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AccueilDroit européen62018CJ0809_RES
Jurisprudence CJUE62018CJ0809_RES

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 11 novembre 2020.#Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) contre John Mills Ltd.#Pourvoi – Marque de l’Union européenne – Règlement (CE) no 207/2009 – Procédure d’opposition – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 3 – Champ d’application – Identité ou similitude de la marque demandée avec la marque antérieure – Marque verbale de l’Union européenne MINERAL MAGIC – Demande d’enregistrement par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque antérieure – Marque verbale nationale antérieure MAGIC MINERALS BY JEROME ALEXANDER.#Affaire C-809/18 P.

CELEX62018CJ0809_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 11 novembre 2020

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne précise le champ d'application de l'article 8, paragraphe 3, du règlement (CE) n° 207/2009 sur la marque de l'Union européenne. Il confirme que ce motif relatif de refus, qui permet au titulaire d'une marque de s'opposer à son enregistrement par son agent ou représentant, ne requiert pas une identité ou une similitude entre les marques en conflit. La Cour juge que la condition d'identité ou de similitude prévue à l'article 8, paragraphe 1, sous b), ne s'applique pas à ce motif spécifique, qui vise à protéger le titulaire contre les agissements déloyaux de son mandataire.

Texte intégral

Affaire C‑809/18 P

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle

contre

John Mills Ltd

Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 11 novembre 2020

« Pourvoi – Marque de l’Union européenne – Règlement (CE) no 207/2009 – Procédure d’opposition – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 3 – Champ d’application – Identité ou similitude de la marque demandée avec la marque antérieure – Marque verbale de l’Union européenne MINERAL MAGIC – Demande d’enregistrement par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque antérieure – Marque verbale nationale antérieure MAGIC MINERALS BY JEROME ALEXANDER »

  1. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Absence de consentement du titulaire d’une marque à l’enregistrement demandé par un agent ou un représentant en son propre nom – Condition – Identité ou similitude entre la marque du titulaire et celle demandée par l’agent ou le représentant de celui-ci

    (Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 3)

    (voir points 57, 61, 62, 67-70, 73, 91)

  2. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Absence de consentement du titulaire d’une marque à l’enregistrement demandé par un agent ou un représentant en son propre nom – Objectif visant à éviter le détournement de la marque par l’agent ou le représentant

    (Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 3)

    (voir point 72)

  3. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Absence de consentement du titulaire d’une marque à l’enregistrement demandé par un agent ou un représentant en son propre nom – Agent ou représentant – Notion

    (Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 3)

    (voir points 84-87)

  4. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Absence de consentement du titulaire d’une marque à l’enregistrement demandé par un agent ou un représentant en son propre nom – Condition – Similitude entre la marque du titulaire et celle demandée par l’agent ou le représentant de celui-ci – Critères d’appréciation

    (Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 3)

    (voir points 92, 99)

  5. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs relatifs de refus – Absence de consentement du titulaire d’une marque à l’enregistrement demandé par un agent ou un représentant en son propre nom – Marques verbales MINERAL MAGIC et MAGIC MINERALS BY JEROME ALEXANDER

    (Règlement du Conseil no 207/2009, art. 8, § 3)

    (voir points 93, 100, 101)

Résumé

Jerome Alexander Consulting Corp. est titulaire de la marque verbale américaine « MAGIC MINERALS BY JEROME ALEXANDER », désignant les produits « Poudre pour le visage contenant des minéraux ». John Mills Ltd est chargée, en vertu d’un contrat de distribution, de distribuer les produits de Jerome Alexander Consulting au sein de l’Union européenne et à travers le monde. Le 18 septembre 2013, John Mills a demandé, en son propre nom, l’enregistrement du signe verbal « MINERAL MAGIC », en tant que marque de l’Union européenne pour des produits cosmétiques. Jerome Alexander Consulting a alors formé une opposition, en invoquant l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 ( 1 ) , selon lequel « une marque est refusée à l’enregistrement lorsqu’elle est demandée par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque, en son propre nom et sans le consentement du titulaire ».

L’opposition a été rejetée. Toutefois, la chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) a annulé la décision de la division d’opposition et a refusé l’enregistrement de la marque MINERAL MAGIC. À cet égard, la chambre de recours a conclu que cette marque avait été demandée par John Mills en tant qu’« agent » et sans le consentement du titulaire. Elle a également relevé que les produits visés par les marques en conflit étaient identiques ou similaires et que les signes étaient similaires.

Saisi d’un recours de John Mills, le Tribunal a annulé la décision de la chambre de recours au motif que l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 ne trouve à s’appliquer qu’en présence de marques identiques.

La Cour, saisie d’un pourvoi de l’EUIPO, annule l’arrêt du Tribunal et juge que l’application de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 ne se limite pas à la seule circonstance d’une identité entre la marque antérieure et celle demandée à l’enregistrement par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque antérieure.

Appréciation de la Cour

En premier lieu, la Cour constate que la disposition de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 ne précise pas explicitement si elle ne trouve à s’appliquer que lorsque la marque demandée par l’agent ou le représentant est identique à la marque antérieure.

En deuxième lieu, l’examen par la Cour des travaux préparatoires révèle qu’il ne peut être déduit de ceux-ci que le champ d’application de ladite disposition est limité aux seuls cas d’identité entre les marques en conflit. Il ressort, en revanche, des travaux préparatoires que l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 traduit le choix du législateur de l’Union de reproduire, en substance, l’article 6 septies, paragraphe 1, de la convention de Paris ( 2 ). Or, le Tribunal aurait dû tenir compte des travaux préparatoires de cette convention ( 3 ), desquels il ressort qu’est également susceptible de relever de la convention de Paris une marque demandée par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque antérieure lorsque celle-ci est similaire à ladite marque antérieure.

En troisième lieu, la Cour indique qu’une autre interprétation aurait pour effet de remettre en cause l’économie générale du règlement no 207/2009, car elle empêcherait le titulaire d’une marque de s’opposer à l’enregistrement d’une marque similaire par son agent ou représentant, alors que ce dernier pourrait s’opposer à la demande d’enregistrement ultérieure de la marque initiale par ce titulaire, en raison de sa similitude avec la marque enregistrée par l’agent ou le représentant dudit titulaire.

En quatrième lieu, la Cour relève que l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 a pour objectif d’éviter le détournement de la marque antérieure par l’agent ou le représentant du titulaire de celle-ci, ces derniers pouvant tirer indûment profit des efforts et de l’investissement que le titulaire aurait fournis. Un tel détournement est également susceptible de se produire dans le cas où les marques en conflit sont similaires.

Enfin, la Cour estime que le recours de John Mills est en état d’être jugé et statue définitivement sur celui-ci.

John Mills reprochait à la chambre de recours d’avoir considéré qu’elle était un « agent » de Jerome Alexander Consulting. Selon la Cour, les notions d’« agent » et de « représentant » doivent être interprétées largement, de façon à couvrir toutes les formes de relations fondées sur un accord contractuel qui établit entre les parties un accord de coopération commerciale de nature à créer une relation de confiance en imposant au demandeur, expressément ou implicitement, une obligation générale de confiance et de loyauté eu égard aux intérêts du titulaire de la marque antérieure. À cet égard, la Cour constate que John Mills était un distributeur privilégié des produits de Jerome Alexander Consulting, qu’il existait une clause de non-concurrence et des dispositions relatives aux droits de propriété intellectuelle à l’égard de ces produits. Par conséquent, c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré John Mills comme étant un « agent » de Jerome Alexander Consulting.

S’agissant de l’appréciation de la similitude entre les marques en conflit, la Cour souligne que, aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, la similitude ne s’apprécie pas en fonction de l’existence d’un risque de confusion. En ce qui concerne les produits, la Cour rappelle que la fonction essentielle d’une marque est celle d’indiquer l’origine commerciale des produits ou services visés. Dès lors, l’application de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 ne saurait être exclue lorsque les produits ou services visés par la marque demandée et ceux couverts par la marque antérieure sont similaires.

En l’occurrence, la Cour constate que les signes en cause sont similaires et que les produits sont en partie identiques et en partie similaires. Partant, le recours de John Mills est rejeté dans son intégralité.


( 1 ) Règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque [de l’Union européenne] (JO 2009, L 78, p. 1).

( 2 ) Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle, signée à Paris le 20 mars 1883, révisée en dernier lieu à Stockholm le 14 juillet 1967 et modifiée le 28 septembre 1979 (Recueil des traités des Nations unies, vol. 828, no 11851, p. 305).

( 3 ) Actes de la conférence de Lisbonne, tenue du 6 au 31 octobre 1958 aux fins de la révision de la convention de Paris et au cours de laquelle l’article 6 septies a été introduit.

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