| CELEX | 52026XC03567 |
| Type | Communication |
| Date | lundi 6 juillet 2026 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/3567 | 13.7.2026 |
COMMUNICATION DE LA COMMISSION
Orientations relatives à Natura 2000 et au changement climatique
(C/2026/3567)
| CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ Le présent document d’orientation vise à favoriser une meilleure compréhension de la manière dont le réseau Natura 2000 et sa gestion peuvent être adaptés au changement climatique pour atteindre ses objectifs. Il fournit des orientations sur la manière de concevoir et de gérer les sites Natura 2000 en ce qui concerne les impacts potentiels du changement climatique, en précisant les flexibilités existantes, en recensant les besoins en matière de planification stratégique et en proposant des mesures concrètes pour soutenir l’adaptation au réseau et au site Natura 2000, ainsi que dans le paysage global. Le présent document d’orientation vise à soutenir une approche structurée, proportionnée et flexible qui aide les autorités et les parties prenantes à faire face aux pressions liées au climat de manière pragmatique. Il expose la position de la Commission européenne et n’est pas juridiquement contraignant. Il n’a pas pour vocation de remplacer, de compléter ou de modifier les dispositions des directives «Oiseaux» et «Habitats». Il présente plutôt des éclaircissements visant à aider les États membres à élaborer les mesures nationales de mise en œuvre les plus appropriées à leur contexte spécifique; il n’est pas destiné à être examiné isolément, mais doit être lu conjointement avec ces instruments législatifs. Il ne préjuge en rien d’une position que la Commission européenne pourrait adopter à l’avenir sur la question. La Cour de justice de l’Union européenne est seule compétente pour donner une interprétation du droit de l’Union européenne faisant autorité. Cela est également sans préjudice de la jurisprudence ultérieure de la Cour de justice de l’Union européenne, des résultats du test de résistance en cours des directives «Oiseaux» et «Habitats» (1) et de l’ensemble de propositions de simplification des charges administratives présentées par la Commission européenne (2). En tant que tel, il ne préjuge pas des discussions en cours sur les difficultés de mise en œuvre, la charge administrative ou l’articulation des politiques dans les cadres de l’UE correspondants en matière d’environnement et d’utilisation des terres. Les études de cas sont sans préjudice du plein respect en temps utile des obligations pertinentes au titre des directives «Oiseaux» et «Habitats». |
Commission européenne, 2026.
Reproduction autorisée, moyennant mention de la source.
Le présent document a été élaboré par la Commission européenne avec l’aide de Graham Tucker de l’Institut pour une politique européenne de l’environnement et de Kerstin Sundseth du N2K GROUP EEIG, avec la contribution de Lisa Kopsieker, Giulia Costa Domingo et Evelyn Underwood de l’Institut pour une politique européenne de l’environnement, et de Concha Olmeda du N2K GROUP EEIG, dans le cadre du contrat no 09.0201/2022/880820/SER/ENV.D.3 «Appui technique et scientifique à la mise en œuvre des directives “Habitats” et “Oiseaux” et de la stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030».
Table des matières
| ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS | 5 |
| GLOSSAIRE DES TERMES ESSENTIELS | 6 |
| RÉSUMÉ | 9 |
| 1. | OBJECTIF DU PRÉSENT DOCUMENT D’ORIENTATION | 10 |
| 1.1. | Les défis interdépendants du changement climatique et de la perte de biodiversité | 10 |
| 1.2. | Objectifs, champ d’application et structure du présent document d’orientation. | 12 |
| 2. | METTRE EN ŒUVRE LA LÉGISLATION DE L’UE SUR LA NATURE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE | 14 |
| 2.1. | La législation de l’UE sur la nature | 14 |
| 2.2. | État de conservation de la nature dans l’Union européenne | 14 |
| 2.3. | Désignation et gestion des sites Natura 2000 dans le contexte du changement climatique | 15 |
| 2.3.1. | Fixation d’objectifs de conservation spécifiques au site dans le contexte du changement climatique | 17 |
| 2.3.2 | Fixation de mesures de conservation spécifiques au site (SSCM) dans le contexte du changement climatique | 18 |
| 2.3.3. | Plans de gestion des sites Natura 2000 | 19 |
| 2.3.4 | Non-détérioration dans le contexte du changement climatique | 19 |
| 2.3.5. | Mesures de précaution visant à réduire le risque de catastrophes naturelles liées au changement climatique, telles que les inondations et les incendies de forêt dévastateurs | 23 |
| 2.3.6 | Assurer un réseau écologique cohérent et un état de conservation favorable | 25 |
| 2.3.7 | Modification du statut juridique ou du périmètre de protection d’un site Natura 2000 | 27 |
| 3. | COMMENT LE RÉSEAU NATURA 2000 PEUT-IL CONTRIBUER AUX OBJECTIFS DE L’UE EN MATIÈRE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET D’ATTÉNUATION DE SES EFFETS? | 28 |
| 3.1 | Solutions gagnant-gagnant pour contribuer à la réalisation des objectifs d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets | 28 |
| 3.2 | Comment le réseau Natura 2000 peut contribuer à l’atténuation du changement climatique par la séquestration et le stockage du carbone | 32 |
| 3.3 | Comment Natura 2000 peut contribuer à réduire et à atténuer les effets des phénomènes extrêmes – quelques exemples | 37 |
| 3.3.1. | Incendies de forêt | 37 |
| 3.3.2 | Inondations fluviales et côtières | 39 |
| 4. | UN CADRE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE POUR NATURA 2000 | 41 |
| 4.1. | Étapes clés dans la création d’un cadre d’adaptation pour le réseau Natura 2000 | 41 |
| Étape 1: préparer le terrain en vue de l’adaptation | 44 |
| Étape 2: évaluer les risques liés au changement climatique pour le réseau et les sites Natura 2000 | 44 |
| Étape 3: déterminer et hiérarchiser les mesures d’adaptation | 45 |
| Étape 4: mettre en œuvre les mesures d’adaptation sélectionnées | 45 |
| Étape 5: suivre et évaluer l’efficacité des mesures d’adaptation | 45 |
| ANNEXE 1 — | CHANGEMENTS CLIMATIQUES OBSERVÉS ET PRÉVUS | 46 |
| 1. | Changement climatique dans le monde et scénarios futurs | 46 |
| 2. | Le changement climatique en Europe | 47 |
| 2.1. | Températures | 47 |
| 2.2. | Modification des précipitations (pluies et neige) | 47 |
| 2.3. | Modification des régimes des vents | 48 |
| 2.4. | Conditions météorologiques propices aux incendies | 48 |
| 2.5. | Élévation du niveau de la mer | 48 |
| ANNEXE 2 — | IMPACTS POTENTIELS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LA BIODIVERSITÉ | 50 |
| 1. | Impacts du changement climatique sur les espèces et les écosystèmes | 50 |
| 2. | Impacts du changement climatique sur les populations d’espèces et les habitat | 52 |
| 3. | Facteurs ayant une incidence sur les risques liés au changement climatique pour les habitats et les espèces | 54 |
| ANNEXE 3 — | UN CADRE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE POUR NATURA 2000 | 57 |
| 1. | Étapes clés dans la création d’un cadre d’adaptation pour le réseau Natura 2000 | 57 |
| 1.1. | Étape 1: préparer le terrain en vue de l’adaptation | 59 |
| Étape 1a: examiner les changements climatiques attendus et recenser les pressions et les menaces | 59 |
| Étape 1b: mettre en place des cadres institutionnels et des partenariats avec les parties prenantes | 59 |
| 1.2. | Étape 2: évaluer les risques liés au changement climatique pour le réseau et les sites Natura 2000 | 61 |
| Étape 2a: évaluer la vulnérabilité des habitats et espèces Natura 2000 au changement climatique et à d’autres menaces | 61 |
| Étape 2b: hiérarchiser les risques recensés | 62 |
| Étape 2c: définir les objectifs stratégiques pour le réseau Natura 2000, les sites, les habitats et les espèces les plus menacés par le changement climatique | 63 |
| 1.3 | Étape 3: déterminer et hiérarchiser les mesures d’adaptation | 63 |
| Étape 3a: définir des mesures d’adaptation pour faire face aux risques liés au changement climatique | 63 |
| Étape 3b: recenser les possibilités de contribuer à la réalisation des objectifs plus larges en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets | 65 |
| Étape 3c: déterminer les conflits potentiels qu’il convient d’éviter | 66 |
| Étape 3d: évaluer et hiérarchiser les mesures d’adaptation | 68 |
| 1.4 | Étape 4: mettre en œuvre les mesures d’adaptation sélectionnées | 69 |
| 1.5 | Étape 5: suivre et évaluer l’efficacité des mesures d’adaptation | 69 |
| ANNEXE 4 — | MESURES D’ADAPTATION POTENTIELLES | 72 |
| 1. | Exigences applicables aux habitats et espèces menacés par le changement climatique | 72 |
| 1.1 | Au niveau du réseau | 72 |
| 1.2 | Au niveau des sites | 73 |
| 1.3 | Au niveau du paysage global | 74 |
| 2. | Mesures susceptibles de contribuer à l’adaptation de Natura 2000 au changement climatique | 74 |
| 2.1 | Recenser les habitats, les espèces et les sites Natura 2000 menacés par le changement climatique, ainsi que les refuges | 74 |
| 2.2 | Évaluer la cohérence du réseau Natura 2000 par rapport au changement climatique attendu | 76 |
| 2.3 | Faire face aux principales pressions et menaces et restaurer les écosystèmes | 77 |
| 2.4 | Gérer les phénomènes extrêmes liés au changement climatique | 79 |
| 2.4.1 | Gestion des incendies | 80 |
| 2.4.2. | Gestion des perturbations – tempêtes | 83 |
| 2.4.3. | Gestion des inondations | 83 |
| 2.5. | Améliorer l’état abiotique des habitats et des espèces particulièrement vulnérables | 84 |
| 2.6 | Accroître l’hétérogénéité | 86 |
| 2.7. | Renforcer la connectivité | 86 |
| 2.8 | Évaluer la nécessité du transfert d’espèces/de la migration assistée | 89 |
| ANNEXE 5 | BIBLIOGRAPHIE | 91 |
ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS
| BD | Directive «Oiseaux» |
| BHD | Directives «Oiseaux» et «Habitats» |
| CDB | Convention sur la diversité biologique |
| AEE | Agence européenne pour l’environnement |
| UE | Union européenne |
| CJUE | Cour de justice de l’Union européenne |
| GES | Gaz à effet de serre |
| HD | Directive «Habitats» |
| GIEC | Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat |
| UICN | Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources |
| AMP | Aire marine protégée |
| ZP | Zone protégée |
| ZSC | Zone spéciale de conservation |
| SIC | Site d’importance communautaire |
| SSCM | Mesures de conservation spécifiques au site |
| ZPS | Zone de protection spéciale |
| SSCO | Objectifs de conservation spécifiques au site |
| PSC | Parcours socio-économiques communs |
| CCNUCC | Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques |
| DCE | Directive-cadre dans le domaine de l’eau |
GLOSSAIRE DES TERMES ESSENTIELS
| Adaptation | Pour les systèmes humains, démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu ainsi qu’à ses conséquences, de manière à en atténuer les effets préjudiciables et à en exploiter les effets bénéfiques. Pour les systèmes naturels, démarche d’ajustement au climat actuel ainsi qu’à ses conséquences; l’intervention humaine peut faciliter l’adaptation au climat attendu et à ses conséquences (GIEC, 2023) (3). |
| Capacité d’adaptation | Faculté d’ajustement des systèmes, des institutions, des êtres humains et d’autres organismes leur permettant de se prémunir contre d’éventuels dommages, de tirer parti des possibilités ou de réagir aux conséquences (GIEC, glossaire en ligne) (4). |
| Habitats et espèces protégés | Tous les types d’habitats et toutes les espèces soumis aux obligations prévues par les directives «Oiseaux» et «Habitats», c’est-à-dire toutes les espèces d’oiseaux vivant naturellement à l’état sauvage, ainsi que les types d’habitats naturels énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats» et les espèces de faune et de flore sauvages d’intérêt communautaire énumérées aux annexes II, IV et V de la directive «Habitats». |
| Facteur climatique générateur d’impacts | Conditions physiques du système climatique (par exemple des moyennes, des événements ou des extrêmes) qui ont une incidence sur un élément de la société ou des écosystèmes. Selon la tolérance du système, ces facteurs et leurs variations peuvent avoir un effet préjudiciable, bénéfique, neutre ou un mélange de ces aspects sur l’ensemble des éléments de ce système et des régions qui sont en interaction (GIEC, 2023). |
| Exposition | Présence de personnes, moyens de subsistance, espèces ou écosystèmes, fonctions, ressources et services environnementaux, infrastructures ou biens ou ressources économiques, sociaux ou culturels dans un lieu ou dans un cadre susceptible de subir des dommages (GIEC, 2023). L’exposition est généralement mesurée par des facteurs extérieurs à la cible, tels que le taux et l’ampleur des variations de température, les précipitations, l’élévation du niveau de la mer, la fréquence des inondations et d’autres facteurs physiques. |
| Aléa | Occurrence potentielle d’un évènement physique ou d’une tendance, d’origine naturelle ou humaine, susceptible d’entraîner des pertes en vies humaines, des blessures ou d’autres effets sur la santé, ainsi que des dommages et des pertes touchant les biens, les infrastructures, les moyens de subsistance, la fourniture de services, les écosystèmes et les ressources environnementales (GIEC, 2023). Les aléas climatiques sont souvent qualifiés de pressions ou de menaces liées aux habitats et espèces protégés. |
| Impacts | Conséquences de la réalisation des risques sur les systèmes naturels et humains, les risques découlant des interactions des aléas associés au climat (y compris les évènements météorologiques et climatiques extrêmes), de l’exposition et de la vulnérabilité. Il s’agit en général d’effets sur la vie, la santé et le bien-être des personnes, les moyens de subsistance, les écosystèmes (les habitats et les espèces), les biens et ressources économiques, sociaux et culturels, les services (y compris les services écosystémiques) et les infrastructures. Les impacts, que l’on peut assimiler à des conséquences ou à des résultats, peuvent être préjudiciables ou bénéfiques (GIEC, 2023). |
| Atténuation du changement climatique | Intervention humaine visant à réduire les émissions ou à renforcer les puits de gaz à effet de serre (GES) (GIEC, 2023). S’agissant des zones protégées, il s’agit de prendre des mesures directes pour réduire les émissions de GES provenant des activités et/ou renforcer la capacité des écosystèmes à éliminer ces gaz de l’atmosphère et à les stocker dans la biomasse et les sols. |
| Habitats et espèces Natura 2000 | Espèces pour lesquelles des sites Natura 2000 doivent être désignés: les oiseaux énumérés à l’annexe I de la directive «Oiseaux», les oiseaux migrateurs dont la venue est régulière, les types d’habitats énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats» et les espèces énumérées à l’annexe II de la directive «Habitats». |
| Directives sur la nature | La directive «Oiseaux» et la directive «Habitats». |
| Solutions fondées sur la nature | Mesures axées sur la protection, la conservation et la restauration, ainsi que l’utilisation et la gestion durables d’écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins naturels ou modifiés, qui s’attaquent efficacement et de manière souple aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux, et procurent simultanément des avantages en termes de bien-être humain, de services écosystémiques, de résilience et de biodiversité (PNUE, 2022) (5). |
| Pressions | Facteurs qui ont une incidence négative sur les habitats et les espèces. Aux fins des rapports établis au titre des directives sur la nature, ces pressions sont celles mentionnées à l’article 17 de la directive «Habitats» et à l’article 12 de la directive «Oiseaux». |
| Refuges | Zones qui, en cas de bouleversements climatiques, de stress biologique ou de réduction importante de la population, continuent de fournir les éléments essentiels de la niche écologique de l’espèce à de petites sous-populations. |
| Résilience | Capacité des systèmes sociaux, économiques et environnementaux interdépendants à faire face à une évolution, à une perturbation ou à un évènement aléatoire, leur permettant d’y répondre ou de se réorganiser de façon à préserver leur fonction, leur identité et leur structure fondamentales. Qualité positive lorsqu’elle permet de maintenir les capacités d’adaptation, d’apprentissage et/ou de transformation (GIEC, 2023). |
| Risque | Possibilité de conséquences néfastes pour les systèmes humains ou écologiques, compte tenu de la diversité des valeurs et des objectifs associés à ces systèmes. S’agissant du changement climatique, les risques peuvent découler de ses impacts potentiels, ainsi que des réponses humaines en la matière. Parmi les conséquences préjudiciables notables figurent les effets sur la vie, les moyens de subsistance, la santé et le bien-être, les biens et investissements économiques, sociaux et culturels, les éléments d’infrastructure, les services (y compris les services écosystémiques), les écosystèmes et les espèces. S’agissant des impacts du changement climatique, les risques résultent des interactions dynamiques des aléas liés au climat, de l’exposition et de la vulnérabilité du système humain ou écologique visé. Les aléas, l’exposition et la vulnérabilité peuvent faire l’objet d’incertitudes en matière d’ampleur et de probabilité d’occurrence et évoluer au fil du temps et dans l’espace en raison de changements socio-économiques et de décisions humaines. S’agissant des réponses au changement climatique, les risques résultent de la possibilité que ces réponses n’atteignent pas les objectifs visés, ou de compromis potentiels ou d’effets secondaires négatifs sur d’autres objectifs sociétaux tels que les objectifs de développement durable. Ils peuvent découler, par exemple, de l’incertitude quant à la mise en œuvre, à l’efficacité ou aux résultats des politiques climatiques, des investissements liés au climat, du développement ou de l’adoption des technologies et des transitions systémiques (GIEC, 2023). |
| Scénario | Description plausible d’un développement futur, fondée sur un ensemble cohérent et intrinsèquement homogène d’hypothèses concernant les principales forces motrices (rythme de l’évolution technologique, prix, etc.) et les relations en jeu. Il convient de noter que les scénarios ne sont ni des prédictions ni des prévisions, mais permettent de mieux cerner les conséquences de différentes évolutions et actions (GIEC, 2023). |
| Sensibilité | Degré auquel un système est touché, de façon favorable ou défavorable, par la variabilité du climat ou les changements climatiques. Les effets peuvent être directs (ex.: la modification des rendements agricoles due à un changement de la valeur moyenne, de l’amplitude ou de la variabilité de la température) ou indirects (ex.: les dommages causés par une augmentation de fréquence des inondations côtières en raison d’une élévation du niveau de la mer) (GIEC, glossaire en ligne). |
| Menaces | Facteurs susceptibles d’avoir une incidence négative sur les habitats et les espèces à l’avenir. |
| Vulnérabilité | Selon le GIEC (2023), la vulnérabilité est la propension ou la prédisposition à subir des dommages. Cela englobe divers concepts et éléments tels que la sensibilité ou la fragilité ainsi que l’incapacité de faire face et de s’adapter. Les scientifiques spécialisés dans la conservation de la nature continuent généralement de considérer que la vulnérabilité est «fonction de la nature, de l’ampleur et du rythme de la variation du climat à laquelle le système considéré est exposé, de la sensibilité de ce système et de sa capacité d’adaptation», telle que définie par le GIEC (2007) (6). Voir l’annexe 2, section 3, pour de plus amples explications. |
| (3) GIEC (2023), AR6 Synthesis Report. Climate Change 2023 (rapport de synthèse du sixième rapport d’évaluation: changement climatique 2023), Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, Cambridge University Press, Cambridge, Royaume-Uni et New York, États-Unis. https://www.ipcc.ch/report/ar6/syr/. (4) Glossaire en ligne du GIEC: https://apps.ipcc.ch/glossary/. (5) PNUE (2022), Emissions Gap Report 2022: The Closing Window – Climate crisis calls for rapid transformation of societies (Rapport 2022 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions: Une fenêtre d’opportunité se referme – La crise climatique exige une transformation rapide des sociétés), Programme des Nations unies pour l’environnement, Nairobi https://wedocs.unep.org/handle/20.500.11822/40874. (6) GIEC (2007), Bilan 2007 des changements climatiques: Conséquences, adaptation et vulnérabilité. Contribution du groupe de travail II au quatrième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, Cambridge University Press, Cambridge, Royaume-Uni, https://www.ipcc.ch/report/ar4/wg2/. | |
Orientations relatives à Natura 2000 et au changement climatique
RÉSUMÉ
Dans le monde entier, le changement climatique est considéré comme un risque important pour la société, l’économie et l’environnement. La loi européenne sur le climat (7) oblige les institutions de l’Union et les États membres à prendre des mesures pour parvenir collectivement à la neutralité climatique et pour veiller à ce que des progrès constants soient réalisés en matière de renforcement de la capacité d’adaptation, d’accroissement de la résilience et de réduction de la vulnérabilité au changement climatique, conformément à l’article 7 de l’accord de Paris (8). L’urgence de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à celui-ci est particulièrement pressante en Europe, où le réchauffement s’est produit à un rythme environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale, ce qui a entraîné une hausse des températures, des vagues de chaleur plus fréquentes, des sécheresses, de fortes précipitations et des conditions propices aux incendies de forêt.
La crise de la biodiversité est intrinsèquement liée à la crise climatique, le changement climatique constituant un facteur important de la perte de biodiversité et de la dégradation des écosystèmes en Europe, alors que des écosystèmes résilients sont des alliés essentiels pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci. Le changement climatique entraîne déjà des modifications au niveau des écosystèmes, des habitats et de la répartition des espèces, souvent vers des latitudes et des altitudes plus élevées, ce qui a des effets particulièrement néfastes sur les habitats et les espèces endémiques, rares et menacés protégés par les directives «Oiseaux» (9) et «Habitats» (10) de l’UE. Ces effets devraient s’intensifier au cours des prochaines décennies.
De nombreux écosystèmes jouent un rôle essentiel dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et offrent des solutions fondées sur la nature pour s’adapter au changement climatique. Les mesures de conservation des habitats et des espèces sur les sites Natura 2000 y contribuent de manière significative. Les solutions fondées sur la nature peuvent prévenir la perte des écosystèmes riches en carbone et contribuer à leur restauration, tout en permettant de faire face, de manière rentable, aux risques climatiques tels que les inondations fluviales et côtières, les glissements de terrain, les pénuries d’eau, l’érosion (notamment après des incendies de forêt) et la dégradation des sols. Parallèlement à la restauration, un large éventail de mesures de gestion, d’entretien, de réduction des risques et d’adaptation peut encore renforcer la résilience des écosystèmes, en fonction des circonstances et des priorités nationales.
L’UE reconnaît le rôle essentiel de la biodiversité dans l’adaptation au changement climatique. Sa stratégie de 2021 pour l’adaptation au changement climatique (11) et sa communication sur la gestion des risques climatiques (12) appellent à des mesures de restauration et de gestion des écosystèmes scientifiquement fondées et mettent l’accent sur les solutions fondées sur la nature à grande échelle et à long terme en tant qu’options rentables, polyvalentes et «sans regret». Des approches plus intégrées et à long terme sont essentielles pour la gestion efficace du réseau Natura 2000 et pour la réalisation des objectifs des directives «Oiseaux» et «Habitats» et du règlement relatif à la restauration de la nature (13).
Le présent document d’orientation vise à fournir des conseils sur la manière d’adopter une approche structurée de l’adaptation au changement climatique pour les sites Natura 2000, conformément aux stratégies nationales d’adaptation au changement climatique existantes prévues par la loi européenne sur le climat et aux plans nationaux de restauration prévus par le règlement relatif à la restauration de la nature. Le document précise comment les dispositions des directives sur la nature peuvent être appliquées lors de la désignation et de la gestion des sites Natura 2000 dans le cadre des impacts du changement climatique. Il recense les besoins en matière de planification stratégique et les mesures concrètes pour soutenir l’adaptation au niveau du réseau Natura 2000, des différents sites et de leurs paysages et mers environnants. Il encourage également l’utilisation de solutions fondées sur la nature et le recours à des partenariats stratégiques avec les secteurs concernés, notamment pour la prévention des catastrophes, afin de produire des avantages connexes pour la biodiversité ainsi que pour les objectifs d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets.
Le présent document d’orientation fournit des informations et des conseils aux États membres, aux gestionnaires de Natura 2000 et aux autorités environnementales afin de les aider à remplir leurs obligations tout en faisant usage des flexibilités prévues par les directives «Oiseaux» et «Habitats» lors de l’adaptation des objectifs et mesures de conservation au changement climatique. Le présent document d’orientation n’est pas juridiquement contraignant et présente une série de mesures que les États membres peuvent choisir de mettre en œuvre.
Le réseau Natura 2000, qui couvre 18,6 % des terres et 10,5 % des mers de l’UE, continuera d’abriter une part très importante de la biodiversité européenne à mesure que le changement climatique s’intensifiera. Il reste le fondement de la politique de conservation de la nature de l’UE et une pierre angulaire de l’adaptation au changement climatique, et présente un fort potentiel pour soutenir la réponse globale de l’Europe au changement climatique au moyen de solutions fondées sur la nature. Pour remplir ces rôles, les sites Natura 2000 doivent non seulement être gérés efficacement, mais aussi adapter leurs stratégies de conservation afin d’intégrer pleinement les considérations relatives au changement climatique à un stade précoce, ce qui permet de prendre des mesures proactives et bien adaptées au niveau des sites, des paysages et du réseau. L’adaptation de Natura 2000 au changement climatique devrait s’appuyer sur des évaluations de la vulnérabilité et des risques afin de recenser les habitats, les espèces et les sites les plus menacés, ainsi que les refuges climatiques importants, et d’orienter ainsi les actions au niveau du réseau, des sites et des paysages environnants.
Les mesures devraient être axées sur le renforcement de la résilience sur site en réduisant les pressions existantes, en améliorant les conditions abiotiques, en restaurant les écosystèmes dégradés et en renforçant la connectivité, tout en facilitant le déplacement des espèces si nécessaire. Le cas échéant, il convient d’évaluer et de renforcer la cohérence du réseau Natura 2000 en ajoutant ou en agrandissant des sites, ou en ajustant leurs limites en fonction des décalages des aires de répartition des espèces. Des mesures relatives au paysage global peuvent être nécessaires pour réduire les pressions extérieures, renforcer la connectivité et restaurer les habitats conformément aux directives sur la nature et au règlement relatif à la restauration de la nature. Il convient de mettre l’accent sur des solutions gagnant-gagnant qui soutiennent l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci, ainsi que les objectifs de conservation de la nature.
1. OBJECTIF DU PRÉSENT DOCUMENT D’ORIENTATION
1.1. Les défis interdépendants du changement climatique et de la perte de biodiversité
Le changement climatique est considéré comme un risque important pour la société, l’économie et l’environnement dans le monde entier. Pour lutter contre ce phénomène, il faut à la fois réduire les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et renforcer la capacité des puits à absorber le dioxyde de carbone, notamment par la séquestration (captage) dans les sols et la végétation, tant sur terre qu’en mer. En 2015, 196 pays ont adopté l’accord de Paris (14), un traité international juridiquement contraignant sur le changement climatique lors de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21).
L’interaction entre le changement climatique et la perte de biodiversité a été portée à l’attention des décideurs politiques mondiaux, notamment au moyen de rapports tels que le rapport spécial sur le changement climatique et les terres émergées du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (15), les rapports de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sur le rapport d’évaluation sur la dégradation et la restauration des sols (16) et le rapport de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques de l’IPBES (17). En outre, à la lumière de ces données scientifiques, le cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (18) a été adopté en 2022, fixant des objectifs clairs en matière de protection et de restauration de la nature d’ici à 2030 ainsi que des objectifs spécifiques en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci (19).
L’objectif général de l’accord de Paris est de contenir «l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels» et de poursuivre l’action menée «pour limiter l’élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels». Adoptée en 2021, la loi européenne sur le climat (20) a depuis lors fixé le cadre juridique des mesures à prendre par l’UE et les États membres pour réduire progressivement les émissions afin d’atteindre les objectifs mondiaux et, à terme, de parvenir à la neutralité climatique dans l’UE d’ici à 2050. Elle prévoit les exigences pour veiller à ce que des progrès constants soient réalisés en matière de renforcement de la capacité d’adaptation, d’accroissement de la résilience et de réduction de la vulnérabilité au changement climatique, conformément à l’article 7 de l’accord de Paris.
La perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes sont de plus en plus considérées comme des défis qui nécessitent des réponses concrètes et conjointes dans tous les secteurs, parallèlement aux objectifs de protection de l’environnement. Le changement climatique est un facteur majeur et croissant de dégradation des écosystèmes et de perte de biodiversité, en raison de l’évolution progressive des températures et des précipitations, ainsi que de l’augmentation des événements extrêmes, tels que les sécheresses, les inondations et les incendies de forêt, qui peuvent à leur tour avoir des effets néfastes sur la santé humaine et animale. Dans le même temps, des écosystèmes bien gérés et résilients peuvent contribuer positivement à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci, par exemple grâce au stockage du carbone, à la régulation de l’eau et à la réduction des risques. Cette reconnaissance croissante a conduit à mettre davantage l’accent sur des solutions fondées sur la nature et rentables qui peuvent produire des avantages connexes pour la biodiversité, les objectifs climatiques et les communautés locales.
Ainsi, tout comme ces crises sont liées, les solutions le sont aussi. Les solutions fondées sur la nature sont un allié important et rentable dans la lutte contre le changement climatique. La protection et la restauration des écosystèmes, en particulier ceux qui sont riches en carbone (par exemple, les zones humides, les tourbières et les prairies sous-marines), peuvent atténuer considérablement le changement climatique. Des écosystèmes sains et bien gérés tels que les forêts, les prairies et les zones humides peuvent également soutenir l’adaptation au changement climatique en réduisant la fréquence et les impacts des inondations, des sécheresses et des incendies de forêt, tout en produisant des avantages connexes pour la biodiversité, les communautés locales et la résilience économique.
En 2021, la Commission européenne a adopté une stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique afin d’améliorer la capacité d’adaptation de l’Europe, de renforcer sa résilience et de réduire sa vulnérabilité au changement climatique (21). Également en 2021, la Commission a adopté une nouvelle stratégie de l’UE pour les forêts pour 2030 et une stratégie de l’UE pour les sols pour 2030 (22), étant donné que les forêts et les sols sont des écosystèmes essentiels tant pour la conservation de la biodiversité que pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci.
Afin de soutenir la stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique, la Commission européenne a publié en 2024 une communication sur la gestion des risques climatiques (23) s’appuyant sur l’évaluation européenne des risques climatiques (EUCRA) (24). L’EUCRA a recensé 36 risques climatiques majeurs pour l’Europe au sein de cinq grands pôles: les écosystèmes, l’alimentation, la santé, les infrastructures ainsi que l’économie et les finances. Parmi ceux-ci, elle a établi que les écosystèmes étaient le pôle confronté au plus grand nombre de risques climatiques nécessitant une action urgente ou plus importante. Cela vaut également pour de nombreux autres domaines d’action, car les risques climatiques peuvent souvent se répercuter en cascade sur d’autres systèmes sociétaux, tels que la production et la sécurité alimentaires.
Parallèlement, une gestion rentable du réseau Natura 2000 et la restauration des écosystèmes dégradés contribuent à la résilience économique, à la prospérité et à la stabilité financière de l’Europe. En février 2026, l’IPBES a publié une nouvelle évaluation soulignant que la dégradation continue de la nature présente des risques systémiques non seulement pour les écosystèmes, mais aussi pour les activités économiques, les modèles économiques et la viabilité à long terme des entreprises, étant donné que la perte de biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et les pressions liées au climat sont de plus en plus étroitement liés au risque financier, aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et à la perte de compétitivité (25).
Les experts de la Banque centrale européenne se sont fait l’écho de ce constat dans leurs travaux: i) ils ont constaté que, dans la zone euro, environ 72 % des sociétés non financières (environ trois millions d’entreprises, représentant près de 75 % des prêts bancaires aux entreprises) dépendent fortement d’au moins un service écosystémique; et ii) ils ont montré que des écosystèmes dégradés nuisent à la productivité, perturbent les chaînes d’approvisionnement et augmentent la vulnérabilité aux chocs, créant ainsi des risques pour l’économie et le secteur financier (26).
La stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique met fortement l’accent sur la mise en œuvre à grande échelle de solutions fondées sur la nature pour accroître la résilience au changement climatique, en soulignant qu’il s’agit souvent de solutions rentables, polyvalentes et «sans regret».
Dans le cadre de ladite stratégie, l’utilisation de solutions fondées sur la nature à l’intérieur des terres (notamment des mesures visant à restaurer la fonction d’éponge des sols) stimulera la fourniture d’une eau douce propre et réduira le risque d’inondation. Dans les zones côtières et marines, les solutions fondées sur la nature renforceront, entre autres, la protection du littoral. Dans le même temps, elles offriront des avantages tels que la séquestration du carbone, des possibilités de développement du tourisme, ainsi que la conservation et la restauration de la biodiversité.
La stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique reconnaît la nécessité d’améliorer les systèmes d’aide à la prise de décision et les avis techniques en matière de résilience climatique, ainsi que la nécessité d’une meilleure intégration des politiques et d’une meilleure collaboration entre les différents secteurs et niveaux de gouvernance. Cela est également très important pour la gestion du réseau Natura 2000 de zones protégées. Le réseau de plus de 27 000 sites, désignés pour protéger les habitats et les espèces menacés d’intérêt communautaire en vertu des directives «Oiseaux» (27) et «Habitats» (28) (directives sur la nature), couvre actuellement 18,6 % des terres et 10,5 % des eaux de l’UE (29). Non seulement il préserve les habitats et les espèces les plus menacés d’Europe, mais il offre également un refuge à une grande diversité d’autres espèces sauvages et écosystèmes. Ceux-ci fournissent à leur tour une multitude de services écosystémiques précieux à l’appui de l’adaptation au changement climatique et de l’atténuation de ses effets.
Le règlement relatif à la restauration de la nature (30) est une occasion supplémentaire de créer des synergies efficaces dans l’action politique aux niveaux local, régional et national, étant donné qu’il établit des règles au niveau de l’UE relatives à la restauration des écosystèmes afin de garantir le rétablissement de la biodiversité et de la résilience de la nature sur tout le territoire de l’Union, contribuant ainsi aux objectifs de l’UE en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci.
Les orientations politiques de la Commission européenne pour la période 2024-2029 (31) ont souligné que le climat en Europe se réchauffe à un rythme plus rapide que la moyenne mondiale et qu’il est nécessaire d’intensifier les travaux sur la résilience climatique et la préparation au changement climatique. Pour y remédier, la Commission prépare actuellement un nouveau cadre européen intégré pour la résilience au changement climatique, qui devrait être adopté au cours du second semestre de 2026.
Reconnaissant le rôle essentiel du réseau Natura 2000 dans l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci, ainsi que les risques croissants que le changement climatique fait peser sur le fonctionnement des espèces, des habitats et des écosystèmes, la stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique et la communication de l’UE sur la gestion des risques climatiques ont demandé une mise à jour des orientations pour le réseau Natura 2000.
1.2. Objectifs, champ d’application et structure du présent document d’orientation
L’objectif du présent document d’orientation est double:
| — | favoriser une meilleure compréhension de la manière dont le réseau Natura 2000 et sa gestion peuvent être adaptés au changement climatique pour atteindre ses objectifs. Pour ce faire, il convient de clarifier les dispositions des directives sur la nature relatives à la conception et à la gestion des sites Natura 2000 en ce qui concerne les impacts potentiels du changement climatique, de préciser les flexibilités existantes, de recenser les besoins en matière de planification stratégique et de proposer des mesures concrètes pour soutenir l’adaptation au réseau et au site Natura 2000, ainsi que dans le paysage global; et |
| — | contribuer, par une gestion efficace du réseau Natura 2000, aux efforts d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci, en encourageant l’utilisation de solutions fondées sur la nature, notamment pour la prévention des catastrophes. |
Les États membres ont la possibilité de choisir les mesures d’adaptation les plus adaptées à leur contexte spécifique. Le présent document d’orientation ne crée pas de nouvelles obligations juridiques; il présente plutôt une série de mesures que les États membres peuvent choisir de mettre en œuvre conformément au principe de subsidiarité et à leurs priorités et besoins nationaux. Le présent document d’orientation vise donc à soutenir la planification de l’adaptation à long terme et l’apprentissage au fil du temps.
Le présent document d’orientation est principalement rédigé à l’intention des gestionnaires de Natura 2000 et des autorités environnementales aux niveaux local, régional et national, afin de les aider à affiner leurs approches en matière de conservation et leur planification stratégique face aux menaces croissantes liées au changement climatique, en plus des défis liés à d’autres pressions et menaces. Il vise également à informer les parties prenantes (par exemple, les autres autorités, les organisations environnementales, les utilisateurs des terres et des mers et les entreprises) de la nécessité de s’adapter au changement climatique dans le cadre du réseau Natura 2000, à contribuer à l’établissement de partenariats stratégiques, ainsi qu’à recenser et à mettre en œuvre des mesures présentant des avantages mutuels.
Il met l’accent sur les habitats et les espèces protégés au titre des directives «Oiseaux» et «Habitats» («habitats et espèces BHD») (32), en particulier ceux pour lesquels des sites Natura 2000 doivent être désignés (33) (ci-après les «habitats et espèces Natura 2000»). Toutefois, les mesures d’adaptation proposées pour ces habitats et ces espèces devraient produire des avantages beaucoup plus importants en matière de biodiversité, en augmentant la capacité d’adaptation des écosystèmes et de la biodiversité en général et, partant, leurs fonctions écosystémiques.
Il s’appuie sur les précédentes lignes directrices de l’UE sur le changement climatique et Natura 2000 (34) et les actualise, en tenant compte des connaissances scientifiques et de l’évolution récente des politiques dans le cadre du pacte vert pour l’Europe (35) en matière de climat et de biodiversité, en particulier le règlement relatif à la restauration de la nature. Il tient également compte des possibilités existantes et nouvelles de collaboration intersectorielle. Le présent document d’orientation s’appuie sur les études scientifiques les plus récentes et, en particulier, sur l’expérience pratique croissante et les enseignements tirés des mesures prises pour aider la biodiversité à s’adapter au changement climatique, dont certaines sont décrites dans des études de cas. Il résume les preuves des avantages plus généraux en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets qui découlent d’une gestion et d’une restauration saines des écosystèmes et d’autres solutions fondées sur la nature.
Le présent document d’orientation est structuré comme suit:
| — | le chapitre 2 résume les principales obligations fixées par les directives sur la nature et les dispositions connexes du règlement relatif à la restauration de la nature les plus pertinentes pour le changement climatique, ainsi que leurs implications; |
| — | le chapitre 3 décrit comment l’adaptation au changement climatique pour le réseau Natura 2000 peut soutenir des objectifs climatiques plus larges au moyen de solutions fondées sur la nature; |
| — | le chapitre 4 propose un cadre d’adaptation au changement climatique pour aider les gestionnaires de Natura 2000 et les autorités compétentes à définir et à sélectionner des mesures d’adaptation au changement climatique; |
| — | l’annexe 1 résume les changements climatiques observés et prévus en Europe; |
| — | l’annexe 2 résume les impacts sur les habitats et les espèces; |
| — | l’annexe 3 développe le cadre d’adaptation au changement climatique proposé au chapitre 4; |
| — | l’annexe 4 fournit des orientations pratiques et des recommandations sur les mesures clés au niveau du réseau Natura 2000, au niveau des sites et au niveau du paysage global et des océans; |
| — | l’annexe 5 fournit d’autres références bibliographiques. |
La Commission européenne a également publié d’autres orientations pertinentes (36) concernant:
| — | les effets néfastes que peuvent avoir les projets et plans sur les sites Natura 2000 (37); |
| — | les incidences liées aux énergies renouvelables, en particulier les centrales hydroélectriques (38) et l’énergie éolienne (39); |
| — | les systèmes de transport d’énergie (40). |
Par conséquent, le présent document d’orientation sur Natura 2000 et le changement climatique ne couvre pas ces sujets.
2. METTRE EN ŒUVRE LA LÉGISLATION DE L’UE SUR LA NATURE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
2.1. La législation de l’UE sur la nature
Les directives «Oiseaux» et «Habitats» (directives sur la nature) sont les pierres angulaires de la politique de l’UE en matière de biodiversité. Avec le règlement relatif à la restauration de la nature, ils constituent les principaux outils dont dispose l’UE pour lutter contre le déclin continu de la biodiversité en Europe et atteindre les objectifs européens et mondiaux convenus pour 2030 et au-delà. La directive «Oiseaux» protège les 463 espèces d’oiseaux sauvages vivant naturellement dans l’UE. La directive «Habitats» protège 1 400 autres espèces rares, menacées ou vulnérables (ci-après les «espèces HD») et leurs habitats, ainsi que 233 types d’habitats d’intérêt communautaire (ci-après les «habitats HD»).
L’objectif général des deux directives sur la nature est de faire en sorte que ces espèces et habitats soient rétablis ou maintenus dans un état de conservation favorable dans leur aire de répartition naturelle, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des sites protégés. Les États membres doivent non seulement réfléchir à la manière de mettre un terme à leur déclin ou à leur disparition, mais aussi prendre des mesures pour veiller à ce qu’ils se rétablissent suffisamment pour atteindre un état de conservation favorable.
Dans le milieu marin, la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (41) traite également de la protection de la biodiversité dans le but de parvenir à un bon état écologique. Pour les eaux de surface intérieures, de transition et côtières et pour les eaux souterraines, la directive-cadre sur l’eau traite de la protection et, le cas échéant, de la restauration des eaux dans le but de parvenir à un bon état (42).
Le règlement relatif à la restauration de la nature contient des exigences légales quantitatives et assorties d’échéances pour la restauration de tous les grands écosystèmes afin de garantir le rétablissement de la biodiversité et de la résilience de la nature dans l’ensemble de l’UE, y compris pour les types d’habitats et les espèces visés par les directives de l’UE sur la nature. L’un de ses objectifs est de contribuer à la réalisation de l’objectif de l’UE en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci. Afin de garantir que les mesures de restauration sont planifiées de manière stratégique, chaque État membre doit élaborer un plan national de restauration, recensant clairement toutes les synergies possibles avec d’autres politiques et législations connexes de l’UE, telles que les politiques en matière de changement climatique et d’énergies renouvelables. Jusqu’en 2030, pour les écosystèmes terrestres et d’eau douce protégés à l’échelle de l’UE, les États membres peuvent donner la priorité aux mesures de restauration dans les zones situées sur les sites Natura 2000.
2.2. État de conservation de la nature dans l’Union européenne
Grâce aux directives sur la nature, de nombreux progrès ont été accomplis au fil des ans pour lutter contre le déclin de la biodiversité en Europe, notamment dans le cadre de la création d’un réseau Natura 2000 à l’échelle de l’UE (43). Toutefois, malgré tous les efforts déployés et des réussites notables, de nombreux types d’habitats et espèces protégés n’ont pas encore atteint un état de conservation favorable.
Le dernier rapport de l’AEE sur l’état de conservation de la nature dans l’Union pour la période 2013-2018 (44) (publié en 2020) a conclu que l’état de conservation de près de la moitié des espèces d’oiseaux sauvages dans l’UE était bon, mais que l’état de conservation de la majorité (63 %) des espèces protégées au titre de la directive «Habitats» était toujours médiocre ou mauvais. L’état de conservation n’est favorable que pour 15 % des 230 types d’habitats protégés (45).
Le rapport sur l’état de conservation de la nature pour la période 2013-2018 indique qu’il faut du temps avant que les espèces et les habitats montrent des signes de rétablissement, même après la mise en place de toutes les mesures de conservation nécessaires. Pourtant, il conclut que les pressions actuelles et les futures menaces attendues auxquelles ces habitats et espèces sont confrontés sont encore trop importantes pour leur permettre de se rétablir et d’évoluer vers un état de conservation favorable.
Le changement climatique est susceptible d’avoir une incidence de plus en plus importante sur l’état de conservation de nombreux habitats et espèces les plus vulnérables et les plus précieux d’Europe, qui se trouvent déjà dans un état de conservation médiocre et sont soumis à une forte pression. Pour de nombreux habitats et espèces, même des impacts supplémentaires liés au climat relativement faibles (tels que résumés à l’annexe 2) peuvent entraîner de nouveaux déclins et, à terme, pousser ces espèces ou habitats au-delà d’un seuil où leur survie ou leur rétablissement n’est plus possible. Il est donc important que les stratégies et mesures de conservation de ces espèces et habitats tiennent compte des effets croissants du changement climatique, de manière proportionnée et selon les contextes nationaux.
2.3. Désignation et gestion des sites Natura 2000 dans le contexte du changement climatique
| Encadré 2-1 Exemples choisis de gestion flexible des sites Natura 2000 dans le contexte du changement climatique, y compris les situations d’urgence (par exemple, les catastrophes naturelles) et la détérioration inéluctable due au changement climatique Les États membres peuvent agir avec souplesse dans des situations d’urgence telles que les incendies de forêt ou les inondations, malgré l’absence de dispositions d’urgence explicites dans la directive «Habitats». Des réponses rapides sont essentielles pour sauver des vies et des biens et protéger la biodiversité dans ces zones. Dans de telles situations d’urgence, les États membres peuvent contourner certaines procédures administratives pour faire face à des menaces immédiates pour le site et la sécurité publique. Les actions devraient, dans la mesure du possible, réduire au minimum les incidences sur l’environnement, en privilégiant les solutions qui nuisent le moins aux habitats et aux espèces protégés par le réseau Natura 2000. Dans un souci de clarté et de sécurité juridique, il est utile de définir les conditions régissant les mesures d’urgence dans un cadre juridique, notamment en évaluant l’incidence de ces mesures et en mettant en œuvre des mesures de restauration si nécessaire. Voir, pour plus de détails, la section 2.3.5. ci-dessous. Les États membres bénéficient également d’une certaine souplesse en ce qui concerne l’obligation d’éviter la détérioration des habitats et les perturbations significatives touchant les espèces protégées sur les sites Natura 2000 lorsqu’ils sont confrontés à des changements inévitables à cause du climat, étayés par des preuves scientifiques solides. Il s’agit notamment de catastrophes naturelles imprévisibles et d’événements induits par le changement climatique, tels que les transformations des habitats. Dans ces cas, l’obligation de non-détérioration ne s’applique pas, ce qui permet d’adapter les objectifs et mesures de conservation spécifiques au site. À titre d’exemple, les transitions naturelles, telles que le remplacement progressif de la lande alpine par des forêts ou le remplacement des forêts d’épicéas par des forêts de hêtres ou des forêts mixtes de feuillus à des altitudes plus élevées, ne devraient pas être considérées comme une détérioration. Voir, pour plus de détails, la section 2.3.4. ci-dessous. Cette souplesse simplifie la mise en œuvre, en réduisant les charges administratives et les coûts pour les autorités de gestion tout en améliorant la hiérarchisation des mesures de conservation et la sécurité juridique. |
Pour comprendre comment les sites Natura 2000 peuvent s’adapter au mieux au changement climatique, il est important, dans un premier temps, de rappeler le cadre juridique régissant la sélection, la classification ou la désignation, la protection et la gestion des sites, ainsi que les flexibilités qui peuvent être utilisées dans le cadre du changement climatique. Ce point est brièvement résumé ci-dessous. De plus amples informations sont disponibles dans une série de notes et d’orientations publiées par la Commission (encadré 2-2).
| Encadré 2-2 Orientations de la Commission européenne sur la gestion des sites Natura 2000
|
L’article 4 de la directive «Habitats» régit la procédure d’adoption des sites d’importance communautaire (SIC) qui doivent ensuite être désignés comme zones spéciales de conservation (ZSC) par les États membres. L’article 4 de la directive «Oiseaux» prévoit le classement des zones de protection spéciale (ZPS). En vertu de la directive «Habitats», des sites sont désignés afin de protéger des zones essentielles pour les habitats HD (c’est-à-dire les types d’habitats énumérés à l’annexe I) et les espèces HD (c’est-à-dire les animaux et les plantes énumérés à l’annexe II). En vertu de la directive «Oiseaux», les sites sont classés de manière à protéger les espèces d’oiseaux énumérées à l’annexe I et les oiseaux migrateurs dont la venue est régulière, en accordant une attention particulière à la protection des zones humides d’importance internationale. Le processus de sélection des sites est mené au nom des seules raisons scientifiques afin de garantir que les meilleurs sites sont sélectionnés pour le réseau Natura 2000.
Une fois qu’un site Natura 2000 a été désigné, sa protection et sa gestion sont régies par l’article 6 de la directive «Habitats» et par l’article 4 de la directive «Oiseaux».
L’article 6 prévoit trois grandes catégories de mesures pour la protection des sites:
| — | l’article 6, paragraphe 1, prévoit l’établissement des mesures de conservation nécessaires, impliquant, le cas échéant, des plans de gestion et des mesures réglementaires, administratives ou contractuelles, qui répondent aux exigences écologiques des types d’habitats HD et des espèces HD présents sur le site; |
| — | l’article 6, paragraphe 2, met l’accent sur les mesures de prévention, en obligeant les États membres à prendre les mesures appropriées pour éviter la détérioration des habitats naturels et des habitats d’espèces ainsi que les perturbations significatives touchant les espèces pour lesquelles les zones ont été désignées; |
| — | l’article 6, paragraphes 3 et 4, prévoient une série de mesures de protection procédurales et matérielles (y compris des mesures compensatoires) lors de l’approbation de plans et de projets susceptibles d’avoir un effet significatif sur un site Natura 2000 eu égard aux objectifs de conservation de ce site. |
Alors que l’article 6, paragraphe 1, ne s’applique qu’aux ZSC désignées en vertu de la directive «Habitats» (52), un régime équivalent prévoyant des «mesures de conservation spéciale» s’applique aux ZPS classées en vertu de la directive «Oiseaux» [article 4, paragraphes 1 et 2] (53). En outre, l’article 7 de la directive «Habitats» rend les dispositions de l’article 6, paragraphes 2, 3 et 4, applicables aux ZPS.
2.3.1. Fixation d’objectifs de conservation spécifiques au site dans le contexte du changement climatique
2.3.1.1.
En vertu des directives sur la nature, un régime de conservation est requis pour chaque site Natura 2000, ainsi que pour tous les types d’habitats HD et espèces énumérées à l’annexe II de la directive «Habitats» et toutes les espèces d’oiseaux énumérées à l’annexe I de la directive «Oiseaux» ainsi que les oiseaux migrateurs dont la venue est régulière (c’est-à-dire les habitats et espèces Natura 2000) qui sont présents en nombre significatif sur le site (tels qu’énumérés dans le formulaire standard des données (54)). Il convient donc de fixer des objectifs de conservation au niveau du site tant pour les SIC/ZSC que pour les ZPS.
Selon les orientations de la Commission (55), les objectifs de conservation spécifiques au site (SSCO) doivent être clairs et correspondre aux exigences écologiques des espèces et habitats Natura 2000 de ce site particulier. Ils doivent être définis au cas par cas, étant donné que les exigences écologiques d’une espèce ou d’un habitat particulier peuvent varier d’un site à l’autre selon le contexte local.
Les SSCO devraient préciser de manière claire et précise le niveau de l’état de conservation à atteindre pour ces espèces et habitats sur le site, en utilisant des attributs (56) et des objectifs spécifiques. De manière générale, les objectifs de conservation devraient préciser clairement si l’objectif est de maintenir ou d’améliorer leur état (57). De cette manière, chaque site du réseau peut contribuer au mieux à l’objectif global consistant à atteindre un état de conservation favorable pour les types d’habitats et les espèces énumérés aux niveaux national, biogéographique et européen.
Lorsqu’ils définissent leurs objectifs de conservation, les États membres peuvent établir des priorités en fonction de l’importance des sites pour le maintien ou le rétablissement, dans un état de conservation favorable, des espèces ou des habitats au niveau biogéographique national, ainsi que pour la cohérence du réseau Natura 2000. Ils peuvent, par exemple, donner la priorité à la conservation d’une espèce donnée sur un site si celui-ci abrite une part importante de la population nationale, européenne ou régionale de cette espèce, plutôt qu’à une espèce dont le site n’abrite que quelques individus situés à la limite de son aire de répartition.
2.3.1.2.
Dans certains cas, les effets négatifs du changement climatique sur les espèces et les habitats d’un site donné peuvent être inévitables, malgré la mise en place de toutes les mesures de conservation nécessaires (voir encadré 2-3). Idéalement, ces situations devraient être traitées en réexaminant les objectifs de conservation, tant au niveau du site qu’au niveau du réseau. À titre d’exemple, si les marais salants d’un site donné subissent inévitablement un rétrécissement dû à l’élévation du niveau de la mer et qu’aucune mesure de conservation raisonnable n’est disponible pour permettre leur expansion à l’intérieur des terres (par exemple en raison d’infrastructures existantes), la réduction prévue de leur superficie peut être prise en compte en réévaluant l’objectif de superficie spécifique à ce site pour cet habitat. Toutefois, dans la mesure du possible, des efforts devraient être consentis pour compenser cette perte en agrandissant ou en créant des marais salants ailleurs afin de garantir le maintien d’un réseau écologique cohérent de marais salants (voir étude de cas no 5). Dans un autre exemple, si l’évolution des conditions climatiques rendait un site inhospitalier pour certains oiseaux migrateurs, les objectifs et mesures de conservation pour ces espèces devraient être relégués au second plan sur ce site. Cela permettrait de réaffecter les ressources à d’autres espèces pour lesquelles le site reste ou est devenu important ou à d’autres sites qui pourraient avoir pris de l’importance pour ces oiseaux migrateurs.
Compte tenu des incertitudes inhérentes aux scénarios climatiques futurs, les SSCO devraient être abaissés lorsqu’il existe des preuves scientifiques solides montrant que les habitats et espèces protégés sont déjà touchés ou qu’ils continueront inévitablement à se détériorer ou à disparaître du site en raison du changement climatique (voir également encadré 2-4). Il pourrait s’agir, par exemple, du remplacement de la lande alpine par des forêts qui s’étendent vers des altitudes plus élevées. De même, il serait inapproprié d’abaisser déjà les SSCO pour un oiseau migrateur en partant de l’hypothèse que le site pourrait devenir inhospitalier pour lui à l’avenir. Il devrait apparaître clairement que le site ne répond plus aux besoins écologiques de l’espèce, même si des mesures de conservation, y compris des mesures visant à favoriser l’adaptation au changement climatique, ont été mises en œuvre dans le cadre de la gestion du site.
À l’inverse, de nouvelles espèces pourraient accroître leur présence et finir par s’établir (ou, à tout le moins, utiliser le site comme étape sur leurs routes migratoires) dès que les conditions climatiques et d’habitat favorables seront réunies. Cela pourrait justifier l’inclusion de ces nouvelles espèces dans le régime de protection du site ainsi que la définition de SSCO et de mesures de conservation spécifiques au site (SSCM) appropriées afin de tenir compte de l’évolution de la répartition des espèces induite par le changement climatique.
2.3.2. Fixation de mesures de conservation spécifiques au site (SSCM) dans le contexte du changement climatique
2.3.2.1.
Les mesures de conservation (voir encadré 2-3) sont les mécanismes et actions réels qui doivent être mis en œuvre sur un site Natura 2000 pour atteindre ses objectifs de conservation spécifiques. Ces mesures peuvent devoir être mises en œuvre sur le site et/ou hors de ses limites, voire sur plusieurs sites (par exemple, pour lutter contre la pollution diffuse).
Les objectifs de conservation devraient être raisonnablement stables sur la durée, mais il se peut que les mesures de conservation spécifiques au site doivent être adaptées à intervalles réguliers pour tenir compte des évolutions des menaces et pressions, notamment celles résultant du changement climatique, et de toute évolution de l’état de conservation des espèces et des habitats sur le site. Les conditions sur le site peuvent être affectées par l’évolution des menaces existantes ou l’apparition de nouvelles pressions. Ces évolutions ne sont pas toujours faciles à prévoir et à anticiper. Le changement climatique peut également avoir de nombreux autres impacts sur les espèces ou les habitats Natura 2000 (par exemple, modifications de la phénologie, des interactions prédateurs-proies, de la structure et de la fonction des habitats).
| Encadré 2-3 Exigences relatives aux mesures de conservation spécifiques au site Conformément à la note sur l’établissement de mesures de conservation pour Natura 2000, les mesures de conservation spécifiques au site devraient:
|
Un suivi régulier des mesures de conservation et de leurs incidences sur les habitats et espèces ciblés est donc essentiel, car il indiquera si les mesures de conservation ont l’effet souhaité ou si elles doivent être adaptées pour garantir qu’elles atteignent les objectifs de conservation fixés pour ce site. Cet examen régulier devrait faire partie intégrante de toute stratégie de gestion des zones protégées et est particulièrement pertinent pour faire face aux pressions émergentes, telles que le changement climatique.
2.3.2.2.
Afin de mettre en place des SSCM appropriées qui soutiennent l’adaptation au changement climatique, il convient de procéder à une évaluation des risques et de la vulnérabilité liés au changement climatique pour le réseau Natura 2000 et ses sites, ainsi que pour les habitats et espèces protégés qui sont menacés par le changement climatique. Un cadre d’adaptation au changement climatique comportant des étapes spécifiques pour soutenir ce processus est proposé au chapitre 4 et détaillé à l’annexe 3. De plus amples informations sur les mesures recommandées qui peuvent être prises au niveau du réseau, du site et du paysage global sont présentées à l’annexe 4. Les SSCM peuvent être adaptées avec souplesse à mesure que les impacts du changement climatique évoluent afin d’atteindre les objectifs de conservation fixés pour le site et ses habitats et espèces protégés. Les États membres peuvent choisir les mesures les plus proportionnées et les plus rentables, tout en favorisant les synergies avec d’autres mesures d’adaptation au changement climatique, telles que la gestion des inondations et la réduction des risques d’incendies de forêt.
2.3.2.3.
Les SSCM prévues pour les habitats et espèces protégés peuvent être modifiées ou supprimées en fonction de l’adaptation ou de la suppression des SSCO en cas de détérioration inéluctable due au changement climatique, à condition qu’il soit scientifiquement prouvé que ces mesures ne peuvent plus contribuer à la conservation ou au rétablissement des habitats et espèces protégés (voir section 2.3.1 et encadré 2-3).
2.3.3. Plans de gestion des sites Natura 2000
Bien qu’ils ne soient pas strictement requis par la loi, les plans de gestion Natura 2000 sont souvent utilisés au niveau national comme un outil pour établir les SSCO et les SSCM de manière ouverte et transparente. Ils sont utiles pour plusieurs raisons. Ils peuvent sensibiliser aux menaces et aux besoins de conservation du site et contribuer ainsi à dégager un consensus sur des solutions de gestion à long terme parmi les parties prenantes et les groupes d’intérêt. Cela peut à son tour créer un sentiment d’appropriation et de responsabilité partagées en ce qui concerne le résultat final. Ils peuvent également constituer un outil important pour estimer les besoins de financement du site et définir les sources de financement potentielles. De même, les plans de gestion peuvent contribuer à mieux intégrer les exigences de Natura 2000 dans d’autres politiques et plans d’utilisation des sols.
Les plans de gestion prévoient également un mécanisme structuré de suivi et d’adaptation des SSCM aux nouvelles pressions et menaces, ou à l’évolution de l’état de conservation des espèces et des habitats présents sur le site. Cela en fait également des outils particulièrement utiles pour s’adapter au changement climatique et pour intégrer d’éventuelles nouvelles mesures d’adaptation au changement climatique, le cas échéant (voir annexe 4).
2.3.4. Non-détérioration dans le contexte du changement climatique
2.3.4.1.
Dans le contexte du changement climatique, les responsabilités des États membres au titre des directives sur la nature concernent l’application de mesures appropriées et proportionnées, plutôt que la prévention d’une transformation écologique inévitable induite par le climat.
L’article 6, paragraphe 2, de la directive «Habitats» oblige les États membres à prendre les mesures appropriées pour éviter la détérioration des habitats naturels et des habitats d’espèces, ainsi que les perturbations significatives touchant les espèces pour lesquelles le site est désigné (58). Cette exigence couvre à la fois la détérioration causée par l’homme et la détérioration naturelle prévisible qui peut être évitée ou, lorsque ce n’est pas possible, atténuée (c’est-à-dire réduire le risque de survenance et l’ampleur des événements naturels). Les États membres sont donc libres de déterminer les mesures les plus appropriées et proportionnées dans un contexte spécifique, pour autant que ces mesures soient efficaces pour prévenir la détérioration. Ce point est précisé dans la communication de la Commission sur les dispositions de l’article 6 de la directive «Habitats» (59).
2.3.4.2.
Comme l’explique la question ci-dessus, les États membres sont tenus de prendre des mesures pour faire face aux effets prévisibles et évitables du changement climatique sur la conservation des espèces et des habitats sur les sites Natura 2000. Les mesures doivent être suffisantes pour éviter ou, lorsque ce n’est pas possible, atténuer les effets liés au changement climatique. Toutefois, les États membres ne seront pas tenus pour responsables de toute détérioration causée par des événements imprévisibles (par exemple, des catastrophes naturelles) et/ou inévitables (voir encadré 2-4).
Dans de tels cas, lorsque la détérioration ou la transformation est inévitable et se produit malgré des efforts raisonnables de conservation et d’adaptation, cela ne devrait pas être interprété comme un non-respect des directives sur la nature. Cela exige néanmoins que les risques liés au changement climatique et les incidences potentielles sur le réseau Natura 2000 soient évalués et dûment pris en compte dans la gestion du réseau et de ses sites.
| Encadré 2-4 Cas potentiels de détérioration inéluctable due au changement climatique Comme décrit à l’annexe 2, même s’il est possible de faire beaucoup pour renforcer la capacité d’adaptation des habitats et des espèces, il est inévitable que, pour certains sites, habitats et espèces Natura 2000, les mesures concrètes visant à atténuer les effets du changement climatique puissent s’avérer limitées, en particulier à long terme. Les espèces qui dépendent fortement de la couverture neigeuse, de certaines conditions hydrologiques ou de certaines températures de surface de la mer devraient, par exemple, se détériorer ou disparaître des zones où les conditions dont elles ont besoin ne sont plus présentes. Les scientifiques sont fermement convaincus que le changement climatique se poursuivra au cours des prochaines décennies, et l’incertitude n’est pas une excuse valable pour l’inaction. Étant donné que les pertes futures de ces habitats et espèces ne peuvent être prévues de manière fiable (par exemple, en raison des incertitudes quant aux futures émissions de gaz à effet de serre, aux conditions climatiques et à l’adaptation des espèces), des efforts et des mesures d’adaptation appropriés devraient être déployés pour renforcer la résilience des habitats et des espèces protégés sur les sites Natura 2000. Les mesures visant à renforcer la résilience des habitats et des espèces devraient se poursuivre aussi longtemps qu’il existe une perspective raisonnable de les maintenir, sur la base de données de surveillance solides et de preuves scientifiques. En cas d’incertitude, le principe de précaution devrait prévaloir et les mesures de conservation et de restauration devraient être maintenues dans le but de préserver une zone d’habitat viable ou une population d’espèces au sein d’un site. S’il apparaît clairement, sur la base de preuves scientifiques, qu’en raison du changement climatique, les espèces et les habitats d’un site donné ne peuvent pas être maintenus, leurs objectifs et mesures de conservation sur le site peuvent être relégués au second plan afin de permettre la réaffectation des ressources ailleurs. Afin de garantir la cohérence du réseau écologique, il peut être nécessaire d’orienter les efforts vers de nouveaux sites qui, dans l’intervalle, peuvent être devenus favorables ou importants pour ces habitats ou ces espèces. Dans la mesure du possible, les États membres devraient adopter une approche stratégique de cette question au niveau du réseau Natura 2000. |
2.3.4.3.
Comme expliqué aux sections 2.3.1 et 2.3.2, en cas de détérioration inéluctable due au changement climatique selon des preuves scientifiques solides, les SSCO et les SSCM peuvent être adaptés, voire supprimés.
2.3.4.4.
| Encadré 2-5 Gestion des types d’habitats forestiers énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats» dans le contexte des impacts inévitables du changement climatique Dans plusieurs régions européennes, le réchauffement des températures, la modification des régimes pluviométriques et l’augmentation de la fréquence des perturbations (par exemple, sécheresses plus fortes ou plus fréquentes, tempêtes, infestations de scolytes) compromettent la résilience des forêts et modifient les conditions environnementales, entraînant des changements dans la répartition naturelle des essences d’arbres. Les forêts européennes d’épicéa (Picea abies) – un habitat énuméré à l’annexe I de la directive «Habitats» dans les zones à haute altitude et les régions boréales – peuvent, par exemple, décliner et être progressivement remplacées par des forêts de hêtre (Fagus sylvatica) ou des forêts mixtes de feuillus. Les hêtraies elles-mêmes peuvent évoluer vers des chênaies xériques (par exemple Quercus pubescens, Q. cerris), en particulier dans le sud-est et le centre de l’Europe. Ces transitions peuvent s’accompagner de modifications de la densité de la canopée, du microclimat, de l’hydrologie et des conditions pédologiques. En règle générale, le remplacement d’un type d’habitat forestier de l’annexe I par un autre, lorsqu’il résulte de processus naturels induits par le changement climatique, devrait être accepté à condition que la transition soit manifestement induite par le climat et non par une pression humaine évitable. Dans ces situations, les interventions de gestion (par exemple, la gestion durable des forêts (60) ou la migration assistée) devraient soutenir la résilience des écosystèmes plutôt que de tenter de maintenir le type d’habitat initial. Les perturbations dues au climat peuvent souvent donner lieu à des phases successives ou transitoires temporaires dominées par des essences pionnières indigènes. Ces phases ne devraient pas être interprétées comme une détérioration de l’habitat lorsqu’elles résultent d’impacts climatiques inévitables et contribuent à la protection des sols, à la régulation microclimatique et au rétablissement de structures forestières compatibles avec les objectifs de conservation du site. Cette approche se justifie pour diverses raisons:
Approches de prise de décision en matière de gestion des forêts Reconnaître et gérer l’incertitude Les modèles prévoyant les conditions climatiques futures restent incertains, notamment en ce qui concerne les températures extrêmes, la variabilité des précipitations, les régimes de perturbation et les résultats dans le domaine de l’écologie. Par conséquent:
Bien qu’il existe une série d’études et de lignes directrices nationales et internationales sur le sujet, les lignes directrices volontaires de la Commission sur une gestion forestière plus proche de la nature (62) (consacrées aux forêts à usage commercial pour le bois et les produits forestiers non ligneux) examinent plusieurs principes et mesures qui peuvent se traduire par des avantages pour la résilience des forêts dans un climat en mutation, y compris dans les forêts protégées. En outre, la notion de gestion durable des forêts définie par Forest Europe permet de concilier en permanence les différentes pressions exercées sur les forêts et les ressources forestières, en assurant un équilibre entre les trois piliers de la durabilité: écologique, social et économique. Si elles sont gérées de manière durable, les forêts jouent un rôle indispensable dans la protection du climat et de la biodiversité. Elles protègent les sols et les ressources en eau, fournissent des moyens de subsistance et contribuent au bien-être des communautés rurales et urbaines (63). Promouvoir la diversité et la complexité Lorsqu’ils procèdent à la plantation ou favorisent le rétablissement d’habitats au sein de sites Natura 2000, les gestionnaires devraient:
Le choix des essences et la structure des forêts devraient également tenir compte du type de sol et des effets hydrologiques, tels que l’infiltration d’eau, la rétention de l’eau dans le sol et la régulation de l’évapotranspiration, qui sont de plus en plus importants dans des conditions climatiques changeantes. Éviter la perte de couvert arboré Il convient d’éviter de créer de grandes ouvertures dans la canopée (par exemple, en procédant à des coupes à blanc dans les types d’habitats énumérés à l’annexe I) dans les zones où cela entrerait en conflit avec les objectifs de conservation spécifiques au site ou l’intégrité de l’habitat. En effet, elles pourraient:
Des ouvertures dans la canopée à petite échelle peuvent être réalisées si nécessaire, par exemple pour faciliter la régénération naturelle ou accroître la diversité des espèces. Renforcer la régénération naturelle La régénération naturelle:
Les essences pionnières telles que le bouleau (Betula spp.), le sorbier (Sorbus aucuparia) ou le tremble (Populus tremula) devraient être considérées comme des indicateurs de résilience, car elles favorisent la protection microclimatique et le développement du sol, même s’il ne s’agit pas des espèces cibles finales. Recommandations spécifiques à la mise en œuvre de Natura 2000
Conclusion La pression croissante exercée par le changement climatique sur les forêts peut nécessiter des approches de conservation dynamiques sur les sites Natura 2000. L’acceptation des transitions naturelles, le renforcement de la régulation microclimatique, la protection des sols et des fonctions hydrologiques, la diversification des essences et des structures et la gestion de l’incertitude grâce à une gestion adaptative contribueront à garantir que, malgré l’évolution des conditions, le réseau de sites Natura 2000 continuera à permettre le maintien ou, le cas échéant, le rétablissement, dans un état de conservation favorable, des types d’habitats naturels et des habitats d’espèces concernés dans leur aire de répartition naturelle. Pour mettre en œuvre efficacement le principe de non-détérioration, il convient de tenir compte de ce qui relève de la compétence des États membres, tout en favorisant les processus écologiques qui garantissent la santé à long terme des forêts. |
2.3.5. Mesures de précaution visant à réduire le risque de catastrophes naturelles liées au changement climatique, telles que les inondations et les incendies de forêt dévastateurs
2.3.5.1.
Les infrastructures traditionnelles de protection contre les incendies de forêt, telles que les coupe-feux linéaires, les réseaux routiers forestiers et l’enlèvement mécanique de la végétation ou de la couche arable, sont indispensables dans certaines situations, mais peuvent avoir des répercussions importantes sur les sites Natura 2000 en fragmentant les habitats et en perturbant les déplacements de la faune sauvage (64). La lutte contre les incendies à long terme peut également entraîner une prolifération de broussailles denses, ce qui augmente le risque d’incendies de forêt.
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé que la création et l’entretien d’infrastructures de protection contre les incendies de forêt sont considérés comme un «projet» au sens de l’article 6, paragraphe 3, première phrase, de la directive «Habitats», ce qui signifie qu’ils peuvent faire l’objet d’une évaluation appropriée. Toutefois, ces mesures ne doivent pas faire l’objet d’une telle évaluation si elles font partie des mesures de conservation établies pour le site en vertu de l’article 6, paragraphe 1 (arrêt dans l’affaire C-434/22, point 50) (65). Les États membres peuvent utiliser cette flexibilité de manière proactive lorsque la conservation des habitats et espèces protégés du site peut bénéficier de la prévention des incendies de forêt, par exemple en intégrant des éléments de prévention pertinents tels que les coupe-feux dans le cadre des mesures de conservation des habitats ou des espèces menacés par des incendies de forêt. Les mesures de protection contre les incendies de forêt qui ne remplissent pas cette condition et qui sont susceptibles de compromettre les objectifs de conservation du site doivent faire l’objet d’une évaluation appropriée des incidences sur le site (arrêt dans l’affaire C-434/22, point 51) (66).
En outre, les orientations de la Commission (67) ont précisé que les plans sectoriels, y compris les plans de gestion des forêts et de protection contre les incendies de forêt, relèvent du champ d’application de l’article 6, paragraphe 3, s’ils sont susceptibles d’affecter un site Natura 2000 de manière significative. Ces plans doivent également faire l’objet d’une évaluation appropriée afin d’évaluer leurs incidences sur le site.
2.3.5.2.
La directive «Habitats» ne contient aucune disposition explicite concernant les mesures d’urgence. Toutefois, il est de bon sens que des situations d’urgence telles que des incendies de forêt ou des inondations préjudiciables puissent nécessiter des décisions immédiates et sur place pour faire face à des risques urgents qui compromettraient la réalisation des objectifs de la directive «Habitats» ou constitueraient une menace imminente pour la sécurité publique. Dans de telles situations d’urgence, il peut ne pas être possible de procéder à une évaluation appropriée.
La Cour a défini deux situations pertinentes dans lesquelles il peut ne pas être nécessaire de procéder à une évaluation appropriée:
| — | lors de l’examen de la nécessité de procéder à une évaluation appropriée des activités d’entretien des infrastructures de protection contre les incendies de forêt, une évaluation appropriée ne sera pas requise si cette activité est déjà incluse dans les mesures de conservation du site (arrêt dans l’affaire C-434/22, point 68) (68). Par conséquent, les mesures (y compris les mesures d’urgence) ne doivent pas être évaluées au titre de l’article 6, paragraphe 3, de la directive «Habitats» si elles sont prévues par les mesures de conservation d’un site; |
| — | les mesures d’urgence pour la protection d’un site peuvent être mises en œuvre sur les sites Natura 2000 ou à proximité sans évaluation appropriée préalable si un risque actuel ou imminent portant préjudice à la préservation de ce site en commande la réalisation immédiate (arrêt dans l’affaire C-434/22, points 69 et 71) (69) (66). Cela permet de réagir rapidement, par exemple en créant des coupe-feux, afin d’éviter d’éventuelles catastrophes. |
L’exception pour les mesures d’urgence ne devrait toutefois s’appliquer qu’aux interventions face à des risques actuels ou imminents. La durée et la portée des mesures qui doivent être prises devraient être limitées à l’intervention minimale nécessaire pour neutraliser le risque. Dans la mesure du possible, les actions choisies devraient réduire au minimum les incidences sur l’environnement, en favorisant les solutions les moins préjudiciables pour les habitats et les espèces protégés par le site Natura 2000.
Il est vivement recommandé que les conditions de mise en œuvre des actions d’urgence sur les sites Natura 2000 soient explicitement détaillées au préalable dans un texte juridique afin de garantir leur clarté et leur objectivité et d’éviter les abus. Ce cadre juridique devrait inclure des aspects tels que la portée de ce qui est considéré comme une «urgence», la gouvernance de la prise de décision, les limitations temporelles, les conditions de levée de l’état d’urgence et les obligations liées aux évaluations postérieures (voir étude de cas no 1).
À la suite de la résolution d’une situation d’urgence, une évaluation ex post complète de l’impact des travaux d’urgence sur le site est essentielle. Idéalement, cette évaluation devrait avoir lieu dans un délai fixé par la loi. Elle permet de quantifier les dommages éventuels et sert de base aux mesures de restauration si celles-ci s’avèrent nécessaires. Les obligations au titre de l’article 6, paragraphe 2, de la directive «Habitats» deviennent particulièrement importantes après cette évaluation ex post.
Bien que la portée de l’arrêt rendu dans l’affaire C-434/22 soit limitée aux actions d’urgence visant à prévenir les dommages causés aux sites par des incendies de forêt, une approche similaire peut être adoptée pour prévenir les menaces pour la santé humaine et la sécurité publique, à condition que toutes les mesures nécessaires soient prises par la suite pour remédier à tout dommage important causé au site par ces mesures d’urgence.
En substance, si des mesures d’urgence peuvent être prises sur les sites Natura 2000 et à proximité pour éviter de nouveaux dommages, elles doivent être justifiées et limitées dans le temps et doivent être suivies d’évaluations approfondies.
| Étude de cas no 1: modifications de la législation en Slovénie afin de définir les conditions des dérogations en cas d’urgence liées à la sécurité humaine sur les sites Natura 2000 Contexte Dans le cadre d’une procédure d’infraction, la Commission européenne a constaté que la Slovénie ne respectait pas les dispositions de la directive «Habitats» en raison de larges dérogations dans sa législation nationale. Ces dérogations autorisaient des mesures d’urgence sans évaluations environnementales appropriées, y compris pour des actions d’urgence sur les sites Natura 2000, qui pouvaient contourner l’évaluation appropriée nécessaire. Le gouvernement slovène a réagi en modifiant sa législation pour répondre à ces préoccupations. Modifications de la législation La Slovénie a modifié l’article 10 de sa loi sur la conservation de la nature afin de définir explicitement des conditions strictes dans lesquelles des dérogations au régime général de conservation de la nature peuvent s’appliquer. Ces modifications sont les suivantes:
Résultat et conformité Ces modifications ont répondu aux préoccupations de la Commission européenne en fournissant un cadre juridique clair indiquant quand et comment des actions d’urgence peuvent être menées sans évaluation appropriée préalable sur les sites Natura 2000. |
2.3.6. Assurer un réseau écologique cohérent et un état de conservation favorable
2.3.6.1.
Outre les mesures prises au niveau du site pour faire face aux impacts sur les habitats et espèces protégés, il peut être nécessaire d’envisager d’adapter le réseau dans son ensemble (et dans chaque région biogéographique) à ces caractéristiques afin de garantir que le réseau continue d’atteindre ses objectifs malgré les menaces nouvelles et croissantes liées au changement climatique.
L’article 3, paragraphe 1, de la directive «Habitats» énonce que Natura 2000 (y compris les ZSC et les ZPS) est un «réseau écologique européen cohérent de zones spéciales de conservation» qui doit permettre «le maintien ou, le cas échéant, le rétablissement, dans un état de conservation favorable, des types d’habitats naturels et des habitats d’espèces concernés dans leur aire de répartition naturelle». Cela signifie que le réseau Natura 2000 est axé sur deux objectifs: i) une protection ciblée des sites abritant des espèces et des habitats Natura 2000, tant sur le plan quantitatif que qualitatif; et ii) garantir une répartition géographique suffisante par rapport à leur aire de répartition. La signification du terme «cohérent» n’est pas définie dans la directive, mais une étude de la Commission européenne a recommandé qu’il comprenne l’adéquation, la représentativité, la résilience et la connectivité du réseau (voir encadré 2-6).
L’article 3, paragraphe 3, prévoit également que «[l]à où ils l’estiment nécessaire, les États membres s’efforcent d’améliorer la cohérence écologique de Natura 2000 par le maintien et, le cas échéant, le développement des éléments du paysage, mentionnés à l’article 10, qui revêtent une importance majeure pour la faune et la flore sauvages». Selon l’article 10, ces éléments «sont ceux qui, de par leur structure linéaire et continue (tels que les rivières avec leurs berges ou les systèmes traditionnels de délimitation des champs) ou leur rôle de relais (tels que les étangs ou les petits bois), sont essentiels à la migration, à la distribution géographique et à l’échange génétique d’espèces sauvages».
Il est donc important de veiller à ce que, pour tout type d’habitat ou toute espèce protégée par les directives sur la nature qui disparaît localement sur un ou plusieurs sites pour des raisons inévitables telles que le changement climatique, des mesures adéquates soient prises ailleurs dans le réseau, en tant que de besoin, pour maintenir la cohérence du réseau Natura 2000 afin d’atteindre ses objectifs. L’annexe 4 décrit les options permettant d’évaluer et d’assurer la cohérence du réseau.
| Encadré 2-6 Propriétés d’un réseau Natura 2000 cohérent En 2010, une étude réalisée pour la Commission européenne (70) a recommandé que, pour être cohérent, le réseau Natura 2000 réponde aux critères des quatre propriétés clés suivantes.
|
2.3.6.2.
Le réseau Natura 2000 contribue à un état de conservation favorable, mais il pourrait ne pas suffire à lui seul pour y parvenir (par exemple, si une grande partie de la superficie d’un type d’habitat se trouve en dehors du réseau). Par conséquent, cette question serait pertinente pour le réseau dans une certaine région biogéographique d’un État membre, mais aussi pour les cas où des types d’habitats et d’espèces se trouvent en dehors du réseau.
Comme expliqué ci-dessus, en cas de détérioration inéluctable due au changement climatique selon des preuves scientifiques solides, lorsque l’état de conservation favorable ne peut plus être atteint au niveau du réseau même si toutes les mesures raisonnables de conservation et de restauration ont été prises, il pourrait être nécessaire de réexaminer à la fois les SSCO et les SSCM sur les sites concernés. Dans ce cas, il serait nécessaire de procéder à une évaluation des mesures qui pourraient être prises pour la ou les caractéristiques touchées dans la région biogéographique concernée, dans un contexte climatique modifié. Cette évaluation pourrait comprendre, entre autres, un examen du caractère suffisant du réseau pour la caractéristique concernée afin de déterminer si de nouveaux sites ou d’autres sites pourraient jouer un rôle dans le rétablissement de son état de conservation à l’avenir, ainsi qu’un examen des SSCO et des SSCM correspondantes.
S’il existe des preuves scientifiques solides qu’une caractéristique donnée, dans une région donnée, ne peut plus atteindre les valeurs de «l’état de conservation favorable» précédemment fixées, cette situation doit être reconnue. En fonction des circonstances spécifiques (déplacement de l’aire de répartition, changement du profil de répartition, disparition totale, etc.), il peut s’avérer nécessaire d’étudier des mesures allant au-delà du niveau de la ou des régions biogéographiques nationales. À titre d’exemple, si l’aire de répartition d’un type d’habitat se déplace vers le nord et s’étend ainsi dans l’État membre A, mais perd en même temps tout ou partie de son aire de répartition dans l’État membre B, il convient de réévaluer la manière dont les États membres A et B définissent l’état de conservation favorable de ce type d’habitat et y contribuent. Cela pourrait signifier que les valeurs de «l’état de conservation favorable» pour la superficie et l’aire de répartition dans l’État membre B pourraient devoir être réduites, voire ramenées à zéro, tandis que dans l’État membre A, ces valeurs devront être revues à la hausse. Il importe de veiller à ce que les meilleures informations possibles soient disponibles et à ce qu’un débat ouvert entre experts ait lieu afin de trouver les meilleures solutions possibles.
2.3.7. Modification du statut juridique ou du périmètre de protection d’un site Natura 2000
2.3.7.1.
Dans certains cas, il se peut que malgré toutes les mesures prises pour l’éviter, les impacts du changement climatique sur un site Natura 2000 soient tels qu’une ou plusieurs espèces ou un ou plusieurs types d’habitats présents sur le site disparaissent sans perspective raisonnable de réapparition et sans possibilité de restauration. En outre, un site ou des parties d’un site, malgré les mesures prises, peuvent ne plus être en mesure de contribuer aux objectifs généraux des directives de l’UE sur la nature. De tels cas, étayés par des preuves scientifiques solides, peuvent justifier une modification des limites d’un site, le retrait d’habitats et d’espèces du régime de protection du site, voire la déclassification totale d’un site, comme expliqué dans les notes de la Commission sur la désignation de sites ou de parties de sites et sur le retrait d’habitats et d’espèces de l’objet de la protection.
Si des changements irréversibles liés au climat surviennent et justifient le retrait d’habitats et d’espèces du régime de protection d’un site, la modification de ses limites, voire le retrait de la désignation d’un site dans son ensemble, il convient d’évaluer dans quelle mesure l’incidence de ces pertes pourrait être compensée par la création de nouveaux sites ou l’agrandissement de sites existants afin de protéger de nouvelles zones pour les habitats et les espèces «perdus» (voir également l’annexe 4).
À l’inverse, des espèces ou des habitats protégés par l’UE peuvent s’établir dans des zones où ils étaient auparavant absents. Cela justifierait d’étendre les sites existants, de modifier leurs limites (par exemple au nord ou vers l’intérieur des terres) comme expliqué ci-dessus, de désigner de nouveaux sites Natura 2000 ou d’intégrer de nouvelles espèces et de nouveaux habitats dans le régime de protection des sites existants afin de garantir un réseau écologique cohérent (voir la section 2.3.6 et l’annexe 4 pour les mesures d’adaptation au niveau du réseau et du site). Les États membres peuvent hiérarchiser leurs mesures et ressources de conservation en fonction de leurs besoins et objectifs de conservation spécifiques.
2.3.7.2.
La disparition d’une espèce ou d’un habitat d’un site peut être le résultat d’une lente évolution progressive de la répartition et de l’aire de répartition d’une espèce ou d’un habitat en raison du changement climatique. Cela peut, par exemple, prendre la forme d’une perte irréversible des habitats en raison de l’élévation du niveau de la mer ou d’une catastrophe naturelle imprévisible susceptible d’avoir des effets irréversibles sur le site.
Comme l’a précisé la CJUE:
| — | l’article 9 de la directive «Habitats» autorise le déclassement de sites (et sans doute de parties de sites) «là où l’évolution naturelle relevée au titre de la surveillance prévue à l’article 11 le justifie ». La CJUE l’a confirmé au point 25 de son arrêt dans l’affaire C-301/12 (71). Au point 30, la Cour a toutefois poursuivi en précisant que « la seule allégation d’une dégradation environnementale d’un SIC […] ne saurait suffire , en soi, à déclencher une telle adaptation de la liste des SIC»; |
| — | «[l]e manquement d’un État membre à cette obligation de protection pour un site déterminé ne justifie pas nécessairement le déclassement de ce site […]. Il incombe, au contraire, à cet État de prendre les mesures nécessaires à la sauvegarde dudit site» (point 32). «[L]es autorités compétentes des États membres sont tenues de proposer à la Commission le déclassement d’un site inscrit sur la liste des SIC […] pour autant que cette demande est fondée sur la circonstance que, malgré le respect des dispositions de l’article 6, paragraphes 2 à 4, de cette directive, ledit site ne peut définitivement plus contribuer à la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages ou à la constitution du réseau Natura 2000» (point 36); |
| — | au point 36 de l’arrêt dans l’affaire C-281/16 (72), la CJUE a relevé que «la proposition d’un État membre de réduire la superficie d’un site de la liste requiert la preuve du fait que les zones en question ne présentent pas d’intérêt substantiel pour la réalisation de cet objectif [de conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages] au niveau national . En outre, la Commission ne doit accepter et mettre en œuvre la proposition que si elle parvient à la conclusion que ces zones ne sont pas non plus nécessaires du point de vue de l’Union dans son ensemble». |
Par conséquent, un site ou une partie de celui-ci peut être retiré de la désignation ou déclassé, ou une espèce ou un habitat peut être retiré du régime de conservation du site en raison de l’évolution naturelle causée par le changement climatique, pour autant que:
| — | cela soit dûment justifié au cas par cas et étayé par des données scientifiques concluantes prouvant que tous les efforts ont été faits pour anticiper ou empêcher la disparition irréversible des espèces ou des habitats en raison de l’évolution des conditions climatiques ou d’autres facteurs; |
| — | il soit démontré que la détérioration s’est produite malgré le plein respect des exigences de l’article 6, paragraphes 2, 3 et 4, de la directive «Habitats» (pour le respect de l’article 6, paragraphe 2, voir la section 2.3.4); |
| — | il soit établi que le site, ou des parties de celui-ci, ne présentent pas d’autres valeurs ou fonctions susceptibles de contribuer aux objectifs des directives sur la nature, y compris son potentiel de colonisation par d’autres habitats et espèces Natura 2000 en raison de ses nouvelles caractéristiques. Le simple fait qu’un site ou une partie de site ne remplit plus la fonction pour laquelle il a été initialement désigné (c’est-à-dire qu’il a une présence significative) ne suffit pas à justifier son retrait de la désignation. De manière générale, étant donné que les sites Natura 2000 sont désignés pour la protection de plusieurs espèces et habitats, on peut s’attendre à ce que tous ne subissent pas les impacts du changement climatique de la même manière. En revanche, la détérioration causée par des activités anthropiques ou l’absence de mesures de gestion et de conservation appropriées, y compris celles nécessaires pour faire face aux risques climatiques émergents et à leurs impacts potentiels sur Natura 2000 (par exemple, les mesures qui renforcent la résilience face au changement climatique), ne peuvent être utilisées pour justifier le déclassement (même partiel) de sites ou le retrait d’espèces ou d’habitats du régime de conservation du site. |
2.3.7.3.
Les notes de la Commission sur la désignation de sites ou de parties de sites et sur le retrait des habitats et des espèces de l’objet de la protection expliquent les justifications nécessaires et les étapes à suivre par les États membres, y compris en cas de changements induits par le changement climatique.
Si de nouvelles espèces et/ou de nouveaux habitats sont enregistrés sur le site (par exemple à la suite d’un changement de répartition dû au changement climatique ou de réintroductions en tant que mesure de conservation), il convient de les enregistrer dans une mise à jour du formulaire standard des données du site et dans l’acte ou l’instrument officiel national qui désigne légalement le site. Il convient également d’adapter les SSCO et les SSCM du site afin de tenir compte de leurs exigences écologiques.
3. COMMENT LE RÉSEAU NATURA 2000 PEUT-IL CONTRIBUER AUX OBJECTIFS DE L’UE EN MATIÈRE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET D’ATTÉNUATION DE SES EFFETS?
3.1. Solutions gagnant-gagnant pour contribuer à la réalisation des objectifs d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets
Le réseau Natura 2000 fournit et préserve un large éventail de services écosystémiques, notamment la production alimentaire, les combustibles, le bois, la santé des sols, la pureté de l’air et de l’eau, la séquestration et le stockage du carbone, ainsi que la protection contre les catastrophes naturelles, telles que les inondations, les glissements de terrain, les sécheresses et les incendies de forêt dévastateurs. Ces services présentent une valeur socio-économique considérable, estimée collectivement à environ 200 à 300 milliards d’EUR par an (73).
En raison des changements climatiques observés et attendus en Europe (section 2 de l’annexe 1), de nombreux services écosystémiques fournis par le réseau Natura 2000 jouent un rôle de plus en plus essentiel dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation au changement climatique, grâce à des solutions fondées sur la nature (y compris des solutions fondées sur les écosystèmes). En outre, comme le montrent les exemples présentés ci-après, l’investissement dans l’adaptation porte réellement ses fruits: la restauration des écosystèmes et d’autres solutions fondées sur la nature peuvent réduire considérablement les risques financiers et économiques liés au changement climatique.
Bon nombre des activités pratiques nécessaires pour renforcer la capacité des habitats et des espèces à s’adapter au changement climatique, telles que la réduction des autres pressions qui s’exercent sur eux ainsi que l’amélioration et la restauration de leurs écosystèmes, peuvent également contribuer à la réalisation d’objectifs plus larges en matière d’adaptation au changement climatique et/ou d’atténuation de ses effets. Il en résulte des avantages mutuels, c’est-à-dire des possibilités gagnant-gagnant. Dans certains cas, ces actions peuvent même présenter des synergies et produire des avantages plus importants que si elles étaient menées séparément.
Il importe toutefois de souligner également que certaines actions d’atténuation du changement climatique ou d’adaptation à celui-ci peuvent entrer en conflit avec les objectifs et les besoins de gestion du réseau Natura 2000. Ces conflits peuvent résulter d’une utilisation inappropriée de solutions fondées sur la nature, telles que la plantation d’arbres sur des habitats non forestiers de grande valeur sur le plan de la biodiversité (74). Il convient de recenser les conflits potentiels le plus tôt possible et de les éviter en menant des consultations avec les autorités compétentes et les autres parties prenantes. Cet objectif peut être facilité par l’élaboration d’un cadre d’adaptation au changement climatique, comme décrit au chapitre 4 et à l’annexe 3. Si les conflits potentiels en matière d’atténuation et d’adaptation concernent des projets et des plans, tels que définis dans la directive «Habitats», ils doivent être traités conformément aux exigences légales prévues à l’article 6, paragraphes 3 et 4, de ladite directive.
La conservation et la restauration des écosystèmes au sein du réseau Natura 2000 peuvent contribuer de multiples façons à l’atténuation du changement climatique et apporter de nombreux avantages en matière d’adaptation. Ces principales contributions sont résumées dans le tableau 1 et décrites aux sections 3.2 et 3.3.
Tableau 1
Avantages potentiels de la restauration des écosystèmes en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci
| Grand type d’habitat | Mesure/action | Potentiel d’atténuation du changement climatique | Potentiel d’adaptation | Observations | ||
| Zones marines et côtières (1) | Restauration et reconstitution des habitats HD riches en carbone (par exemple, prairies sous-marines et marais salants) | Élevé | Amélioration de la protection contre les inondations côtières | Conflits potentiels (2) | ||
| Restauration des dunes de sable | Faible | Amélioration de la protection contre les inondations côtières |
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| Réduction des pressions: pollution, espèces exotiques envahissantes (EEE), perturbation des habitats, etc. | Faible - Élevé | Réduction des proliférations d’algues toxiques, des impacts des EEE | Le potentiel d’atténuation du changement climatique dépend de l’habitat, par exemple élevé pour les prairies sous-marines | |||
| Lacs et rivières | Restauration et reconstitution des habitats HD des lacs | Variable / Élevé | Augmentation du stockage de l’eau douce |
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| Restaurer les cours d’eau et les connexions aux plaines inondables et autres zones humides | Variable / Élevé (3) | Réduction des impacts des inondations, augmentation de la recharge des eaux souterraines et résilience face à la sécheresse | Dépend de la situation (4) | |||
| Réduction des pressions: captage d’eau, pollution, EEE | Faible | Maintien des flux, réduction de l’eutrophisation |
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| Tourbières hautes, tourbières, bas-marais et marais | Restauration de l’habitat: remise en eau, enlèvement des arbres et restauration de la végétation si nécessaire | Très élevé | Amélioration de la qualité de l’eau, une meilleure rétention de l’eau réduit les risques d’inondation, de sécheresse et d’incendie |
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| Réduction des autres pressions: pâturage et brûlage dirigé | Élevé | |||||
| Landes & fourrés | Restauration de l’habitat: enlèvement des arbres et restauration de la végétation si nécessaire | Variable / négatif | Réduction des impacts des incendies grâce à une diminution de la charge combustible |
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| Gestion des incendies (par exemple, brûlage dirigé, pâturage, coupe-feux) | Variable | Réduction des risques d’incendie / des impacts des incendies (5) |
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| Réduction des autres pressions: pollution atmosphérique, pâturage inadéquat, EEE | Variable | Le pâturage peut réduire la charge de combustible de la végétation & les impacts des incendies |
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| Forêts | Reconstitution des habitats HD | Élevé | Stabilisation des pentes, réduction du ruissellement, réduction de la pollution et des inondations |
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| Restauration des forêts, par exemple en passant de peuplements monospécifiques de la même classe d’âge issus d’une coupe à blanc à des peuplements mixtes gérés selon un système de coupe sélective, avec un couvert arboré continu et une régénération naturelle | Variable / Élevé | Résilience accrue des forêts (par exemple, à la sécheresse, à la chaleur, aux tempêtes, aux maladies) et réduction des risques d’incendie / des impacts des incendies (5) |
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| Boisement pour créer des zones tampons / connecter | Élevé | Résilience accrue des forêts fragmentées, par exemple résilience face à la chaleur, aux tempêtes |
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| Replanter avec des mélanges d’essences (ou de génotypes) européennes plus résistantes au changement climatique, en privilégiant les essences indigènes ou celles provenant de zones biogéographiques voisines | Élevé | Résilience accrue comme ci-dessus |
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| Réduction des autres pressions: pollution atmosphérique, EEE |
| Résilience accrue comme ci-dessus |
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| Prairies et terres cultivées | Reconstitution / restauration des prairies HD: réduire l’intensité de gestion | Très élevé | Réduction de la pollution de l’eau, du ruissellement et de l’érosion |
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| Entretenir / restaurer les prairies HD: pâturage, fauche, etc. (éviter / inverser la tendance à l’abandon) | Élevé | Entretien de la production agricole et des paysages culturels, réduction du risque d’érosion et des impacts des incendies |
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| Protection des prairies contre le labourage et le réensemencement des prairies | Moyen | Réduction de la pollution de l’eau, du ruissellement et de l’érosion |
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| Gestion régénératrice des terres arables (par exemple, labourage réduit, recours à la rotation des cultures et à la jachère) | Moyen |
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| Gestion des incendies (par exemple, pâturage, brûlage dirigé) | Faible – variable |
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| (1) Les zones marines et côtières comprennent les marais et les dunes. (2) Peut entraîner la perte de certains habitats précieux (par exemple, si des marais d’eau douce uniques sont remplacés par des marais salants). (3) Bien que les écosystèmes d’eau douce présentent des taux de séquestration et des stocks relativement faibles, les sols tourbeux qui y sont associés, courants dans les zones riveraines et les plaines inondables, peuvent contribuer de manière significative à l’atténuation du changement climatique. (4) Dans certaines situations, la suppression ou l’abaissement des digues peut entraîner des inondations trop fréquentes ou autrement préjudiciables. (5) Le feu est un phénomène naturel dans les écosystèmes abritant des espèces qui dépendent du feu. La réduction des risques d’incendie / des impacts des incendies fait ici référence aux risques et aux impacts des incendies de forêt destructeurs. (75) Hendriks, K., Gubbay, S., Arets, E. et al. (2020), Carbon storage in European ecosystems: A quick scan for terrestrial and marine EUNIS habitat types (Le stockage du carbone dans les écosystèmes européens: une analyse rapide des types d’habitats terrestres et marins de l’EUNIS), rapport interne pour l’AEE de Wageningen Environmental Research et Susan Gubbay, Wageningen. (76) Keesstra, S., Nunes, J., Novara, A. et al. (2018), The superior effect of nature based solutions in land management for enhancing ecosystem services (L’efficacité supérieure des solutions fondées sur la nature dans la gestion des terres pour améliorer les services écosystémiques), Science of The Total Environment, 610–611, p. 997 à 100. (77) Harrison, I.J., Green, P.A., Farrell, T.A. et al. (2016), Protected areas and freshwater provisioning: a global assessment of freshwater provision, threats and management strategies to support human water security (Les zones protégées et l’approvisionnement en eau douce: une évaluation mondiale de l’approvisionnement en eau douce, des menaces et des stratégies de gestion visant à garantir la sécurité hydrique des populations), Aquatic Conservation: Marine and Freshwater Ecosystems, no 26 (S1), p. 103 à 120. (78) Cooper, R. (2020), Nature-based solutions and water security (Solutions fondées sur la nature et sécurité de l’approvisionnement en eau), GSDRC, Université de Birmingham. (79) Prévention au sol des feux non contrôlés. Principes et expériences en matière de gestion des paysages, forêts et zones boisées pour renforcer leur sécurité et leur résilience en Europe. Office des publications de l’Union européenne, 2021. https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/4e6cc1f1-8b8a-11eb-b85c-01aa75ed71a1. (80) Seddon, N., Chausson, A., Berry, P., et al. (2020), Understanding the value and limits of nature-based solutions to climate change and other global challenges (Comprendre l’intérêt et les limites des solutions fondées sur la nature face au changement climatique et à d’autres défis mondiaux), Philosophical Transactions of the Royal Society B, 375, 20190120. (81) AEE(2021), Nature-based solutions in Europe: Policy, knowledge and practice for climate change adaptation and disaster risk reduction (Solutions fondées sur la nature en Europe: politiques, connaissances et pratiques en matière d’adaptation au changement climatique et de réduction des risques de catastrophe), rapport no 1/2021 de l’AEE, Agence européenne pour l’environnement, Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne. (82) Penning E., Peñailillo Burgos R., Mens M., et al. (2023), Nature-based solutions for floods and droughts and biodiversity: Do we have sufficient proof of their functioning? (Les solutions fondées sur la nature pour lutter contre les inondations et la sécheresse et préserver la biodiversité: disposons-nous de preuves suffisantes de leur efficacité?) Cambridge Prisms: Water, 1, e11, p. 1 à 17. (83) Valor, T., Coll, L., Pique, M., et al. (2023), FIRE-RES Ecological factors driving resistant and resilient landscapes to high intensity and extreme wildfire events (Facteurs écologiques favorisant la résilience et la résistance des paysages face aux incendies de forêt de forte intensité et aux phénomènes extrêmes), Deliverable D1.11 FIRE-RES project. DOI: 10.5281/zenodo.7785271. | ||||||
3.2. Comment le réseau Natura 2000 peut contribuer à l’atténuation du changement climatique par la séquestration et le stockage du carbone
Les écosystèmes du réseau Natura 2000 ont un rôle important à jouer pour contribuer à la réalisation des objectifs de l’UE en matière d’atténuation du changement climatique grâce à la séquestration du carbone dans les sols, les sédiments et la végétation, qui contribue à compenser les émissions inévitables de GES provenant d’autres secteurs. L’objectif de neutralité climatique et de réduction des GES de l’UE est un objectif «net», ce qui signifie que les augmentations du puits de carbone sont prises en compte dans l’objectif. La modification de 2023 du règlement sur l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (UTCATF) (84) fixe un objectif global au niveau de l’UE à l’horizon 2030, à savoir des absorptions nettes de 310 millions de tonnes équivalent CO2 dans le secteur UTCATF.
Les États membres sont responsables de la gestion et de l’extension de leurs puits de carbone afin d’atteindre cet objectif de l’UE. Le règlement modifié maintient la règle du bilan neutre ou positif selon laquelle les émissions (débits) des secteurs UTCATF ne devraient pas dépasser les absorptions (crédits) jusqu’en 2025. Si les émissions dépassent les absorptions, l’État membre est tenu d’augmenter la capacité d’absorption ou de recourir à des mécanismes de flexibilité (par exemple, l’échange de crédits d’émission). En 2026, les absorptions devraient commencer à dépasser les émissions. Chaque État membre a un objectif national contraignant pour 2030 et s’est engagé à atteindre une somme d’émissions et d’absorptions nettes de GES pour l’ensemble de la période 2026-2029.
Les principaux moyens de gérer et d’étendre les puits de carbone sont de protéger, restaurer et reconstituer les habitats HD (c’est-à-dire ceux énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats»), en particulier les habitats riches en carbone, afin de réduire les émissions de GES liées à l’utilisation des terres et/ou d’accroître les puits de carbone naturels. Des opportunités peuvent se présenter lorsque:
| — | les réservoirs de carbone existants, qui sont en déclin ou menacés, sont protégés contre la perte ou la dégradation; |
| — | les taux de séquestration du carbone sont augmentés grâce à la restauration ou au renforcement des écosystèmes; |
| — | les habitats riches en carbone précédemment perdus sont recréés. |
Le tableau 2 résume la capacité naturelle des différents types d’écosystèmes à séquestrer et à stocker le carbone. Les aires de répartition varient considérablement d’un type d’habitat à l’autre, principalement en raison de leur classification très large. Les estimations proviennent également de différentes régions de l’EU-27 soumises à des conditions climatiques et à des systèmes de gestion différents. Il convient donc de les considérer à titre indicatif par rapport aux objectifs du présent document d’orientation. Bulkeley (2020) (85) propose une analyse des projets financés par l’UE portant sur les solutions fondées sur la nature pour l’atténuation du changement climatique.
Tableau 2
Estimations du stockage et de la séquestration de carbone pour les types d’écosystèmes et certains habitats marins
a. Écosystèmes terrestres
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| Stockage de carbone (t C ha-1) | Séquestration du carbone (t C/ha-1/an-1) | ||||||
| Écosystème | moyenne | médiane | min | max | moyenne | médiane | min (87) | max |
| Zone humide (86) | 261,8 | 247,2 | 0,9 | 827,1 | 1,0 | 0,3 | –0,5 | 6,5 |
| Forêt | 133,0 | 115,5 | 5,0 | 500,0 | 3,2 | 3,0 | 0,02 | 9,3 |
| Landes | 110,3 | 88,0 | 2,0 | 548,6 | 0,02 | 0,02 | 0,02 | 0,02 |
| Agricole | 107,7 | 99,0 | 7,0 | 266,7 | 1,2 | 0,9 | -0,8 | 4,3 |
| Toundra | 101,2 | 23,2 | 1,5 | 711,0 | 0,6 | 0,3 | 0,10 | 1,4 |
| À végétation clairsemée | 69,7 | 24,0 | 20,6 | 164,5 | 0,02 | 0,02 | 0,00 | 0,04 |
| Pâturages | 61,3 | 5,0 | 0,5 | 438,0 | 0,2 | 0,2 | 0,2 | 0,2 |
| Eaux côtières | 48,0 | 48,0 | 48,0 | 48,0 | 0,7 | 0,7 | 0,6 | 0,7 |
| Arbuste | 33,5 | 12,0 | 6,9 | 190,1 | 0,1 | -0,02 | -0,7 | 1,3 |
| Tous les écosystèmes terrestres | 145,7 | 96,0 | 0,5 | 827,1 | 1,8 | 1,0 | -0,8 | 9,3 |
| (86) Les zones humides comprennent les tourbières, les roselières d’eau douce, les marais intertidaux, les marais salants et les écosystèmes riverains. Les estimations moyennes, médianes, minimales et maximales ne sont pas fournies pour les habitats marins parce qu’elles ne sont pas incluses dans la référence source. (87) Des taux négatifs peuvent survenir en raison de taux élevés de décomposition de la matière organique du sol, par exemple dans les sols tourbeux drainés ou déshydratés. | ||||||||
b. Certains habitats marins
| Remarque: | les types d’écosystèmes sont fondés sur la classification EUNIS des habitats marins de 2019 et sur la classification EUNIS des habitats pour les écosystèmes terrestres de 2017 (88). |
| Source. | Adapté de Hendriks et al. (2020) (89). Unités exprimées en mg C ha–1 pour les habitats terrestres et en g m–2 pour les habitats marins. Corg = carbone organique. Cinorg = carbone inorganique. |
| Type d’habitat | Stockage de carbone (t C ha-1) | Séquestration du carbone (t C/ha-1/an-1) |
| Bancs de maerl | 620 Cinorg | 1,0 |
| Récifs de Lophelia | 100 Cinorg | 0,3 |
| Prairies sous-marines | 20 – 50 Corg | 0,8 |
| Sédiments intertidaux | 5 – 20 (10 premiers centimètres) | 0,1 - 0,4 |
| Varech | 5 – 9 Corg | Contribution en grande partie dans les zones de dépôt |
| Macro-algues intertidales | 5 Corg | Contribution en grande partie dans les zones de dépôt |
| Sédiments subtidaux | <1 (10 premiers centimètres) | 0,003 - 0,009 |
| (88) https://www.eea.europa.eu/data-and-maps/data/eunis-habitat-classification-1/folder_contents. (89) Hendriks, K., Gubbay, S., Arets, E. et al. (2020), Carbon storage in European ecosystems: A quick scan for terrestrial and marine EUNIS habitat types (Le stockage du carbone dans les écosystèmes européens: une analyse rapide des types d’habitats terrestres et marins de l’EUNIS), rapport interne pour l’AEE de Wageningen Environmental Research et Susan Gubbay, Wageningen. | ||
Parmi tous les écosystèmes terrestres, les zones humides présentent les stocks moyens de carbone les plus élevés, en particulier les tourbières (avec des couches épaisses de tourbe) et les marais salants. D’autres types d’habitats peuvent également avoir des réserves de carbone élevées lorsqu’ils se trouvent sur des sols tourbeux. Les forêts présentent également généralement des stocks de carbone élevés, en surface et en sous-sol, bien qu’ils varient considérablement en fonction de leur localisation, des essences présentes, de leur âge et de leur gestion. On estime que ce sont les forêts qui affichent les taux de séquestration les plus élevés, bien que la fourchette soit assez large.
À l’heure actuelle, les données sur les stocks de carbone marins et les taux de séquestration sont insuffisantes pour fournir des fourchettes et des moyennes. Toutefois, les estimations fournies dans le tableau 2 indiquent que les habitats marins en Europe présentent une grande diversité, les bancs de maerl affichant des réserves et une séquestration nettement supérieurs à ceux de tous les autres habitats marins, ainsi qu’à ceux de la plupart des habitats terrestres. Les taux de séquestration sont également relativement élevés dans les prairies sous-marines. Bien que les réserves de carbone et les taux de séquestration soient beaucoup plus faibles dans les habitats de varech, intertidaux et subtidaux, ceux-ci capturent et stockent globalement une quantité considérable de carbone en raison de leur vaste étendue.
Dans de nombreux cas, la protection, la gestion et la restauration («résilience au changement climatique») des habitats Natura 2000 et de l’environnement au sens large (niveau du paysage) peuvent réduire et inverser les pertes de carbone réelles ou potentielles et accroître les taux de séquestration. Un exemple courant et important est celui des tourbières drainées (c’est-à-dire les tourbières hautes, les bas-marais et les tourbières), qui peuvent devenir une source de dioxyde de carbone plutôt qu’un puits. Toutefois, la remise en eau de ces zones peut considérablement réduire ou éliminer les pertes de carbone en empêchant l’oxydation de la tourbe (90) (91). D’autres mesures de restauration, telles que le rétablissement de la prédominance des espèces végétales formant de la tourbe (c’est-à-dire principalement les espèces de Sphagnum), peuvent alors s’avérer nécessaires pour obtenir ou accroître la formation de tourbe et la séquestration du carbone.
Il existe de nombreux exemples de restauration réussie des tourbières, avec des avantages considérables en matière d’atténuation du changement climatique (et d’adaptation – voir ci-dessous), bien qu’ils soient difficiles à quantifier. Deux études de cas sur la restauration des tourbières, en Estonie (92) et en Irlande (93), sont résumées dans l’étude de cas no 2 et l’étude de cas no 3. Les prairies sous-marines (décrites dans l’étude de cas no 4 en Italie (94)) et les marais salants au Royaume-Uni (étude de cas no 5) sont d’autres exemples d’habitats riches en carbone énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats» qui ont été restaurés avec des avantages avérés en matière de séquestration et de stockage du carbone. Le projet WaterLANDS d’Horizon 2020 (95), qui s’étend de 2021 à 2026, vise à synthétiser les connaissances existantes sur la restauration réussie des zones humides et à permettre d’intensifier la restauration des sites dans toute l’Europe.
| Étude de cas no 2: avantages des mesures de restauration des tourbières sur le plan de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à celui-ci, LIFE Mires (Estonie) Coordonné par l’organisation non gouvernementale «Fonds estonien pour la nature», le projet LIFE Mires Estonia (2015-2020) avait pour objectif de rétablir le bon état des habitats tourbeux sur une sélection de sites. Des actions de restauration ont été entreprises sur six sites Natura 2000, notamment la restauration du régime hydrologique par l’élimination du système de drainage, la revégétalisation des zones d’extraction de tourbe abandonnées et le défrichage des arbres des tourbières boisées. Le projet a permis de restaurer 7 900 ha de tourbières et devait donner lieu à une augmentation significative des populations des espèces ciblées (la grenouille des champs ou la libellule, par exemple). Parallèlement à ces avantages sur le plan de la biodiversité, le projet devait contribuer à l’atténuation du changement climatique, étant donné que les habitats tourbeux ciblés disposent d’importantes capacités de séquestration et de stockage du carbone. Toutefois, en Estonie, les tourbières dégradées émettent environ 8 MtCO2/an. La restauration de ces habitats peut donc contribuer aux objectifs d’atténuation du changement climatique en réduisant ces émissions de carbone. En outre, les mesures visant à restaurer les tourbières peuvent également contribuer à l’adaptation au changement climatique. En Estonie, les phénomènes météorologiques extrêmes provoquent fréquemment des inondations, et les incendies sont également en augmentation. L’extension des zones humides peut atténuer les effets des inondations et des incendies, tout en offrant d’autres services écosystémiques améliorés, notamment en dynamisant le tourisme local. Le projet s’est penché sur les dilemmes liés à la conservation qui découlent des priorités et des compromis entre les habitats et les espèces, ainsi que sur les pratiques de surveillance des habitats et des espèces et de gestion adaptative. Il a permis d’accroître l’acceptation sociale et d’obtenir d’importants succès en matière de sensibilisation à la restauration et aux zones humides. Un manuel documente les bonnes pratiques suivies dans le cadre du projet (96).
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| Étude de cas no 3: restauration des tourbières hautes actives dans le réseau irlandais de zones spéciales de conservation Les tourbières hautes sont des habitats humides inestimables qui ont subi un déclin important en raison des activités humaines. Environ 9 100 ha d’habitat de tourbières hautes sont inclus dans le réseau protégé de ZSC et de zones de patrimoine national de l’Irlande. La restauration du réseau protégé de tourbières hautes est importante pour accroître la valeur des tourbières irlandaises sur le plan de la biodiversité et contribuer à l’atténuation du changement climatique. Le projet LIFE Irish Raised Bogs (2016-2022) est le plus grand projet de restauration de tourbières entrepris en Irlande à ce jour. Il se concentre sur la restauration et le rétablissement des conditions hydrologiques et écologiques des tourbières hautes actives dans le réseau irlandais des ZSC. L’objectif était de restaurer 752 ha de tourbières hautes sur 2 649 ha au moyen de diverses mesures de remise en eau et de procéder à un suivi afin de démontrer les effets positifs de la restauration. La modélisation fondée sur les résultats initiaux prévoit que le projet atteindra plus de 95 % de ses objectifs. Bien que le projet n’évalue pas les incidences des mesures de restauration sur les émissions de GES, il est possible d’estimer l’effet attendu des mesures de remise en eau en se fondant sur des études antérieures. Les données disponibles montrent que les mesures de remise en eau peuvent permettre de transformer les tourbières drainées, qui constituent une source de carbone, en puits de carbone (par exemple, en passant de 1,37 t C/ha/an sur des tourbières domestiques drainées à -0,49 t C/ha/an après remise en eau), et ce de manière rentable. Le projet a apporté d’importants avantages sur le plan socio-économique et a permis l’acceptation par le public des activités de restauration sur l’ensemble des sites du projet et au-delà. Une étude socio-économique a déjà montré que les retombées économiques du projet ont été estimées à plus de 3 millions d’euros dans la région des Midlands (par exemple grâce à l’écotourisme). Un facteur clé de réussite a été la phase préparatoire, qui comprenait une cartographie approfondie des parties prenantes et une compréhension de l’histoire de l’utilisation de la tourbe. En outre, le projet impliquait le partage des bonnes pratiques et la participation à des projets de restauration au Royaume-Uni. Afin de soutenir les futures actions de restauration, le projet a produit un examen des mesures fondées sur les bonnes pratiques (98).
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| Étude de cas no 4: restauration des prairies sous-marines dans la lagune de Venise Les lagunes côtières sont des écosystèmes très importants sur le plan écologique qui fournissent des habitats essentiels à une grande variété d’espèces végétales et animales et soutiennent la fourniture de services écosystémiques essentiels sur le plan socio-économique, notamment la régulation du climat, la productivité de la pêche et la protection des côtes. Un indicateur clé de la santé de l’écosystème lagunaire est l’étendue et l’état de ses prairies sous-marines aquatiques. Ces «ingénieurs écologiques» soutiennent de multiples communautés biologiques et contribuent à l’atténuation du changement climatique, car ils captent et stockent des quantités importantes de dioxyde de carbone. Étant donné que les prairies sous-marines ont considérablement diminué, leur protection et leur restauration constituent une solution fondée sur la nature permettant à la fois de réduire les émissions de carbone et de préserver la biodiversité. Le principal objectif du projet LIFE-SeResto (2014-2018) était de restaurer et de consolider environ 36 km2 d’habitat lagunaire côtier en transplantant des prairies sous-marines, principalement des Zostera marina et des Zostera noltei, sur des sites situés dans la lagune de Venise septentrionale. Pour atteindre cet objectif, une série de mesures a été mise en œuvre en collaboration avec les acteurs locaux. Ces mesures comprennent des travaux préparatoires visant à recenser les sites de transplantation, la transplantation directe de prairies sous-marines et le soutien au développement des prairies, un suivi destiné à évaluer la réussite et les avantages du projet, ainsi que des travaux de diffusion visant à partager les enseignements et les bonnes pratiques tirés du projet. Grâce aux mesures de restauration (avec des prairies sous-marines d’une superficie supérieure à 10 km2), les sites soutiennent un degré plus élevé de biodiversité et fonctionnent comme des zones de refuge, d’alimentation et de nourricerie pour diverses espèces benthiques et halieutiques, ainsi que pour les oiseaux. En outre, la restauration a contribué à l’amélioration de la qualité de l’eau et, au cours des deux dernières années du projet, à la séquestration d’environ 1 500 tonnes de CO2. Plusieurs des facteurs qui ont contribué à la réussite de ce projet permettent de tirer des enseignements clés. Parmi ceux-ci figurent les aspects techniques de la méthodologie, notamment la décision d’utiliser plusieurs petits sites répartis sur une vaste zone, en recourant à de petites mottes et à des rhizomes isolés, dont le prélèvement n’a pas d’effet significatif sur les sites donneurs, ainsi que le recours au travail manuel, ne nécessitant pas de machines. Un autre facteur essentiel a été l’implication étroite des acteurs locaux (pêcheurs, chasseurs, rameurs, naturalistes) qui possèdent une connaissance intime de la lagune.
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Il est clair qu’il est possible de contribuer à l’atténuation du changement climatique grâce à la restauration, la reconstitution ou la gestion de nombreux autres types d’habitats énumérés à l’annexe I de la directive «Habitats», ou d’autres habitats importants pour les espèces Natura 2000. Parmi les solutions envisageables, on peut citer:
| — | la reconstitution et la restauration d’habitats forestiers favorables et résilients face au changement climatique, ainsi que d’autres habitats riches en carbone, ce qui, outre l’extension de l’habitat, peut renforcer la connectivité en créant des corridors et en reliant des parcelles d’habitats fragmentées; |
| — | la plantation d’espèces indigènes sur des sites appropriés pour la conservation des habitats, ou la reconstitution de prairies et de landes semi-naturelles sur d’anciennes terres arables; |
| — | la reconversion des terres arables utilisées de manière intensive en seules prairies (102), même si celles-ci ne présentent pas un caractère semi-naturel, peut profiter à de nombreuses espèces (par exemple, certains oiseaux des champs) tout en augmentant les stocks de carbone et en mettant fin aux pertes de carbone associées à la gestion des terres arables (mise à nu des sols, perturbation des sols et labourage, par exemple) et en présentant de nombreux autres avantages en matière d’adaptation; |
| — | la gestion durable des sols arables, forestiers et urbains afin d’éviter la dégradation des sols et d’accroître leur capacité de rétention d’eau. |
De même, la protection de la biodiversité et le renforcement de la résilience liés aux mesures d’adaptation au changement climatique mises en œuvre sur les sites Natura 2000 peuvent contribuer à l’atténuation du changement climatique en garantissant que les stocks de carbone existants importants ne soient pas perdus en raison des impacts du changement climatique. Les actions de gestion sur les sites Natura 2000 peuvent également améliorer le stockage et la séquestration du carbone dans les habitats. Sur les marais salants, par exemple, des régimes de pâturage appropriés peuvent accroître les stocks de carbone jusqu’à 10 tC/ha, en particulier sur les marais anciens présentant des sols à grain fin (103). Le simple fait d’empêcher le labourage et le réensemencement des prairies peut à lui seul éviter d’importantes pertes de carbone dues à la perturbation des sols, augmentant les stocks de carbone d’environ 8 kgC/ha/an selon une étude réalisée en Allemagne (104). Lorsque des prairies permanentes ont été converties en terres arables, les mesures visant à restaurer les prairies sont les plus susceptibles d’accroître le stockage du carbone parmi toutes les pratiques de gestion agricole (105).
Une autre contribution importante au maintien ou à l’augmentation des stocks de carbone sur les sites Natura 2000 et dans l’environnement au sens large peut être la création ou la restauration de particularités topographiques, telles que les haies, les parcelles boisées et les arbres isolés. On estime, par exemple, que ces petites particularités topographiques boisées dans les paysages agricoles en Allemagne stockent environ 111 Mt de carbone sur 900 000 ha (123 tC/ha) (106).
3.3. Comment Natura 2000 peut contribuer à réduire et à atténuer les effets des phénomènes extrêmes – quelques exemples
3.3.1. Incendies de forêt
Les incendies de forêt, définis ici comme «tout feu de végétation incontrôlé exigeant une décision ou action afin d’être éteint» (107), ont gagné en gravité dans certains pays, mais pas dans l’ensemble de l’UE en ce qui concerne leur nombre ou la superficie brûlée totale (système européen d’information sur les feux de forêt – EFFIS) (108). Les raisons de cette situation sont complexes et comprennent notamment une augmentation constatée des conditions de chaleur et de sécheresse propices au déclenchement et à la propagation des incendies, ce que l’on appelle les «conditions météorologiques propices aux incendies», en raison du changement climatique (section 2.4 de l’annexe 1). Parmi les autres facteurs contributifs figurent les changements dans la gestion des terres, les évolutions sociales telles que l’exode rural et l’expansion urbaine, la gestion insuffisante des terres agricoles et des forêts, l’évolution des traditions culturelles et des habitudes de loisir, ainsi que des politiques de gestion des incendies sous-optimales, telles qu’une dépendance excessive à l’égard de la lutte contre les incendies et des mesures de prévention insuffisantes.
Les rapports de l’EFFIS (109) montrent que la répartition spatio-temporelle des incendies de forêt en Europe évolue. La saison des incendies de forêt dure désormais plus longtemps qu’auparavant. Les conditions extrêmes propices au risque d’incendie en Europe centrale et dans la région méditerranéenne favorisent l’apparition et la propagation d’incendies de grande ampleur, plusieurs d’entre eux couvrant une superficie supérieure à 10 000 ha. La majeure partie de la superficie brûlée se situe dans les régions du sud de l’Europe naturellement exposées aux incendies (au Portugal, en Espagne, en France, en Italie et en Grèce). Toutefois, des incendies de forêt se sont également produits dans des zones considérées jusqu’à présent comme à faible risque, comme dans certaines régions du nord-ouest et du centre de l’Europe. Le «Current Situation Viewer» (110) de l’EFFIS comprend une «couche “Zones protégées”» permettant aux utilisateurs d’évaluer le risque d’incendie et de surveiller l’ampleur des incendies de forêt dans les zones protégées.
Bien que le feu soit un phénomène naturel important dans de nombreux écosystèmes, tels que certaines forêts boréales, les landes atlantiques et les forêts et maquis méditerranéens, les incendies de forêt causent également des dommages aux habitats et espèces Natura 2000, en particulier lorsqu’ils sont violents, fréquents ou de grande ampleur. Les incendies de grande ampleur et de forte sévérité sont particulièrement dévastateurs, car les températures extrêmes provoquent la destruction de toute la végétation ligneuse en surface (y compris les cimes des arbres), ainsi que des dommages au sol, aux tubercules des plantes et à la banque de semences. Le sol mis à nu est alors exposé à l’érosion, un phénomène aggravé par la multiplication des épisodes de précipitations extrêmes liés au changement climatique.
De telles modifications de l’état du sol peuvent empêcher la reconstitution des communautés végétales d’origine et des espèces animales qui y sont associées. Cela peut à son tour entraîner la perte de types d’habitats HD et leur remplacement par une végétation à faible valeur sur le plan de la biodiversité. Les incendies de grande ampleur réduisent également la diversité structurelle du paysage, car de vastes zones d’habitat finissent par avoir le même âge et sont dominées par une végétation similaire, se trouvant au même stade de succession écologique. Bien que certains végétaux et habitats puissent résister à des incendies occasionnels d’ampleur modérée, voire en dépendre, ils risquent de disparaître si les incendies sont trop fréquents, même s’ils sont de faible intensité. Certaines données indiquent que des paysages homogènes recouverts de zones arbustives sensibles aux incendies gagnent du terrain en Europe en raison de la multiplication des incendies de forêt extrêmes et de la fréquence accrue des incendies (111).
Une autre source de préoccupation réside dans le fait que certaines zones et certains écosystèmes, qui ne brûlaient généralement pas en raison de l’humidité de leurs sols et de leur végétation, sont désormais vulnérables aux incendies en raison de conditions de sécheresse prolongée. Les incendies dans ces habitats peuvent être extrêmement dévastateurs, d’autant plus que l’absence d’incendies par le passé a entraîné une accumulation importante de combustible, ce qui peut alors donner lieu à des incendies particulièrement sévères.
La gestion de la protection et de la conservation des forêts, des landes et d’autres habitats à haut risque dans le cadre de Natura 2000 présente également des avantages en matière de prévention des incendies, étant donné que bon nombre des exigences sont identiques ou similaires. En ce qui concerne la gestion des forêts, les mesures souvent prises sur les sites Natura 2000 pour atteindre les objectifs de conservation peuvent renforcer la résilience au changement climatique et contribuer directement et indirectement à réduire l’ampleur, l’intensité et l’impact des incendies. Ces mesures comprennent notamment:
| — | la protection des forêts anciennes et primaires, où le microclimat et la forte teneur en humidité de gros morceaux de bois en décomposition réduisent le risque d’incendie de forêt; |
| — | la préservation de la mosaïque d’habitats, par exemple en utilisant l’agroforesterie, les cultures permanentes et les vignobles comme zones tampons; |
| — | le pâturage par différentes espèces de bétail, afin de maintenir une gestion spécifique des prairies et/ou la transhumance avec des races résistantes mieux adaptées au milieu environnant; |
| — | le recours au brûlage dirigé, qui permet de restaurer les prairies protégées tout en apportant des avantages à la bioéconomie dans les zones reculées (des possibilités de pâturage, par exemple); |
| — | l’utilisation d’une combinaison de systèmes sylvicoles pour créer des structures forestières et agroforestières diversifiées; |
| — | le maintien de la diversité des essences et des âges; |
| — | la mise en place de pratiques visant à maintenir des forêts humides et fraîches (par exemple, maintenir le couvert arboré, éviter les coupes à blanc importantes); |
| — | le maintien ou la plantation d’essences indigènes moins inflammables (résistance au feu); |
| — | la maîtrise de la propagation des espèces exotiques envahissantes pyroendémiques; |
| — | une gestion appropriée du bois mort dans les zones à haut risque (par exemple, après de graves infestations de scolytes (112) ou des chutes d’arbres) afin d’éviter la continuité verticale et horizontale du combustible. |
Des inquiétudes ont été exprimées quant à l’obligation de maintenir des niveaux élevés de bois mort dans les forêts à des fins de biodiversité (et quant à l’utilisation du bois mort comme indicateur de biodiversité), étant donné que cela peut accroître la charge en combustible. Cette question a donc été examinée en détail par une étude de la Commission européenne qui a conclu qu’«il est probable que, dans la plupart des cas, le bois mort ne contribue pas de manière significative au risque d’incendie» (113). Dans les forêts de type méditerranéen, cette étude a estimé que le bois mort (c’est-à-dire le matériau ligneux ne faisant pas partie de plantes vivantes et dont le diamètre dépasse 10 cm) ne peut être considéré comme un facteur déterminant du risque d’incendie par rapport à d’autres caractéristiques, à savoir la forte continuité horizontale et verticale (combustible étage) des forêts, due au recul de la gestion forestière et au dépeuplement des zones rurales. Toutefois, il pourrait y avoir des exceptions immédiatement après d’autres perturbations (par exemple, sécheresse, infestations d’organismes nuisibles, tempêtes) en raison de la présence de combustibles ligneux fins fixés au bois mort.
Bien qu’il puisse représenter une part importante de la charge de combustible, le bois mort de gros calibre (diamètre supérieur à 10 cm), souvent associé à des avantages pour la biodiversité, a tendance à contenir davantage d’humidité et présente un rapport surface/volume plus faible; il brûle donc lentement et contribue peu à l’intensité du feu. D’autre part, comme expliqué dans l’étude susmentionnée, l’accumulation de débris ligneux fins d’un diamètre compris entre 1 et 10 cm sur le sol forestier peut augmenter considérablement le risque d’incendie si les conditions climatiques empêchent leur décomposition rapide. La gestion du bois mort dépend donc du contexte et doit tenir compte des conditions climatiques locales ainsi que de la taille du bois mort concerné.
De plus amples informations sur les mesures de gestion recommandées figurent à la partie 2.4.1 de l’annexe 4.
3.3.2. Inondations fluviales et côtières
Un autre avantage important et très répandu des habitats naturels et semi-naturels, ainsi que des processus écosystémiques qui y sont liés, réside dans leur capacité à retenir l’eau dans le paysage. Cela permet non seulement d’atténuer les effets des sécheresses prolongées, mais aussi de réduire les inondations et leurs conséquences (voir la bibliographie à l’annexe 5 pour les sources de référence). L’UE reconnaît que ces solutions fondées sur la nature pour lutter contre les inondations ainsi que le rôle joué par Natura 2000 dans leur préservation et leur restauration contribuent déjà à la gestion de l’eau et des inondations dans l’UE, notamment en ce qui concerne les objectifs de la directive «Inondations» (114) et de la directive-cadre sur l’eau (115) (116). Les inondations pluviales (dues aux précipitations directes), les inondations fluviales et les inondations côtières sont toutes en augmentation dans une grande partie de l’Europe en raison du changement climatique (augmentation des précipitations, intensification des précipitations et/ou élévation du niveau de la mer), et ces tendances devraient se poursuivre dans tous les scénarios vraisemblables. Les solutions fondées sur la nature sont donc susceptibles de jouer un rôle croissant dans l’adaptation au changement climatique et la gestion des inondations.
Les écosystèmes, y compris de nombreux habitats HD, peuvent réduire la fréquence des inondations et leurs incidences de diverses manières et dans diverses circonstances, comme le résume le tableau 3. D’autres références et exemples de cas sont fournis dans la bibliographie. En général, le risque d’inondation peut être réduit de trois manières: au niveau des bassins versants, dans les plaines inondables et le long des côtes; comme indiqué ci-dessous. Toutefois, une évaluation au cas par cas est toujours nécessaire pour déterminer la mesure dans laquelle le risque d’inondation peut être réduit, en particulier en cas d’événements extrêmes.
Tableau 3
Les grands types d’habitats et leur potentiel de contribution à la gestion des inondations
| Types d’habitats | Contribution à la prévention et à la gestion des inondations | Études de cas | ||
| Tourbières | Peuvent agir comme des éponges, ce qui ralentit le ruissellement et peut réduire les pics de débit en aval. Comme toute éponge, ces habitats perdent leur capacité de régulation lorsqu’ils sont saturés. | Royaume-Uni (117) | ||
| Végétation des berges et des lits | Peut ralentir le débit, ce qui peut réduire le risque d’inondation en aval (en atténuant les crues) ou l’augmenter en amont (en raison d’une rugosité accrue ou de l’obstruction du cours d’eau). | L’Arga, Espagne (118) | ||
| Prairies et zones humides des plaines inondables | Stockent les eaux de crue (zones inondables), ce qui réduit les risques d’inondation en aval. Le degré de réduction du risque d’inondation varie en fonction de la superficie de la plaine inondable naturelle (volume de stockage), de la connexion avec le cours d’eau et de la répartition au sein du bassin versant. | L’Elbe, Allemagne (119) | ||
| Plaine inondable, forêt riveraine | Stockent les eaux de crue et peuvent ralentir le débit, ce qui permet de réduire le risque d’inondation en aval (en atténuant les débits élevés). Par rapport aux prairies et zones humides des plaines inondables, les forêts riveraines peuvent accroître les risques en amont (par une rugosité/un blocage accrus). |
| ||
| Prairies dunaires côtières | Contribuent à stabiliser les dunes et à protéger les zones côtières adjacentes, et peuvent dans une certaine mesure empêcher les vagues de déferler par-dessus les dunes. | Le moteur de sable, Pays-Bas (120) | ||
| Forêts dunaires côtières | Contribuent à stabiliser les zones dunaires – comme ci-dessus. |
| ||
| Marais salants et prairies côtiers | Réduisent la hauteur des vagues et l’énergie houlomotrice et par conséquent le risque d’érosion côtière et d’inondations. | Étude de cas no 5 | ||
| Plages de galets et de rochers | Réduisent la hauteur des vagues et l’énergie houlomotrice et, par conséquent le risque d’érosion côtière et d’inondations. |
| ||
| Habitats subtidaux | Les récifs, le varech et les prairies sous-marines retiennent les sédiments et réduisent la hauteur des vagues et l’énergie houlomotrice, ce qui permet de réduire l’érosion côtière et les inondations. |
| ||
| (117) Gao, J., Holden, J. et Kirkby, M. (2016), The impact of land-cover change on flood peaks in peatland basins (L’incidence de l’évolution de l’occupation des sols sur les pointes de crue dans les bassins tourbeux), Water Resources Research, 52 (5), p. 3477 à 3492. (118) https://www.nwrm.eu/case-study/fluvial-and-ecosystem-restoration-arga-aragon-rivers-spain. (119) https://www.ddni.ro/manager/editor/UserFiles/File/Scientific%20annals/volume/19/11.pdf. (120) https://dezandmotor.nl/en/. (120) Commission européenne (2020), «The interaction between the Floods Directive and the Nature Directives (L’interaction entre la directive «Inondations» et les directives sur la nature). Document de cadrage, groupe de travail du CIS sur les inondations dans le cadre de la directive «Inondations» et de la directive-cadre sur l’eau. (121) AEE (2015), «Water-retention potential of Europe’s forests. A European overview to support natural water retention measures» (Potentiel de rétention d’eau des forêts européennes. Une vue d’ensemble européenne pour soutenir les mesures de rétention naturelle de l’eau), rapport no 13/2015 de l’AEE, Agence européenne pour l’environnement, Luxembourg.
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La protection et la restauration des habitats HD, y compris les sols et la végétation, contribueront à accroître la rétention d’eau et, partant, à réduire les débits des cours d’eau et les pics d’inondation. Les tourbières de couverture sont particulièrement efficaces pour retenir l’eau, car les sphaignes, qui constituent la végétation dominante dans les tourbières saines, ont une énorme capacité d’absorption de l’eau. La restauration des tourbières dégradées par le bouchage des drains dans les bassins versants de haute altitude peut donc réduire les débits de ruissellement et les risques d’inondation en aval, tout en améliorant la qualité de l’eau et en contribuant à maintenir les débits pendant les périodes sèches.
D’autres mesures, telles que la plantation d’arbres et d’arbustes, la préservation du couvert arboré dans les bassins versants et la reconversion des terres arables en prairies (123), peuvent également favoriser l’infiltration de l’eau, réduire les taux de ruissellement et le risque d’inondation en aval, et accroître les réserves de carbone des sols et de la végétation. De même, la restauration des cours d’eau naturels, notamment par la reconnexion avec les zones humides adjacentes dans les vallées fluviales, contribuera à réduire les débits fluviaux lors d’épisodes de fortes précipitations.
Les plaines inondables peuvent jouer un rôle important dans le stockage de l’eau, en particulier le long des cours moyens et inférieurs des rivières, et ainsi atténuer les effets des fortes précipitations. C’est pourquoi la création de zones destinées à retenir l’eau en période de crue, appelées «zones inondables», est une pratique courante depuis des siècles. Les inondations récurrentes empêchant la culture, les zones inondables ont traditionnellement été exploitées comme pâturages humides et prairies. Elles présentent une grande valeur pour la conservation de la nature, notamment pour leurs habitats HD et, souvent, pour la reproduction et l’hivernage des populations d’oiseaux d’eau. Ainsi, une grande partie des prairies de plaine inondable de basse altitude qui restent reliées à leur cours d’eau et sont inondées de manière saisonnière se trouvent sur des sites Natura 2000.
Malgré leurs importantes fonctions d’atténuation des inondations, jusqu’à 90 % des plaines inondables ont disparu en Europe (124). Par conséquent, la protection et la restauration des écosystèmes des plaines inondables et des habitats HD sur les sites Natura 2000 contribuent à fournir des solutions fondées sur la nature qui atténuent les inondations, tout en apportant d’autres avantages en matière de biodiversité et de services écosystémiques. La restauration des écosystèmes dans les plaines inondables peut souvent contribuer à atténuer les inondations en augmentant leur capacité de rétention des eaux. Cela peut se faire en supprimant ou en abaissant les digues, ou en installant des écluses qui peuvent laisser l’eau se déverser sur la plaine inondable de manière contrôlée.
Il existe de nombreux exemples dans toute l’Europe où la restauration des plaines inondables a été utilisée pour contribuer de manière rentable à la gestion des inondations. L’un de ces exemples est la plaine inondable de Dyle (Belgique), où une solution fondée sur la nature a permis d’atténuer les inondations à moindre coût et en offrant plus d’avantages sur le plan des services écosystémiques, notamment la réalisation des objectifs du site Natura 2000, qu’une autre solution technique artificielle (125). De même, dans le cadre du plan Sigma II pour l’estuaire de l’Escaut en Belgique, les mesures naturelles de prévention des inondations visant à protéger Anvers ont été jugées moins coûteuses que la construction d’un barrage anti-tempête (126). En outre, la valeur des avantages liés à la protection contre les inondations, aux activités de loisirs et aux services écosystémiques pour la période 2010-2100 était supérieure aux coûts du projet.
Les inondations côtières, y compris celles dues aux tempêtes, parfois associées à des inondations pluviales et fluviales, constituent une menace pour de nombreuses régions de faible altitude en Europe. Le changement climatique accroît le risque d’inondations côtières, étant donné que l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des tempêtes accentuent l’érosion côtière, l’intrusion saline et l’inondation des zones côtières (section 2.2 de l’annexe 1). Les habitats naturels des zones côtières de faible élévation, tels que les plages de galets, les dunes de sable et les marais salants, constituent souvent des barrières économiques et résistantes face à la mer, car ils sont capables d’absorber l’énergie houlomotrice et de se régénérer par la suite. Les mesures visant à restaurer ces habitats côtiers peuvent donc rétablir leur capacité de protection des côtes. Dans de nombreux cas, la restauration des côtes peut à la fois permettre la conservation de la nature, l’adaptation au changement climatique en cas d’inondations et des avantages connexes en matière d’atténuation du changement climatique, comme décrit dans l’étude de cas réalisée au Royaume-Uni (voir l’étude de cas no 5).
| Étude de cas no 5: réaménagement contrôlé du littoral et création d’habitats au Royaume-Uni De nombreux habitats côtiers intertidaux et sites Natura 2000 en Europe sont de plus en plus touchés par l’érosion, un phénomène aggravé par l’élévation du niveau de la mer et la multiplication des tempêtes violentes résultant du changement climatique, ainsi que par les ouvrages de protection rigides contre les inondations qui entravent les processus naturels et le déplacement des habitats vers l’intérieur des terres. Au Royaume-Uni, la planification stratégique de la conservation de la nature côtière et de la protection contre les inondations (notamment dans le cadre de projets LIFE (127)), ainsi que le réaménagement des ouvrages de protection contre les inondations côtières, ont contribué à réduire la perte d’habitats en permettant la création de nouveaux habitats intertidaux. Ces nouveaux habitats font également office de barrières naturelles contre les inondations, généralement à un coût moindre que les ouvrages de protection construits. La création d’habitats a également augmenté le stockage du carbone (bien qu’à un rythme lent) et généré d’autres services écosystémiques, renforçant ainsi les avantages économiques du réaménagement contrôlé. L’érosion côtière et certains programmes de réaménagement contrôlé ont entraîné, ou devraient entraîner, la perte de certaines zones d’habitat d’eau douce. Il s’agit notamment de roselières qui constituent des sites de reproduction essentiels pour le butor étoilé (Botaurus stellaris), dont la population au Royaume-Uni est en déclin et fragmentée. Pour y remédier, un programme stratégique de recherche et de planification financé par LIFE a été mis en œuvre afin de recenser les besoins en matière de restauration et de création d’habitats et les sites nécessaires pour compenser les pertes d’habitats attendues sur les sites côtiers, et d’accroître l’aire de répartition et la connectivité de la population de cette espèce sur le territoire du Royaume-Uni. Plusieurs centaines d’hectares d’habitats plantés de roseaux ont été créés, notamment sur de nouveaux sites, principalement dans le cadre de projets LIFE et de certaines exigences en matière de planification de l’extraction post-minérale. Cela a contribué à une augmentation considérable de la population de butors (passant de 11 mâles en 1997 à 191 en 2017). Les principaux facteurs de réussite ont été une planification stratégique et intégrée, fondée sur des données probantes, des exigences en matière de conservation de la nature et de protection contre les inondations avec toutes les parties prenantes, ainsi que l’intégration de cette approche dans la politique d’aménagement du territoire et l’utilisation du budget alloué à la protection contre les inondations. Cela a permis de mettre en place des mesures de compensation des habitats avant que les pertes attendues sur les sites Natura 2000 ne se concrétisent, conformément aux exigences de la directive «Habitats».
|
4. UN CADRE D’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE POUR NATURA 2000
4.1. Étapes clés dans la création d’un cadre d’adaptation pour le réseau Natura 2000
Un cadre d’adaptation pour le réseau Natura 2000 pourrait être intégré dans les cycles nationaux de planification de l’adaptation, ce qui permettrait des synergies avec les mesures politiques correspondantes, un calendrier flexible, l’utilisation des données et la hiérarchisation des priorités. Cela s’avérerait particulièrement pertinent pour les plans nationaux de restauration prévus par le règlement relatif à la restauration de la nature et pour les plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC).
S’ils sont appliqués à Natura 2000, les cadres d’adaptation au changement climatique existants comprennent généralement les étapes suivantes:
| 1) | évaluer les risques liés au changement climatique pour les écosystèmes, les habitats et les espèces; |
| 2) | élaborer des stratégies et des mesures concrètes qui renforcent la résilience des écosystèmes, des habitats et des populations d’espèces qui y vivent face au changement climatique, améliorant ainsi leur capacité d’adaptation sur site; |
| 3) | élaborer des stratégies et des mesures concrètes qui tiennent compte des changements en facilitant le déplacement des espèces et des habitats vers de nouvelles zones offrant des conditions climatiques favorables. |
Le cadre d’adaptation décrit dans le présent document d’orientation (graphique 1) s’appuie sur ces étapes clés, en tenant compte des évolutions importantes de la planification de l’adaptation, notamment les orientations de l’UICN sur l’adaptation au changement climatique à l’intention des gestionnaires et planificateurs de zones protégées (131). Le cadre de décision suit de près les lignes directrices de la Commission européenne sur les stratégies et plans d’adaptation des États membres (132) et l’outil de soutien à l’adaptation (133), avec quelques ajustements pour tenir compte des besoins spécifiques et de la terminologie du réseau Natura 2000.
Graphique 1
Proposition de cadre d’adaptation au changement climatique pour Natura 2000.
Le cadre peut être appliqué:
| 1) | au réseau Natura 2000 au niveau national ou biogéographique et aux régions marines; et |
| 2) | aux sites Natura 2000 menacés. |
Le cadre peut être appliqué au réseau Natura 2000 et aux sites pour lesquels des pressions liées au climat et des menaces pour les habitats et les espèces Natura 2000 ont été recensées, en tenant compte, si nécessaire, de leur paysage global. L’évaluation initiale des changements climatiques et des pressions et menaces potentielles pourrait être réalisée au niveau d’un réseau ou d’une région, en partageant les informations avec les sites concernés. Dans un souci d’efficacité, il pourrait s’avérer utile d’appliquer ce cadre à des groupes de sites (par exemple, les zones humides) en mettant en commun les informations et les ressources. Cela pourrait impliquer les autorités chargées de la protection de la nature au niveau local, régional, national ou des sites, ainsi qu’une collaboration entre elles.
Les mesures d’adaptation pour les sites Natura 2000 peuvent impliquer une action extérieure dans les paysages environnants et/ou les zones maritimes. Cela impliquera probablement une collaboration avec diverses autorités et parties prenantes, à différents niveaux, afin de planifier et de mettre en œuvre ces mesures d’adaptation externes.
Les éventuelles mesures d’adaptation qui peuvent être prises au niveau du réseau, au niveau du site et au niveau du paysage global sont traitées plus en détail à l’annexe 4.
Les étapes du cadre d’adaptation proposé sont résumées ci-dessous et précisées à l’annexe 3.
Étape 1: préparer le terrain en vue de l’adaptation
| L’étape 1 du cadre est conçue pour contribuer à:
|
Étape 2: évaluer les risques liés au changement climatique pour le réseau et les sites Natura 2000
| L’étape 2 du cadre contribuera à:
|
Étape 3: déterminer et hiérarchiser les mesures d’adaptation
| L’étape 3 du cadre:
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Étape 4: mettre en œuvre les mesures d’adaptation sélectionnées
| L’étape 4 du cadre est conçue pour:
|
Étape 5: suivre et évaluer l’efficacité des mesures d’adaptation
| L’étape 5 du cadre est conçue pour:
|
(1) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, «Simplifier pour assurer une compétitivité durable», COM(2025) 980 final.
(2) Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’accélération des évaluations environnementales, COM(2025) 984 final. Au moment de la publication du présent document d’orientation, cette proposition de règlement n’avait pas encore été adoptée. Dans le plein respect des colégislateurs, qui sont seuls compétents pour l’adoption de la législation de l’UE, l’examen de cette proposition ne relève pas du champ d’application du présent document d’orientation.
(7) Avis à l'attention d'une personne faisant l'objet des mesures restrictives prévues à l'annexe I de la décision (PESC) 2024/2643 du Conseil et à l'annexe I du règlement (UE) 2024/2642 du Conseil concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie 04/08/2026 Publication d’une demande d’enregistrement en application de l’article 50, paragraphe 2, point a), du règlement (UE) no 1151/2012 du Parlement européen et du Conseil relatif aux systèmes de qualité applicables aux produits agricoles et aux denrées alimentaires 31/07/2026 Communication de la Commission conformément à l’article 17, paragraphe 5, du règlement (CE) n°1008/2008 du Parlement européen et du Conseil établissant des règles communes pour l’exploitation de services aériens dans la Communauté — Appel d’offres portant sur l’exploitation de services aériens réguliers conformément aux obligations de service public 31/07/2026 Liste des autorités compétentes désignées par les États membres et habilitées à s’acquitter des fonctions et des tâches, publiée conformément à l’article 11 du règlement (UE) 2023/956 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023 établissant un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières 31/07/2026Documents similaires
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