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AccueilDroit européen62018TJ0251_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0251_RES

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 10 mars 2020.#International Forum for Sustainable Underwater Activities (IFSUA) contre Conseil de l'Union européenne.#Pêche – Conservation des ressources biologiques de la mer – Règlement (UE) 2018/120 – Mesures relatives à la pêche du bar européen (Dicentrarchus labrax) – Recours en annulation formé par une association – Article 263 TFUE – Acte réglementaire ne comportant pas de mesures d’exécution – Affectation directe des membres de l’association – Recevabilité – Compétence de l’Union pour réglementer la pêche récréative – Sécurité juridique – Protection de la confiance légitime – Égalité de traitement – Principe de non-discrimination – Proportionnalité – Principe de précaution – Libertés d’association et d’entreprise.#Affaire T-251/18.

CELEX62018TJ0251_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 10 mars 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a rejeté le recours en annulation introduit par l'IFSUA contre le règlement (UE) 2018/120, qui interdit la pêche récréative du bar européen dans certaines zones. L'arrêt confirme la compétence de l'Union pour réglementer la pêche récréative et valide les mesures au regard des principes de proportionnalité, de précaution et de non-discrimination, tout en jugeant que l'association n'avait pas d'intérêt à agir suffisant.

Texte intégral

Affaire T‑251/18

International Forum for Sustainable Underwater Activities (IFSUA)

contre

Conseil de l’Union européenne

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 10 mars 2020

« Pêche – Conservation des ressources biologiques de la mer – Règlement (UE) 2018/120 – Mesures relatives à la pêche du bar européen (Dicentrarchus labrax) – Recours en annulation formé par une association – Article 263 TFUE – Acte réglementaire ne comportant pas de mesures d’exécution – Affectation directe des membres de l’association – Recevabilité – Compétence de l’Union pour réglementer la pêche récréative – Sécurité juridique – Protection de la confiance légitime – Égalité de traitement – Principe de non-discrimination – Proportionnalité – Principe de précaution – Libertés d’association et d’entreprise »

  1. Recours en annulation – Objet – Annulation partielle – Condition – Caractère détachable des dispositions contestées – Dispositions concernant la pêche récréative du bar européen dans des zones déterminées – Annulation n’entraînant pas de modification de la substance du règlement – Recevabilité

    (Art. 263 TFUE ; règlement du Conseil 2018/120, art. 9)

    (voir points 26-29)

  2. Recours en annulation – Personnes physiques ou morales – Notion d’acte réglementaire au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE – Tout acte de portée générale à l’exception des actes législatifs – Règlement établissant les possibilités de pêche de certains stocks et groupes de stocks halieutiques dans les eaux de l’Union et, pour les navires de pêche de l’Union, dans certaines eaux n’appartenant pas à l’Union – Dispositions attaquées limitant la pêche récréative du bar européen – Inclusion – Acte ne comportant pas de mesures d’exécution au sens de ladite disposition du traité

    (Art. 43, § 3, et 263, 4e al., TFUE ; règlement du Conseil 2018/120)

    (voir points 33-37)

  3. Recours en annulation – Personnes physiques ou morales – Actes les concernant directement et individuellement – Affectation directe – Critères – Règlement établissant les possibilités de pêche de certains stocks et groupes de stocks halieutiques dans les eaux de l’Union et, pour les navires de pêche de l’Union, dans certaines eaux n’appartenant pas à l’Union – Recours formé par une association d’entités actives dans le secteur de la pêche sous-marine, œuvrant dans les zones concernées par les dispositions attaquées – Recevabilité

    (Art. 263, 4e al., TFUE ; règlement du Conseil 2018/120)

    (voir points 38-41, 43, 44, 51, 52)

  4. Pêche – Conservation des ressources de la mer – Adoption par le Conseil de mesures relatives à la fixation et à la répartition des possibilités de pêche – Article 43, paragraphe 3, TFUE – Mesures poursuivant l’objectif de conservation des ressources biologiques de la mer – Compétence exclusive de l’Union – Inclusion des activités de pêche non commerciale – Admissibilité

    [Art. 3, § 1, d), 4, § 2, d), et 43, § 3, TFUE ; règlement du Conseil 2018/120]

    (voir points 59-65, 68, 72)

  5. Droit de l’Union européenne – Principes – Protection de la confiance légitime – Limites – Politique commune de la pêche – Pouvoir d’appréciation du Conseil lui permettant d’adapter la réglementation à l’évolution du stock de poisson concerné – Impossibilité d’invoquer la protection de la confiance légitime – Confiance légitime née du fait de garanties spécifiques, inconditionnelles et concordantes émanant des sources autorisées et fiables – Prise de position isolée et informelle d’un membre de la Commission – Exclusion

    (Règlement du Conseil 2018/120)

    (voir points 89-93, 103, 105, 106)

  6. Droit de l’Union européenne – Principes – Égalité de traitement – Notion – Différence de traitement instaurée, dans le domaine de la pêche, entre les activités de pêche commerciale et celles de pêche récréative – Admissibilité – Conditions

    (Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 20 et 21 ; règlement du Conseil 2018/120, art. 9)

    (voir points 111, 112, 115, 116, 118, 120-123)

  7. Droit de l’Union européenne – Principes – Égalité de traitement – Notion – Différence de traitement instaurée entre les diverses formes de pêche récréative – Situations différentes en ce qui concerne l’effet sur le stock de poisson et, partant, incomparables – Absence de violation

    (Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 20 et 21 ; règlement du Conseil 2018/120, art. 9, § 4 et 5)

    (voir points 131-133)

  8. Droit de l’Union européenne – Principes – Proportionnalité – Portée – Large pouvoir d’appréciation du législateur de l’Union en matière de politique commune de la pêche – Contrôle juridictionnel – Limites

    (Art. 43 TFUE)

    (voir points 138, 139)

Résumé

Dans l’arrêt IFSUA/Conseil (T‑251/18), rendu le 10 mars 2020, le Tribunal a rejeté le recours tendant à l’annulation partielle du règlement 2018/120 du Conseil ( 1 ), en tant qu’il limite la pêche récréative du bar européen dans certaines zones déterminées. Ce recours a été introduit par l’International Forum for Sustainable Underwater Activities (IFSUA), association de droit espagnol rassemblant, d’une part, des fédérations, des associations et des clubs sportifs de différents États membres de l’Union européenne actifs dans le domaine des activités sous-marines et de la pêche maritime récréative et, d’autre part, des entreprises de différents États membres de l’Union fabriquant ou commercialisant du matériel de pêche sous-marine.

Sur le fondement de l’article 43, paragraphe 3, TFUE, le Conseil procède annuellement à la fixation et à la répartition des possibilités de pêche. Le règlement 2018/120, qui établit, pour l’année 2018, les possibilités de pêche pour certains stocks halieutiques et groupes de stocks halieutiques, est applicable à la pêche commerciale et à la pêche récréative, laquelle est définie comme les « activités de pêche non commerciales exploitant les ressources marines biologiques à des fins notamment récréatives, touristiques ou sportives ». L’article 9, paragraphes 4 et 5, du règlement attaqué réglemente la pêche récréative du bar européen dans deux zones géographiques déterminées. Dans la première, seule la capture du bar européen suivie d’un relâcher est autorisée. Dans la seconde, la pêche est limitée à trois spécimens de bar européen par jour et par pêcheur.

À l’appui de son recours contre les dispositions du règlement relatives à la pêche récréative du bar européen, la requérante soulevait plusieurs moyens tirés d’une incompétence de l’Union pour agir dans le domaine de la pêche récréative et d’une violation des principes de protection de la confiance légitime, d’égalité de traitement et de proportionnalité, ainsi que de la liberté d’entreprise.

Le Conseil, soutenu par la Commission, ayant invoqué l’irrecevabilité du recours, le Tribunal a d’abord examiné si les dispositions litigieuses du règlement attaqué étaient détachables du reste de cet acte, d’une part, et si la requérante avait qualité pour agir, d’autre part. Il a jugé que la demande en annulation partielle était recevable car les dispositions attaquées étaient détachables du reste de l’acte, en ce sens qu’une annulation de ces dispositions ne modifierait pas la substance des dispositions du règlement non visées par le recours. Par ailleurs, le Tribunal a précisé que la requérante remplissait les conditions prévues à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE pour la formation d’un recours par une personne physique ou morale. En effet, le Tribunal a jugé que les dispositions attaquées avaient un caractère règlementaire, ne comportaient pas de mesures d’exécution et affectaient directement la situation de certains membres de la requérante.

Le Tribunal a ensuite examiné les moyens invoqués par la requérante à l’appui de son recours et les a tous rejetés.

En particulier, en ce qui concerne la prétendue incompétence de l’Union pour agir dans le domaine de la pêche récréative, le Tribunal a constaté que les mesures adoptées dans le cadre de la politique commune de la pêche relèvent de la compétence exclusive de l’Union lorsqu’elles ont trait à la conservation des ressources biologiques de la mer. Or, c’est pour réaliser cet objectif que, dans le cadre de mesures relatives à la fixation et à la répartition des possibilités de pêche au sens de l’article 43, paragraphe 3, TFUE, le Conseil a adopté les dispositions attaquées. L’article 43, paragraphe 3, TFUE visant, d’une part, à répartir entre les pêcheurs les possibilités de pêche, mais aussi, d’autre part, à gérer le stock disponible pour garantir le caractère durable de cette activité, le Tribunal a estimé que, pour assurer la réalisation de ce double objectif, il était nécessaire que le Conseil, lorsqu’il a adopté les dispositions attaquées, prenne en compte toutes les activités pouvant avoir une incidence sur l’état du stock de bar européen et la reconstitution de ce dernier, indépendamment du caractère commercial ou non de ces activités.

En ce qui concerne la prétendue violation du principe de protection de la confiance légitime, le Tribunal a rappelé qu’une confiance légitime ne peut être placée dans le maintien d’une situation existante lorsque cette situation relève d’un domaine où elle est susceptible d’être modifiée. Or, la possibilité de modifier les règles concernant les opérations de pêche est inhérente à la politique commune de la pêche qui est un domaine dans lequel un pouvoir d’appréciation est confié aux institutions de l’Union afin de leur permettre d’adapter les mesures en vigueur aux variations de la situation économique et à l’évolution du stock de poisson concerné. Face à une situation où le stock de bar européen était préoccupant et où la pêche récréative contribuait à la mortalité de ce poisson, il était légitime, pour le législateur de l’Union, d’adopter les dispositions attaquées.

Quant au moyen tiré d’une discrimination entre la pêche récréative et la pêche commerciale du bar européen, le Tribunal a constaté que le règlement attaqué introduit une différence de traitement entre ces deux types de pêche. Mais il a jugé qu’une telle différence de traitement n’est pas manifestement inappropriée pour une activité de loisir, lorsque le but de la réglementation est de préserver les ressources biologiques de la mer et de garantir que cette activité puisse, dès lors que les stocks seront reconstitués, être reprise sans limitation. S’agissant de la prétendue discrimination entre les diverses formes de pêche récréative découlant du fait que, en autorisant seulement le pêcher-relâcher, le législateur aurait interdit, en pratique, la pêche sous-marine et maintenu les autres formes de pêche récréative, le Tribunal a jugé que, étant objectivement différentes quant à leur effet mortifère sur le stock de poisson, la pêche sous-marine et les autres formes de pêche récréative dans le cadre desquelles le pêcher-relâcher peut être pratiqué peuvent être traitées de manière différente.

Après avoir jugé que les dispositions attaquées respectaient la liberté d’entreprise et étaient conformes au principe de proportionnalité, le Tribunal a rejeté le recours dans son ensemble.


( 1 ) Règlement (UE) 2018/120 du Conseil, du 23 janvier 2018, établissant, pour 2018, les possibilités de pêche pour certains stocks halieutiques et groupes de stocks halieutiques, applicables dans les eaux de l’Union et, pour les navires de pêche de l’Union, dans certaines eaux n’appartenant pas à l’Union et modifiant le règlement (UE) 2017/127 (JO 2018, L 27, p. 1).

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