Contexte et objectif de l’évaluation
Le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (Feampa) institué par le règlement (UE) 2021/1139 1 (ci-après le «règlement Feampa») axe le financement issu du budget de l’Union sur le soutien à la politique commune de la pêche (PCP) 2 , à la politique maritime de l’Union et aux engagements internationaux de l’Union dans le domaine de la gouvernance des océans. Ce financement est un outil clé pour la mise en place d’une pêche durable et la conservation des ressources biologiques de la mer, pour la sécurité alimentaire grâce à l’approvisionnement en produits alimentaires d’origine aquatique, pour la croissance d’une économie bleue durable ainsi que pour des mers et des océans sains, sûrs, sécurisés, propres et gérés de manière durable.
La présente évaluation porte sur le Feampa, y compris ses volets en gestion partagée, directe et indirecte, et comprend les 26 programmes nationaux relevant du Feampa en gestion partagée 3 . Cet examen vise à fournir, à mi-parcours, une évaluation de la manière dont le Feampa atteint ses objectifs. Il s’appuie sur les cinq critères d’évaluation définis dans les lignes directrices de la Commission européenne pour une meilleure réglementation 4 .
L’obligation de procéder à l’évaluation à mi-parcours d’ici à la fin de l’année 2024 est prévue à l’article 45, paragraphe 1, du règlement portant dispositions communes 5 (volet «gestion partagée»). Cette évaluation couvre la période allant du début de la période de programmation jusqu’au premier trimestre de 2024. Compte tenu de la date à laquelle le présent rapport est rédigé, il ne s’agit pas d’une évaluation de l’incidence à part entière, mais d’un compte rendu des progrès accomplis à ce jour. En ce qui concerne le volet «gestion partagée», étant donné que les programmes nationaux Feampa ainsi que les règles et procédures nationales devaient être élaborés et adoptés avant que la sélection des opérations ne puisse commencer, les opérations n’ont officiellement été lancées qu’au second semestre de 2023, et les premières données ont été transmises en janvier 2024. Par conséquent, la mise en œuvre du soutien financier n’avait pas encore atteint des niveaux suffisamment importants pour permettre une évaluation des résultats et des incidences du Fonds. Une telle analyse d’impact pourra être incluse dans l’évaluation rétrospective de 2029, lorsque les opérations soutenues par le Feampa auront été mises en œuvre.
Le présent rapport fait donc le point sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre du Feampa à la moitié de son cycle de sept ans et indique la voie à suivre pour en évaluer l’incidence à l’avenir.
Principales constatations
À mi-parcours, le Fonds est en cours de mise en œuvre dans tous les États membres, même si le taux d’exécution est faible. Sur la base des données communiquées pour la période de rapport allant jusqu’au 30 juin 2024, le taux d’engagement a atteint 16 % en moyenne, sachant que 10 États membres sont nettement en dessous des 10 % et que le taux d’engagement de 4 États membres est même toujours de 0 % pour les 4 premières années de la période de programmation et 2 ans après l’adoption du programme.
La mise en œuvre varie fortement d’un État membre à l’autre et d’un objectif spécifique à l’autre. Au niveau de l’UE, la priorité 1 représente 59 % du total des montants engagés; la priorité 2: 20 %; la priorité 3: 8 %; la priorité 4: 2 %. Des progrès sont visibles en particulier dans les opérations menées par les organismes publics, notamment en ce qui concerne la collecte des données et le contrôle, et par les instituts de recherche pour les projets en matière d’innovation et d’approfondissement des connaissances; des progrès sont également constatés dans la concrétisation des groupes d’action locale (GAL) avec des différences entre les États membres.
Au-delà de la poursuite des objectifs spécifiques, à ce stade précoce de mise en œuvre, les premières opérations lancées témoignent d’emblée d’un soutien fort à la collecte des données et au contrôle, à l’obligation de débarquement, pierre angulaire de la PCP, et à la protection de la biodiversité, ainsi que d’un soutien à la pêche artisanale.
Efficacité
L’aide prend du temps à se matérialiser et seules quelques opérations ont été menées à bien jusqu’à présent. Les écarts entre les États membres sont importants: certains entament à peine la mise en œuvre du programme, tandis que d’autres ont déjà engagé plus de 40 %, voire près de 50 %, de leur dotation au titre du Feampa. Si l’on considère le côté positif des choses, le Feampa semble être plus avancé que ne l’était le FEAMP à la moitié de la période de programmation, ce qui laisse penser que les États membres prévoient de progresser considérablement en 2025 dans la plupart des cas. Le Feampa est confronté à certaines difficultés, notamment en ce qui concerne la capacité organisationnelle, et à un besoin de cohérence dans la formation et le développement des compétences, en particulier au niveau national. S’il les surmonte, le Feampa gagnera encore en efficacité dans la poursuite de ses objectifs de changements structurels durables dans les secteurs de la mer et de la pêche.
L’engagement des parties prenantes dans la préparation des programmes nationaux Feampa a aussi largement prouvé son efficacité, les autorités de gestion suscitant une approbation et une satisfaction marquées. Cependant, il est encore possible de rendre les contributions plus innovantes et de mieux faire correspondre les attentes des parties prenantes aux réalités pratiques des programmes. Il est également possible de simplifier et d’optimiser davantage l’efficacité du système de mise en œuvre, en particulier par un recours accru à des options de coûts simplifiées et à des instruments financiers, ainsi que les procédures de demande et de sélection, et d’optimiser les systèmes de suivi et d’établissement de rapports des États membres. Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer systématiquement l’impact du Feampa, il ressort de l’analyse des programmes nationaux Feampa et des retours d’information recueillis auprès des États membres que la dotation budgétaire et les types d’actions prévus sont la preuve non seulement d’une continuité avec le FEAMP mais aussi d’une capitalisation des enseignements tirés.
Efficience
La nouvelle architecture du Feampa permet de passer de mesures prédéfinies à des types d’actions génériques offrant aux États membres une plus grande souplesse pour poursuivre des objectifs stratégiques sur la base d’une évaluation de leurs besoins. En outre, le règlement portant dispositions communes (RPDC) a introduit des éléments de flexibilité, tels que la rationalisation des conditions favorisantes, la réduction des exigences en matière de contrôle et d’audit, et la simplification de la désignation des autorités responsables des programmes, dans le but de rendre la programmation et la mise en œuvre des Fonds relevant du RPDC plus efficaces.
Le Feampa prévoit la possibilité de déclencher un mécanisme de crise, donnant lieu à des compensations en cas d’événements exceptionnels entraînant une perturbation importante des marchés. En outre, le système de suivi et d’évaluation du Feampa s’est considérablement amélioré par rapport à la période de programmation précédente, grâce à des indicateurs établis à un stade précoce en consultation avec les États membres, à des orientations fournies sur les indicateurs et à la méthodologie du cadre de performance utilisée pour fixer les objectifs. Le Feampa devrait fournir des données plus fiables et montrer plus concrètement comment le Fonds contribue aux objectifs de la PCP ainsi qu’aux priorités stratégiques horizontales en matière de résilience et de transition écologique et numérique. Sa contribution devrait apparaître plus clairement dans l’évaluation rétrospective.
Malgré les mesures prises au niveau de l’UE comme au niveau national pour simplifier le Fonds et sa mise en œuvre, l’évaluation indique que les coûts administratifs ont globalement augmenté. Bien que ces coûts soient considérés comme étant, de manière générale, justifiés par la complexité du Fonds et les restrictions juridiques qui s’y appliquent, et que leur niveau soit comparable à ce qui a été observé pour d’autres Fonds relevant du RPDC, ils semblent disproportionnés pour les pays dont la dotation budgétaire au titre du Feampa est plus faible, en particulier pour les pays enclavés.
Cohérence
Le cadre réglementaire renforce la cohérence interne entre le Feampa et la PCP de différentes manières:
·en fixant des objectifs minimaux pour certains domaines spécifiques de la PCP, tels que la protection de la biodiversité, la collecte des données et le contrôle;