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AccueilDroit européen62018TJ0429_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0429_RES

Arrêt du Tribunal (cinquième chambre élargie) du 8 juillet 2020.#BRF SA et SHB Comércio e Indústria de Alimentos SA contre Commission européenne.#Santé publique – Règles spécifiques d’organisation des contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine – Modification de la liste des établissements des pays tiers en provenance desquels les importations de certains produits d’origine animale sont autorisées, pour ce qui concerne certains établissements situés au Brésil – Article 12, paragraphe 4, sous c), du règlement (CE) no 854/2004 – Comitologie – Obligation de motivation – Droits de la défense – Pouvoirs de la Commission – Égalité de traitement – Proportionnalité.#Affaire T-429/18.

CELEX62018TJ0429_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 8 juillet 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a rejeté le recours de deux entreprises brésiliennes contestant leur retrait de la liste des établissements autorisés à exporter des produits d'origine animale vers l'UE, décidé par la Commission en raison de manquements aux contrôles officiels brésiliens. L'arrêt confirme que la Commission dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour protéger la santé publique et peut, sans violer les droits de la défense, retirer un établissement de la liste sur le fondement de l'article 12, paragraphe 4, sous c), du règlement (CE) n° 854/2004, dès lors que les autorités compétentes du pays tiers ne garantissent plus le respect des normes sanitaires. Cette décision précise les conditions de la comitologie et les limites du contrôle juridictionnel en matière de sécurité sanitaire des denrées alimentaires importées.

Texte intégral

Affaire T‑429/18

BRF SA
et
SHB Comercio e Industria de Alimentos SA

contre

Commission européenne

Arrêt du Tribunal (cinquième chambre élargie) du 8 juillet 2020

« Santé publique – Règles spécifiques d’organisation des contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine – Modification de la liste des établissements des pays tiers en provenance desquels les importations de certains produits d’origine animale sont autorisées, pour ce qui concerne certains établissements situés au Brésil – Article 12, paragraphe 4, sous c), du règlement (CE) no 854/2004 – Comitologie – Obligation de motivation – Droits de la défense – Pouvoirs de la Commission – Égalité de traitement – Proportionnalité »

  1. Recours en annulation – Personnes physiques ou morales – Actes les concernant directement et individuellement – Affectation directe – Critères – Règlement d’exécution de la Commission en matière d’établissements des pays tiers autorisés pour l’importation de certains produits d’origine animale – Établissements figurant sur la liste des établissements des pays tiers autorisés à exporter dans l’Union des produits d’origine animale – Affectation directe des entreprises propriétaires d’établissements supprimés des listes – Recevabilité

    (Art. 263, 4e al., TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 854/2004)

    (voir points 22-38, 40-48)

  2. Institutions de l’Union européenne – Exercice des compétences – Pouvoir d’exécution conféré à la Commission – Contrôle par un comité composé de représentants des États membres – Procédure de consultation – Délai de soumission d’un projet d’acte d’exécution – Présentation d’une version modifiée du projet d’acte d’exécution

    (Art. 291 TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 182/2011, art. 3, § 3)

    (voir points 61, 62, 65-68)

  3. Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Règlement d’exécution – Acte de portée générale – Éléments de motivation permettant de comprendre les raisons sous-tendant l’adoption dudit règlement

    (Art. 296 TFUE ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 854/2004, art. 12, § 2)

    (voir points 72-82, 88, 91)

  4. Santé publique – Contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine – Modification de la liste des établissements des pays tiers autorisant les importations de certains produits d’origine animale en provenance desdits pays – Droits de la défense – Entreprises propriétaires d’établissements supprimés des listes – Mesure de portée générale n’ayant pas comme destinataires ces dernières – Pas de droit d’être entendu en l’absence de prévision expresse en ce sens

    [Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41, § 2, a) ; règlement du Parlement européen et du Conseil no 854/2004]

    (voir points 93, 94, 96)

  5. Santé publique – Contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine – Modification de la liste des établissements des pays tiers autorisant les importations de certains produits d’origine animale en provenance desdits pays – Violation du principe de non-discrimination – Absence

    (Règlement de la Commission no 2018/700, considérants 4 à 6)

    (voir points 109, 126-128)

  6. Santé publique – Contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine – Modification de la liste des établissements des pays tiers autorisant les importations de certains produits d’origine animale en provenance desdits pays – Principe de proportionnalité – Garanties non fiables offertes par les autorités nationales du pays tiers concerné – Obligation de la Commission d’édicter d’autres mesures d’intensité moindre – Absence

    [Règlement du Parlement européen et du Conseil no 854/2004, art. 12, § 2 et 4, c)]

    (voir points 129-133)

Résumé

Le Tribunal de l’Union européenne rejette le recours introduit par deux producteurs de viande brésiliens contre le règlement en vertu duquel certains établissements appartenant aux requérants ont été supprimés des listes des établissements en provenance desquels les importations de certains produits d’origine animale sont autorisées. Ces producteurs font partie de l’un des plus grands exportateurs brésiliens de viande de volaille à destination du marché de l’Union.

Dans l’arrêt BRF et SHB Comercio e Industria de Alimentos/Commission (T‑429/18), rendu le 8 juillet 2020, le Tribunal a rejeté un recours, introduit par deux sociétés brésiliennes, tendant à l’annulation du règlement d’exécution 2018/700 ( 1 ). En vertu de ce règlement, un certain nombre d’établissements brésiliens, dont douze établissements appartenant aux requérantes, ont été supprimés des listes des établissements des pays tiers en provenance desquels les importations de certains produits d’origine animale sont autorisées. Le Tribunal a jugé que les circonstances invoquées par les requérantes n’affectaient en rien la légalité de ce règlement d’exécution en ce qui concerne les établissements leur appartenant.

Les requérantes font partie du groupe BRF capital, qui est actif dans la production et la distribution de viande, y compris la viande de volaille, dans plus de 150 pays. Dix établissements appartenant à la première requérante et deux établissements appartenant à la seconde requérante, en tant qu’entreprises exportatrices de viande et de produits à base de viande, y compris la viande de volaille, à destination du marché de l’Union, figuraient sur les listes établies en conformité avec l’article 12 du règlement no 854/2004 ( 2 ), qui font figurer les établissements dont les produits d’origine animale peuvent être importés dans l’Union. Ces établissements ont été supprimés des listes par le biais du règlement d’exécution contesté au motif qu’ils ne respectaient pas les exigences de l’Union relatives à la santé publique (du fait notamment, d’une part, de la présence de salmonelle dans leurs viandes de volaille et leurs préparations à base de viande de volaille, ainsi que, d’autre part, des cas de fraude détectés en mars 2018 au Brésil en ce qui concerne la certification des laboratoires pour les viandes et les produits à base de viande exportés vers l’Union).

Tout d’abord, en examinant la qualité pour agir des requérantes à l’aune des procédures relatives aux importations prévues par le règlement no 854/2004, le Tribunal a rappelé que les conditions que doit remplir un pays tiers afin de figurer sur les listes en question portent essentiellement sur l’offre, de la part des autorités compétentes du pays tiers, des garanties suffisantes concernant la conformité ou l’équivalence des dispositions de leur législation nationale au regard de la législation de l’Union relative aux aliments pour animaux et aux denrées alimentaires et des dispositions relatives à la santé animale. À cet égard, le tribunal a précisé que l’inscription du Brésil sur des listes établies en vertu de règlements de l’Union adoptés sur le fondement du règlement no 854/2004 ne suffit pas aux fins de l’importation de produits d’origine animale sur le territoire de l’Union depuis ce pays. En effet, les produits d’origine animale ne peuvent être importés dans l’Union que s’ils ont été expédiés à partir d’établissements figurant sur des listes établies et mises à jour à cet effet par les autorités du pays tiers concerné, et s’ils ont été obtenus ou préparés dans de tels établissements.

Dans ce cadre, le tribunal a constaté que l’importation de produits d’origine animale sur le territoire de l’Union requiert que deux conditions cumulatives soient remplies. Premièrement, le pays tiers d’origine de ces produits doit figurer sur une liste de pays que la Commission considère comme aptes à fournir certaines garanties. Cette liste est établie et mise à jour en vertu d’un acte d’exécution adopté conformément à la procédure du règlement no 854/2004. Deuxièmement, les produits en cause doivent être originaires d’établissements qui figurent sur une liste établie par l’autorité compétente du pays tiers et au regard desquels celle-ci offre certaines garanties spécifiques.

Dans ce contexte, le tribunal a relevé que cette répartition de tâches entre la Commission et les autorités compétentes des pays tiers requérait qu’une mesure de sauvegarde soit prévue au profit de la protection de la santé publique dans l’Union. Ainsi, par l’adoption d’un acte d’exécution, tel le règlement d’exécution contesté, la Commission est habilitée à modifier la liste des établissements des pays tiers dont les produits d’origine animale peuvent être importés dans l’Union, notamment lorsque l’autorité compétente du pays tiers d’origine ne peut plus être considérée comme offrant les garanties décrites. Ceci est le résultat non pas d’une évaluation par la Commission du comportement individuel des établissements visés en tant que tel, mais uniquement une appréciation de la fiabilité des garanties offertes à leur égard par les autorités compétentes. C’est uniquement dans la mesure où des éléments relatifs à la situation prévalant au sein d’un ou de plusieurs établissements sont pertinents pour l’appréciation de la fiabilité des garanties par les autorités du pays tiers que la Commission est appelée, le cas échéant, à en tenir compte.

Le tribunal a également souligné que les établissements qui figurent sur la liste des établissements des pays tiers dont les produits d’origine animale peuvent être importés dans l’Union ne sont pas des bénéficiaires d’un droit individuel qui leur aurait été conféré en vertu d’un acte du droit de l’Union et qui aurait pour objet l’exportation de leurs produits à destination du marché de l’Union. En revanche, ledit règlement d’exécution produit directement des effets sur la situation juridique des requérantes, à l’instar de la condition selon laquelle une personne physique ou morale doit être directement concernée par la décision faisant l’objet du recours, telle que prévue à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, en ce qu’il exclut ipso iure toute importation de produits d’origine animale en provenance d’établissements figurant dans son annexe et appartenant aux requérantes. Toutefois, eu égard à l’approche des requérantes, selon laquelle leur situation juridique a été affectée dans la seule mesure où le règlement d’exécution contesté a pour objet de supprimer des listes établies, conformément au règlement no 854/2004, des établissements leur appartenant, le Tribunal en a tiré la conclusion que c’est uniquement en ce qui concerne ces derniers établissements que les requérantes étaient directement affectées par ce règlement d’exécution.

Ensuite, le Tribunal a précisé que le règlement contesté en l’espèce constitue un acte non législatif de portée générale, à savoir un acte règlementaire au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE. Afin de savoir si les requérantes étaient individuellement concernées par celui-ci, le Tribunal a vérifié si le règlement en question comportait des mesures d’exécution au sens dudit article, et a constaté que ceci n’était pas le cas, eu égard à ladite exclusion ipso iure de toute importation. En tout état de cause, ce règlement affectait les requérantes individuellement en ce qu’il désignait nommément, dans son annexe, chacune d’elles en sa qualité de propriétaire de certains des établissements qui y sont mentionnés. En effet, dans cette mesure, ledit règlement d’exécution atteignait les requérantes en raison d’une qualité qui leur est particulière et qui les caractérise par rapport à toute autre personne. Le recours n’était en conséquence recevable que dans la mesure où il concernait les établissements appartenant aux requérantes.

En ce qui concerne, ensuite, les droits procéduraux garantis dans le cadre du processus d’élaboration d’actes de portée générale, le Tribunal a conclu, s’agissant du délai d’au moins quatorze jours, prévu par le règlement no 182/2011 ( 3 ), entre la soumission du projet d’acte d’exécution et la réunion du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, que, dès lors que la Commission a soumis audit comité un projet de règlement d’exécution contesté le 21 février 2018 et que seule la seconde version modifiée dudit projet, soumise le 19 avril 2018 à ce comité , ne concernait qu’une modification supplémentaire purement formelle, aucune violation de l’article 3, paragraphe 3, du règlement no 182/2011 ne saurait être constatée en l’espèce.

En ce qui concerne la prétendue violation de l’obligation de motivation, le Tribunal, après avoir rappelé que la motivation doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et que l’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, s’est penché sur une comparaison entre le cadre juridique dans lequel opèrent les entreprises exportatrices établies dans des pays tiers et celui dans lequel opèrent les entreprises de l’Union. Il en a conclu, au vu de ces différences identifiées, que la Commission est libre d’établir le seuil de fiabilité des garanties offertes par les autorités compétentes d’un pays tiers à un niveau particulièrement haut, les exigences de motivation impliquant, dans ce contexte, que la Commission se doit d’exposer les motifs l’ayant amenée à considérer que les autorités brésiliennes n’offraient plus, au regard des établissements visés, les garanties prévues par le règlement no 854/2004. Plus particulièrement, s’agissant des cas de fraude détectés au Brésil en mars 2018, force est de constater que la nature même de la fraude en question, portant sur la certification des laboratoires pour les viandes, y compris la viande de volaille, et les produits à base de viande exportés vers l’Union, était susceptible de remettre en cause la fiabilité des garanties que les autorités brésiliennes sont censées offrir. En outre, la Commission n’a pas à exposer, dans le règlement d’exécution contesté, quelles alertes précises, émises par les autorités des États membres à la suite de chaque contrôle aux frontières de l’Union, ont concerné chacun des établissements cités à l’annexe dudit règlement, le fait que les autorités brésiliennes aient découvert elles-mêmes la fraude et le fait qu’elles poursuivent les enquêtes en cours ne révélant aucune contradiction de motifs.

Le Tribunal a en outre conclu à l’inexistence d’une violation des droits de la défense des requérantes, la procédure ayant abouti à l’adoption du règlement d’exécution contesté n’a pas été ouverte à l’encontre des requérantes et n’a pas eu pour effet la prise d’une mesure individuelle dont ces dernières auraient été destinataires. Ce règlement ne contient pas, par ailleurs, de disposition consacrant le droit des personnes telles que les requérantes d’être entendues. Par conséquent, la Commission n’avait pas à inviter les requérantes à lui présenter leur point de vue sur les éléments pris en compte aux fins de l’adoption du règlement d’exécution contesté.


( 1 ) Règlement d’exécution (UE) 2018/700 de la Commission, du 8 mai 2018, modifiant la liste des établissements des pays tiers en provenance desquels les importations de certains produits d’origine animale sont autorisées, pour ce qui concerne certains établissements situés au Brésil (JO 2018, L 118, p. 1)

( 2 ) Règlement (CE) no 854/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, fixant les règles spécifiques d’organisation des contrôles officiels concernant les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine (JO 2004, L 139, p. 206)

( 3 ) Règlement (UE) no 182/2011 du Parlement Européen et du Conseil, du 16 février 2011, établissant les règles et principes généraux relatifs aux modalités de contrôle par les États membres de l’exercice des compétences d’exécution par la Commission (JO 2011, L 55, p. 13)

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