| CELEX | 62016TJ0901_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 12 mars 2020 |
Affaire T‑901/16
Elche Club de Fútbol, SAD
contre
Commission européenne
Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 12 mars 2020
« Aides d’État – Aides octroyées par l’Espagne en faveur de certains clubs de football professionnel – Garantie – Décision déclarant les aides incompatibles avec le marché intérieur – Bénéficiaire indirect – Imputabilité à l’État – Avantage – Critère de l’investisseur privé »
Aides accordées par les États – Examen par la Commission – Détermination du bénéficiaire de l’aide – Jouissance effective – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Qualification de l’entreprise comme bénéficiaire de la mesure d’aide – Admissibilité – Nécessité de qualifier préalablement la garantie bancaire d’aide d’État – Absence
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 36-41)
Aides accordées par les États – Notion – Aides accordées par une entreprise publique – Entreprise contrôlée par l’État – Imputabilité à l’État de la mesure d’aide – Ensemble des indices à prendre en considération – Garantie bancaire octroyée par un établissement financier public poursuivant une mission d’intérêt général sous tutelle des représentants d’une collectivité publique – Inclusion – Exercice d’activités commerciales en concurrence avec des opérateurs privés – Absence d’incidence
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 48-62)
Procédure juridictionnelle – Requête introductive d’instance – Exigences de forme – Exposé sommaire des moyens invoqués – Énonciation abstraite – Moyen tiré du défaut ou de l’insuffisance de motivation – Moyen distinct de celui portant sur la légalité au fond – Irrecevabilité
[Art. 263 et 296 TFUE ; statut de la Cour de justice, art. 21 ; règlement de procédure du Tribunal, art. 76, d)]
(voir points 76-80)
Aides accordées par les États – Notion – Octroi d’un avantage aux bénéficiaires – Garantie de l’État – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Preuve de l’existence d’un avantage incombant à la Commission – Appréciation globale au regard de tous les éléments pertinents – Contrôle juridictionnel – Prise en compte de la situation économique et financière de l’organisation sans but lucratif – Absence – Erreur manifeste d’appréciation
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 84-95)
Aides accordées par les États – Notion – Appréciation selon le critère de l’investisseur privé – Appréciation au regard de tous les éléments pertinents de l’opération litigieuse et de son contexte – Prise en compte des éléments disponibles et des évolutions prévisibles au moment de la prise de la décision portant sur la mesure en cause – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Prise en compte de la valeur des actions de l’entreprise reçues en nantissement de la garantie – Absence – Erreur manifeste d’appréciation
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 113-115)
Aides accordées par les États – Notion – Octroi d’un avantage aux bénéficiaires – Garantie de l’État – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Preuve de l’existence d’un avantage incombant à la Commission – Appréciation globale au regard de tous les éléments pertinents – Contrôle juridictionnel – Prise en compte d’une hypothèque sur un terrain donnée en contre-garantie – Absence – Erreur manifeste d’appréciation
[Art. 107, § 1, TFUE ; communication de la Commission 2008/C 155/02, point 3.2, d)]
(voir points 117-120)
Aides accordées par les États – Notion – Octroi d’un avantage aux bénéficiaires – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Versement d’une contrepartie sous forme de paiement d’une prime de garantie – Appréciation selon le critère de l’investisseur privé – Appréciation au regard de tous les éléments pertinents de l’opération litigieuse et de son contexte – Présomption de non-conformité de la prime de garantie aux conditions du marché – Inadmissibilité – Violation de la communication relative aux garanties – Erreur manifeste d’appréciation
[Art. 107, § 1, TFUE ; communication de la Commission 2008/C 155/02, points 3.2, d), et 4.1]
(voir points 124-132)
Aides accordées par les États – Notion – Octroi d’un avantage aux bénéficiaires – Garantie publique octroyée à une organisation sans but lucratif pour des prêts bancaires souscrits aux fins exclusives de recapitalisation d’une entreprise en difficulté – Appréciation selon le critère de l’investisseur privé – Charge de la preuve incombant à la Commission – Portée – Méconnaissance de l’obligation de recueillir des informations relatives à l’existence d’opérations similaires effectuées aux conditions du marché – Erreur manifeste d’appréciation
(Art. 107, § 1, TFUE)
(voir points 137-140)
Résumé
Par l’arrêt Elche Club de Fútbol/Commission européenne (T‑901/16), prononcé le 12 mars 2020, le Tribunal a annulé, en ce qui concerne la requérante, la décision 2017/365 ( 1 ), qualifiant, notamment, d’aide d’État illégale et incompatible avec le marché intérieur la garantie accordée à la Fundación Elche Club de Fútbol (ci-après la « Fundación Elche ») en vue de souscrire des prêts bancaires aux fins de l’acquisition d’actions d’Elche Club de Fútbol.
La requérante, Elche Club de Fútbol, est un club de football professionnel espagnol. La Fondation Elche est une organisation à but non lucratif liée aux activités de ce club de football. Le 17 février 2011, la Fondation Elche a obtenu de l’Instituto Valenciano de finanzas (ci-après l’« IVF »), établissement financier de la Generalitat Valenciana (Généralité valencienne, Espagne), une garantie pour deux prêts bancaires d’un montant total de 14 millions d’euros contractés aux fins de la souscription d’actions de la requérante, dans le cadre de l’opération d’augmentation de capital décidée par cette dernière (ci-après la « garantie »). En contrepartie, l’IVF devait percevoir une prime de garantie de 1 % et recevoir en nantissement, à titre de contre-garantie, des actions de la requérante.
Dans la décision attaquée, la Commission a considéré que la garantie accordée par l’IVF à la Fundación Elche mobilisait des ressources d’État et était imputable au Royaume d’Espagne, que le bénéficiaire de cette aide était la requérante, la Fundación Elche n’agissant que comme véhicule financier, et que la situation financière de la requérante au moment de l’adoption de la mesure en cause était celle d’une entreprise en difficulté, au sens des lignes directrices communautaires concernant les aides d’État au sauvetage et à la restructuration d’entreprises en difficulté ( 2 ). Elle a conclu, au regard des critères définis par sa communication sur l’application des articles [107] et [108 TFUE] aux aides d’État sous forme de garanties ( 3 ), à l’existence d’une aide incompatible avec le marché intérieur.
Dans son arrêt, le Tribunal a, tout d’abord, confirmé l’analyse de la Commission identifiant la requérante en tant que bénéficiaire effective de la mesure d’aide constituée par la garantie, dans la mesure où elle en avait la jouissance effective. En effet, l’objectif de cette mesure était de garantir les deux prêts souscrits par la Fundación Elche aux fins exclusives du financement de l’augmentation de son capital, et les sommes prêtées ont effectivement été affectées à sa recapitalisation. Il a, ensuite, reconnu que la garantie donnée par l’IVF était imputable à l’État espagnol. En effet, institué par la loi sous la forme d’une personne de droit public, l’IVF poursuit une mission d’intérêt général, consistant à soutenir l’économie de la Généralité valencienne par des financements publics, et assiste cette dernière dans l’exercice de ses compétences de surveillance du système financier local. En outre, la présence de représentants de la Généralité valencienne dans plusieurs structures de gouvernance de l’IVF et son rattachement au ministère chargé des affaires économiques témoignent de leurs liens organiques et de l’intensité de la tutelle exercée sur lui.
Le Tribunal a toutefois constaté que, dans son analyse de l’existence d’un avantage découlant de la garantie, la Commission avait commis cinq erreurs manifestes d’appréciation.
En premier lieu, la Commission a commis une erreur en ne prenant pas en compte la situation financière de la Fundación Elche pour apprécier l’existence d’un avantage. Cette dernière étant partie au contrat de garantie conclu avec l’IVF et identifiée comme la seule bénéficiaire de la garantie, elle devait répondre, auprès de l’IVF, des conséquences du non-paiement des prêts et de l’activation de la garantie par les banques prêteuses. Cette situation constituait donc, en principe, une caractéristique pertinente que la Commission devait prendre en considération aux fins d’évaluer le risque pris par le garant public et, par là-même, la prime de garantie que réclamerait, en pareilles circonstances, un opérateur privé.
En second lieu, si la Commission a considéré, à juste titre, que la requérante était, à la date d’adoption de la garantie, une entreprise en difficulté, au sens des lignes directrices sur le sauvetage et la restructuration, elle a toutefois commis plusieurs erreurs dans son appréciation des conséquences à en tirer sur l’existence d’un avantage.
Premièrement, la Commission a commis une erreur en concluant que, à la date d’adoption de la garantie, la valeur des actions de la requérante était quasi nulle, sans prendre en considération sa recapitalisation. Or, cette recapitalisation, qui était pourtant l’objectif et l’effet recherché de la garantie, était un paramètre prévisible à cette date, qu’un opérateur privé placé dans la situation d’IVF aurait pris en compte aux fins d’apprécier la valeur des actions nanties. Deuxièmement, la Commission a également commis une erreur en ne prenant pas en compte l’hypothèque sur un terrain, constituée par la Fundación Elche à titre de contre-garantie. Or, cette sûreté constituait une caractéristique de la garantie qu’elle était tenue d’examiner conformément à la communication relative aux garanties. Troisièmement, la Commission a méconnu la communication relative aux garanties en présumant qu’aucun établissement financier ne se porterait garant d’une entreprise en difficulté et que, partant, il n’était pas nécessaire de vérifier si la prime de garantie due par la Fundación Elche, fixée à 1 % du montant couvert, était conforme aux conditions du marché. En effet, il appartenait à la Commission d’effectuer une appréciation globale prenant en compte tout élément pertinent permettant de déterminer si la requérante n’aurait manifestement pas obtenu des facilités comparables de la part d’un opérateur privé. Enfin, quatrièmement, la Commission n’a pas étayé à suffisance sa conclusion selon laquelle il n’était pas possible d’établir le prix de marché d’un prêt similaire non garanti, en raison du nombre limité d’opérations de nature similaire sur le marché. En effet, c’est à la Commission qu’incombe la charge de la preuve de la réunion des conditions d’application du critère de l’opérateur privé et donc d’exercer ses pouvoirs durant la procédure administrative pour demander et obtenir toutes les informations pertinentes nécessaires.
( 1 ) Décision (UE) 2017/365 de la Commission, du 4 juillet 2016, relative à l’aide d’État SA.36387 (2013/C) (ex 2013/NN) (ex 2013/CP) accordée par l’Espagne au Valencia Club de Fútbol, SAD, au Hércules Club de Fútbol, SAD et au Elche Club de Fútbol, SAD (JO 2017, L 55, p. 12) (ci-après « la décision attaquée »).
( 2 ) JO 2004, C 244, p. 2 (ci-après les « lignes directrices sur le sauvetage et la restructuration »).
( 3 ) JO 2008, C 155, p. 10 (ci-après la « communication relative aux garanties »).
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
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