| CELEX | 62016TJ0502_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 20 novembre 2019 |
Affaire T‑502/16
(publication par extraits)
Stefano Missir Mamachi di Lusignano,
en qualité d’héritier de Livio Missir Mamachi di Lusignano e.a.
contre
Commission européenne
Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 20 novembre 2019
« Fonction publique – Fonctionnaires – Assassinat d’un fonctionnaire et de son épouse – Obligation d’assurer la sécurité du personnel au service de l’Union – Responsabilité d’une institution dans le préjudice moral des ayants droit d’un fonctionnaire décédé – Mère, frère et sœur du fonctionnaire – Recours en indemnité – Recevabilité – Qualité pour agir sur le fondement de l’article 270 TFUE – Personne visée au statut – Délai raisonnable »
Recours des fonctionnaires – Recours en indemnité – Demande en annulation de la décision précontentieuse portant rejet de la demande en indemnité – Demande ne présentant pas un caractère autonome par rapport aux conclusions en indemnité
(Statut des fonctionnaires, art. 91)
(voir point 29)
Recours des fonctionnaires – Qualité pour agir – Personnes visées par le statut – Notion – Recours en indemnité introduit par les frères et sœurs d’un fonctionnaire décédé – Recevabilité – Conditions
(Art. 270 TFUE ; statut de la Cour de justice, annexe I, art. 1er ; statut des fonctionnaires, art. 40, 42 ter, 55 bis, 73, 90 et 91)
(voir points 42, 50-57)
Recours des fonctionnaires – Demande d’indemnisation adressée à une institution – Délai de prescription – Prescription ne constituant pas une fin de non-recevoir d’ordre public
(Art. 340, 2e al., TFUE ; statut de la Cour de justice, art. 46, § 1 ; statut des fonctionnaires, art. 90, § 1)
(voir points 68, 69)
Recours des fonctionnaires – Délais – Demande d’indemnisation adressée à une institution – Respect d’un délai raisonnable – Critères d’appréciation
(Statut de la Cour de justice, art. 46 ; statut des fonctionnaires, art. 90)
(voir points 77-79)
Responsabilité non contractuelle – Préjudice – Préjudice indemnisable – Préjudice moral causé par la mort d’un proche – Inclusion – Évaluation ex æquo et bono
(Art. 340, 2e al., TFUE)
(voir points 146, 147, 167, 168, 171, 172)
Résumé
Les frères et sœurs d’un fonctionnaire européen assassiné ont droit à la réparation du préjudice moral subi en tant que « personnes visées au statut »
Dans l’arrêt Missir Mamachi di Lusignano e.a./Commission (T‑502/16, EU:T:2019:795), rendu le 20 novembre 2019, le Tribunal a accueilli le recours en indemnité introduit par la mère, le frère et la sœur de M. Alessandro Missir Mamachi di Lusignano (ci-après « les requérants »), fonctionnaire européen assassiné à Rabat (Maroc).
M. Alessandro Missir Mamachi di Lusignano (ci-après « M. Alessandro Missir » ou le « fonctionnaire défunt ») a été assassiné le 18 septembre 2006 avec son épouse à Rabat (Maroc), où il devait prendre ses fonctions de conseiller politique et diplomatique à la délégation de la Commission européenne. L’assassinat a été commis dans une maison meublée et louée par cette délégation pour M. Alessandro Missir, son épouse et leurs quatre enfants. Le recours introduit par les requérants dans la présente affaire fait suite à l’arrêt du Tribunal du 7 décembre 2017, Missir Mamachi di Lusignano e.a./Commission (T‑401/11 P RENV RX, EU:T:2017:874), dans lequel le Tribunal a statué sur la demande en réparation émanant du père et des enfants du fonctionnaire défunt. Dans leurs observations, les requérants ont estimé que, si les décisions déjà rendues avaient abouti à l’indemnisation de certains préjudices, d’autres préjudices restaient à apprécier dans le cadre du présent recours, à savoir les préjudices moraux subis par la mère, le frère et la sœur du fonctionnaire défunt. La Commission a objecté que, s’agissant du préjudice moral allégué par la mère du fonctionnaire défunt, la demande en réparation était irrecevable, car tardive. S’agissant des préjudices moraux allégués par le frère et la sœur de M. Alessandro Missir, la Commission a répondu que, outre la tardivité de leur demande, ces requérants ne pouvaient pas être considérés comme des personnes visées par le statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »).
À cet égard, le Tribunal a été amené à se prononcer, en premier lieu, sur la qualité des frères et sœurs d’un fonctionnaire décédé pour agir en indemnité par la voie de l’article 270 TFUE. Le Tribunal a relevé que le critère qui déterminait le recours à cette voie procédurale était celui de la « personne visée au statut » (article 91, paragraphe 1, du statut). Or, l’article 73 du statut prévoit, en cas de décès du fonctionnaire assuré, le versement des prestations garanties à son conjoint et à ses enfants s’ils existent, à défaut aux autres descendants du fonctionnaire, à défaut aux ascendants du fonctionnaire et, à défaut, à l’institution. L’article étant muet au sujet des collatéraux, la Commission a soutenu qu’ils n’avaient pas droit à la réparation du préjudice subi. Elle a ajouté que, même si les collatéraux étaient visés aux articles 40, 42 ter et 55 bis du statut, cela était sans pertinence en l’espèce, puisque lesdits articles ne seraient pas applicables au cas d’un fonctionnaire qui perd la vie à la suite d’un manquement de l’institution à exercer son devoir de protection. Le Tribunal a relevé que le critère de « personne visée au statut » ne saurait être considéré comme rempli du seul fait que la partie requérante était visée à n’importe quel titre par le statut. Il faut qu’elle le soit à un titre qui reflète un lien pertinent entre elle et l’acte qu’elle attaque ou qui reflète un tel lien entre elle et le fonctionnaire dont l’atteinte aux intérêts lui cause prétendument un préjudice propre. Le Tribunal a constaté que tel était le cas non seulement des ascendants, des descendants et du conjoint du fonctionnaire, mais aussi de ses frères et sœurs. En effet, si ces personnes figuraient « au statut », que ce soit à l’article 73 ou aux articles 40, 42 ter et 55 bis dudit statut, c’était parce que le législateur avait voulu prendre acte, par des dispositions statutaires concrètes, de leur relation de proximité avec le fonctionnaire. Partant, les frères et sœurs devaient être considérés comme « visés au statut » pour la détermination de la voie de droit à emprunter lorsqu’ils entendaient demander réparation du préjudice moral qu’ils avaient subi du fait du décès de leur frère ou de leur sœur fonctionnaire dont l’institution serait, selon eux, responsable.
En deuxième lieu, le Tribunal a été amené à se prononcer sur la tardivité, invoquée par la Commission, des demandes de réparation introduites au-delà d’un délai raisonnable, et de l’objection des requérants selon laquelle cette fin de non-recevoir serait invoquée tardivement par la Commission. Le Tribunal a observé que la jurisprudence de la Cour selon laquelle le respect du délai de prescription prévu à l’article 46, paragraphe 1, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne n’était pas examiné d’office valait aussi, mutatis mutandis, pour la prescription encourue à l’expiration du délai raisonnable dans lequel devait être formée une demande en réparation fondée sur le statut. Partant, la fin de non-recevoir invoquée par la Commission n’était pas une question d’ordre public que le Tribunal aurait dû examiner d’office. Dès lors, le Tribunal a considéré l’objection des requérants tirée de la tardiveté de la fin de non-recevoir et l’a rejetée comme non fondée. Examinant, ensuite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, il l’a également rejetée en précisant que, si le délai de prescription de cinq ans prévu en matière d’action en responsabilité non contractuelle par l’article 46 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne ne trouvait pas à s’appliquer dans les litiges entre l’Union et ses agents, il convenait toutefois, selon une jurisprudence constante, de tenir compte du point de comparaison offert par ce délai pour apprécier si une demande a été présentée dans un délai raisonnable.
En troisième lieu, concernant le fond de l’affaire, suivant les principes appliqués dans l’arrêt Missir Mamachi di Lusignano e.a./Commission (T‑401/11 P RENV RX), le Tribunal a fait droit à la demande de réparation du préjudice moral formée par la mère du fonctionnaire défunt. S’agissant de la demande de réparation émanant des frère et sœur du fonctionnaire défunt et des conditions de cette réparation, à savoir la faute, le lien de causalité et le préjudice moral, le Tribunal a relevé que la responsabilité de la Commission pour l’assassinat de M. Alessandro Missir, constatée dans une décision passée en force de chose jugée, et le principe de la responsabilité in solidum de la Commission pour les dommages résultant de cet assassinat étaient pleinement transposables en l’espèce. En ce qui concerne le préjudice moral subi par le frère et la sœur du fonctionnaire défunt, le Tribunal a relevé que l’article 73 du statut, tel qu’interprété par la jurisprudence, ne s’opposait pas à ce que les frères et sœurs d’un fonctionnaire décédé par la faute de l’Union obtiennent, le cas échéant, réparation de leur préjudice moral subi du fait de ce décès. Dans l’indétermination de cette question en droit de l’Union, le Tribunal a relevé qu’il découlait des droits des États membres un principe général commun selon lequel, dans des circonstances semblables à celles de l’espèce, le juge national reconnaît un droit pour les frères et sœurs d’un travailleur décédé de solliciter, le cas échéant, la réparation de leur préjudice moral subi du fait de ce décès.
Ordonnance du Tribunal (huitième chambre) du 20 décembre 2019.#République de Pologne contre Commission européenne.#Affaire T-883/16 REC.
20/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019
Affaire T-812/14 RENV: Arrêt du Tribunal du 19 décembre 2019 – BPC Lux 2 e.a./Commission («Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité»)
19/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019