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AccueilDroit européen62017CA0136
Jurisprudence CJUE62017CA0136

Affaire C-136/17: Arrêt de la Cour (grande chambre) du 24 septembre 2019 (demande de décision préjudicielle du Conseil d'État - France) – GC, AF, BH, ED/Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) [Renvoi préjudiciel – Données à caractère personnel – Protection des personnes physiques à l’égard du traitement de ces données figurant sur des pages web – Directive 95/46/CE – Règlement (UE) 2016/679 – Moteurs de recherche sur Internet – Traitement des données contenues dans des sites web – Catégories de données spécifiques visées à l’article 8 de cette directive et aux articles 9 et 10 de ce règlement – Applicabilité de ces articles à l’exploitant du moteur de recherche – Portée des obligations de cet exploitant au regard desdits articles – Publication des données sur des sites web aux seules fins de journalisme ou d’expression artistique ou littéraire – Incidence sur le traitement d’une demande de déréférencement – Articles 7, 8 et 11 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne]

CELEX62017CA0136
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 24 septembre 2019

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, rendu en grande chambre, précise les obligations d'un moteur de recherche (comme Google) lorsqu'il traite des données sensibles (opinions politiques, religion, santé, etc.) figurant sur des pages web indexées. Il juge que l'exploitant du moteur de recherche est soumis aux interdictions et restrictions de l'article 8 de la directive 95/46 (et des articles 9 et 10 du RGPD) concernant ces catégories particulières de données, et doit procéder à un déréférencement sauf si la publication initiale relève d'exceptions comme le journalisme. La décision impose ainsi un équilibre entre le droit à la protection des données et les libertés d'expression et d'information, en tenant compte de la nature sensible des informations en cause.

Texte intégral

25.11.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 399/2


Arrêt de la Cour (grande chambre) du 24 septembre 2019 (demande de décision préjudicielle du Conseil d'État - France) – GC, AF, BH, ED/Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL)

(Affaire C-136/17) (1)

(Renvoi préjudiciel - Données à caractère personnel - Protection des personnes physiques à l’égard du traitement de ces données figurant sur des pages web - Directive 95/46/CE - Règlement (UE) 2016/679 - Moteurs de recherche sur Internet - Traitement des données contenues dans des sites web - Catégories de données spécifiques visées à l’article 8 de cette directive et aux articles 9 et 10 de ce règlement - Applicabilité de ces articles à l’exploitant du moteur de recherche - Portée des obligations de cet exploitant au regard desdits articles - Publication des données sur des sites web aux seules fins de journalisme ou d’expression artistique ou littéraire - Incidence sur le traitement d’une demande de déréférencement - Articles 7, 8 et 11 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne)

(2019/C 399/02)

Langue de procédure: le français

Juridiction de renvoi

Conseil d'État

Parties dans la procédure au principal

Parties requérantes: GC, AF, BH, ED

Partie défenderesse: Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL)

en présence de: Premier ministre, Google LLC, venant aux droits de Google Inc.

Dispositif

1)

Les dispositions de l’article 8, paragraphes 1 et 5, de la directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 24 octobre 1995, relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, doivent être interprétées en ce sens que l’interdiction ou les restrictions relatives au traitement des catégories particulières de données à caractère personnel, visées par ces dispositions, s’appliquent, sous réserve des exceptions prévues par cette directive, également à l’exploitant d’un moteur de recherche dans le cadre de ses responsabilités, de ses compétences et de ses possibilités en tant que responsable du traitement effectué lors de l’activité de ce moteur, à l’occasion d’une vérification opérée par cet exploitant, sous le contrôle des autorités nationales compétentes, à la suite d’une demande introduite par la personne concernée.

2)

Les dispositions de l’article 8, paragraphes 1 et 5, de la directive 95/46 doivent être interprétées en ce sens que, en vertu de celles-ci, l’exploitant d’un moteur de recherche est en principe obligé, sous réserve des exceptions prévues par cette directive, de faire droit aux demandes de déréférencement portant sur des liens menant vers des pages web sur lesquelles figurent des données à caractère personnel qui relèvent des catégories particulières visées par ces dispositions.

L’article 8, paragraphe 2, sous e), de la directive 95/46 doit être interprété en ce sens que, en application de celui-ci, un tel exploitant peut refuser de faire droit à une demande de déréférencement lorsqu’il constate que les liens en cause mènent vers des contenus comportant des données à caractère personnel qui relèvent des catégories particulières visées à cet article 8, paragraphe 1, mais dont le traitement est couvert par l’exception prévue audit article 8, paragraphe 2, sous e), à condition que ce traitement réponde à l’ensemble des autres conditions de licéité posées par cette directive et à moins que la personne concernée n’ait, en vertu de l’article 14, premier alinéa, sous a), de ladite directive, le droit de s’opposer audit traitement pour des raisons prépondérantes et légitimes tenant à sa situation particulière.

Les dispositions de la directive 95/46 doivent être interprétées en ce sens que, lorsque l’exploitant d’un moteur de recherche est saisi d’une demande de déréférencement portant sur un lien vers une page web sur laquelle des données à caractère personnel relevant des catégories particulières visées à l’article 8, paragraphe 1 ou 5, de cette directive sont publiées, cet exploitant doit, sur la base de tous les éléments pertinents du cas d’espèce et compte tenu de la gravité de l’ingérence dans les droits fondamentaux de la personne concernée au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel, consacrés aux articles 7 et 8 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, vérifier, au titre des motifs d’intérêt public important visés à l’article 8, paragraphe 4, de ladite directive et dans le respect des conditions prévues à cette dernière disposition, si l’inclusion de ce lien dans la liste de résultats, qui est affichée à la suite d’une recherche effectuée à partir du nom de cette personne, s’avère strictement nécessaire pour protéger la liberté d’information des internautes potentiellement intéressés à avoir accès à cette page web au moyen d’une telle recherche, consacrée à l’article 11 de cette charte.

3)

Les dispositions de la directive 95/46 doivent être interprétées en ce sens que,

—

d’une part, les informations relatives à une procédure judiciaire dont une personne physique a été l’objet ainsi que, le cas échéant, celles relatives à la condamnation qui en a découlé constituent des données relatives aux «infractions» et aux «condamnations pénales», au sens de l’article 8, paragraphe 5, de cette directive, et

—

d’autre part, l’exploitant d’un moteur de recherche est tenu de faire droit à une demande de déréférencement portant sur des liens vers des pages web, sur lesquelles figurent de telles informations, lorsque ces informations se rapportent à une étape antérieure de la procédure judiciaire en cause et ne correspondent plus, compte tenu du déroulement de celle-ci, à la situation actuelle, dans la mesure où il est constaté, dans le cadre de la vérification des motifs d’intérêt public important visés à l’article 8, paragraphe 4, de ladite directive, que, eu égard à l’ensemble des circonstances de l’espèce, les droits fondamentaux de la personne concernée, garantis par les articles 7 et 8 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, prévalent sur ceux des internautes potentiellement intéressés, protégés par l’article 11 de cette charte.


(1) JO C 168 du 29.5.2017


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