| CELEX | 62017CJ0370_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 2 avril 2020 |
Affaires jointes C‑370/17 et C‑37/18
Caisse de retraite du personnel navigant professionnel de l’aéronautique civile (CRPNPAC)
contre
Vueling Airlines SA
et
Vueling Airlines SA
contre
Jean-Luc Poignant
[demandes de décision préjudicielle,
introduites par le tribunal de grande instance de Bobigny et par la Cour de cassation (France)]
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 2 avril 2020
« Renvoi préjudiciel – Travailleurs migrants – Sécurité sociale – Règlement (CEE) no 1408/71 – Législation applicable – Article 14, point 1, sous a) – Travailleurs détachés – Article 14, point 2, sous a), i) – Personne exerçant normalement une activité salariée sur le territoire de deux ou plusieurs États membres et occupée par une succursale ou une représentation permanente que l’entreprise possède sur le territoire d’un État membre autre que celui où elle a son siège – Règlement (CEE) no 574/72 – Article 11, paragraphe 1, sous a) – Article 12 bis, paragraphe 1 bis – Certificat E 101 – Effet contraignant – Certificat obtenu ou invoqué de manière frauduleuse – Compétence du juge de l’État membre d’accueil pour constater la fraude et écarter le certificat – Article 84 bis, paragraphe 3, du règlement no 1408/71 – Coopération entre institutions compétentes – Autorité de la chose jugée au pénal sur le civil – Primauté du droit de l’Union »
Sécurité sociale – Travailleurs migrants – Législation applicable – Personnel navigant d’une entreprise effectuant des transports internationaux de passagers occupé par une succursale ou une représentation permanente de ladite entreprise sur le territoire d’un État membre autre que celui de son siège – Notions de succursale, de représentation permanente et d’occupation – Interprétation autonome
[Règlements du Conseil no 1408/71, art. 14, point 2, a), i), et no 44/2001, art. 19, point 2, a)]
(voir points 55-57)
Sécurité sociale – Travailleurs migrants – Législation applicable – Travailleurs détachés dans un État membre autre que celui d’établissement de l’employeur – Certificat E 101 délivré par l’institution compétente de l’État membre d’établissement – Force probante à l’égard des institutions de sécurité sociale des autres États membres ainsi que des juridictions de ces derniers – Certificat obtenu ou invoqué de manière frauduleuse – Droit du juge national de constater l’existence d’une fraude et d’écarter le certificat – Conditions
[Art. 4, § 3, TUE ; art. 288, 2e al., TFUE ; règlements du Conseil no 1408/71, art. 14, point 1, a), 84 bis, § 3, et no 574/72, art. 11, § 1, a)]
(voir points 61-63, 66-81, 86, disp. 1)
Sécurité sociale – Travailleurs migrants – Législation applicable – Travailleurs détachés dans un État membre autre que celui d’établissement de l’employeur – Certificat E 101 délivré par l’institution compétente de l’État membre d’établissement – Force probante à l’égard des institutions de sécurité sociale des autres États membres ainsi que des juridictions de ces derniers – Certificat obtenu ou invoqué de manière frauduleuse – Condamnation pénale de l’employeur fondée sur un constat définitif de fraude opéré en méconnaissance du droit de l’Union – Autorité de la chose jugée – Juridictions civiles tenues de mettre à la charge de l’employeur, du seul fait de cette condamnation, des dommages-intérêts – Inadmissibilité
(Art. 4, § 3, TUE ; règlement du Conseil no 574/72, art. 11, § 1)
(voir points 88-92, 94-98, disp. 2)
Résumé
Dans son arrêt CRPNPAC (affaires jointes C‑370/17 et C‑37/18), prononcé le 2 avril 2020, la grande chambre de la Cour a été amenée à interpréter le règlement no 574/72 ( 1 ) dans le cadre d’une fraude alléguée entachant la délivrance, au titre du règlement no 1408/71 ( 2 ), de certificats de sécurité sociale E 101 (certificats attestant le détachement de travailleurs). Elle a jugé que les juridictions nationales de l’État membre dans lequel des travailleurs sont détachés, lorsqu’elles sont en possession d’indices d’une telle fraude, ne peuvent constater définitivement l’existence de cette fraude et écarter ces certificats que lorsque certaines conditions bien déterminées sont remplies. Par ailleurs, une juridiction civile de cet État membre ne peut mettre des dommages-intérêts à la charge d’un employeur qui a été condamné au pénal, en méconnaissance du droit de l’Union, en raison de l’utilisation de tels certificats, du seul fait de cette condamnation pénale.
Les litiges au principal concernent des certificats E 101 utilisés par la compagnie aérienne Vueling Airlines SA (ci-après « Vueling »), ayant son siège social à Barcelone (Espagne), pour son personnel navigant exerçant ses activités à l’aéroport Roissy – Charles de Gaulle (France). En 2014, Vueling a été condamnée au pénal pour avoir employé ce personnel sans l’avoir affilié à la sécurité sociale française. Ce personnel avait été affilié à la sécurité sociale espagnole et placé sous le régime du détachement de travailleurs. Les juridictions pénales françaises avaient écarté les certificats E 101 obtenus de l’institution compétente espagnole au motif que ces certificats, délivrés sur le fondement de l’article 14, point 1, sous a), du règlement no 1408/71, relatif au détachement de travailleurs ( 3 ), auraient dû, à leur avis, être émis au titre de l’article 14, point 2, sous a), i), dudit règlement ( 4 ), si bien que le personnel en cause aurait dû être soumis à la législation française en matière de sécurité sociale. Selon ces juridictions, Vueling s’était rendue coupable de fraude sociale.
En l’espèce, les juridictions de renvoi ont été saisies dans le cadre de procédures civiles introduites à l’encontre de Vueling et portant sur les mêmes faits. D’une part, la Caisse de retraite du personnel navigant professionnel de l’aéronautique civile (CRPNPAC) et, d’autre part, un ancien pilote de Vueling, alléguaient avoir subi un préjudice du fait de ce défaut d’affiliation en France. Dans ces circonstances, les juridictions de renvoi se sont interrogées sur la compétence des juridictions pénales pour constater l’existence d’une fraude et écarter les certificats E 101, ainsi que sur les effets de cette condamnation pénale sur les demandes en réparation.
Premièrement, en ce qui concerne la compétence d’une juridiction de l’État membre d’accueil pour constater l’existence d’une fraude et écarter des certificats E 101, la Cour a, tout d’abord, souligné que, en l’espèce, les institutions de sécurité sociale et les juridictions françaises ont raisonnablement pu être amenées à considérer qu’elles disposaient d’indices concrets donnant à penser que les certificats E 101 en cause avaient été obtenus ou invoqués de manière frauduleuse, dès lors que le personnel navigant concerné relevait, en réalité, de l’article 14, point 2, sous a), i), du règlement no 1408/71 et aurait donc dû être soumis au régime de sécurité sociale français. La Cour a toutefois précisé que ces indices ne sauraient suffire à justifier que les institutions ou les juridictions de l’État membre d’accueil constatent de manière définitive l’existence d’une fraude et écartent les certificats. En effet, le certificat E 101 s’impose, en principe, aussi longtemps qu’il n’est pas retiré ou déclaré invalide par l’institution émettrice. Si elle a des doutes concernant la régularité de la délivrance d’un certificat, l’institution compétente de l’État membre d’accueil doit s’adresser à l’institution de l’État membre d’émission dans le cadre de la procédure de dialogue prévue à l’article 84 bis, paragraphe 3, du règlement no 1408/71. L’institution émettrice doit alors reconsidérer le bien-fondé de cette délivrance et, le cas échéant, retirer le certificat.
La Cour a souligné que, précisément dans le contexte d’une suspicion de fraude, la mise en œuvre de cette procédure de dialogue revêt une importance particulière. Dès lors, la présence d’indices concrets de fraude doit amener l’institution compétente de l’État membre d’accueil non pas à constater unilatéralement l’existence d’une telle fraude, mais à enclencher promptement la procédure de dialogue. Les juridictions de l’État membre d’accueil, quant à elles, ne peuvent pas non plus ignorer l’existence de cette procédure. Elles ne peuvent constater l’existence d’une fraude et écarter des certificats E 101 qu’après s’être assurées, d’une part, que la procédure de dialogue a été promptement enclenchée, et, d’autre part, que l’institution émettrice s’est abstenue de procéder à un réexamen et de prendre position, dans un délai raisonnable, sur les éléments présentés par l’institution compétente de l’État membre d’accueil, le cas échéant, en annulant ou retirant les certificats. Si la juridiction concernée constate que la procédure de dialogue n’a pas été enclenchée, elle doit mettre en œuvre tous les moyens de droit à sa disposition afin d’assurer que l’institution compétente de l’État membre d’accueil l’enclenche.
Deuxièmement, la Cour s’est penchée sur la question de savoir si une constatation de fraude par une juridiction pénale qui n’a pas, en méconnaissance du droit de l’Union, vérifié l’enclenchement de la procédure de dialogue peut produire des effets contraignants pour une juridiction civile qui est, en principe, tenue par le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil. Tout en reconnaissant l’importance du principe de l’autorité de la chose jugée, la Cour a considéré que le principe d’effectivité du droit de l’Union s’oppose à ce que le juge civil soit tenu par les constatations de fait ainsi que les qualifications et interprétations juridiques retenues par le juge pénal et effectuées en méconnaissance de ce droit. Partant, si la condamnation prononcée par les juridictions pénales à l’encontre de l’employeur ne saurait être remise en cause en dépit de son incompatibilité avec le droit de l’Union, ni cette condamnation ni le constat définitif de fraude et les interprétations juridiques, opérés en méconnaissance de ce droit, ne sauraient, en revanche, permettre aux juridictions civiles de faire droit à des demandes de dommages-intérêts introduites par les victimes des agissements de cet employeur.
( 1 ) Règlement (CEE) no 574/72 du Conseil, du 21 mars 1972, fixant les modalités d’application du règlement (CEE) no 1408/71 relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) no 118/97, du 2 décembre 1996 (JO 1997, L 28, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) no 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005 (JO 2005, L 117, p. 1).
( 2 ) Règlement (CEE) no 1408/71 du Conseil, du 14 juin 1971, relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) no 118/97 du Conseil, du 2 décembre 1996 (JO 1997, L 28, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) no 631/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 31 mars 2004 (JO 2004, L 100, p. 1).
( 3 ) En vertu de cette disposition, la personne qui exerce une activité salariée sur le territoire d’un État membre au service d’une entreprise dont elle relève normalement et qui est détachée par cette entreprise sur le territoire d’un autre État membre afin d’y effectuer un travail pour le compte de celle-ci, demeure en principe soumise à la législation du premier État membre.
( 4 ) Cette disposition concerne les travailleurs qui, en tant que membres du personnel navigant d’une entreprise effectuant des transports internationaux de passagers, exercent leurs activités sur le territoire de deux ou de plusieurs États membres et sont occupés par une succursale que cette entreprise a établie sur le territoire d’un État membre autre que celui de son siège principal.
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
18/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Demande de décision préjudicielle, introduite par des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 17 décembre 2020.#Commission européenne contre Hongrie.#Manquement d’État – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Politiques relatives aux contrôles aux frontières, à l’asile et à l’immigration – Directives 2008/115/CE, 2013/32/UE et 2013/33/UE – Procédure d’octroi d’une protection internationale – Accès effectif – Procédure à la frontière – Garanties procédurales – Placement obligatoire dans des zones de transit – Rétention – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Recours introduits contre les décisions administratives rejetant la demande de protection internationale – Droit de demeurer sur le territoire.#Affaire C-808/18.
17/12/2020