| CELEX | 62016TJ0131_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 14 février 2019 |
Affaires T‑131/16 et T‑263/16
Royaume de Belgique
et
Magnetrol International
contre
Commission européenne
Arrêt du Tribunal (septième chambre élargie) du 14 février 2019
« Aides d’État – Régime d’aide mise en exécution par la Belgique – Décision déclarant le régime d’aides incompatible avec le marché intérieur et illégal et ordonnant la récupération de l’aide versée – Décision fiscale anticipée (tax ruling) – Exonération des bénéfices excédentaires – Autonomie fiscale des États membres – Notion de régime d’aides – Mesures d’application supplémentaires »
États membres – Compétences retenues – Fiscalité directe – Obligation d’exercer cette compétence dans le respect du droit de l’Union
(Art. 107 TFUE)
(voir point 62)
Aides accordées par les États – Notion – Intervention de l’État dans des domaines n’ayant pas fait l’objet d’une harmonisation dans l’Union européenne – Fiscalité directe – Inclusion – Désignation de la base d’imposition et répartition de la charge fiscale – Compétences des États membres
(Art. 107 TFUE)
(voir points 63-64)
Aides accordées par les États – Notion – Caractère sélectif de la mesure – Mesure opérant une discrimination entre sociétés placées dans une situation comparable – Inclusion
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir point 65)
Aides accordées par les États – Notion – Caractère sélectif de la mesure – Octroi par les autorités publiques d’un traitement fiscal avantageux à certaines entreprises – Inclusion – Avantages résultant d’une mesure générale applicable sans distinction à tous les opérateurs économiques – Exclusion
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir point 66)
Aides accordées par les États – Notion – Caractère sélectif de la mesure – Exonération fiscale visant à éviter une double imposition – Mesure relevant de la compétence des États membres – Conditions – Preuve de l’existence d’une double imposition
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 71-72)
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Examen d’un régime d’aides pris dans sa globalité – Admissibilité – Possibilité pour la Commission d’établir l’existence en fait d’un régime d’aides sur le fondement d’un ensemble de circonstances
[Art. 107, § 1, et 108, § 1 et 3 TFUE ; règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, art. 1er, d)]
(voir points 78-79)
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Régime d’aides – Notion – Critères d’appréciation – Disposition légale portant exonération des bénéfices excédentaires des sociétés résidentes résultant de transactions transfrontalières intragroupes – Absence de mesures nationales d’application supplémentaires – Exclusion – Conditions – Preuve de la définition des éléments essentiels du régime dans les actes identifiés comme fondement du régime
[Art. 107, § 1, et 108, § 1 et 3 TFUE ; règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, art. 1er, d)]
(voir points 86, 90-98)
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Régime d’aides – Notion – Critères d’appréciation – Disposition légale portant exonération des bénéfices excédentaires des sociétés résidentes résultant de transactions transfrontalières intragroupes – Pouvoir d’appréciation des autorités fiscales nationales sur le montant, les éléments essentiels et les conditions d’octroi d’une aide individuelle – Exclusion
[Art. 107, § 1, et 108, § 1 et 3, TFUE ; règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, art. 1er, d)]
(voir points 87, 99-113)
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Régime d’aides – Notion – Critères d’appréciation – Disposition légale portant exonération des bénéfices excédentaires des sociétés résidentes résultant de transactions transfrontalières intragroupes – Définition générale et abstraite des bénéficiaires – Absence – Exclusion
[Art. 107, § 1, et 108, § 1 et 3, TFUE ; règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, art. 1er, d)]
(voir points 88, 114-120)
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Régime d’aides – Notion – Critères d’appréciation – Disposition légale portant exonération des bénéfices excédentaires des sociétés résidentes résultant de transactions transfrontalières intragroupes – Possibilité pour la Commission d’établir l’existence en fait d’un régime d’aides sur le fondement d’un ensemble de circonstances – Conditions – Preuve de l’existence d’une ligne systématique de conduite – Absence – Exclusion
[Art. 107 § 1, et 108, § 1 et 3, TFUE ; règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, art. 1er, d)]
(voir points 122-134)
Résumé
Dans l’arrêt Belgique et Magnetrol International/Commission (T‑131/16 et T‑263/16), prononcé le 14 février 2019, le Tribunal a annulé, dans le cadre d’un recours en annulation au titre de l’article 263 TFUE, la décision (UE) 2016/1699 de la Commission, du 11 janvier 2016, qualifiant d’aide d’État illégale et incompatible avec le marché intérieur le régime d’exonération des bénéfices excédentaires d’entités belges de groupes d’entreprises multinationaux appliqué par la Belgique depuis 2004, et ordonnant en conséquence sa récupération ( 1 ).
En vertu de l’article 185, paragraphe 2, sous b), du code des impôts sur les revenus de 1992 (ci-après le « CIR 92 »), fondé sur le principe de pleine concurrence établi par l’article 9 de la convention-modèle de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en matière d’impôt sur le revenu et sur la fortune, la base imposable des sociétés intégrées à des groupes multinationaux de sociétés assujetties à l’impôt en Belgique peut être adaptée, positivement ou négativement, au cas par cas sur la base des éléments disponibles fournis par le contribuable, par des corrections sur les bénéfices résultant de transactions transfrontalières intragroupes, lorsque les prix de transfert appliqués ne reflètent pas les mécanismes de marché et le principe de pleine concurrence. L’ajustement positif permet une majoration des bénéfices de la société résidente faisant partie d’un groupe multinational pour inclure des bénéfices que la société résidente aurait dû réaliser à l’occasion d’une transaction donnée dans un contexte de pleine concurrence. Corrélativement l’ajustement négatif a pour but d’éviter ou de supprimer une double imposition. Ces ajustements peuvent être approuvés par les autorités fiscales belges par la voie d’une décision anticipée (tax ruling).
Le Tribunal rejette, en premier lieu, le moyen tiré de la prétendue ingérence de la Commission dans les compétences exclusives de la Belgique en matière de fiscalité directe. À cet égard, il rappelle que, même si la fiscalité directe relève, en l’état actuel du développement du droit de l’Union, de la compétence des États membres, ceux-ci doivent néanmoins exercer cette compétence dans le respect du droit de l’Union. Or, une mesure par laquelle les autorités publiques accordent à certaines entreprises un traitement fiscal avantageux, qui place les bénéficiaires dans une situation financière plus favorable que les autres contribuables, est susceptible de constituer une aide d’État. La Commission étant compétente pour veiller au respect des règles concernant les aides d’État, il ne peut dès lors lui être reproché d’avoir outrepassé ses compétences.
En second lieu, le Tribunal constate que la Commission a erronément conclu, en l’espèce, à l’existence d’un régime d’aides, au sens de l’article 1er, sous d), du règlement 2015/1589 ( 2 ). En vertu de cette disposition, constitue un régime d’aides « toute disposition sur la base de laquelle, sans qu’il soit besoin de mesures d’application supplémentaires, des aides peuvent être octroyées individuellement à des entreprises, définies d’une manière générale et abstraite dans ladite disposition et toute disposition sur la base de laquelle une aide non liée à un projet spécifique peut être octroyée à une ou plusieurs entreprises pour une période indéterminée et/ou pour un montant indéterminé ». Selon le Tribunal, cette définition implique, premièrement, que, dans la mesure où les aides individuelles sont accordées sans l’intervention de mesures d’application supplémentaires, les éléments essentiels du régime d’aides en question doivent nécessairement ressortir des dispositions identifiées comme fondement dudit régime. Elle implique, deuxièmement, que les autorités nationales appliquant ledit régime ne disposent pas d’une marge d’appréciation quant à la détermination des éléments essentiels de l’aide en question et quant à l’opportunité de son octroi, le pouvoir des autorités nationales devant se limiter à une application technique des dispositions censées constituer le régime en cause, le cas échéant après avoir vérifié que les demandeurs réunissent les conditions préalables pour bénéficier de celui-ci. Enfin, troisièmement, les actes fondant le régime d’aides doivent définir les bénéficiaires de manière générale et abstraite, même si l’aide qui leur est accordée reste indéterminée.
En l’occurrence, le Tribunal constate, premièrement, que si, certes, certains éléments essentiels du régime retenus par la Commission dans la décision (EU) 2016/1699 peuvent découler des actes qu’elle y a identifiés, tel n’est toutefois pas le cas pour l’ensemble de ces éléments essentiels, dont la méthode pour le calcul des bénéfices excédentaires en deux étapes, comprenant la méthode transactionnelle de la marge nette (MTMN), et l’exigence d’investissements, de la création d’emplois, de la centralisation ou de l’accroissement d’activités en Belgique. Partant, la mise en œuvre de ces actes et donc l’octroi des prétendues aides dépendraient nécessairement de l’adoption de mesures d’application supplémentaires. Deuxièmement, le Tribunal considère que les autorités fiscales belges disposaient, lors de l’adoption des décisions anticipées sur les bénéfices excédentaires, d’un pouvoir d’appréciation sur l’ensemble des éléments essentiels du système d’exonération litigieux, leur permettant d’influencer les caractéristiques, le montant et les conditions dans lesquelles l’exonération était accordée, ce qui exclut également l’existence d’un régime d’aides. Il constate à cet égard que, lorsqu’elles ont adopté une décision d’ajustement négatif, lesdites autorités n’ont pas procédé à une application technique du cadre réglementaire applicable, mais, au contraire, effectué « au cas par cas » une appréciation qualitative et quantitative de chaque demande, sur la base des rapports et des éléments de preuve fournis par l’entité concernée, afin de décider s’il était justifié d’accorder ledit ajustement. Troisièmement, le Tribunal relève que les bénéficiaires du prétendu régime d’aides, qui, en vertu de l’article 185, paragraphe 2, sous b), du CIR 92, prévoit qu’il s’applique aux sociétés intégrées à un groupe multinational dans leurs relations transfrontalières réciproques, ne sont pas définis de manière générale et abstraite par les actes à la base du régime d’aides identifiés parla Commission, de sorte qu’ils devaient nécessairement l’être par des mesures d’application supplémentaires. Enfin, quatrièmement, le Tribunal juge que la Commission n’est pas parvenue à démontrer que la ligne systématique de conduite des autorités fiscales belges qu’elle avait identifiée répondait aux exigences de l’article 1er, sous d), du règlement 2015/1589.
( 1 ) Décision (UE) 2016/1699, du 11 janvier 2016, relative au régime d’aides d’État concernant l’exonération des bénéfices excédentaires SA.37667 (2015/C) (ex 2015/NN) mis en œuvre par la Belgique [notifiée sous le numéro C(2015) 9837] (JO 2016, L 260, p. 61).
( 2 ) Règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, du 13 juillet 2015, portant modalités d’application de l’article 108 TFUE (JO 2015, L 248, p. 9).
Ordonnance du Tribunal (huitième chambre) du 20 décembre 2019.#République de Pologne contre Commission européenne.#Affaire T-883/16 REC.
20/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019
Affaire T-812/14 RENV: Arrêt du Tribunal du 19 décembre 2019 – BPC Lux 2 e.a./Commission («Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité»)
19/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019