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AccueilDroit européen62016TJ0282_RES
Jurisprudence CJUE62016TJ0282_RES

Arrêt du Tribunal (troisième chambre élargie) du 19 mars 2019.#Inpost Paczkomaty sp. z o.o. et Inpost S.A. contre Commission européenne.#Aides d’État – Secteur postal – Compensation du coût net résultant des obligations de service universel – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Recours en annulation – Intérêt à agir – Obligation de motivation – Égalité de traitement – Proportionnalité – Droit de propriété – Liberté d’entreprise.#Affaires jointes T-282/16 et T-283/16.

CELEX62016TJ0282_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 19 mars 2019

Résumé IA

Le Tribunal de l'UE a rejeté les recours d'Inpost contre la décision de la Commission autorisant une compensation d'aide d'État versée à La Poste polonaise pour ses obligations de service universel. Il a jugé que la Commission n'avait pas commis d'erreur en qualifiant la mesure d'aide compatible, et que les droits de propriété et la liberté d'entreprise d'Inpost n'étaient pas violés. Cet arrêt confirme la marge d'appréciation de la Commission pour évaluer la proportionnalité des compensations de service universel dans le secteur postal.

Texte intégral

Affaires jointes T‑282/16 et T‑283/16

Inpost Paczkomaty sp. z o.o.
et
Inpost S.A.

contre

Commission européenne

Arrêt du Tribunal (troisième chambre élargie) du 19 mars 2019

« Aides d’État – Secteur postal – Compensation du coût net résultant des obligations de service universel – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Recours en annulation – Intérêt à agir – Obligation de motivation – Égalité de traitement – Proportionnalité – Droit de propriété – Liberté d’entreprise »

  1. Libre prestation des services – Services postaux – Directive 97/67 – Désignation des entreprises prestataires de services postaux universels – Obligation pour l’État membre de recourir aux procédures de passation des marchés publics – Absence – Respect des principes de transparence, d’égalité de traitement et de non-discrimination

    (Directives du Parlement européen et du Conseil 97/67, art. 7, § 2, et 2008/6, considérant 23)

    (voir points 31-40)

  2. Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Compatibilité d’une aide avec le marché intérieur – Pouvoir d’appréciation – Respect de la cohérence entre les dispositions régissant les aides d’État et d’autres dispositions du traité – Services postaux – Respect des obligations découlant de la directive 97/67 – Obligation s’imposant uniquement s’agissant des modalités de l’aide indissociablement liées à son objet – Examen des modalités de financement d’un fonds de compensation du coût d’obligations de service universel assumées par une entreprise

    (Art. 106, 107 et 108 TFUE ; directive du Parlement européen et du Conseil 97/67, art. 7, § 1 et 3 à 5)

    (voir points 63-71)

  3. Libre prestation des services – Services postaux – Directive 97/67 – Financement du service universel – Fonds de compensation du coût d’obligations de service universel assumées par une entreprise – Législation nationale imposant à l’opérateur de service universel et aux prestataires de services équivalents l’application uniforme du pourcentage déterminant le montant maximal de leur contribution audit fonds de compensation – Comparabilité des situations – Absence de discrimination – Admissibilité

    (Directive du Parlement européen et du Conseil 97/67, considérant 27 et art. 7, § 5 ; communication de la Commission 2012/C 8/03, point 52)

    (voir points 84, 85, 87)

  4. Libre prestation des services – Services postaux – Directive 97/67 – Financement des services universels – Fonds de compensation du coût d’obligations de service universel assumées par une entreprise – Législation nationale imposant aux opérateurs postaux, à l’exclusion des prestataires de services de courrier exprès, l’obligation de contribuer au fonds de compensation – Discrimination – Contrôle de l’existence d’un degré suffisant d’interchangeabilité des services eu égard à leurs caractéristiques intrinsèques – Absence de comparabilité des situations – Admissibilité

    (Directive du Parlement européen et du Conseil 97/67, considérant 27 et art. 7, § 5 ; communication de la Commission 2012/C 8/03, point 52)

    (voir points 91-102)

  5. Aides accordées par les États – Interdiction – Dérogations – Entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général – Décision de la Commission de ne pas soulever d’objections à l’égard d’une aide destinée à compenser le coût d’obligations de service universel assumées par une entreprise – Obligation de respecter le principe de proportionnalité – Limites – Contrôle juridictionnel – Appréciation de la légalité en fonction des éléments d’information disponibles au moment de l’adoption de la décision

    (Art. 106, § 2, TFUE)

    (voir points 114-116)

  6. Libre prestation des services – Services postaux – Directive 97/67 – Financement du service universel – Calcul du coût net des obligations de service universel – Charge inéquitable – Appréciation par l’État membre – Droit à compensation subordonné à l’existence de pertes comptables – Admissibilité

    (Directive du Parlement européen et du Conseil 97/67, art. 7, § 3)

    (voir points 153-156)

Résumé

Dans l’arrêt Inpost Paczkomaty et Inpost/Commission (T‑282/16 et T‑283/16), prononcé le 19 mars 2019, le Tribunal a, dans le cadre de recours en annulation au titre de l’article 263 TFUE, rejeté les demandes des requérantes tendant à obtenir l’annulation de la décision C(2015) 8236 final de la Commission, du 26 novembre 2015 (ci-après « la décision litigieuse »), par laquelle celle-ci a décidé de ne pas soulever d’objections à l’égard de la mesure notifiée par les autorités polonaises, relative à l’aide octroyée à Poczta Polska sous la forme d’une compensation du coût net résultant de l’accomplissement, par cette dernière, de ses obligations de service postal universel pour la période comprise entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2015.

En vertu de l’article 7, paragraphe 3, sous b), de la directive 97/67 concernant des règles communes pour le développement du marché intérieur des services postaux de la Communauté et l’amélioration de la qualité du service (ci-après « la directive postale ») ( 1 ), lorsqu’un État membre détermine que les obligations de service universel prévues par ladite directive font supporter un coût net et constituent une charge financière inéquitable pour le ou les prestataires du service universel, il peut introduire « un mécanisme de répartition du coût net des obligations de service universel entre les prestataires de services et/ou les utilisateurs ».

En l’occurrence, Poczta Polska (ci-après « PP ») est une société anonyme polonaise qui a été désignée, par la loi nationale de transposition de la directive postale, pour assumer, sur une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2013, les obligations de prestataire du service postal universel sur l’ensemble du territoire polonais. En compensation de telles obligations, les autorités polonaises ont mis en place un fonds de compensation, financé par des contributions des opérateurs postaux fournissant des services universels et/ou des services universels équivalents et, le cas échéant, par le budget de l’État, destiné à financer le coût net des obligations de service universel.

Dans le cadre de leurs recours contre la décision litigieuse, les requérantes, qui sont des opérateurs postaux appelés à contribuer audit fonds de compensation, ont soulevé sept moyens, les cinq premiers tirés de violations de l’article 106, paragraphe 2, TFUE, en ce que la communication de la Commission relative à l’encadrement de l’Union applicable aux aides d’État sous forme de compensations de service public (2011) ( 2 ) et l’article 7 de la directive postale n’auraient pas été respectés, le sixième tiré d’une violation des articles 16 et 17 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et le dernier pris d’une méconnaissance de l’obligation de motivation.

L’ensemble des griefs soulevés par les requérantes sont écartés par le Tribunal.

Il rejette, notamment, le premier moyen, tiré de ce que la Pologne a désigné PP comme prestataire des services postaux universels directement et exclusivement par la voie législative, sans engager une procédure de passation d’un marché public, dès lors que, conformément à l’article 7, paragraphe 2, de la directive postale, les procédures de passation des marchés ne sont qu’une option parmi celles susceptibles d’être retenues par l’État membre concerné pour confier la sous-traitance de la prestation de services universels. Le Tribunal ajoute cependant que, dans l’exercice de ce choix, les principes de transparence, d’égalité de traitement et de non-discrimination doivent être dûment respectés, étant précisé que la circonstance que PP a été désignée directement et exclusivement par la voie législative ne suffit pas, par elle-même, à établir l’existence d’une violation desdits principes.

Le Tribunal rejette également les quatre branches du troisième moyen, tiré d’une violation du point 52 de l’encadrement SIEG et de l’article 7, paragraphes 1 et 3 à 5, de la directive postale, en ce que les modalités du fonds de compensation seraient discriminatoires, disproportionnées et auraient été adoptées selon une procédure non transparente. En l’occurrence, le montant de la contribution des opérateurs postaux appelés à contribuer au fonds a été fixé à un taux uniforme de 2 % de leur chiffre d’affaires, pour autant qu’il ait dépassé 1 million de PLN, provenant, durant l’année de référence, des prestations de services universels et des prestations de services équivalents, étant précisé que le coût des obligations de service universel de PP n’ouvre droit à compensation que si les prestations de service universel ont effectivement conduit à une perte comptable.

À cet égard, le Tribunal estime, tout d’abord, que le troisième moyen n’est pas inopérant en ce qu’il est tiré d’une violation de l’article 7 de la directive postale. Il rappelle, à cet égard, que la Commission est tenue, lorsqu’elle fait application de la procédure relative au contrôle des aides d’État, de respecter, en vertu de l’économie générale du traité, la cohérence entre les dispositions régissant cette matière et les dispositions spécifiques autres que celles relatives aux aides d’État et, ainsi, d’apprécier la compatibilité de l’aide en cause avec ces dispositions spécifiques, étant précisé qu’une telle obligation ne s’impose qu’en ce qui concerne les modalités d’une aide qui sont à ce point indissociablement liées à l’objet de l’aide qu’il ne serait pas possible de les apprécier isolément.

En l’espèce, le Tribunal constate que les modalités de financement nécessaires au fonctionnement du fonds de compensation sont indissociablement liées à l’objet de l’aide elle-même, à savoir la compensation en faveur de PP pour ses obligations de service universel, et relève que la Commission a expressément considéré que la fixation des contributions des opérateurs postaux à un niveau approprié (c’est-à-dire à un niveau proportionné et non discriminatoire) était particulièrement importante et qu’elle s’est elle-même référée explicitement à la compatibilité de la mesure en cause avec la directive postale. Il rejette cependant comme non fondés les quatre griefs soulevés par les requérantes.

Il estime, ainsi, que l’application uniforme du pourcentage déterminant le montant maximal de la contribution aux prestataires de services universels et aux prestataires de services équivalents, fixé à 2 % du chiffre d’affaires pertinent, ne méconnaît pas le principe de non-discrimination. Il relève, à cet égard, notamment, que les deux services présentent des caractéristiques similaires et doivent être considérés comme interchangeables du point de vue des consommateurs au regard de leurs caractéristiques intrinsèques. Il juge, par ailleurs, que la non-application de l’obligation de contribution aux prestataires de services de courrier exprès n’est pas discriminatoire, dès lors qu’ils ne se trouvent pas dans une situation comparable à la leur. En effet, le Tribunal considère, d’une part, que les services de courrier exprès se distinguent du service postal universel par la valeur ajoutée qui est apportée au bénéfice de chaque client, valeur pour laquelle cet utilisateur accepte de payer une somme plus élevée. Se distinguant encore à l’heure actuelle du « service postal traditionnel », défini comme un service au profit de tous les usagers sur l’ensemble du territoire d’un État membre, les services de courrier exprès, en raison de leurs spécificités, ne sauraient donc être regardés comme interchangeables avec les services postaux universels.

Le Tribunal juge, par ailleurs, que ni le pourcentage déterminant le montant maximal de la contribution, fixé à 2 % du chiffre d’affaires pertinent, ni le seuil de revenus de 1 million de PLN ne sont disproportionnés. À cet égard, le Tribunal rappelle que le contrôle de proportionnalité constitue un des contrôles qu’il incombe à la Commission d’effectuer dans le cadre de sa vérification de la compatibilité d’une mesure d’aide d’État avec les dispositions de l’article 106, paragraphe 2, TFUE. Ce contrôle du caractère proportionné d’une mesure visant à exécuter une mission de SIEG se limite à vérifier si la mesure prévue est nécessaire pour que la mission de SIEG en cause puisse être accomplie dans des conditions économiquement acceptables ou, inversement, si la mesure en cause est manifestement inappropriée au regard de l’objectif poursuivi. Sur le premier point, il relève que, en l’absence de données détaillées relatives aux taux de rentabilité des opérateurs postaux appelés à contribuer au fonds de compensation, la Commission était en droit de prendre en considération le taux de rentabilité de PP en matière de services équivalents. Il estime, en l’occurrence, que la Commission pouvait raisonnablement considérer que les autres opérateurs étaient susceptibles d’atteindre un taux de rentabilité semblable à celui de PP grâce à leur efficacité, leur efficience et leur flexibilité plus importantes et, partant, à leur plus grande capacité à se concentrer sur les segments les plus rentables du marché.

Enfin, le Tribunal considère que le régime de compensation en cause ne saurait porter atteinte à la liberté d’entreprise des requérantes ni entraver leur droit de propriété dans la production et la commercialisation de ces services, notamment leur droit de propriété intellectuelle, dès lors qu’il n’a pas été établi qu’il ferait obstacle à ce que les opérateurs de services postaux commercialisent, en Pologne, des services équivalents au service universel.


( 1 ) Directive 97/67/CE du Parlement européen et du Conseil, du 15 décembre 1997, concernant des règles communes pour le développement du marché intérieur des services postaux de la Communauté et l’amélioration de la qualité du service (JO 1998, L 15, p. 14).

( 2 ) JO 2012, C 8, p. 15, ci-après l’« encadrement SIEG ».

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