| CELEX | 62016TJ0365_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 28 novembre 2019 |
Affaire T‑365/16
Portigon AG
contre
Conseil de résolution unique
Arrêt du Tribunal (huitième chambre élargie) du 28 novembre 2019
« Union économique et monétaire – Union bancaire – Mécanisme de résolution unique des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement (MRU) – Fonds de résolution unique (FRU) – Décision du CRU sur les contributions ex ante pour 2016 – Recours en annulation – Affectation directe et individuelle – Recevabilité – Formes substantielles – Authentification de la décision – Procédure d’adoption de la décision – Obligation de motivation »
Recours en annulation – Actes susceptibles de recours – Notion – Actes produisant des effets juridiques obligatoires – Actes préparatoires – Exclusion – Décision du Conseil de résolution unique (CRU) établissant les contributions ex ante au Fonds de résolution unique (FRU) – Caractère définitif – Inclusion
(Art. 263, 4e al., TFUE ; règlement no 806/2014, art. 67, § 4, et 70, § 2)
(voir points 64, 72, 73, 180)
Recours en annulation – Personnes physiques ou morales – Actes les concernant directement et individuellement – Critères – Décision du Conseil de résolution unique (CRU) établissant les contributions ex ante au Fonds de résolution unique (FRU) – Recours formé par un établissement de crédit non destinataire de la décision du CRU – Affectation directe et individuelle – Recevabilité
(Art. 263, 4e al., TFUE ; règlement no 806/2014, art. 67, § 4, et 70, § 2)
(voir points 65-69, 74-83, 163, 180)
Recours en annulation – Moyens – Violation des formes substantielles – Absence d’authentification de la décision attaquée – Nécessité d’invoquer un préjudice ou d’autres vices que l’absence d’authentification – Absence – Moyen devant être soulevé d’office par le juge
(Art. 263 TFUE)
(voir points 85-90, 106)
Recours en annulation – Moyens – Violation des formes substantielles – Procédure d’adoption de la décision attaquée, en violation des règles visant à assurer le respect des formes substantielles inhérentes à toute procédure écrite électronique et à toute procédure d’adoption par consensus – Moyen devant être soulevé d’office par le juge
(Art. 263 TFUE)
(voir points 134-140)
Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Décision du Conseil de résolution unique (CRU) établissant les contributions ex ante au Fonds de résolution unique (FRU)
(Art. 296 TFUE ; règlement no 806/2014, art. 67, § 4, et 70, § 2)
(voir points 160-162, 164, 165, 170, 174, 181, 187, 193)
Résumé
Dans son arrêt du 28 novembre 2019, Portigon/CRU (T‑365/16), rendu en chambre élargie, le Tribunal a annulé deux décisions du Conseil de résolution unique (CRU), la première déterminant le montant des contributions ex ante pour 2016 au Fonds de résolution unique (FRU) et la seconde procédant à un ajustement de ces contributions, dans le cadre d’un recours intenté par un établissement de crédit débiteur de ces contributions.
Cette affaire s’inscrit dans le cadre du second pilier de l’union bancaire, relatif au mécanisme de résolution unique , mis en place par le règlement no 806/2014 ( 1 ). Plus spécifiquement, cette affaire concerne le FRU instauré par ce règlement ( 2 ). Le FRU est financé par les contributions des établissements perçues au niveau national sous la forme, notamment, de contributions ex ante ( 3 ).
La requérante, Portigon AG, est un établissement de crédit établi dans un État membre participant au mécanisme de surveillance unique. Par décision du 15 avril 2016, le CRU a décidé du montant de la contribution ex ante de chaque établissement, dont la requérante, pour l’année 2016. Par avis de perception du 22 avril 2016, l’autorité de résolution nationale (ARN) allemande a informé la requérante que le CRU avait adopté sa contribution ex ante pour 2016 au FRU et lui a indiqué le montant à payer. Par décision du 20 mai 2016, accompagnée d’une annexe indiquant les nouveaux montants, le CRU a majoré la contribution de la requérante. Par avis de perception du 10 juin 2016, l’ARN allemande a enjoint à la requérante d’acquitter le montant de la majoration, les raisons sous-tendant la nécessité de rectifier le calcul initial des contributions lui ayant été préalablement communiquées. La requérante a introduit un recours visant à l’annulation des deux décisions du CRU, en ce qu’elles la concernent.
Tout d’abord, le Tribunal a rejeté l’exception d’irrecevabilité soulevée par le CRU, tirée du prétendu défaut de qualité pour agir de la requérante. Examinant cette question, le Tribunal a jugé que, en dépit du fait que seules les ANR soient destinataires, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, des décisions attaquées, les établissements, dont la requérante, n’en sont pas moins individuellement et directement concernés, puisque, d’une part, les décisions mentionnent nommément chacun des établissements et fixent ou, dans le cas de la seconde décision, ajustent sa contribution individuelle et, d’autre part, les ARN ne disposent d’aucune marge d’appréciation concernant les montants des contributions individuelles, ni d’aucune possibilité de procéder à une modification de ces montants, qu’elles sont tenues de collecter auprès des établissements concernés. Partant, le recours est jugé recevable.
Sur le fond, examinant le moyen d’ordre public tiré de la violation des formes substantielles dans l’adoption des actes, le Tribunal a constaté que, en l’absence de preuve par le CRU de la signature électronique des décisions attaquées, l’exigence d’authentification n’a pas été remplie. Il a par conséquent annulé lesdites décisions.
À cet égard, le Tribunal a rappelé la jurisprudence de la Cour selon laquelle, l’élément intellectuel et l’élément formel constituant un tout indissociable, la mise en forme écrite de l’acte est l’expression nécessaire de la volonté de l’autorité qui l’adopte. L’authentification de l’acte a pour but d’assurer la sécurité juridique en figeant le texte adopté par l’auteur. La Cour a également jugé que la violation d’une forme substantielle est constituée par le seul défaut d’authentification de l’acte, sans qu’il soit nécessaire d’établir, en outre, que l’acte est affecté d’un autre vice ou que l’absence d’authentification a causé un préjudice à celui qui l’invoque, et que le contrôle du respect de la formalité de l’authentification et, ainsi, du caractère certain de l’acte est un préalable à tout autre contrôle, tel que celui de la compétence de l’auteur de l’acte, du respect du principe de la collégialité ou encore du respect de l’obligation de motiver les actes. Si le juge de l’Union constate, à l’examen de l’acte produit devant lui, que ce dernier n’a pas été régulièrement authentifié, il lui appartient de soulever d’office le moyen tiré de la violation d’une forme substantielle consistant en un défaut d’authentification régulière et d’annuler, en conséquence, l’acte entaché d’un tel vice. Il importe peu, à cet égard, que l’absence d’authentification n’ait causé aucun préjudice à l’une des parties au litige.
De plus, le Tribunal a constaté que la procédure d’adoption de la première décision attaquée a été menée en méconnaissance manifeste d’exigences procédurales relatives à l’approbation de cette décision par les membres de la session exécutive du CRU et au recueil de cette approbation. S’agissant d’une procédure d’adoption de décision par consensus, le Tribunal a observé que la décision ne saurait être adoptée sans qu’il ait été établi, à tout le moins, que l’intégralité des membres de l’organe compétent aient pu prendre connaissance, au préalable, du projet de décision. En outre, cette procédure requiert l’indication d’un délai permettant auxdits membres de prendre position sur le projet. Le Tribunal a constaté que ces règles de procédure, visant à assurer le respect des formes substantielles inhérentes à toute procédure d’adoption par consensus, ont été violées en l’espèce. Il a observé que ces violations ont un impact direct sur la sécurité juridique, puisqu’il n’est pas établi que la décision ainsi adoptée ait fait l’objet d’une approbation par l’organe compétent, voire même d’une prise de connaissance préalable par l’intégralité de ses membres. Selon, le Tribunal, le non-respect de telles règles de procédure nécessaires à l’expression du consentement constitue une violation des formes substantielles que le juge de l’Union peut examiner d’office.
Enfin, le Tribunal a jugé que les décisions attaquées encourent également l’annulation au titre de plusieurs violations de l’obligation de motivation. Le Tribunal a précisé à cet égard qu’il incombe au CRU, auteur de ces décisions de les motiver. Cette obligation de motivation ne saurait être déléguée aux ARN, ni sa violation palliée par celles-ci, sauf à méconnaître la qualité du CRU d’auteur desdites décisions et sa responsabilité à ce titre, et à susciter, compte tenu de la diversité des ARN, un risque d’inégalité de traitement des établissements en ce qui concerne la motivation des décisions du CRU.
( 1 ) Règlement (UE) no 806/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 15 juillet 2014, établissant des règles et une procédure uniformes pour la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement dans le cadre d’un mécanisme de résolution unique et d’un Fonds de résolution bancaire unique, et modifiant le règlement (UE) no 1093/2010 (JO 2014, L 225, p. 1).
( 2 ) Article 67, paragraphe 1, du règlement no 806/2014.
( 3 ) Article 67, paragraphe 4, du règlement no 806/2014.
Ordonnance du Tribunal (huitième chambre) du 20 décembre 2019.#République de Pologne contre Commission européenne.#Affaire T-883/16 REC.
20/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019
Affaire T-812/14 RENV: Arrêt du Tribunal du 19 décembre 2019 – BPC Lux 2 e.a./Commission («Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité»)
19/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019