment par le biais de la directive sur la sûreté nucléaire et de la directive sur les déchets radioactifs, aborde les aspects de l’adéquation des ressources financières et des capacités humaines des autorités de régulation.
Dans le même temps, l’acquis environnemental doit être mis en œuvre au moyen d’évaluations telles que celles découlant des directives pertinentes.
Différentes situations nationales, telles que la taille du programme nucléaire, les caractéristiques du cadre juridique et réglementaire national et la structure de l’autorité de sûreté, ont suscité des approches nationales et systématiques pour estimer les besoins en ressources réglementaires.
Le groupe des régulateurs européens dans le domaine de la sûreté nucléaire (ENSREG) a contribué à partager des informations sur les plans de recrutement au niveau national afin de maintenir et de renforcer les capacités de régulation compte tenu des plans des États membres. Par rapport aux chiffres de référence de 2024, les postes supplémentaires prévus vont d’une augmentation des effectifs de 10 % à 50 % jusqu’au doublement des effectifs, en fonction des circonstances nationales. Un personnel suffisant des autorités de régulation est indispensable à la mise en œuvre sûre et efficace des plans nationaux.
La coopération transfrontière entre les autorités de régulation nationales peut faciliter et accélérer l’octroi de licences pour de nouvelles installations, ce qui pourrait réduire la charge administrative pesant sur les différents régulateurs. La Commission recommande aux États membres qui envisagent d’utiliser l’énergie nucléaire d’envisager de former une «coalition de pays volontaires», dans le cadre de laquelle ils pourraient faire converger leurs réglementations ou convenir de reconnaître mutuellement leurs décisions d’autorisation.
3.2Processus transparent et ouvert de participation du public
La participation de la société civile et du grand public par un dialogue transparent et ouvert à toutes les étapes du développement des projets nucléaires (décisions stratégiques et politiques, localisation, construction, exploitation, déclassement, gestion du combustible usé et des déchets radioactifs) est essentielle à leur succès.
Les États membres devraient également tenir compte des besoins d’investissement dans ce secteur, en soutenant les représentants de la société civile et en renforçant l’éducation ou la communication.
3.3Déclassement efficace, gestion responsable des déchets et économie circulaire
Un déclassement efficace et une gestion responsable des déchets radioactifs et du combustible usé sont essentiels pour garantir la sûreté et le maintien du soutien public à l’utilisation de l’énergie nucléaire.
Parallèlement à tout plan d’expansion nucléaire, les États membres sont encouragés à définir des politiques favorisant les progrès dans le domaine du déclassement et à faire avancer la réalisation des infrastructures nécessaires à la gestion des déchets radioactifs, y compris les installations de stockage en couche géologique profonde. Cela nécessite un engagement gouvernemental et un financement adéquat de la part des producteurs de déchets, conformément au droit dérivé d’Euratom14. Le règlement sur la taxinomie établit des critères d’examen technique pour classer certaines activités nucléaires comme durables.
Dans l’UE, environ 40 000 m3 de déchets radioactifs et environ 1 000 tonnes de métal lourd de combustible nucléaire usé sont produits chaque année, pour 620 TWh d’électricité sur la base de l’année 2023 .
L’industrie nucléaire de l’UE est bien équipée pour mener des activités de gestion des déchets radioactifs (tant pour les opérations que pour le déclassement), ainsi que pour les travaux de déclassement nucléaire, en appliquant les principes de l’économie circulaire, en maximisant le recyclage et la réutilisation des matériaux/équipements. À titre d’exemple, plus de 95 % des matériaux issus du démantèlement des réacteurs de Bohunice V1 en Slovaquie ont été recyclés. Le coût unitaire du déclassement global de cette installation peut être estimé à 8,33 EUR par MWh fourni, y compris toutes les opérations de gestion des déchets, à l’exception du stockage géologique des déchets de haute activité.
Bien que les évaluations des coûts soient constamment plus précises sur la base de l’expérience acquise, il convient de poursuivre les améliorations afin d’accroître la transparence et la sécurité du financement. Un financement important est nécessaire pour achever l’infrastructure de gestion des déchets radioactifs, y compris les installations de stockage géologique. Dans le dernier rapport publié par la Commission, l’estimation globale des coûts pour l’UE de la gestion de tous les déchets radioactifs, c’est-à-dire y compris les déchets générés par les activités passées, tous les déchets attendus des activités en cours et futures, et le déclassement des activités opérationnelles, s’élevait à environ 300 milliards d’EUR.
Conformément aux principes de l’économie circulaire, il est nécessaire d’étudier d’autres possibilités de recyclage multiple du combustible usé par la fabrication d’un combustible neuf (MOX) pour les réacteurs nucléaires.
4Perspectives en matière d’énergie nucléaire dans le système électrique de l’UE
Si l’on examine le PINC publié précédemment en 2017, , le scénario prospectif pour l’énergie nucléaire dans l’EU-27 avait été fixé à environ 80 GWe en 2025. La capacité actuelle est légèrement inférieure à 100 GWe, principalement en raison d’un nombre plus élevé d’installations existantes prolongeant leur activité que prévu au moment du précédent PINC.
L’analyse présentée dans le document de travail des services de la Commission qui l’accompagne fournit un scénario de déploiement de grands réacteurs nucléaires, y compris des analyses de sensibilité, des perspectives de déploiement de petits réacteurs modulaires, ainsi que des analyses des lacunes portant sur le marché et les installations du cycle du combustible nucléaire ainsi que sur la chaîne d’approvisionnement industrielle.