Communication de la Commission — Lignes directrices concernant l’application du règlement (UE) 2024/3015 relatif à l’interdiction des produits issus du travail forcé sur le marché de l’Union
| CELEX | 52026XC04637 |
| Type | Communication |
| Date | vendredi 26 juin 2026 |
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/4637 | 3.9.2026 |
COMMUNICATION DE LA COMMISSION
Lignes directrices concernant l’application du règlement (UE) 2024/3015 relatif à l’interdiction des produits issus du travail forcé sur le marché de l’Union
(C/2026/4637)
| 1. | Introduction | 4 |
| 2. | Cadre juridique | 5 |
| 2.1. | Cadre constitutionnel de l’UE | 5 |
| 2.2. | Cadre juridique international | 5 |
| 3. | Champ d’application du règlement | 6 |
| 3.1. | Produits et opérateurs économiques relevant du champ d’application du règlement | 6 |
| 3.2. | Définition du travail forcé | 7 |
| 3.2.1. | Travail ou service | 7 |
| 3.2.2. | Absence de consentement volontaire (involontaire) | 7 |
| 3.2.3. | Contrainte | 7 |
| 3.3. | Types de travail forcé | 8 |
| 3.3.1. | Travail forcé imposé par le secteur privé | 8 |
| 3.3.2. | Travail forcé imposé par l’État | 8 |
| 3.3.3. | Travail forcé des enfants | 8 |
| 3.4. | Indicateurs de risque de travail forcé | 9 |
| 4. | La procédure d’enquête | 9 |
| 4.1. | Enquêter sur d’éventuelles violations de l’interdiction du travail forcé | 9 |
| 4.2. | Portée de la procédure d’enquête | 9 |
| 4.3. | Approche fondée sur les risques pour hiérarchiser et cibler les enquêtes | 10 |
| 4.3.1. | Critères d’identification des produits et de hiérarchisation des cas à enquêter | 10 |
| 4.3.2. | Identification des opérateurs économiques pour les phases d’enquête | 11 |
| 4.4. | Évaluation des informations | 12 |
| 4.4.1. | Collecte et évaluation des informations disponibles | 12 |
| 4.4.2. | Autres sources d’information | 12 |
| 4.5. | Phase préliminaire des enquêtes | 12 |
| 4.5.1. | Demandes d’informations auprès des opérateurs économiques | 12 |
| 4.5.2. | Demander des informations à d’«autres fournisseurs de produits», à d’autres parties prenantes et à une enquête plus approfondie | 13 |
| 4.5.3. | Évaluation et conclusion de la phase préliminaire d’une enquête | 14 |
| 4.6. | Enquêtes | 15 |
| 4.6.1. | Droit de l’opérateur économique d’être informé et d’être entendu | 15 |
| 4.6.2. | Demandes d’informations auprès des opérateurs économiques | 15 |
| 4.6.3. | Prise de contact avec d’autres parties prenantes concernées et inspections sur le terrain | 15 |
| 4.6.4. | Confidentialité des enquêtes | 16 |
| 4.6.5. | Issue de l’enquête | 16 |
| 4.7. | Coopération des opérateurs économiques avec les autorités compétentes et informations pouvant être demandées | 17 |
| 4.7.1. | Exemples d’informations sur les mesures prises par l’opérateur économique pour déceler, prévenir, réduire, supprimer les risques de travail forcé ou y apporter réparation | 17 |
| 4.7.2. | Exemples d’informations sur les conditions de travail sur le site du travail forcé présumé | 18 |
| 4.7.3. | Exemples d’informations sur le produit présumé enfreindre l’interdiction du travail forcé | 18 |
| 4.8. | Décisions relatives aux violations de l’interdiction du travail forcé | 19 |
| 4.8.1. | Établir une violation de l’interdiction du travail forcé | 19 |
| 4.8.2. | Établissement d’une violation en cas de défaut de coopération | 21 |
| 4.8.3. | Contenu de la décision | 22 |
| 4.8.4. | Chaînes d’approvisionnement d’importance stratégique ou critique pour l’UE | 23 |
| 4.9. | Réexamen des décisions et recours | 24 |
| 4.9.1. | Demandes de réexamen d’une décision | 24 |
| 4.9.2. | Demander le retrait d’une décision relative à la conformité et aux informations à fournir par les opérateurs économiques | 24 |
| 4.9.3. | Recours administratifs et juridictionnels contre une décision | 25 |
| 4.10. | Coordination et coopération en matière d’enquêtes et d’application de la législation | 25 |
| 4.10.1. | Coordination entre les autorités nationales au sein d’un État membre | 25 |
| 4.10.2. | Coordination avec les autorités répressives et interaction avec les procédures pénales | 26 |
| 4.10.3. | Coordination, coopération et assistance mutuelle entre les autorités compétentes et la Commission | 26 |
| 5. | Exécution et sanctions | 27 |
| 5.1. | Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé | 27 |
| 5.1.1. | Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé au sein de l’UE | 27 |
| 5.1.2. | Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé aux frontières | 28 |
| 5.1.3. | Identification des produits à la frontière | 29 |
| 5.1.4. | Suspension de la mise en libre pratique des produits et notification aux autorités compétentes | 29 |
| 5.1.5. | Mise en libre pratique ou exportation | 30 |
| 5.1.6. | Refus, saisie et mise hors circuit | 30 |
| 5.2. | Sanctions | 30 |
| 5.2.1. | Motifs des sanctions | 31 |
| 5.2.2. | Calcul des sanctions | 31 |
| 6. | Orientations à l’intention des opérateurs économiques sur le devoir de vigilance en matière de travail forcé | 34 |
| 6.1. | Finalités de l’utilisation | 34 |
| 6.2. | Législation de l’UE relative au devoir de vigilance | 34 |
| 6.3. | Qu’est-ce que le devoir de vigilance en matière de travail forcé? | 35 |
| 6.3.1. | Le devoir de vigilance en tant qu’outil efficace de lutte contre le travail forcé | 35 |
| 6.3.2. | Caractéristiques du devoir de vigilance | 35 |
| 6.3.3. | Échanges avec les parties prenantes | 36 |
| 6.4. | Processus du devoir de vigilance | 36 |
| 6.4.1. | Étape 1: intégrer le devoir de vigilance en matière de travail forcé dans le cadre des politiques et systèmes de gestion des risques de l’entreprise | 37 |
| 6.4.2. | Étape 2: recenser et évaluer les risques liés au travail forcé par rapport aux opérations, aux chaînes d’approvisionnement et aux relations d’affaires | 39 |
| 6.4.3. | Étape 3: prévenir, réduire et supprimer les risques de travail forcé | 41 |
| 6.4.4. | Étape 4: suivre et évaluer la mise en œuvre et les résultats | 43 |
| 6.4.5. | Étape 5: communiquer sur la manière dont les risques sont traités | 44 |
| 6.4.6. | Étape 6: fournir une réparation ou coopérer aux mesures de réparation | 45 |
| 7. | Communication d’informations sur d’éventuelles violations de l’interdiction du travail forcé | 47 |
| 7.1. | Introduction | 47 |
| 7.2. | Communiquer des informations | 47 |
| 7.2.1. | Communication d’informations | 47 |
| 7.2.2. | Informations à communiquer | 47 |
| 7.2.3. | Coordonnées | 47 |
| 7.3. | Allégations de travail forcé | 48 |
| 7.4. | Preuves du travail forcé et pièces justificatives | 48 |
| 7.5. | Informations sur les opérateurs économiques et/ou les produits concernés | 48 |
| 7.6. | Comment les informations communiquées seront-elles traitées? | 49 |
| 7.6.1. | Évaluation initiale | 49 |
| 7.6.2. | Dialogue avec le pétitionnaire | 49 |
| 7.7. | Confidentialité et protection des données | 50 |
| 7.7.1. | Confidentialité | 50 |
| 7.7.2. | Traitement des données à caractère personnel | 50 |
AVIS IMPORTANT
Les présentes lignes directrices satisfont à l’obligation énoncée à l’article 11 du règlement sur le travail forcé (1) (ci-après le «règlement») et visent à soutenir sa mise en œuvre (2). Elles s’adressent aux autorités compétentes chargées de la mise en œuvre du règlement ainsi qu’aux autorités douanières, aux opérateurs économiques, aux associations de consommateurs, aux organisations de la société civile, aux syndicats et à toute autre partie prenante.
Les présentes lignes directrices sont uniquement un document d’orientation. Seul le texte du règlement lui-même a force de loi. L’interprétation contraignante de la législation de l’UE relève de la compétence exclusive de Cour de justice de l’Union européenne. Les points de vue exprimés dans les présentes lignes directrices ne peuvent préjuger de la position que la Commission européenne pourrait être amenée à adopter devant la Cour de justice. Ni la Commission ni quiconque agissant en son nom n’est responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations contenues dans les présentes lignes directrices.
Les présentes lignes directrices constituent des orientations concernant l’application du règlement dans les États membres et en Islande, au Liechtenstein et en Norvège en tant que signataires de l’accord sur l’Espace économique européen (EEE), ainsi qu’au Royaume-Uni et sur son territoire en ce qui concerne l’Irlande du Nord conformément au cadre de Windsor (3), après l’ajout du règlement aux accords respectifs. Les références à l’Union, à l’UE ou au marché unique s’entendent donc comme incluant l’EEE ou le marché de l’EEE ainsi que le Royaume-Uni en ce qui concerne l’Irlande du Nord.
Comme l’exige le règlement, ces lignes directrices ont été élaborées en consultation avec toutes les parties intéressées, y compris les organisations internationales, les États membres, les entreprises et les associations professionnelles, les syndicats et les organisations de la société civile. Afin de soutenir le processus de consultation, la Commission a créé un groupe d’experts sur le travail forcé (4), lancé un appel à contributions (5) pour lequel elle a reçu 160 contributions et mené des consultations ciblées. Les lignes directrices peuvent être modifiées et mises à jour au fil du temps, en fonction des besoins.
1. INTRODUCTION
Le règlement établit des règles contraignantes interdisant aux opérateurs économiques de mettre sur le marché de l’Union des produits issus du travail forcé et de les exporter à partir du marché de l’Union. Il vise à améliorer le fonctionnement du marché unique en contribuant au maintien d’un marché équitable et transparent et en garantissant des conditions de concurrence équitables pour les entreprises au sein du marché unique, tout en promouvant un comportement responsable des entreprises opérant à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union. Le règlement vise également à contribuer à la lutte contre les pratiques de travail forcé, y compris à l’objectif de développement durable no 8.7 des Nations unies consistant à éradiquer le travail forcé d’ici à 2030.
Le règlement impose aux opérateurs économiques une obligation de résultat. Bien qu’il n’impose aucune obligation spécifique en matière de devoir de vigilance aux entreprises, il reconnaît que le devoir de vigilance est un outil utile pour lutter contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement. En conséquence, et conformément au règlement, les présentes lignes directrices visent également à préciser comment le devoir de vigilance peut aider les entreprises à se conformer au règlement. Ces règles s’appliquent indépendamment du fait que le travail forcé ait lieu sur les propres sites d’exploitation d’un opérateur économique ou au sein de sa chaîne d’approvisionnement.
Lors de la mise en œuvre du règlement, les autorités compétentes et la Commission doivent respecter les principes généraux du droit de l’Union, tels que le principe de proportionnalité. Les enquêtes doivent être menées dans le respect du droit des opérateurs économiques d’être entendus et sans préjudice des procédures prévues par d’autres législations nationales et de l’Union. À cette fin, le règlement exige que les autorités compétentes principales se coordonnent étroitement avec les autres autorités concernées.
2. CADRE JURIDIQUE
2.1. Cadre constitutionnel de l’UE
Le règlement sur le travail forcé est fondé sur les traités de l’Union (6) et reflète les valeurs énumérées à l’article 2 du traité UE, qui sont communes à l’Union et à ses États membres (7). Les traités imposent à l’Union et à ses États membres de défendre et de poursuivre des valeurs telles que la dignité humaine, les droits de l’homme, la liberté, la justice et la solidarité, dont la Cour de justice a confirmé qu’elles étaient au cœur de l’identité de l’Union et fondamentales pour le fonctionnement de l’ordre juridique de l’Union (8).
Ces engagements sont précisés et renforcés par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (9), qui dispose expressément que la dignité humaine est inviolable et doit être respectée et protégée. La charte interdit également expressément l’esclavage, la servitude, le travail forcé ou obligatoire et la traite des êtres humains (10).
2.2. Cadre juridique international
Le règlement s’appuie sur des instruments internationaux qui interdisent le travail forcé sous toutes ses formes, en particulier la convention no 29 de l’Organisation internationale du travail (OIT) concernant le travail forcé (11) et son protocole de 2014 (12), ainsi que la convention no 105 de l’OIT concernant l’abolition du travail forcé (13), complétée par la recommandation no 203 de l’OIT sur le travail forcé (14). Le règlement s’appuie également sur la convention no 182 de l’OIT (15), qui interdit le travail forcé des enfants, reconnu comme l’une des pires formes de travail des enfants (16), et sur les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. Tous les États membres de l’Union ont signé un engagement en faveur de la lutte contre le travail forcé, étant donné qu’ils ont tous ratifié les conventions de l’OIT concernant le travail forcé no 29 et no 105.
Les présentes lignes directrices tiennent compte des principes et des normes établis dans des lignes directrices reconnues au niveau international, notamment en ce qui concerne les instruments suivants:
| — | Les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises (ci-après les «principes directeurs de l’OCDE») (17) et le Guide OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises (ci-après le «Guide OCDE sur le devoir de diligence») (18); |
| — | OIT, Hard to see, harder to count (Difficiles à voir, encore plus difficiles à compter) (19); |
| — | OIT-OIE: Combating forced labour – A handbook for employers and business (Lutte contre le travail forcé — Manuel à l’intention des employeurs et des entreprises) (ci-après le «manuel OIT-OIE») (20); |
| — | Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (ci-après les «Principes directeurs des Nations Unies») (21). |
3. CHAMP D’APPLICATION DU RÈGLEMENT
3.1. Produits et opérateurs économiques relevant du champ d’application du règlement
Le règlement s’applique à tous les produits issus du travail forcé (22), quels que soient leur origine, leur type ou leur secteur (23), qui sont mis sur le marché de l’Union, mis à disposition sur le marché de l’Union ou exportés à partir de celui-ci. Il s’applique aux produits fabriqués «en tout ou en partie» en recourant au travail forcé à n’importe quel stade de son extraction, de sa récolte, de sa production ou de sa fabrication, y compris lors de l’ouvraison ou de la transformation liée à un produit à tout stade de sa chaîne d’approvisionnement, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Union. Par conséquent, les produits relèvent du champ d’application du règlement, quelle que soit la taille de la part ou de la partie qui a été produite au moyen du travail forcé.
La définition du terme «produit» au sens du règlement est plus large que celle du nouveau cadre législatif (24). Outre les produits manufacturés, le règlement couvre les produits agricoles tels que définis à l’article 38 du TFUE (25) et les produits extraits, tels que les minéraux et d’autres matières premières.
Le règlement s’applique à tous les produits qui sont mis sur le marché de l’Union ou mis à disposition sur le marché de l’Union à partir du 14 décembre 2027, même si les produits ou leurs composants ont été produits ou importés dans l’UE avant cette date. Il ne couvre pas le retrait de produits qui ont déjà été vendus (26) (c’est-à-dire qui sont parvenus à l’utilisateur final), mais plutôt les produits qui sont toujours mis à disposition sur le marché, par exemple ceux qui se trouvent dans les rayons ou dans les entrepôts.
Les produits proposés à la vente en ligne ou par d’autres moyens de vente à distance relèvent également du champ d’application du règlement, si l’offre de vente cible les utilisateurs finaux dans l’Union. Si une évaluation au cas par cas est nécessaire pour déterminer si les offres en ligne ciblent les utilisateurs finaux au sein de l’Union, plusieurs facteurs doivent être pris en considération. Il s’agit notamment de la capacité d’expédier vers des zones géographiques au sein de l’Union, de l’utilisation des langues et des monnaies d’un État membre, des méthodes de paiement spécifiques à la région et de l’utilisation d’un nom de domaine enregistré dans un État membre (27).
La Commission ou les autorités nationales compétentes peuvent effectuer des contrôles et prendre d’autres mesures nécessaires en ce qui concerne ces produits conformément au règlement, même si les produits n’ont pas encore été mis sur le marché de l’Union au moment de l’offre en ligne concernée.
La prestation de services n’est pas incluse dans le champ d’application du règlement, même si elle est liée à la mise sur le marché du produit, comme le transport (28), l’entreposage et la logistique.
Le règlement s’applique à tous les opérateurs économiques (29) qui mettent sur le marché de l’Union ou mettent à disposition sur le marché de l’Union des produits ou qui exportent des produits à partir du marché de l’Union (30). Ils doivent respecter l’interdiction des produits issus du travail forcé, telle qu’énoncée à l’article 3 du règlement, et peuvent faire l’objet d’une décision d’interdiction s’ils enfreignent l’interdiction.
L’interdiction de mettre sur le marché de l’Union, de mettre à disposition sur le marché de l’Union ou d’exporter à partir du marché de l’Union des produits issus du travail forcé (31) est inconditionnelle et absolue, en raison de l’importance de la violation des droits de l’homme. Il incombe aux opérateurs économiques de veiller au respect de cette interdiction.
3.2. Définition du travail forcé
Le règlement utilise la définition du travail forcé figurant à l’article 2 de la convention (no 29) de l’OIT sur le travail forcé, 1930, qui couvre tout travail ou service exigé d’un individu sous la contrainte et pour lequel ledit individu ne s’est pas offert de plein gré. La définition se compose de trois éléments principaux: travail ou service, absence de consentement volontaire et contrainte.
Pour déterminer si une situation constitue un travail forcé, tant le caractère involontaire que la contrainte doivent se produire simultanément à un moment donné de la période analysée. Ces deux éléments peuvent se chevaucher dans la pratique: lorsqu’il existe une contrainte, il n’y a pas de véritable consentement; et lorsque les conditions rendent le consentement invraisemblable, on peut raisonnablement déduire l’existence d’une contrainte (32).
3.2.1. Travail ou service
Par «travail ou service», on entend toute activité réalisée par une personne en vue de produire des biens ou de fournir des services pour un usage par des tiers ou pour son propre usage.
Si les services sont mentionnés dans la définition de l’OIT, le champ d’application du règlement est limité aux produits issus du travail forcé. En conséquence, les services et le travail domestique, même s’ils sont effectués en recourant au travail forcé, ne sont pas couverts par le règlement.
Certains types de travail sont exclus de la définition du travail forcé au titre de la convention de l’OIT (33), et donc également du champ d’application du règlement:
| — | le service militaire obligatoire à caractère purement militaire; |
| — | les obligations normales des citoyens; |
| — | le travail comme conséquence d’une condamnation judiciaire, sous le contrôle des autorités publiques; |
| — | le travail dans des cas de force majeure, telles que la guerre ou les catastrophes naturelles; |
| — | les menus travaux de village, exécutés dans l’intérêt direct de la collectivité et avec consultation de la collectivité. |
Toutefois, ces types de travail peuvent, dans certaines circonstances, revenir à la définition du travail forcé (section 3.3.2).
3.2.2. Absence de consentement volontaire (involontaire)
Le terme «volontairement» fait référence au consentement libre et éclairé d’un travailleur à accepter un emploi et à sa liberté de partir à tout moment. Il y a absence de consentement volontaire lorsqu’un employeur ou un recruteur fait de fausses promesses, ou lorsqu’un travailleur est soumis à un recrutement non libre, tel que l’esclavage ou le travail en servitude, ou lorsqu’un travailleur est contraint d’exécuter un travail d’une nature différente de celle spécifiée lors du recrutement sans son consentement. Parmi les autres exemples de circonstances susceptibles de donner lieu à un travail involontaire figurent les exigences abusives en matière d’heures supplémentaires ou de travail à la demande, le travail dans des conditions dangereuses sans compensation ni équipement de protection, le travail pour un salaire très faible ou nul dans des conditions de vie professionnelles dégradantes et le travail sans liberté de mettre fin à l’emploi.
3.2.3. Contrainte
La contrainte désigne les moyens utilisés pour imposer un travail à une personne contre sa volonté, y compris par la violence, les restrictions de ses déplacements, la servitude pour dette, la retenue de salaires ou de documents d’identité et l’abus de sa vulnérabilité. La contrainte peut également prendre la forme d’intimidations et de menaces, telles que des menaces de licenciement ou d’expulsion, ou d’abus de pouvoir, tels que le refus de droits ou de privilèges ou l’abus de vulnérabilité des travailleurs, par exemple en raison du lieu éloigné de leur travail ou de leur statut de ressortissants de pays tiers. Les travailleurs peuvent également être contraints indirectement par des menaces ou d’autres formes de contrainte visant les membres de leur famille, leurs collègues ou leurs proches.
3.3. Types de travail forcé
Le travail forcé peut être divisé en deux grandes catégories selon qui l’impose: le travail forcé imposé par le secteur privé et le travail forcé imposé par l’État. Il inclut également le travail forcé des enfants, qui mérite des considérations distinctes.
3.3.1. Travail forcé imposé par le secteur privé
Le travail forcé imposé par le secteur privé désigne le travail forcé imposé par des particuliers, des groupes ou des entreprises. Il touche pratiquement tous les secteurs de l’économie, la plupart des cas se produisant dans quatre grands secteurs: l’industrie, les services, l’agriculture et le travail domestique (34). Le travail forcé imposé par le secteur privé représente la majeure partie du travail forcé dans le monde (35).
3.3.2. Travail forcé imposé par l’État
Il s’agit du travail forcé imposé par des autorités étatiques, des agents agissant pour le compte de l’État ou des entités exerçant une autorité similaire à celle de l’État. Cette forme de travail forcé découle des lois, politiques ou pratiques nationales et s’inscrit souvent dans un contexte social plus large marqué par des appareils d’État coercitifs et une absence générale de libertés civiques.
La convention no 105 de l’OIT complète la convention no 29 en faisant référence à certaines situations dans lesquelles les États sont explicitement empêchés de recourir au travail forcé ou obligatoire:
| — | en tant que mesure de coercition ou d’éducation politique ou en tant que sanction à l’égard de personnes qui ont ou expriment certaines opinions politiques ou manifestent leur opposition idéologique à l’ordre politique, social ou économique établi; |
| — | en tant que méthode de mobilisation et d’utilisation de la main-d’œuvre à des fins de développement économique; |
| — | en tant que mesure de discipline du travail; |
| — | en tant que punition pour avoir participé à des grèves; |
| — | en tant que mesure de discrimination raciale, sociale, nationale ou religieuse. |
Ces formes de travail forcé ou obligatoire ne peuvent en aucun cas être considérées comme légales au regard des normes internationales du travail.
3.3.3. Travail forcé des enfants
Le travail forcé des enfants est un type particulier de travail forcé qui présente des caractéristiques spécifiques en raison des relations plus complexes en jeu. Il est défini, aux fins du présent règlement, comme le travail effectué par un enfant (toute personne âgée de moins de 18 ans) au cours d’une période de référence déterminée relevant de l’une des catégories suivantes (36):
| — | le travail effectué pour un tiers, lorsque l’enfant ou les parents sont soumis à la contrainte; |
| — | le travail effectué avec ou pour les parents de l’enfant, lorsque le ou les parents sont soumis à la contrainte; |
| — | le travail effectué avec ou pour les parents de l’enfant, lorsque les parents sont eux-mêmes en situation de travail forcé; |
| — | le travail effectué dans les pires formes de travail des enfants visées par la convention no 182 de l’OIT comme toutes les formes d’esclavage ou pratiques similaires à l’esclavage (37). |
3.4. Indicateurs de risque de travail forcé
Les circonstances ou indicateurs communs du travail forcé sont notamment les suivants: a) le recrutement forcé; b) la tromperie; c) l’exploitation de la dette; d) des conditions de travail dangereuses ou dégradantes; e) des horaires de travail ou un emploi du temps pénibles; f) des conditions de vie liées au travail dégradantes; g) des obligations supplémentaires abusives; h) des violences physiques ou sexuelles; i) l’abus de l’isolement; j) des restrictions à la circulation des travailleurs; k) la conservation d’espèces, d’actifs ou de documents d’identité; l) la retenue sur salaire; m) des menaces ou des intimidations; et n) l’abus de vulnérabilité.
Les indicateurs structurels communs qui sont pertinents pour le travail forcé imposé par un État comprennent: a) l’emprisonnement et la détention; b) la manipulation des conditions de détention; c) la sanction financière infligée par l’État; d) le retrait ou le refus de services publics, de statut juridique et de droits sociaux; e) l’expropriation ou la confiscation de biens, de terrains, de logements ou de moyens de production; f) les sanctions en matière d’emploi imposées par l’État ou les entreprises publiques; g) l’interdiction légale de licenciement; h) la surveillance et le suivi social; i) la contrainte psychologique et la pression idéologique induites par l’État; et j) les sanctions collectives et à l’encontre des tiers.
Les définitions et les explications détaillées des indicateurs ainsi que des formes de travail involontaire et de contrainte figurent dans les orientations de l’OIT sur les indicateurs du travail forcé (38).
4. LA PROCÉDURE D’ENQUÊTE
4.1. Enquêter sur d’éventuelles violations de l’interdiction du travail forcé
Les opérateurs économiques doivent s’abstenir de mettre des produits sur le marché de l’Union, ou d’importer et d’exporter des produits, si ceux-ci sont associés au travail forcé. Cette obligation existe indépendamment de l’ouverture ou non d’une enquête. Pour maintenir l’interdiction, les autorités compétentes peuvent ouvrir des enquêtes, qui débouchent sur une décision formelle d’interdire un produit sur le marché de l’Union.
Toute décision d’interdire un produit sur le marché ne doit être prise qu’après une enquête approfondie menée par une autorité compétente principale (39). Cette autorité est soit i) la Commission lorsque le travail forcé présumé a lieu hors du territoire de l’Union, soit ii) l’autorité compétente d’un État membre lorsque le travail forcé présumé a lieu sur son territoire (40).
Tout au long de la procédure d’enquête et lorsqu’elles prennent des décisions, les autorités compétentes principales doivent respecter le droit de l’Union, y compris le principe de proportionnalité: toutes les mesures et actions doivent être appropriées et nécessaires pour atteindre leur objectif et ne pas imposer de charge excessive aux opérateurs économiques.
4.2. Portée de la procédure d’enquête
L’objectif des enquêtes menées au titre du règlement est i) d’établir si l’article 3 (à savoir l’interdiction du travail forcé) a été violé et ii) de déterminer quelles mesures imposer (41).
Pour établir une violation de l’interdiction du travail forcé, l’autorité compétente principale doit simultanément enquêter i) sur l’utilisation éventuelle du travail forcé dans la fabrication des produits faisant l’objet de l’évaluation, conformément aux définitions et aux indicateurs de travail forcé de l’OIT, et ii) sur la question de savoir si les opérateurs économiques les ont mis à disposition sur le marché de l’Union ou les ont exportés à partir de l’Union.
La procédure d’enquête se concentre sur les produits présumés être issus du travail forcé et sur le recours au travail forcé pour leur extraction, leur récolte, leur production ou leur fabrication, et non sur l’ensemble des activités d’un opérateur économique.
Les enquêtes peuvent porter sur des parties, des composants ou des produits entiers, des produits intermédiaires ou finaux, des séries ou catégories de produits du même type, ou des produits provenant d’une usine ou d’une installation spécifique (42). Dans certains contextes, lorsque des éléments suggèrent un recours systémique ou généralisé au travail forcé, y compris des cas présumés de travail forcé imposé par l’État, la portée de l’enquête peut être élargie pour inclure d’autres produits ou catégories de produits provenant de fournisseurs et/ou de zones géographiques donnés.
Figure 1
Vue d’ensemble de la procédure d’enquête, de l’adoption de la décision et de l’exécution
4.3. Approche fondée sur les risques pour hiérarchiser et cibler les enquêtes
Le règlement définit l’approche fondée sur les risques (43) permettant aux autorités compétentes principales d’identifier les produits (section 4.3.1) et les opérateurs économiques (section 4.3.2) qui devraient faire l’objet d’enquêtes, et de hiérarchiser les cas au cours des phases initiale et préliminaire de la procédure d’enquête. Cette hiérarchisation garantit l’utilisation efficace de ressources limitées en matière d’application de la législation en concentrant les efforts sur les cas où le risque et l’incidence potentielle des violations de l’interdiction du travail forcé sont les plus élevés et où l’intervention est susceptible d’être la plus efficace.
4.3.1. Critères d’identification des produits et de hiérarchisation des cas à enquêter
Trois critères (44) doivent être évalués conjointement pour déterminer le risque global de violation de l’interdiction du travail forcé par groupe de produits concerné et donc pour déterminer la hiérarchisation des cas.
— Ampleur et gravité du travail forcé présumé, y compris le travail forcé imposé par l’État
Plus l’ampleur et la gravité du travail forcé présumé sont importantes, plus le niveau de risque est élevé et plus la priorité avec laquelle le cas devrait être traité est élevée. Les autorités compétentes principales doivent tenir compte de l’ampleur et de la gravité d’un produit et, le cas échéant, en liaison avec la région/le pays où il est produit.
Les pratiques de travail forcé peuvent être considérées comme étant à plus grande échelle lorsqu’un plus grand nombre de personnes sont touchées par ces pratiques, tant en termes de nombre total que de prévalence.
Si tous les cas de travail forcé peuvent être considérés comme graves, certaines situations peuvent être considérées comme particulièrement graves sur la base d’éléments tels que: a) le nombre d’indicateurs de travail forcé qui sont présents, b) la difficulté ou l’impossibilité de remédier à la situation, c) la longue durée ou la nature récurrente des pratiques de travail forcé, ou d) la nature systémique du travail forcé présumé, telle que la participation de l’État lui-même à l’imposition du travail forcé ou le fait d’en être complice.
Le travail forcé imposé par l’État est susceptible d’être de grande ampleur et de grande gravité, étant donné qu’il touche généralement un grand nombre de personnes et implique des pratiques de travail forcé structurelles ou systémiques imposées dans le cadre de l’exercice de l’autorité de l’État.
— La quantité ou le volume de produits mis sur le marché de l’Union ou mis à disposition sur le marché de l’Union
Plus la quantité ou le volume de produits concernés mis sur le marché de l’Union, mis à disposition sur le marché de l’Union ou exportés à partir du marché de l’Union est important, plus la priorité avec laquelle le cas devrait être traité est élevée, étant donné que les produits exposés au risque de travail forcé sont présentés à davantage d’entreprises et de consommateurs de l’Union.
En fonction de la disponibilité des données, les aspects suivants doivent être pris en considération lors de l’évaluation de la quantité ou du volume des produits concernés: i) la quantité physique ou les volumes; et ii) la valeur monétaire ou le volume des ventes.
— Proportion, dans le produit fini, de la partie du produit suspectée d’être issue du travail forcé
Plus la proportion, dans le produit fini, de la partie ou du composant suspecté(e) d’être issu(e) du travail forcé et de sa chaîne d’approvisionnement est élevée, plus la priorité avec laquelle le cas peut devoir être traité est élevée. La proportion doit être comprise en termes d’importance physique, fonctionnelle ou économique de la partie ou du composant concerné par rapport au produit final.
4.3.2. Identification des opérateurs économiques pour les phases d’enquête
Lorsqu’elle enquête sur des violations présumées de l’interdiction du travail forcé, l’autorité compétente principale doit décider non seulement des produits à traiter en priorité, mais aussi des opérateurs économiques sur lesquels se concentrer (45). Ce faisant, les éléments mentionnés ci-après doivent être pris en considération.
— Proximité avec le travail forcé présumé et l’effet de levier
Les autorités compétentes doivent examiner quels opérateurs économiques sont les plus proches des étapes de la chaîne de valeur où le travail forcé est soupçonné. Ces opérateurs économiques sont généralement des fournisseurs, des producteurs, des fabricants ou des transformateurs en amont, ou des fournisseurs intermédiaires qui exercent un contrôle contractuel ou opérationnel sur la phase de production en question. Toutefois, dans les cas de travail forcé en dehors du territoire de l’Union, ces opérateurs économiques peuvent ne pas avoir de lien clair avec le marché de l’Union, et les importateurs sont donc susceptibles d’être des opérateurs économiques clés pour les autorités compétentes. Le règlement s’étend aux opérateurs en aval, y compris les distributeurs opérant au sein de l’Union.
Outre la proximité, les autorités compétentes doivent également examiner quels opérateurs économiques ont le plus d’influence pour prévenir, atténuer et mettre fin au travail forcé. Il s’agit notamment de tenir compte de leur capacité à modifier les opérations ou les pratiques d’une autre entité contribuant au risque de travail forcé (46).
— Taille et ressources économiques des opérateurs économiques
Les autorités compétentes doivent également tenir compte de la taille et des ressources économiques des opérateurs économiques sur lesquels elles envisagent de se concentrer, tout en tenant compte du risque de contournement par l’externalisation à de petites entreprises. Les grandes entreprises disposent généralement de plus d’expertise et de ressources en matière de conformité que les petites et moyennes entreprises (PME).
— Complexité de la chaîne d’approvisionnement
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un élément permettant de déterminer sur quels opérateurs économiques se concentrer, les autorités compétentes devraient garder à l’esprit qu’une plus grande complexité de la chaîne d’approvisionnement réduit généralement la transparence, la responsabilité et la traçabilité des risques de travail forcé. Les chaînes d’approvisionnement complexes impliquent des produits qui passent par de multiples étapes de production, de transformation et de traitement et/ou de transit et de transbordement, souvent dans plusieurs juridictions et régions, et avec de nombreux participants dans des réseaux d’approvisionnement transfrontières à plusieurs niveaux. Étant donné que le travail forcé peut survenir à de nombreux endroits de ces chaînes ou réseaux d’approvisionnement, les autorités compétentes peuvent avoir besoin d’une analyse plus approfondie pour le déceler.
4.4. Évaluation des informations
4.4.1. Collecte et évaluation des informations disponibles
La première étape de la procédure d’enquête consiste pour l’autorité compétente principale à recueillir et à évaluer toutes les informations pertinentes, factuelles et vérifiables afin de déterminer s’il existe une probabilité de violation de l’interdiction du travail forcé (47). Ce faisant, l’autorité compétente principale doit également appliquer les critères de l’approche fondée sur les risques (section 4.3).
4.4.2. Autres sources d’information
Il existe de nombreuses sources et de nombreux types d’informations dont les autorités compétentes principales peuvent tenir compte, notamment:
| — | les informations soumises par l’intermédiaire du point unique de communication d’informations (section 7 sur la communication d’informations); |
| — | les informations figurant dans la base de données sur les risques de travail forcé (48), qui indiqueront les risques liés aux produits et aux zones géographiques; |
| — | les indicateurs de risque de travail forcé (49), y compris la manière de les déterminer (section 3.4); |
| — | le module «Travail forcé» du système d’information et de communication pour la surveillance des marchés (ICSMS) (50), qui comprendra, par exemple, les décisions antérieures établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé et les informations partagées entre la Commission et les autorités compétentes des États membres dans le cadre d’enquêtes antérieures; |
| — | les informations provenant d’autres autorités, par exemple les inspections nationales du travail, les autorités chargées de la santé et de la sécurité, les autorités fiscales, les organes judiciaires et les autorités chargées d’enquêter sur les infractions liées à la traite des êtres humains; |
| — | les informations fournies par les parties prenantes, par exemple les organisations de la société civile, les communautés locales, les militants des droits des travailleurs, les syndicats et les représentants des travailleurs, les travailleurs individuels et les victimes présumées; |
| — | les informations recueillies par la Commission et les autorités compétentes de leur propre initiative, y compris sur la base d’analyses et d’études, d’enquêtes menées au titre d’autres cadres juridiques de l’Union, de recherches documentaires, d’outils de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement et d’autres outils pertinents. |
4.5. Phase préliminaire des enquêtes
Si l’évaluation initiale de l’autorité compétente principale indique une probabilité de violation de l’interdiction du travail forcé, elle peut entamer la phase préliminaire d’une enquête, en s’inspirant des critères de l’approche fondée sur les risques expliquée à la section 4.3.
L’objectif de la phase préliminaire est de recueillir davantage d’informations auprès des opérateurs économiques et d’autres acteurs, afin que les autorités compétentes principales puissent déterminer s’il existe une «préoccupation étayée» que l’interdiction du travail forcé ait été violée.
4.5.1. Demandes d’informations auprès des opérateurs économiques
4.5.1.1.
Au cours de la phase préliminaire, l’autorité compétente principale peut demander des informations aux opérateurs économiques faisant l’objet de l’évaluation sur les mesures visant à prévenir, à atténuer et à supprimer les risques de travail forcé dans le cadre de leurs activités. Lorsqu’elle demande des informations, l’autorité compétente principale doit tenir compte i) de la taille et des ressources de l’opérateur économique et des informations auxquelles il peut raisonnablement avoir accès, et ii) des informations que les opérateurs économiques ont pu soumettre précédemment aux autorités et qui ne devraient donc pas être demandées à nouveau (principe «une fois pour toutes»). Voir la section 4.7 pour les informations que les opérateurs économiques doivent fournir sur demande. Cette phase offre aux opérateurs économiques la possibilité de fournir des informations pertinentes et leurs observations, le cas échéant, sur i) la manière dont ils traitent les risques de travail forcé dans leurs chaînes d’approvisionnement en ce qui concerne les produits faisant l’objet de l’évaluation, ou ii) les raisons pour lesquelles les préoccupations de l’autorité compétente principale ne sont pas pertinentes pour leurs produits. Ces informations et ces observations doivent être évaluées avec diligence et objectivité par l’autorité compétente principale.
Les autorités compétentes principales doivent également garder à l’esprit que, si le devoir de vigilance à l’égard de la chaîne d’approvisionnement est une approche utile pour permettre aux opérateurs économiques de démontrer que les produits faisant l’objet de l’évaluation n’ont pas été fabriqués avec du travail forcé (51), le règlement n’impose aucune obligation de vigilance et que d’autres approches, telles que la traçabilité des produits, les pratiques d’achat responsables, les systèmes de certification et la surveillance axée sur les travailleurs, peuvent également être efficaces.
La documentation découlant des efforts de vigilance ou d’autres approches de l’opérateur économique peut être fournie à l’autorité compétente principale au cours des différentes phases de l’enquête.
Sans préjudice de l’article 16 du règlement, lorsque la Commission agit en tant qu’autorité compétente principale (52), elle peut demander directement des informations à l’opérateur économique sans demander l’assistance de l’autorité nationale compétente de l’État membre dans lequel l’opérateur économique est établi.
4.5.1.2.
Bien que l’autorité compétente principale doive en principe envoyer une demande d’informations aux opérateurs économiques, elle ne le fera pas lorsqu’elle estime qu’une telle demande pourrait compromettre le résultat de l’évaluation de l’autorité (53). Cela peut notamment être le cas dans les situations suivantes:
| — | lorsqu’il existe un risque élevé de disparition des éléments de preuve si l’opérateur économique est contacté; |
| — | lorsqu’une enquête pénale parallèle pourrait être compromise; |
| — | lorsque les victimes potentielles du travail forcé ou le pétitionnaire pourraient être exposés à un risque de représailles. |
Lors de ce choix, l’autorité compétente principale doit mettre en balance l’efficacité de la procédure, le droit de l’opérateur économique d’être entendu, la nécessité d’assurer la protection des témoins et des victimes potentielles du travail forcé, ainsi que les spécificités de l’affaire. Si l’opérateur économique n’est pas contacté et qu’une enquête est ouverte par la suite, il doit avoir la possibilité de présenter des informations au stade de l’enquête, garantissant ainsi le respect de ses droits de la défense (54).
4.5.1.3.
Lorsque l’opérateur économique n’a pas été contacté parce qu’une demande d’informations pourrait compromettre l’évaluation, ou lorsque l’opérateur économique (ou une autorité publique) ne coopère pas (section 4.5.1.3), cela signifie que l’autorité compétente principale ne sera pas en mesure d’examiner ses observations. Dans de tels cas, l’autorité compétente principale doit déterminer s’il existe des préoccupations étayées sur la base de toute autre donnée pertinente disponible (55).
Cela inclut tous les autres éléments de preuve recueillis au cours de l’évaluation initiale de l’autorité et au cours de la phase préliminaire des enquêtes, y compris les recherches documentaires et les éléments de preuve provenant d’autres parties prenantes. Le défaut de coopération constitue en principe un élément de preuve pertinent (section 4.8.1.1).
4.5.2. Demander des informations à d’«autres fournisseurs de produits», à d’autres parties prenantes et à une enquête plus approfondie
Le cas échéant, l’autorité compétente principale peut également demander des informations à d’«autres fournisseurs de produits» (56). Il s’agit notamment des fabricants de produits situés en amont de la chaîne d’approvisionnement qui peuvent avoir été impliqués dans le travail forcé présumé ou qui peuvent avoir des informations sur des fournisseurs ou des fabricants présumés impliqués dans le travail forcé, mais qui n’ont pas de lien direct avec le marché de l’Union.
L’autorité compétente principale peut également demander des informations à d’autres parties prenantes concernées (57), telles que les pétitionnaires, les travailleurs concernés, les syndicats, les entreprises participant à la logistique des produits faisant l’objet de l’évaluation, d’autres autorités publiques (par exemple, celles qui poursuivent les infractions liées à la lutte contre la traite des êtres humains) et les communautés représentant les groupes de victimes concernés.
L’autorité compétente principale doit appliquer des garanties adéquates pour protéger la confidentialité et la sécurité des parties prenantes qu’elle contacte, y compris l’identité des travailleurs concernés et des victimes potentielles du travail forcé. Dans la mesure du possible, elle devrait orienter les victimes potentielles vers les organismes nationaux compétents [par exemple, les mécanismes nationaux d’orientation établis en vertu de la législation relative à la lutte contre la traite des êtres humains (section 4.10.1)].
4.5.3. Évaluation et conclusion de la phase préliminaire d’une enquête
4.5.3.1.
L’autorité compétente principale doit, sur la base de toutes les informations recueillies, déterminer s’il existe une «préoccupation étayée» que l’interdiction du travail forcé ait été violée par les opérateurs économiques faisant l’objet de l’évaluation, et donc s’il y a lieu d’ouvrir une enquête (58).
L’autorité compétente principale dispose d’un délai de 30 jours ouvrables à compter de la date de réception des informations communiquées par les opérateurs économiques faisant l’objet de l’évaluation pour parvenir à sa conclusion (59). Si plusieurs opérateurs économiques ont été contactés, ce délai de 30 jours commencera à courir le lendemain de la date de réception des réponses de tous les opérateurs économiques contactés.
«Préoccupation étayée»: une indication raisonnable, basée sur des informations objectives, factuelles et vérifiables, pour la Commission ou les autorités compétentes de suspecter qu’il est probable qu’un produit soit issu du travail forcé (60). Les informations objectives et vérifiables sont des informations étayées par des éléments de preuve et fondées sur des sources fiables. Pour les types d’éléments de preuve pertinents, voir la section 4.8.1.1.
Afin de protéger la confidentialité d’une éventuelle procédure pénale, lorsqu’une préoccupation étayée est établie, l’autorité compétente principale d’un État membre souhaitant ouvrir une enquête formelle devrait d’abord contacter les autorités chargées d’enquêter sur les infractions liées à la traite des êtres humains (section 4.10.2), en vue de coordonner le calendrier et d’évaluer l’effet éventuel de cette enquête sur les procédures pénales en cours. Les enquêtes et les décisions au titre du règlement ne sont pas subordonnées à une enquête pénale.
4.5.3.2.
Si, compte tenu de toutes les informations recueillies, les préoccupations de l’autorité compétente principale ne constituent pas une préoccupation étayée quant à la violation de l’interdiction du travail forcé, ou si les raisons de cette préoccupation ont été éliminées, elle ne doit pas ouvrir d’enquête et doit en informer l’opérateur économique (61). Lorsque l’opérateur économique démontre, dans le délai de 30 jours, qu’il prend des mesures appropriées pour remédier à la situation de travail forcé, l’autorité compétente principale peut décider d’accorder aux opérateurs économiques concernés un délai raisonnable pour mener à bien ces mesures et mettre fin au travail forcé, compte tenu, entre autres, de la complexité du processus, de la faisabilité de mettre fin au travail forcé, du nombre de parties prenantes concernées, ainsi que de la taille et des ressources des opérateurs économiques concernés (62).
L’autorité compétente principale doit conclure, après ce délai raisonnable, si les mesures ont atteint leur objectif et, partant, si elle a effectivement des préoccupations étayées.
Dans certains cas, il peut s’avérer irréaliste de s’attaquer aux risques de travail forcé dans un court laps de temps. Cela est particulièrement vrai dans la plupart des cas de travail forcé imposé par l’État, étant donné que l’opérateur économique dispose d’un effet de levier limité pour éliminer les politiques de l’État qui le sous-tendent. Dans de tels cas, le désengagement responsable peut être le seul moyen disponible de lutter contre le travail forcé dans le processus de production (section 6.4.3).
4.6. Enquêtes
Si l’autorité compétente principale estime qu’il existe une «préoccupation étayée» que l’interdiction du travail forcé ait été violée par les opérateurs économiques faisant l’objet de l’évaluation, elle doit ouvrir une enquête (63).
L’autorité compétente principale doit fournir aux opérateurs économiques faisant l’objet d’une enquête des informations pertinentes sur le processus d’enquête et les conséquences possibles de l’enquête (section 4.6.1). Au cours de cette phase, l’autorité compétente principale a le pouvoir de recueillir des informations supplémentaires pertinentes pour son évaluation, y compris, dans des situations exceptionnelles, au moyen d’inspections sur le terrain (section 4.6.3).
Les enquêtes menées au titre du règlement sont sans préjudice d’éventuelles procédures pénales en vertu de la législation européenne ou nationale en matière de lutte contre la traite des êtres humains.
4.6.1. Droit de l’opérateur économique d’être informé et d’être entendu
Une fois que l’autorité compétente principale a décidé d’ouvrir l’enquête, elle dispose d’un délai de trois jours ouvrables pour fournir à l’opérateur économique les informations indiquées ci-dessous.
| — | L’ouverture de l’enquête et les conséquences possibles (64), y compris les conséquences découlant du défaut de coopération et les éventuelles ordonnances d’interdiction et de mise hors circuit. |
| — | Les produits ou parties de produits faisant l’objet de l’enquête et d’autres informations pertinentes, telles que les sites de production concernés. Si des produits supplémentaires sont ajoutés à un stade ultérieur de l’enquête, l’opérateur économique devrait en être dûment informé et disposer d’un délai suffisant pour répondre aux allégations relatives à ces produits supplémentaires. |
| — | Les motifs de l’enquête, à moins que la communication de ces informations puisse compromettre le résultat, par exemple le risque de disparition des éléments de preuve ou le risque pour les victimes potentielles. Lors de la motivation, la confidentialité et la sécurité des parties prenantes doivent être protégées. |
| — | Le droit de l’opérateur économique de présenter des observations dans un délai donné, y compris toute information pertinente non fournie au cours de la phase préliminaire ou des informations sur des mesures plus récentes visant à lutter contre le travail forcé en ce qui concerne les produits faisant l’objet de l’enquête. Le droit de l’opérateur économique d’être entendu est un aspect essentiel de l’enquête (65). |
4.6.2. Demandes d’informations auprès des opérateurs économiques
Comme lors de la phase préliminaire, l’autorité compétente principale peut demander des informations aux opérateurs économiques faisant l’objet de l’enquête au cours de la procédure formelle d’examen (voir sections 4.5.1 et 4.7). Une liste indicative de ces informations figure à la section 4.7.
L’autorité compétente principale fixe un délai à 30 jours ouvrables au minimum et à 60 jours ouvrables au maximum pour la présentation des informations demandées. Les opérateurs économiques peuvent demander une prolongation s’ils fournissent une raison valable pour cette prolongation. Cette demande de prolongation doit être dûment évaluée par l’autorité compétente principale, en tenant compte des circonstances de l’espèce, y compris de la taille et des ressources économiques de l’opérateur économique concerné, par exemple si l’opérateur économique est une PME (66).
4.6.3. Prise de contact avec d’autres parties prenantes concernées et inspections sur le terrain
Comme lors de la phase préliminaire, l’autorité compétente principale peut également, au cours de l’enquête, recueillir des informations auprès d’autres parties prenantes concernées (67).
L’autorité compétente principale peut effectuer des inspections sur le terrain (68) afin de confirmer ou de réfuter les éléments de preuve déjà recueillis et de recueillir des éléments de preuve supplémentaires. Ces éléments de preuve peuvent être à charge et à décharge.
4.6.3.1.
Les autorités compétentes principales des États membres peuvent, au cours de la phase préliminaire ou au cours d’une enquête formelle, effectuer des inspections sur leur territoire, lorsqu’elles les jugent nécessaires et proportionnées, conformément au droit de l’Union et à leur législation nationale. Les autorités compétentes principales peuvent également demander la coopération d’autres autorités nationales telles que les autorités du travail, les autorités sociales, les autorités sanitaires ou les autorités fiscales. En fonction du cadre législatif national et des autorisations judiciaires pertinentes, cela peut inclure la possibilité de procéder à des inspections inopinées des locaux commerciaux et de copier ou saisir des documents.
Les autorités compétentes principales doivent coopérer avec les autres autorités du même État membre qui enquêtent sur des affaires similaires (par exemple, les inspections du travail, les services répressifs dans le cadre de l’application de la législation européenne ou nationale en matière de lutte contre la traite des êtres humains). Tel est notamment le cas lorsque les autres autorités ont pu, dans ce contexte, effectuer des contrôles inopinés dans les locaux professionnels des opérateurs économiques.
4.6.3.2.
En tant qu’autorité compétente principale dans les cas de travail forcé en dehors du territoire de l’Union, la Commission peut, dans des circonstances exceptionnelles, procéder à tous les contrôles et inspections nécessaires, avec le consentement des opérateurs économiques et des gouvernements de pays tiers concernés (69). Le refus de donner son consentement peut être considéré comme un défaut de coopération compte tenu des circonstances factuelles et juridiques de l’espèce.
4.6.4. Confidentialité des enquêtes
Toutes les informations non publiques recueillies au cours de la procédure d’enquête ne doivent être utilisées qu’aux fins de l’application du règlement, sauf prescription contraire du droit de l’Union ou du droit national conforme au droit de l’Union (70). Par exemple, si un comportement criminel suspect est détecté, les autorités répressives ou judiciaires doivent en être informées.
Les informations recueillies à n’importe quel stade de la procédure d’enquête auprès des opérateurs économiques et d’autres parties prenantes, y compris leur identité, doivent être traitées de manière confidentielle, sauf indication contraire. Cela signifie que la Commission et les autorités compétentes ne doivent en principe pas divulguer ces informations à des tiers ni leur donner accès. Il s’agit de protéger les victimes, les pétitionnaires, les lanceurs d’alerte, les secrets d’affaires et d’autres données sensibles. Les autorités compétentes sont encouragées à demander conseil à d’autres organismes et agences publics ayant de l’expérience en matière de bonnes pratiques pour préserver la sécurité et la confidentialité de ces données.
Toutefois, dans le cas des opérateurs économiques pour lesquels une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé a été adoptée, leur identité et celle des fournisseurs et fabricants de produits concernés peuvent être divulguées dans la décision si cela est nécessaire pour identifier le produit interdit (71).
4.6.5. Issue de l’enquête (72)
Après avoir pris la mesure formelle d’ouvrir une enquête, l’autorité compétente principale doit établir s’il y a eu ou non violation de l’interdiction du travail forcé. Elle doit donc soit adopter une décision constatant une violation de l’interdiction (section 4.8), soit clore l’enquête dans un «délai raisonnable» qui ne devrait pas, en principe, dépasser neuf mois à compter de la date à laquelle elle a ouvert l’enquête.
Si l’autorité compétente principale ne peut établir une violation de l’interdiction du travail forcé, elle doit clore l’enquête et en informer les opérateurs économiques. Elle doit également informer les autres autorités compétentes et, le cas échéant, la Commission, par l’intermédiaire du module «Travail forcé» de l’ICSMS. La clôture de l’enquête n’empêche pas l’ouverture d’une nouvelle enquête sur les mêmes produits et opérateurs économiques si de nouvelles informations apparaissent, et elle reste sans préjudice des enquêtes pénales en cours ou futures sur la même question.
4.7. Coopération des opérateurs économiques avec les autorités compétentes et informations pouvant être demandées
À tout stade de la procédure d’enquête, l’autorité compétente principale est habilitée à demander des informations aux opérateurs économiques qui mettent les produits soumis à évaluation à disposition sur le marché de l’Union et, le cas échéant, aux fournisseurs de produits établis en dehors du territoire de l’Union (73). Cela peut inclure des informations: a) sur leurs actions visant à déceler, prévenir, réduire, supprimer les risques de travail forcé ou y apporter réparation dans leurs activités et leurs chaînes d’approvisionnement en ce qui concerne ces produits; b) sur les conditions de travail sur le lieu du travail forcé présumé, où les produits ont été fabriqués ou d’où ils sont originaires; et c) sur les produits soumis à évaluation.
Les opérateurs économiques doivent coopérer pleinement à la procédure d’enquête. Cela signifie: a) participer de manière constructive à l’enquête; b) fournir toutes les informations demandées; c) veiller à ce que les informations fournies soient exactes, utiles, pertinentes et complètes; et d) fournir les informations dans le délai imparti. Il s’agit non seulement d’une obligation légale, mais aussi du meilleur moyen de répondre aux préoccupations de l’autorité compétente principale et d’éviter ainsi l’ouverture d’une enquête ou la conclusion, dans le cadre d’une enquête, que l’interdiction du travail forcé a été violée. Tout défaut de coopération (section 4.8.2.14.8.2.1 aura des conséquences négatives pour les opérateurs économiques faisant l’objet de l’enquête.
Si les opérateurs économiques rencontrent des retards inévitables ou des difficultés insurmontables dans la collecte des informations demandées, ils doivent en informer de manière proactive l’autorité compétente principale dès que possible avant l’expiration des délais. Lorsque les opérateurs économiques faisant l’objet de l’évaluation sont des PME, ils peuvent demander l’aide d’un point de contact national dans un État membre concerné sur la manière de dialoguer avec l’autorité compétente principale.
Afin de garantir une communication efficace avec les autorités compétentes principales, les opérateurs économiques sont encouragés à désigner une personne de contact ou un service spécifique au sein de leur entreprise pour gérer ces interactions.
Les sections 4.7.1, 4.7.2 et 4.7.3 contiennent des listes illustratives, mais non exhaustives, d’exemples des types d’informations que l’autorité compétente principale pourrait demander au cours de la procédure d’enquête. L’autorité compétente principale devrait examiner attentivement quelles informations demander en fonction des spécificités du cas et des éléments mentionnés à la section 4.5.1.1. Les opérateurs économiques sont libres de fournir d’autres informations qu’ils jugent appropriées ou nécessaires pour dissiper les craintes de violation de l’interdiction du travail forcé. La liste ne classe pas les informations par ordre d’importance. Alors que l’autorité compétente principale est tenue d’examiner et, le cas échéant, de prendre en considération les informations fournies, la fourniture de ces informations ne garantit pas la décharge de l’opérateur économique ou que le produit ne fera pas l’objet d’une décision d’interdiction.
4.7.1. Exemples d’informations sur les mesures prises par l’opérateur économique pour déceler, prévenir, réduire, supprimer les risques de travail forcé ou y apporter réparation
| — | Politiques d’entreprise, codes de conduite, documents de gouvernance, responsabilités de supervision de la direction; |
| — | matériel de formation destiné à la direction, aux employés et aux fournisseurs; |
| — | politiques en matière de marchés publics, codes de conduite des fournisseurs, clauses contractuelles relatives à l’interdiction du travail forcé, et intégration et suivi des fournisseurs; |
| — | évaluations sectorielles des risques; |
| — | documents attestant la mise en place de mesures préventives; |
| — | documents attestant la mise en place d’un mécanisme de gestion des plaintes; |
| — | documents attestant la participation à des systèmes de certification multipartites ou sectoriels; |
| — | engagement et consultation des parties prenantes et des titulaires de droits avec les organisations non gouvernementales, les syndicats et les communautés; |
| — | rapports sur les efforts de vigilance entrepris, y compris ceux menés conformément à la législation nationale et européenne applicable; |
| — | plans de mesures correctives et évaluations des performances; |
| — | rapports d’audit indépendants de tiers. |
4.7.2. Exemples d’informations sur les conditions de travail sur le site du travail forcé présumé
| — | Transcriptions des entretiens avec les travailleurs et témoignages écrits; |
| — | audits sociaux; |
| — | photos/vidéos des conditions de travail et/ou des dortoirs; |
| — | notes de conversations et copies de messages et de courriers électroniques; |
| — | liste des travailleurs, accords/contrats de travail, fiches de paie et documents financiers; |
| — | résultats d’enquêtes menées (par exemple par des syndicats ou des représentants des travailleurs sur les conditions de travail); |
| — | informations sur la réparation attestant la satisfaction des travailleurs, l’indemnisation, les mesures correctives et de prévention. |
4.7.3. Exemples d’informations sur le produit présumé enfreindre l’interdiction du travail forcé (74)
4.7.3.1.
| — | Informations recueillies à l’aide d’outils de traçabilité et de données relatives au commerce, aux douanes et à l’expédition; |
| — | résultats des essais en laboratoire, y compris les essais isotopiques; |
| — | description, nom ou marque du produit, exigences spécifiques prévues par le droit de l’Union pour l’identification du produit, telles que les codes SH, les codes NC, le type, la référence, le modèle, le numéro de lot ou de série apposés sur le produit ou figurant sur l’emballage ou dans un document accompagnant le produit, ou l’identifiant unique du passeport numérique de produit; |
| — | preuves de la traçabilité du produit (c’est-à-dire les certificats de chaîne de contrôle, les données relatives à la traçabilité des matières premières); |
| — | documentation établissant un lien entre le produit fini et sa matière première; |
| — | factures de matériaux, en particulier lorsqu’elles sont pertinentes pour déterminer la part de composants ou de parties du produit potentiellement issus du travail forcé; |
| — | certificats d’origine des sites dont les produits sont originaires; |
| — | quantité ou volume et valeur des produits concernés (par exemple, le total des unités produites, importées ou mises sur le marché de l’Union au cours de la période pertinente); |
| — | informations sur l’inventaire et les lieux de distribution et de stockage, y compris pour les ventes à distance, au sein de l’Union. |
4.7.3.2.
| — | Description de la chaîne d’approvisionnement, couvrant les principales étapes de la production, de la fabrication ou de l’exploitation minière; |
| — | liste des fabricants, producteurs et fournisseurs en ce qui concerne les principales étapes de production, y compris les données suivantes pour chacune d’entre elles: le nom, la raison sociale ou la marque déposée, les coordonnées, le numéro d’identification unique dans le pays où ils sont établis et, le cas échéant, leur numéro d’enregistrement et d’identification des opérateurs économiques (EORI); |
| — | cartes de la chaîne d’approvisionnement couvrant les différents niveaux et sous-niveaux et indiquant les fournisseurs directs et indirects; |
| — | informations sur les structures de propriété et les relations entre les fournisseurs et l’opérateur économique et tout intermédiaire tiers (par exemple filiale, entreprise commune, contractant indépendant); |
| — | rôles des entités concernées, y compris les chargeurs et les exportateurs; |
| — | déclarations sous serment des opérateurs économiques intervenant dans le processus de production. |
4.7.3.3.
| — | Identification des sites et installations aux principales étapes d’extraction, de récolte, de production, de fabrication ou d’extraction (noms, adresses, entités d’exploitation); |
| — | preuves de localisation à l’appui, lorsqu’elles sont disponibles, telles que l’imagerie satellitaire, les coordonnées GPS ou d’autres données de géolocalisation. |
4.7.3.4.
| — | Bons de commande; |
| — | factures et reçus pour tous les fournisseurs; |
| — | listes de colisage; |
| — | relevés des paiements; |
| — | registres d’inventaire du fournisseur et de l’acheteur, y compris les reçus des ports/entrepôts; |
| — | documents d’expédition et de transport (manifestes, connaissements pour le transport aérien, maritime ou terrestre); |
| — | registres d’importation/exportation. |
4.7.3.5.
| — | Injonctions de production; |
| — | rapports sur la capacité de production de l’usine; |
| — | éléments démontrant la cohérence entre les volumes d’intrants et les volumes de production du ou des produits extraits, récoltés, fabriqués, produits ou extraits. |
4.8. Décisions relatives aux violations de l’interdiction du travail forcé
Si l’autorité compétente principale établit que les opérateurs économiques faisant l’objet de l’enquête ont violé l’interdiction du travail forcé, elle doit adopter une décision à cet effet. Cette décision doit contenir à la fois des éléments de procédure et des éléments de fond, y compris une interdiction de mettre les produits concernés sur le marché de l’Union (section 4.8.3). Toutes les décisions doivent être publiées sur le portail unique sur le travail forcé (75).
4.8.1. Établir une violation de l’interdiction du travail forcé
4.8.1.1.
Il incombe à l’autorité compétente principale d’établir une violation de l’interdiction du travail forcé. À cette fin, elle doit fournir des éléments de preuve crédibles montrant i) que le travail forcé a été utilisé pour fabriquer les produits faisant l’objet de l’enquête et ii) que les opérateurs économiques faisant l’objet de l’enquête ont mis ces produits à disposition sur le marché de l’Union ou les ont exportés à partir de l’Union (76).
Le niveau de preuve à retenir doit tenir compte de la nature administrative de l’interdiction du travail forcé prévue par le règlement. Par conséquent, les niveaux de preuve prévus par le droit pénal ne constituent pas un critère de référence pertinent.
Il peut s’avérer difficile d’apporter la preuve que des produits mis sur le marché ou mis à disposition dans l’Union, ou exportés à partir de l’Union, ont été fabriqués en recourant au travail forcé. Ainsi, il peut être difficile d’obtenir des preuves auprès des parties directement concernées (par exemple, par crainte de représailles), de réaliser des audits fiables ou d’obtenir des preuves directes de pratiques problématiques (par exemple, en raison d’un manque de documentation concernant la rémunération des travailleurs ou les frais de recrutement payés par les travailleurs). L’établissement d’une violation de l’interdiction du travail forcé nécessitera donc souvent une combinaison de différents types de preuves, y compris des preuves indirectes et circonstancielles.
Voici quelques exemples d’éléments de preuve qui peuvent être pris en considération aux fins d’établir une violation de l’interdiction du travail forcé:
| — | transcriptions des entretiens; |
| — | témoignages écrits; |
| — | rapports et documents provenant de mécanismes de gestion des plaintes existants au niveau de l’entreprise, de la communauté ou du secteur; |
| — | audits sociaux. Cela exclut les audits sociaux réalisés dans des situations où les travailleurs sont menacés ou soumis à une surveillance et/ou à une supervision permanentes de la part de la direction, ou lorsque l’accès aux installations de production est limité, car celles-ci ne sont pas jugées crédibles; |
| — | photos/vidéos des conditions de travail et/ou des dortoirs; |
| — | notes de conversations et copies de messages et de courriers électroniques; |
| — | accords/contrats de travail, fiches de paie et documents financiers; |
| — | documents et registres de la société, et déclarations publiques; |
| — | imagerie satellitaire et géolocalisation des installations; |
| — | résultats des essais en laboratoire, y compris les essais isotopiques; |
| — | informations recueillies à l’aide d’outils de traçabilité et de données relatives au commerce, aux douanes et à l’expédition; |
| — | rapports publics, recherches et publications; |
| — | études et analyses internes, statistiques; |
| — | articles de presse; |
| — | résultats d’enquêtes menées (par exemple par des syndicats ou des représentants des travailleurs sur les conditions de travail); |
| — | recherche documentaire et analyse de sources ouvertes (par exemple, de documents officiels ou de la propriété d’entreprises d’entités pertinentes); |
| — | cartographie sectorielle des risques; |
| — | informations concernant le produit faisant l’objet de l’enquête (section 4.7.3 réservée aux exemples); |
| — | informations sur la traçabilité du produit (section 4.7.3). L’absence totale ou l’incapacité totale de fournir des informations sur la traçabilité lorsqu’un produit, une matière première ou un composant peut avoir été mélangé à un produit, une matière première ou un composant présentant un risque élevé de travail forcé peut avoir une incidence négative sur l’évaluation globale des éléments de preuve; |
| — | documents des organismes publics indiquant les programmes de travail forcé imposés par l’État (dispositions législatives, documents stratégiques, rapports, instructions administratives ou mandats institutionnels); |
| — | informations indiquant la participation d’un opérateur économique ou fournisseur concerné à des programmes de travail forcé imposés par l’État. |
4.8.1.2.
En cas de travail forcé imposé par l’État, l’autorité compétente principale doit établir i) que le travail forcé est imposé par des autorités de l’État, des agents agissant pour le compte d’autorités de l’État ou des organisations ayant une autorité équivalente à celle de l’État dans une zone géographique donnée et ii) que le produit faisant l’objet de l’enquête est lié à cette pratique d’imposition du travail forcé ou à cette zone géographique. Il convient d’appliquer des indicateurs de risque et des définitions spécifiques au travail forcé imposé par l’État (77). La liste figurant à la section 4.8.1.1 est toujours pertinente, bien que la crédibilité de certains types de preuves doive être soigneusement évaluée à la lumière de la contrainte systémique et de l’opacité dans le cadre desquelles le travail forcé imposé par l’État a lieu. Par exemple, les audits sociaux réalisés dans des zones géographiques touchées par le travail forcé imposé par l’État a lieu ne devraient pas être considérés comme des preuves crédibles dans la mesure où ils ne sont pas menés sans un accès illimité aux installations concernées et sans la capacité des travailleurs à parler librement et sans surveillance.
En outre, en raison de sa nature systémique, il est peu probable que le travail forcé imposé par l’État ne se produise que dans des cas spécifiques dans une zone géographique particulière. Par conséquent, les éléments de preuve relatifs au travail forcé imposé par l’État dans une zone géographique donnée recueillis dans le cadre d’une affaire dans laquelle l’autorité compétente principale a établi une violation de l’interdiction du travail forcé revêtiront une grande importance dans d’autres affaires concernant la même région.
4.8.2. Établissement d’une violation en cas de défaut de coopération
Si un opérateur économique ou une autorité publique ne coopère pas à une enquête et empêche ainsi l’autorité compétente principale de recueillir des éléments de preuve factuels ou autres auprès d’eux, l’autorité compétente principale doit établir une violation de l’interdiction du travail forcé sur la base des éléments disponibles (78). L’objectif de cette disposition est de garantir que le règlement puisse encore être appliqué efficacement même lorsque les opérateurs économiques ou les autorités publiques ne coopèrent pas. Voici des exemples de défaut de coopération (79):
| — | refus de fournir les informations demandées sans justification valable; |
| — | absence de communication des informations demandées dans le délai fixé sans justification valable; |
| — | fourniture d’informations incomplètes, trompeuses ou erronées, ou d’une quantité importante de renseignements dénués de pertinence, dans le but de faire obstruction à l’enquête; |
| — | toute autre action de l’opérateur économique ou d’une autorité publique entravant l’enquête, y compris lorsque le risque de travail forcé imposé par l’État est décelé au cours de la procédure d’enquête. Cela s’applique également aux inspections sur le terrain. |
Lors de l’évaluation du défaut de coopération, une attention particulière doit être accordée à la taille et aux ressources des opérateurs économiques et à leur capacité à fournir les informations complètes requises.
4.8.2.1.
En cas de défaut de coopération, y compris dans le cas du travail forcé imposé par l’État, les violations de l’interdiction du travail forcé doivent encore être prouvées sur la base de preuves crédibles. Toutefois, étant donné qu’il est généralement possible d’obtenir moins ou pas d’informations crédibles directement auprès de l’opérateur économique ou de l’autorité publique, les éléments de preuve provenant d’autres sources d’information recueillies au cours de la procédure d’enquête ainsi que les éléments de preuve indirects et circonstanciels jouent un rôle important en cas de défaut de coopération. Comme indiqué à la section 4.5.1.3, le défaut de coopération constitue en principe une preuve qui, combinée aux éléments de fait et de droit disponibles susmentionnés, constituerait, en général, une base suffisante pour établir une violation.
4.8.3. Contenu de la décision
Les décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé doivent comporter les informations mentionnées ci-dessous (80):
| — | Une interdiction générale de mettre les produits concernés sur le marché de l’Union ou de les mettre à disposition sur le marché de l’Union et de les exporter (81), détaillant les produits spécifiques à interdire, une description des conclusions de l’enquête et les informations dont les autorités douanières ont besoin pour identifier le produit ou les opérateurs économiques cités. Sur la base du libellé de l’article 3 du règlement et de son objectif (82), l’interdiction porte sur un ou plusieurs produits et a une portée générale. Dès lors, elle s’applique non seulement aux opérateurs économiques cités dans cette décision, mais également à tout autre opérateur économique qui met sur le marché ou met à disposition de tels produits sur le marché de l’Union ou les exporte. Une application générale est nécessaire pour éviter le contournement, qui se produirait si l’interdiction ne s’appliquait qu’aux opérateurs économiques qui sont les destinataires directs de l’enquête. Par conséquent, la portée étendue de la décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé repose sur le principe d’effectivité, qui exige que les règles de l’Union soient interprétées d’une manière qui garantisse leur plein effet dans la pratique (83), et qui est conforme à l’interprétation large des règles visant à protéger les droits fondamentaux. |
| — | Un ordre de retrait des produits faisant l’objet de l’interdiction générale (84) Compte tenu de l’application générale de l’interdiction, les produits faisant l’objet d’une décision doivent être retirés du marché de l’Union. Lorsque les autorités de surveillance du marché détectent la présence de tels produits sur le marché de l’Union, elles doivent prendre des mesures sans tarder pour garantir leur retrait. Dans la décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé elle-même, l’injonction de retrait spécifique est expressément adressée aux opérateurs économiques concernés qui ont fait l’objet d’une enquête. Ceux-ci doivent retirer du marché de l’Union tous les produits interdits déjà mis sur le marché ou mis à disposition et supprimer les contenus de toute interface en ligne répertoriant les produits interdits (section 5.1.1.1). Cette obligation de retrait ne s’applique pas aux produits qui ont déjà atteint les utilisateurs finaux. |
| — | Un ordre de mise hors circuit des produits ou des parties remplaçables du produit faisant l’objet de l’interdiction générale (85) La décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé comporte également une ordonnance de mise hors circuit, qui s’adresse expressément aux opérateurs économiques ayant fait l’objet de l’enquête. L’article 25 du règlement prescrit le mode de mise hors circuit. Les autorités compétentes doivent veiller à ce que les opérateurs économiques ne tirent pas de profit économique de la mise hors circuit du produit de manière directe ou indirecte. Si la décision interdit une partie spécifique d’un produit et que cette partie est remplaçable, les opérateurs économiques concernés doivent avoir la possibilité de l’extraire et de la remplacer dans un délai raisonnable. La partie doit ensuite être mise hors circuit conformément aux principes énoncés ci-dessus et remplacée par une autre partie qui a été produite sans recours au travail forcé. Une fois que les opérateurs économiques démontrent que (certains) des produits faisant l’objet de la décision sont exempts de travail forcé, ils peuvent les mettre sur le marché de l’Union ou exporter ces produits étant donné qu’ils ne sont plus couverts par la décision (section 4.9). |
| — | Autres éléments de la décision La décision doit également prévoir un délai raisonnable dans lequel les opérateurs économiques doivent se conformer aux injonctions (86). Ce délai doit être d’au moins 30 jours ouvrables pour les marchandises non périssables et de 10 jours ouvrables pour les marchandises périssables, à compter de la date de notification de la décision. Lorsqu’elle fixe le délai, l’autorité compétente doit tenir compte de la taille et des ressources économiques de l’opérateur économique, y compris s’il s’agit d’une PME, de la part ou de la partie du produit issus du travail forcé et de son caractère remplaçable, ainsi que des circonstances spécifiques de l’espèce. Enfin, la décision contient des informations sur la possibilité de demander à l’autorité compétente de la réexaminer ou de la retirer (sections 4.9.1 et 4.9.2) et sur les possibilités de recours contre celle-ci devant la juridiction compétente (par exemple, la possibilité ou non d’un recours, le type de recours disponible et les délais applicables) (section 4.9.3). |
4.8.4. Chaînes d’approvisionnement d’importance stratégique ou critique pour l’UE (87)
Si des produits font partie d’une chaîne d’approvisionnement d’importance stratégique ou critique pour l’Union, l’autorité compétente principale peut, afin d’éviter de perturber le marché unique, décider de ne pas ordonner leur mise hors circuit, mais d’exiger des opérateurs économiques, à leurs propres frais, qu’ils retiennent les produits pendant une période déterminée. Au cours de cette période, les produits ne peuvent pas être mis sur le marché et l’opérateur économique doit éliminer le travail forcé identifié. Lorsqu’elle prend une telle décision, l’autorité compétente principale devrait examiner, entre autres, la faisabilité de l’élimination du travail forcé et la volonté de l’opérateur économique de le faire.
Le délai prévu doit être proportionné et ne pas excéder ce qui est nécessaire pour éliminer le travail forcé. Si l’opérateur économique démontre qu’il l’a fait dans le délai imparti, l’autorité doit retirer sa décision pour l’avenir et autoriser la remise sur le marché des produits, y compris ceux qui avaient été retenus. Dans le cas contraire, l’opérateur économique doit mettre hors circuit les produits.
S’il appartient à l’autorité compétente principale d’évaluer l’importance stratégique ou critique des produits pour l’Union, elle devra tenir compte des actes législatifs pertinents de l’Union, en particulier:
| — | la liste des secteurs figurant dans le règlement pour une industrie «zéro net» (88); |
| — | la recommandation de la Commission relative aux domaines technologiques critiques pour la sécurité économique de l’Union (89) et la communication conjointe sur le renforcement de la sécurité économique de l’UE (90); |
| — | les produits énumérés dans le règlement sur les matières premières critiques (91); |
| — | le plan d’action RESourceEU (92). |
Afin de garantir une approche cohérente en ce qui concerne l’importance stratégique, les autorités compétentes des États membres devraient solliciter l’avis de la Commission.
4.9. Réexamen des décisions et recours
Les décisions peuvent faire l’objet de demandes de réexamen (section 4.9.1), de demandes de retrait après mise en conformité avec la décision (section 4.9.2) et de recours (section 4.9.3).
4.9.1. Demandes de réexamen d’une décision (93)
Les opérateurs économiques auxquels une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé est explicitement adressée et ceux qui prouvent par ailleurs qu’ils sont directement et individuellement concernés peuvent demander un réexamen de la décision à tout moment.
Les opérateurs économiques peuvent demander une modification de la portée de la décision ou son retrait pour l’avenir, mais uniquement sur la base de nouvelles informations substantielles qui n’ont pas été portées à l’attention de l’autorité compétente principale au cours de l’enquête et à condition que l’opérateur économique ait éliminé le travail forcé.
L’autorité compétente principale qui a initialement pris la décision doit prendre une décision sur la demande dans un délai de 30 jours ouvrables. En vertu du principe de bonne administration (94), de telles décisions doivent être dûment motivées. Toutefois, les demandes manifestement irrecevables ou manifestement infondées peuvent être rejetées sommairement.
Si la demande est jugée fondée, elle peut entraîner une modification de la portée d’une décision ou son retrait pour l’avenir. Si une décision est retirée, l’autorité compétente principale doit en informer les opérateurs économiques qui sont les destinataires exprès de la décision et, le cas échéant, tout autre opérateur économique individuellement et directement concerné. Elle doit également retirer la décision du portail unique sur le travail forcé.
4.9.2. Demander le retrait d’une décision relative à la conformité et aux informations à fournir par les opérateurs économiques
Si un opérateur économique s’est conformé à une décision, il peut demander le retrait de cette décision pour l’avenir, c’est-à-dire avec effet à compter de ce moment. La demande de l’opérateur économique doit être fondée et doit démontrer i) qu’il s’est conformé à la décision (section 4.9.2.1) et ii) qu’il a, depuis l’adoption de la décision, éliminé le travail forcé de ses activités ou de sa chaîne d’approvisionnement en ce qui concerne les produits concernés (section 4.9.2.2).
4.9.2.1.
Pour démontrer le retrait effectif du produit, l’opérateur économique doit fournir la preuve du retrait, y compris l’identification du produit, les dates et le lieu du retrait, les documents attestant l’exécution (par exemple, le retrait des canaux de distribution et de vente, la confirmation du retrait auprès des distributeurs ou détaillants concernés, les registres d’inventaire indiquant les stocks retirés, les documents logistiques et la notification de surveillance du marché, le cas échéant).
Pour démontrer la mise hors circuit du produit ou, le cas échéant, la mise hors circuit de la pièce réalisée par travail forcé, les opérateurs économiques doivent présenter des informations sur le processus de mise hors circuit, y compris la preuve de l’enlèvement physique ou du remplacement de la pièce, la méthode utilisée et les certificats ou attestations provenant d’installations de mise hors circuit ou de recyclage autorisées.
4.9.2.2.
Pour démontrer que le travail forcé a été éliminé de leurs activités ou de leur chaîne d’approvisionnement en ce qui concerne les produits concernés, l’opérateur économique doit fournir la preuve que les circonstances recensées dans la décision ne sont plus présentes. Ce faisant, l’opérateur économique devrait fournir des informations sur les mesures adoptées pour lutter contre le travail forcé (95), qui doivent être évaluées au regard des indicateurs de travail forcé recensés dans la décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé (96). Ces éléments de preuve devraient inclure des mesures visant à prévenir la répétition du travail forcé après le retrait de la décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé.
4.9.3. Recours administratifs et juridictionnels contre une décision (97)
Les opérateurs économiques directement et individuellement concernés par une décision constatant la violation de l’interdiction du travail forcé ont le droit de former un recours contre la décision devant une juridiction en vue de contrôler la légalité formelle et/ou matérielle de la décision. Pour les décisions adoptées par la Commission, la Cour de justice de l’Union européenne (composée du Tribunal et de la Cour de justice) est compétente.
Si le recours est accueilli, l’autorité compétente principale doit en informer la Commission et toutes les autorités nationales compétentes au moyen du module «Travail forcé» de l’ICSMS. La Commission mettra à jour le portail sur le travail forcé en conséquence.
4.10. Coordination et coopération en matière d’enquêtes et d’application de la législation
Les autorités compétentes doivent se coordonner étroitement avec les autorités nationales compétentes (98) (sections 4.10.1 et 4.10.2). La Commission et les autorités compétentes doivent également coopérer étroitement et se prêter mutuellement assistance (section 4.10.3) afin de mettre en œuvre le règlement de manière cohérente, efficace et efficiente (99).
4.10.1. Coordination entre les autorités nationales au sein d’un État membre
Les enquêtes et les activités de contrôle de l’application au titre du règlement nécessitent l’utilisation d’une variété de compétences, de responsabilités et d’aptitudes à l’échelon national. Dans le même temps, la mise en œuvre du règlement peut conduire à la collecte d’informations et de connaissances pertinentes pour la mise en œuvre d’autres lois et politiques. Des mécanismes de coordination nationaux appropriés pour la mise en œuvre du règlement doivent donc:
| — | assurer un échange fluide d’informations entre les autorités nationales au sein d’un État membre, afin qu’elles puissent soutenir de manière efficace et efficiente leurs travaux respectifs sur la mise en œuvre du règlement et sur la mise en œuvre d’autres politiques et règles (par exemple, informer les autorités compétentes en matière de protection des victimes de la criminalité et de la traite des êtres humains); |
| — | faciliter la coopération et créer des synergies en vue d’une mise en œuvre efficace et efficiente. Les autorités compétentes doivent pouvoir s’appuyer sur l’expertise, les pouvoirs et les tâches d’autres autorités nationales concernées qui peuvent contribuer aux enquêtes et à l’exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé. Ces pratiques incluent:
|
4.10.2. Coordination avec les autorités répressives et interaction avec les procédures pénales
Une coordination étroite entre les autorités compétentes et les autorités répressives et judiciaires traitant des aspects pénaux d’une affaire est essentielle, en particulier pour recueillir et évaluer les preuves dans les affaires de travail forcé (101) et garantir la confidentialité des enquêtes pénales. Les modalités pratiques de cette coopération dépendent des règles nationales (notamment celles qui soutiennent la mise en œuvre du règlement) et de l’interaction entre les procédures prévues par le règlement et le système judiciaire et pénal national.
Le règlement est directement applicable et poursuit un objectif différent de celui du droit pénal; il s’applique donc indépendamment du droit pénal national qui traite du travail forcé. Le règlement prévoit uniquement des procédures et mesures administratives: les enquêtes et les poursuites pénales (y compris dans le cadre de la législation relative à la lutte contre la traite des êtres humains) ne relèvent pas de son champ d’application. L’application du règlement ne nécessite pas une enquête pénale préalable ni, a fortiori, une condamnation pénale pour les mêmes faits.
Une affaire de travail forcé peut donner lieu à la fois à une affaire pénale et à une enquête au titre du règlement, menées en parallèle, aboutissant à la fois à des décisions pénales et à des décisions administratives. L’application de l’interdiction du travail forcé ne devrait pas compromettre la conduite des enquêtes pénales.
Les autorités qui appliquent ces différents cadres doivent donc coopérer et veiller à ce que les enquêtes pénales et leur confidentialité ne soient pas compromises.
En cas d’enquête sur le travail forcé dans une affaire transfrontière, l’autorité principale devrait envisager de partager des informations par l’intermédiaire du réseau SIENA (102) afin de coordonner les efforts et les renseignements avec les services répressifs d’autres États membres.
4.10.3. Coordination, coopération et assistance mutuelle entre les autorités compétentes et la Commission
Les autorités compétentes des États membres et la Commission travaillent en étroite coopération et sont chargées de veiller à la mise en œuvre effective et uniforme du présent règlement dans l’ensemble de l’Union (103). Les autorités compétentes sont chargées à la fois des enquêtes dans le contexte national et de l’exécution des décisions, y compris celles adoptées par la Commission. Les travaux du réseau de l’Union contre les produits issus du travail forcé (104) et de l’ICSMS faciliteront ces processus.
Le devoir d’assistance mutuelle comporte les prérogatives et obligations énumérées ci-dessous (105):
| — | Lorsqu’une autorité compétente ou la Commission découvre des informations sur un travail forcé présumé sur un territoire pour lequel elle n’est pas compétente, elle doit partager ces informations avec l’autorité compétente concernée par l’intermédiaire de l’ICSMS. |
| — | Une autorité compétente principale peut demander un soutien ou des informations à d’autres autorités compétentes, qui doivent répondre rapidement et de manière coopérative. Les demandes d’informations doivent être traitées par l’intermédiaire de l’ICSMS et recevoir une réponse complète dans un délai de 20 jours ouvrables. Si les informations sont jugées insuffisantes par l’autorité requérante, celle-ci peut demander des précisions supplémentaires. En règle générale, l’autorité requise doit coopérer et fournir une réponse. Toutefois, dans des cas exceptionnels, l’autorité requise peut refuser, partiellement ou totalement, de donner suite à la demande si le fait de donner suite à celle-ci risque de compromettre gravement ses propres activités, telles que des enquêtes en cours. Dans de tels cas, l’autorité compétente requise ou la Commission doit justifier son refus (partiel ou total) et ne transmettre que des informations qui ne compromettent pas ses activités. Les documents, les résumés ou la transmission différée d’informations sont des solutions pratiques qui concilient le devoir de coopération et l’obligation d’assurer l’application effective du règlement. |
| — | Lorsqu’une autorité compétente principale enquête sur une affaire, elle doit répondre rapidement et de manière coopérative aux demandes d’autres autorités compétentes qui ont une raison valable d’être étroitement associées. Si l’opérateur économique faisant l’objet de l’enquête est établi dans un autre État membre et que l’autorité compétente de cet État membre demande à participer à l’enquête, l’autorité compétente principale devrait en principe accepter la demande. |
5. EXÉCUTION ET SANCTIONS
5.1. Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé (106)
Une fois adoptée par une autorité compétente principale, une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé doit être communiquée par l’intermédiaire de l’ICSMS aux autorités compétentes et aux autorités douanières. Les autorités compétentes sont responsables de l’exécution de ces décisions sur le marché de l’Union (section 5.1.1). Les autorités compétentes sont responsables de l’exécution de ces décisions sur le marché de l’Union (section 5.1.1). Les autorités douanières doivent identifier, parmi les produits importés dans l’Union ou exportés à partir de celle-ci, ceux qui font l’objet de décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé, et doivent coopérer avec les autorités compétentes pour faire appliquer ces décisions aux frontières (section 5.1.2).
5.1.1. Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé au sein de l’UE
Les autorités compétentes doivent veiller à l’application effective de tous les éléments des décisions, le cas échéant en coopération avec les autorités compétentes des autres États membres et avec d’autres autorités nationales telles que les autorités de surveillance du marché. Les autorités compétentes doivent veiller au respect de l’interdiction fondée sur les produits, des injonctions de retrait et de mise hors circuit (section 5.1.1.1) et de la restriction de l’accès aux produits et aux listes de ces produits. L’autorité compétente de chaque État membre doit contacter les opérateurs économiques qui sont les destinataires des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé et qui sont établis sur son territoire. Si un opérateur économique met des produits à disposition dans plusieurs États membres, l’autorité compétente de l’État membre d’établissement peut demander l’assistance des autorités compétentes d’autres États membres.
5.1.1.1.
Les autorités compétentes sont chargées de veiller à ce que les injonctions de retrait et de mise hors circuit prévues dans les décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé soient effectivement mises en œuvre par les opérateurs économiques (section 4.8.3) (107). Une coopération étroite avec les autorités de surveillance du marché sera essentielle à cette fin.
Afin de garantir la conformité, les autorités compétentes doivent demander des informations à l’opérateur économique sur les plans de retrait et de mise hors circuit de ce dernier et demander des rapports sur l’état d’avancement de ces plans. Pour les produits fabriqués uniquement en partie avec du travail forcé, ces plans devraient inclure des informations sur le remplacement de la partie en question. Lors de l’élaboration des plans de mise hors circuit, les opérateurs économiques devraient accorder une attention particulière aux biens durables de grande valeur (par exemple, véhicules, machines, électronique), pour lesquels des évaluations de faisabilité technique sont nécessaires afin de les recycler ou de les rendre inutilisables. Les autorités compétentes devraient coordonner ces plans avec les autorités de réglementation en matière d’environnement et de sécurité.
(a) Retrait des produits
Lors du suivi du processus de retrait du produit, les autorités compétentes doivent évaluer les informations fournies par l’opérateur économique. Afin de se conformer à une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé, les opérateurs économiques concernés doivent avoir une vue d’ensemble des stocks des produits ainsi que de l’endroit où ces produits se trouvent dans les canaux de distribution, y compris pour les ventes à distance; ils doivent également élaborer un plan de retrait détaillant la manière dont les produits seront retirés conformément à la décision.
(b) Processus de mise hors circuit
Lorsqu’elles surveillent le processus de mise hors circuit des produits, les autorités compétentes doivent veiller à ce que les produits soient mis hors circuit conformément à la hiérarchie des déchets établie dans la directive 2008/98/CE (108), à savoir en les recyclant ou, si cela est impossible, en les rendant inutilisables (109). Les vêtements, accessoires du vêtement et chaussures peuvent être détruits conformément aux dispositions du règlement délégué (UE) 2026/296 de la Commission (110). Les produits périssables font l’objet d’un don à des fins caritatives ou d’intérêt public. La mise hors circuit du produit selon les modalités susmentionnées ne doit en aucun cas bénéficier à l’opérateur économique concerné.
(c) Produits comportant des parties remplaçables et produits d’importance stratégique ou critique
Si la décision concerne des parties remplaçables d’un produit, les autorités compétentes doivent veiller à ce que les produits concernés soient retirés et à ce que les parties soient mises hors circuit comme illustré dans le processus de mise hors circuit ci-dessus, et à ce que l’opérateur économique concerné ait remplacé les parties en question par des parties exemptes de travail forcé conformément au règlement. Les produits issus d’un tel procédé peuvent alors être remis sur le marché. Si l’opérateur économique n’est pas disposé à remplacer la partie, la totalité du produit doit être mise hors circuit.
Si la décision concerne des produits qui font partie d’une chaîne d’approvisionnement d’importance stratégique ou critique pour l’Union (111) et si l’autorité compétente principale ordonne la rétention du produit plutôt que sa mise hors circuit (section 4.8.4), les autorités compétentes doivent toujours garantir le retrait comme indiqué ci-dessus. Elles doivent également demander à l’opérateur économique concerné des informations sur le lieu de stockage des produits pendant l’élimination du travail forcé.
Si le travail forcé n’est pas éliminé dans un délai raisonnable, l’autorité compétente doit faire respecter la mise hors circuit des produits concernés comme indiqué ci-dessus. En cas de respect avéré de la décision, l’autorité compétente principale doit retirer sa décision pour l’avenir (section 4.9). Si l’opérateur économique ne souhaite pas prendre les mesures nécessaires pour garantir la mise hors circuit du travail forcé, il doit en informer les autorités compétentes et procéder à la mise hors circuit du produit conformément à la décision, comme expliqué au point b) ci-dessus.
(d) Transfert des produits à l’autorité compétente en vue de leur mise hors circuit
Dans les cas où le recyclage et le don du produit concerné pourraient présenter une grande valeur économique et où les autorités douanières détruiraient autrement ces produits, l’autorité compétente peut demander aux autorités douanières de placer les produits dont la mise en libre pratique ou l’exportation a été refusée sous son autorité (112) en vue de leur mise hors circuit conformément à l’article 25. Le coût de cette action doit être supporté par l’opérateur économique.
(e) Produits vendus en ligne
Un opérateur économique qui met à disposition en ligne des produits faisant l’objet d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé doit retirer ces produits et les mettre hors circuit conformément à la décision, comme indiqué aux points a) à d) ci-dessus. L’opérateur économique doit également supprimer la liste de son site internet.
Lorsque l’opérateur économique utilise un service intermédiaire, tel qu’une place de marché en ligne, pour proposer un produit, les autorités compétentes peuvent également émettre une injonction à l’intention du fournisseur du service intermédiaire, sur la base du droit de l’État membre concerné ou du droit de l’Union directement applicable, exigeant des fournisseurs qu’ils restreignent l’accès aux communications et aux référencements se rapportant aux produits susmentionnés. Si l’injonction remplit les conditions formelles énoncées à l’article 9, paragraphe 2, du règlement (UE) 2022/2065 (113), les fournisseurs doivent informer les autorités d’émission des mesures prises pour garantir le respect de la décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé.
5.1.2. Exécution des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé aux frontières (114)
Étant donné que le travail forcé fait partie du processus de fabrication et ne laisse aucune trace sur le produit lui-même, les autorités douanières ne peuvent pas déterminer la conformité au moyen de leurs seuls contrôles, et les autorités compétentes restent donc responsables de l’application globale de l’interdiction des produits issus du travail forcé sur le marché de l’Union ainsi que de l’importation et de l’exportation de produits issus du travail forcé (115). Les autorités douanières doivent agir sur la base des décisions adoptées par les autorités compétentes et qui leur sont communiquées par l’intermédiaire de l’ICSMS (116). Toute modification ou tout retrait d’une décision doit également être communiqué sans délai aux autorités douanières, qui devraient adapter rapidement leurs mesures d’exécution en conséquence. Une coopération étroite entre les autorités douanières et les autorités compétentes est essentielle pour garantir l’application effective de la législation pour les produits entrant dans l’Union ou en sortant.
5.1.2.1.
Le règlement s’applique exclusivement aux produits déclarés en douane dans le cadre des régimes douaniers de «mise en libre pratique» et d’«exportation». Les produits destinés à être placés sous d’autres régimes douaniers ne sont pas soumis au règlement.
5.1.3. Identification des produits à la frontière
Afin d’identifier les produits entrant sur le marché de l’Union ou quittant celui-ci qui font l’objet de décisions en matière de travail forcé (117), les autorités douanières doivent appliquer des procédures de gestion des risques douaniers conformément au code des douanes de l’Union, en tenant compte des décisions établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé communiquées sans tarder par l’autorité compétente principale et de toute information pertinente disponible en matière de risque.
Si l’application effective de l’interdiction du travail forcé exige que les autorités douanières aient accès à des informations supplémentaires au-delà de celles normalement prévues par la législation douanière (118),, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués précisant les informations supplémentaires que les opérateurs économiques doivent fournir aux autorités douanières pour les produits entrant sur le marché de l’Union ou quittant celui-ci. Ces informations peuvent comprendre des détails permettant d’identifier le produit, le fabricant ou le producteur et les fournisseurs du produit. À cet égard, la Commission publiera des lignes directrices supplémentaires pour accompagner les actes délégués, conformément à l’article 11, point d), du règlement.
L’identification des produits faisant l’objet de l’interdiction du travail forcé peut également être étayée par des informations échangées entre la Commission et les autorités compétentes (119).
5.1.4. Suspension de la mise en libre pratique des produits et notification aux autorités compétentes
Les autorités douanières doivent suspendre la mise en libre pratique ou l’exportation d’un produit (120) si, dans le cadre de leur système de gestion des risques, elles déterminent qu’un produit entrant sur le marché de l’Union ou quittant celui-ci pourrait, conformément à une décision communiquée en vertu de l’article 26, paragraphe 3, violer l’interdiction prévue à l’article 3 du règlement.
Les autorités douanières doivent immédiatement notifier la suspension aux autorités compétentes de leur État membre et leur transmettre toute information utile leur permettant d’établir si les produits concernés sont couverts par une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé.
Les conditions applicables aux produits pendant la suspension de leur mise en libre pratique ou de leur exportation, y compris leur stockage et toute mesure liée à un refus de mainlevée, sont déterminées par les autorités douanières, le cas échéant, conformément au code des douanes de l’Union (121).
Les autorités compétentes doivent en principe parvenir à une conclusion dans les délais applicables. Lorsque cela est nécessaire et dûment justifié, les autorités compétentes peuvent demander aux autorités douanières de maintenir la suspension afin de leur permettre de fournir une évaluation correcte du produit suspendu par les autorités douanières (122). Tel peut être le cas lorsque, pour conclure à une suspension, les autorités compétentes devraient procéder à un examen plus approfondi des documents accompagnant les produits ou à un réexamen du produit, ou contacter l’opérateur économique. Ce dernier cas de figure peut se présenter si une décision prévoit une dérogation à la mise hors circuit ou si un produit est interdit en raison de parties remplaçables, avec une injonction exigeant des opérateurs économiques qu’ils mettent hors circuit ces pièces spécifiques.
Au cours de cette période, les autorités douanières ne mettront pas les produits concernés en libre pratique ou en vue de leur exportation dans l’attente de l’évaluation par les autorités compétentes ou de l’expiration des délais applicables.
Dans le cadre du réexamen effectué par les autorités compétentes pendant la période de suspension du produit et avant qu’une conclusion ne soit tirée et communiquée aux autorités douanières qui entraînerait le refus des produits et, corrélativement, leur mise hors circuit, un opérateur économique peut, sous réserve de l’accord des autorités douanières et des autorités compétentes, demander que le produit soit placé sous un autre régime douanier afin de permettre le remplacement ou la modification des parties du produit qui ne sont pas conformes au règlement.
5.1.5. Mise en libre pratique ou exportation
Lorsque les autorités compétentes concluent qu’un produit qui leur a été notifié à la suite d’une suspension ne fait pas l’objet d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé, elles doivent immédiatement saisir cette information dans l’ICSMS et en informer les autorités douanières. Une fois qu’une telle décision a été communiquée aux autorités douanières, celles-ci doivent mettre le produit en libre pratique ou l’exporter, pour autant que toutes les autres conditions de la mise en libre pratique soient remplies.
Les autorités douanières doivent également procéder à la mise en libre pratique ou à l’exportation d’un produit lorsque les autorités compétentes n’ont pas réagi à la notification visée à la section 5.1.4 dans les délais et conditions prévus par le règlement (123).
5.1.6. Refus, saisie et mise hors circuit (124)
Lorsque les autorités compétentes concluent qu’un produit qui leur a été notifié à la suite d’une suspension est issu du travail forcé en vertu d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé, elles doivent immédiatement saisir cette information dans l’ICSMS et en informer les autorités douanières. Une fois qu’une telle décision a été communiquée aux autorités douanières, celles-ci doivent procéder à la mise hors circuit; aucune modification ou réexportation (dans le cas de marchandises importées) n’est possible. Les autorités douanières doivent veiller à ce que le produit soit mis hors circuit conformément au droit de l’Union et au droit national applicables, dans le respect du droit de l’Union. Tout déchet résultant de la mise hors circuit sera également traité conformément au droit de l’Union et au droit national applicables. Les coûts liés à la mise hors circuit devront être supportés par l’opérateur économique conformément aux dispositions du code des douanes de l’Union.
À la demande d’une autorité compétente et sous sa responsabilité, les autorités douanières peuvent également saisir le produit et le mettre à la disposition et sous l’autorité de cette autorité compétente. Dans ce cas, l’autorité compétente doit veiller à ce que le produit soit mis hors circuit de la manière prévue dans le règlement (notamment en recyclant les produits ou, si cela est impossible, en les rendant inutilisables ou en faisant don dans le cas de produits périssables, le cas échéant).
5.2. Sanctions
Les autorités compétentes ont le devoir d’assurer la mise en œuvre effective, efficiente et uniforme du règlement dans l’ensemble de l’Union, y compris l’exécution des décisions. À cette fin, les États membres sont tenus d’établir des règles relatives aux sanctions financières (amendes), qui doivent être notifiées à la Commission au plus tard le 14 décembre 2026. Seules les autorités des États membres ont le pouvoir d’infliger des sanctions, y compris lorsque c’est la Commission qui a rendu une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé (125).
Le présent chapitre fournit des orientations sur la méthode de calcul des sanctions financières conformément à l’article 37, paragraphe 2, et sur les seuils applicables (126). Il convient de noter que les législations nationales peuvent inclure d’autres types de sanctions, à condition qu’elles soient conformes au droit de l’Union, y compris le règlement. En outre, lorsqu’elles calculent et imposent toute autre sanction, les autorités compétentes doivent veiller à ce qu’elle soit effective, proportionnée et dissuasive.
5.2.1. Motifs des sanctions
Aucune sanction n’est imposée en cas de violation de l’interdiction du travail forcé elle-même. Les sanctions sont imposées à tout opérateur économique qui ne se conforme pas à une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé. Concrètement, cela signifie que des sanctions s’appliqueront dans les cas suivants:
| — | la mise sur le marché des produits en question en violation d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé; |
| — | l’absence de retrait ou de mise hors circuit partielle ou totale des produits en cause, ou les deux; |
| — | le non-remplacement de la partie du produit faisant l’objet d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé; |
| — | la non-rétention des produits en cas d’injonction de rétention du produit en raison de son importance stratégique (section 4.8.4). |
5.2.2. Calcul des sanctions
L’article 37, paragraphe 2, du règlement définit certaines règles de base pour le calcul des sanctions. Dans ce cadre, les États membres disposent d’une certaine marge d’appréciation dans le choix de la manière de réglementer les sanctions et de les appliquer. Cela leur permet de définir des règles et des méthodes de calcul des sanctions qui sont appropriées pour leur cadre juridique et politique national, tout en garantissant l’application effective et uniforme du règlement au moyen d’un processus clair et suffisamment prévisible. Les États membres doivent tenir le plus grand compte des présentes lignes directrices lorsqu’ils élaborent leurs règles relatives au calcul des sanctions et doivent respecter l’article 37 du règlement ainsi que les principes généraux du droit de l’Union lorsqu’ils appliquent ces sanctions.
Bien que les sections suivantes ne recommandent aucune méthode de calcul spécifique, elles détaillent les règles énoncées à l’article 37, paragraphe 2, et les cinq étapes logiques à suivre pour calculer une sanction appropriée, légale et effective.
5.2.2.1.
Pour calculer une sanction, l’autorité compétente doit d’abord identifier le comportement de l’opérateur économique à l’origine du non-respect de la décision en question.
5.2.2.2.
La gravité et la durée du non-respect d’une décision établissant une violation de l’interdiction des produits issus du travail forcé sont les principaux facteurs qui seront pris en considération par l’autorité compétente (ou le juge national) lors du calcul du montant de base de la sanction.
Les éléments suivants sont les plus pertinents pour déterminer la gravité de la non-conformité:
| — | la mesure dans laquelle les produits interdits ont été retirés conformément à la décision (par exemple, en termes de quantités retirées et de respect des délais); |
| — | la mesure dans laquelle les produits ont été mis hors circuit conformément à la décision; |
| — | le caractère intentionnel ou négligent de la non-conformité, y compris le degré de négligence. |
La durée de la non-conformité est mesurée à partir de la date d’expiration du délai indiqué dans la décision. Les encadrés ci-dessous comprennent quelques exemples illustrant la manière dont cette étape de calcul peut s’appliquer concrètement.
Encadré no 1
Exemples de calcul du montant de base de la sanction
Publication de la communication d’une modification standard approuvée du cahier des charges d’une indication géographique conformément à l’article 5, paragraphe 4, du règlement délégué (UE) 2025/27 de la Commission 18/09/2026 Publication de la communication d’une modification standard approuvée du cahier des charges d’une indication géographique conformément à l’article 5, paragraphe 4, du règlement délégué (UE) 2025/27 de la Commission 17/09/2026 Publication de la communication d’une modification standard approuvée du cahier des charges d’une indication géographique conformément à l’article 5, paragraphe 4, du règlement délégué (UE) 2025/27 de la Commission 17/09/2026 Communication — 52026XC03097R(01) 15/09/2026Documents similaires