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AccueilDroit européen62018TJ0443_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0443_RES

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 13 mai 2020 (Extraits).#Peek & Cloppenburg KG contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale Vogue Peek & Cloppenburg – Dénomination commerciale nationale antérieure Peek & Cloppenburg – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 4, du règlement (UE) 2017/1001 – Coexistence de la dénomination commerciale nationale et de la marque demandée – Accord de délimitation – Application du droit national par l’EUIPO – Suspension de la procédure administrative – Article 70 du règlement 2017/1001 – Règle 20, paragraphe 7, sous c), du règlement (CE) no 2868/95 [devenue article 71, paragraphe 1, du règlement délégué (UE) 2018/625] – Erreur manifeste d’appréciation.#Affaire T-443/18.

CELEX62018TJ0443_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 13 mai 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne annule la décision de l'EUIPO qui avait rejeté l'opposition formée par Peek & Cloppenburg contre la marque « Vogue Peek & Cloppenburg ». Il juge que l'Office a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne suspendant pas la procédure administrative pour permettre l'examen d'un accord de délimitation entre les parties, lequel était pertinent pour apprécier la coexistence pacifique des signes en cause au regard du droit national applicable.

Texte intégral

Affaire T‑443/18

Peek & Cloppenburg KG

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 13 mai 2020

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale Vogue Peek & Cloppenburg – Dénomination commerciale nationale antérieure Peek & Cloppenburg – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 4, du règlement (UE) 2017/1001 – Coexistence de la dénomination commerciale nationale et de la marque demandée – Accord de délimitation – Application du droit national par l’EUIPO – Suspension de la procédure administrative – Article 70 du règlement 2017/1001 – Règle 20, paragraphe 7, sous c), du règlement (CE) no 2868/95 [devenue article 71, paragraphe 1, du règlement délégué (UE) 2018/625] – Erreur manifeste d’appréciation »

  1. Marque de l’Union européenne – Procédure de recours – Recours devant les chambres de recours – Suspension de la procédure – Conditions

    [Règlement de la Commission no 2868/95, art. 1er, règles 20, § 7, c), et 50, § 1]

    (voir points 109-111)

  2. Marque de l’Union européenne – Procédure de recours – Recours devant les chambres de recours – Suspension de la procédure – Pouvoir d’appréciation de la chambre de recours – Analyse prima facie des probabilités de succès d’une action reconventionnelle en constatation d’un droit

    [Règlement de la Commission no 2868/95, art. 1er, règles 20, § 7, c), et 50, § 1]

    (voir points 113, 115-118, 120)

Résumé

Par son arrêt Peek & Cloppenburg/EUIPO – Peek & Cloppenburg (Vogue Peek & Cloppenburg) (T‑443/18), rendu le 13 mai 2020, le Tribunal a rejeté le recours en annulation formé contre la décision de la chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), par laquelle cette dernière avait refusé l’enregistrement de la marque Vogue Peek & Cloppenburg et rejeté la demande de suspension de la procédure administrative.

En l’espèce, le 17 mai 2002, Peek & Cloppenburg KG (Düsseldorf), la requérante, a demandé l’enregistrement de la marque verbale Vogue Peek & Cloppenburg, notamment pour des vêtements. Peek & Cloppenburg KG (Hambourg), l’intervenante, a formé opposition sur le fondement de sa dénomination commerciale allemande Peek & Cloppenburg, utilisée pour des vêtements. La division d’opposition a fait droit à l’opposition. Saisie d’un recours formé par la requérante, la chambre de recours a tout d’abord suspendu la procédure d’opposition en raison de l’existence de procédures parallèles devant l’EUIPO relatives à des demandes d’enregistrement de la requérante de la marque verbale Peek & Cloppenburg. À la suite du rejet de ces demandes d’enregistrement, confirmé par le Tribunal et la Cour ( 1 ), la procédure d’opposition relative à la marque Vogue Peek & Cloppenburg a repris.

Le 7 juillet 2015, à l’occasion d’une procédure entre les mêmes parties relative aux marques allemandes de la requérante, dont trois marques Peek & Cloppenburg, cette dernière a été condamnée par l’Oberlandesgericht Düsseldorf (tribunal régional supérieur de Düsseldorf, Allemagne), dans un arrêt devenu définitif, à donner son consentement à la radiation desdites marques ( 2 ).

Le 30 novembre 2016, la requérante a introduit auprès du Landgericht Düsseldorf (tribunal régional de Düsseldorf, Allemagne) une action reconventionnelle en constatation de son droit de faire enregistrer des marques dérivées de sa dénomination commerciale et de les utiliser dans les régions de l’Allemagne qui lui avaient été attribuées par un accord de délimitation conclu entre les parties en 1990. Elle a alors demandé à l’EUIPO une nouvelle suspension de la procédure.

Par décision du 20 avril 2018, la chambre de recours a rejeté le recours et la demande de suspension de la requérante au motif que cette dernière n’avait pas prouvé que l’accord de délimitation lui conférait le droit d’utiliser et de faire enregistrer des marques de l’Union européenne. En outre, la chambre de recours a considéré qu’il n’était pas démontré que l’action reconventionnelle puisse produire des effets sur la présente procédure.

S’agissant du rejet de la demande de suspension de la procédure ( 3 ), le Tribunal a souligné que le constat de la chambre de recours que l’action reconventionnelle en constatation d’un droit ne pouvait aboutir à ce que l’intervenante soit tenue de retirer son acte d’opposition ne suffit pas à lui seul pour rejeter la demande de suspension. En effet, même si la constatation souhaitée par la requérante n’a pas pour conséquence d’obliger l’intervenante à retirer son acte d’opposition, elle doit néanmoins être prise en compte dans le cadre de la mise en balance des intérêts en cause à l’égard de la demande de suspension. Ainsi, le Tribunal a jugé que c’est à bon droit que la chambre de recours ne s’est pas limitée audit constat mais a également pris position sur les conséquences à tirer du contenu de l’action reconventionnelle en cause.

À cet égard, le Tribunal a rappelé qu’une analyse prima facie des probabilités de succès d’une action reconventionnelle en constatation d’un droit s’inscrit dans le pouvoir d’appréciation de la chambre de recours et est justifiée par l’objectif d’éviter que l’instrument de la suspension puisse être utilisé à des fins dilatoires. Ainsi, lorsque les probabilités de succès d’une telle action reconventionnelle sont considérées comme faibles, la balance des intérêts des parties penche en faveur de l’intérêt légitime de l’opposante à obtenir, sans tarder, une décision sur l’opposition. Or, le Tribunal a indiqué que les décisions antérieures des juridictions allemandes relatives aux marques allemandes Peek & Cloppenburg de la requérante peuvent servir de base pour l’analyse des probabilités de succès de l’action reconventionnelle en constatation d’un droit. Il a alors considéré que c’était à bon droit que la chambre de recours avait pris en compte la jurisprudence allemande ainsi que celle du Tribunal et de la Cour relative à l’enregistrement des marques verbales de l’Union européenne Peek & Cloppenburg lors de l’évaluation de la demande de suspension.

Par conséquent, le Tribunal a jugé que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en constatant, pour rejeter la demande de suspension de la procédure, que le contenu de l’action reconventionnelle en constatation d’un droit devant le Landgericht Düsseldorf n’avait aucune incidence sur la présente procédure et que la requérante n’avait pas prouvé que l’accord de délimitation lui conférait le droit d’utiliser et de faire enregistrer des marques de l’Union européenne.


( 1 ) Arrêts du Tribunal du 18 avril 2013, Peek & Cloppenburg/OHMI – Peek & Cloppenburg (Peek & Cloppenburg), T‑506/11, non publié, EU:T:2013:197 ; Peek & Cloppenburg/OHMI – Peek & Cloppenburg (Peek & Cloppenburg), T‑507/11, non publié, EU:T:2013:198, et arrêt de la Cour du 10 juillet 2014, Peek & Cloppenburg/OHMI, C‑325/13 P et C‑326/13 P, non publié, EU:C:2014:2059.

( 2 ) Arrêt de l’Oberlandesgericht Düsseldorf du 7 juillet 2015 (affaire I-20 U 24/07).

( 3 ) La règle 20, paragraphe 7, sous c), du règlement (CE) no 2868/1995 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement (CE) no 40/94 du Conseil sur la marque communautaire (JO 1995, L 303, p. 1) dispose que l’EUIPO peut suspendre la procédure d’opposition lorsque les circonstances justifient une telle suspension. Cette règle est applicable aux procédures devant la chambre de recours conformément à la règle 50, paragraphe 1, du même règlement.

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