| CELEX | 62017TJ0442_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 16 décembre 2020 |
Affaire T‑442/17 RENV
RN
contre
Commission européenne
Arrêt du Tribunal (septième chambre) du 16 décembre 2020
« Fonction publique – Fonctionnaires – Conjoint survivant – Pension de survie – Articles 18 et 20 de l’annexe VIII du statut – Conditions d’éligibilité – Durée du mariage – Exception d’illégalité – Égalité de traitement – Principe de non-discrimination en fonction de l’âge – Proportionnalité – Notion de “conjoint” »
Fonctionnaires – Égalité de traitement – Notion – Caractère comparable des situations en cause – Critères d’appréciation
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 20 et 21, § 1)
(voir points 64-68)
Fonctionnaires – Pensions – Pension de survie – Conditions d’octroi – Pouvoir d’appréciation du législateur de l’Union – Contrôle juridictionnel – Portée
(Statut des fonctionnaires, annexe VIII, art. 18 et 20)
(voir point 70)
Fonctionnaires – Pensions – Pension de survie – Conditions d’octroi – Durée minimale du mariage – Différence de traitement des conjoints survivants en fonction de la date du mariage, avant ou après la cessation d’activité du fonctionnaire défunt – Condition entraînant un désavantage pour les personnes s’étant mariées après le départ à la retraite du fonctionnaire – Différence de traitement fondée indirectement sur l’âge de l’ancien fonctionnaire – Inadmissibilité – Justification – Lutte contre la fraude et sauvegarde de l’équilibre financier du régime de pension – Absence
(Statut des fonctionnaires, annexe VIII, art. 18 et 20)
(voir points 72-85, 90-93, 96-100, 103-107, 110, 111)
Fonctionnaires – Pensions – Pension de survie – Conditions d’octroi – Mariage – Notion – Maintien d’une communauté de vie par un couple précédemment marié – Exclusion
[Statut des fonctionnaires, art. 1er quinquies, § 1, 2d al., et annexe VII, art. 1er, § 2, c), et annexe VIII, art. 17, 1er al., et 20]
(voir points 117-123)
Résumé
La requérante, RN, et son conjoint, fonctionnaire de la Commission européenne, ont vécu en couple à partir de 1985. En 1988, ils ont contracté un premier mariage. Les époux ont divorcé en 1996. En 2012, la requérante s’est remariée avec son ex-conjoint, après avoir repris, dès 2002, une vie commune avec celui-ci.
Le conjoint de la requérante est entré en fonctions à la Commission en 1991 et a été admis à faire valoir ses droits à la retraite en 2007. Il est décédé en 2014.
À la suite du décès de son époux, la requérante, en sa qualité de conjointe survivante d’un ancien fonctionnaire, a introduit une demande d’octroi d’une pension de survie au titre du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »).
La Commission a rejeté cette demande, au motif, notamment, que le second mariage, contracté postérieurement à la cessation d’activité du fonctionnaire, avait duré moins de cinq ans. Par conséquent, les conditions prévues aux articles 18 et 20 de l’annexe VIII du statut n’étaient pas remplies, de telle sorte que la requérante ne pouvait prétendre au bénéfice d’une pension de survie. La Commission n’a pas tenu compte du premier mariage, estimant qu’il était dissous en vertu d’un jugement de divorce et ne pouvait donc plus produire d’effet.
La requérante a contesté cette décision en soulevant, notamment, une exception d’illégalité de l’article 20 de l’annexe VIII du statut. Elle a fait valoir que l’article 20 de l’annexe VIII du statut contraint les couples de personnes âgées à contracter mariage durant cinq ans au moins pour que le conjoint survivant du fonctionnaire retraité puisse bénéficier d’une pension de survie, sans aucune exception possible, alors que, pour des couples plus jeunes au moment du mariage contracté lorsque le conjoint fonctionnaire était encore en activité, le conjoint survivant bénéficie d’un droit à pension de survie au terme d’une seule année de mariage sur le fondement de l’article 18 de cette annexe.
Le Tribunal accueille le recours et juge que l’article 20 de l’annexe VIII du statut est illégal car il viole le principe général d’égalité de traitement ainsi que le principe de non-discrimination en fonction de l’âge. Par voie de conséquence, la décision de la Commission, adoptée sur le fondement de cette disposition, se trouve privée de base légale, de sorte qu’il convient de l’annuler.
Appréciation du Tribunal
Le Tribunal rappelle, tout d’abord, que, pour qu’il puisse être reproché au législateur de l’Union d’avoir violé le principe d’égalité de traitement, il faut qu’il ait traité de façon différente des situations comparables entraînant un désavantage pour certaines personnes par rapport à d’autres. À cet égard, après avoir précisé les critères d’appréciation pour déterminer si le traitement des situations à comparer porte atteinte au principe d’égalité de traitement, le Tribunal souligne que, pour qu’une différence de traitement puisse être compatible avec les principes généraux d’égalité de traitement et de non-discrimination, celle-ci doit être justifiée sur la base d’un critère objectif et raisonnable et proportionnée par rapport au but poursuivi par cette différenciation. Dans ce contexte, il ajoute que, en vue de lutter contre les abus, le législateur de l’Union dispose d’une marge d’appréciation dans l’établissement du droit à une pension de survie. La reconnaissance d’un tel pouvoir implique, toutefois, la nécessité de vérifier s’il n’apparaît pas déraisonnable pour le législateur d’estimer que la différence de traitement instituée puisse être appropriée et nécessaire aux fins de la réalisation de l’objectif poursuivi.
Ensuite, le Tribunal constate que la situation du conjoint survivant d’un ancien fonctionnaire qui s’est marié avec ce dernier avant la cessation d’activité de celui-ci n’est pas différente de celle du conjoint survivant d’un ancien fonctionnaire qui a contracté mariage avec ce dernier après cette cessation aux fins de l’octroi d’une pension de survie en application de l’article 18 ou de l’article 20 de l’annexe VIII du statut.
En effet, la nature juridique des liens qui unissaient le conjoint survivant au fonctionnaire décédé est identique, que le mariage ait été conclu avant ou après la cessation d’activité de ce dernier. Cette nature juridique ne diffère pas selon que les fonctionnaires exerçaient une activité professionnelle ou non et selon le montant des cotisations au régime de pension de l’Union qui ont été payées ou qui seraient encore dues.
Par conséquent, le Tribunal conclut à l’existence d’une différence de traitement de situations comparables en fonction de la date de la conclusion du mariage, dès lors qu’il s’agit de l’unique élément qui détermine l’application des conditions de durées minimales différentes du mariage conformément aux articles 18 et 20 de l’annexe VIII du statut. Cette différence de traitement entraîne un désavantage pour le conjoint survivant d’un ancien fonctionnaire qui s’est marié avec ce dernier après la cessation d’activité de celui-ci. Il existe également une différence de traitement de situations comparables, fondée indirectement sur l’âge de l’ancien fonctionnaire à la date à laquelle il a contracté mariage.
Enfin, le Tribunal rejette l’argumentation de la Commission selon laquelle la condition de durée minimale du mariage en cause viserait à prévenir les fraudes et à sauvegarder l’équilibre financier du régime de pension de l’Union.
S’agissant de la prévention des fraudes, le Tribunal note qu’il est déraisonnable de considérer que la condition de durée minimale de cinq années de mariage prévue par l’article 20 de l’annexe VIII du statut, qui est cinq fois plus élevée que celle prévue par l’article 18 de l’annexe VIII du statut, qui trouve à s’appliquer lorsque le mariage a été conclu avant la cessation d’activité du fonctionnaire, et qui ne souffre aucune exception permettant d’établir l’absence de fraude, quels que soient les éléments de preuve objectifs apportés, puisse être nécessaire aux fins de la réalisation de l’objectif de lutte contre la fraude.
S’agissant de la sauvegarde de l’équilibre financier du régime de pension de l’Union, le Tribunal révèle qu’un objectif relevant de considérations d’ordre budgétaire ne saurait justifier à lui seul une dérogation au principe général de l’égalité de traitement. À cet égard, vu que la condition de la durée minimale du mariage prévue à l’article 20 de l’annexe VIII du statut ne peut pas être justifiée par l’objectif de lutte contre la fraude, la différence de traitement instaurée par cette disposition ne saurait être justifiée par la seule sauvegarde de l’équilibre financier du régime de pension de l’Union.
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
18/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Demande de décision préjudicielle, introduite par des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 17 décembre 2020.#Commission européenne contre Hongrie.#Manquement d’État – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Politiques relatives aux contrôles aux frontières, à l’asile et à l’immigration – Directives 2008/115/CE, 2013/32/UE et 2013/33/UE – Procédure d’octroi d’une protection internationale – Accès effectif – Procédure à la frontière – Garanties procédurales – Placement obligatoire dans des zones de transit – Rétention – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Recours introduits contre les décisions administratives rejetant la demande de protection internationale – Droit de demeurer sur le territoire.#Affaire C-808/18.
17/12/2020