| CELEX | 62018CJ0341_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 5 février 2020 |
Affaire C‑341/18
Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid
contre
J. e.a
[demande de décision préjudicielle, introduite par le Raad van State (Pays-Bas)]
Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 5 février 2020
« Renvoi préjudiciel – Règlement (UE) 2016/399 – Code frontières Schengen – Contrôle aux frontières extérieures – Ressortissants de pays tiers – Article 11, paragraphe 1 – Apposition de cachets sur les documents de voyage – Cachet de sortie – Détermination du moment de la sortie de l’espace Schengen – Enrôlement de marins à bord de navires amarrés à long terme dans un port maritime »
Contrôles aux frontières, asile et immigration – Code communautaire sur le franchissement des frontières – Contrôle aux frontières extérieures et refus d’entrée – Apposition de cachets sur les documents de voyage – Cachet de sortie – Détermination du moment de l’apposition – Marin, ressortissant de pays tiers, enrôlé à bord d’un navire amarré à long terme dans un port maritime – Apposition au moment de l’information du départ imminent du navire par le capitaine aux autorités nationales compétentes
(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2016/399, art. 11, § 1)
(voir points 44-53, 62-64, 69-76 et disp.)
Résumé
Par son arrêt du 5 février 2020, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Enrôlement des marins dans le port de Rotterdam) (C‑341/18), la Cour a énoncé que, lorsqu’un marin ayant la qualité de ressortissant d’un pays tiers s’enrôle sur un navire amarré à long terme dans un port maritime d’un État faisant partie de l’espace Schengen, en vue d’y effectuer un travail à bord, avant de quitter ce port sur ce navire, un cachet de sortie doit, lorsque son apposition est prévue par le code frontières Schengen ( 1 ), être apposé sur les documents de voyage de ce marin non au moment de l’enrôlement de celui-ci, mais lorsque le capitaine dudit navire informe les autorités nationales compétentes du départ imminent de ce dernier.
Cet arrêt s’inscrit dans le cadre d’un litige opposant le Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (secrétaire d’État à la Justice et à la Sécurité, Pays-Bas) à plusieurs marins ressortissants de pays tiers, entrés dans l’espace Schengen par l’aéroport international de Schiphol à Amsterdam, au sujet du refus, confirmé par le secrétaire d’État, d’apposer un cachet de sortie de l’espace Schengen sur les passeports de ces marins au moment de leur enrôlement sur des navires amarrés à long terme dans le port de Rotterdam. Ce refus était motivé par le fait que la date à laquelle les navires concernés quitteraient effectivement le port n’était pas précisée. Or, selon les marins, ce refus avait pour conséquence que leur durée de séjour autorisé dans l’espace Schengen serait plus rapidement épuisée, ceux-ci n’étant autorisés, en principe, à rester dans cet espace pour une période maximale de 90 jours sur une période de 180 jours.
Dans ce contexte, la Cour a précisé, dans un premier temps, à quel moment ces marins devaient être considérés comme étant sortis de l’espace Schengen. À cet égard, elle a tout d’abord indiqué qu’il ressort du code frontières Schengen que le simple franchissement, par une personne, d’un « point de passage frontalier » au sens dudit code, ne saurait être compris comme une sortie de l’espace Schengen par cette personne si elle séjourne encore sur une partie du territoire d’un État faisant partie de cet espace. En outre, la Cour a mis en exergue le fait que le code frontières Schengen repose sur la prémisse selon laquelle le contrôle des ressortissants de pays tiers à un point de passage frontalier sera suivi à court terme, même si la personne concernée demeure momentanément sur le territoire de l’État membre concerné, du franchissement effectif de la frontière extérieure de l’espace Schengen. Dans cette perspective, la présentation d’une personne à un point de passage frontalier d’un port maritime d’un État faisant partie de l’espace Schengen ne signifie pas qu’elle quitte l’espace Schengen, mais reflète tout ou plus son intention de quitter cet espace. Enfin, la Cour a jugé que, sous peine de permettre à un ressortissant de pays tiers de demeurer dans l’espace Schengen au-delà de la durée de séjour maximale autorisée, il ne saurait être considéré qu’un tel ressortissant est sorti de l’espace Schengen lorsqu’il séjourne encore sur le territoire d’un État faisant partie de cet espace. Assimilant ainsi la sortie de l’espace Schengen au franchissement d’une frontière extérieure de cet espace, la Cour en a conclu qu’un marin s’enrôlant sur un navire amarré à long terme dans le port maritime d’un État faisant partie de l’espace Schengen, en vue de séjourner dans ce port pendant tout ou partie de la période au cours de laquelle il a été enrôlé pour effectuer son travail à bord, ne peut pas être considéré comme étant sorti de cet espace au moment de son enrôlement.
Dans un second temps, la Cour a précisé le moment auquel, dans une situation telle que celle en cause au principal, le cachet de sortie doit être apposé par les autorités nationales compétentes. À ce sujet, elle a énoncé que, lorsqu’il apparaît que le contrôle des personnes concernées à un point de passage frontalier ne sera pas suivi à court terme du franchissement d’une frontière extérieure de l’espace Schengen, il importe que le cachet de sortie soit apposé sur leurs documents de voyage par les autorités nationales compétentes à un moment proche de ce franchissement, afin d’assurer que ces autorités restent en mesure de contrôler le respect effectif des limites du séjour de courte durée dans l’espace Schengen. La Cour a ensuite considéré qu’un marin engagé pour travailler à bord d’un navire amarré à long terme dans un port maritime d’un État faisant partie de l’espace Schengen, qui n’envisage pas, au moment de son enrôlement sur ce navire, de quitter à bref délai cet espace, n’est dès lors pas en droit de voir apposer un cachet de sortie sur ses documents de voyage au moment de cet enrôlement. Elle a jugé que ce n’est que lorsque le départ de ce navire d’un tel port maritime vers un lieu situé en dehors de l’espace Schengen devient imminent que ce cachet de sortie doit y être apposé. Or, d’après le code frontières Schengen, c’est le capitaine du navire qui doit informer les autorités nationales compétentes de ce départ « en temps voulu », conformément aux dispositions en vigueur dans le port concerné.
( 1 ) Règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil, du 9 mars 2016, concernant un code de l’Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) (JO 2016, L 77, p. 1). Voir, notamment, l’article 11, paragraphe 1, dudit règlement.
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
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