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AccueilDroit européen62018TJ0150_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0150_RES

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre élargie) du 9 septembre 2020.#BNP Paribas contre Banque centrale européenne.#Politique économique et monétaire – Surveillance prudentielle des établissements de crédit – Cotisation au système de garantie des dépôts ou au fonds de résolution unique au moyen des engagements de paiement irrévocables – Missions confiées à la BCE – Pouvoirs de surveillance spécifiques de la BCE – Article 4, paragraphe 1, sous f), et article 16, paragraphe 1, sous c), et paragraphe 2, sous d), du règlement (UE) no 1024/2013 – Mesure imposant la déduction du montant cumulé des encours des engagements de paiement irrévocables sur les fonds propres de base de catégorie 1 – Absence d’examen individuel.#Affaires T-150/18 et T-345/18.

CELEX62018TJ0150_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 9 septembre 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a annulé la décision de la Banque centrale européenne (BCE) qui imposait à BNP Paribas de déduire de ses fonds propres de base de catégorie 1 le montant cumulé des encours de ses engagements de paiement irrévocables. La BCE n'avait pas procédé à un examen individuel de la situation de la banque, comme l'exige l'article 16 du règlement (UE) n° 1024/2013. Cet arrêt précise donc les limites des pouvoirs de surveillance prudentielle de la BCE, notamment en matière de traitement prudentiel des engagements de paiement irrévocables.

Texte intégral

Affaires jointesT‑150/18 et T‑345/18

BNP Paribas

contre

Banque centrale européenne

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre élargie) du 9 septembre 2020

« Politique économique et monétaire – Surveillance prudentielle des établissements de crédit – Cotisation au système de garantie des dépôts ou au fonds de résolution unique au moyen des engagements de paiement irrévocables – Missions confiées à la BCE – Pouvoirs de surveillance spécifiques de la BCE – Article 4, paragraphe 1, sous f), et article 16, paragraphe 1, sous c), et paragraphe 2, sous d), du règlement (UE) no 1024/2013 – Mesure imposant la déduction du montant cumulé des encours des engagements de paiement irrévocables sur les fonds propres de base de catégorie 1 – Absence d’examen individuel »

  1. Politique économique et monétaire – Politique économique – Surveillance du secteur financier de l’Union – Mécanisme de surveillance unique – Surveillance prudentielle des groupes d’établissements de crédit sur une base consolidée – Exigences de fonds propres – Portée du contrôle et de l’évaluation réalisés par la Banque centrale européenne

    [Règlement du Conseil no 1024/2013, art. 4, § 1, f), et 16, § 1, c), et § 2, d)]

    (voir points 55-60)

  2. Politique économique et monétaire – Politique économique – Surveillance du secteur financier de l’Union – Mécanisme de surveillance unique – Surveillance prudentielle des groupes d’établissements de crédit sur une base consolidée – Exigences de fonds propres – Portée du contrôle et de l’évaluation réalisés par la Banque centrale européenne – Obligation de procéder à un examen prudentiel individuel

    [Règlement du Conseil no 1024/2013, art. 4, § 1, f), et 16, § 1, c), et § 2, d)]

    (voir points 61, 75-82)

  3. Politique économique et monétaire – Politique économique – Surveillance du secteur financier de l’Union – Mécanisme de surveillance unique – Surveillance prudentielle des groupes d’établissements de crédit sur une base consolidée – Exigences de fonds propres – Portée du contrôle et de l’évaluation réalisés par la Banque centrale européenne – Fonds pouvant faire l’objet d’une mesure exigeant la mise en œuvre d’une politique ou d’un traitement spécial – Notion – Engagements de paiement irrévocables (EPI) – Inclusion

    [Règlement du Conseil no 1024/2013, art. 4, § 1, f), et 16, § 1, c), et § 2, d)]

    (voir points 69, 70)

Résumé

La requérante, BNP Paribas, est un établissement de crédit classé comme « important » et, de ce fait, soumis à la surveillance prudentielle directe de la Banque centrale européenne (BCE). Dans le cadre du financement du fonds de résolution unique, la requérante a opté pour une contribution par le biais d’engagements de paiement irrévocables (ci-après « EPI ») ( 1 ). Dans l’exercice de sa mission de surveillance prudentielle la BCE a adopté, le 19 décembre 2017, une décision ( 2 ) imposant à la requérante de déduire de ses fonds propres de base de catégorie 1 (Common Equity Tier 1, CET 1) ( 3 ) les montants cumulés de ses EPI (ci-après la « mesure attaquée »).

La BCE a fondé cette décision sur le constat que la requérante traitait ses EPI comme des éléments hors bilan, causant un risque de surévaluation de ses CET 1. En effet, les EPI ne se trouvaient pas inscrits au passif du bilan de la requérante et, comme la garantie qui leur est attachée était indisponible jusqu’à son versement au fonds de résolution unique, il était impossible d’y recourir pour couvrir d’éventuelles pertes liées à l’activité de la requérante. La BCE considérait que cette situation ne donnait pas un aperçu exact de la solidité financière de la requérante étant donné qu’il existait une différence entre le montant des CET 1 affiché par la requérante et le montant réel des pertes qu’elle était en mesure de supporter.

Faisant suite à un recours formé par la requérante devant la commission administrative de réexamen de la BCE, cette dernière a remplacé sa décision du 19 décembre 2017 par une décision du 26 avril 2018 ( 4 ), dont la section portant sur les EPI est restée inchangée. Cette dernière décision a été remplacée le 1er mars 2019 par une décision du 14 février 2019 ( 5 ), qui a imposé à la requérante une mesure identique à la mesure attaquée. La requérante a introduit devant le Tribunal deux recours en annulation partielle contre les décisions de la BCE qui lui imposaient ladite mesure.

Dans son arrêt du 9 septembre 2020, statuant en chambre élargie et après jonction des deux recours (T‑150/18 et T‑345/18), le Tribunal a partiellement annulé les décisions de la BCE, aux motifs qu’elle n’avait pas procédé à un examen prudentiel individuel du profil de risque de la requérante avant de lui imposer la mesure attaquée.

Dans un premier temps, le Tribunal a constaté que les décisions adoptées par la BCE n’étaient pas dépourvues de base légale car cette dernière était intervenue dans le cadre de ses pouvoirs prudentiels de contrôle et d’évaluation, qui l’autorisent à exiger des établissements qu’ils appliquent à leurs actifs une politique spéciale de provisionnement ou un traitement spécial en termes d’exigences de fonds propres ( 6 ).

Dans un second temps, après avoir retenu que les sommes placées en garantie pour le paiement des EPI ( 7 ) étaient indissociables des EPI eux-mêmes, le Tribunal a rejeté l’argument de la requérante selon lequel ces derniers ne pouvaient pas faire l’objet d’une mesure de surveillance prudentielle imposant un traitement spécial en terme d’exigences de fonds propres en raison de leur traitement comme éléments hors bilan. En effet, le Tribunal a retenu que, bien que la mesure attaquée ne portait pas directement sur les EPI mais sur les sommes placées en garantie de leur paiement, leur caractère indissociable permettait d’étendre cette mesure aux EPI.

En revanche, le recours à une telle mesure imposait à la BCE de procéder à un examen individuel du profil de risque de la requérante et, notamment, des dispositifs, stratégies et mécanismes mis en œuvre pour faire face au risque résultant du traitement comptable des EPI. À cet égard, le Tribunal a tout d’abord constaté que la BCE a établi le niveau de l’exposition de la requérante au risque né du fait d’avoir souscrit aux EPI. Néanmoins, le Tribunal a considéré que le raisonnement adopté par la BCE, selon lequel le traitement comptable des EPI hors bilan était, en soi, problématique car impliquant par définition une surévaluation des CET 1, relevait de considérations de nature générale, susceptibles de s’appliquer à n’importe quel établissement de crédit optant pour un traitement similaire des EPI. Ainsi, le Tribunal a constaté que les décisions attaquées ne faisaient état d’aucun examen individuel de la BCE visant à vérifier si la requérante avait mis en œuvre des dispositifs, des stratégies ou des mécanismes dans le but de faire face aux risques prudentiels liés au traitement hors bilan des EPI.

Par ailleurs, retenant que la mesure attaquée avait été adoptée dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (Supervisory Review and Evaluation Process, SREP), le Tribunal a conclu que cette situation n’impliquait pas nécessairement qu’un examen individuel prenant en compte les circonstances propres à la requérante ait été effectué. De plus, le Tribunal a considéré que, si l’étude d’impact réalisée préalablement à l’adoption des décisions attaquées peut présenter une utilité aux fins d’apprécier le caractère proportionnel de la mesure attaquée, elle poursuit une logique et un objectif différents de ceux d’un examen individuel et ne peut pas être assimilée à un tel examen.

Par conséquent, le Tribunal a conclu que, en l’absence d’un examen allant au-delà du seul constat du risque potentiel engendré par les EPI traités hors bilan, d’un examen de la situation concrète de la requérante, notamment son profil de risque ainsi que son niveau de liquidité, ainsi que d’une prise en compte d’éventuels facteurs atténuants le risque potentiel, la BCE a violé son obligation de procéder à l’examen prudentiel individuel de la requérante ( 8 ).


( 1 ) Les cotisations que les établissements de crédit sont tenus de verser au fonds de résolution unique peuvent être payées par le biais d’un versement immédiat ou d’un EPI. En vertu de l’article 70, paragraphe 3, du règlement (UE) no 806/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 15 juillet 2014, établissant des règles et une procédure uniformes pour la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement dans le cadre d’un mécanisme de résolution unique et d’un Fonds de résolution bancaire unique et modifiant le règlement no 1093/2010 (JO 2014, L 225, p. 1), les établissements de crédit prennent l’engagement de verser le montant de la contribution au fonds de résolution unique à la première demande de l’autorité de résolution.

( 2 ) La décision de la BCE du 19 décembre 2017, ECB/SSM/2017-R0MUWSFPU8MPRO8K5P83/248.

( 3 ) Ces fonds sont destinés à assurer la continuité des activités d’un établissement de crédit et à prévenir les situations d’insolvabilité.

( 4 ) La décision de la BCE du 26 avril 2018, ECB-SSM-2018-FRBNP-17.

( 5 ) La décision de la BCE du 14 février 2019, ECB-SSM-2019-FRBNP-12.

( 6 ) En vertu des articles 16, paragraphes 1, sous c), et 2, sous d), du règlement (UE) no 1024/2013 du Conseil du 15 octobre 2013 confiant à la Banque centrale européenne des missions spécifiques ayant trait aux politiques en matière de surveillance prudentielle des établissements de crédit (JO 2013, L 287, p. 63).

( 7 ) Ces sommes prennent la forme d’un dépôt d’espèces d’un montant équivalent à celui des EPI, mis à la libre disposition des autorités de résolution.

( 8 ) Telle que prévue par les articles 4, paragraphe 1, sous f), et 16, paragraphes 1, sous c), et 2, sous d), du règlement no 1024/2013.

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