Communication52026XC04675

Communication de la Commission — Lignes directrices sur l’application de l’article 102 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne aux pratiques d’éviction abusives des entreprises dominantes

CELEX52026XC04675
TypeCommunication
Datemardi 1 septembre 2026

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/4675

9.9.2026

COMMUNICATION DE LA COMMISSION

Lignes directrices sur l’application de l’article 102 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne aux pratiques d’éviction abusives des entreprises dominantes

(C/2026/4675)

TABLE DES MATIÈRES

1.

Introduction 3

1.1.

Objet des lignes directrices 3

1.2.

Champ d’application et structure des lignes directrices 5

1.2.1.

Champ d’application 5

1.2.2.

Structure 6

2.

Principes généraux applicables à l’appréciation d’une position dominante 7

2.1.

Introduction 7

2.2.

Position dominante individuelle 8

2.2.1.

Position sur le marché de l’entreprise concernée et de ses concurrents 8

2.2.2.

Barrières à l’entrée ou à l’expansion 10

2.2.3.

Puissance d’achat compensatrice 12

2.2.4.

Marchés de l’après-vente 13

2.3.

Position dominante collective 14

2.3.1.

Position dominante collective fondée sur des liens structurels, contractuels ou d’une autre nature entre les entreprises concernées 14

2.3.2.

Position dominante collective fondée sur une coordination tacite 15

2.3.2.1.

Détermination des modalités de coordination 15

2.3.2.2.

Capacité de contrôler le respect des modalités de la coordination 16

2.3.2.3.

Existence d’un mécanisme de dissuasion crédible 16

2.3.2.4.

Stabilité externe — absence de contraintes exercées par des concurrents actuels ou potentiels et absence de puissance d’achat compensatrice des clients 16

3.

Principes généraux permettant de déterminer si le comportement d’une entreprise dominante fausse la concurrence effective 16

3.1.

Introduction 16

3.2.

Comportement s’écartant de la concurrence par les mérites 19

3.2.1.

Notion d’écart par rapport à la concurrence par les mérites 19

3.2.2.

Facteurs pertinents pour établir que le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites 19

3.3.

Capacité de produire des effets d’éviction 21

3.3.1.

Notion d’effets d’éviction 21

3.3.2.

Nature de l’analyse des effets d’éviction à appliquer 22

3.3.2.1.

Pratiques tarifaires 23

3.3.2.2.

Pratiques non tarifaires 24

3.3.2.3.

Pratiques multiformes 25

3.3.3.

Lien de causalité 25

3.3.4.

Éléments susceptibles d’être pertinents pour l’appréciation de la capacité d’un comportement de produire des effets d’éviction 27

4.

Principe à appliquer pour déterminer si certains types de comportements faussent la concurrence effective 29

4.1.

Introduction 29

4.2.

Prix prédateurs 29

4.3.

Compression des marges 33

4.4.

Rabais non subordonnés à l’exclusivité 36

4.5.

Accords exclusifs 39

4.6.

Ventes liées et ventes groupées 43

4.7.

Restrictions d’accès 47

4.8.

Refus de fourniture 48

4.9.

Traitement plus favorable appliqué par l’entreprise dominante à ses propres produits (autofavoritisme) 50

4.10.

Comportement qui, par sa nature même, est nuisible pour la concurrence 52

5.

Principes généraux applicables à l’appréciation de justifications objectives 53

5.1.

Introduction 53

5.2.

Moyen de défense fondé sur une nécessité objective 54

5.3.

Moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité 56

5.3.1.

Principes généraux 56

5.3.2.

Gains d’efficacité vérifiables 58

5.3.3.

Part équitable pour les consommateurs 60

5.3.4.

Caractère indispensable du comportement de l’entreprise dominante 61

5.3.5.

Absence d’élimination d’une concurrence effective 62

6.

Observations finales 63

1. INTRODUCTION

1.1. Objet des lignes directrices

1.

Les règles de concurrence de l’Union européenne protègent une concurrence réelle, non faussée et effective dans le marché intérieur (ci-après la «concurrence effective»). Une concurrence effective incite les acteurs du marché à fournir aux consommateurs les meilleurs résultats du marché du point de vue des prix, du choix, de la qualité et de l’innovation du produit (1). Elle garantit que les marchés restent ouverts et dynamiques et assurent des conditions de concurrence équitables aux acteurs innovants, notamment aux start-up et aux petites et moyennes entreprises (PME), de sorte qu’ils puissent saisir de nouvelles possibilités et concurrencer les acteurs établis. Elle stimule également l’innovation et garantit une allocation efficace des ressources, contribuant ainsi au développement durable et rendant possibles des chaînes d’approvisionnement fortes et diversifiées, ce qui concourt à la résilience et à la prospérité à long terme de l’Union européenne.

2.

L’article 102 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (ci-après le «TFUE») n’empêche pas une entreprise d’acquérir, par ses propres mérites, et notamment en raison de ses compétences et de ses capacités, une position dominante sur un marché donné (2). Toutefois, cette disposition a pour objectif d’éviter que la concurrence ne soit faussée au détriment de l’intérêt général, des autres acteurs du marché et, en fin de compte, des consommateurs (3). L’atteinte à la concurrence causée par comportement abusif des entreprises dominantes peut prendre diverses formes, telles que des prix plus élevés, une dégradation de la qualité des produits (4), un recul de l’innovation (5) ou une limitation du choix du consommateur (6).

3.

C’est pour remédier à ces formes d’atteinte à la concurrence que l’article 102 du TFUE impose aux entreprises dominantes une responsabilité particulière de ne pas fausser la concurrence effective (7).

4.

Compte tenu de la concentration croissante du marché dans divers secteurs et de la numérisation de l’économie de l’Union européenne, qui rend de plus en plus fréquents les importants effets de réseau (8) et la dynamique du gagnant qui remporte tout («winner-takes-all») (9), il importe que l’article 102 du TFUE soit appliqué avec vigueur et efficacité (10). Il est tout aussi important que l’article 102 du TFUE soit appliqué de manière prévisible et transparente afin que les entreprises puissent exercer librement leurs activités dans le marché intérieur, dans les limites fixées par la législation de l’Union européenne, compte tenu également de l’application décentralisée de l’article 102 du TFUE (11).

5.

Conformément à la jurisprudence des juridictions de l’Union (12), l’article 102 du TFUE s’applique à toutes les pratiques des entreprises dominantes susceptibles de causer un préjudice direct ou indirect au bien-être des consommateurs intermédiaires et finals (13), y compris aux pratiques susceptibles de causer un préjudice aux consommateurs en portant atteinte à une structure de concurrence effective (14).

6.

En particulier, les entreprises dominantes peuvent causer préjudice au bien-être des consommateurs en faisant obstacle, par le recours à des moyens différents de ceux qui gouvernent une compétition normale, au maintien du degré de concurrence existant sur le marché ou au développement de cette concurrence (15). Un tel comportement, s’il n’est pas objectivement justifié, est dénommé ci-après «pratique d’éviction abusive» (16).

7.

Dans ce contexte, les présentes lignes directrices énoncent des principes et des orientations pratiques permettant d’apprécier si le comportement des entreprises dominantes constitue une pratique d’éviction abusive au titre de l’article 102 du TFUE, à la lumière de la jurisprudence des juridictions de l’Union et de la pratique décisionnelle de la Commission fondée sur cette jurisprudence. La Commission entend ainsi renforcer la sécurité juridique et aider les entreprises à apprécier elles-mêmes si leur comportement constitue une pratique d’éviction abusive.

8.

De manière générale, les présentes lignes directrices exposent l’état actuel de la jurisprudence des juridictions de l’Union européenne. Toutefois, la Commission cherche également à expliquer sa position sur des questions qui n’ont pas encore été abordées dans la jurisprudence ou qui sont sujettes à interprétation. Ces explications sont sans préjudice de l’interprétation que les juridictions de l’Union européenne pourraient faire de ces dispositions à l’avenir. La Commission continuera à développer sa pratique en tenant compte de l’évolution de la jurisprudence (17), de la théorie économique, de l’évolution des marchés et de la dynamique de la concurrence. Bien qu’elles ne soient pas contraignantes à leur égard, les présentes lignes directrices peuvent également guider les juridictions nationales, sans préjudice de la possibilité, pour celles-ci, de poser des questions préjudicielles d’interprétation en vertu de l’article 267 du TFUE, ainsi que les autorités nationales de concurrence des États membres dans l’application de l’article 102 du TFUE.

1.2. Champ d’application et structure des lignes directrices

1.2.1. Champ d’application

9.

Les principes généraux énoncés dans les présentes lignes directrices doivent être appliqués aux faits et circonstances propres à chaque cas. Les pratiques énumérées à l’article 102 du TFUE n’épuisent pas les modes d’exploitation abusive de position dominante interdits par le droit de l’Union européenne (18). Étant donné le nombre élevé de types de pratiques d’éviction abusives possibles de la part des entreprises dominantes, ainsi que le large éventail de conditions de marché dans lesquelles ces pratiques peuvent être mises en œuvre, il n’est pas possible d’apporter des orientations adaptées à chaque scénario envisageable.

10.

Bien que les présentes lignes directrices ne concernent que les pratiques d’éviction abusives, les principes applicables à l’appréciation d’une position dominante (section 2) et à l’appréciation des justifications objectives (section 5) sont également pertinents pour l’appréciation d’autres formes de comportement abusif, dont les comportements d’exploitation des entreprises dominantes qui causent un préjudice direct aux consommateurs par l’imposition de conditions commerciales déloyales ou de prix excessifs. Pour éviter toute ambiguïté, un même comportement d’une entreprise dominante peut avoir à la fois des effets d’éviction et des effets d’exploitation.

11.

Les présentes lignes directrices sont sans préjudice de l’application d’autres dispositions du droit de la concurrence de l’Union européenne aux mêmes faits, en particulier l’article 101 du TFUE et les règles relatives à son application (19).

12.

L’article 102 du TFUE peut également s’appliquer à des comportements des entreprises dominantes qui relèvent d’autres réglementations de l’Union européenne ou nationales (20). Le fait qu’il ait été constaté que le comportement d’une entreprise dominante a enfreint une autre législation n’exclut pas que, sous certaines conditions, cette même entreprise puisse, pour le même comportement, être sanctionnée pour une infraction à l’article 102 du TFUE (21). De même, le fait que le comportement d’une entreprise ait été jugé conforme à une autre législation n’exclut pas que cette même entreprise puisse, pour le même comportement, être sanctionnée pour une violation de l’article 102 du TFUE (22).

1.2.2. Structure

13.

Pour déterminer si une entreprise a enfreint l’article 102 du TFUE, il est nécessaire de suivre les étapes ci-après. Premièrement, il est nécessaire d’apprécier si l’entreprise concernée détient une position dominante sur le ou les marchés en cause. Deuxièmement, il est nécessaire d’apprécier si le comportement de l’entreprise dominante fausse la concurrence effective. Troisièmement, il peut être nécessaire d’apprécier si le comportement est objectivement justifié.

14.

En conséquence, les présentes lignes directrices sont structurées comme suit:

la section 2 décrit les principes généraux applicables à l’appréciation d’une position dominante;

la section 3 décrit les principes généraux utilisés pour déterminer si le comportement d’une entreprise dominante fausse la concurrence effective;

la section 4 décrit les principes utilisés pour déterminer si certains comportements d’entreprises dominantes en particulier faussent la concurrence effective;

la section 5 décrit les principes généraux applicables à l’appréciation des justifications objectives qui, sous certaines conditions, peuvent justifier ou contrebalancer les effets d’un comportement qui fausse la concurrence effective.

15.

Enfin, par souci d’exhaustivité, il convient de garder à l’esprit qu’un comportement qui n’est pas susceptible d’affecter sensiblement le commerce entre États membres ne relève pas de l’article 102 du TFUE. La Commission a fourni des orientations sur l’appréciation de l’affectation du commerce dans les lignes directrices relatives à la notion d’affectation du commerce (23).

2. PRINCIPES GÉNÉRAUX APPLICABLES À L’APPRÉCIATION D’UNE POSITION DOMINANTE

2.1. Introduction

16.

Une position dominante concerne une position de puissance économique détenue par une entreprise qui lui donne le pouvoir de faire obstacle au maintien d’une concurrence effective sur le marché en cause (24) en lui fournissant la possibilité de comportements indépendants dans une mesure appréciable vis-à-vis de ses concurrents, de ses clients et, finalement, des consommateurs (25). Tant les fournisseurs que les acheteurs d’un produit peuvent détenir une position dominante. L’article 102 du TFUE s’applique non seulement aux entreprises qui détiennent une position dominante par rapport à leurs clients (c’est-à-dire en leur qualité de fournisseur), mais aussi à celles qui détiennent une position dominante par rapport à leurs fournisseurs (c’est-à-dire du côté de l’acheteur) (26).

17.

L’existence d’une concurrence sur un marché donné n’exclut pas la constatation d’une position dominante (27). En conséquence, le fait qu’un certain degré de concurrence puisse exister sur un marché est une circonstance pertinente, mais non déterminante, pour établir l’existence d’une position dominante (28).

18.

La définition du marché en cause constitue, en principe, un préalable à l’établissement de l’existence d’une position dominante (29). La communication sur la définition du marché en cause fournit des orientations sur les règles, les critères et les éléments de preuve que la Commission utilise pour définir les marchés (30). La définition du marché est un outil qui permet de structurer et de faciliter l’appréciation concurrentielle, notamment dans les cas où il convient d’apprécier le pouvoir de marché. Elle suppose d’identifier de manière systématique les contraintes concurrentielles effectives et immédiates exercées sur les entreprises concernées lorsqu’elles proposent des produits sur un territoire donné. Lorsqu’elle définit le marché en cause, la Commission peut devoir tenir compte du fait que les entreprises concernées exercent déjà un pouvoir de marché (31). La définition du marché en cause et l’appréciation de la question de savoir si les entreprises concernées détiennent une position dominante sur ce marché sont donc liées. Il peut également être nécessaire d’adapter l’approche de la définition du marché en fonction du problème de concurrence examiné (32)

19.

Position dominante et pouvoir de marché (33) sont des notions étroitement liées, mais elles ne se confondent pas. La position dominante est une notion binaire, ce qui signifie que les entreprises sont dominantes ou non sur un marché donné à un moment donné. Le pouvoir de marché, en revanche, est une notion graduelle, en ce sens que les entreprises (qu’elles soient dominantes ou non) peuvent détenir différents degrés de pouvoir de marché. L’appréciation de la position dominante est fondée sur les facteurs énoncés aux sections 2.2 et 2.3. Une fois l’existence d’une position dominante établie, le degré exact de pouvoir de marché de l’entreprise dominante n’est pas décisif pour déterminer l’applicabilité de l’article 102 du TFUE. Le degré de pouvoir de marché peut cependant être pertinent, parmi d’autres facteurs, aux fins d’analyser si le comportement de l’entreprise concernée est susceptible de produire des effets d’éviction (34).

20.

Une position dominante peut être détenue par une seule entreprise (position dominante individuelle. ou par deux entreprises ou plus (position dominante collective, comme expliqué ci-après.

2.2. Position dominante individuelle

21.

Une position dominante individuelle concerne une situation dans laquelle une seule entreprise a la possibilité de se comporter de manière indépendante dans une mesure appréciable vis-à-vis de ses concurrents, de ses clients et, finalement, des consommateurs sur le marché en cause (35).

22.

L’existence d’une position dominante résulte en général de la réunion de plusieurs facteurs qui, pris isolément, ne seraient pas nécessairement déterminants (36). Les sous-sections suivantes illustrent, de manière non exhaustive ni cumulative, certains de ces facteurs (37). D’autres facteurs peuvent être pertinents pour l’appréciation d’une position dominante, en fonction des circonstances spécifiques à chaque espèce (38).

2.2.1. Position sur le marché de l’entreprise concernée et de ses concurrents

23.

L’analyse de la position sur le marché de l’entreprise concernée et de ses concurrents au cours de la période considérée (39) fournit un aperçu des contraintes auxquelles cette entreprise est confrontée du fait de la concurrence actuelle sur le marché de produit et le marché géographique en cause.

24.

La part de marché de l’entreprise concernée est un facteur important. La détention d’une part de marché extrêmement importante pendant une période suffisamment durable (40) constitue par elle-même, sauf circonstances exceptionnelles, la preuve de l’existence d’une position dominante (41). Tel est notamment le cas lorsqu’une entreprise détient une part de marché égale ou supérieure à 50 % (42). Une position dominante peut également être constatée lorsqu’une entreprise détient une part de marché inférieure à 50 % (43). Dans ce cas, des facteurs autres que la part de marché de l’entreprise concernée, tels que le poids économique et le nombre de ses concurrents, sont particulièrement pertinents (44). Sur la base de l’expérience de la Commission, il est, d’une manière générale, peu probable que l’entreprise concernée détienne une position dominante si sa part de marché est inférieure à 40 %. Toutefois, l’existence d’une position dominante peut tout de même être constatée quand la part de marché est inférieure à 40 %, par exemple lorsque les clients dépendent généralement de l’entreprise concernée ou lorsque les entreprises concurrentes sont confrontées à de fortes limitations de capacité (45).

25.

La Commission calcule les parts de marché sur la base de l’indicateur ou des indicateurs qui traduisent le mieux le pouvoir de marché des entreprises sur le marché en cause et sur une période de référence qui permet de faire ressortir les caractéristiques du marché en cause (46). Par exemple, la valeur ou le volume des ventes ou des achats peuvent fournir des informations utiles à cet égard, mais, en fonction des circonstances de l’espèce, il est possible que d’autres indicateurs rendent mieux compte du pouvoir de marché des entreprises (47).

26.

Il est également important de comparer la part de marché de l’entreprise concernée à celles de ses concurrents (48). Par exemple, lorsque l’entreprise concernée détient une part de marché beaucoup plus importante que celle de ses concurrents, il s’agit d’un facteur pertinent pour apprécier si l’entreprise concernée détient une position dominante (49).

27.

Il convient d’interpréter les parts de marché à la lumière des conditions du marché en cause, de la dynamique de celui-ci et de la mesure dans laquelle les produits sont différenciés. En particulier, il y a souvent lieu de tenir compte de l’évolution des parts de marché au fil du temps (50). Sur les marchés à croissance rapide caractérisés par des cycles d’innovation courts, des parts de marché élevées peuvent être un indicateur moins utile de la position dominante, étant donné que ces parts peuvent s’avérer éphémères (51). Toutefois, des parts de marché élevées qui restent stables au fil du temps peuvent quand même constituer un indicateur fiable de l’existence d’une position dominante même sur ce type de marchés (52).

28.

Sur les marchés où il existe des investissements fréquents et importants dans la recherche et développement (ci-après la «R&D»), le niveau des dépenses de R&D ou le nombre de brevets ou de citations de brevets peuvent être utilisés comme critères mesurables pour apprécier la position de l’entreprise concernée sur le marché (53).

2.2.2. Barrières à l’entrée ou à l’expansion

29.

Le deuxième facteur pertinent pour établir l’existence d’une position dominante est l’existence de barrières à l’entrée ou à l’expansion sur le marché qui entravent l’accès au marché des concurrents potentiels ou la possibilité pour les concurrents actuels d’étendre leurs activités sur le marché (54). La facilité d’entrée ou d’expansion sur un marché limite la possibilité de comportements indépendants d’une entreprise sur ce marché. Par exemple, la fixation de prix au-dessus du niveau concurrentiel susciterait l’entrée ou l’expansion de concurrents. À l’inverse, l’existence de barrières à l’entrée ou à l’expansion accroît la capacité de l’entreprise concernée d’adopter un comportement indépendant et d’exercer un pouvoir de marché.

30.

Les barrières à l’entrée ou à l’expansion peuvent être dues à divers facteurs. Les barrières juridiques et réglementaires peuvent comprendre, par exemple, les droits de douane ou les contingents, les règlements en matière d’aménagement du territoire (55), les conditions d’octroi de licences et d’autorisations (56), les monopoles légaux (57) et les droits de propriété intellectuelle (58). D’autres barrières à l’entrée ou à l’expansion (59) peuvent découler de certains avantages, tels que: i) un réseau de distribution et de vente bien établi (60), ii) les économies d’échelle (61) et de gamme (62), iii) une intégration verticale et un accès exclusif ou préférentiel aux intrants ou aux clients (63), iv) l’accès aux matières premières critiques (64), v) l’inertie des clients ou d’autres acteurs du marché (65), vi) l’image de marque et les effets de marque (66), vii) l’existence de l’avantage dit du «premier arrivant» (67), viii) le recrutement et la rétention de talents (68) et ix) la puissance financière et la capacité d’acquérir des concurrents et des innovateurs (69).

31.

Les avantages tirés des données (70) sont eux aussi susceptibles de créer des barrières à l’entrée et à l’expansion. Ces avantages peuvent résider, par exemple, dans l’accès à des données uniques ou non reproductibles, dans la concentration de données et dans des économies d’échelle et de gamme liées aux données, tels que les effets de réseau fondés sur les données. Ils peuvent également découler de la capacité de traiter et d’utiliser efficacement les données. Cette capacité peut, par exemple, constituer un atout dans le contexte du développement de l’intelligence artificielle, où il est essentiel d’avoir accès à de vastes ensembles de données de haute qualité et de disposer de la capacité de calcul nécessaire pour les analyser.

32.

D’autres facteurs susceptibles de créer des barrières à l’entrée ou à l’expansion sont les besoins importants d’investissements initiaux et les coûts irrécupérables élevés (71), les effets de verrouillage (72), ainsi que les autres coûts et obstacles auxquels les clients sont confrontés lorsqu’ils se tournent vers un concurrent (73), y compris les biais comportementaux (74).

33.

Par exemple, dans l’économie des plateformes en ligne et dans d’autres secteurs, tels que celui des systèmes de paiement, les effets de réseau peuvent créer des barrières à l’entrée ou à l’expansion, car il peut être plus difficile pour les concurrents d’attirer une masse critique d’utilisateurs. En cas d’effets de réseau directs (75), la volonté des utilisateurs d’adopter un nouveau produit dépend de celle des autres utilisateurs du même groupe d’en faire de même. En cas d’effets de réseau indirects, la volonté d’un groupe d’utilisateurs d’adopter un nouveau produit dépend de celle d’un autre groupe d’utilisateurs d’en faire de même. Cela peut placer un entrant sur le marché dans la position difficile d’avoir à attirer un nombre suffisant d’utilisateurs dans l’un des deux groupes, ou dans les deux, selon le cas (76). Les barrières à l’entrée résultant des effets de réseaux peuvent être plus élevées lorsque les utilisateurs utilisent une seule plateforme («hébergement simple») que lorsqu’ils en utilisent plusieurs («multihébergement»), car, dans ce cas, un nouvel entrant doit persuader les utilisateurs de passer complètement à une nouvelle plateforme (77).

34.

Des effets de réseau peuvent également apparaître dans le contexte d’écosystèmes numériques de plateformes, de services ou de produits interconnectés (78). En plus des effets de réseau, ces écosystèmes peuvent présenter d’autres barrières à l’entrée ou à l’expansion résultant de la captivité des utilisateurs, de coûts de transfert élevés ou d’avantages tirés des données qui peuvent concerner plusieurs produits (79). L’entrée ou l’expansion de concurrents peut dont s’avérer particulièrement difficile lorsqu’une entreprise a acquis une ou plusieurs positions dominantes sur des marchés faisant partie d’un écosystème.

35.

Lorsque l’entreprise concernée détient une part de marché élevée pendant une période prolongée, cela peut en soi constituer un indice de l’existence de barrières à l’entrée ou à l’expansion (80).

2.2.3. Puissance d’achat compensatrice

36.

Des contraintes concurrentielles peuvent être exercées non seulement par des concurrents actuels ou potentiels de l’entreprise concernée, mais aussi par des clients disposant d’une puissance d’achat compensatrice (81). Une puissance d’achat compensatrice peut limiter la capacité d’une entreprise, même détenant une part de marché élevée, d’agir dans une mesure appréciable indépendamment de ses clients (82).

37.

La puissance d’achat peut résulter de la taille des clients ou de leur importance commerciale pour l’entreprise concernée. La puissance d’achat compensatrice diffère du pouvoir de négociation au sens général, qui désigne la capacité d’influencer favorablement le résultat d’une négociation (83). La puissance d’achat compensatrice désigne la capacité des clients de se tourner rapidement vers des fournisseurs concurrents, de favoriser l’entrée de nouveaux acteurs ou de procéder à une intégration verticale, ou à tout le moins à menacer de manière crédible prendre de telles mesures. Si la puissance d’achat compensatrice est d’une ampleur suffisante, elle peut dissuader ou empêcher toute tentative de l’entreprise concernée d’exercer un pouvoir de marché. Toutefois, la puissance d’achat qui se limite à protéger un segment particulier ou restreint de la clientèle du pouvoir de marché de l’entreprise concernée ne saurait être considérée comme une pression effective suffisante pour exclure l’existence d’une position dominante (84). La probabilité d’une puissance d’achat compensatrice est moindre lorsque l’entreprise concernée est confrontée à un grand nombre d’acheteurs dispersés (85) ou lorsque le changement de fournisseur pose d’importantes difficultés (86) ou encore lorsque les acheteurs risqueraient de perdre une part importante de leur activité s’ils devaient cesser de vendre les produits de l’entreprise concernée (87).

2.2.4. Marchés de l’après-vente

38.

Les marchés de l’après-vente sont les marchés de la fourniture de produits utilisés en lien avec un produit généralement relativement durable qui a été acquis précédemment. Ce dernier est dénommé «produit primaire» (et le marché de ce produit est appelé le «marché primaire») Les produits complémentaires utilisés en lien avec les produits primaires sont dénommés «produits secondaires» (et le marché de ces produits est appelé le «marché de l’après-vente» (88). Une entreprise peut être dominante sur un marché primaire, sur un marché de l’après-vente ou sur les deux.

39.

Lors de l’appréciation de l’existence d’une position dominante sur les marchés de l’après-vente, il y a lieu d’examiner s’il existe des contraintes concurrentielles spécifiques susceptibles d’avoir une incidence sur cette appréciation. Cela peut notamment être le cas lorsque le marché de l’après-vente comprend des produits secondaires associés à une marque spécifique du produit primaire, en raison, entre autres, d’un manque de compatibilité avec d’autres produits primaires (89). Dans ce scénario, le fabricant du produit primaire détient souvent une position forte sur le marché du produit secondaire qui est utilisé conjointement avec son produit primaire. Malgré cela, dans certaines circonstances, il est possible qu’une concurrence effective sur le marché primaire régule le pouvoir de marché potentiellement détenu sur le marché de l’après-vente par le fabricant du produit primaire. En pareil cas, il convient donc généralement d’analyser l’interdépendance du marché primaire et du marché de l’après-vente (90). Pour pouvoir conclure que le marché primaire et le marché de l’après-vente sont interdépendants et qu’une concurrence effective sur le marché primaire régule le pouvoir de marché sur le marché de l’après-vente (et exclut toute position dominante sur celui-ci), il faut que les quatre conditions ci-après soient remplies cumulativement (91):

a)

les consommateurs peuvent faire un choix éclairé, y compris en ce qui concerne les prix pendant la durée de vie du produit, entre les différents fournisseurs sur le marché primaire;

b)

il est probable que le consommateur fasse un tel choix éclairé;

c)

si une politique apparente d’exploitation (92) (telle qu’une forte augmentation des prix ou une autre forme de détérioration des conditions de fourniture. devait être poursuivie sur le marché de l’après-vente, un nombre suffisant de consommateurs adapterait son comportement d’achat sur le marché primaire;

d)

les clients adapteraient leur comportement d’achat dans un délai raisonnable.

40.

Si l’une de ces quatre conditions n’est pas remplie, la concurrence sur le marché primaire ne restreint pas suffisamment le pouvoir de marché sur le marché de l’après-vente. Toutefois, cela ne signifie pas nécessairement que le fabricant du produit primaire détient une position dominante sur le marché de l’après-vente. Pour que l’existence d’une position dominante sur le marché de l’après-vente puisse être établie dans un tel scénario, il est nécessaire de procéder à une appréciation fondée sur les autres facteurs énoncés à la section 2.2.

2.3. Position dominante collective

41.

Une situation de position dominante collective fait référence à une situation dans laquelle deux ou plusieurs entreprises, juridiquement indépendantes l’une de l’autre, se présentent ou agissent ensemble, d’un point de vue économique, sur un marché spécifique et ont la possibilité d’adopter des comportements indépendants dans une mesure appréciable vis-à-vis de leurs concurrents, de leurs clients et, finalement, des consommateurs (93).

42.

Il peut y avoir position dominante collective sans que la concurrence entre les entreprises concernées soit totalement éliminée ou que les entreprises concernées adoptent un comportement identique sur le marché à tous égards (94). Il s’ensuit que l’abus présumé ne doit pas nécessairement être le fait de toutes les entreprises qui détiennent une position dominante. Il suffit que le comportement constitutif d’un abus puisse être identifié comme l’une des manifestations de la détention d’une telle position dominante collective (95).

43.

Pour établir l’existence d’une position dominante collective, il y a lieu d’examiner les liens ou facteurs économiques qui créent une corrélation entre les entreprises concernées et leur permettent d’agir ensemble et d’adopter une même ligne d’action indépendamment de leurs concurrents, de leurs clients et des consommateurs (96).

44.

L’existence d’un accord ou de liens structurels entre les entreprises n’est pas indispensable pour établir l’existence d’une position dominante collective (97). L’existence d’une position dominante collective peut également résulter d’une coordination tacite sur des marchés oligopolistiques.

2.3.1. Position dominante collective fondée sur des liens structurels, contractuels ou d’une autre nature entre les entreprises concernées

45.

Une position dominante collective peut résulter de l’existence, entre les entreprises concernées, de liens structurels, contractuels ou d’une autre nature qui leur permettent de se présenter ou d’agir ensemble, sur un marché spécifique, comme une entité collective à l’égard de leurs concurrents, de leurs clients et, finalement, des consommateurs (98).

46.

La corrélation nécessaire entre les entreprises concernées peut résulter de la nature et des termes d’un accord entre elles ou de la mise en œuvre d’un tel accord, ou elle peut résulter de liens structurels ou d’une autre nature (tels que des liens personnels), à condition que ces liens conduisent les entreprises à se présenter ou à agir ensemble comme une entité collective (99). Tel pourrait être le cas si des entreprises ont conclu des accords de coopération les conduisant à coordonner leurs activités sur le marché, ou si des participations croisées, des participations dans des entreprises communes, des interpénétrations au niveau des conseils d’administration (100) ou d’autres liens juridiques conduisent les entreprises concernées à se coordonner.

47.

Une fois établi que les entreprises concernées se présentent ou agissent ensemble comme une entité collective, l’appréciation de la position dominante repose essentiellement sur les mêmes facteurs que l’appréciation de l’existence d’une position dominante individuelle (101). Une position dominante collective fondée sur l’existence de liens structurels ou d’une autre nature entre les entreprises concernées peut être soit horizontale, détenue par des entreprises actives au même niveau de la chaîne d’approvisionnement ou de distribution, soit verticale, détenue par des entreprises se situant à différents niveaux de celle-ci (102).

2.3.2. Position dominante collective fondée sur une coordination tacite

48.

L’existence d’une position dominante collective peut également résulter d’autres facteurs de corrélation, et exiger une appréciation économique de la structure et des caractéristiques du marché en cause (103) et de la manière dont les entreprises en question interagissent sur le marché. Cela signifie que, lorsque les caractéristiques du marché facilitent l’adoption d’une même ligne d’action par les entreprises concernées, on peut conclure à l’existence d’une position dominante collective sans que ne soient établis d’accord ou de liens structurels (104). L’article 102 du TFUE n’a été appliqué que rarement à l’égard d’entreprises détenant une position dominante collective fondée sur une coordination tacite, mais son application peut se justifier dans certaines situations (105).

49.

Les sous-sections qui suivent décrivent les quatre facteurs pertinents pour établir l’existence d’une position dominante collective sur la base d’une coordination (tacite. entre les entreprises concernées (106). L’analyse de ces facteurs ne devrait pas être effectuée mécaniquement et de manière isolée et abstraite, mais devrait tenir compte du mécanisme global d’une hypothétique coordination tacite, y compris en ce qui concerne le comportement abusif présumé lui-même (107).

2.3.2.1. Détermination des modalités de coordination

50.

La probabilité d’une coordination tacite est plus forte si les concurrents peuvent facilement parvenir à une perception commune de la manière dont doit fonctionner la coordination, notamment des paramètres susceptibles de faire l’objet de la coordination (108). Moins l’environnement économique est complexe et instable, plus il est facile pour les entreprises de se mettre d’accord sur les conditions de la coordination. La réponse à la question de savoir si un marché est propice à la coordination dépend des caractéristiques du marché en cause (109). La coordination peut être facilitée entre des entreprises fortement similaires en termes, par exemple, de parts de marché (110), de structures de coûts, de capacités de production, d’offre de produits (du point de vue des prix ou de la qualité, par exemple, de positionnement sur le marché (de degré de reconnaissance de la marque, par exemple. et de degré d’intégration verticale (111). Toutefois, en fonction des caractéristiques du marché, une coordination tacite peut également être possible dans des conditions économiques plus complexes. Par exemple, des entreprises qui ne présentent pas de telles similitudes peuvent quand même parvenir à un accord sur les modalités de la coordination lorsque le mécanisme de coordination suppose de suivre l’entreprise leader du marché (112). De plus, les algorithmes fournis par les plateformes en ligne ou par des tiers sont susceptibles de faciliter la coordination tacite, même dans des marchés caractérisés par des asymétries entre les entreprises concernées.

2.3.2.2. Capacité de contrôler le respect des modalités de la coordination

51.

Les entreprises concernées doivent avoir les moyens de savoir si la ou les autres entreprises adoptent et maintiennent la même stratégie (113). Le degré de visibilité devrait, dès lors, être suffisant pour permettre aux entreprises concernées d’être au courant de l’évolution du comportement sur le marché des autres entreprises concernées. Cela permet à l’autre ou aux autres entreprises concernées de repérer facilement tout écart par rapport au point de convergence et d’y réagir. Si les marchés sont transparents, la visibilité est grande. Toutefois, l’utilisation de l’intelligence artificielle et d’algorithmes peut également améliorer la visibilité de marchés qui, autrement, seraient moins transparents.

2.3.2.3. Existence d’un mécanisme de dissuasion crédible

52.

Pour que la coordination puisse se maintenir dans la durée, il doit exister une incitation, pour chaque entreprise concernée, à ne pas s’écarter de celle-ci sur le marché (114). Tel peut être le cas lorsque chaque entreprise sait que toute action concurrentielle de sa part destinée à accroître sa part de marché provoquerait une action similaire de la part des autres, de sorte qu’elle ne retirerait aucun avantage de son initiative (115). La coordination ne peut se maintenir que si les conséquences d’un écart sont suffisamment crédibles et opportunes pour convaincre les entreprises qui prennent part à la coordination qu’il est dans leur intérêt de ne pas s’écarter de la ligne d’action commune. La simple existence d’un mécanisme de dissuasion crédible suffit, sans qu’il soit nécessaire d’apporter la preuve d’une menace ou d’un recours effectif à un mécanisme de représailles (116). De plus, la perspective d’un retour à des conditions de concurrence normales pourrait être suffisamment dissuasive pour réduire les incitations des entreprises concernées à s’écarter des modalités de la coordination (117).

2.3.2.4. Stabilité externe — absence de contraintes exercées par des concurrents actuels ou potentiels et absence de puissance d’achat compensatrice des clients

53.

Pour que la coordination réussisse, il ne faut pas que la réaction de concurrents actuels ou potentiels ou des clients puisse compromettre les résultats attendus de la coordination (118). En d’autres termes, la pression concurrentielle exercée par les concurrents ou la puissance d’achat compensatrice exercée par les clients ne doivent pas être d’une ampleur telle qu’elles feraient échouer la coordination mise en place par les entreprises concernées.

3. PRINCIPES GÉNÉRAUX PERMETTANT DE DÉTERMINER SI LE COMPORTEMENT D’UNE ENTREPRISE DOMINANTE FAUSSE LA CONCURRENCE EFFECTIVE

3.1. Introduction

54.

La présente section fournit des indications sur les principes généraux applicables pour apprécier si le comportement d’entreprises dominantes fausse la concurrence effective (119).

55.

Détenir une position dominante n’est pas illégal en soi et les entreprises dominantes sont en droit de se livrer concurrence par les mérites. Il leur incombe toutefois une responsabilité particulière de ne pas se livrer, directement ou par l’intermédiaire des agissements de tiers (120), à des comportements qui faussent la concurrence effective (121) et sont donc susceptibles de causer un préjudice aux consommateurs. La notion d’abus est de nature objective, si bien qu’il n’est pas nécessaire de démontrer que l’entreprise concernée avait l’intention de fausser la concurrence effective pour pouvoir conclure à l’existence d’un abus de position dominante (122).

56.

La question de savoir si un comportement fausse la concurrence effective sera appréciée au regard de l’ensemble des circonstances factuelles pertinentes, que celles-ci concernent ce comportement lui-même, le ou les marchés en cause ou le fonctionnement de la concurrence sur celui-ci ou ceux-ci (123).

57.

Dans le cadre de l’identification des facteurs à prendre en considération aux fins de l’appréciation, la Commission juge utile d’exposer, à des fins explicatives, le mécanisme économique par lequel le comportement est susceptible de causer directement ou indirectement un préjudice aux consommateurs, dans son contexte économique et juridique spécifique. Ce mécanisme est communément appelé «théorie du préjudice». Une théorie du préjudice peut être formulée par référence à une incidence potentielle d’un comportement sur la structure du marché et le processus concurrentiel, notamment la création de barrières à l’entrée ou à l’expansion, ou par référence à l’incidence potentielle du comportement sur n’importe quel paramètre pertinent de la concurrence, notamment l’augmentation des prix, la détérioration de la qualité des produits, le recul de l’innovation ou un choix moindre pour le consommateur.

58.

Plus un comportement donné est considéré comme généralement susceptible de fausser la concurrence effective, moins des éléments de preuve propres au cas d’espèce sont nécessaires pour prouver que tel est le cas et inversement (124). Dans certaines circonstances, la démonstration de certains éléments factuels peut conduire à l’application d’une présomption selon laquelle le comportement fausse la concurrence effective. Ce type de présomption, dont le poids et l’étendue peuvent varier en fonction du cadre analytique spécifique et des éléments de preuve à l’appui, fait basculer la charge de la preuve de la Commission vers l’entreprise dominante. L’entreprise dominante peut renverser l’application de la présomption en démontrant par des éléments de preuve suffisants, au cours de la procédure administrative, que le comportement ne fausse pas la concurrence effective compte tenu des circonstances factuelles de l’espèce (125).

59.

Au niveau conceptuel, le comportement d’une entreprise dominante fausse la concurrence effective lorsque: 1) il s’écarte de la concurrence par les mérites (voir section 3.2 ci-après) et 2) il est susceptible de produire des effets d’éviction (voir section 3.3 ci-après) (126). Il n’existe aucune obligation légale de démontrer qu’un comportement cause un préjudice direct aux consommateurs pour pouvoir conclure qu’il fausse la concurrence effective (127).

60.

L’appréciation visant à déterminer si le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites est en principe différente de celle visant à déterminer si le comportement est susceptible de produire des effets d’éviction. Toutefois, la façon et l’ordre dans lesquels il sera procédé à chacune de ces appréciations dans la pratique dépendront des circonstances de l’espèce, ainsi que du comportement et des problèmes de concurrence en cause.

61.

Par exemple, dans certains cas, il peut être approprié de débuter l’analyse en déterminant si le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites, tandis que, dans d’autres, il peut être adéquat de commencer par apprécier la capacité du comportement de produire des effets d’éviction. Il peut aussi être approprié, dans certains cas, d’apprécier l’un de ces aspects de manière plus détaillée que l’autre. Enfin, il peut arriver que certains éléments de preuve et d’analyse soient pertinents pour l’appréciation de chacun des deux aspects (128).

62.

Il existe des scénarios dans lesquels établir qu’un comportement d’une entreprise dominante fausse une concurrence effective ne nécessite pas d’examiner séparément si ce comportement s’écarte d’une concurrence par les mérites et s’il est susceptible de produire des effets d’éviction.

63.

Premièrement, tel est le cas de certains types de comportements pour lesquels les principes généraux de l’article 102 du TFUE ont été transposés en cadres d’analyse spécifiques (129) qui ont été reconnus par les juridictions de l’Union européenne (130).

64.

Deuxièmement, tel est le cas lorsqu’il est établi que le comportement est susceptible d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace (131).

65.

Troisièmement, tel est le cas lorsqu’il est établi que le comportement est, par sa nature même, nuisible pour la concurrence, par exemple parce qu’il ne présente pas d’autre intérêt pour l’entreprise dominante que celui de restreindre la concurrence (132).

66.

Enfin, lorsqu’il est démontré que le comportement d’une entreprise dominante fausse la concurrence effective, cette entreprise peut encore démontrer soit que ce comportement est objectivement nécessaire pour atteindre un objectif légitime et proportionné à celui-ci, soit que les avantages en termes d’efficacité dont bénéficient également les consommateurs compensent la distorsion de la concurrence effective, voire surpasse celle-ci (133). Le cadre utilisé aux fins de cette appréciation est exposé à la section 5.

3.2. Comportement s’écartant de la concurrence par les mérites

3.2.1. Notion d’écart par rapport à la concurrence par les mérites

67.

La notion de concurrence par les mérites renvoie à un comportement relevant d’une concurrence normale fondée sur les performances des opérateurs économiques (134). Elle se réfère, en principe, à une situation de concurrence dont les consommateurs tirent profit par des prix moins élevés, une qualité meilleure et un choix plus vaste de produits nouveaux ou plus performants (135), tant à court qu’à long terme. Dès lors, un comportement qui a pour effet d’élargir le choix des consommateurs en mettant sur le marché de nouveaux produits ou en augmentant la quantité ou la qualité de ceux déjà offerts relève généralement de la concurrence par les mérites (136).

68.

L’article 102 du TFUE n’exclut pas que, du fait d’une concurrence par les mérites, des concurrents moins efficaces que l’entreprise dominante, et donc moins intéressants pour les consommateurs du point de vue notamment des prix, du choix, de la qualité ou de l’innovation, disparaissent du marché ou soient marginalisés (137).

69.

Il incombe toutefois aux entreprises dominantes une responsabilité particulière de ne pas fausser, par leur comportement, la concurrence effective dans le marché intérieur. Si une entreprise en position dominante est en droit de prendre des mesures raisonnables et appropriées pour préserver ses intérêts commerciaux (138), toute défense de ces intérêts doit demeurer dans le champ d’une concurrence par les mérites (139).

3.2.2. Facteurs pertinents pour établir que le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites

70.

La question de savoir si un comportement s’écarte de la concurrence par les mérites (140) sera appréciée en tenant compte de l’ensemble des circonstances factuelles, y compris celles qui concernent le comportement lui-même et le contexte juridique et économique dans lequel il s’inscrit, par exemple le ou les marchés en cause et le fonctionnement de la concurrence sur celui-ci ou ceux-ci (141).

71.

Comme indiqués aux points 62 à 65 ci-dessus, il existe des scénarios dans lesquels il peut être conclu qu’un comportement donné fausse la concurrence effective sans qu’il soit nécessaire d’analyser en deux étapes distinctes si ce comportement s’écarte de la concurrence par les mérites et s’il est susceptible de produire des effets d’éviction.

72.

Dans les autres cas, lorsqu’une telle analyse est nécessaire, il existe de fortes raisons de penser qu’un comportement s’écarte de la concurrence par les mérites lorsqu’il consiste à: i) fournir des informations trompeuses, en particulier à des autorités administratives ou judiciaires ou à d’autres organismes publics (142), ii) faire un usage abusif des procédures réglementaires ou judiciaires de façon à empêcher ou à rendre plus difficile l’entrée de concurrents sur le marché (143) ou iii) enfreindre des règles dans d’autres domaines du droit (par exemple, les règles relatives à la protection des données ou à la durabilité) et affecter ainsi un paramètre pertinent de la concurrence, tel que le prix, le choix, la qualité ou l’innovation (144).

73.

La constatation que le comportement de l’entreprise dominante repose sur l’exploitation de ressources ou de moyens propres à la détention d’une position dominante joue un rôle important lorsqu’il s’agit d’établir qu’un comportement s’écarte de la concurrence par les mérites (145).

74.

Il ressort de la jurisprudence des juridictions de l’Union européenne et de la pratique de la Commission en matière de mise en œuvre des règles de concurrence que d’autres facteurs peuvent être pertinents, selon les circonstances spécifiques de l’espèce, pour apprécier si un comportement s’écarte de la concurrence par les mérites (146). Parmi ceux-ci figure le fait que l’entreprise dominante empêche les consommateurs d’exercer leur choix en fonction des mérites des produits, y compris leur qualité (147) ou que le comportement de l’entreprise dominante consiste en, ou permet un traitement biaisé ou discriminatoire qui la favorise par rapport à ses concurrents (148).

75.

Les juridictions de l’Union européenne ont également souligné que l’intention d’une entreprise dominante d’exercer une concurrence fondée sur les mérites, à la supposer établie, ne suffit pas à démontrer l’absence d’un abus (149). En revanche, la preuve d’une intention de restreindre la concurrence est un élément pertinent aux fins d’établir que le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites (150).

76.

De surcroît, compte tenu de la responsabilité particulière qui lui incombe, une entreprise dominante peut être tenue de s’abstenir de se livrer à certaines pratiques qui seraient admissibles de la part d’entreprises qui ne détiennent pas une position dominante. La simple circonstance que le comportement est également mis en œuvre par des entreprises non dominantes sur le marché n’exclut pas de constater que ce comportement s’écarte de la concurrence par les mérites lorsqu’il est mis en œuvre par une entreprise dominante (151).

77.

Une entreprise dominante peut produire des éléments de preuve visant à démontrer soit a) que son comportement ne s’écarte pas de la concurrence par les mérites, soit b) que son comportement produit des avantages qui compensent la distorsion de la concurrence effective qu’il provoque, voire surpassent celle-ci, parce qu’il poursuit un objectif légitime ou génère des gains d’efficacité.

78.

Le premier type d’élément de preuve, mentionné sous a), vise normalement à contester les facteurs ou les éléments de preuve sur lesquels la Commission s’appuie pour constater que le comportement s’écarte de la concurrence par les mérites. Le deuxième type d’élément de preuve, mentionné sous b), est analysé dans le cadre de l’appréciation des justifications objectives (voir section 5 ci-dessous) (152).

3.3. Capacité de produire des effets d’éviction

79.

La présente section expose les éléments qui sont pertinents pour apprécier les effets d’éviction visés à l’article 102 du TFUE. Les comportements pour lesquels les juridictions de l’Union européenne ont élaboré un cadre d’analyse spécifique sont appréciés à l’aune de ce cadre (voir section 4) et tient compte des éléments et principes exposés dans la présente section (153).

3.3.1. Notion d’effets d’éviction

80.

En principe, pour conclure qu’un comportement fausse la concurrence effective, il est nécessaire de prouver qu’il est susceptible de produire des effets d’éviction (154).

81.

La notion d’effets d’éviction recouvre un large éventail d’entraves possibles au processus concurrentiel normal (155), notamment le fait d’évincer complètement ou de marginaliser des concurrents, d’augmenter les barrières à l’entrée ou à l’expansion (156), d’entraver ou de supprimer l’accès effectif au marché ou à une partie de celui-ci (157), de limiter le développement potentiel des concurrents (158) ou d’éliminer ou de réduire la capacité ou l’incitation de concurrents à exercer une contrainte concurrentielle sur l’entreprise dominante (159) et, plus généralement, de rendre plus difficile pour les concurrents d’entrer sur le marché ou d’y rester (160). Les éléments pertinents aux fins de l’appréciation des effets d’éviction peuvent être tant statiques que dynamiques (161).

82.

Pour établir qu’un comportement est susceptible de produire des effets d’éviction, il faut que les effets en question soient plus qu’hypothétiques (162). Il n’est toutefois pas exigé de démontrer que le comportement a produit des effets d’éviction concrets (163) ou que ce comportement serait rentable (164).

83.

En outre, bien que l’article 102 du TFUE ne vise pas les comportements dont les effets actuels ou potentiels sont négligeables (165), aucun seuil de minimis n’est fixé aux fins de déterminer si un comportement enfreint cette disposition (166). Par ailleurs, la constatation que le comportement d’une entreprise dominante est susceptible de produire des effets d’éviction ne saurait être remise en cause en apportant la preuve que la partie du marché non affectée par le comportement est suffisante pour faire place à un nombre limité de concurrents (167).

3.3.2. Nature de l’analyse des effets d’éviction à appliquer

84.

Le comportement et son contexte juridique et économique déterminent la nature de l’analyse des effets qui doit être appliqué à chaque cas d’espèce.

85.

À cet égard, les juridictions de l’Union européenne considèrent qu’en principe, il est nécessaire de démontrer que le comportement de l’entreprise dominante est susceptible d’évincer des concurrents aussi efficaces ou d’entraver leur développement (168). En pratique, en cas de pratiques tarifaires abusives, la preuve de la capacité d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace a le plus souvent été jugée pertinente par les juridictions de l’Union européenne (169).

86.

Les juridictions de l’Union européenne considèrent également qu’un comportement peut être qualifié d’abusif lorsqu’il est établi qu’il a pour effet actuel ou potentiel, voire pour objet, d’empêcher, à un stade précoce, des concurrents d’entrer sur le ou les marchés concernés, par la mise en place de barrières à l’entrée ou par le recours à d’autres mesures de verrouillage ou à d’autres moyens que ceux qui gouvernent la concurrence par les mérites et, ce faisant, d’empêcher le développement de la concurrence sur ce ou ces marchés au détriment des consommateurs, en limitant la production, le développement de produits ou de services alternatifs ou encore l’innovation (170). Les juridictions de l’Union européenne considèrent, de manière plus générale, que la constatation d’une pratique d’éviction abusive de la part d’une entreprise dominante n’est pas toujours subordonnée à la démonstration que le comportement concerné est susceptible de produire des effets d’éviction à l’égard d’un concurrent aussi efficace (171).

87.

Dans ce contexte, la Commission considère que l’analyse des effets d’éviction dans le cadre des pratiques tarifaires, non tarifaires et multiformes devrait respecter les principes énoncés dans les sections ci-après.

3.3.2.1. Pratiques tarifaires

88.

Dans les présentes lignes directrices, la Commission considère que l’expression «pratique tarifaire» renvoie à un comportement unilatéral consistant en l’application de stratégies tarifaires. En tant que tels, les prix prédateurs (section 4.2), la compression des marges (section 4.3) et les rabais conditionnels (section 4.4) sont considérés comme des pratiques tarifaires (172).

89.

L’appréciation d’une pratique tarifaire consiste généralement à déterminer si cette pratique est susceptible d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace (auquel cas, il n’est pas nécessaire de démontrer séparément que cette conduite s’écarte de la concurrence par les mérites, voir point 64 ci-dessus). Un test prix-coût est normalement (173) appliqué pour aider à déterminer si tel est le cas, dans les limites et conditions énoncées à la section 4 (174).

90.

Dans un souci de sécurité juridique, le test prix-coût est généralement appliqué en se référant aux données relatives aux prix et aux coûts de l’entreprise dominante au moment de l’abus en cause (175). Cependant, lorsque cela est pertinent et approprié, il peut être tenu compte de paramètres évolutifs tels que la nécessité, pour les concurrents aussi efficaces dans des secteurs axés sur l’innovation, de récupérer les coûts liés au développement des produits (176).

3.3.2.2. Pratiques non tarifaires

91.

Dans les présentes lignes directrices, la Commission considère que l’expression «pratique non tarifaire» renvoie à un comportement unilatéral qui diffère d’une pratique tarifaire.

92.

L’appréciation d’une pratique non tarifaire peut reposer soit sur la capacité de cette pratique d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace (auquel cas il n’est pas nécessaire de démontrer séparément que la pratique s’écarte de la concurrence par les mérites, voir point 64 ci-dessus), soit sur d’autres types d’effets d’éviction auxquels la notion de concurrent hypothétique aussi efficace ne s’applique pas (177). Dans la pratique, dans des affaires concernant toute une série de pratiques non tarifaires, les juridictions de l’Union européenne n’ont pas exigé la preuve que la pratique en cause était susceptible d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace (178).

93.

Dans les situations où l’appréciation porte principalement sur l’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace, la notion d’«efficacité» peut également avoir trait à des paramètres de la concurrence autres que le prix, tels que la qualité, l’innovation et le choix (179). De manière générale, un test prix-coût ne sera pas instructif dans ce type de situation, car un tel test peut difficilement saisir ces paramètres non tarifaires de concurrence (180). D’autres types d’éléments de preuve, notamment des preuves qualitatives et les évolutions réelles du marché, seront pertinents pour l’appréciation de tels effets d’éviction (181).

94.

Dans d’autres cas de figure, la notion de concurrent hypothétique aussi efficace n’est pas pertinente pour l’analyse des effets d’éviction. La pratique peut notamment empêcher, à un stade précoce, l’entrée d’entreprises potentiellement concurrentes et ce faisant le développement de la concurrence sur le marché, au détriment des consommateurs (182). Cela peut être le cas, par exemple, dans les marchés et les écosystèmes numériques, où des éléments comme l’innovation, l’accès aux données, l’aspect multiface du marché, le comportement des utilisateurs ou les effets de réseau jouent un rôle déterminant (183). Dans un tel contexte, il peut être pertinent de tenir compte de paramètres évolutifs, par exemple de la capacité qu’a la pratique en cause d’empêcher des concurrents, actuels ou potentiels, de bénéficier d’avantages liés à la demande, tels que les effets de réseau et d’apprentissage, et d’exercer une contrainte concurrentielle plus forte à l’avenir.

95.

Il peut également y avoir d’autres situations dans lesquelles l’apparition d’un concurrent aussi efficace serait pratiquement impossible, par exemple en raison de la détention, par l’entreprise dominante, d’une part de marché très élevée, de la présence d’importantes barrières à l’entrée ou à l’expansion ou de l’existence de contraintes réglementaires (184).

96.

Dans ces situations, même un concurrent moins efficace peut exercer une réelle contrainte sur l’entreprise dominante et ainsi l’empêcher d’augmenter ses prix ou de réduire la production, la qualité, le choix ou l’innovation au détriment des consommateurs (185) .

3.3.2.3. Pratiques multiformes

97.

En cas de pratique multiforme (à savoir un comportement impliquant une combinaison ou une succession de pratiques tarifaires et non tarifaires), le type d’analyse à effectuer sera déterminé au cas par cas compte tenu des circonstances juridiques et économiques de l’espèce. Ainsi, si le comportement consiste principalement en pratiques non tarifaires, il peut ne pas être nécessaire d’appliquer un test prix-coût pour en apprécier la composante portant sur les prix.

98.

Selon le comportement en cause, la Commission peut appliquer un cadre d’analyse spécifique, s’il en existe un, parmi ceux qui ont été élaborés par les juridictions de l’Union européenne, qui permet de saisir suffisamment l’essence du comportement en cause ou elle peut appliquer les principes généraux énoncés ci-dessus applicables à l’appréciation de types de comportements spécifiques, selon ce qui convient le mieux (voir section 4).

3.3.3. Lien de causalité

99.

Les effets d’éviction doivent être imputables au comportement en cause (186). Il suffit d’établir que le comportement accroît la probabilité que les effets d’éviction se concrétisent sur le marché (187). Les effets peuvent être actuels ou potentiels, si bien que le lien de causalité ne doit pas être compris en ce sens que le comportement doit avoir produit des effets réels (voir points 82 ci-dessus et 106 g. ci-après). En outre, le comportement ne doit pas nécessairement être la seule cause de ces effets d’éviction (188). Enfin, pour apprécier si le comportement en cause est susceptible de produire des effets d’éviction, il n’est pas nécessaire de prouver que ce comportement est rendu possible par la position dominante (189).

100.

D’un point de vue conceptuel, l’analyse de la capacité du comportement de produire des effets d’éviction suppose une comparaison entre la situation dans laquelle le comportement a été mis en œuvre et la situation en l’absence de ce comportement. Étant donné que la situation hypothétique en l’absence du comportement en cause ne peut être observée directement, la comparaison porte généralement sur la situation du marché avant la mise en œuvre du comportement et la situation du marché après la mise œuvre celui-ci (190).

101.

Dans certains cas, il peut être approprié d’utiliser comme base de comparaison un scénario contrefactuel, dans lequel le comportement n’a pas eu lieu mais où certaines évolutions du marché, suffisamment prévisibles au moment où le comportement a été mis en œuvre, sont également prises en considération. Il peut être approprié de procéder de la sorte dans les cas où le marché a connu des évolutions qui se seraient probablement produites indépendamment des agissements de l’entreprise dominante (191). Toutefois, élaborer des hypothèses fiables pour un scénario contrefactuel, qui tiennent compte des différentes combinaisons possibles d’événements qui auraient pu avoir lieu en l’absence du comportement en cause, ou isoleraient artificiellement des éléments d’une stratégie plus large, peut, dans certains cas, s’avérer particulièrement difficile, voire impossible (192). Dès lors, il peut être suffisant de n’établir qu’un seul scénario contrefactuel crédible (193).

102.

En tout état de cause, la Commission peut s’appuyer sur un ensemble d’éléments probatoires, sans qu’elle soit tenue de recourir systématiquement à une méthodologie unique, en particulier un scénario hypothétique alternatif, pour prouver l’existence d’un tel lien de causalité (194). Une comparaison avec un scénario hypothétique alternatif peut ne pas être nécessaire, en particulier lorsque, du fait du comportement de l’entreprise, il est très difficile, voire impossible, de déterminer les causes objectives des évolutions observées sur le marché (195).

103.

L’appréciation de la capacité d’un comportement de produire des effets d’éviction se fonde sur les faits et circonstances existant au moment de la mise en œuvre du comportement (196). Par exemple, lorsque le comportement en cause élimine l’incertitude commerciale relative à l’entrée ou à l’expansion de concurrents, il doit être apprécié en se référant à l’incertitude qui existait au moment où il a été mis en œuvre (197). En outre, lorsqu’il est établi qu’un comportement est susceptible de produire des effets d’éviction (198), cela ne saurait être remis en cause par les réactions concrètes de tiers (199) ni par la capacité qu’auraient des concurrents sur le marché en cause d’atténuer de tels effets (200).

3.3.4. Éléments susceptibles d’être pertinents pour l’appréciation de la capacité d’un comportement de produire des effets d’éviction

104.

Bien qu’un comportement puisse avoir lieu et produire des effets d’éviction sur des marchés dominés ou sur des marchés non dominés (201), le standard juridique matériel pour prouver les effets d’éviction est le même (202). Lors de l’appréciation des effets d’éviction sur un marché dominé, le fait que la concurrence soit déjà affaiblie sur ce marché en raison de la présence même de l’entreprise dominante est un facteur dont il doit être tenu compte (203).

105.

L’appréciation visant à déterminer si un comportement est susceptible de produire des effets d’éviction doit se fonder sur des éléments d’analyse et de preuve précis et concrets. Cette appréciation doit tenir compte de tous les faits et circonstances pertinents (204). Un comportement peut s’avérer avoir la capacité de produire des effets d’éviction dans certaines circonstances spécifiques alors que tel ne pourrait pas être le cas si celui-ci était intervenu dans un contexte différent. En particulier, la prise en compte d’un élément factuel en tant qu’élément de contexte pertinent ne dépend pas du point de savoir si cet élément relève d’un comportement qui est en lui-même abusif (205).

106.

Les facteurs suivants peuvent, de manière générale, s’avérer pertinents, tout en gardant à l’esprit que l’étendue de l’analyse des différents facteurs, de même que leur poids dans l’appréciation globale peuvent être différents selon le type de cas et le contexte, si bien qu’il y a lieu de ne pas appliquer cette liste de manière mécanique:

a)

La position de l’entreprise dominante sur le marché. En règle générale, le comportement d’une entreprise dominante est d’autant plus susceptible de produire des effets d’éviction que cette entreprise détient un pouvoir de marché important (206).

b)

Les conditions régnant sur le marché en cause. Ces conditions comprennent notamment les conditions d’entrée et d’expansion, telles que l’existence d’économies d’échelle ou de gamme et les effets de réseau (207). Lorsque des économies d’échelle existent, les concurrents ont moins de chances d’entrer ou de rester sur le marché si l’entreprise dominante détient une part significative du marché en cause. De la même manière, par son comportement, l’entreprise dominante peut faire «basculer» un marché caractérisé par des effets de réseau en sa faveur ou consolider encore davantage sa position sur ce marché (208).

c)

La position des concurrents de l’entreprise dominante. Ce facteur traite notamment de l’importance des concurrents actuels ou potentiels pour le maintien d’une concurrence effective. Un concurrent spécifique peut jouer un rôle concurrentiel important, même s’il ne détient qu’une faible part de marché par rapport à d’autres concurrents ou à l’entreprise dominante. Même s’il détient une faible part de marché, un concurrent peut, par exemple: i) être un concurrent proche de l’entreprise dominante; ii) être un concurrent particulièrement innovateur; ou iii) avoir cassé les prix par le passé ou avoir la réputation de casser systématiquement les prix.

d)

L’ampleur du comportement abusif présumé. En règle générale, la capacité d’un comportement de produire des effets d’éviction est d’autant plus élevée que la part des ventes totales sur le marché en cause qui est affectée par le comportement est importante et que ce comportement s’inscrit dans la durée (209). Néanmoins, même un comportement affectant une faible part des ventes totales sur le marché en cause peut être susceptible de produire des effets d’éviction, par exemple lorsque les clients ou le segment de marché visés par le comportement revêtent une importance stratégique pour l’entrée ou l’expansion [voir point e. ci-après] (210).

e)

La position des clients ou des fournisseurs d’intrants. Il se peut que l’entreprise dominante n’applique le comportement qu’à certains clients ou fournisseurs d’intrants pouvant revêtir une importance particulière pour l’entrée ou l’expansion de concurrents (211). Il peut s’agir des clients ou des fournisseurs: i) qui correspondent à un mode particulier de distribution du produit qui conviendrait à un nouvel entrant, ii) qui sont situés dans une zone géographique se prêtant à l’arrivée de nouveaux concurrents, ou iii) qui sont susceptibles d’influencer le comportement d’autres clients. Dans le cas des clients, il peut s’agir, par exemple, de ceux qui sont le plus à même et susceptibles de soutenir l’entrée (ou l’expansion) sur le marché de concurrents actuels ou potentiels de l’entreprise dominante. Dans le cas des fournisseurs d’intrants, il peut s’agir de ceux qui sont le plus à même et susceptibles de soutenir l’entrée ou l’expansion de concurrents de l’entreprise dominante sur un marché en aval, ou de ceux qui produisent une variété du produit, ou ont un site de production, qui convient particulièrement à un nouvel entrant.

f)

Les preuves d’une stratégie d’éviction. Si la notion d’abus de position dominante est une notion objective, pour laquelle il n’est généralement pas nécessaire d’établir une intention d’évincer la concurrence (voir point 55 ci-dessus) (212), la preuve d’une telle intention peut néanmoins être pertinente aux fins de la détermination d’un abus (213). Cette preuve peut, par exemple, prendre la forme: i) de documents internes indiquant un plan visant à éliminer ou à réduire la concurrence, ou ii) de menaces concrètes de mesures d’éviction (214).

g)

Les preuves d’évolutions concrètes du marché. Certaines évolutions concrètes des marchés en cause à la suite de la mise en œuvre du comportement peuvent apporter la preuve de la capacité de celui-ci de produire des effets d’éviction, surtout si le comportement est en place depuis suffisamment longtemps (215) À titre d’exemples, i) la part de marché de l’entreprise dominante peut avoir augmenté; ii) des concurrents actuels peuvent avoir été marginalisés ou avoir quitté le marché; ou iii) des concurrents potentiels peuvent avoir cherché à entrer sur le marché sans y parvenir (216). Toutefois, l’absence d’évolutions concrètes compatibles avec des effets d’éviction concrets ne saurait en soi infirmer la capacité du comportement en cause de produire des effets d’éviction. Elle peut ne constituer qu’un indice de ce que le comportement en cause n’était pas susceptible de produire les effets d’éviction allégués (217). L’entreprise dominante doit compléter un tel indice par des éléments de preuve démontrant que l’absence d’effets concrets est bien la conséquence de l’incapacité de son comportement de produire de tels effets (218). L’absence d’effets d’éviction concrets pourrait être due à diverses causes telles que des changements survenus sur le marché en cause mais sans lien avec le comportement, le fait que l’entreprise en position dominante n’a pas été en mesure de mettre pleinement en œuvre la stratégie à l’origine du comportement (219) ou le fait que des tiers n’ont pas réagi de la manière attendue (220).

4. PRINCIPE À APPLIQUER POUR DÉTERMINER SI CERTAINS TYPES DE COMPORTEMENTS FAUSSENT LA CONCURRENCE EFFECTIVE

4.1. Introduction

107.

La présente section fournit des orientations sur les types de comportements pour lesquels les juridictions de l’Union européenne ont élaboré des cadres d’analyse spécifiques aux fins d’établir si le comportement en cause fausse la concurrence effective (prix prédateurs, compression des marges, accords exclusifs, ventes liées et ventes groupées, et refus de fourniture (221). ou ont fourni des orientations sur l’application des principes généraux énoncés à la section 3 à des cas de figure spécifiques (restrictions d’accès, rabais non subordonnés à l’exclusivité et traitement plus favorable des produits de l’entreprise dominante. Enfin, la présente section fournit des orientations sur les comportements qui, par leur nature même, sont nuisibles pour la concurrence.

4.2. Prix prédateurs

108.

Les prix prédateurs sont une pratique consistant à fixer des prix inférieurs aux coûts, adoptée par une entreprise dominante en vue de marginaliser les concurrents ou de réduire la concurrence d’une autre manière.

109.

L’entreprise dominante peut pratiquer des prix prédateurs dans la perspective d’augmenter son pouvoir de marché et, partant, d’être en mesure de retirer un avantage de son sacrifice une fois qu’elle aura mis fin à son comportement prédateur (222). Toutefois, pour établir l’existence d’une pratique abusive, il est indifférent que l’entreprise dominante puisse récupérer par la suite les pertes subies du fait de l’application de prix inférieurs aux coûts (223).

110.

Les prix prédateurs peuvent être appliqués sur l’ensemble du marché en cause sur lequel l’entreprise occupe une position dominante; ils peuvent également l’être sur un segment de marché donné (224), par exemple pour empêcher les concurrents actuels ou potentiels de s’implanter durablement sur le marché (225), ou ils peuvent être appliqués de manière sélective à certains clients (226). De fait, les pratiques tarifaires qui ciblent des marchés, des segments de marché ou des clients spécifiques peuvent constituer un moyen de prédation efficace du point de vue de l’entreprise dominante. En effet, par rapport à une stratégie générale de prix bas appliquée à l’ensemble d’une production donnée, une telle «prédation sélective» peut permettre à l’entreprise dominante de limiter l’incidence négative des prix inférieurs aux coûts sur ses bénéfices (227).

111.

Des prix prédateurs peuvent également fausser la concurrence effective sur un autre marché que le marché dominé, sans que ce marché n’ait été strictement défini (228).

112.

L’appréciation visant à déterminer si une pratique tarifaire est prédatrice repose sur l’application d’un test prix-coût, à savoir une analyse fondée sur une comparaison entre les prix moyens pratiqués et les coûts moyens supportés par l’entreprise dominante pour les produits concernés (229).

113.

Sur la base du test prix-coût, on peut distinguer les scénarios suivants:

a)

si les prix sont inférieurs au coût variable moyen (CVM), la pratique tarifaire doit être considérée comme prédatrice. En appliquant de tels prix, une entreprise dominante est présumée ne poursuivre aucune autre finalité économique que celle d’éliminer ses concurrents, puisque chaque vente entraîne une perte (230).

b)

Si les prix sont inférieurs au coût total moyen (CTM) mais supérieurs au CVM, la pratique tarifaire doit être considérée comme prédatrice si elle s’inscrit dans un plan ayant pour but d’éliminer ou de réduire la concurrence (231). L’objectif de ce plan peut être d’éliminer ou de marginaliser un ou plusieurs concurrents spécifiques (232), ou d’éliminer ou de réduire la concurrence en tant que telle (233). Pour démontrer l’existence d’un tel plan, on peut se référer à des éléments de preuve directs (234), à des éléments de preuve indirects (235) ou à une combinaison des deux, pour autant que ces éléments soient fiables et concordants (236).

c)

Si les prix sont supérieurs au CTM, la pratique tarifaire ne peut être considérée comme prédatrice (237).

114.

Il est suffisant d’établir que l’entreprise dominante a pratiqué des prix prédateurs au sens du point 113 a) ou b. pour démontrer que la pratique fausse la concurrence effective (238). À cet égard, la Commission n’est pas tenue de vérifier si le taux de couverture du marché par la pratique contestée est d’une ampleur suffisante pour que cette pratique fausse la concurrence (239).

Application d’un test prix-coût dans les affaires concernant des prix prédateurs

115.

Les considérations suivantes sont pertinentes pour l’application du test prix-coût.

a) Critères de coûts

116.

Les critères de coûts retenus par les juridictions de l’Union européenne aux fins d’apprécier si une pratique tarifaire est prédatrice sont le CVM et le CTM (voir point 113 ci-dessus), le CVM étant défini comme les coûts qui varient en fonction des quantités produites et le CTM comme la somme des coûts fixes et variables d’une entreprise (240) Pour apprécier, dans la pratique, si une pratique tarifaire est prédatrice dans un cas particulier, il peut être approprié d’utiliser respectivement comme critères de coûts le coût évitable moyen (CEM) et le coût marginal moyen à long terme (CMMLT) (241).

117.

Le CEM est la moyenne des coûts qui auraient pu être évités (242) ou récupérés (243) si l’entreprise n’avait pas produit le volume de production distinct faisant l’objet du comportement. En d’autres termes, le CEM correspond à la moyenne des coûts qui varient avec la production liée au comportement sur la période retenue comme horizon temporel pour l’appréciation. Le CEM peut donc généralement constituer un critère approprié pour déterminer si les prix pratiqués par l’entreprise dominante sont tels que les ventes liées au comportement entraînent une perte.

118.

Le CMMLT est la moyenne de tous les coûts qui sont directement imputables à la production du produit en cause au cours de son cycle de vie (c’est-à-dire tous les coûts qui sont marginaux pour ce produit sur le long terme. Outre le CEM, le CMMLT inclut les coûts fixes et les coûts irrécupérables propres au produit qui ont été supportés avant la période au cours de laquelle le comportement prétendument abusif a eu lieu, notamment le coût du capital. Le CMMLT est donc le critère de coût approprié pour déterminer si les prix pratiqués par l’entreprise dominante sont tels qu’elle reçoit un retour sur investissement positif pour les actifs propres au produit. Contrairement au CTM, le CMMLT n’inclut pas les coûts qui ne sont pas des coûts de production marginaux du produit concerné, notamment les coûts communs. Toutefois, le simple fait qu’une certaine catégorie de coûts soit enregistrée comme commune à plusieurs produits dans la comptabilité d’une entreprise n’implique pas nécessairement que les coûts concernés ne sont pas marginaux. Il peut s’avérer nécessaire d’apprécier si ces coûts auraient été supportés, en tout ou en partie (244), si l’entreprise avait décidé de ne pas fournir le produit en question (245). Dans la mesure où il est constaté que des coûts enregistrés comme communs sont des coûts de production marginaux du produit concerné, ces coûts seront imputés au CMMLT de ce produit (246).

b) Données relatives aux prix et aux coûts à prendre en considération et éventuellement à ajuster

119.

Le test prix-coût est généralement appliqué sur la base des données relatives aux prix et aux coûts de l’entreprise dominante elle-même, plutôt que sur celle des données des concurrents actuels ou potentiels (247). Cette façon de procéder est conforme au principe de sécurité juridique et permet aux entreprises dominantes d’apprécier la légalité de leur comportement (248).

120.

À cette fin, il convient d’examiner les données issues de la comptabilité de l’entreprise dominante (249). Toutefois, lorsque ces données ne sont pas disponibles ou ne sont pas suffisamment fiables (250), des indicateurs et d’autres informations pertinentes peuvent être utilisés, comme des données provenant de clients de l’entreprise dominante qui indiquent les prix offerts et les remises accordées (251). En fonction des circonstances de l’espèce, il peut s’avérer nécessaire d’ajuster les données de l’entreprise dominante pour calculer les prix effectivement payés (par exemple, pour calculer les prix effectifs, déduction faite des remises) ou les coûts supportés conformément à la norme de coût applicable (par exemple, en étalant les coûts sur une certaine durée, selon le principe de l’amortissement) (252). En outre, il peut être approprié de tenir compte des coûts d’opportunité de l’entreprise dominante (253). Dans le cas de marchés bifaces, il peut également être approprié d’inclure dans l’appréciation les recettes et les coûts supportés sur les deux versants du marché (254).

c) Étendue du test prix-coût et période de référence

121.

Lorsqu’un test prix-coût est réalisé pour apprécier les prix qui sont appliqués par l’entreprise dominante à ses produits ou à ses clients et dont on soupçonne qu’ils sont prédateurs, l’étendue du test et la période de référence dépendront des circonstances de l’espèce. En ce qui concerne l’étendue du test, cela signifie notamment que le test prix-coût peut être appliqué aux produits ou aux clients pris dans leur ensemble, ou séparément pour chaque produit ou client concerné (255).

122.

En ce qui concerne la période de référence à laquelle le test prix-coût est appliqué, les facteurs pertinents à prendre en considération peuvent comprendre, par exemple, le moment où l’interaction concurrentielle a eu lieu et les intervalles de fixation des prix pour chaque produit auquel la prédation présumée est liée (256).

4.3. Compression des marges

123.

La compression des marges désigne une situation dans laquelle une entreprise active sur un marché d’intrant en amont et un marché en aval connexe (257) fixe ses prix en amont et en aval à un niveau qui empêche les concurrents en aval qui sont tributaires de cet intrant d’exercer rentablement et durablement des activités (258). Ce faisant, une entreprise dominante tire parti de son contrôle sur un intrant — en combinant sa tarification en amont et en aval — d’une manière qui est susceptible d’évincer les concurrents du marché en aval.

124.

Pour qu’un comportement constitue une compression des marges contraire à l’article 102 du TFUE, l’entreprise concernée doit être verticalement intégrée et dominante sur le marché en amont (259). Cette condition exige qu’une entreprise verticalement intégrée, quelle que soit la forme précise de l’intégration (260), vende un produit pour lequel elle détient une position dominante en tant qu’intrant à des entreprises sur un marché en aval et soit en concurrence avec ces mêmes entreprises sur ce marché en aval. Il n’est pas nécessaire que l’entreprise occupe également une position dominante sur le marché en aval pour qu’il y ait compression abusive des marges (261).

125.

En outre, la marge d’un concurrent aussi efficace sur le marché en aval qui est tributaire de l’intrant de l’entreprise dominante doit être négative (en supposant que ce concurrent applique le même prix en aval que l’entreprise dominante. Cela est le cas lorsque la différence entre le prix en amont et le prix en aval de l’entreprise dominante (c’est-à-dire l’«écart») ne permet pas à un concurrent aussi efficace de couvrir les coûts (marginaux) de fourniture du produit sur le marché en aval (262), y compris le coût du capital. Pour apprécier si la marge est négative, un test prix-coût est effectué, tel qu’exposé dans la présente section.

126.

Lorsque l’écart entre le prix en aval et le prix en amont de l’entreprise dominante est négatif, il n’est pas nécessaire de prendre en considération les coûts en aval de l’entreprise dominante, étant donné qu’il est clair, dans ce cas, qu’un concurrent aussi efficace utilisant l’intrant de l’entreprise dominante aura une marge négative et ne pourra donc pas exercer son activité de manière rentable et durable sur le marché en aval.

127.

Établir une compression des marges n’exige pas que les prix en amont de l’intrant soient en eux-mêmes excessifs ou que les prix en aval soient en eux-mêmes prédateurs (263). En outre, le fait que l’entreprise dominante puisse récupérer ultérieurement les pertes qu’elle a subies, le cas échéant, en raison d’une compression des marges, est sans incidence (264).

128.

Étant donné qu’une compression des marges conduit à ce que la marge d’un concurrent aussi efficace soit négative, il est probable qu’un tel comportement ait des effets d’éviction (265). En conséquence, en l’absence d’élément indiquant le contraire (266), la Commission peut conclure que la compression des marges fausse la concurrence effective.

129.

À cet égard, il n’est pas nécessaire d’établir que l’intrant en amont est indispensable pour que les entreprises concurrentes puissent se faire concurrence en aval (267). En revanche, le comportement est d’autant plus susceptible de produire des effets d’éviction que l’intrant en amont est important pour pouvoir exercer une concurrence effective en aval (268).

Application d’un test prix-coût dans les affaires concernant une compression des marges

130.

Dans le contexte d’une compression des marges, le test prix-coût sert généralement à établir si la branche en aval de l’entreprise dominante pourrait exercer des activités rentables en se fondant sur le prix en amont appliqué à ses concurrents en aval et sur le prix en aval qu’elle applique (269).

131.

Comme lorsque le test prix-coût est utilisé pour déterminer si les prix sont prédateurs, il est nécessaire, pour réaliser un test prix-coût dans le contexte d’une pratique de compression des marges, de déterminer le critère de coût pertinent, les données relatives aux prix et aux coûts, ainsi que l’étendue du test et la période de référence. Ces paramètres sont déterminés au cas par cas, en fonction notamment des caractéristiques des marchés en cause, des conditions de concurrence et des autres circonstances de l’espèce.

132.

Le test prix-coût repose généralement sur la différence entre, d’une part, le prix en aval effectivement appliqué par l’entreprise dominante aux clients et, d’autre part, la somme du prix en amont appliqué par l’entreprise dominante à ses concurrents en aval et du CMMLT (270) de la branche en aval de l’entreprise dominante.

133.

En règle générale, le test prix-coût se fonde sur les prix et les coûts de l’entreprise dominante afin d’établir si cette dernière serait elle-même en mesure de proposer rentablement ses produits en aval si elle devait payer ses propres prix en amont (271). Lorsqu’il n’est pas possible, compte tenu des circonstances, de se référer aux prix et aux coûts de l’entreprise dominante (par exemple, si ces données ne sont pas disponibles ou ne sont pas suffisamment fiables), les prix et les coûts des concurrents peuvent être pris en considération (272).

134.

L’application du test prix-coût dans les cas de compression des marges ne signifie pas que les concurrents de l’entreprise dominante seraient réellement en mesure de reproduire les actifs en amont de cette dernière. Le test prix-coût est appliqué dans la perspective d’un concurrent hypothétique aussi efficace, à savoir un concurrent qui utilise le produit en amont de l’entreprise dominante, qui est en concurrence avec cette dernière sur le marché en aval et dont les coûts sur ce dernier marché sont identiques à ceux de l’entreprise dominante (273).

135.

Les orientations énoncées aux points 121 et 122 sur l’étendue du test prix-coût (274) et la période de référence sont également pertinentes dans le contexte d’une compression des marges.

4.4. Rabais non subordonnés à l’exclusivité

136.

Les rabais conditionnels désignent un système de rabais ou d’autres avantages (275), monétaires ou non, accordés par une entreprise dominante à ses clients pour les récompenser d’un comportement d’achat particulier.

137.

Le rabais peut être subordonné à l’achat d’une certaine quantité d’un produit sur une période de référence («rabais sur produit unique») ou à l’achat cumulé de deux ou plusieurs produits différents («rabais multiproduits»). Les rabais multiproduits sont également connus sous le nom de «vente groupée mixte» ou de «rabais groupés».

138.

La présente section se concentre sur les rabais conditionnels sur produit unique. Toutefois, elle est aussi généralement pertinente pour l’évaluation des rabais multiproduits, sous réserve des adaptations nécessaires au contexte spécifique.

139.

La présente section ne couvre pas les rabais d’exclusivité (à savoir les rabais subordonnés à l’achat, par un client auprès de l’entreprise dominante, de la totalité ou de la majeure partie de ses besoins en ce qui concerne un produit). Les rabais d’exclusivité relèvent du cadre d’analyse spécifique exposé à la section 4.5. La présente section est également sans préjudice de la possibilité que certaines formes de rabais conditionnels puissent constituer un type différent de pratique abusive (276).

140.

Les rabais conditionnels sont une pratique commerciale courante. Les entreprises peuvent les offrir pour attirer la clientèle et, de ce fait, ils peuvent stimuler la demande et être profitables aux consommateurs. Toutefois, lorsqu’ils sont accordés par une entreprise dominante, les rabais peuvent, en fonction des circonstances de l’espèce, enfreindre l’article 102 du TFUE. En particulier, les rabais conditionnels peuvent être utilisés par l’entreprise dominante pour tirer parti de son pouvoir de marché d’une manière qui fausse la concurrence effective.

141.

La question de savoir si les rabais conditionnels accordés par une entreprise dominante s’écartent ou non de la concurrence par les mérites et sont ou non susceptibles de produire des effets d’éviction dans les circonstances spécifiques de l’espèce est appréciée au regard des principes généraux énoncés à la section 3. Toutefois, les juridictions de l’Union européenne ont fourni des orientations spécifiques sur ce type de comportement ou sur des types de comportements similaires, et la Commission considère que certains éléments spécifiques de la jurisprudence relative aux rabais d’exclusivité et aux prix prédateurs peuvent également être utilisés, par analogie et dans la mesure où ils sont pertinents, comme point de référence.

142.

Sur cette base, les facteurs suivants peuvent généralement être pertinents pour apprécier si le système de rabais conditionnels est susceptible de produire des effets d’éviction (277):

a)

la position de l’entreprise dominante sur le marché en cause, à savoir le degré de pouvoir de marché qu’elle détient (278);

b)

l’ampleur du comportement, en termes de durée et de part du marché affectée par le comportement. Lorsque la couverture du marché est faible, le comportement peut néanmoins produire des effets d’éviction lorsque les clients ciblés par le comportement revêtent une importance stratégique pour l’entrée ou l’expansion sur le marché (279);

c)

la part de la demande des clients pour lesquels l’entreprise dominante est un partenaire commercial incontournable (280);

d)

l’importance du rabais exprimé en part du prix total, ou la valeur des avantages non tarifaires, et le seuil déclenchant le rabais (281). Le fait que les conditions régissant le rabais créent ou non de l’incertitude en raison, par exemple, d’un manque de transparence, est également pertinent (282);

e)

la rétroactivité des rabais. Par rapport aux rabais qui ne s’appliquent qu’aux volumes qui dépassent le seuil requis pour pouvoir en bénéficier («rabais progressifs»), les rabais qui s’appliquent rétroactivement à tous les volumes achetés («rabais rétroactifs») sont généralement plus susceptibles de produire des effets d’éviction, étant donné qu’il peut être moins intéressant, pour les clients, de changer de fournisseur pour de petits volumes s’ils perdent de ce fait la totalité du rabais rétroactif (283);

f)

le caractère individualisé du rabais. Les rabais propres à chaque client (ou type de client) sont généralement plus susceptibles de produire des effets d’éviction parce qu’ils permettent à l’entreprise dominante de fixer les seuils de rabais en fonction des besoins de chaque client, accroissant ainsi l’effet de fidélité (284);

g)

la durée de la période de référence. En règle générale, la pression exercée sur le client pour atteindre le seuil d’achat nécessaire afin d’obtenir le rabais ou de ne pas le perdre est d’autant plus élevée que la période de référence est longue;

h)

le fait que le comportement fasse partie ou non d’un plan visant à éliminer ou à réduire la concurrence (285).

143.

Comme indiqué au point 64, dans les situations où il est démontré qu’un système de rabais conditionnels donné est susceptible de provoquer l’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace, il n’est pas nécessaire de démontrer séparément que ce comportement s’écarte de la concurrence par les mérites.

144.

À cet égard, lorsque les incitations offertes par l’entreprise dominante au moyen du rabais sont monétaires ou peuvent être converties facilement et de manière fiable en un montant monétaire quantifié, l’appréciation de la capacité ou non d’un système de rabais conditionnels de provoquer l’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace repose, en règle générale, sur un test prix-coût qui compare les prix effectifs des unités concernées par le système de rabais de l’entreprise dominante aux coûts desdites unités (voir sous-section ci-dessous) (286). Le test prix-coût fournit une évaluation quantitative de certains des facteurs énumérés au point 142 (287). Lorsqu’un test prix-coût est utilisé, ses résultats sont interprétés comme suit:

a)

lorsque le test prix-coût indique i) que le prix effectif est inférieur au CEM ou ii) que le prix effectif est inférieur au CMMLT mais supérieur au CEM et que le comportement fait partie d’un plan visant à éliminer ou à restreindre la concurrence, il est considéré qu’un concurrent aussi efficace ne peut pas livrer une concurrence effective pour les clients auxquels s’applique le rabais conditionnel. Sous réserve d’une appréciation de l’étendue de la position dominante ainsi que du taux de couverture et de la durée du comportement, la Commission peut conclure, sur cette base, que le système de rabais conditionnels fausse la concurrence effective (288);

b)

lorsque le prix effectif est supérieur au CMMLT, le système de rabais conditionnels n’est pas considéré comme faussant la concurrence effective.

145.

Toutefois, un test prix-coût n’est pas obligatoire dans tous les cas (289). Premièrement, dans certains cas, l’utilisation du test prix-coût n’est pas possible, par exemple lorsque les incitations offertes par l’entreprise dominante ne sont pas monétaires et ne peuvent pas être converties facilement et de manière fiable en un montant monétaire quantifié (290). Deuxièmement, le comportement peut être jugé susceptible de produire des effets d’éviction sans qu’il soit nécessaire d’examiner sa capacité d’évincer un concurrent hypothétique aussi efficace dans les situations visées aux points 94 à 96, lesquelles peuvent s’appliquer, mutatis mutandis, aux rabais conditionnels. En pareils cas, la question de savoir si le comportement fausse la concurrence effective sera appréciée sur la base des principes généraux (section 3) et des autres facteurs mentionnés au point 142.

Application d’un test prix-coût aux rabais conditionnels

146.

L’application d’un test prix-coût aux rabais conditionnels doit être fondée sur les prix effectifs des unités concernées par le système de rabais de l’entreprise dominante et sur les coûts supportés par cette dernière pour lesdites unités (291). Les prix effectifs, les coûts et les unités concernées dépendent des circonstances propres à chaque cas d’espèce et notamment de la nature progressive ou rétroactive du rabais.

147.

Pour les rabais progressifs, les unités concernées auxquelles s’applique le rabais sont les unités qui dépassent le seuil requis pour pouvoir bénéficier du rabais. Les prix effectifs sont normalement les prix obtenus après déduction des rabais applicables à l’achat des unités concernées. Les coûts pertinents pour le test prix-coût doivent également être déterminés sur la base des unités concernées.

148.

En ce qui concerne les rabais rétroactifs, les unités concernées sont les unités «disputables» (ou la demande disputable, à savoir les unités qu’un client est raisonnablement apte et disposé à transférer vers un concurrent hypothétique aussi efficace et pour lesquelles un tel concurrent pourrait raisonnablement livrer concurrence et emporter ces ventes. Le reste de la demande du client (la demande non disputable. correspond aux unités que le client serait en tout état de cause susceptible d’acquérir auprès de l’entreprise dominante. Le prix effectif représente donc le prix qu’un concurrent de l’entreprise dominante devrait offrir pour compenser la perte du rabais par le client, si ce dernier retirait à l’entreprise dominante les unités disputables de sa demande (292). Les coûts pertinents pour le test prix-coût doivent dans ce cas être fondés sur les unités disputables.

149.

L’appréciation d’une demande disputable d’un client est souvent soumise à des limites quant à la disponibilité et à la précision des données (293), ce qui peut entraîner différents degrés d’incertitude (294). Lorsque ces limites sont si importantes que le test prix-coût ne peut produire de résultats fiables, la question de savoir si le comportement fausse la concurrence effective sera appréciée sur la base des principes généraux (section 3) et des autres facteurs mentionnés au point 142.

150.

Dans le cas d’un rabais multiproduits, le test prix-coût consiste à comparer le prix effectif payé par les clients pour chacun des produits groupés de l’entreprise dominante et le coût supporté par cette dernière du fait de l’inclusion de ce produit dans l’offre groupée. Les unités concernées dans ce cas correspondent aux unités du produit groupé. Pour calculer le prix effectif, il faut attribuer la totalité du rabais à chacun des produits de l’offre groupée, et ensuite comparer le prix effectif de chaque produit avec les coûts supportés par l’entreprise dominante pour ce produit, afin de déterminer si un concurrent hypothétique aussi efficace pourrait proposer le produit de manière rentable de façon autonome, à savoir en ne l’incluant pas dans une offre groupée.

4.5. Accords exclusifs

151.

Les accords exclusifs désignent diverses formes d’obligation, de promesse (295) ou d’engagement d’acheter, pour un client, ou de vendre, pour un fournisseur, de quoi couvrir la totalité ou une part considérable (296) ) de ses besoins d’un produit à l’entreprise dominante («obligations d’exclusivité»), ou des mécanismes incitatifs, comme l’octroi d’un rabais ou d’autres avantages (297), subordonnés à la condition qu’un client achète ou qu’un fournisseur vende de quoi couvrir la totalité ou une part considérable de ses besoins d’un produit à l’entreprise dominante («rabais d’exclusivité»).

152.

La Commission applique généralement le même cadre d’analyse aux obligations d’achat exclusif et de fourniture exclusive. Par souci de simplicité, dans le reste de la présente section, lorsqu’il est fait référence aux principes applicables à l’analyse des obligations d’achat exclusif ou des mécanismes incitatifs d’achat, les mêmes principes s’appliquent, par analogie, aux obligations de vente exclusive ou aux mécanismes incitatifs de vente.

153.

Un accord exclusif peut résulter d’un arrangement explicite, quelle que soit sa forme (298), par lequel le client s’engage à acheter de quoi couvrir la totalité ou une part considérable de ses besoins d’un produit à l’entreprise dominante ou par lequel le client reçoit des incitations en contrepartie d’un tel engagement (l’«accord exclusif de jure»).

154.

Un accord exclusif peut également résulter d’arrangements qui ne font pas explicitement référence à l’exclusivité, mais contiennent des obligations de traiter avec l’entreprise dominante, ce qui entraîne de fait l’exclusivité («accord exclusif de fait») (299). Cela peut être le cas, par exemple, pour les rabais subordonnés à l’acquisition, auprès de l’entreprise dominante, d’un volume plancher qui, en pratique, représente pour le client la totalité ou une partie considérable de ses besoins pour un produit, ou pour certaines exigences en matière de stockage ayant le même effet (300). En principe, dans un souci de prévisibilité, la Commission ne considérera ces arrangements comme des accords exclusifs de fait que s’il existe des éléments indiquant que l’entreprise dominante avait l’intention d’obliger ou d’inciter le client à lui acheter de quoi couvrir la totalité ou une part considérable de ses besoins d’un produit. En l’absence de tels éléments, la Commission appréciera ces arrangements au regard des principes énoncés à la section 3 et, s’il y a lieu, à la section 4.4 des présentes lignes directrices.

155.

Un accord exclusif peut permettre à une entreprise dominante de tirer parti de son pouvoir de marché, de sorte à restreindre les sources d’approvisionnement des clients et à empêcher ou limiter l’accès au marché aux autres producteurs (301). Bien que les accords exclusifs n’entraînent pas nécessairement des effets d’éviction dans tous les cas, ils sont fortement susceptibles de produire de tels effets (302). Par conséquent, il existe une présomption selon laquelle les accords exclusifs faussent la concurrence effective (303).

156.

Pour que la présomption s’applique, il est nécessaire de démontrer que l’entreprise dominante a conclu des accords exclusifs tels que définis ci-dessus. Aux fins de la qualification en tant qu’accord exclusif, le fait que l’exclusivité soit imposée par l’entreprise dominante ou convenue à la demande de l’autre partie est sans incidence (304). L’entreprise dominante peut présenter des éléments montrant que le comportement ne constitue pas un accord exclusif, par exemple parce qu’il n’existe pas de conditions de jure requérant l’exclusivité ou d’obligations de traiter avec l’entreprise dominante qui conduiraient à une exclusivité de fait.

157.

Au cours de la procédure administrative, l’entreprise dominante peut également présenter des éléments visant à réfuter la présomption (305). Par exemple, l’entreprise dominante peut faire valoir:

a)

que la couverture et la durée limitées des accords d’exclusivité sont telles que ces derniers ne sont pas susceptibles de produire des effets d’éviction (306);

b)

que les effets d’éviction de l’accord d’exclusivité sont purement hypothétiques parce que le client aurait, quoi qu’il en soit, acheté les volumes couverts par cet accord à l’entreprise dominante (307). Étant donné que la capacité de restreindre la concurrence doit être appréciée au regard du moment où le comportement est mis en œuvre (voir point 103), cet argument ne peut, en principe, être pertinent que lorsqu’il est établi que les clients de l’entreprise dominante savaient, au moment de la conclusion de l’accord d’exclusivité, qu’aucun concurrent n’aurait été en mesure de fournir une quelconque part des volumes couverts par cet accord;

c)

que les effets d’éviction des accords d’exclusivité sont purement hypothétiques parce que, en dépit de ces accords, les concurrents peuvent livrer une concurrence effective pour la demande du client, s’ils le jugent approprié. Il ressort de la pratique de la Commission que cela ne serait pas le cas lorsque la demande est non disputable (308), par exemple: lorsqu’un client peu enclin à prendre des risques est réticent à transférer la totalité de sa demande à un autre fournisseur; lorsqu’un client doit s’approvisionner pour cette partie de ses besoins auprès de l’entreprise dominante pour des raisons techniques ou commerciales; lorsqu’il est indispensable d’avoir en stock le produit de la marque de l’entreprise dominante; lorsque le changement de fournisseur est entravé par l’existence d’effets de réseau; ou lorsque les concurrents sont soumis à des contraintes de capacité.

158.

Une entreprise dominante peut également présenter un test prix-coût démontrant que ses rabais d’exclusivité ne conduisent pas à un prix effectif inférieur au coût des unités disputables (309). Toutefois, la pratique de la Commission a montré qu’un tel test n’est généralement pas pertinent pour une série de scénarios d’accords exclusifs, tels que: i) les obligations d’exclusivité (310); ii) les rabais d’exclusivité comportant un élément non tarifaire qui ne peut être converti facilement et de manière fiable en un montant monétaire quantifié (311); iii) les rabais d’exclusivité accordant des avantages en matière de prix lorsque le mécanisme d’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace ne repose pas sur des prix inférieurs aux coûts (312); et iv) les cas où il n’est pas nécessaire, pour établir une distorsion de la concurrence effective, de démontrer l’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace (313).

159.

Les moyens invoqués par l’entreprise dominante au cours de la procédure administrative donnent lieu à une obligation pour la Commission d’examiner les arguments et les éléments de preuve présentés par cette entreprise (314). L’examen de la Commission peut aboutir aux résultats suivants:

a)

les arguments et éléments de preuve présentés par l’entreprise dominante ne suffisent pas à réfuter l’application de la présomption, par exemple parce que les éléments de preuve ont une valeur probante insuffisante, parce que les arguments se réfèrent à des hypothèses théoriques plutôt qu’à la réalité pratique de la concurrence sur le marché (315), ou parce que les arguments et éléments de preuve ne sont pas pertinents en l’espèce (316). Dans ce cas, la présomption reste applicable et il est possible que la Commission conclue que le comportement fausse la concurrence effective; ou

b)

les arguments et éléments de preuve présentés par l’entreprise dominante sont pertinents et ont une valeur probante suffisante pour réfuter effectivement l’application de la présomption, et la Commission ne peut donc pas conclure, sur la base de cette présomption, que le comportement fausse la concurrence effective.

160.

Lorsque l’application de la présomption a été effectivement réfutée, la Commission peut toujours établir que l’accord exclusif fausse la concurrence effective sur la base d’une analyse de l’ensemble des aspects pertinents du cas d’espèce. À cette fin, la Commission doit procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances pertinentes, autres que celles invoquées par l’entreprise dominante pour réfuter effectivement la présomption.

161.

À cette fin, la Commission examinera généralement (317):

a)

la position de l’entreprise dominante sur le marché en cause, à savoir le degré de pouvoir de marché qu’elle détient (318) et si une certaine partie de la demande est non disputable (319);

b)

la part du marché affectée par le comportement: en règle générale, le comportement est d’autant plus susceptible de fausser la concurrence effective (320) que la part du marché couverte par les accords d’exclusivité est importante (au regard de la part des clients couverte et de la part de la demande que représente chaque client) (321). Toutefois, même un comportement affectant une faible part du marché peut fausser la concurrence effective. Tel peut être le cas, en particulier, lorsque les clients ou le segment de marché ciblés par le comportement revêtent une importance stratégique pour l’entrée ou l’expansion sur le marché (322);

c)

les conditions et modalités des accords d’exclusivité telles que i) leur durée (y compris, le cas échéant, les conditions régissant le renouvellement du contrat et les droits de résiliation des clients) (323), ii) les sanctions susceptibles d’être infligées si le client n’accepte pas les conditions d’exclusivité ou ne les respecte pas (324); iii) dans le cas de rabais d’exclusivité, le montant ou la valeur des incitations accordées en contrepartie de l’exclusivité; par exemple, l’octroi d’avantages stratégiques ou de rabais rétroactifs peut considérablement renforcer les effets d’éviction du comportement (325); et iv) le fait que l’accord fasse directement ou indirectement référence aux volumes achetés auprès de concurrents. Dans ce contexte, les accords d’exclusivité qui font référence à une part des achats sont plus susceptibles de fausser la concurrence effective que les accords d’exclusivité qui font référence à un volume minimal d’achat auprès de l’entreprise dominante, étant donné qu’ils ne créent pas seulement une incitation à acheter davantage à l’entreprise dominante, mais supposent aussi nécessairement d’acheter moins à ses concurrents (326);

d)

la question de savoir si l’accord exclusif conduirait ou non à l’éviction d’un concurrent hypothétique aussi efficace (327), si cela est pertinent dans les circonstances spécifiques de l’espèce (328). Dans ces circonstances, le cadre d’application d’un test prix-coût défini à la section 4.4 peut être utilisé pour apprécier les rabais d’exclusivité monétaires ou qui peuvent être convertis facilement et de manière fiable en un montant monétaire quantifié (329).

4.6. Ventes liées et ventes groupées

162.

La vente liée consiste à proposer un certain produit (le «produit liant») uniquement avec un autre produit (le «produit lié») (330).

163.

La vente liée peut résulter de raisons techniques (331) ou de dispositions contractuelles (332). Il y a vente liée technique lorsque, par exemple, le produit liant et le produit lié sont physiquement ou techniquement intégrés. Il y a vente liée contractuelle lorsque le client qui achète ou utilise le produit liant est tenu d’acquérir ou d’utiliser également le produit lié. Pour établir la nature abusive d’une vente liée effectuée par une entreprise dominante, les conditions juridiques à respecter sont les mêmes qu’il s’agisse d’une vente liée technique ou contractuelle.

164.

Il y a vente groupée lorsque deux produits sont proposés ensemble en un seul et même lot et que le prix est fixé pour ce lot. Il convient de distinguer la vente groupée pure de la vente groupée mixte. Dans le cas d’une vente groupée pure, les produits ne sont vendus qu’ensemble dans des proportions fixes et ils ne sont pas disponibles à l’achat séparément (333). Dans le cas d’une vente groupée mixte (ou «rabais multiproduits»), les produits sont également disponibles séparément, mais la somme des prix individuels est supérieure au prix groupé.

165.

Étant donné que la vente groupée pure lie deux produits l’un à l’autre de telle manière qu’aucun d’entre eux ne peut être acheté seul, l’appréciation d’une vente groupée pure réalisée par une entreprise dominante est soumise aux mêmes exigences juridiques que l’appréciation d’une vente liée et ne sera pas abordée séparément dans la présente section. L’examen de la vente groupée mixte par une entreprise dominante repose sur des critères différents, comme indiqué à la section 4.4.

166.

La vente liée et la vente groupée constituent des pratiques courantes qui peuvent permettre de proposer aux clients de meilleurs produits ou des offres plus économiques (334). Toutefois, lorsqu’elles sont pratiquées par une entreprise dominante, la vente liée et la vente groupée peuvent, dans certaines circonstances, être abusives.

167.

La vente liée peut être abusive, en particulier lorsqu’une entreprise dominante tire parti de sa position dominante sur le marché du produit liant en privant les clients de la possibilité d’obtenir ledit produit sans le produit lié, restreignant ainsi la concurrence sur le marché du produit lié et s’écartant de la concurrence par les mérites (335). En outre, en pratiquant la vente liée et la vente groupée, l’entreprise dominante peut non seulement restreindre la concurrence pour le produit lié, mais aussi protéger sa position dominante sur le marché du produit liant (336).

168.

Une vente liée fausse la concurrence effective lorsque les conditions suivantes sont réunies (337):

a)

le produit liant et le produit lié sont deux produits distincts;

b)

l’entreprise concernée détient une position dominante sur le marché du produit liant (338);

c)

l’entreprise concernée ne donne pas aux clients la possibilité d’obtenir le produit liant sans le produit lié (situation dite de «contrainte»); et

d)

la vente liée est susceptible de produire des effets d’éviction (339).

169.

Il convient d’apprécier si ces conditions sont remplies dans un cas donné en se fondant sur les considérations ci-dessous.

170.

Pour déterminer si les produits concernés par la vente liée sont distincts, il convient d’apprécier s’il existe une demande distincte de la part des clients pour le produit lié. Tel est le cas si, en l’absence de vente liée ou de vente groupée, un nombre significatif de clients achèteraient ou auraient acheté le produit lié de manière indépendante, c’est-à-dire sans l’acheter avec le produit liant auprès du même fournisseur (340).

171.

Plusieurs facteurs peuvent être pertinents pour cette appréciation (341), dont: i) la nature et les caractéristiques techniques des produits concernés, ii) les faits observés sur le marché (342); iii) l’historique du développement des produits concernés; et iv) la pratique commerciale de l’entreprise dominante (343).

172.

Le fait que le produit liant et le produit lié appartiennent à des marchés de produits distincts (344) (respectivement le «marché liant» et le «marché lié») indique qu’il s’agit de produits distincts (345). Des produits complémentaires peuvent constituer des produits distincts car il est possible que les clients veuillent les obtenir tous les deux, mais en les acquérant auprès de sources différentes (346). L’intégration technique d’un produit dans un autre ne signifie pas que les deux produits ne peuvent plus être considérés comme distincts aux fins de la vente liée (347). De la même manière, même lorsque la vente liée de deux produits est conforme aux usages commerciaux ou lorsqu’il existe un lien naturel entre les deux produits, ceux-ci peuvent néanmoins être des produits distincts (348).

173.

La condition selon laquelle l’entreprise doit détenir une position dominante sur le marché liant en cause doit être appréciée sur la base des principes énoncés à la section 2 ci-dessus. Il n’existe aucune condition selon laquelle l’entreprise doit également occuper une position dominante sur le marché lié, même si cet élément peut jouer un rôle dans l’appréciation de la capacité de la vente liée de produire des effets d’éviction sur ce marché (349).

174.

La condition de la contrainte couvre les situations dans lesquelles l’entreprise dominante refuse aux clients la possibilité d’obtenir le produit liant sans le produit lié. Les clients peuvent être soit les clients de l’entreprise dominante (350), soit des parties intermédiaires qui répercutent cette contrainte sur les clients finals (351). Il peut encore y avoir contrainte lorsque l’entreprise dominante ne facture pas de prix séparé pour le produit lié à la partie qui acquiert ce dernier (352). Étant donné qu’il y a contrainte dès lors que les clients n’ont pas la possibilité d’obtenir le produit liant sans le produit lié, il peut aussi y avoir contrainte même si le client, après avoir reçu le produit lié, n’est pas contraint de l’utiliser ou n’est pas empêché d’acheter ou d’utiliser le produit équivalent fourni par un concurrent de l’entreprise dominante (353).

175.

Il peut également y avoir contrainte si l’entreprise dominante refuse de fait de proposer le produit liant sans le produit lié (354). Tel peut être le cas lorsque l’entreprise dominante propose un produit liant physiquement ou techniquement intégré au produit lié, de sorte qu’il ne peut être utilisé qu’avec le produit lié, ou lorsque la qualité ou la facilité d’utilisation du produit liant est sérieusement dégradée lorsqu’il n’est pas utilisé avec le produit lié. Le fait que la contrainte ne concerne qu’un certain segment des clients du produit liant n’exclut pas que la condition de contrainte soit remplie (355).

176.

En ce qui concerne la condition selon laquelle la vente liée doit être susceptible de produire des effets d’éviction, ces effets peuvent, en fonction des circonstances de fait et de droit pertinentes, ne concerner que le marché lié (356) ou concerner à la fois le marché lié et le marché liant (357).

177.

La profondeur de l’analyse requise pour démontrer qu’une vente liée est susceptible de produire des effets d’éviction dépend des circonstances spécifiques de l’espèce (358). Les caractéristiques spécifiques des marchés et des produits en cause peuvent, dans certaines circonstances, permettre de conclure plus facilement, sans procéder à une analyse très poussée, que le comportement est susceptible de produire des effets d’éviction (359). Dans d’autres circonstances, un examen plus approfondi des effets d’éviction potentiels de la vente liée peut se justifier, par exemple, i) lorsque le produit lié est disponible gratuitement, et ii) lorsqu’il est facile d’obtenir des alternatives au produit lié (360). Comme c’est le cas pour tous les types de comportement (voir point 106 g) ci-dessus), lorsque le comportement est en place depuis suffisamment longtemps, il est possible que la Commission dispose d’une base factuelle plus complète pour apprécier s’il est susceptible de produire des effets d’éviction (361). Dans ces circonstances, un examen de l’évolution du marché peut fournir des éléments indiquant la capacité du comportement de produire des effets d’éviction.

178.

En plus des facteurs mentionnés à la section 3.3.4, les facteurs suivants, qui ne sont ni cumulatifs ni exhaustifs, peuvent être pertinents pour apprécier si la vente liée est susceptible de produire des effets d’éviction, tout en gardant à l’esprit le contexte spécifique de l’espèce:

a)

le fait que la vente liée confère ou non à l’entreprise dominante, sur le marché lié, un avantage concurrentiel significatif résultant d’une contrainte plutôt que de la qualité du produit lié, lorsque cet avantage est peu susceptible d’être compensé par les concurrents (362);

b)

l’importance du lien entre le produit liant et le produit lié. Ce lien peut, par exemple, découler de la complémentarité des produits (363) ou de la part de clients du marché lié qui achètent également le produit liant (364);

c)

le fait que l’entreprise dominante jouisse également d’une position dominante ou d’un pouvoir de marché sur le marché lié (365);

d)

la présence de barrières à l’entrée ou à l’expansion sur le marché lié (telles que la nécessité de réaliser d’importantes économies d’échelle ou de gamme (366) ou la présence d’effets de réseau, par exemple sur les marchés numériques) (367); et

e)

le degré d’inertie ou les biais des consommateurs sur le marché lié (368).

4.7. Restrictions d’accès

179.

Dans les présentes lignes directrices, le terme «restrictions d’accès» désigne diverses situations dans lesquelles une entreprise dominante restreint l’accès à un intrant (369), par exemple en refusant l’accès à cet intrant à des conditions commercialement viables, en l’entravant ou en le retardant.

180.

Les restrictions d’accès sont appréciées en appliquant les principes généraux énoncés à la section 3. Par conséquent, sur le plan conceptuel, les restrictions d’accès faussent la concurrence effective lorsqu’elles: 1) s’écartent de la concurrence par les mérites (voir section 3.2 ci-dessus) et 2) sont susceptibles de produire des effets d’éviction (voir section 3.3 ci-dessus) (370). Si les restrictions d’accès consistent en un refus de fourniture tel que décrit à la section 4.8, elles sont appréciées au regard de ce cadre d’analyse spécifique, qui a été élaboré pour tenir dûment compte de la nécessité de protéger la liberté contractuelle des entreprises et leurs incitations à investir.

181.

Les restrictions d’accès peuvent fausser l’exercice d’une concurrence effective même si l’intrant en question n’est pas indispensable. Toutefois, l’importance de l’intrant pour la partie qui en demande l’accès augmentera la probabilité que les restrictions d’accès entraînent des effets d’éviction (371).

182.

Les exemples ci-dessous illustrent des restrictions d’accès qui, compte tenu du contexte spécifique de l’espèce, peuvent être considérées comme abusives:

a)

lorsque les pratiques commerciales de l’entreprise dominante entraînent une rupture de l’approvisionnement des clients existants qui sont en concurrence avec elle sur un marché en aval dès lors que ces clients se conforment aux usages commerciaux et que les commandes qu’ils passent ne présentent aucun caractère anormal (372);

b)

lorsque l’entreprise dominante ne développe pas un intrant exclusivement pour son propre usage, mais afin de permettre à des entreprises tierces de l’utiliser, et qu’elle ne donne néanmoins pas accès à cet intrant ou en limite l’accès pour une ou plusieurs entreprises tierces (373);

c)

lorsque l’entreprise dominante ne respecte pas les obligations qui lui sont imposées (ou les prérogatives conférées à un tiers) par voie législative, réglementaire ou contractuelle, qui limitent son autonomie décisionnelle en ce qui concerne l’accès à l’intrant (374); ou

d)

lorsque l’entreprise dominante applique des conditions inéquitables ou déraisonnables d’une manière susceptible de dégrader, de retarder ou d’entraver d’une autre manière l’accès à un intrant. Tel pourrait être le cas, par exemple, lorsque l’entreprise dominante (375):

i)

ne fixe pas des conditions d’accès équitables et transparentes, y compris des règles en matière de prix; ou

ii)

ne répond pas en temps utile aux demandes d’accès ou retarde le début des négociations relatives à l’accès et la signature de contrats octroyant l’accès à des tiers.

4.8. Refus de fourniture

183.

Un scénario spécifique concernant l’accès à un intrant est soumis à un cadre d’analyse spécifique plutôt qu’au cadre général décrit à la section 3. Il s’agit des situations dans lesquelles une entreprise dominante détient un intrant (376) qu’elle a constitué ou développé (377) uniquement pour son propre usage et en refuse l’accès lorsqu’une autre entreprise demande à y accéder (généralement, un concurrent actuel ou potentiel sur un marché en aval) (378). Ce scénario est communément appelé «refus de fourniture».

184.

Dans le scénario d’un refus de fourniture, une obligation d’accorder l’accès à un tiers, généralement un concurrent actuel ou potentiel, porte directement atteinte à la liberté contractuelle et au droit de propriété de l’entreprise dominante, étant donné que cette dernière avait développé l’intrant uniquement pour son propre usage. Une telle obligation peut également avoir une incidence sur la motivation des concurrents à développer des intrants concurrents et sur celle de l’entreprise dominante à investir dans le développement des intrants (379). Par conséquent, les juridictions de l’Union européenne ont fixé deux conditions plus strictes pour pouvoir conclure que ces refus de fourniture faussent la concurrence effective et, partant, qu’une obligation d’accès peut être imposée (380).

185.

Premièrement, l’intrant doit être indispensable pour que l’entreprise qui demande l’accès puisse exercer une activité concurrentielle sur le marché en aval. Cette condition vise à déterminer si l’entreprise dominante contrôle l’accès au marché en cause du fait de cet intrant et si, par conséquent, il peut être approprié de la contraindre à accorder l’accès à ce dernier (381).

186.

Un intrant est considéré comme indispensable s’il n’existe aucun substitut réel ou potentiel à celui-ci (382). Plus précisément, cela signifie que:

a)

il n’est ni réaliste ni viable de reproduire l’intrant pour des raisons physiques, techniques, juridiques ou économiques (383);

b)

un intrant équivalent ne peut être obtenu à partir d’autres sources; et

c)

l’accès à l’intrant est nécessaire pour que l’entreprise demandeuse puisse entrer sur le marché ou y rester présente de manière rentable (384).

187.

S’il existe un substitut réel ou potentiel à l’intrant en question, même si l’accès à ce substitut est moins avantageux pour l’entreprise demandeuse, l’intrant ne peut normalement pas être considéré comme indispensable (385).

188.

Deuxièmement, le refus doit être de nature à éliminer toute concurrence effective de la part de l’entreprise demandeuse (386). À cet égard, le fait que l’entreprise demandeuse (ou, a fortiori, d’autres concurrents de l’entreprise dominante. reste présente de manière marginale sur certaines «niches» du marché ne saurait suffire pour conclure à l’existence d’une concurrence effective (387).

189.

Les scénarios de refus de fourniture décrits dans la présente section peuvent également concerner les droits de propriété intellectuelle (388). En règle générale, ces refus peuvent être considérés comme faussant la concurrence effective si, en plus de remplir les conditions susmentionnées, ils limitent le développement technique sur le marché. Tel est le cas lorsque le refus empêche l’entreprise demandeuse de fabriquer de nouveaux biens ou de fournir de nouveaux services qui ne sont pas proposés par l’entreprise dominante et pour lesquels il existe une demande potentielle de la part des consommateurs (389), même si ces biens ou services sont en concurrence avec ceux de l’entreprise dominante. Il ne suffit pas que l’entreprise qui demande l’accès se limite, en substance, à reproduire des biens ou des services qui sont déjà offerts par le titulaire du droit de propriété intellectuelle (390).

4.9. Traitement plus favorable appliqué par l’entreprise dominante à ses propres produits (autofavoritisme)

190.

Les entreprises appliquent généralement un traitement plus favorable à leurs propres produits qu’aux produits des concurrents. Un comportement consistant à appliquer un tel traitement favorable, principalement au moyen de pratiques non tarifaires, est généralement appelé «autofavoritisme» (391).

191.

Il n’y a pas de règle générale selon laquelle l’autofavoritisme pose problème du point de vue de la concurrence, même lorsqu’il est le fait d’entreprises dominantes. Toutefois, dans certaines situations, il peut fausser la concurrence effective (392).

192.

En particulier, l’autofavoritisme peut fausser la concurrence effective lorsque l’entreprise dominante tire parti de sa position dominante sur un marché (le «marché exerçant l’effet de levier») pour appliquer un traitement préférentiel à ses propres produits sur un autre marché (le «marché ciblé par l’effet de levier») (393), par des moyens qui s’écartent de la concurrence par les mérites. L’effet de levier peut être utilisé pour renforcer la position de l’entreprise dominante sur le marché ciblé par l’effet de levier (effet de levier offensif) ou pour protéger sa position dominante sur le marché exerçant l’effet de levier qu’elle domine (effet de levier défensif). Il ressort de la pratique de la Commission que les pratiques d’autofavoritisme sont davantage susceptibles de soulever des préoccupations de concurrence dans les scénarios où l’entreprise dominante est en mesure de contrôler, sur le marché exerçant l’effet de levier, les conditions d’accès au(x) marché(s) ciblé(s) par l’effet de levier ou à un écosystème de produits sur plusieurs marchés (394).

193.

La pratique de la Commission a montré que les pratiques d’autofavoritisme sont susceptibles de se produire lorsque deux marchés sont liés par une relation verticale ou par une relation conglomérale. Tel est le cas, par exemple, lorsque les deux marchés font partie de la même chaîne de valeur d’intermédiation (395) ou lorsque les concurrents de l’entreprise dominante sur le marché ciblé par l’effet de levier sont des utilisateurs actuels ou potentiels sur le marché exerçant l’effet de levier (396).

194.

L’autofavoritisme peut revêtir différentes formes. Par exemple, la pratique peut prendre la forme d’un positionnement ou d’un affichage du produit bénéficiant de l’effet de levier sur le marché exerçant l’effet de levier (397), d’une orientation du comportement ou du choix des consommateurs (398), ou d’une manipulation des processus de sélection (tels que les enchères), à l’avantage des propres activités commerciales de l’entreprise dominante. L’autofavoritisme peut également consister en une combinaison ou une succession de différentes pratiques dans la durée (399).

195.

L’autofavoritisme est apprécié en appliquant les principes généraux énoncés à la section 3. Dès lors, sur le plan conceptuel, l’autofavoritisme fausse la concurrence effective uniquement lorsqu’il: 1) s’écarte de la concurrence par les mérites (voir section 3.2 ci-dessus) et 2) est susceptible de produire des effets d’éviction (voir section 3.3 ci-dessus) (400).

196.

À cet égard, en plus des facteurs mentionnés à la section 3, les éléments suivants peuvent être pertinents pour l’appréciation (401):

a)

le traitement préférentiel est appliqué sur un marché exerçant l’effet de levier qui constitue une source importante d’activités pour les concurrents sur le marché ciblé par l’effet de levier, que les concurrents ne peuvent pas effectivement remplacer par d’autres moyens, même s’il n’est pas «indispensable» au sens du cadre d’analyse pour établir un abus consistant en un refus de fourniture (402);

b)

le traitement préférentiel s’apparente à une différence de traitement non justifiée (403). Tel est le cas lorsque le traitement préférentiel est susceptible d’être contraire à la logique commerciale sous-jacente des activités de l’entreprise dominante sur le marché exerçant l’effet de levier (404), ou lorsque, sur le marché exerçant l’effet de levier, il existe une attente selon laquelle l’entreprise dominante se comportera de manière neutre ou ouverte, mais que celle-ci adopte par la suite un comportement contraire à cette attente, de manière non objective et non transparente (405); ou

c)

le traitement préférentiel est susceptible d’influencer le comportement des utilisateurs, quelles que soient les qualités intrinsèques du produit bénéficiant de l’effet de levier (406).

4.10. Comportement qui, par sa nature même, est nuisible pour la concurrence

197.

Certains comportements d’entreprises dominantes sont, par leur nature même, nuisibles pour la concurrence, par exemple parce qu’ils ne poursuivent pas d’autre intérêt économique pour l’entreprise dominante que celui de restreindre la concurrence. De tels comportements ne relèvent manifestement pas de la concurrence par les mérites et il est par conséquent très peu probable qu’ils génèrent des avantages pour les consommateurs (407).

198.

Les exemples ci-après illustrent différents types de comportements qui, en fonction des circonstances spécifiques, peuvent être considérés, par leur nature même, comme nuisibles pour la concurrence:

a)

les paiements effectués par l’entreprise dominante au profit de ses clients, à la condition que ceux-ci ne vendent pas, ou reportent la vente, de produits proposés par un concurrent déterminé de l’entreprise dominante ou de produits intégrant des équipements d’un tel concurrent (408);

b)

l’entreprise dominante convenant avec ses distributeurs qu’ils échangeront un produit concurrent contre le sien, sous la menace d’un retrait des remises qui leur sont accordées (409);

c)

l’entreprise dominante procédant au démantèlement actif d’une infrastructure sur laquelle un concurrent s’appuie pour exercer une concurrence effective sur le marché (410); ou

d)

dans un contexte où l’entreprise dominante exerce à la fois des fonctions réglementaires et commerciales et se trouve ainsi dans une situation de conflit d’intérêts, l’adoption et la mise en œuvre de règles et de sanctions qui, en l’absence de critères matériels et de règles de procédure détaillées garantissant leur caractère transparent, objectif, précis et non discriminatoire, donnent à l’entreprise dominante le pouvoir de refuser, à sa discrétion, l’accès au marché à toute entreprise concurrente (411).

199.

Lorsqu’il est établi qu’un comportement est, par sa nature même, nuisible pour la concurrence, ledit comportement est réputé fausser la concurrence effective.

200.

Au cours de la procédure administrative, l’entreprise dominante peut présenter des éléments visant à démontrer que son comportement n’est pas, par sa nature même, nuisible pour la concurrence. Les juridictions de l’Union européenne ne se sont pas prononcées sur le point de savoir si une entreprise dominante peut contester une constatation selon laquelle son comportement est, par sa nature même, nuisible pour la concurrence en prouvant que ce comportement n’est pas susceptible de produire des effets d’éviction dans les circonstances spécifiques de l’espèce. Dans l’attente d’éclaircissements de la part des juridictions de l’Union européenne, la Commission considère qu’en tout état de cause, une telle contestation ne peut prospérer que de manière tout à fait exceptionnelle. Si les juridictions de l’Union européenne devaient estimer, sur la base d’une interprétation cohérente des articles 101 et 102 du TFUE (412), qu’un comportement nuisible, par sa nature même, à la concurrence au regard de l’article 102 du TFUE devrait être soumis aux mêmes exigences en matière de preuves que les restrictions par objet au titre de l’article 101 du TFUE, la Commission adapterait sa pratique décisionnelle en conséquence (413).

201.

L’entreprise dominante peut chercher à démontrer qu’un comportement qui est, par sa nature même, nuisible pour la concurrence est justifié par une nécessité objective ou des gains d’efficacité. Toutefois, au vu de la nature des comportements relevant de cette catégorie, la pratique de la Commission elle-même indique qu’il est très peu probable que de telles tentatives puissent prospérer.

5. PRINCIPES GÉNÉRAUX APPLICABLES À L’APPRÉCIATION DE JUSTIFICATIONS OBJECTIVES

5.1. Introduction

202.

Un comportement faussant la concurrence effective peut échapper à l’interdiction établie à l’article 102 du TFUE lorsqu’il est objectivement justifié (414). Pour être objectivement justifié, le comportement doit soit être objectivement nécessaire («moyen de défense fondé sur la nécessité objective»), soit générer des gains d’efficacité qui contrebalancent l’effet négatif dudit comportement sur la concurrence, voire surpassent ledit effet («moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité») (415).

203.

Un moyen de défense fondé sur la nécessité objective s’appuie généralement sur une raison impérieuse susceptible de justifier l’adoption d’un comportement faussant la concurrence effective. Une telle raison peut être liée à la nécessité de protéger les intérêts légitimes de l’entreprise dominante ou, dans certaines circonstances, peut être liée à la poursuite d’un objectif de santé ou de sécurité publique ou d’un autre objectif d’intérêt public (voir section 5.2 ci-dessous). Un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité, pour sa part, s’appuie sur une allégation selon laquelle le comportement permet à l’entreprise dominante d’exercer une concurrence plus effective sur les prix, la qualité, l’innovation ou le choix et ainsi de créer, pour les consommateurs, des avantages qui contrebalancent ou surpassent la distorsion de la concurrence effective causée par ledit comportement (voir section 5.3 ci-dessous).

204.

La charge de la preuve d’un moyen de défense fondé sur la nécessité objective ou sur les gains d’efficacité incombe à l’entreprise dominante (416), en particulier parce que celle-ci est naturellement bien placée pour révéler l’existence de la nécessité objective ou du gain d’efficacité et pour en démontrer la matérialité (417).

205.

Un moyen de défense fondé sur la nécessité objective ou sur les gains d’efficacité doit être étayé par des arguments et des éléments de preuve convaincants (418). Des allégations vagues, générales et théoriques ou reposant exclusivement sur les intérêts commerciaux de l’entreprise dominante ne suffisent pas (419). Enfin, la question de savoir si les gains d’efficacité allégués étaient des conséquences intentionnelles ou, au contraire, uniquement non intentionnelles du comportement examiné n’est pas pertinente pour l’appréciation d’un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité (420).

206.

Une fois que l’entreprise dominante a avancé des arguments et des éléments de preuve à l’appui d’une justification objective, il appartient à la Commission d’apprécier si ces arguments et éléments de preuve peuvent prévaloir et, par conséquent, si la justification invoquée peut être accueillie (421).

5.2. Moyen de défense fondé sur une nécessité objective

207.

Un moyen de défense fondé sur une nécessité objective suppose de démontrer que le comportement de l’entreprise dominante est objectivement nécessaire pour atteindre un objectif légitime (422).

208.

En particulier, une nécessité objective peut procéder de considérations commerciales légitimes, par exemple la protection de l’entreprise dominante contre la concurrence déloyale (423), la protection contre le passage, par les clients, de commandes présentant un caractère anormal (424), la protection de l’intégrité ou de la sécurité des services de l’entreprise dominante (425), la protection contre un comportement de clients contraire aux usages loyaux du commerce (426) ou la nécessité d’appliquer des réductions de prix aboutissant à des prix inférieurs aux coûts, afin d’écouler les stocks excédentaires et obsolètes (427). Toutefois, un comportement qui fausse la concurrence ne saurait être justifié au motif qu’il équivaut à un alignement des prix de l’entreprise dominante sur ceux de ses concurrents non dominants (428).

209.

Une nécessité objective peut également procéder de justifications techniques, par exemple la nécessité de maintenir ou d’améliorer les performances du produit de l’entreprise dominante (429). Lorsque de telles justifications techniques sont invoquées en rapport avec un refus d’assurer l’interopérabilité avec un intrant contrôlé par l’entreprise dominante, l’absence de solution technique permettant l’interopérabilité entre l’intrant et un produit concurrent ou la difficulté de développer une telle solution ne suffisent pas en soi à démontrer l’existence d’une nécessité objective, sauf si l’octroi d’une telle interopérabilité compromettrait l’intégrité ou la sécurité des produits de l’entreprise, ou s’il serait techniquement impossible d’assurer l’interopérabilité en développant une telle solution (430). Le fait qu’une entreprise dominante ne réponde pas à une demande d’une entreprise cherchant à obtenir l’interopérabilité pourrait constituer un indice que le refus d’assurer l’interopérabilité n’est pas objectivement justifié (431).

210.

Un moyen de défense fondé sur la nécessité objective peut également porter sur la poursuite d’un objectif d’intérêt général réel et objectivement défini (432), par exemple, des objectifs réels et fondés sur des éléments de preuve en matière de santé publique (433), des considérations relatives à la sécurité des produits (434), à la sécurité des réseaux (435), à la contribution à la résilience de l’Union européenne (436), ou d’autres considérations d’intérêt public) Toutefois, les juridictions de l’Union européenne ont précisé que la poursuite d’objectifs d’intérêt public ne peut être utilisée comme prétexte par l’entreprise dominante pour dissimuler un comportement visant à renforcer sa position dominante. En conséquence, elles ont affirmé qu’il n’appartenait pas à l’entreprise dominante de prendre, de sa propre initiative, des mesures destinées à éliminer des produits qu’elle considère, à tort ou à raison — sur la base de sa propre perception des qualités de ces produits ou de sa propre interprétation des normes et réglementations applicables — comme dangereux, ou d’une qualité inférieure à ses propres produits (437). Plus généralement, il n’appartient pas à l’entreprise dominante de faire respecter la législation par les autres entreprises (438).

211.

Un moyen de défense fondé sur la nécessité objective ne sera admis que si la distorsion de la concurrence effective résultant du comportement est proportionnée à l’objectif allégué (439). La condition de proportionnalité n’est pas remplie lorsque le même objectif pourrait être atteint par des moyens moins restrictifs de la concurrence (440). Lorsqu’un comportement est considéré comme étant, par sa nature même, nuisible pour la concurrence (voir point 197 ci-dessus), il est très peu probable qu’il puisse être justifié sur la base d’une nécessité objective (441).

5.3. Moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité

5.3.1. Principes généraux

212.

Un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité suppose de démontrer que la distorsion de la concurrence effective résultant du comportement de l’entreprise dominante est contrebalancée, voire surpassée, par des avantages en termes d’efficacité qui profitent également au consommateur (442).

213.

Les types de gains d’efficacité que les entreprises dominantes peuvent invoquer incluent tous les gains d’efficacité économique objectifs, y compris les gains d’efficacité en matière de coûts et les gains d’efficacité de nature qualitative.

214.

Il peut être tenu compte à la fois de paramètres statiques et, le cas échéant et s’il y a lieu, de paramètres évolutifs dans l’appréciation des gains d’efficacité en matière de coûts et des gains d’efficacité qualitatifs. En fonction du délai dans lequel ils sont répercutés, on peut faire la distinction entre les gains d’efficacité en matière de coûts et les gains d’efficacité qualitatifs à court et à long terme. Certains gains d’efficacité en matière de coûts ou qualitatifs découlent immédiatement du comportement de l’entreprise dominante, tandis que d’autres prennent plus de temps à se concrétiser car ils résultent, par exemple, d’investissements accrus dans la R&D, l’innovation ou les infrastructures.

215.

Les gains d’efficacité en matière de coûts peuvent résulter de divers éléments, tels que le développement de nouvelles technologies et méthodes de production, les économies d’échelle et de gamme (443), ainsi que les dispositifs permettant une meilleure planification ou organisation de la production ou de la distribution (444).

216.

Les gains d’efficacité qualitatifs comprennent, par exemple, les gains d’efficacité qui créent de la valeur sous forme de produits nouveaux ou meilleurs ou d’une plus grande variété de produits (445). Les gains d’efficacité qualitatifs peuvent, par exemple, résulter d’investissements accrus dans la R&D ou d’avancées techniques et technologiques découlant de la combinaison d’actifs physiques ou non physiques. Un comportement qui fausse la concurrence effective peut être objectivement justifié, entre autres, parce qu’il permet à l’entreprise dominante de récupérer ou de monétiser les investissements dans le développement de nouveaux produits (446), de réaliser des investissements propres à la relation contractuelle (447), ou de régler les problèmes de parasitisme ou de renonciation à certains investissements, ou les problèmes liés à des imperfections du marché des capitaux (448). Les gains d’efficacité qualitatifs peuvent également résulter de nouvelles formes de distribution qui permettent la production et la commercialisation de produits nouveaux ou améliorés.

217.

Les avantages en matière de durabilité (449) peuvent également prendre la forme de gains d’efficacité qualitatifs, par exemple lorsque le comportement de l’entreprise dominante permet d’utiliser moins de matières premières ou des technologies de production ou de distribution moins polluantes, d’augmenter la recyclabilité des produits, de recourir à des infrastructures plus résilientes, de réduire le risque de perturbations de la chaîne d’approvisionnement, de produire des produits nouveaux plus durables ou de réduire le temps de lancement des produits sur le marché (450). Par exemple, les gains d’efficacité peuvent résulter d’un comportement utilisé pour résoudre un problème de renonciation à des investissements qui poursuivent des objectifs de durabilité, par exemple pour pallier le risque à long terme d’investir dans une centrale hydroélectrique ou un parc éolien (451).

218.

Dans certains cas, les avantages en matière de durabilité découlant du comportement de l’entreprise dominante peuvent également se traduire par des avantages pour les consommateurs sous la forme de réductions des coûts, par exemple lorsque le comportement de l’entreprise dominante permet de produire ou de distribuer davantage de produits durables à moindre coût. En conséquence, non seulement les consommateurs bénéficient de prix plus bas, mais la disponibilité de produits durables moins chers crée une externalité positive distincte si elle incite les consommateurs à remplacer des produits moins durables (polluants) par des produits plus durables.

219.

Lorsqu’il est constaté que le comportement d’une entreprise dominante fausse la concurrence effective, tout gain d’efficacité potentiel ne peut être examiné qu’en tant que justification objective (452).

220.

Pour établir un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité, l’entreprise dominante doit démontrer que les quatre conditions cumulatives suivantes (453) sont remplies:

a)

le comportement de l’entreprise dominante permet de réaliser des gains d’efficacité, compte tenu à la fois de la réalité et de l’étendue de ceux-ci;

b)

ces gains d’efficacité contrebalancent les effets négatifs de ce comportement sur la concurrence et les consommateurs (454) sur le ou les marchés concernés;

c)

le comportement est nécessaire à la réalisation de ces gains d’efficacité (455); et

d)

le comportement n’élimine pas une concurrence effective en supprimant la totalité ou la plupart des sources existantes de concurrence actuelle ou potentielle (456).

221.

Lorsque les quatre conditions sont réunies, l’effet net d’un tel comportement est de promouvoir durablement l’essence du processus concurrentiel, à savoir gagner des clients en proposant de meilleurs produits ou de meilleurs prix que ceux offerts par les concurrents.

222.

L’appréciation des quatre conditions cumulatives suit une «échelle mobile». Plus le comportement de l’entreprise dominante a le potentiel de nuire à la concurrence, moins il est probable que les quatre conditions soient remplies. Par conséquent, bien qu’en principe, un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité puisse être invoqué pour tous les types de comportement d’une entreprise dominante, il ressort de l’expérience de la Commission qu’il est très peu probable qu’un comportement jugé, par sa nature même, nuisible pour la concurrence remplisse les quatre conditions cumulatives (457).

5.3.2. Gains d’efficacité vérifiables

223.

Selon la première condition, l’entreprise dominante doit préciser la nature, la réalité et l’étendue des gains d’efficacité allégués (458).

224.

Tous les gains d’efficacité allégués par l’entreprise dominante doivent être étayés et doivent être objectifs, concrets et vérifiables, de sorte qu’il puisse être démontré, avec un degré de probabilité suffisant, que le comportement permet l’obtention d’un avantage objectif sensible de nature à compenser l’inconvénient qu’il comportait pour la concurrence (459).

225.

Les éléments de preuve pertinents pour l’appréciation des arguments fondés sur les gains d’efficacité comprennent, en particulier, des documents internes contemporains relatifs au processus décisionnel concernant le comportement en cause, des documents financiers et comptables (460), des exemples passés de gains d’efficacité et d’avantages pour les consommateurs, des études d’experts externes sur le type et l’ampleur des gains d’efficacité ainsi que des modèles économiques, pour autant qu’ils soient applicables aux faits de l’espèce (461).

226.

Lorsque cela est raisonnablement possible, l’entreprise dominante doit quantifier les gains d’efficacité et les avantages qui en résultent pour les consommateurs (462). Cette quantification consiste à estimer avec toute la précision raisonnablement possible l’ampleur des gains d’efficacité et à décrire de manière détaillée comment l’estimation a été réalisée. Les éléments fournis doivent être vérifiables afin de pouvoir établir avec un degré de probabilité suffisant que des gains d’efficacité ont été réalisés ou le seront (463).

227.

Une analyse quantitative précise peut être excessivement difficile ou pratiquement impossible pour certains gains d’efficacité qualitatifs et à plus long terme. Dans de tels cas, l’entreprise dominante doit à tout le moins décrire en détail la nature des gains d’efficacité et ce en quoi ils ont une incidence positive clairement identifiable, objective et vérifiable sur les consommateurs (et non une incidence simplement marginale. en fournissant, dans la mesure du possible, une estimation de l’ampleur de l’avantage allégué (464).

228.

Selon la première condition, les gains d’efficacité allégués doivent résulter du comportement de l’entreprise dominante (465). À cet égard, il convient de vérifier s’il existe un lien de causalité suffisant entre le comportement de l’entreprise dominante et les gains d’efficacité allégués (466). À cette fin, l’entreprise dominante doit décrire le mécanisme par lequel les gains d’efficacité sont réalisés.

229.

Le lien de causalité entre le comportement et les gains d’efficacité allégués doit en principe être direct. Les allégations génériques fondées sur des effets indirects sont en principe trop incertaines ou difficiles à vérifier pour être prises en considération. Un lien de causalité direct existe par exemple lorsqu’il peut être démontré qu’un accord de distribution exclusive permet à l’entreprise dominante de distribuer ses produits à moindre coût ou de garantir un approvisionnement stable. À l’inverse, à titre d’exemple, si une entreprise dominante affirmait qu’un comportement spécifique lui permet d’augmenter ses bénéfices et, partant, d’investir davantage dans la R&D, dans l’intérêt final des consommateurs, les gains d’efficacité seraient généralement trop incertains ou difficiles à vérifier. S’il peut y avoir un lien entre la rentabilité, d’une part, et la R&D, d’autre part, ce lien n’est généralement pas suffisamment direct pour que l’avantage pour les consommateurs soit considéré comme un gain d’efficacité (467).

230.

Dans les cas où les gains d’efficacité ne se sont pas encore concrétisés, l’entreprise dominante doit étayer toute projection de la date à partir de laquelle ils se matérialiseront et commenceront à avoir des effets positifs significatifs sur le marché. La période appropriée pour la prise en considération de gains d’efficacité futurs dépend des caractéristiques et de la dynamique du marché ainsi que de la théorie du préjudice. L’incertitude concernant la réalisation des gains d’efficacité sera d’autant plus grande que leur concrétisation est prévue dans un avenir plus lointain. Les gains d’efficacité doivent se concrétiser dans un délai dans lequel la survenance d’événements spécifiques est prévisible avec un degré de certitude suffisant. Pour apprécier les gains d’efficacité, la Commission ne peut être tenue d’effectuer une analyse prospective sur la base d’éléments dont elle n’est pas en mesure d’envisager les effets à long terme avec un degré de certitude suffisant (468). Pour apprécier la probabilité et l’ampleur de gains d’efficacité futurs, afin de pouvoir dûment comparer une perte actuelle à un gain futur pour les consommateurs, la valeur des gains futurs doit être actualisée au moyen d’un taux d’actualisation reflétant la valeur plus faible des gains futurs (469).

5.3.3. Part équitable pour les consommateurs

231.

L’entreprise dominante doit démontrer que les gains d’efficacité rendus possibles par son comportement ont une incidence favorable sur les consommateurs (470). À cette fin, elle doit démontrer que la répercussion des gains d’efficacité allégués est suffisamment importante pour au moins compenser toute incidence négative sur les consommateurs affectés par le comportement de l’entreprise dominante (471).

232.

L’incitation de l’entreprise dominante à répercuter les gains d’efficacité en matière de coûts sur les consommateurs est souvent liée à l’existence d’une pression concurrentielle exercée par les entreprises restantes sur le marché ou par l’entrée sur le marché de concurrents potentiels. Plus les effets négatifs actuels ou potentiels sur la concurrence sont importants, plus les gains d’efficacité allégués doivent être substantiels, susceptibles d’être réalisés, et répercutés, à un degré suffisant sur les consommateurs.

233.

La pratique de la Commission a montré que le fait que la concurrence soit déjà affaiblie en raison de la présence même de l’entreprise dominante est un facteur dont il doit être tenu compte pour apprécier si les gains d’efficacité allégués sont susceptibles d’être répercutés sur les consommateurs. Par conséquent, généralement, plus le pouvoir de marché de l’entreprise dominante est important, moins il est probable que les avantages allégués seront répercutés sur les consommateurs. Lorsque le pouvoir de marché de l’entreprise dominante est très élevé, ou lorsque la demande est très inélastique, il est très peu probable qu’un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité s’applique, car il est très peu probable que d’éventuels gains d’efficacité soient répercutés sur les consommateurs.

234.

En général, les gains d’efficacité qui entraînent des réductions des coûts variables ou marginaux de l’entreprise dominante sont plus susceptibles d’être répercutés sur les consommateurs et de se traduire par une baisse des prix pour ces derniers que ceux qui entraînent des réductions des coûts fixes (472).

235.

Les gains d’efficacité qualitatifs peuvent également être répercutés sur les consommateurs sous la forme de produits nouveaux ou améliorés (473). La valeur accordée par les consommateurs à la qualité supérieure peut être mesurée en examinant leur disposition à payer pour des produits améliorés (474). Lorsqu’il est impossible de quantifier précisément les avantages que les gains d’efficacité qualitatifs génèrent pour le consommateur, l’entreprise dominante doit démontrer que l’augmentation de valeur découlant de ces gains d’efficacité est suffisante pour compenser tout préjudice causé par son comportement (475).

236.

L’appréciation des avantages découlant du comportement de l’entreprise dominante se limite, en principe, au périmètre de chaque marché en cause auquel le comportement se rapporte. En principe, les effets négatifs sur les consommateurs d’un marché géographique ou d’un marché de produits donné ne peuvent être comparés aux effets positifs pour les consommateurs d’un marché géographique ou d’un marché de produits distinct, ni compensés par ces effets positifs (476).

237.

Toutefois, si deux marchés sont liés entre eux, les gains d’efficacité obtenus sur des marchés distincts peuvent être pris en considération, sous réserve que le groupe de consommateurs touchés par la restriction et celui qui bénéficie des gains d’efficacité soient substantiellement les mêmes (477). Cela peut être le cas, par exemple, lorsque le comportement de l’entreprise dominante permet d’accroître les investissements dans de nouvelles infrastructures ou technologies qui ont des retombées à différents niveaux liés de la chaîne de valeur ne faisant pas partie du ou des marchés en cause affectés par le comportement. Lorsqu’il existe un chevauchement substantiel entre les consommateurs affectés par le comportement et les bénéficiaires en dehors du marché en cause, les gains d’efficacité extérieurs au marché qui profitent aux consommateurs sur le marché en cause peuvent être considérés comme (une partie d’)un moyen de défense fondé sur les gains d’efficacité. Des gains d’efficacité extérieurs au marché peuvent également exister lorsque les gains d’efficacité découlant du comportement d’une entreprise dominante créent, par l’internalisation des externalités négatives ou positives, des avantages collectifs s’étendant au-delà du ou des marchés sur lesquels le comportement a une incidence négative.

Ces avantages collectifs peuvent, par exemple, apparaître lorsque l’utilisation de technologies plus propres ou la fabrication de produits plus durables procurent des avantages en matière de durabilité à une plus grande partie de la société, indépendamment de l’appréciation individuelle de la technologie ou du produit par les consommateurs (478).

238.

Pour que des gains d’efficacité extérieurs au marché soient pris en considération, l’entreprise dominante doit décrire clairement les avantages allégués et fournir les éléments de preuve attestant que ces avantages sont déjà survenus ou vont probablement survenir; définir précisément les bénéficiaires; démontrer que les consommateurs sur lesquels le comportement a une incidence négative sur le marché en cause chevauchent de façon substantielle les bénéficiaires; démontrer que la part des gains d’efficacité extérieurs au marché qui profite aux consommateurs affectés par le comportement sur le marché en cause, éventuellement avec d’autres gains d’efficacité (sur le marché) répercutés sur ces consommateurs, contrebalance ou surpasse le préjudice subi par ces derniers du fait de ce comportement (479).

5.3.4. Caractère indispensable du comportement de l’entreprise dominante

239.

L’entreprise dominante est tenue de démontrer que son comportement est indispensable à la réalisation des gains d’efficacité allégués parce que ces derniers ne peuvent être réalisés dans une mesure similaire par des solutions moins préjudiciables à la concurrence (480). Si le comportement va au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre ces gains d’efficacité, la condition relative à la nature indispensable n’est pas remplie (481). Seules les solutions qui sont raisonnablement réalisables dans la situation commerciale à laquelle l’entreprise dominante est confrontée seront prises en considération. L’entreprise dominante doit expliquer et démontrer pourquoi des solutions qui apparaissent réalistes et moins restrictives seraient nettement moins efficaces. Les entreprises dominantes qui invoquent des gains d’efficacité ne sont pas tenues d’envisager des solutions alternatives hypothétiques ou théoriques (482).

240.

L’appréciation de la nature indispensable est effectuée dans le cadre actuel dans lequel s’inscrit le comportement de l’entreprise dominante et doit notamment tenir compte de la structure des marchés en cause ainsi que des risques économiques et des incitations liés aux activités de l’entreprise dominante. Par exemple, si une entreprise dominante a réalisé d’importants investissements irrécupérables dans la R&D, dans ses infrastructures ou dans ses relations avec ses clients ou ses fournisseurs, certaines restrictions peuvent lui être nécessaires pour récupérer l’investissement, pour éviter les renonciations à des investissements ou pour faire converger les incitations des parties concernées. Dans ce cas, il convient de déterminer si le comportement de l’entreprise dominante est proportionné pour récupérer l’investissement en question au regard de la nature et du volume de ce dernier et des risques qui y sont associés (483), ainsi que de la durée nécessaire pour obtenir un rendement raisonnable de l’investissement irrécupérable en question et de la disponibilité d’autres sources de revenus qui compensent les investissements de l’entreprise dominante (484).

241.

Pour que le comportement de l’entreprise dominante soit jugé indispensable, il est nécessaire d’apporter des éléments de preuve suffisants quant au lien direct entre ce comportement et la réalisation des gains d’efficacité allégués et de l’absence de solutions moins restrictives pour réaliser les gains d’efficacité. Dans l’exemple d’une décision de réaliser des investissements irrécupérables substantiels, pour apprécier s’il existait des solutions moins restrictives, par exemple, du fait que l’entreprise dominante aurait réalisé les investissements sans adopter le comportement qui fausse la concurrence, il est nécessaire d’apporter des preuves de la décision de financer les investissements allégués (485), ainsi que de tenir compte des éléments de preuve concernant les décisions d’investissement de l’entreprise dominante et de ses concurrents. Les éléments de preuve montrant que l’entreprise dominante aurait, en l’absence du comportement, généré des revenus suffisants ou qu’elle avait accès à d’autres leviers de monétisation indiquent généralement que le comportement n’était pas nécessaire pour que l’entreprise dominante soit en mesure de financer ses investissements allégués (486). Les éléments de preuve attestant que l’entreprise dominante ou ses concurrents ont réalisé des investissements similaires à l’égard de produits ou de clients non concernés par le comportement qui fausse la concurrence seront également considérés comme une indication de ce que le comportement n’était pas nécessaire pour inciter l’entreprise dominante à réaliser les investissements (487). De même, lorsqu’il est démontré que l’entreprise dominante aurait encouru les dépenses d’investissement même en l’absence du comportement, par exemple, pour répondre à l’évolution de la dynamique du marché, le comportement ne saurait être considéré comme nécessaire pour récupérer les investissements (488).

242.

Pour apprécier la disponibilité d’autres solutions moins restrictives, en prenant toujours comme exemple la décision d’une entreprise dominante de réaliser d’importants investissements irrécupérables, la mesure dans laquelle les risques associés à ces investissements pouvaient faire l’objet d’un engagement contractuel (c’est-à-dire qu’il est possible de conclure un contrat et de le faire exécuter, et de garantir ainsi que l’entreprise dominante obtient une compensation directe pour ses investissements) est un facteur à prendre en considération (489).

5.3.5. Absence d’élimination d’une concurrence effective

243.

L’entreprise dominante doit démontrer que son comportement n’élimine pas une concurrence effective en supprimant la totalité ou la plupart des sources existantes de concurrence actuelle ou potentielle sur le marché en cause (490). La rivalité entre entreprises est un moteur indispensable à l’efficacité économique et au bien-être des consommateurs, y compris les gains d’efficacité à plus long terme sous forme d’investissements accrus dans la R&D, l’innovation ou les infrastructures. Lorsque l’ensemble ou la plupart des sources de concurrence effective restante sont éliminées, le processus concurrentiel prend fin et les gains d’efficacité à court terme sont balayés par des pertes plus durables en termes d’efficacité et de bien-être des consommateurs dues, par exemple, aux dépenses engagées par l’entreprise en place pour maintenir sa position (recherche de rentes), à une mauvaise affectation des ressources, à une réduction du choix, à une diminution de l’innovation et à une augmentation des prix (491).

244.

L’appréciation de cette condition doit tenir dûment compte du fait que la concurrence sur le marché est déjà affaiblie en raison de la présence même de l’entreprise dominante. Par conséquent, le degré de dominance et, en particulier, le fait que l’entreprise dominante occupe une position dominante bien établie, voire monopolistique, sont pertinents pour apprécier si le comportement élimine la totalité ou la plupart des sources de concurrence (492).

245.

Pour apprécier si le comportement élimine la totalité ou la plupart des sources de concurrence effective restante, il faut analyser de manière réaliste les diverses sources (actuelles ou potentielles) de concurrence sur le marché, le niveau de contrainte concurrentielle qu’elles exercent sur l’entreprise dominante et l’incidence du comportement en cause sur cette contrainte concurrentielle (493).

6. OBSERVATIONS FINALES

246.

Les orientations sur les priorités retenues par la Commission pour l’application de l’article 82 du traité CE aux pratiques d’éviction abusives des entreprises dominantes (494) sont donc retirées et ne s’appliquent plus au-delà d’un délai de 30 jours à compter de la publication des présentes lignes directrices au Journal officiel.

(1) Dans les présentes lignes directrices, toute référence aux «produits» doit s’entendre comme désignant les biens et les services.

(2) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 37; et arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 73.

(3) Arrêt du 22 octobre 2002, Roquette Frères, C-94/00, EU:C:2002:603, point 42; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 22; arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 124; et arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 41 et 46 (ce dernier indiquant que «le bien-être des consommateurs, tant intermédiaires que finals, doit être regardé comme constituant l’objectif ultime justifiant l’intervention du droit de la concurrence»). Voir également arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 1028: dans cette affaire, le Tribunal a déclaré que les pratiques abusives ont porté atteinte à l’intérêt des consommateurs de disposer de plus d’une source pour obtenir des informations sur Internet, garantir la protection de leur vie privée ou utiliser des produits présentant des particularités linguistiques au sein de l’EEE. De tels intérêts étaient non seulement conformes à la concurrence par les mérites en ce qu’ils encourageaient l’innovation pour le bénéfice des consommateurs, mais aussi nécessaires pour garantir la pluralité dans une société démocratique. Voir également communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions du 18 novembre 2021 — Une politique de concurrence adaptée aux nouveaux défis [COM(2021) 713 final].

(4) Dans les présentes lignes directrices, le terme «qualité» englobe tous les aspects de la qualité d’un produit, tels que sa durabilité, l’efficacité de son utilisation des ressources, sa durée de vie, la valeur et la diversité des utilisations qu’il permet, la possibilité de l’intégrer dans d’autres produits, l’image qu’il véhicule ou la sécurité et la protection de la vie privée qu’il offre, ainsi que sa disponibilité, y compris son délai de mise en route, la résilience des chaînes d’approvisionnement, la fiabilité de l’approvisionnement et les coûts de transport. Voir communication de la Commission sur la définition du marché en cause aux fins du droit de la concurrence de l’Union (la «communication sur la définition du marché») (JO C, C/2024/1645, 22.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg_del/2022/1645/oj) point 15.

(5) Voir, par exemple, arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 862 et 892.

(6) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 281. Voir également arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, points 131 et 133, dans lequel la Cour mentionne, entre autres, le fait de «limit[er] la production, le développement de produits ou de services alternatifs».

(7) Arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 135. Dans les présentes lignes directrices, la Commission utilise l’expression «fausser la concurrence effective» pour désigner un comportement qui, en l’absence d’une justification objective, constitue un abus de position dominante.

(8) Les effets de réseau apparaissent lorsque la valeur d’un produit pour un utilisateur dépend du nombre d’utilisateurs de ce produit (effets de réseau directs). Dans le cas des plateformes multifaces, des effets de réseaux peuvent également apparaître lorsque la valeur d’un produit proposé sur une face de la plateforme dépend du nombre d’utilisateurs sur une autre face de la plateforme (effets de réseaux indirects). Voir communication sur la définition du marché, point 94 et note de bas de page 83.

(9) La dynamique du gagnant qui remporte tout («winner-takes-all») fait référence à une combinaison de plusieurs facteurs économiques, tels que des économies d’échelle et des effets de réseaux significatifs, des coûts de transfert élevés, etc), qui font que sur le moyen et le long terme les marchés sont propices à l’émergence d’une entreprise dominante voire, dans certains cas, en situation de monopole.

(10) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions du 18 novembre 2021 — Une politique de concurrence adaptée aux nouveaux défis [COM(2021) 713 final].

(11) Règlement (CE. no 1/2003 du Conseil du 16 décembre 2002 relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité (devenus articles 101 et 102 du TFUE. (JO L 1 du 4.1.2003, p. 1, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2003/1/2009-07-01), articles 1er, 3, 5 et 6.

(12) Dans les présentes lignes directrices, le terme «juridictions de l’Union européenne» désigne la Cour de justice et le Tribunal.

(13) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 44 et 46. En conséquence, sauf indication contraire, dans les présentes lignes directrices, la notion de «consommateurs» englobe tous les utilisateurs directs et indirects des produits concernés par le comportement d’une entreprise dominante, y compris les producteurs intermédiaires qui utilisent les produits comme intrant, ainsi que les distributeurs, les grossistes, les détaillants et les consommateurs finals.

(14) Arrêt du 21 février 1973, Europemballage Corporation et Continental Can Company/Commission, C-6/72, EU:C:1973:22, point 26; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 24; et arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 44.

(15) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 44 et 68; arrêt du 4 juillet 2023, Meta Platforms e.a. (Conditions générales d’utilisation d’un réseau social), C-252/21, EU:C:2023:537, point 47; et arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 131; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 187.

(16) Pour la notion d’«effets d’éviction», voir section 3.3.1.

(17) Conformément à la jurisprudence des juridictions de l’Union européenne, la Commission peut s’écarter des lignes directrices dans des cas individuels en donnant des raisons qui sont compatibles avec le principe de l’égalité de traitement, voir arrêt du 13 décembre 2012, Expedia, C-226/11, EU:C:2012:795, points 23 à 31; arrêt du 13 juillet 2023, Commission/CK Telecoms UK Investments, C-376/20 P, EU:C:2023:561, point 123; arrêt du 14 juillet 2006, Endesa/Commission, T-417/05, EU:T:2006:219, point 203; et arrêt du 28 juin 2005, Dansk Rørindustri e.a./Commission, C-189/02 P, C-202/02 P, C-205/02 P à C-208/02 P et C-213/02 P, EU:C:2005:408, points 209, 211 et 213. À cet égard, la Commission considère qu’une raison possible de s’écarter des présentes lignes directrices est la nécessité d’aligner sa pratique de manière dynamique sur l’interprétation donnée par les juridictions de l’Union européenne à l’article 102 du TFUE.

(18) Arrêt du 21 février 1973, Europemballage Corporation et Continental Can Company/Commission, C-6/72, EU:C:1973:22, point 26; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 26; et arrêt du 16 mars 2023, Towercast, C-449/21, EU:C:2023:207, point 46.

(19) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 116; et arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 119. Les articles 101 et 102 du TFUE doivent être interprétés de façon cohérente, dans le respect, toutefois, des spécificités qui les caractérisent; voir arrêt du 21 décembre 2023, International Skating Union/Commission, C-124/21, EU:C:2023:1012, point 128; et arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 186. Parmi les règles relatives à l’application de l’article 101 du TFUE figurent, par exemple, le règlement (UE. 2022/720 de la Commission du 10 mai 2022 concernant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à des catégories d’accords verticaux et de pratiques concertées (JO L 134 du 11.5.2022, p. 4, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2022/720/2024-02-11); le règlement (UE. 2023/1066 de la Commission du 1er juin 2023 relatif à l’application de l’article 101, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à certaines catégories d’accords de recherche et de développement (JO L 143 du 2.6.2023, p. 9, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2023/1066/oj); et le règlement (UE. 2023/1067 de la Commission du 1er juin 2023 concernant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à certaines catégories d’accords de spécialisation (JO L 143 du 2.6.2023, p. 20, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2023/1067/oj). En outre, en ce qui concerne l’application du contrôle des concentrations au titre du règlement (CE. no 139/2004 du Conseil du 20 janvier 2004 relatif au contrôle des concentrations entre entreprises (JO L 24 du 29.1.2004, p. 1 ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2004/139/oj) (ci-après le «règlement sur les concentrations»), la Cour a jugé que «l’article 21, paragraphe 1, du règlement no 139/2004 doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à ce qu’une opération de concentration d’entreprises, dépourvue de dimension communautaire, au sens de l’article 1er de ce règlement, située en dessous des seuils de contrôle ex ante obligatoire prévus par le droit national et n’ayant pas donné lieu à un renvoi à la Commission en application de l’article 22 dudit règlement, soit analysée par une autorité de concurrence d’un État membre comme étant constitutive d’un abus de position dominante prohibé à l’article 102 TFUE au regard de la structure de la concurrence sur un marché de dimension nationale» (arrêt du 16 mars 2023, Towercast, C-449/21, EU:C:2023:207, point 53).

(20) Arrêt du 4 juillet 2023, Meta Platforms e.a. (Conditions générales d’utilisation d’un réseau social), C-252/21, EU:C:2023:537, points 47 à 54; et arrêt du 12 janvier 2023, Lietuvos geležinkeliai/Commission, C-42/21 P, EU:C:2023:12, point 88. Voir également arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 366, dans lequel le Tribunal a jugé que l’existence de voies de recours spécifiques à un autre système réglementaire (dans cette affaire, le système des brevets) ne modifie pas les conditions d’application du régime du droit de la concurrence.

(21) L’application du principe ne bis in idem est soumise à une double condition, à savoir, d’une part, qu’il y ait une décision antérieure définitive (condition «bis») et, d’autre part, que les mêmes faits soient visés par la décision antérieure et par les poursuites ou les décisions postérieures (condition «idem») (arrêt du 22 mars 2022, bpost, C-117/20, EU:C:2022:202, point 28). Les juridictions de l’Union européenne considèrent qu’une entreprise peut faire l’objet d’un cumul de poursuites et de sanctions dans les cas suivants: i) il existe des règles claires et précises permettant de prévoir quels actes et omissions sont susceptibles de faire l’objet d’un cumul de poursuites et de sanctions ainsi que la coordination entre les deux autorités compétentes; ii) les deux procédures ont été menées de manière suffisamment coordonnée dans un intervalle de temps rapproché; et iii) l’ensemble des sanctions imposées correspond à la gravité des infractions commises. Voir arrêt du 22 mars 2022, bpost, C-117/20, EU:C:2022:202, point 58.

(22) Arrêt du 10 juillet 2014, Telefónica et Telefónica de España/Commission, C-295/12 P, EU:C:2014:2062, point 133. Si un comportement est imposé aux entreprises par une législation ou si celle-ci crée un cadre juridique qui élimine toute possibilité de comportement concurrentiel de leur part, l’article 102 du TFUE ne s’applique pas. Dans de telles situations, le comportement abusif n’est pas imputable à l’entreprise dominante, l’article 102 du TFUE exigeant implicitement un comportement autonome de cette entreprise. L’article 102 du TFUE peut toutefois s’appliquer si la législation laisse subsister la possibilité d’une concurrence susceptible d’être empêchée, restreinte ou faussée par des comportements autonomes des entreprises. Arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, point 80.

(23) Communication de la Commission — Lignes directrices relatives à la notion d’affectation du commerce figurant aux articles 81 et 82 du traité (JO C 101 du 27.4.2004, p. 81).

(24) L’article 102 du TFUE dispose également que la position dominante doit être détenue sur l’ensemble du marché intérieur ou une partie substantielle de celui-ci. Cette condition est considérée comme remplie même dans les cas où la position dominante de l’entreprise concernée se limite à une région à l’intérieur d’un État membre voire à un port. Voir arrêt du 10 décembre 1991, Merci convenzionali porto di Genova, C-179/90, EU:C:1991:464, point 15; et arrêt du 20 juin 2018, České dráhy a.s., T-325/16, EU:T:2018:368, point 146.

(25) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 65.

(26) Voir arrêt du 17 décembre 2003, British Airways/Commission, T-219/99, EU:T:2003:343, points 101 et 191; et arrêt du 15 décembre 1994, Gøttrup-Klim e.a. Grovvareforeninger/Dansk Landbrugs Grovvareselskab, C-250/92, EU:C:1994:413, points 46 à 52. Il n’est pas nécessaire de définir un marché d’achat pour établir l’existence d’une position dominante du côté de l’acheteur; pour de plus amples informations, voir communication sur la définition du marché, point 7. Sauf indication contraire, la suite des présentes lignes directrices n’aborde pas la position dominante et le comportement abusif du côté de l’acheteur. Toutefois, les principes énoncés dans les présentes lignes directrices peuvent s’appliquer mutatis mutandis à la position dominante du côté de l’acheteur en tenant compte des spécificités de ce type de situation.

(27) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 70; et arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 113.

(28) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, point 101.

(29) Arrêt du 21 février 1973, Europemballage Corporation et Continental Can Company/Commission, C-6/72, EU:C:1973:22, point 32; arrêt du 30 janvier 2020, Generics (UK) e.a., C-307/18, EU:C:2020:52, points 127 et 128; et arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, point 83. Voir également communication sur la définition du marché, point 9, a). Lorsqu’une entreprise détient une position dominante sur un marché en amont, il n’est pas forcément nécessaire de définir le marché en aval sur lequel le comportement prétendument abusif produit des effets d’éviction. Voir arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, points 84 à 86.

(30) La définition du marché n’est pas abordée en détail dans les présentes lignes directrices.

(31) L’une des questions qui peut se poser dans le cadre de la définition du marché dans les affaires relevant de l’article 102 du TFUE est le fait que le prix facturé par l’entreprise concernée peut avoir augmenté au point d’être supérieur au niveau qui résulterait du jeu de la concurrence. Dans un tel scénario, l’utilisation du test «SSNIP» (augmentation faible mais significative et non transitoire des prix) comme outil de définition du périmètre du marché en cause peut ne pas être appropriée, étant donné que la définition du marché doit se fonder sur une substitution à des prix concurrentiels et non à des prix qui sont déjà supérieurs au niveau qui résulterait du jeu de la concurrence. On appelle «sophisme de la cellophane» (ou «cellophane fallacy») le risque qu’une analyse réalisée avec le test «SSNIP» et fondée sur un prix déjà gonflé amène à conclure à tort à l’existence de vastes marchés en cause. S’il est utilisé, le test «SSNIP» doit par conséquent être appliqué avec discernement dans les affaires relevant de l’article 102 du TFUE. Voir, par exemple, décision de la Commission du 15 octobre 2014 dans l’affaire AT.39253 — Slovak Telekom, considérants 158 à 171. Voir également communication sur la définition du marché, point 18, c), et note de bas de page 55.

(32) Voir également communication sur la définition du marché, point 18, c).

(33) Le pouvoir de marché est lié à la capacité d’une entreprise de maintenir avantageusement les prix à des niveaux supérieurs au niveau qui résulterait du jeu de la concurrence ou de maintenir avantageusement la production en ce qui concerne les quantités, la qualité et la diversité des produits ou l’innovation, à un niveau inférieur à celui qui résulterait du jeu de la concurrence, et ce pendant un certain laps de temps.

(34) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 80 et 81; arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 180; et arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 265. Voir également point 106 a. des présentes lignes directrices.

(35) Voir, en ce sens, arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 65.

(36) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 66; et arrêt du 15 décembre 1994, Gøttrup-Klim e.a. Grovvareforeninger/Dansk Landbrugs Grovvareselskab, C-250/92, EU:C:1994:413, point 47.

(37) Le fait que l’entreprise concernée n’ait pas été rentable temporairement (qu’elle ait réalisé des pertes) n’exclut pas la constatation d’une position dominante; voir arrêt du 9 novembre 1983, Nederlandsche Banden-Industrie-Michelin/Commission (Michelin I), C-322/81, EU:C:1983:313, point 59.

(38) Il peut s’agir, selon le cas, d’une analyse des contraintes concurrentielles exercées depuis l’extérieur du marché de produit sur lequel il est possible que l’entreprise concernée détienne une position dominante. Pour de plus amples informations sur les contraintes extérieures au marché, voir communication sur la définition du marché, point 17. Voir également arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 146 à 154; décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérants 335 et 357 à 364. Voir également section 2.2.4 pour des orientations concernant l’appréciation de la position dominante en présence de marchés de l’après-vente, cas dans lequel une concurrence effective sur le marché primaire peut restreindre le pouvoir de marché d’une entreprise sur le marché secondaire.

(39) Voir également communication sur la définition du marché, point 18, b).

(40) Ce que l’on entend par «période suffisamment durable» dépendra des spécificités de l’espèce, ainsi que du produit et du marché en cause.

(41) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 41.

(42) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, point 60. Par exemple, au point 92 de l’arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, une part de marché s’élevant entre 70 % à 80 % a été considérée comme un indice clair de l’existence d’une position dominante.

(43) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, points 108 et 109, dans lequel l’existence d’une position dominante a été constatée avec une part de marché comprise entre 40 % et 45 %.

(44) Voir arrêt du 17 décembre 2003, British Airways/Commission, T-219/99, EU:T:2003:343, points 210, 211 et 224; et arrêt du 15 décembre 1994, Gøttrup-Klim e.a. Grovvareforeninger/Dansk Landbrugs Grovvareselskab, C-250/92, EU:C:1994:413, points 48.

(45) Voir, en ce sens, arrêt du 15 décembre 1994, Gøttrup-Klim e.a. Grovvareforeninger/Dansk Landbrugs Grovvareselskab, C-250/92, EU:C:1994:413, point 48; et arrêt du 17 décembre 2003, British Airways/Commission, T-219/99, EU:T:2003:343, points 216 et 217.

(46) De manière générale, la Commission s’appuie sur les parts de marché calculées sur des périodes de référence d’un an, mais, en fonction des caractéristiques du marché en cause, une période de référence d’une durée différente peut s’avérer appropriée; voir communication sur la définition du marché, point 113.

(47) Pour de plus amples informations, voir communication sur la définition du marché, point 108. Sur les marchés à prix nul, d’autres critères mesurables tels que le nombre d’utilisateurs, les transactions ou les indicateurs de l’intensité de l’utilisation peuvent constituer une meilleure base pour apprécier la position dominante; voir, par exemple, décision de la Commission du 27 juin 2017 dans l’affaire AT.39740 - Google Shopping, considérants 275 à 284.

(48) Arrêt du 17 décembre 2003, British Airways/Commission, T-219/99, EU:T:2003:343, point 210. Voir également décision de la Commission du 15 octobre 2014 dans l’affaire AT.39523 — Slovak Telekom, considérant 312.

(49) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, points 111 et 112.

(50) Arrêt du 14 décembre 2005, General Electric/Commission, T-210/01, EU:T:2005:456, points 150 et 151; et décision de la Commission du 13 mai 2019 dans l’affaire AT.40134 — AB InBev — Restrictions commerciales dans le secteur de la bière, considérants 69 et 70.

(51) Arrêt du 11 décembre 2013, Cisco Systems et Messagenet/Commission, T-79/12, EU:T:2013:635, point 69.

(52) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 103 à 108.

(53) Voir, par exemple, communication sur la définition du marché, point 108.

(54) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, points 122 et 124; et arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, points 48 et 49.

(55) Règlements visant à contrôler ou réglementer la construction, la démolition, la modification ou l’utilisation de terrains ou de bâtiments.

(56) Sur les marchés pharmaceutiques, par exemple, les entrants potentiels sur le marché doivent, en règle générale, obtenir des autorisations de mise sur le marché et négocier des conditions de tarification et de remboursement avec les autorités nationales; voir décision de la Commission du 15 juin 2005 dans l’affaire COMP/A. 37.507/F3 — AstraZeneca, considérant 527; et décision de la Commission du 10 février 2021 dans l’affaire AT.40394 — Aspen, considérant 67. Parmi les autres formes de barrières juridiques et réglementaires figurent les règlements qui n’autorisent à exercer certaines activités qu’après l’obtention d’une qualification professionnelle. Pour plus d’exemples, voir décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérants 341 et 342.

(57) Voir, par exemple, arrêt du 23 avril 1991, Höfner/Macrotron, C-41/90, EU:C:1991:161, point 28; et décision de la Commission du 2 octobre 2017 dans l’affaire AT.39813 — Baltic rail, considérant 162.

(58) La seule possession de droits de propriété intellectuelle ne confère pas nécessairement une position dominante, mais elle est susceptible, dans certaines circonstances, de créer une position dominante en donnant à une entreprise la possibilité de faire obstacle à l’existence d’une concurrence effective sur le marché; voir arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10, EU:C:2012:770, points 186 et 187. Si la propriété d’un brevet essentiel à une norme (ci-après «BEN») n’équivaut pas en soi à une position dominante, il peut néanmoins être établi, sur la base d’une appréciation de l’ensemble des facteurs pertinents qu’un BEN confère une position dominante. Voir, en ce sens, décision de la Commission du 29 avril 2014 dans l’affaire AT.39985 — Motorola, considérants 223 et 241; et décision de la Commission du 29 avril 2014 dans l’affaire AT.39939 — Samsung, considérant 46. Pour un autre exemple de position dominante dans le domaine des normes industrielles, voir décision de la Commission du 9 décembre 2009 dans l’affaire AT.38636 — Rambus, considérants 18 à 26.

(59) Ces autres barrières à l’entrée ou à l’expansion peuvent être mises en place par l’entreprise concernée elle-même; voir, par exemple, arrêt du 14 septembre 2022, Google Android, T-604/18, EU:T:2022:541, points 228 à 233.

(60) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 48; et décision de la Commission du 13 mai 2019 dans l’affaire AT.40134 — AB InBev — Restrictions commerciales dans le secteur de la bière, considérant 74.

(61) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 122; et décision de la Commission du 22 juin 2011 dans l’affaire COMP/39.525 — Telekomunikacja Polska, considérant 656.

(62) Décision de la Commission du 15 octobre 2014 dans l’affaire AT.39523 — Slovak Telekom, considérant 332.

(63) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, points 70 à 81 et 122; et décision de la Commission du 15 octobre 2014 dans l’affaire AT.39523 — Slovak Telekom, considérant 291. Lorsque la plupart des entreprises d’un secteur sont intégrées verticalement, les entrants potentiels sur le marché peuvent avoir besoin d’entrer sur le marché en cause à tous les niveaux pour être compétitifs. D’où une augmentation des ressources financières et de gestion nécessaires pour entrer sur le marché et y livrer concurrence.

(64) Décision de la Commission du 24 mai 2018 dans l’affaire AT.39816 — Approvisionnement en gaz en amont en Europe centrale et orientale, considérant 34.

(65) Arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 105 (au sujet de l’inertie caractérisant les habitudes de prescription des médecins); et arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10 P, EU:C:2012:770, point 50. Voir également décision de la Commission du 31 octobre 2024 dans l’affaire AT.40588 — Teva Copaxone, considérant 971 à 980.

(66) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, points 91 à 94. Voir également décision de la Commission du 18 juillet 2018 dans l’affaire AT.40099 — Google Android, considérant 709 à 712; décision de la Commission du 13 mai 2019 dans l’affaire AT.40134 — AB InBev — Restrictions commerciales dans le secteur de la bière, considérant 74; et décision de la Commission du 20 décembre 2022 dans les affaires AT.40462 — Amazon Marketplace et AT.40703 — Amazon Buy Box, considérant 89.

(67) Arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 278; et décision de la Commission du 18 juillet 2018 dans l’affaire AT.40099 — Google Android, considérant 637.

(68) Décision de la Commission du 7 octobre 2020 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 49; et décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 634.

(69) Arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, points 285 et 286; et décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 635.

(70) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 278.

(71) Décision de la Commission du 22 juin 2011 dans l’affaire COMP/39.525 — Telekomunikacja Polska, considérant 648; et décision de la Commission du 20 mars 2019 dans l’affaire AT.40411 — Google Search (AdSense), considérant 242.

(72) Décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérant 399.

(73) Arrêt du 11 décembre 2013, Cisco Systems et Messagenet/Commission, T-79/12, EU:T:2013:635, point 73; et arrêt du 14 septembre 2022, Google Android, T-604/18, EU:T:2022:541, points 115 et 202 à 205. Voir également décision de la Commission du 4 mai 2017 dans l’affaire AT.40153 — Clauses de la nation la plus favorisée relatives aux livres numériques et questions connexes (Amazon), considérant 65.

(74) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 115 et 184.

(75) Voir note de bas de page 8 pour une définition des effets de réseau directs et indirects.

(76) Décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérants 344 et 345; décision de la Commission du 20 mars 2019 dans l’affaire AT.40411 — Google Search (AdSense), considérants 249 à 251; décision de la Commission du 20 décembre 2022 dans les affaires AT.40462 — Amazon Marketplace et AT.40703 — Amazon Buy Box, considérant 90; et décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérants 611 à 616. Voir également, en ce sens, arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 171.

(77) L’«hébergement simple» fait référence à l’utilisation, par l’utilisateur, d’une seule plateforme pour un produit donné, par opposition à l’utilisation de plateformes multiples en parallèle pour le même produit («multihébergement»). Voir communication sur la définition du marché, note de bas de page 131.

(78) Un écosystème numérique existe, par exemple, lorsque plusieurs catégories de fournisseurs, de clients et de consommateurs sont réunies et interagissent au sein d’une plateforme, et lorsque les produits composant cet écosystème (c’est-à-dire les produits imbriqués) se recoupent ou sont connectés les uns aux autres en considération de leur complémentarité horizontale ou verticale; voir arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 116.

(79) Voir décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 636; et décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérants 365 et 389 à 397.

(80) Décision de la Commission du 27 juin 2017 dans l’affaire AT. 39740 - Google Shopping, considérant 300.

(81) En cas de possible dominance du côté de l’acheteur, des contraintes peuvent être exercées sur l’entreprise concernée par les fournisseurs.

(82) Arrêt du 7 octobre 1999, Irish Sugar/Commission, T-228/97, EU:T:1999:246, points 97 à 104, dans lequel le Tribunal a examiné si le manque d’indépendance présumé de l’entreprise par rapport à ses deux clients principaux devait être considéré comme une circonstance exceptionnelle empêchant de conclure à l’existence d’une position dominante, quand bien même l’entreprise représentait une très large part des ventes sur le marché du sucre industriel en Irlande. Voir également décision de la Commission du 17 octobre 2013 dans l’affaire COMP/39.866 — Ryanair/DAA-Aer Lingus, considérant 78.

(83) Décision de la Commission du 29 avril 2014 dans l’affaire AT.39985 — Motorola, considérants 242, 243 et 257.

(84) Décision de la Commission du 29 avril 2014 dans l’affaire AT.39985 — Motorola, considérant 244; et décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérant 322.

(85) Décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérant 353; et décision de la Commission du 20 décembre 2012 dans l’affaire AT.39230 — Rio Tinto Alcan, considérant 48.

(86) Décision de la Commission du 20 décembre 2012 dans l’affaire AT.39654 — Codes d’instruments financiers de Reuters, considérant 36; décision de la Commission du 18 juillet 2018 dans l’affaire AT.40099 — Google Android, considérant 644; et décision de la Commission du 10 février 2021 dans l’affaire AT.40394 — Aspen, considérant 70.

(87) Cela peut être le cas si les produits de l’entreprise concernée sont considérés comme des produits incontournables par les acheteurs; voir également la décision de la Commission du 23 mai 2024 dans l’affaire AT.40632 — Restrictions commerciales de Mondelez, considérant 211 à 215.

(88) Pour plus d’orientations concernant la définition du marché en présence de marchés de l’après-vente, voir communication sur la définition du marché, points 99 à 104. Pour les similarités possibles entre les caractéristiques des marchés de l’après-vente et les écosystèmes numériques, voir décision de la Commission du 4 mars 2024 dans l’affaire AT.40437 — Apple — Pratiques concernant l’App Store (musique en continu), considérants 336, 337, 362, 363 et 414.

(89) Si les marchés des produits primaires et secondaires présentent les caractéristiques d’un marché des systèmes [voir communication sur la définition du marché, points 100, a), et 101], l’appréciation de la position dominante se concentrera sur ce marché. En outre, les considérations exposées dans les points qui suivent, au sujet du lien entre concurrence sur le marché primaire et concurrence sur le marché de l’après-vente, sont moins pertinentes dans le contexte d’un marché de l’après-vente sur lequel des produits secondaires provenant de différents fournisseurs sont compatibles avec la totalité ou la plupart des produits primaires [voir communication sur la définition du marché, points 100, c), et 102].

(90) Décision de la Commission du 20 mai 2009 dans l’affaire COMP/C-3/39.391 — EFIM, confirmée par les arrêts du 24 novembre 2011, EFIM/Commission, T-296/09, EU:T:2011:693, points 60, 90 et 91 et du 19 septembre 2013, EFIM/Commission, C-56/12 P, EU:C:2013:575, points 12, 36 et 37. Voir également décision de la Commission du 13 décembre 2011 dans l’affaire COMP/C-3/39692 — IBM Maintenance Services, considérant 21 à 24; et décision de la Commission du 7 janvier 1999 dans l’affaire IV/E 2/36.431 — Info-Lab/Ricoh, considérants 35 et 37 à 50.

(91) Arrêts du 24 novembre 2011, EFIM/Commission, T-296/09, EU:T:2011:693, points 60, 90 et 91, et du 19 septembre 2013, EFIM/Commission, C-56/12 P, EU:C:2013:575, points 12, 36 et 37.

(92) Voir, par exemple, arrêt du 19 septembre 2013, EFIM/Commission, C-56/12 P, ECLI:EU:C:2013:575, points 12, 36 et 37.

(93) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 36. La notion de position dominante collective s’est développée parallèlement dans la jurisprudence relative à l’article 102 du TFUE et dans la jurisprudence sur le contrôle des concentrations, y compris celle qui a été élaborée dans le contexte du règlement sur les concentrations, et est appliquée de manière similaire dans le cadre des deux instruments. Voir, par exemple, arrêt du 26 janvier 2005, Laurent Piau/Commission, T-193/02, EU:T:2005:22, points 109 à 111, concernant l’applicabilité à l’article 102 du TFUE de la notion de position dominante collective fondée sur la coordination tacite.

(94) Arrêt du 30 septembre 2003, Atlantic Container Line e.a./Commission, affaires jointes T-191/98 et T-212/98 à T-214/98, EU:T:2003:245, points 631 à 633 et 653 à 655.

(95) Arrêt du 7 octobre 1999, Irish Sugar/Commission, T-228/97, EU:T:1999:246, point 66; voir également décision de la Commission du 26 novembre 2008 dans les affaires COMP/39.388 — Marché de gros de l’électricité en Allemagne et COMP/39.389 — Marché d’équilibrage de l’électricité en Allemagne, considérant 27.

(96) Arrêt du 31 mars 1998, République française e.a./Commission, affaires jointes C-68/94 et C-30/95, EU:C:1998:148, point 221; arrêt du 7 octobre 1999, Irish Sugar/Commission, T-228/97, EU:T:1999:246, point 46; et arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 42.

(97) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 45; et arrêt du 25 mars 1999, Gencor/Commission, T-102/96, EU:T:1999:65, points 273 à 276.

(98) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 36 et 42 à 44.

(99) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, points 44 et 45.

(100) On parle d’interpénétration au niveau des conseils d’administration lorsque deux ou plusieurs entreprises ont en commun un ou plusieurs membres de leur conseil d’administration.

(101) Une part de marché collective supérieure à 50 % est, sauf éléments en sens contraire, un indice de la capacité de l’entité collective d’avoir des comportements indépendants dans une mesure appréciable vis-à-vis de ses concurrents, de ses clients et finalement des consommateurs; voir arrêt du 30 septembre 2003, Atlantic Container Line e.a./Commission, affaires jointes T-191/98 et T-212/98 à T-214/98, EU:T:2003:245, points 932 à 936; et arrêt du 25 mars 1999, Gencor/Commission, T-102/96, EU:T:1999:65, point 206.

(102) Arrêt du 7 octobre 1999, Irish Sugar/Commission, T-228/97, EU:T:1999:246, point 63; voir également décision de la Commission du 22 juin 2005 dans l’affaire COMP/A.39.116/B2 — Coca Cola, considérant 23 à 25.

(103) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 45.

(104) Arrêt du 25 mars 1999, Gencor/Commission, T-102/96, EU:T:1999:65, points 273 et 276.

(105) À titre d’exemple, le recours croissant aux algorithmes pourrait amener à conclure plus souvent à l’existence d’une position dominante collective fondée sur une coordination tacite, étant donné que les algorithmes peuvent faciliter une telle coordination également dans des environnements plus complexes (voir points 50 et 51 des présentes lignes directrices).

(106) Voir également arrêt du 6 juin 2002, Airtours/Commission, T-342/99, EU:T:2002:146, points 61 et 62; et arrêt du 26 janvier 2005, Laurent Piau/Commission, T-193/02, EU:T:2005:22, point 111.

(107) Arrêt du 10 juillet 2008, Bertelsmann AG et Sony Corporation of America/Impala, C-413/06 P, EU:C:2008:392, points 125 et 126.

(108) Arrêt du 10 juillet 2008, Bertelsmann AG et Sony Corporation of America/Impala, C-413/06 P, EU:C:2008:392, point 123.

(109) Arrêt du 6 juin 2002, Airtours/Commission, T-342/99, EU:T:2002:146, point 61. La coordination est généralement plus facile lorsqu’un petit nombre d’entreprises opèrent sur le marché, et elle devient plus difficile lorsque les entreprises concernées sont nombreuses.

(110) Arrêt du 25 mars 1999, Gencor/Commission, T-102/96, EU:T:1999:65, point 134.

(111) Les liens entre les entreprises, tels que des participations croisées ou des participations dans des entreprises communes, peuvent également contribuer à aligner les incitations et favoriser des comportements parallèles; voir décision de la Commission du 13 juin 2000 dans l’affaire COMP/M.1673 — VEBA/VIAG, considérant 226.

(112) Voir, par exemple, décision de la Commission du 7 mai 2018 dans l’affaire M.8444 — ArcelorMittal/Ilva, considérant 1128.

(113) Voir arrêt du 6 juin 2002, Airtours/Commission, T-342/99, EU:T:2002:146, point 62, premier tiret.

(114) Arrêt du 6 juin 2002, Airtours/Commission, T-342/99, EU:T:2002:146, point 62, deuxième tiret.

(115) Arrêt du 25 mars 1999, Gencor/Commission, T-102/96, EU:T:1999:65, point 276.

(116) Arrêt du 6 juin 2002, Airtours/Commission, T-342/99, EU:T:2002:146, point 195; et arrêt du 13 juillet 2006, Impala/Commission, T-464/04, EU:T:2006:216, point 466.

(117) Voir décision de la Commission du 4 juillet 2018 dans l’affaire M.8451 — Tronox/Cristal, considérants 365 à 370.

(118) Voir arrêt du 10 juillet 2008, Bertelsmann AG et Sony Corporation of America/Impala, C-413/06 P, EU:C:2008:392, point 123.

(119) Les sections 3, 4 et 5 des présentes lignes directrices font référence, de manière générale, au comportement d’une entreprise qui détient une position dominante individuelle, mais toutes les considérations s’appliquent mutatis mutandis au comportement des entreprises qui détiennent une position dominante collective.

(120) Les agissements de tiers (par exemple, les distributeurs d’une entreprise dominante. peuvent être imputés à une entreprise dominante s’il est établi que ces agissements n’ont pas été adoptés de manière indépendante par lesdits tiers, mais qu’ils font partie d’une stratégie décidée unilatéralement par l’entreprise dominante (arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 33).

(121) Arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 135. Le champ d’application matériel de la responsabilité particulière doit être apprécié au regard des circonstances spécifiques de chaque cas d’espèce. Voir arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 24.

(122) Voir arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, points 19 et 21; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 60 à 62; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 45. La preuve de l’intention peut toutefois constituer un élément pertinent à prendre en considération dans l’appréciation de l’abus, voir point 106 f), des présentes lignes directrices, et est une condition pour établir une pratique tarifaire prédatrice au sens du point 113 b), des présentes lignes directrices.

(123) Arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 130; arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 179; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 190 à 199 et 222. Cet examen contextuel est différent de l’appréciation des réactions ou agissements effectifs des tiers une fois le comportement mis en œuvre (voir point 103 des présentes lignes directrices).

(124) Par exemple, pour l’autofavoritisme, il est nécessaire d’établir, conformément aux conditions juridiques applicables, que le comportement fausse la concurrence effective (voir section 4.9), tandis que, pour les accords exclusifs, il suffit de démontrer que le comportement équivaut à un accord exclusif pour que s’applique la présomption selon laquelle ce comportement fausse la concurrence effective (voir section 4.5). En outre, lorsqu’il est établi qu’un comportement est, par sa nature même, nuisible pour la concurrence, celui-ci est réputé fausser la concurrence effective (voir section 4.10).

(125) Voir, en ce sens, arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, points 137 à 139; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 46 à 48 et points 51 et 52.

(126) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 68 et 103; arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, points 129 à 131; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 264.

(127) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 47.

(128) Voir arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, points 170 et 171.

(129) Voir point 107 ci-après pour une description des différents types de comportements pour lesquels il existe des cadres d’analyse spécifiques. Les présentes lignes directrices sont sans préjudice de l’élaboration, par les juridictions de l’Union européenne, de cadres d’analyse spécifiques supplémentaires applicables à d’autres types de comportements d’entreprises dominantes.

(130) Voir arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 166. Voir également arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 179; arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 130; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 269.

(131) Voir points 85, 86, 89 et 92 ci-après. Selon la jurisprudence des juridictions de l’Union européenne, un concurrent hypothétique aussi efficace est un concurrent hypothétique qui est aussi efficace que l’entreprise dominante, mais qui n’occupe pas une position dominante sur le marché en cause. En conséquence, ce concurrent hypothétique aussi efficace n’a pas accès aux ressources ou aux moyens propres à la détention d’une telle position; voir arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 78.

(132) Voir section 4.10 ci-dessous.

(133) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 86 et 103.

(134) Arrêt du 17 juillet 1998, ITT Promedia/Commission, T-111/96, EU:T:1998:183, point 138; et arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 24. Voir également arrêt du 3 juillet 1991, Akzo/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 70; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 106, qui font référence à la notion de «concurrence par les mérites»; ainsi qu’arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 171, qui fait référence aux «mérites du service».

(135) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 85; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 265.

(136) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 85. Toutefois, le simple fait de mettre un nouveau produit sur le marché ou d’augmenter la quantité ou la qualité des produits fabriqués ne suffit pas en soi à démontrer que l’entreprise se livre à une concurrence par les mérites, étant donné que tous les éléments mentionnés à la section 3.2.2 doivent être pris en considération.

(137) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 37; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 45 et 73; arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 134; arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, points 21 et 22; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 267.

(138) Arrêt du 14 février 1978, United Brands/Commission, C-27/76, EU:C:1978:22, point 189; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 46; et arrêt du 30 janvier 2020, Generics (UK) e.a., C-307/18, EU:C:2020:52, points 149 à 151.

(139) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 74 et 75.

(140) Pour en savoir plus sur la notion de concurrence par les mérites, voir le point 67 ci-dessus.

(141) Arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 168.

(142) Arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10 P, EU:C:2012:770, point 98. Voir également, au sujet du dénigrement de produits concurrents, décision de la Commission du 31 octobre 2024 dans l’affaire AT.40588 — Teva Copaxone, considérant 1316. Voir aussi, à propos du dénigrement de produits concurrents auprès des parties prenantes concernées, décision de la Commission du 22 juillet 2024 dans l’affaire AT.40577 — Vifor (produits intraveineux à base de fer), considérant 82.

(143) Arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10 P, EU:C:2012:770, point 134; et arrêt du 17 juillet 1998, ITT Promedia/Commission, T-111/96, EU:T:1998:183, point 72.

(144) Arrêt du 4 juillet 2023, Meta Platforms e.a. (Conditions générales d’utilisation d’un réseau social), C-252/21, EU:C:2023:537, points 47 et 51.

(145) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 78; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 268.

(146) Cette énumération ne constitue pas une liste exhaustive de tous les facteurs susceptibles d’être pertinents pour établir qu’un comportement donné s’écarte de la concurrence par les mérites. En outre, un seul élément peut suffire pour conclure qu’un comportement donné s’écarte de la concurrence par les mérites à la lumière des circonstances spécifiques de l’espèce.

(147) Voir arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, en particulier points 1046 et 1047, 1057 et 1058 ainsi que 1069 et 1070; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 269. Voir également arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, points 148, 152 et 157.

(148) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 96 à 99; et arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, points 131 et 135. Voir également, en ce sens, arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 226. En ce qui concerne le traitement plus favorable appliqué par l’entreprise dominante à ses propres produits, voir section 4.9 et arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 186.

(149) Voir arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 22.

(150) Arrêt du 30 janvier 2020, Generics (UK) e.a., C-307/18, EU:C:2020:52, point 162; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 63; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 45.

(151) Arrêt du 16 mars 2000, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes C-395/96 P et C-396/96 P, EU:C:2000:132, point 131; arrêt du 30 septembre 2003, Atlantic Container Line e.a./Commission, affaires jointes T-191/98 et T-212/98 à T-214/98, EU:T:2003:245, points 1124 et 1460; et arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 613.

(152) Voir arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 85 et 86; arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, points 188 et 266; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 229 et 230.

(153) Pour éviter toute ambiguïté, en cas de conflit, les facteurs énoncés à la section 4 pour l’appréciation des effets d’éviction propres à certains types de comportement doivent primer sur les éléments et principes généraux exposés dans la présente section.

(154) Arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, points 129 à 131; et arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 50. Voir également arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 77; et arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 68. Voir toutefois point 58 ci-dessus concernant l’existence de présomptions selon lesquelles certains types de comportements faussent la concurrence effective.

(155) Voir, en ce sens, arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 124; arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:T:2024:726, points 87 et 165; arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, points 37, 51 et 54; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 264.

(156) Arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10, EU:C:2012:770, points 134 et 154.

(157) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 281.

(158) Arrêt du 8 octobre 1996, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes T-24/93, T-25/93, T-26/93 et T-28/93, EU:T:1996:139, point 149; arrêt du 4 juillet 2023, Meta Platforms e.a. (Conditions générales d’utilisation d’un réseau social), C-252/21, EU:C:2023:537, point 47; et arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 131.

(159) Voir arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 61; arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 31; arrêt du 15 mars 2007, British Airways/Commission, T-219/99 P, EU:T:2003:343, points 297 et 298; arrêt du 8 octobre 1996, Compagnie Maritime Belge Transports e.a./Commission, affaires jointes T-24/93, T-25/93, T-26/93 et T-28/93, EU:T:1996:139, point 149; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 55 et 56; et arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, points 58 à 60.

(160) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 264.

(161) Voir, par exemple, arrêt du 6 avril 1995, RTE et ITP/Commission, C-241/91 P et C-242/91 P, EU:C:1995:98, point 54; et arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 792.

(162) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 65; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 70 et 98; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 42. Une pratique ne saurait être qualifiée d’abusive si elle est restée à l’état de projet (voir arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 43).

(163) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 41. Voir également arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, points 55 à 57.

(164) Voir arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, points 110 à 113.

(165) L’article 102 du TFUE ne s’applique qu’aux comportements susceptibles d’affecter le commerce entre États membres, voir point 15 et note de bas de page 23 ci-dessus.

(166) Voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, points 72 et 73; et arrêt du 19 avril 2012, Tomra Systems ASA e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, points 46 et 48.

(167) Arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 42; arrêt du 30 janvier 2020, Generics (UK) e.a., C-307/18, EU:C:2020:52, point 161; et arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, point 596.

(168) Arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 129; et arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 165.

(169) Voir section 3.3.2.1 ci-dessous.

(170) Voir arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 131; arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, points 167; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 271. Les faits dans l’arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726 concernent l’exploitation par effet de levier, sur le marché des services de comparaison de produits sur Internet, sur lequel Google (Google LLC) était un nouvel entrant et d’autres entreprises concurrentes étaient déjà présentes, de la position dominante détenue par l’entreprise sur le marché de la recherche générale sur Internet. La Commission estime dès lors, de manière générale, que la référence aux «entreprises potentiellement concurrentes» au point 167 de cet arrêt ne peut pas être considérée comme renvoyant uniquement aux entreprises qui n’opèrent pas sur le marché, mais doit être étendue à l’ensemble des entreprises dont l’entrée ou l’expansion sur le marché en cause peut avoir été entravée.

(171) Voir arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 131; et arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, points 263, 264 et 267 à 269 (dans lequel la Cour s’est ralliée au point de vue du Tribunal selon lequel le test prix-coût «ne revêtait pas un caractère impératif dans le cadre de la mise en œuvre de l’article 102 TFUE» et n’aurait pas été pertinent «dans les circonstances de l’espèce»). Voir également arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 272, 273, 278 et 284, dans lequel la Cour de justice a estimé qu’en l’espèce, il n’était pas possible ou utile d’analyser les effets d’éviction d’un comportement en prenant pour référence un concurrent hypothétique aussi efficace.

(172) Ceci est sans préjudice de la possibilité, dans certaines circonstances spécifiques, d’appliquer à certaines pratiques non tarifaires abusives des éléments d’appréciation qui sont pertinents pour l’analyse des pratiques tarifaires abusives. Voir, par exemple, le point 158 concernant l’applicabilité du test prix-coût aux accords exclusifs.

(173) S’agissant des rabais conditionnels, il est des situations dans lesquelles un test prix-coût n’est pas approprié. Voir points 94 à 96 et 145 ci-après.

(174) Le test prix-coût (également appelé, dans certains cas, «test du concurrent aussi efficace») consiste en «différents tests ayant en commun de viser à apprécier la capacité d’une pratique à produire des effets d’éviction anticoncurrentiels en se référant à l’aptitude d’un concurrent hypothétique de l’entreprise en position dominante aussi efficace qu’elle en termes de structure de coûts, à proposer aux clients un tarif suffisamment avantageux pour les inciter à changer de fournisseur, malgré les désavantages générés, sans que cela aboutisse à ce que ce concurrent subisse des pertes», arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 56. Cette analyse s’effectue en tenant compte des caractéristiques spécifiques du type de conduite tarifaire en cause. Voir, en ce sens, point 112 pour les prix prédateurs, point 125 pour la compression des marges et point 144 pour les rabais conditionnels.

(175) L’appréciation ne concerne pas les concurrents actuels ou potentiels de l’entreprise dominante susceptibles d’être affectés par le comportement de cette dernière, voir arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 343. Voir également points 119, 134 et 146 des présentes lignes directrices.

(176) Par exemple, le choix des coûts marginaux moyen à long terme (CMMLT) (qui incluent les coûts irrécupérables spécifiques au produit) comme mesure de coût appropriée pour le test prix-coût permet de prendre en compte les coûts liés à l’entrée et à la concurrence sur les marchés axés sur la R&D et caractérisés par des coûts variables très faibles et des coûts fixes élevés, que doit supporter un concurrent hypothétique aussi efficace. Voir décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérant 787; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, point 442. Certains paramètres évolutifs peuvent également fournir des informations sur la façon dont le montant total des coûts de développement spécifiques à un produit donné est réparti sur le cycle de vie de ce produit aux fins de l’application d’un test prix-coût. Par le passé, la Commission a, par exemple, utilisé des méthodes de répartition des coûts qui tiennent comptent du fait que la récupération des coûts liés au développement d’un produit n’est pas constante et varie sur le cycle de vie de celui-ci; voir décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 893 à 913; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 509 à 514.

(177) Arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 264; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 272, 273, 278 et 284.

(178) Voir, par exemple, arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 272, 278 et 284; arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110; arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726; arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011; arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10 P, EU:C:2012:770; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289.

(179) Arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 134; arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, point 127; et arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 164.

(180) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 57; arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 539; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 273 et 278, dans lequel la Cour de justice a déclaré que le comportement en cause ne se prêtait pas à une analyse quantitative basée sur les prix. Bien qu’il n’existe aucune obligation juridique de recourir, dans tous les cas, à un test prix-coût, la pertinence d’un tel test en cas de pratiques non tarifaires ne saurait être automatiquement exclue dès lors que les éléments du comportement autres que le prix peuvent être quantifiés de manière fiable, voir arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 58 et 59. Il ressort de l’expérience de la Commission en matière de contrôle de l’application de la législation qu’il est, en règle générale, très difficile de quantifier de manière fiable les éléments non tarifaires d’un comportement. Dès lors, la Commission estime que l’application d’un test prix-coût à une pratique non tarifaire ne devrait être envisagée que dans des circonstances exceptionnelles. Toutefois, si une entreprise dominante présente une analyse fondée sur un test prix-coût, la Commission est tenue d’en examiner la valeur probante. Voir arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 60.

(181) Arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, point 666. Au sujet de la pertinence des évolutions réelles du marché, voir point 106 g), ci-dessous.

(182) Voir point 86 ci-dessus et, en particulier, note de bas de page 170.

(183) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 273 et 278.

(184) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 57; et arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 59.

(185) Voir, par analogie, arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 60.

(186) Arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 224.

(187) L’existence d’autres faits ou comportements contextuels, y compris le comportement de l’entreprise dominante elle-même, également susceptibles d’accroître la probabilité des effets d’éviction en cause n’empêche pas de constater la nature abusive d’un comportement donné. Voir arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 537, dans lequel le Tribunal a jugé que peu importe qui a placé d’autres barrières à l’entrée ou à l’expansion susceptibles de contribuer à l’effet d’éviction produit par le comportement d’une entreprise dominante; arrêt du 18 novembre 2020, Lietuvos geležinkeliai/Commission, T-814/17, point 227, dans lequel il est considéré que, compte tenu de la situation concurrentielle en l’absence du comportement en cause, celui-ci «a aggravé la situation existante au moment de la suspension du trafic» et a rendu la réparation de la voie ferrée «plus difficile»; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 203, 211 à 213 et 222, dans lequel la Cour de justice a relevé que le comportement devait être analysé dans son contexte, en particulier lorsque «différents comportements sont interconnectés de telle sorte qu’ils déploient leurs effets en combinaison et qu’il serait artificiel de distinguer les effets de l’un des effets de l’autre».

(188) Arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 412.

(189) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 91; et arrêt du 21 février 1973, Europemballage Corporation et Continental Can Company/Commission, C-6/72, EU:C:1973:22, point 27. Voir également arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 354. Voir toutefois le point 73 des présentes lignes directrices au sujet de la pertinence du fait que le comportement repose sur l’exploitation de ressources ou de moyens propres à la détention d’une position dominante.

(190) Voir, en ce sens, arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:T:2024:726, points 225 et 228. Voir également arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 225, 226, 228 et 343.

(191) Toutefois, les facteurs extérieurs à l’entreprise dominante ne seront pas tous pris en considération à cet effet, voir arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, point 670.

(192) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 199.

(193) Voir, en ce sens, arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:C:2024:726, point 231. Voir également arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, points 377 et 378.

(194) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 225, 228 et 343, dans lequel la Cour a estimé que la Commission pouvait s’appuyer «sur un ensemble d’éléments probatoires, sans qu’elle soit tenue de recourir systématiquement à une méthodologie unique, en particulier une analyse contrefactuelle, pour prouver l’existence d’un tel lien de causalité».

(195) Arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 98 et 99. Voir également arrêt du 2 juillet 2026 Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 203 et 213, dans lequel la Cour de justice a jugé que lorsque le comportement des utilisateurs a été faussé par un comportement donné, il peut être impossible de distinguer ce biais des caractéristiques intrinsèques du produit ou du service en cause, et que cela exclut qu’il puisse être considéré que ce choix était, en principe, dû à la performance supérieure de l’entreprise dominante.

(196) Arrêt du 6 décembre 2012, AstraZeneca/Commission, C-457/10 P, EU:C:2012:770, point 110; voir, en ce sens, arrêt du 27 juin 2024, Commission/Servier, C-176/19 P, EU:C:2024:549, points 337 à 358 (dans le contexte de l’appréciation du lien de causalité entre une pratique et ses effets sur la base de l’article 101 du TFUE.

(197) Voir, dans le contexte de l’article 101 du TFUE, arrêt du 8 septembre 2016, Lundbeck/Commission, T-472/13, EU:T:2016:449, points 363, 539 et 572.

(198) La Cour de justice parle également de la «capacité inhérente» du comportement de produire des effets: voir arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 140; et arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 640 et 641.

(199) Arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 360.

(200) Arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, point 58. Voir également, dans le même sens, arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 98 et 99 et point 102, dans lequel la Cour de justice a considéré que sa conclusion ne saurait être remise en cause par les «diligences que les entreprises concurrentes ont pu, ou auraient pu, mettre en œuvre, telles que l’achat auprès de tiers de fichiers contenant des données relatives aux clients du marché protégé, pour limiter les conséquences dommageables de cette pratique».

(201) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 84 à 87; et arrêt du 16 juillet 2026, RRC Sports, C-209/23, EU:C:2026:597, points 256, 264 et 265, pour un scénario spécifique dans lequel l’entreprise n’était pas en concurrence avec celles qui seraient affectées par la mesure.

(202) Arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 437.

(203) Voir point 106 a. des présentes lignes directrices.

(204) Arrêt du 21 décembre 2023, European Superleague Company, C-333/21, EU:C:2023:1011, points 129 et 130; et arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 179.

(205) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 190, 191, 199, 206 et 207, qui souligne également qu’il se peut que les possibilités théoriques qui s’offrent aux utilisateurs ne suffisent pas à exclure la capacité de restreindre la concurrence.

(206) Arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 183; arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 39; et arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 81.

(207) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 68. Par exemple, pour les effets de réseau, voir arrêt du 10 novembre 2021, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), T-612/17, EU:T:2021:763, point 226; arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 273 et 278; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 562, 1061 et 1062.

(208) Décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérants 475 et 478.

(209) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 68; arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 139; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 44 et 48.

(210) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 696.

(211) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 904, 1038 et 1049 à 1058; décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 399 à 406 et 1218; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 641 à 643.

(212) Voir points 113(b) et 142(h) des présentes lignes directrices pour les prix prédateurs et les rabais conditionnels.

(213) Arrêt du 30 janvier 2020, Generics (UK) e.a., C-307/18, EU:C:2020:52, point 162; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 63; et arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 45.

(214) Arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, point 35; et arrêt du 22 mars 2012, Slovak Telekom/Commission, T-458/09 et T-171/10, EU:T:2012:145, point 61.

(215) Voir, en ce sens, arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, points 258 et 259; arrêt du 29 mars 2012, Telefónica et Telefónica de España/Commission, T-336/07, EU:C:2012:172, point 402; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft /Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 1078 à 1090.

(216) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 345 et 346, sur la sortie du marché ou l’échec de l’entrée sur le marché de concurrents.

(217) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 65.

(218) Voir arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, points 55 et 56.

(219) Arrêt du 25 février 2025, Alphabet e.a., C-233/23, EU:C:2025:110, point 58.

(220) Arrêt du 1er juillet 2010, AstraZeneca/Commission, T-321/05, EU:T:2010:266, point 602.

(221) L’applicabilité d’un cadre d’analyse donné à un comportement spécifique doit être déterminée à la lumière de toutes les circonstances juridiques et économiques pertinentes. Voir, en ce sens, arrêt du 10 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google Shopping), C-48/22 P, EU:T:2024:726, point 166 et points 92 à 140.

(222) Voir arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 70 à 72; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 107; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 618.

(223) Voir arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 44; et arrêt du 2 avril 2009, France/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, points 37, 110, 112 et 113. Cette interprétation n’exclut pas que la Commission puisse considérer la possibilité de récupérer les pertes comme un élément pertinent aux fins de l’appréciation du comportement en cause; voir arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 111.

(224) Arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 641 à 643.

(225) Voir décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 399 à 401 et 1060 à 1066; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 641 à 643.

(226) Voir décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 402 à 406; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, point 523.

(227) Voir arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 43 et 115; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, point 523.

(228) Dans certaines circonstances, des prix prédateurs peuvent être pratiqués et fausser la concurrence sur un marché connexe non dominé, par exemple: a) lorsqu’il existe un lien de connexité étroit entre les marchés (démontré, par exemple, par le fait qu’un nombre important des clients qui achètent les produits de l’entreprise sur le marché sur lequel elle occupe une position dominante achètent également les produits de cette même entreprise sur le marché sur lequel elle ne détient pas de position dominante, ainsi que par le fait que les concurrents de l’entreprise sont eux aussi actifs sur chacun des deux marchés) et b) lorsque l’entreprise occupe, sur le marché dominé, une position qui lui permet de compter sur un statut privilégié sur le marché non dominé (démontré, par exemple, en se référant à la position quasi monopolistique de l’entreprise sur le marché dominé et à sa prééminence en tant que fournisseur sur le marché non dominé). Voir, en ce sens, arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 35 à 45 et 58 à 62; décision de la Commission du 14 décembre 1985 dans l’affaire IV/30.698 — ECS/AKZO, considérants 62 à 87; et arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, points 27 à 31.

(229) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 70 à 72; et arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, points 27 et 28.

(230) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, point 71; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 109; et arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 27.

(231) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, point 72; arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 41; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 109; et arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 27.

(232) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 75, 82 et 109; et décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérant 1118.

(233) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 198, 199 et 206 à 209.

(234) Parmi les éléments de preuve directs figurent, en particulier, les déclarations contemporaines au sein de l’entreprise dominante, telles que des courriels, des lettres, des présentations, des procès-verbaux et des notes de réunion, ainsi que les déclarations externes, telles que des menaces adressées aux concurrents. Voir arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 76 à 82; arrêt du 8 octobre 1996, Compagnie Maritime Belge Transports e.a/Commission, affaires jointes T-24/93, T-25/93, T-26/93 et T-28/93, EU:T:1996:139, point 147; arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 199 à 209; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 546 à 552 et 560 à 579.

(235) Les éléments de preuve indirects peuvent être décrits comme une série d’indices sérieux et concordants qui indiquent l’existence d’un plan ayant pour but d’éliminer ou de réduire la concurrence en tant que telle et qui peuvent se rapporter, en particulier, à la durée, à la continuité et à l’ampleur des ventes réalisées à des prix inférieurs aux coûts, ainsi qu’à la nature ciblée des prix inférieurs aux coûts et à l’importance du marché (segment) sur lequel ils sont pratiqués. Voir arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 210 à 215; arrêt du 6 octobre 1994, Tetra Pak/Commission, T-83/91, EU:T:1994:246, points 151 et 190; et décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 1138 à 1146.

(236) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, point 197, avec renvoi à l’arrêt du 6 octobre 1994, Tetra Pak/Commission, T-83/91, EU:T:1994:246, point 151.

(237) Voir arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 36.

(238) Voir arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 109, avec renvoi à l’arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 70 et 71 et à l’arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 41. Voir également arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 27; et arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 521, 654, 662, 663 et 694. À ce jour, les juridictions de l’Union européenne n’ont jamais fait droit aux allégations d’entreprises dominantes selon lesquelles une pratique de prix prédateurs donnée ne faussait pas la concurrence dans les circonstances spécifiques du cas d’espèce.

(239) Arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 522 et 627.

(240) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 71 et 72; et arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 108. Le fait que, dans un cas particulier, un élément de coût doive être considéré comme variable, par opposition à fixe, peut dépendre de la variation de la production qui fait l’objet du comportement et de la période de temps sur laquelle les coûts doivent être évalués. À cet égard, en règle générale, plus la période est longue et plus la variation de la production faisant l’objet du comportement est importante, plus les coûts sont susceptibles d’être qualifiés de variables et plus l’estimation des coûts variables qui en résultera sera importante.

(241) Voir, en ce qui concerne l’utilisation du CEM (dans le contexte d’un système de rabais conditionnels), arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 308, avec renvoi à l’arrêt du 26 janvier 2022, Intel/Commission, T-286/09 RENV, EU:T:2022:19, points 157 et 158 et, en ce qui concerne l’utilisation du CMMLT (dans le contexte de prix prédateurs), arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 435 à 443; et décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 780 à 796.

(242) Par exemple, si l’entreprise dominante devait augmenter ses capacités pour pouvoir adopter un comportement prédateur, les coûts liés à ces capacités supplémentaires devraient être pris en considération lors de l’examen des pertes supportées par cette entreprise.

(243) Par exemple, l’entreprise dominante pourrait être en mesure de vendre des actifs dont elle n’aurait pas besoin en l’absence du comportement.

(244) Voir, en ce sens, arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, points 33 à 35, notamment la méthode d’imputation des coûts communs utilisant des pourcentages.

(245) Prenons l’exemple d’un magasin qui propose deux catégories de produits (par exemple, des livres et des appareils électroniques). Si le magasin ne proposait que des livres, certains coûts communs seraient de toute façon supportés (par exemple, la rémunération du gérant), tandis que d’autres ne le seraient qu’en partie (par exemple, la surface du magasin serait plus petite, il y aurait moins de caisses, etc)). Cette différence serait reflétée dans le CMMLT même si les coûts sont classés (d’un point de vue comptable. parmi les coûts communs. Dans le cas des entreprises qui ne proposent qu’un seul produit, le CMMLT et le CTM sont identiques puisque, par définition, il n’y a aucun coût commun dans ce cas de figure.

(246) Décision de la Commission du 4 juillet 2007 dans l’affaire COMP/38784 — Wanadoo España/Telefónica, considérants 319 et 320.

(247) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 41, avec renvoi à l’arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, point74 et à l’arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 108. Voir également arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, point 422.

(248) Si une entreprise dominante connaît ses propres coûts et tarifs, elle ne connaît pas en principe ceux de ses concurrents (arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 44; et arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, point 202).

(249) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 131 et 154.

(250) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 131 et 154.

(251) Arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, points 99 et 100; et arrêt du 6 octobre 1994, Tetra Pak/Commission, T-83/91, EU:T:1994:246, points 201 et 202.

(252) Arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 131, 132 et 137.

(253) Les coûts d’opportunité représentent le manque à gagner résultant de la non-utilisation d’un actif ou d’un produit pour la meilleure alternative rentable. S’il existe des preuves manifestes que le produit faisant l’objet de l’enquête aurait été vendu en réalisant un bénéfice sur un autre marché en l’absence du comportement, il peut être approprié de comptabiliser ce bénéfice en tant que coût d’opportunité dans le test prix-coût.

(254) Par exemple, lorsqu’une plateforme de médias sociaux dominante opère sur un marché caractérisé par le fait que les utilisateurs ne paient rien et que la plateforme est monétisée par la facturation des annonces publicitaires, il peut être approprié d’examiner les recettes et les coûts sur tous les versants de la plateforme.

(255) Par exemple, dans la décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), la Commission a apprécié séparément les prix pratiqués par l’entreprise dominante pour chaque jeu de puces concerné et pour chacun des deux clients d’importance stratégique (voir considérants 399 à 401 et 939). Il aurait également pu être possible de procéder à une évaluation plus agrégée en regroupant les produits et/ou les clients aux fins d’un seul test prix-coût. Le Tribunal a confirmé la décision, faisant observer que la Commission était en droit de limiter l’analyse à l’appréciation des réductions de prix appliquées à deux clients cruciaux et aux jeux de puces vendus dans un segment de marché, voir arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 641 à 643. Voir également décision de la Commission du 14 décembre 1985 dans l’affaire IV/30.698 — ECS/AKZO, considérants 82 à 87, dans laquelle la Commission a analysé la stratégie tarifaire adoptée pour les additifs pour farine sur le marché, plus large, des peroxydes organiques.

(256) Voir arrêt du 18 septembre 2024, Qualcomm (prix d’éviction), T-671/19, EU:T:2024:626, points 334 à 339; et décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 630 à 632. Voir également arrêt du 30 janvier 2007, France Télécom/Commission, T-340/03, EU:T:2007:22, points 131 et 137, ce qui concerne la période retenue aux fins de l’étalement des coûts S’il y a lieu, des contrôles de fiabilité peuvent être pratiqués pour vérifier l’exactitude du test prix-coût; voir décision de la Commission du 18 juillet 2019 dans l’affaire AT.39711 — Qualcomm (prix d’éviction), considérants 1007 à 1033.

(257) Cela s’applique aux cas dans lesquels l’intrant se situe au même niveau que le marché pour lequel il est nécessaire ou en aval de celui-ci. Cela peut se produire, par exemple, lorsqu’une entreprise contrôle un réseau de distribution en aval nécessaire pour accéder aux clients.

(258) Arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, point 178; et arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 70.

(259) Arrêt du 18 décembre 2025, «Lukoil Bulgaria» EOOD/Komisia za zashtita na konkurentsiata, C-260/24, EU:C:2025:988, points 33 et 35.

(260) La forme précise d’intégration de l’entreprise verticalement intégrée (par exemple, une entreprise unique verticalement intégrée, différentes divisions, plusieurs entreprises distinctes contrôlées par le même groupe. est sans incidence à cet égard).

(261) Arrêt du 18 décembre 2025, «Lukoil Bulgaria» EOOD/Komisia za zashtita na konkurentsiata, C-260/24, EU:C:2025:988, point 41; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 89; et arrêt du 29 mars 2012, Telefónica et Telefónica de España/Commission, T-336/07, EU:C:2012:172, point 146.

(262) Arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, points 169 et 183; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 32; et arrêt du 25 mars 2021, Slovak Telekom/Commission, C-165/19 P, EU:C:2021:239, point 73.

(263) Arrêt du 18 décembre 2025, «Lukoil Bulgaria» EOOD/Komisia za zashtita na konkurentsiata, C-260/24, EU:C:2025:988, point 31; arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 34; et arrêt du 29 mars 2012, Telefónica et Telefónica de España/Commission, T-336/07, EU:C:2012:172, point 187.

(264) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, point 100.

(265) Voir arrêt du 18 décembre 2025, «Lukoil Bulgaria» EOOD/Komisia za zashtita na konkurentsiata, C-260/24, EU:C:2025:988, points 41 et 43 à 46; arrêt du 25 mars 2021, Slovak Telekom/Commission, C-165/19 P, EU:C:2021:239, point 73; et arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 31, 32, 61, 63 et 73.

(266) Sur la base de l’expérience acquise par la Commission, les éléments à prendre en considération peuvent notamment être la couverture et la durée de la compression des marges, ou l’importance de l’intrant.

(267) Arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 55, 56 et 72; arrêt du 10 juillet 2014, Telefónica et Telefónica de España/Commission, C-295/12 P, EU:C:2014:2062, points 75 et 96; et arrêt du 25 mars 2021, Slovak Telekom/Commission, C-165/19 P, EU:C:2021:239, point 52.

(268) Voir, en ce sens, arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 70 et 71.

(269) Arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, points 200 à 204; et arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 31 à 34.

(270) Voir, par exemple, décision de la Commission du 4 juillet 2007 dans l’affaire AT.38784 — Wanadoo España/Telefónica, considérant 318. Voir point 118 ci-dessus pour une explication du CMMLT.

(271) Arrêt du 14 octobre 2010, Deutsche Telekom/Commission, C-280/08 P, EU:C:2010:603, points 198 et 200 à 202; et arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 41, 42 et 44.

(272) Voir arrêt du 17 février 2011, TeliaSonera Sverige, C-52/09, EU:C:2011:83, points 44 et 45.

(273) Arrêt du 29 mars 2012, Telefónica et Telefónica de España/Commission, T-336/07, EU:C:2012:172, point 209.

(274) Dans des affaires antérieures traitées par la Commission, l’application du test prix-coût supposait l’agrégation de tous les produits qu’un concurrent hypothétique aussi efficace pourrait fournir sur le marché en aval en utilisant l’intrant en amont de l’entreprise dominante. Voir, par exemple, décision de la Commission du 15 octobre 2014 dans l’affaire AT.39523 — Slovak Telekom, considérants 831 et 832; et décision de la Commission du 4 juillet 2007 dans l’affaire AT.38784 — Wanadoo España/Telefónica, considérants 386 à 388.

(275) Voir note de bas de page 297.

(276) Voir notamment point 198 a.

(277) Arrêt du 9 novembre 1983, Nederlandsche Banden-Industrie-Michelin/Commission (Michelin I), C-322/81, EU:C:1983:313, point 73; arrêt du 15 mars 2007, British Airways/Commission, C-95/04 P, EU:C:2007:166, point 67; et arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 29.

(278) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, points 30 et 39.

(279) Voir jurisprudence mentionnée au point 106 d. des présentes lignes directrices.

(280) Arrêt du 15 mars 2007, British Airways/Commission, C-95/04 P, EU:C:2007:166, point 75; et arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 40.

(281) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, points 97 à 100; et arrêt du 7 octobre 1999, Irish Sugar/Commission, T-228/97, EU:T:1999:246, points 207 à 214.

(282) Par exemple, un manque de transparence peut exercer une pression sur les clients et rendre moins attrayant le passage à un concurrent lorsque les effets du respect ou du non-respect des conditions qui régissent le système de rabais sont incertains. Arrêt du 9 novembre 1983, Nederlandsche Banden-Industrie-Michelin/Commission (Michelin I), C-322/81, EU:C:1983:313, points 83 et 84.

(283) Arrêt du 9 novembre 1983, Nederlandsche Banden-Industrie-Michelin/Commission (Michelin I), C-322/81, EU:C:1983:313, point 81; et arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, points 32 et 33.

(284) Arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, points 261, 262 et 269.

(285) Voir, par analogie, arrêt du 3 juillet 1991, AKZO/Commission, C-62/86, EU:C:1991:286, point 72; arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 41; arrêt du 2 avril 2009, France Télécom/Commission, C-202/07 P, EU:C:2009:214, point 109; et arrêt du 27 mars 2012, Post Danmark, C-209/10, EU:C:2012:172, point 27.

(286) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, points 57 et 61; arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 58 et 62; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 81; et arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 643. Voir également, par analogie, arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 181.

(287) Le test prix-coût est généralement fondé sur les éléments mentionnés au point 142, c), d), e), f) et g), ci-dessus.

(288) Voir, par analogie, arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 278.

(289) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, point 61; voir également, par analogie, arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 57 et 58; et arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 181.

(290) Voir, par analogie, arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 57. Il ressort de l’expérience de la Commission qu’il peut s’avérer difficile, voire impossible, de convertir des incitations non monétaires en montants monétaires; voir décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 352. Lorsqu’il est possible de déterminer de manière fiable le montant monétaire de l’incitation, l’appréciation doit être effectuée, en principe, en tenant compte d’un concurrent hypothétique ayant la même structure de coûts que l’entreprise dominante.

(291) Voir également point 119.

(292) Ce prix effectif (par unité) n’est pas le prix moyen (par unité) appliqué par l’entreprise dominante, mais le prix catalogue (par unité), déduction faite de la valeur totale du rabais perdu par le client en raison du transfert des unités disputables au concurrent, répartie entre les unités disputables sur la période à prendre en considération.

(293) L’absence de données suffisantes, par exemple pour une période donnée affectée par le comportement, n’empêche pas nécessairement le calcul de la demande disputable si les données inconnues sont déduites de données représentatives connues et si une telle déduction est fondée sur un schéma logique concret, qui est clairement exposé. Voir arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, points 270 et 271.

(294) La complexité ou la qualité imparfaite des données, l’existence de différentes sources de données, le manque d’informations parfaites ou la subjectivité des hypothèses peuvent conduire à des estimations différentes de la demande disputable, de sorte que l’utilisation de l’une ou l’autre estimation peut modifier le résultat d’un test prix-coût (à savoir le faire passer d’une valeur négative à une valeur positive, ou inversement).

(295) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 89.

(296) Toutes les références aux termes «exclusif», «exclusivité» ou «exclusivement» dans la présente section s’appliquent également aux situations dans lesquelles l’obligation d’achat ou de fourniture ou les mécanismes incitatifs concernent une part considérable plutôt que la totalité de la demande d’un client ou de l’offre d’un fournisseur (voir arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 89; et arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 137. Par exemple, un rabais subordonné à la condition que les clients s’approvisionnent auprès d’une entreprise dominante pour 75 % de leurs besoins a été considéré comme un rabais d’exclusivité (voir arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 83).

(297) Ces avantages peuvent consister en des avantages tarifaires, tels que des remises, des rabais, des paiements ou des primes, ou des avantages non tarifaires, tels qu’une assistance technique, des mises à niveau ou des installations gratuites, ou un accès anticipé à une technologie. Voir décision de la Commission du 29 mars 2006 dans l’affaire COMP/E-1/38.113 — Prokent-Tomra, considérant 317; et décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 364 b), points 2) et 3), et note de bas de page 269.

(298) Les conditions d’exclusivité peuvent résulter d’accords ou d’arrangements contractuels, ainsi que de courriels ou d’autres formes d’échanges entre le client et l’entreprise dominante, y compris d’arrangements oraux. Pour éviter toute ambiguïté, elles englobent aussi les situations dans lesquelles un rabais ou un avantage est lié à l’exclusivité.

(299) Arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, point 160; et arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, points 297 et 298.

(300) Les exigences en matière de stockage désignent l’obligation de réserver un espace donné aux seuls produits de l’entreprise dominante, d’une manière qui exclut, en pratique, la possibilité de proposer les produits de concurrents aux clients. Voir, par exemple, arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, points 159 et 160, où l’obligation d’utiliser des congélateurs exclusivement pour les produits de l’entreprise dominante a été considérée comme conduisant de fait à une exclusivité imposée au point de vente.

(301) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 90; arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, points 209 et 210; arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 46 et 49; et arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, point 581.

(302) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 51.

(303) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 89; arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 137; et arrêt du 26 janvier 2022, Intel/Commission, T-286/09 RENV, EU:T:2022:19, point 124.

(304) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, point 89; arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 137.

(305) Arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 138; arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 47 et 52; et arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, point 380 et 381.

(306) Voir point 161 b; arrêt du 26 janvier 2022, Intel/Commission, T-286/09 RENV, EU:T:2022:19, points 521 et 524 à 527, et arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, points 90 et 337 à 341.

(307) Voir, en ce sens, arrêt du 15 juin 2022, Qualcomm/Commission (paiements d’exclusivité), T-235/18, EU:T:2022:358, points 412 à 417.

(308) Pour une définition de la demande «disputable» et «non disputable», voir point 148.

(309) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 59 et 60.

(310) Voir également arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 56.

(311) Voir également arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 59.

(312) Tel est le cas, par exemple, lorsque, pour obtenir le rabais, l’acheteur doit s’approvisionner pour une part minimale du total de ses achats auprès de l’entreprise dominante au cours de la période de référence (par opposition à l’achat d’un volume minimal). Lorsque le rabais est subordonné à une part minimale des achats, en cas de hausse des achats auprès du concurrent, même sans diminution du volume acheté auprès de l’entreprise dominante, il se pourrait que l’acheteur ne satisfasse pas aux conditions liées au rabais. Une obligation de part minimale dans un système de rabais dissuade donc plus fortement l’acheteur de s’approvisionner auprès de concurrents qu’une obligation de volume minimal correspondante et peut conduire à une éviction même sans tarification inférieure aux coûts par l’entreprise dominante. Un autre scénario concerne les industries présentant des économies d’échelle et une clientèle suffisamment fragmentée. Dans ces cas, il se peut que chaque client ne soit pas de taille suffisante pour permettre individuellement à un concurrent plus petit ou à un nouvel entrant d’acquérir une taille suffisante. Cela peut entraîner un problème de coordination entre les clients empêchant le transfert d’un volume suffisant vers le nouvel entrant, que l’entreprise dominante peut exploiter en liant des clients par des accords d’exclusivité qui ne supposent pas de prix inférieurs aux coûts, mais qui ne permettent pas au concurrent d’atteindre une taille suffisante pour rivaliser avec elle.

(313) Voir points 94 à 96.

(314) Arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, point 54.

(315) Voir, en ce sens, arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 428; arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, points 206 et 207.

(316) Voir, par exemple, les scénarios décrits aux points 157 et 158.

(317) Arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 139. D’autres facteurs mentionnés au point 106 des présentes lignes directrices peuvent également être pertinents aux fins de cette appréciation.

(318) Arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 39; et décision de la Commission du 20 mars 2019 dans l’affaire AT.40411 - Google Search (AdSense), considérant 364 [annulée par le Tribunal dans l’arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, mais pas sur ce point)].

(319) Arrêt du 13 février 1979, Hoffmann-La Roche/Commission, C-85/76, EU:C:1979:36, points 41 et 133; arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, points 154 et 156; arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, point 269, et arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, point 79. Voir, par exemple, décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 365. Voir, également, point 157 c) ci-dessus.

(320) Arrêt du 19 avril 2012, Tomra e.a./Commission, C-549/10 P, EU:C:2012:221, points 43 à 46; et arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 139. Voir également décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 366 et 385 à 389; et décision de la Commission du 20 mars 2019 dans l’affaire AT.40411 - Google Search (AdSense), considérants 381 à 385 [annulée par le Tribunal dans l’arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, mais pas sur ce point].

(321) De même, pour les obligations de fourniture exclusive, l’élément pertinent est la part des fournisseurs et la part globale de l’approvisionnement couvertes par l’obligation; voir arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, point 602 et 603.

(322) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 696.

(323) L’ampleur et l’intensité de cette appréciation peuvent varier en fonction des circonstances de l’espèce. Voir décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 367 (voir aussi 382, 383, 384, 390 et 391), dans laquelle la durée d’un à trois ans a été considérée comme étant longue compte tenu des caractéristiques du secteur et de l’existence de clauses de renouvellement automatique. Voir également arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, point 105; et ordonnance du 28 septembre 2006, Unilever Bestfoods/Commission, C-552/03 P, EU:C:2006:607, point 55.

(324) Décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérants 364, c), et 381 à 383; et arrêt du 23 octobre 2003, Van den Bergh Foods/Commission, T-65/98, EU:T:2003:281, points 92 et 93.

(325) Arrêt du 9 septembre 2010, Tomra Systems e.a./Commission, T-155/06, EU:T:2010:370, point 260; et décision de la Commission du 16 octobre 2019 dans l’affaire AT.40608 — Broadcom, considérant 364, b).

(326) Voir également note de bas de page 312.

(327) Les juridictions de l’Union européenne ont qualifié ce facteur de «stratégie visant à évincer les concurrents au moins aussi efficaces que l’entreprise en position dominante». Le fait qu’un tel élément puisse ou non être pertinent, en fonction des circonstances de l’espèce, a été reconnu par les références des juridictions de l’Union européenne à son «existence éventuelle», voir arrêt du 6 septembre 2017, Intel/Commission, C-413/14 P, EU:C:2017:632, point 139; arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, points 144, 145 et 181; arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 48 et 50; et arrêt du 18 septembre 2024, Google et Alphabet/Commission (Google AdSense for Search), T-334/19, EU:T:2024:634, points 678, 679, 883 et 981.

(328) Voir point 158 ci-dessus.

(329) Arrêt du 6 octobre 2015, Post Danmark, C-23/14, EU:C:2015:651, points 57 et 61; arrêt du 19 janvier 2023, Unilever Italia Mkt Operations, C-680/20, EU:C:2023:33, points 58 et 62; arrêt du 12 mai 2022, Servizio Elettrico Nazionale e.a., C-377/20, EU:C:2022:379, point 81; arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 643; voir également, par analogie, arrêt du 24 octobre 2024, Commission/Intel, C-240/22 P, EU:C:2024:915, point 181.

(330) Arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 269.

(331) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 963.

(332) Arrêt du 6 octobre 1994, Tetra Pak International/Commission, T-83/91, EU:C:1994:246, point 34.

(333) À l’inverse, dans le cadre de la vente liée, le produit lié peut également être proposé séparément.

(334) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 283. Par exemple, la vente liée peut conduire à une intégration efficace du produit, à des coûts de production et de transaction moindres ainsi qu’à plus de commodité et à une meilleure qualité pour les consommateurs. Il reste possible pour l’entreprise dominante d’invoquer ces avantages à titre de justifications objectives, voir section 5.

(335) Voir arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:C:2007:289, points 1046, 1047, 1069 et 1070.

(336) Cela peut être le cas, par exemple, lorsque l’entrée sur le marché du produit lié est une condition préalable à l’entrée sur le marché du produit liant. L’entreprise dominante peut même être confrontée à la menace d’une entrée à la fois sur le marché des produits liés et sur celui des produits liants. En pareil cas, la vente liée et la vente groupée peuvent restreindre la concurrence pour le produit lié, mais aussi subordonner l’entrée réussie sur l’un ou l’autre marché à l’entrée simultanée réussie sur l’autre marché, ce qui accroît le risque ou les coûts pour les entrants potentiels.

(337) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 284; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 842, 859, 862, 864, 867 et 869.

(338) Voir section 2 Dans le cas des ventes groupées, l’entreprise doit détenir une position dominante sur l’un des marchés concernés. Dans le cas des ventes liées sur les marchés de l’après-vente, l’entreprise doit détenir une position dominante sur le marché liant.

(339) Voir également section 3.3 sur la notion de capacité de produire des effets d’éviction. En outre, voir arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 27, pour le cas spécifique des marchés étroitement liés.

(340) Décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 744.

(341) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 925.

(342) Par exemple, des éléments indiquant que les clients achètent le produit liant et le produit lié séparément auprès de différentes sources d’approvisionnement ou qu’il existe des sociétés spécialisées dans la fabrication et la vente du produit lié sur une base autonome (voir arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, point 67; arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 36; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 927).

(343) Voir arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:C:2007:289, points 925 et 928 à 931.

(344) Voir communication sur la définition du marché.

(345) Arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, point 66. Toutefois, la définition du marché en cause a une finalité différente de celle de l’appréciation du critère du «produit distinct» dans le cadre de la vente liée. La définition du marché de produits en cause sert à déterminer si deux produits sont des substituts suffisamment proches pour être placés sur le même marché de produits. Le critère décisif pour établir si deux produits sont des «produits distincts» aux fins de la vente liée n’est pas de savoir s’ils sont des substituts proches (en réalité, il s’agit souvent de produits complémentaires et donc pas de substituts), mais s’il existe une demande indépendante pour le produit lié sans le produit liant.

(346) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 921, 922 et 932.

(347) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 935.

(348) Arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 37; et arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 942.

(349) Décision de la Commission du 18 juillet 2018 dans l’affaire AT.40099 — Google Android, considérants 858 et 865.

(350) Arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, points 16 et 100.

(351) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 962.

(352) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 967 à 969.

(353) Arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 970. Par conséquent, pour établir l’existence d’une vente liée, il n’est pas nécessaire de prouver que les clients sont contraints d’utiliser ou d’acheter exclusivement le produit lié. La contrainte peut également être renforcée par le fait qu’il n’est pas possible de désinstaller le produit lié; voir arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, point 963. La possibilité offerte aux clients de désinstaller le produit lié ou d’y renoncer après avoir obtenu ce dernier avec le produit liant est généralement insuffisante pour modifier la conclusion selon laquelle il existe une coercition. L’incidence de telles possibilités est généralement prise en considération lors de l’appréciation de la capacité de la vente liée de produire des effets d’éviction; voir également décision de la Commission du 12 septembre 2025 dans les affaires AT.40721 — Microsoft Teams et AT.40873 — Microsoft Teams II, considérant 124.

(354) Arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, points 16 et 101.

(355) Toutefois, en règle générale, moins les clients soumis à la contrainte sont nombreux, moins la vente liée est susceptible de produire des effets d’éviction; voir également point 106 d), des présentes lignes directrices.

(356) Arrêt du 14 novembre 1996, Tetra Pak/Commission, C-333/94 P, EU:C:1996:436, point 25.

(357) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, point 283.

(358) Décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 753.

(359) Voir, par exemple, arrêt du 12 décembre 1991, Hilti/Commission, T-30/89, EU:T:1991:70, en ce qui concerne l’obligation faite aux utilisateurs des chargeurs de clous brevetés de Hilti d’acheter également des clous; et arrêt du 6 octobre 1994, Tetra Pak International/Commission, T-83/91, EU:T:1994:246, en ce qui concerne l’obligation faite aux acheteurs de machines destinées au conditionnement des liquides d’acheter également à Tetra Pak des cartons et des services d’entretien.

(360) Arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 292 à 295; et décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérants 1013 et 1014.

(361) Voir arrêt du 14 septembre 2022, Google et Alphabet/Commission (Google Android), T-604/18, EU:T:2022:541, points 296 et 297; et décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérants 1017 à 1048.

(362) Tel est le cas, par exemple, lorsque, parce qu’il est distribué avec le produit liant, le produit lié atteint un niveau de pénétration du marché tel que les concurrents ne sont pas en mesure de le contrebalancer ou de l’égaler par d’autres moyens pour atteindre les clients ou les utilisateurs finals. Voir arrêt du 17 septembre 2007, Microsoft/Commission, T-201/04, EU:T:2007:289, points 1036 à 1039; décision de la Commission du 18 juillet 2018 dans l’affaire AT.40099 — Google Android, considérants 805 et 811; et arrêt du 2 juillet 2026, Google et Alphabet/Commission (Google Android), C-738/22 P, EU:C:2026:533, point 413. Voir aussi décision de la Commission du 14 novembre 2024 dans l’affaire AT.40684 — Facebook Marketplace, considérant 829.

(363) À l’inverse, si la vente liée concerne deux produits tout à fait différents, le lien entre le produit liant et le produit lié peut être plus faible et les effets d’éviction moins probables.

(364) Décision de la Commission du