| CELEX | 62017CJ0476_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | lundi 29 juillet 2019 |
Affaire C‑476/17
Pelham GmbH e.a.
contre
Ralf Hütter
et
Florian Schneider-Esleben
(demande de décision préjudicielle, introduite par le Bundesgerichtshof)
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 29 juillet 2019
« Renvoi préjudiciel – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2001/29/CE – Société de l’information – Harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins – Échantillonnage (sampling) – Article 2, sous c) – Producteur de phonogrammes – Droit de reproduction – Reproduction “en partie” – Article 5, paragraphes 2 et 3 – Exceptions et limitations – Portée – Article 5, paragraphe 3, sous d) – Citations – Directive 2006/115/CE – Article 9, paragraphe 1, sous b) – Droit de distribution – Droits fondamentaux – Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Article 13 – Liberté des arts »
Rapprochement des législations – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2001/29 – Harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information – Droit de reproduction – Portée – Utilisation par un tiers d’un échantillon sonore, même très bref, d’un phonogramme aux fins de l’inclusion de cet échantillon dans un autre phonogramme – Inclusion – Exception
[Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/29, art. 2, c)]
(voir points 27, 34, 35, 37-39, disp. 1)
Rapprochement des législations – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2006/115 – Droit de distribution – Copie – Notion – Phonogramme comportant des échantillons musicaux transférés depuis un autre phonogramme – Exclusion – Conditions
[Directive du Parlement européen et du Conseil 2006/115, art. 9, § 1, b)]
(voir points 47, 51, 52, 54, 55, disp. 2)
Rapprochement des législations – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2001/29 – Harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information – Droit de reproduction – Exceptions et limitations – Portée – Exception ou limitation autre que celles prévues par la directive – Exclusion
[Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/29, art. 2, c), et 5]
(voir points 58, 65, disp. 3)
Rapprochement des législations – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2001/29 – Harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information – Droit de reproduction – Exceptions et limitations – Notion de citations – Situation impliquant l’impossibilité d’identifier l’œuvre concernée par la citation en cause – Exclusion
[Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/29, art. 5, § 3, d)]
(voir points 72, 74, disp. 4)
Rapprochement des législations – Droit d’auteur et droits voisins – Directive 2001/29 – Harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information – Droit de reproduction – Portée – Harmonisation complète
[Directive du Parlement européen et du Conseil 2001/29, art. 2, c)]
(voir points 84-86, disp. 5)
Résumé
Par l’arrêt du 29 juillet 2019, Pelham e.a. (C‑476/17), la Cour, réunie en grande chambre, a interprété les droits exclusifs des producteurs de phonogrammes à la reproduction et à la distribution de leurs phonogrammes ainsi que les exceptions et limitations à ces droits, tels que prévus par les directives 2001/29 ( 1 ) et 2006/115 ( 2 ), dans le contexte du prélèvement d’un échantillon sonore (sampling) d’un titre musical aux fins de son utilisation pour créer un nouveau titre musical.
MM. R. Hütter et F. Schneider-Esleben (ci-après « Hütter e.a. ») sont membres du groupe musical « Kraftwerk ». Celui-ci a publié, en 1977, un phonogramme sur lequel figure le titre musical « Metall auf Metall ». MM. Pelham et Haas sont les compositeurs du titre musical « Nur mir », paru sur des phonogrammes produits par la société Pelham en 1997. Hütter e.a. soutenaient que Pelham avait copié, sous forme électronique, un échantillon (sample) d’environ deux secondes d’une séquence rythmique du titre musical « Metall auf Metall » et avait intégré cet échantillon, par répétitions successives, au titre musical « Nur mir ». Hütter e.a. estimaient que Pelham avait violé le droit voisin du droit d’auteur dont ils sont titulaires en leur qualité de producteur de phonogrammes.
Dans ce contexte, la Cour a, tout d’abord, relevé que la reproduction par un utilisateur d’un échantillon sonore, même très bref, d’un phonogramme doit, en principe, être considérée comme une reproduction « en partie » de ce phonogramme, qui relève du droit exclusif du producteur d’un tel phonogramme prévu par la directive 2001/29.
La Cour a néanmoins rappelé qu’il convient de mettre en balance le droit de propriété intellectuelle ( 3 ), consacré par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), avec les autres droits fondamentaux garantis par la Charte, parmi lesquels figure la liberté des arts ( 4 ), laquelle, en tant qu’elle relève de la liberté d’expression ( 5 ), permet de participer à l’échange public des informations et des idées culturelles, politiques et sociales de toute sorte.
Ainsi, la Cour a jugé que, à la lumière de la Charte, le droit exclusif conféré au producteur de phonogrammes d’autoriser ou d’interdire la reproduction de son phonogramme ( 6 ) lui permet de s’opposer à l’utilisation par un tiers d’un échantillon sonore, même très bref, de son phonogramme aux fins de l’inclusion de cet échantillon dans un autre phonogramme, à moins que cet échantillon ne soit inclus dans la nouvelle œuvre sous une forme modifiée et non reconnaissable à l’écoute.
Ensuite, s’agissant de ce droit exclusif, la Cour a également précisé qu’il constitue une mesure d’harmonisation complète du contenu matériel du droit qui y est visé. En effet, le droit exclusif de reproduction dont jouissent les producteurs de phonogrammes dans l’Union est défini dans la directive 2001/29 d’une manière non équivoque, sans être par ailleurs assorti d’aucune condition ni subordonné, dans son exécution ou dans ses effets, à l’intervention de quelque acte que ce soit.
En outre, pour ce qui concerne le droit exclusif conféré au producteur de phonogrammes de mise à disposition de ses phonogrammes, y compris de « copies » de ceux-ci ( 7 ), la Cour a jugé que la notion de « copie », également utilisée dans la Convention de Genève ( 8 ), et avec laquelle l’interprétation doit être cohérente, doit être interprétée en ce sens qu’elle ne couvre pas un phonogramme qui, tout en comportant des échantillons musicaux transférés depuis un autre phonogramme, ne reprend pas la totalité ou une partie substantielle de ce dernier.
Par ailleurs, se penchant sur la possibilité de déroger au droit exclusif des producteurs de phonogrammes à la reproduction de leurs phonogrammes, la Cour a jugé qu’un État membre ne peut prévoir, dans son droit national, une exception ou une limitation audit droit, autre que celles prévues par la directive 2001/29 ( 9 ). À cet égard, elle a rappelé que la liste des exceptions et des limitations prévues par cette directive revêt un caractère exhaustif.
S’agissant, enfin, de la notion de « citations » visée par la directive 2001/29 ( 10 ), la Cour a considéré que celle-ci ne couvre pas une situation dans laquelle il n’est pas possible d’identifier l’œuvre concernée par la citation en cause. Toutefois, lorsque le créateur d’une nouvelle œuvre musicale utilise un échantillon sonore (sample) prélevé d’un phonogramme qui permet à un auditeur moyen d’identifier l’œuvre dont cet échantillon a été prélevé, l’utilisation de cet échantillon sonore peut, en fonction des circonstances de l’espèce, constituer une « citation », au sens de la directive 2001/29, lue à la lumière de l’article 13 de la Charte, pour autant que ladite utilisation a pour objectif d’interagir avec l’œuvre dont l’échantillon a été prélevé et que les conditions prévues par la directive 2001/29 sont réunies.
( 1 ) Directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil, du 22 mai 2001, sur l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information (JO 2001, L 167, p. 10).
( 2 ) Directive 2006/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 décembre 2006, relative au droit de location et de prêt et à certains droits voisins du droit d’auteur dans le domaine de la propriété intellectuelle (JO 2006, L 376, p. 28).
( 3 ) Article 17, paragraphe 2, de la Charte.
( 4 ) Article 13 de la Charte.
( 5 ) Article 11 de la Charte.
( 6 ) Article 2, sous c), de la directive 2001/29.
( 7 ) Article 9, paragraphe 1, sous b), de la directive 2006/115.
( 8 ) Convention pour la protection des producteurs de phonogrammes contre la reproduction non autorisée de leurs phonogrammes, signée à Genève le 29 octobre 1971, article 1er, sous c), et article 2.
( 9 ) Article 5 de la directive 2001/29.
( 10 ) Article 5, paragraphe 3, sous d), de la directive 2001/29.
Ordonnance du Tribunal (huitième chambre) du 20 décembre 2019.#République de Pologne contre Commission européenne.#Affaire T-883/16 REC.
20/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019
Affaire T-812/14 RENV: Arrêt du Tribunal du 19 décembre 2019 – BPC Lux 2 e.a./Commission («Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité»)
19/12/2019
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 19 décembre 2019.#BPC Lux 2 Sàrl e.a. contre Commission européenne.#Aides d’État – Aide des autorités portugaises à la résolution de l’établissement financier Banco Espírito Santo – Création et capitalisation d’une banque relais – Décision déclarant l’aide compatible avec le marché intérieur – Absence de qualité pour agir – Irrecevabilité.#Affaire T-812/14 RENV.
19/12/2019