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AccueilDroit européen62017CJ0483_RES
Jurisprudence CJUE62017CJ0483_RES

Arrêt de la Cour (troisième chambre) du 11 avril 2019.#Neculai Tarola contre Minister for Social Protection.#Renvoi préjudiciel – Citoyenneté de l’Union – Libre circulation des personnes – Directive 2004/38/CE – Droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres – Article 7, paragraphe 1, sous a) – Travailleurs salariés et non salariés – Article 7, paragraphe 3, sous c) – Droit de séjour de plus de trois mois – Ressortissant d’un État membre ayant exercé une activité salariée dans un autre État membre pendant une période de quinze jours – Chômage involontaire – Maintien de la qualité de travailleur pendant au moins six mois – Droit à l’allocation pour demandeurs d’emploi (jobseeker’s allowance).#Affaire C-483/17.

CELEX62017CJ0483_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 11 avril 2019

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne précise les conditions de maintien du statut de travailleur pour un citoyen de l'Union ayant exercé une activité salariée de très courte durée (15 jours) dans un autre État membre. Il juge que, en cas de chômage involontaire survenant après cette brève période d'emploi, l'intéressé conserve la qualité de travailleur pendant au moins six mois au titre de l'article 7, paragraphe 3, sous c), de la directive 2004/38, et peut ainsi prétendre à l'allocation pour demandeurs d'emploi dans l'État d'accueil. La portée de cette décision est d'étendre la protection sociale des travailleurs migrants même en cas d'activité professionnelle très brève.

Texte intégral

Affaire C‑483/17

Neculai Tarola

contre

Minister for Social Protection

[demande de décision préjudicielle,
introduite par la Court of Appeal (Irlande)]

Arrêt de la Cour (troisième chambre) du 11 avril 2019

« Renvoi préjudiciel – Citoyenneté de l’Union – Libre circulation des personnes – Directive 2004/38/CE – Droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres – Article 7, paragraphe 1, sous a) – Travailleurs salariés et non salariés – Article 7, paragraphe 3, sous c) – Droit de séjour de plus de trois mois – Ressortissant d’un État membre ayant exercé une activité salariée dans un autre État membre pendant une période de quinze jours – Chômage involontaire – Maintien de la qualité de travailleur pendant au moins six mois – Droit à l’allocation pour demandeurs d’emploi (jobseeker’s allowance)»

  1. Citoyenneté de l’Union – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Directive 2004/38 – Droit de séjour de plus de trois mois – Travailleurs salariés et non salariés – Maintien de la qualité de travailleur – Travailleur se trouvant en chômage involontaire à la fin de son contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an ou après avoir été involontairement au chômage pendant les douze premiers mois – Portée – Absence d’incidence de la nature de l’activité exercée et du type de contrat de travail

    [Directive du Parlement européen et du Conseil 2004/38, art. 7, § 1, a), et 3]

    (voir points 26, 29-31, 33-35, 39, 45-48)

  2. Droit de l’Union européenne – Interprétation – Méthodes – Interprétation littérale, systématique et téléologique – Recours à la genèse d’une disposition – Admissibilité

    [Directive du Parlement européen et du Conseil 2004/38, art. 7, § 1, a), et 3, b)]

    (voir point 37)

  3. Citoyenneté de l’Union – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Directive 2004/38 – Droit de séjour de plus de trois mois – Travailleurs salariés et non salariés – Ressortissant d’un État membre ayant exercé une activité dans un autre État membre pendant une période de deux semaines avant de se trouver en chômage involontaire – Maintien de la qualité de travailleur pendant au moins six mois – Condition

    [Directive du Parlement européen et du Conseil 2004/38, art. 7, § 1, a), et 3, b)]

    (voir points 54, 58 et disp.)

  4. Citoyenneté de l’Union – Droit de libre circulation et de libre séjour sur le territoire des États membres – Directive 2004/38 – Principe d’égalité de traitement – Réglementation nationale excluant du bénéfice du droit aux prestations sociales les personnes ayant exercé une activité pendant une brève période – Applicabilité de ladite exclusion aux travailleurs d’autres États membres ayant exercé leur droit à la libre circulation

    [Directive du Parlement européen et du Conseil 2004/38, considérant 20 et art. 7, § 3, b), et 24, § 1]

    (voir points 55-57)

Résumé

Dans l’arrêt Tarola (C‑483/17), rendu le 11 avril 2019, la Cour, en interprétant la directive relative au droit des citoyens de l’Union de circuler et de séjourner sur le territoire des États membres ( 1 ), a jugé qu’un ressortissant d’un État membre ayant exercé son droit à la libre circulation, qui a acquis dans un autre État membre la qualité de travailleur, en raison de l’activité qu’il y a exercée pendant une période de deux semaines, autrement qu’en vertu d’un contrat de travail à durée déterminée, avant de se trouver en chômage involontaire, conserve le statut de travailleur pendant une période supplémentaire d’au moins six mois. Ceci est toutefois soumis à la condition qu’il se soit fait enregistrer en qualité de demandeur d’emploi auprès du service de l’emploi compétent.

Le litige au principal concernait un ressortissant roumain qui avait travaillé, en Irlande, à plusieurs reprises pendant de courtes périodes, et notamment pendant une période de deux semaines en juillet 2014. Il avait ensuite introduit, auprès du ministre de la Protection sociale, une demande d’octroi d’une allocation pour demandeurs d’emploi (jobseeker’s allowance). Le ministre avait rejeté cette demande, en substance, au motif que l’intéressé n’avait pas pu démontrer qu’il avait sa résidence habituelle en Irlande, en relevant que la courte période de travail qu’il avait accomplie au mois de juillet 2014 n’était pas de nature à remettre en cause ce constat. Devant les juridictions irlandaises, l’intéressé a fait valoir que, en vertu de la directive, il était en droit de résider en Irlande en tant que travailleur pendant la période de six mois consécutive à la cessation de son activité professionnelle au mois de juillet 2014.

En effet, la directive prévoit ( 2 ) que tout citoyen de l’Union a le droit de séjourner sur le territoire d’un État membre autre que celui dont il possède la nationalité pour une durée de plus de trois mois dès lors qu’il a la qualité de travailleur dans l’État membre d’accueil. En outre, elle garantit ( 3 ) à tout citoyen de l’Union se trouvant dans une situation d’inactivité temporaire le maintien de son statut de travailleur et, consécutivement, de son droit de séjour dans l’État membre d’accueil, dans certaines circonstances, et notamment lorsqu’il se trouve en chômage involontaire. Le requérant au principal invoquait une disposition de la directive qui prévoit notamment le maintien du statut de travailleur « après avoir été involontairement au chômage pendant les douze premiers mois » ( 4 ).

La Cour a apporté des précisions sur cette disposition, en signalant qu’elle s’applique lorsqu’un citoyen de l’Union se trouve au chômage, pour des raisons indépendantes de sa volonté, avant d’avoir pu accomplir une année d’activité. Tel est le cas, notamment, dans toutes les situations dans lesquelles un travailleur a été contraint de cesser son activité dans l’État membre d’accueil avant l’échéance d’une année, quels que soient la nature de l’activité exercée et le type de contrat de travail conclu à cet effet, c’est-à-dire qu’il ait conclu un contrat à durée déterminée d’une durée supérieure à une année, un contrat à durée indéterminée ou tout autre type de contrat.

Par ailleurs, la conservation de la qualité de travailleur en application de ladite disposition présuppose, d’une part, que le citoyen concerné ait, préalablement à sa période de chômage involontaire, effectivement eu la qualité de travailleur et, d’autre part, qu’il se soit fait enregistrer en qualité de demandeur d’emploi auprès du service de l’emploi compétent. En outre, il ne conserve cette qualité que pour une période d’une durée qu’il est loisible à l’État membre d’accueil de fixer, pour autant qu’elle ne soit pas inférieure à six mois

Enfin, la Cour a relevé que, en vertu de la directive ( 5 ), tout citoyen de l’Union qui séjourne sur le territoire de l’État membre d’accueil bénéficie de l’égalité de traitement avec les ressortissants de cet État membre dans le domaine d’application du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Ainsi, lorsque le droit national exclut du bénéfice du droit aux prestations sociales les personnes qui n’ont exercé une activité que pendant une brève période, cette exclusion s’applique de la même manière aux travailleurs d’autres États membres. S’agissant de l’affaire au principal, la Cour a noté qu’il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si, en application du droit national et conformément au principe d’égalité de traitement, le requérant au principal a droit à l’allocation pour demandeurs d’emploi qu’il réclame.


( 1 ) Directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, modifiant le règlement (CEE) no 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE, 68/360/CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE (JO 2004, L 158, p. 77, et rectificatifs JO 2004, L 229, p. 35, et JO 2005, L 197, p. 34).

( 2 ) Article 7, paragraphe 1, sous a), de la directive 2004/38.

( 3 ) Article 7, paragraphe 3, de la directive 2004/38.

( 4 ) Article 7, paragraphe 3, sous c), de la directive 2004/38.

( 5 ) Article 24, paragraphe 1, de la directive 2004/38.

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