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AccueilDroit européen62018CJ0394_RES
Jurisprudence CJUE62018CJ0394_RES

Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 30 janvier 2020.#I.G.I. Srl contre Maria Grazia Cicenia e.a.#Renvoi préjudiciel – Directive 82/891/CEE – Articles 12 et 19 – Scissions des sociétés à responsabilité limitée – Protection des intérêts des créanciers de la société scindée – Nullité de la scission – Action paulienne.#Affaire C-394/18.

CELEX62018CJ0394_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 30 janvier 2020

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne interprète les articles 12 et 19 de la sixième directive (82/891/CEE) concernant les scissions de sociétés anonymes. Il précise que ces dispositions ne s'opposent pas à ce qu'un créancier d'une société scindée exerce une action paulienne pour contester la scission, même après son inscription au registre du commerce, dès lors que cette action vise à protéger ses intérêts et que la législation nationale le permet. La Cour encadre ainsi la possibilité pour les créanciers de remettre en cause une scission frauduleuse, en dehors du régime spécifique de nullité prévu par la directive.

Texte intégral

Affaire C‑394/18

I.G.I. Srl

contre

Maria Grazia Cicenia e.a.

(demande de décision préjudicielle, introduite par la Corte di appello di Napoli)

Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 30 janvier 2020

« Renvoi préjudiciel – Directive 82/891/CEE – Articles 12 et 19 – Scissions des sociétés à responsabilité limitée – Protection des intérêts des créanciers de la société scindée – Nullité de la scission – Action paulienne »

  1. Liberté d’établissement – Sociétés – Régime des scissions des sociétés anonymes – Directive 82/891 – Scission par constitution de nouvelles sociétés – Instruments de protection des intérêts des créanciers de la société scindée – Action paulienne introduite par des créanciers n’ayant pas fait usage des instruments de protection prévus – Admissibilité

    (Directive du Conseil 82/891, telle que modifiée par la directive 2007/63, art. 12, 21 et 22)

    (voir points 66-70, 73-75, disp. 1)

  2. Liberté d’établissement – Sociétés – Régime des scissions des sociétés anonymes – Directive 82/891 – Scission par constitution de nouvelles sociétés – Régime des nullités de la scission – Nullité – Notion – Action paulienne – Exclusion

    (Directive du Conseil 82/891, telle que modifiée par la directive 2007/63, considérant 11 et art. 19, 21 et 22)

    (voir points 78, 80, 82-88, disp. 2)

Résumé

Dans l’arrêt I.G.I. (C‑394/18), prononcé le 30 janvier 2020, la Cour a interprété, pour la première fois, les articles 12 et 19 de la sixième directive 82/891 ( 1 ). Elle a jugé que ces articles ne s’opposent pas à ce que les créanciers d’une société scindée, dont les droits sont antérieurs à la scission et qui n’ont pas fait usage des instruments de protection des créanciers prévus par la réglementation nationale en application de l’article 12 de cette directive, introduisent une action paulienne après la réalisation de ladite scission afin de faire déclarer que cette même scission ne produit pas d’effets à leur égard.

Le litige au principal oppose des créanciers d’une société scindée à la société nouvellement constituée à laquelle une partie du patrimoine de cette première société a été transférée. Estimant que la scission avait fait perdre à la société scindée une grande partie de son patrimoine, ces créanciers ont intenté une action paulienne afin de faire déclarer l’acte de scission sans effets à leur égard et de former des actions exécutoires ou conservatoires sur les biens transférés. Cela étant, ils ne se sont pas prévalus de la possibilité de faire opposition à la scission, telle que prévue par le droit national dans le cadre de la transposition de la sixième directive.

L’action paulienne existant en parallèle avec les instruments de protection des créanciers prévus par le droit de l’Union, la juridiction de renvoi s’interroge, en premier lieu, sur l’articulation entre une telle action et l’article 12 de la sixième directive. En vertu de cet article, les États membres doivent prévoir un système de protection adéquat des intérêts des créanciers de la société scindée. À cet effet, ils doivent au moins prévoir que ces créanciers aient le droit d’obtenir des garanties adéquates lorsque la situation financière des sociétés impliquées dans la scission rend cette protection nécessaire. En l’espèce, l’action paulienne ne figurant pas parmi les instruments de protection prévus par la réglementation nationale en application de cet article 12, la question se pose de savoir si les créanciers au principal avaient le droit d’intenter une telle action. En second lieu, la juridiction de renvoi a des doutes concernant l’interprétation de l’article 19 de la sixième directive, qui prévoit le régime des nullités de la scission. Elle se demande, notamment, si les conditions strictes encadrant l’invocation de la nullité de la scission s’appliquent également à une action paulienne qui ne porte pas atteinte à la validité de cette scission, mais permet seulement de rendre celle-ci inopposable aux créanciers ayant intenté cette action.

S’agissant des instruments de protection prévus pour les créanciers de la société scindée, la Cour a souligné que l’article 12 de la sixième directive prévoit un système minimal de protection des intérêts de ces créanciers, pour les créances nées antérieurement à la publication du projet de scission et non encore échues à la date de cette publication. Les États membres peuvent donc prévoir des instruments de protection supplémentaires. En outre, il ne ressort pas dudit article 12 que l’absence de recours à l’un des instruments de protection prévus en application de cet article empêche les créanciers de faire usage d’instruments de protection autres que ceux énumérés audit article. Ainsi, la Cour a conclu, eu égard à l’objectif de la sixième directive de protéger les créanciers du préjudice qui peut résulter de la réalisation de la scission, que l’article 12 de cette directive n’exclut pas la possibilité, pour les créanciers d’une société scindée, d’introduire une action paulienne.

La Cour a toutefois précisé que les effets d’une telle action ne doivent pas être contraires à l’objectif de cette disposition. À cet égard, elle a relevé que l’article 12 n’exige pas que la protection des créanciers des sociétés nouvellement constituées soit équivalente à celle des créanciers de la société scindée. Dès lors, l’harmonisation a minima, opérée par la sixième directive, de la protection des intérêts des créanciers des sociétés participant à la scission, ne s’oppose pas à ce que, dans le contexte d’une scission par constitution d’une nouvelle société, la priorité soit accordée à la protection des intérêts des créanciers de la société scindée.

Quant au régime des nullités de la scission prévu par l’article 19 de la sixième directive, la Cour a interprété la notion de « nullité », qui n’est pas définie par cette directive, en tenant compte du contexte dans lequel cette notion est utilisée et des objectifs poursuivis par la directive. Selon la Cour, cette notion fait référence à des actions qui visent l’annulation d’un acte, entraînent sa disparition et produisent des effets à l’égard de tous. Or, l’action paulienne intentée par les créanciers au principal permet seulement de rendre inopposable à leur égard la scission et, en particulier, le transfert de certains biens visés dans l’acte de scission. Elle n’affecte pas la validité de cette scission, n’entraîne pas sa disparition et n’a pas d’effets à l’égard de tous. Partant, elle ne relève pas de la notion de « nullité » visée à l’article 19 de la sixième directive. Il s’ensuit que le régime des nullités de la scission prévu par l’article 19 de cette directive ne s’oppose pas à l’introduction d’une telle action paulienne après la réalisation d’une scission.


( 1 ) Sixième directive 82/891/CEE du Conseil, du 17 décembre 1982, fondée sur l’article 54 paragraphe 3 point g) du traité et concernant les scissions des sociétés anonymes (JO 1982, L 378, p. 47), telle que modifiée par la directive 2007/63/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 novembre 2007 (JO 2007, L 300, p. 47).

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