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AccueilDroit européen62018TJ0421_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0421_RES

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 23 septembre 2020 (Extraits).#Bauer Radio Ltd contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque verbale de l’Union européenne MUSIKISS – Marques verbale et figuratives antérieures du Royaume-Uni KISS – Accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union et de l’Euratom – Période transitoire – Décision de la chambre de recours de renvoyer l’affaire devant la division d’opposition – Recevabilité – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001].#Affaire T-421/18.

CELEX62018TJ0421_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 23 septembre 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a jugé que, pendant la période transitoire prévue par l'accord de retrait du Royaume-Uni, les marques britanniques antérieures continuent de fonder valablement une opposition à l'enregistrement d'une marque de l'UE. Cette décision précise que la recevabilité d'une opposition doit être appréciée au regard du droit en vigueur au moment de son introduction, et non à la date de la décision de la chambre de recours. Pour le praticien français, cet arrêt confirme la sécurité juridique des procédures d'opposition en cours lors du Brexit, en maintenant l'effet des droits antérieurs britanniques durant la transition.

Texte intégral

Affaire T‑421/18

Bauer Radio Ltd

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle
et
Simon Weinstein

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 23 septembre 2020

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque verbale de l’Union européenne MUSIKISS – Marques verbale et figuratives antérieures du Royaume-Uni KISS – Accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union et de l’Euratom – Période transitoire – Décision de la chambre de recours de renvoyer l’affaire devant la division d’opposition – Recevabilité – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001] »

  1. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Protection des marques enregistrées au Royaume-Uni – Retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne – Incidence

    (Art. 50 TUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001 ; accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord de l’Union européenne et de la Communauté européenne de l’énergie atomique, art. 127)

    (voir points 31-37)

  2. Marque de l’Union européenne – Procédure de recours – Recours devant le juge de l’Union – Recours dirigé contre une décision de la chambre de recours de renvoyer l’affaire devant la division d’opposition – Recevabilité

    (Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 71, § 2, et 72)

    (voir points 44, 45)

Résumé

Par l’arrêt du 23 septembre 2020, Bauer Radio/EUIPO – Weinstein (MUSIKISS) (T‑421/18), le Tribunal s’est prononcé, d’une part, sur l’incidence du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne sur la protection dont jouissent des marques enregistrées dans cet État, et, d’autre part, sur la recevabilité du recours formé contre la décision de la chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) renvoyant l’affaire devant la division d’opposition.

En l’espèce, l’intervenant, M. Simon Weinstein, a demandé l’enregistrement de la marque verbale MUSIKISS en tant que marque de l’Union européenne pour des services divers. La division d’opposition de l’EUIPO a partiellement accueilli l’opposition formée par la requérante, Bauer Radio Ltd, sur le fondement des marques verbale et figuratives antérieures du Royaume-Uni KISS et a rejeté la demande d’enregistrement pour certains services en raison du risque de confusion entre la marque demandée et ces marques antérieures. Par décision du 14 mars 2018 (ci-après la « décision attaquée »), la première chambre de recours de l’EUIPO a annulé la décision de la division d’opposition et lui a renvoyé l’affaire pour examiner la renommée revendiquée par la requérante. Cette dernière a formé un recours tendant à l’annulation de ladite décision de la chambre de recours.

Dans le cadre de la procédure de recours devant le Tribunal, l’intervenant a fait valoir que, dans la mesure où l’opposition à l’enregistrement de la marque de l’Union européenne MUSIKISS était fondée sur des marques antérieures du Royaume-Uni, en cas de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord, cette opposition devrait être rejetée au motif que ces dernières ne jouiraient plus de la même protection et que, de ce fait, le recours introduit devant le Tribunal perdrait son objet. En outre, l’EUIPO et l’intervenant ont soulevé une fin de non-recevoir au motif que la décision attaquée n’avait pas mis fin à la procédure à l’égard de la requérante et que, par conséquent, elle ne pouvait faire l’objet d’un recours.

Le Tribunal a tout d’abord rappelé que, le 1er février 2020, l’accord de retrait ( 1 ), qui définit les modalités du retrait du Royaume-Uni de l’Union, était entré en vigueur. L’article 127 de cet accord prévoit une période de transition du 1er février au 31 décembre 2020, pendant laquelle le droit de l’Union continue à s’appliquer sur le territoire du Royaume-Uni sauf dispositions contraires. Selon le Tribunal, il s’ensuit que le règlement 2017/1001 ( 2 ) continue de s’appliquer aux marques du Royaume-Uni et que, partant, les marques antérieures, enregistrées par la requérante dans cet État, continuent de bénéficier de la même protection que celle dont elles auraient bénéficié en l’absence de retrait du Royaume-Uni de l’Union jusqu’à la fin de la période de transition. Par conséquent, dans le cas d’espèce, les marques antérieures sont encore susceptibles de fonder l’opposition à l’enregistrement de la marque demandée. Le Tribunal a donc conclu que ledit retrait ne remettait pas en cause les effets juridiques de la décision attaquée à l’égard de la requérante, de sorte que cette dernière conservait son intérêt à en demander l’annulation.

S’agissant de l’argument tiré d’un principe général de droit administratif de l’Union selon lequel un acte administratif ne peut faire l’objet d’un contrôle s’il ne constitue pas l’expression d’une position finale adoptée par un organe administratif de l’Union, le Tribunal a observé qu’un tel principe général du droit n’avait pas été reconnu par le juge de l’Union. S’il est vrai qu’un recours formé contre un acte préparatoire n’est pas recevable, en ce qu’il n’est pas dirigé contre un acte constituant la position finale de l’administration prise au terme d’une procédure, le juge de l’Union avait déjà admis la recevabilité de recours contre des actes ne fixant pas la position finale de l’administration, mais dont la portée pour leur destinataire justifiait qu’ils ne soient pas regardés comme de simples actes préparatoires. En outre, l’article 72 du règlement 2017/1001, en disposant que « [l]es décisions des chambres de recours statuant sur un recours sont susceptibles de recours devant le Tribunal », ne fait aucune distinction entre ces décisions, selon qu’elles constituent ou non la position finale des instances de l’EUIPO.

À cet égard, le Tribunal a relevé que, en l’espèce, la chambre de recours avait, en tout état de cause, statué de manière définitive sur certains aspects du litige, liant sur ces points la division d’opposition chargée d’examiner l’affaire à la suite de son renvoi. Partant, la requérante devait être à même de contester les conclusions définitives de cette chambre sans devoir attendre la poursuite des procédures devant ladite division, pour ensuite entamer les recours devant la même chambre, et, le cas échéant, par la suite, devant le Tribunal à l’encontre de la nouvelle décision.

Dans ces conditions, le Tribunal n’a pas accueilli ladite fin de non-recevoir.

Statuant ensuite sur le bien-fondé des prétentions de la requérante, le Tribunal a rejeté le recours.


( 1 ) Accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord de l’Union européenne et de la Communauté européenne de l’énergie atomique (JO 2020, L 29, p. 7)

( 2 ) Règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)

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