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AccueilDroit européen62018TJ0207_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0207_RES

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 16 décembre 2020 (Extraits).#PlasticsEurope contre Agence européenne des produits chimiques.#REACH – Établissement d’une liste de substances identifiées en vue d’une inclusion à terme dans l’annexe XIV du règlement (CE) no 1907/2006 – Complément de l’inscription relative à la substance bisphénol A sur cette liste – Articles 57 et 59 du règlement no 1907/2006 – Erreur manifeste d’appréciation – Approche de la force probante des éléments de preuve – Études exploratoires – Utilisations intermédiaires – Proportionnalité.#Affaire T-207/18.

CELEX62018TJ0207_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 16 décembre 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'UE rejette le recours de PlasticsEurope contre l'inscription du bisphénol A sur la liste des substances extrêmement préoccupantes (SVHC) en vue de son autorisation. Il valide l'approche de l'ECHA fondée sur la force probante des éléments de preuve, y compris des études exploratoires, pour identifier les propriétés de perturbation endocrinienne. L'arrêt confirme que l'absence d'évaluation des utilisations intermédiaires n'affecte pas la légalité de l'identification de la substance en tant que telle.

Texte intégral

Affaire T‑207/18

(publication par extraits)

PlasticsEurope

contre

Agence européenne des produits chimiques

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 16 décembre 2020

« REACH – Établissement d’une liste de substances identifiées en vue d’une inclusion à terme dans l’annexe XIV du règlement (CE) no 1907/2006 – Complément de l’inscription relative à la substance bisphénol A sur cette liste – Articles 57 et 59 du règlement no 1907/2006 – Erreur manifeste d’appréciation – Approche de la force probante des éléments de preuve – Études exploratoires – Utilisations intermédiaires – Proportionnalité »

  1. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Pouvoir d’appréciation des autorités de l’Union – Portée – Obligation pour l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) de prendre en compte les études en cours de réalisation – Absence

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57, 58, § 8, et 59)

    (voir points 52-54)

  2. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Pouvoir d’appréciation des autorités de l’Union – Portée – Substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement – Approche de la force probante des éléments de preuve – Faculté pour l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) d’écarter les études non pertinentes

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57 et 59 et annexe XI)

    (voir points 62-64)

  3. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement – Approche de la force probante des éléments de preuve – Prise en compte d’études non standard ou exploratoires – Admissibilité – Application du principe de précaution

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 13, § 3, 57, f), et 59, § 3, et annexes XI et XV]

    (voir points 76-83, 88, 89)

  4. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Pouvoir d’appréciation des autorités de l’Union – Portée – Contrôle juridictionnel – Limites

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57 et 59)

    (voir point 94)

  5. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement – Approche de la force probante des éléments de preuve – Pondération des données en fonction de leur fiabilité scientifique – Respect du principe d’excellence scientifique

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57, f), et annexe XI]

    (voir points 102, 104, 107, 187, 188)

  6. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement – Niveau de preuve

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57, f)]

    (voir points 198-200, 205, 207, 208)

  7. Rapprochement des législations – Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques – Règlement REACH – Substances extrêmement préoccupantes – Procédure d’identification – Substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement – Détermination du niveau de préoccupation d’une substance

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil no 1907/2006, art. 57, f)]

    (voir points 217-229)

Résumé

Par la décision ED 01/2018 du 3 janvier 2018, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a complété l’entrée existante relative au bisphénol A sur la liste des substances identifiées en vue de leur inclusion à terme dans l’annexe XIV du règlement no 1907/2006 ( 1 ), en ce sens que cette substance a été identifiée en tant que perturbateur endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement, au sens de l’article 57, sous f), dudit règlement.

PlasticsEurope est une association professionnelle internationale qui représente et défend les intérêts de ses membres, constitués d’entreprises fabriquant et important des produits en matières plastiques. Cinq d’entre elles jouent un rôle actif dans la commercialisation du bisphénol A sur le marché de l’Union européenne. Cette association a formé un recours contre la décision de l’ECHA dans lequel elle invoquait notamment l’existence de plusieurs erreurs manifestes d’appréciation dans l’identification du bisphénol A en tant que substance extrêmement préoccupante au titre de l’article 57, sous f), du règlement no 1907/2006.

Le Tribunal rejette le recours, en jugeant notamment que l’ECHA a correctement appliqué l’approche de la force probante des éléments de preuve. Cet arrêt complète la jurisprudence issue de l’arrêt PlasticsEurope/ECHA (T‑636/17) ( 2 ).

Appréciation du Tribunal

Premièrement, le Tribunal juge que l’ECHA n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des éléments de preuve pertinents pour l’identification du bisphénol A en tant que perturbateur endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement.

D’une part, le Tribunal constate que l’identification de la substance comme extrêmement préoccupante a été effectuée en ayant recours à l’approche de la force probante des éléments de preuve. Le Tribunal précise que cette approche, ainsi que la marge d’appréciation dont dispose l’ECHA dans l’identification des substances extrêmement préoccupantes, impliquent qu’elle peut écarter des études qu’elle ne considère pas comme pertinentes. En effet, une erreur manifeste d’appréciation ne saurait être constatée que si l’ECHA avait ignoré complètement et erronément une étude fiable dont l’inclusion aurait modifié l’évaluation globale des éléments de preuve d’une manière telle que la décision finale aurait été privée de plausibilité. Or, tel n’est pas le cas en l’espèce.

D’autre part, le Tribunal souligne qu’il n’existe pas d’interdiction de principe pour l’ECHA de prendre en considération des études « non standard » ou « exploratoires » pour étayer, dans le cadre de l’approche de la force probante des éléments de preuve, des conclusions déjà tirées d’études standard. Par ailleurs, il précise qu’une approche qui exclurait en règle générale le recours à de telles études rendrait impossible l’identification de substances présentant un risque pour l’environnement, ce qui irait à l’encontre du principe de précaution, sur lequel reposent les dispositions dudit règlement.

Deuxièmement, le Tribunal constate que l’ECHA n’a pas non plus commis d’erreur manifeste d’appréciation dans l’identification du bisphénol A en tant que perturbateur endocrinien pouvant avoir des effets graves sur l’environnement suscitant un niveau de préoccupation équivalent à celui suscité par l’utilisation d’autres substances, énumérées à l’article 57, sous a) à e), du règlement no 1907/2006.

Tout d’abord, en ce qui concerne l’évaluation des éléments de preuve, le Tribunal relève que l’ECHA a suivi une méthodologie transparente et systématique et a respecté le principe d’excellence scientifique. Elle a procédé à une pondération des données tirées d’une multitude d’études, tout en tenant compte de la fiabilité scientifique de chaque étude. Le Tribunal constate que c’est la force probante tirée de l’ensemble de ces données qui a permis à l’ECHA de formuler ses conclusions par rapport aux propriétés intrinsèques du bisphénol A en tant que perturbateur endocrinien.

Ensuite, le Tribunal rejette l’argument selon lequel l’ECHA n’aurait pas établi qu’il était scientifiquement prouvé que le bisphénol A pouvait avoir des effets graves sur l’environnement en raison de ses propriétés perturbant le système endocrinien, conformément à l’article 57, sous f), du règlement no 1907/2006. À cet égard, le Tribunal rappelle que la probabilité qu’un perturbateur endocrinien pût avoir des effets graves sur l’environnement suffisait pour établir un lien de causalité au sens dudit article ( 3 ), qui n’exige pas une preuve absolue de la causalité ( 4 ). Le Tribunal, après avoir examiné la méthodologie suivie, confirme la conclusion de l’ECHA sur l’existence d’un lien biologique plausible entre le mode endocrinien du bisphénol A et les effets graves sur l’environnement. Ainsi, il constate que l’ECHA n’a pas méconnu le niveau de preuve requis.

Enfin, en ce qui concerne la détermination du niveau de préoccupation équivalent, prévu à l’article 57, sous f), du règlement no 1907/2006, le Tribunal rappelle que ledit article ne fixe aucun critère et n’apporte aucune précision en ce qui concerne la nature des préoccupations susceptibles d’être prises en considération aux fins de l’identification d’une substance comme celle en cause. Le Tribunal souligne alors qu’il ne peut être reproché à l’ECHA d’avoir justifié le niveau de préoccupation suscité par les effets du bisphénol A en invoquant les incertitudes qu’elle avait identifiées en vue de la détermination d’un niveau sûr d’exposition à cette substance. Ainsi, le Tribunal juge que PlasticsEurope n’a pas démontré en quoi l’ECHA aurait commis une erreur manifeste d’appréciation.


( 1 ) Règlement (CE) no 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 18 décembre 2006, concernant l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACH), instituant une agence européenne des produits chimiques, modifiant la directive 1999/45/CE et abrogeant le règlement (CEE) no 793/93 du Conseil et le règlement (CE) no 1488/94 de la Commission ainsi que la directive 76/769/CEE du Conseil et les directives 91/155/CEE, 93/67/CEE, 93/105/CE et 2000/21/CE de la Commission (JO 2006, L 396, p. 1).

( 2 ) Dans l’arrêt du 20 septembre 2019, PlasticsEurope/ECHA (T‑636/17, EU:T:2019:639), le Tribunal a rejeté le recours formé par PlasticsEurope contre la décision de l’ECHA complétant l’entrée existante relative au bisphénol A sur la liste des substances identifiées en vue d’une inclusion à terme dans l’annexe XIV du règlement no 1907/2006 en ce sens que cette substance a été identifiée en tant que perturbateur endocrinien pouvant avoir des effets graves sur la santé humaine.

( 3 ) Arrêt du Tribunal du 11 mai 2017, Deza/ECHA, T‑115/15, EU:T:2017:329, point 173.

( 4 ) Arrêt du Tribunal du 20 septembre 2019, PlasticsEurope/ECHA, T‑636/17, EU:T:2019:639, point 94.

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