| CELEX | 62016TJ0527_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 12 décembre 2019 |
Affaire T‑527/16
Margarita Tàpias
contre
Conseil de l’Union européenne
Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 12 décembre 2019
« Fonction publique – Réforme du statut et du RAA entrée en vigueur le 1er janvier 2014 – Règlement (UE, Euratom) no 1023/2013 – Prélèvement de solidarité applicable à partir du 1er janvier 2014 – Suspension de l’application de la méthode d’actualisation des rémunérations pour les années 2013 et 2014 »
Recours des fonctionnaires – Acte faisant grief – Notion – Bulletin de rémunération – Inclusion communément admise aux fins de l’exercice des droits de recours
(Statut des fonctionnaires, art. 90 et 91, § 1)
(voir points 33-36)
Recours des fonctionnaires – Réclamation administrative préalable – Délais – Point de départ – Recours contre des modifications des droits pécuniaires opérées mensuellement et reflétées dans tous les bulletins de rémunération – Délai courant à la réception du premier bulletin de rémunération matérialisant la mise en œuvre de ces modifications
(Statut des fonctionnaires, art. 90 et 91)
(voir points 37, 38, 43-46)
Recours des fonctionnaires – Exception d’illégalité – Actes dont l’illégalité peut être excipée – Acte de caractère général fondant la décision attaquée – Recevabilité – Conditions
(Art. 263, 2e al., 270 et 277 TFUE)
(voir points 49-53)
Fonctionnaires – Statut – Règlement modifiant le statut – Adoption régie par la procédure législative ordinaire – Droit de négociation et d’action collective – Notion – Droit pour les organisation syndicales ou professionnelles de négocier le contenu des dispositions du statut – Absence
(Art. 294, § 2, et 336 TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 28)
(voir points 68-71)
Fonctionnaires – Statut – Règlement modifiant le statut – Procédure d’élaboration – Consultation du comité du statut – Reconsultation en cas de modification substantielle apportée à la proposition initiale – Portée de l’obligation
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 12 et 27 ; statut des fonctionnaires, art. 10)
(voir points 74-84)
Fonctionnaires – Statut – Règlement modifiant le statut – Procédure d’élaboration – Application de la procédure de concertation – Portée
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 12 et 27)
(voir points 91-100)
Union européenne – Équilibre institutionnel – Implications – Respect de la répartition des compétences – Compétences du Conseil européen et pouvoir législatif attribué au Parlement européen et au Conseil
(Art. 13, § 2, 14, § 1, 15, § 1, TUE et 16, § 1, TUE ; art. 296, 3e al., et 336 TFUE)
(voir points 108-117)
Exception d’illégalité – Portée – Actes dont l’illégalité peut être excipée – Acte de caractère général fondant la décision attaquée – Nécessité d’un lien juridique entre l’acte attaqué et l’acte général contesté
(Art. 263, 2e al., 270 et 277 TFUE)
(voir points 119, 120)
Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée
(Art. 296 TFUE)
(voir points 124, 125)
Fonctionnaires – Rémunération – Prélèvement de solidarité – Instauration dudit prélèvement au cours d’une période de suspension de l’application de la méthode d’adaptation des rémunérations – Pouvoir d’appréciation du législateur – Contrôle juridictionnel – Limites
(Statut des fonctionnaires, art. 65, § 4, et 66 bis ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 1023/2013)
(voir points 135, 136, 142, 149, 173)
Fonctionnaires – Statut – Règlement modifiant le statut – Introduction d’un prélèvement de solidarité par l’insertion d’une nouvelle disposition – Atteinte à un principe énoncé par le statut – Absence
(Statut des fonctionnaires, art. 66 bis ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 1023/2013)
(voir point 150)
Fonctionnaires – Rémunération – Prélèvement de solidarité – Instauration dudit prélèvement au cours d’une période de suspension de l’application de la méthode d’adaptation des rémunérations – Pouvoir d’appréciation du législateur – Contrôle juridictionnel du respect du principe de proportionnalité – Limites – Violation dudit principe – Absence
(Statut des fonctionnaires, art. 65, § 4, et 66 bis ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 1023/2013)
(voir points 162-165)
Fonctionnaires – Principes – Protection de la confiance légitime – Conditions
(voir points 173, 174)
Résumé
Dans l’arrêt Tàpias/Conseil (T-527/16), rendu le 12 décembre 2019, le Tribunal a rejeté le recours introduit par une fonctionnaire du Conseil de l’Union européenne contre la décision fixant sa rémunération et lui appliquant le prélèvement de solidarité de 6 %.
La requérante avait introduit une réclamation à l’encontre de son bulletin de rémunération du mois de janvier 2014 au motif que ce bulletin révélait, d’une part, la décision explicite de lui appliquer un prélèvement de solidarité de 6 % du 1er janvier 2014 au 30 juin 2015, alors que l’application de la méthode d’adaptation des rémunérations était gelée au cours de cette même période, et, d’autre part, la décision implicite de ne pas appliquer à sa rémunération un ajustement annuel pour la période allant du 1er janvier 2014 au 30 juin 2015. Ces décisions trouvent leur origine dans le règlement no 1023/2013 modifiant le statut des fonctionnaires de l’Union (ci-après le « statut ») ( 1 ).
À la suite du rejet de sa réclamation, la requérante a introduit un recours auprès du Tribunal. Tout d’abord, s’agissant du gel des rémunérations sur deux années, le Tribunal a constaté que le bulletin de rémunération du mois de janvier 2014 de la requérante ne porte que la décision confirmative de celle établissant sa rémunération pour le mois de décembre 2013. Cette dernière, ayant pour la première fois mis en œuvre la décision introduite par le règlement no 1023/2013 de suspendre l’application de la méthode d’actualisation, n’a pas été attaquée par la requérante et, partant, est devenue définitive, raison pour laquelle le Tribunal a déclaré le recours irrecevable en ce qui concerne la suspension de l’application de la méthode d’actualisation des rémunérations pour 2013 et 2014. Toutefois, le Tribunal a estimé que le recours était recevable en ce qu’il visait à obtenir l’annulation de la décision établissant la rémunération de la requérante pour le mois de janvier 2014 qui a fait application pour la première fois à son égard du prélèvement de solidarité.
S’agissant du fond de l’affaire, la requérante a soulevé une exception d’illégalité à l’encontre de la modification du statut introduisant le prélèvement de solidarité. Cette exception s’appuyait sur sept moyens, tirés, respectivement, de la violation de la liberté d’association et des droits à l’information, à la consultation et à la négociation collective, de la violation de la procédure législative, de la violation de l’obligation de motivation, de la violation de la rupture du lien entre l’application de la méthode d’adaptation automatique des rémunérations prévue à l’annexe XI du statut et le prélèvement de solidarité et de la violation du principe du parallélisme, de la violation des droits acquis, de la violation du principe de proportionnalité et de la violation du principe de protection de la confiance légitime en ce que le législateur n’aurait pas prévu de mesures transitoires.
Le Tribunal a rejeté tous les moyens invoqués par la requérante. Concernant l’obligation de la Commission européenne de saisir le comité du statut de la première proposition de modification du statut qu’elle a adoptée le 29 juin 2011, qui comportait un prélèvement de solidarité de 5,5 %, et non de la seconde proposition de modification du statut, prévoyant un prélèvement de solidarité de 6 %, qu’elle lui a soumise le 21 novembre 2011, le Tribunal a relevé que, d’une part, il ressortait du dossier, que le texte adopté par la Commission le 29 juin 2011 n’était pas formellement une proposition de modification du statut, mais un projet de proposition de modification du statut destiné à faire l’objet d’une consultation des organisations syndicales et professionnelles avant la présentation d’une proposition formelle de modification du statut au Conseil et au Parlement européen. D’autre part, le texte soumis par la Commission au comité du statut le 21 novembre 2011 avait ensuite été transmis par la Commission au Parlement et au Conseil en tant que proposition législative dans le cadre de la procédure législative ordinaire, qui régit l’adoption et la modification du statut par ces institutions.
Dans le cadre du moyen tiré de la violation de la procédure législative, la requérante a fait valoir que le Conseil européen avait porté atteinte à la légalité de la procédure législative, en adoptant ses conclusions des 7 et 8 février 2013, qui prévoyaient, contrairement à la proposition législative de la Commission, la suspension de l’application de la méthode d’actualisation des rémunérations en 2013 et 2014 et l’application du prélèvement de solidarité au cours de cette même période. Le Tribunal a d’abord observé que la procédure législative ordinaire avait été respectée en l’espèce. Il a ensuite relevé que la répartition des compétences ne s’oppose pas à ce que le Conseil européen prenne position sur une question qui fait l’objet d’une procédure législative. Le Tribunal a enfin rappelé que l’incidence de nature « politique » des conclusions du Conseil européen sur le pouvoir législatif du Parlement et du Conseil ne saurait constituer un motif d’annulation par le Tribunal de la décision attaquée en l’espèce.
S’agissant de l’argument de la requérante concernant le principe du droit de l’Union selon lequel le prélèvement de solidarité ne pourrait être appliqué que concomitamment à l’application de la méthode d’adaptation des rémunérations, le Tribunal a relevé que l’existence d’un tel principe ne ressortait ni de la jurisprudence, ni des considérants du règlement no 1023/2013, ni du lien entre les mesures en cause. Le Tribunal a précisé que, dans les limites de sa large marge d’appréciation, le législateur était libre en prévoyant expressément, dans le règlement no 1023/2013, que le prélèvement de solidarité s’appliquerait pendant une période au cours de laquelle l’application de la méthode d’adaptation des rémunérations était suspendue. Il a rappelé que le législateur a justifié ce choix par la volonté de tenir compte, non seulement des conclusions du Conseil européen des 7 et 8 février 2013, mais également « des contraintes budgétaires futures », « du contexte socio-économique particulièrement difficile dans les États membres et l’ensemble de l’Union » et d’exprimer « la solidarité de la fonction publique européenne face aux mesures draconiennes prises par les États membres par suite de la crise financière sans précédent ». Or, le Tribunal a constaté que la requérante ne démontrait pas que ce choix était constitutif d’une erreur manifeste ou d’un détournement de pouvoir.
En conséquence, le Tribunal a rejeté le recours.
( 1 ) Règlement (UE, Euratom) no 1023/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 22 octobre 2013, modifiant le statut des fonctionnaires de l’Union européenne et le régime applicable aux autres agents de l’Union européenne (JO 2013, L 287, p. 15).
Ordonnance du Tribunal (huitième chambre) du 20 décembre 2019.#République de Pologne contre Commission européenne.#Affaire T-883/16 REC.
20/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019
Affaire T-812/14 RENV: Arrêt du Tribunal du 19 décembre 2019 – BPC Lux 2 e.a./Commission («Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité»)
19/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019