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AccueilDroit européen62018CJ0056_RES
Jurisprudence CJUE62018CJ0056_RES

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 11 mars 2020.#Commission européenne contre Gmina Miasto Gdynia et Port Lotniczy Gdynia Kosakowo sp. z o.o.#Pourvoi – Aides d’État – Article 108, paragraphe 2, TFUE – Aide à l’investissement – Aide au fonctionnement – Infrastructures aéroportuaires – Financement public accordé par les communes de Gdynia et de Kosakowo en faveur de la reconversion de l’aéroport de Gdynia-Kosakowo – Décision de la Commission européenne – Aide incompatible avec le marché intérieur – Ordre de récupération de l’aide – Annulation par le Tribunal de l’Union européenne – Formalité substantielle – Droits procéduraux des parties intéressées.#Affaire C-56/18 P.

CELEX62018CJ0056_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 11 mars 2020

Résumé IA

La Cour de justice annule l'arrêt du Tribunal et confirme la validité de la décision de la Commission européenne qualifiant d'aide d'État incompatible le financement public de l'aéroport de Gdynia-Kosakowo. Elle rappelle que la Commission n'est pas tenue d'engager la procédure formelle d'examen prévue à l'article 108, paragraphe 2, TFUE lorsqu'elle dispose d'éléments suffisants, après une phase préliminaire, pour conclure à l'incompatibilité de l'aide. L'arrêt précise ainsi les limites des droits procéduraux des parties intéressées et les conditions dans lesquelles la Commission peut adopter une décision finale sans ouvrir la phase contradictoire.

Texte intégral

Affaire C‑56/18 P

Commission européenne

contre

Gmina Miasto Gdynia
et
Port Lotniczy Gdynia Kosakowo sp. z o.o

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 11 mars 2020

« Pourvoi – Aides d’État – Article 108, paragraphe 2, TFUE – Aide à l’investissement – Aide au fonctionnement – Infrastructures aéroportuaires – Financement public accordé par les communes de Gdynia et de Kosakowo en faveur de la reconversion de l’aéroport de Gdynia-Kosakowo – Décision de la Commission européenne – Aide incompatible avec le marché intérieur – Ordre de récupération de l’aide – Annulation par le Tribunal de l’Union européenne – Formalité substantielle – Droits procéduraux des parties intéressées »

  1. Pourvoi – Moyens – Nécessité d’une critique précise d’un point du raisonnement du Tribunal

    [Art. 256, § 1, 2d al., TFUE ; statut de la Cour de justice, art. 58, 1er al. ; règlement de procédure de la Cour, art. 168, § 1, d), et 169, § 2]

    (voir points 35-38)

  2. Recours en annulation – Moyens – Violation des formes substantielles – Notion – Moyen tiré d’une violation des droits procéduraux des intéressés lors de l’adoption d’une décision en matière d’aides d’État – Décision portant retrait d’une première décision et déclarant une aide incompatible avec le marché intérieur – Exclusion

    (Art. 108, § 2, et 263, 2e al., TFUE)

    (voir points 66, 71, 80-86, 97)

  3. Droit de l’Union européenne – Principes – Droits de la défense – Application aux procédures administratives engagées par la Commission – Examen d’une mesure d’aide illégale – Droits bénéficiant aux seuls États membres à l’exclusion des intéressés

    [Art. 108, § 2, TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41 ; règlement du Conseil no 659/1999, art. 1, h)]

    (voir points 74-79, 93, 94)

  4. Aides accordées par les États – Procédure administrative – Droit des intéressés de présenter leurs observations – Violation – Conséquences – Décision fondée sur une pluralité de bases juridiques

    (Art. 108, § 2, TFUE)

    (voir points 87-90)

  5. Aides accordées par les États – Décision de la Commission constatant l’incompatibilité d’une aide avec le marché intérieur – Aide au fonctionnement – Constat d’incompatibilité fondé sur l’incompatibilité d’une aide à l’investissement accordée au même projet – Fondement autonome et suffisant

    (Art. 107, § 1, TFUE)

    (voir points 141, 142, 153, 154)

Résumé

Dans l’arrêt Commission/Gmina Miasto Gdynia et Port Lotniczy Gdynia Kosakowo (C‑56/18 P), du 11 mars 2020, la Cour a annulé l’arrêt du Tribunal du 17 novembre 2017, Gmina Miasto Gdynia et Port Lotniczy Gdynia Kosakowo/Commission (T‑263/15), qui avait partiellement annulé une décision de la Commission européenne en matière d’aides d’État ( 1 ) (ci-après la « décision litigieuse ») pour méconnaissance des droits procéduraux des parties intéressées.

Cette affaire trouve son origine dans des apports en capital réalisés en 2007 par la Gmina Masto Gdynia (commune de Gdynia, Pologne) et la Gmina Kosakowo (commune de Kosakowo, Pologne) en faveur de la société Port Lotniczy Gdynia Kosakowo sp. z o.o. qui avait été créée dans le but de reconvertir, à des fins civiles, l’aéroport militaire de Gdynia-Oksywie (Pologne). Ces apports étaient destinés à couvrir aussi bien les coûts d’investissement que les coûts d’exploitation ultérieurs. La République de Pologne a notifié à la Commission cette mesure de financement en 2012. À l’issue d’une procédure formelle d’examen ouverte en 2013, la Commission a adopté le 11 février 2014 une première décision ( 2 ) dans laquelle elle a constaté que ladite mesure constituait une aide d’État et a ordonné en conséquence sa récupération. Par la décision litigieuse, la Commission a procédé au retrait de cette première décision et à son remplacement.

Après avoir observé que le volet « aide au fonctionnement » de la mesure de financement en cause avait été examiné au regard de lignes directrices et de dérogations différentes dans les deux décisions successives, le Tribunal a retenu, dans son arrêt du 17 novembre 2017, que les parties intéressées en l’occurrence n’avaient pas été mises en mesure de présenter utilement leurs observations à ce sujet, de sorte que leurs droits procéduraux auraient été méconnus. Jugeant que le respect des droits procéduraux des parties intéressées constituait une formalité substantielle au sens de l’article 263 TFUE, le Tribunal a annulé la décision litigieuse, dans la mesure où elle qualifiait la mesure de financement en cause d’aide d’État et ordonnait sa récupération.

Saisie d’un pourvoi formé par la Commission, la Cour a jugé, en premier lieu, que le Tribunal avait commis une erreur de droit en qualifiant le respect des droits procéduraux des parties intéressées en l’occurrence de formalité substantielle dont la violation entraînerait, à elle seule, l’annulation de la décision attaquée, sans qu’il soit nécessaire d’établir l’incidence éventuelle de cette violation sur le contenu de la décision litigieuse. La Cour a rappelé, à cet égard, que les droits procéduraux reconnus aux parties intéressées dans les procédures de contrôle des aides d’État sont distincts des droits de la défense dont les États membres sont titulaires en tant que parties à de telles procédures. Il s’ensuit, selon la Cour, que les parties intéressées doivent être mises en mesure de présenter leurs observations dès lors que la Commission entend fonder sa décision sur des principes nouveaux, introduits par un nouveau régime juridique. La Cour a toutefois souligné qu’une irrégularité de procédure, telle que la méconnaissance des droits procéduraux des parties intéressées, n’entraîne l’annulation de la décision que s’il est établi que, en l’absence de cette irrégularité, la décision attaquée aurait pu avoir un contenu différent. La Cour en a déduit que le Tribunal avait commis une erreur de droit en fondant l’annulation de la décision attaquée sur la seule méconnaissance des droits procéduraux des parties intéressées, sans examiner, comme l’y invitait la Commission, si la décision litigieuse se fondait sur une base juridique autonome, nullement affectée par le changement de régime juridique.

La Cour a exclu, en second lieu, que les principes nouveaux appliqués dans la décision litigieuse aient pu avoir une incidence sur le sens de cette décision. En effet, la Cour a rappelé que le Tribunal ne pouvait se borner à constater les modifications du régime juridique appliqué, mais aurait dû rechercher l’incidence éventuelle de ces modifications sur le sens de la décision. Or, la Cour a relevé que le constat d’incompatibilité de l’aide au fonctionnement avec le marché intérieur avait été fondé, dans la décision litigieuse, sur l’incompatibilité de l’aide à l’investissement avec le marché intérieur. Après avoir examiné la motivation de la décision litigieuse, la Cour a constaté qu’une telle conclusion était fondée sur les dispositions mêmes du traité et non sur une application de lignes directrices dont la modification ne pouvait être, en conséquence, que sans incidence sur le sens de la décision litigieuse.

La Cour a ainsi conclu que la méconnaissance des droits procéduraux des parties intéressées en l’occurrence n’aurait pas été susceptible d’avoir une incidence sur le contenu de la décision litigieuse, de sorte qu’il y avait lieu d’annuler l’arrêt du Tribunal. La Cour a renvoyé l’affaire au Tribunal afin qu’il statue sur les éléments du recours non encore examinés.


( 1 ) Décision (UE) 2015/1586 de la Commission, du 26 février 2015, concernant la mesure SA.35388 (13/C) (ex 13/NN et ex 12/N) – Pologne – Reconversion de l’aéroport de Gdynia-Kosakowo (JO 2015, L 250, p. 165).

( 2 ) Décision 2014/883/UE, relative à la mesure SA.35388 (13/C) (ex 13/NN et ex 12/N) – Pologne – Création de l’aéroport de Gdynia-Kosakowo (JO 2014, L 357, p. 51).

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