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AccueilDroit européen62018TJ0510_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0510_RES

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 23 septembre 2020 (Extraits).#Khaled Kaddour contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises à l’encontre de la Syrie – Gel des fonds – Erreur d’appréciation – Droit de propriété – Proportionnalité – Atteinte à la réputation – Détermination des critères d’inscription.#Affaire T-510/18.

CELEX62018TJ0510_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 23 septembre 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'UE annule partiellement les mesures restrictives (gel des fonds) imposées à M. Kaddour, un homme d'affaires syrien, constatant une erreur d'appréciation du Conseil quant à son lien avec le régime syrien. L'arrêt précise les critères d'inscription sur les listes de sanctions, en exigeant des éléments factuels précis pour justifier l'association à des personnalités dirigeantes, et rappelle le contrôle juridictionnel strict du respect du droit de propriété et de la proportionnalité.

Texte intégral

Affaire T‑510/18

Khaled Kaddour

contre

Conseil de l’Union européenne

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 23 septembre 2020

« Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises à l’encontre de la Syrie – Gel des fonds – Erreur d’appréciation – Droit de propriété – Proportionnalité – Atteinte à la réputation – Détermination des critères d’inscription »

  1. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités au regard de la situation en Syrie – Décision 2013/255/PESC et règlement no 36/2012 – Critères d’adoption des mesures restrictives – Soutien au régime syrien et bénéfice tiré de celui-ci – Notion – Critère juridique autonome – Inscription sur les listes fondée sur un faisceau d’indices précis, concrets et concordants – Conséquences sur la motivation de l’inscription

    [Décisions du Conseil 2013/255/PESC, art. 28, § 2, a), et 3, (PESC) 2015/1836 et (PESC) 2018/778 ; règlements du Conseil no 36/2012, art. 15, § 1 bis, a), et 1 ter, 2015/1828 et 2018/774]

    (voir points 68, 69, 73, 74, 76, 77, 80, 81)

  2. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités au regard de la situation en Syrie – Décision 2013/255/PESC et règlement no 36/2012 – Critères d’adoption des mesures restrictives – Femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie – Notion – Critère juridique autonome, objectif et suffisant – Présomption de soutien au régime syrien – Conséquences sur la motivation de l’inscription

    [Décisions du Conseil 2013/255/PESC, art. 28, § 2, a), (PESC) 2015/1836 et (PESC) 2018/778 ; règlements du Conseil no 36/2012, art. 15, § 1 bis, a), 2015/1828 et 2018/774]

    (voir points 71, 75, 78, 79)

  3. Procédure juridictionnelle – Autorité de la chose jugée – Décisions du juge de l’Union se prononçant sur la désignation d’un requérant sur une liste de personnes visées par des mesures restrictives – Éléments de preuve préalablement pris en compte par le juge de l’Union – Portée

    (voir points 89, 91-94)

  4. Union européenne – Contrôle juridictionnel de la légalité des actes des institutions – Mesures restrictives à l’encontre de la Syrie – Portée du contrôle – Preuve du bien-fondé de la mesure – Obligation de l’autorité compétente de l’Union d’établir, en cas de contestation, le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre des personnes ou des entités concernées – Étendue de la marge d’appréciation de ladite autorité compétente – Pertinence des preuves produites au titre d’une précédente inscription en l’absence de modification des motifs, de changements dans la situation du requérant ou d’évolution du contexte en Syrie

    (Décision du Conseil 2013/255/PESC ; règlement du Conseil no 36/2012)

    (voir points 97-101, 104, 105, 110)

  5. Procédure juridictionnelle – Preuve – Preuve documentaire – Valeur probante – Appréciation par le juge de l’Union – Critères

    (Règlement de procédure du Tribunal, art. 85)

    (voir points 112, 113)

  6. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives à l’encontre de la Syrie – Gel des fonds et des ressources économiques – Recours en annulation d’une personne associée à une personnalité clé du régime syrien visée par une décision de gel des fonds – Preuve du bien-fondé de l’inscription sur les listes – Décision fondée sur un faisceau d’indices – Admissibilité – Conditions

    [Décisions du Conseil 2013/255/PESC et (PESC) 2018/778 ; règlements du Conseil no 36/2012 et 2018/774]

    (voir points 116, 120, 123-125)

  7. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives à l’encontre de la Syrie – Gel des fonds et des ressources économiques – Recours en annulation d’un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie visé par une décision de gel des fonds – Preuve du bien-fondé de l’inscription sur les listes – Décision fondée sur un faisceau d’indices – Admissibilité – Conditions

    [Décisions du Conseil 2013/255/PESC et (PESC) 2018/778 ; règlements du Conseil no 36/2012 et 2018/774]

    (voir points 127, 134, 135, 140, 141)

  8. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités au regard de la situation en Syrie – Décision 2013/255/PESC et règlement no 36/2012 – Critères d’adoption des mesures restrictives – Femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie – Conditions de non-renouvellement de l’inscription sur les listes – Conditions cumulatives

    [Décisions du Conseil 2013/255/PESC, art. 27, § 3, art. 28, § 3, et (PESC) 2015/1836 ; règlements du Conseil no 36/2012, art. 15, § 1 ter, et 2015/1828]

    (voir points 147, 149-151, 155, 157)

  9. Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives à l’encontre de la Syrie – Violation du droit de propriété et du droit à la réputation – Violation du principe de proportionnalité – Violation du principe de non-discrimination – Absence

    [Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 17 ; décision du Conseil (PESC) 2018/778 ; règlement du Conseil 2018/774]

    (voir points 166-182)

Résumé

Le requérant, M. Khaled Kaddour, est un homme d’affaires de nationalité syrienne qui développe une activité commerciale, notamment, dans le domaine des télécommunications et du pétrole en Syrie.

Le nom du requérant, qui avait été initialement inscrit sur les listes des personnes et entités visées par les mesures restrictives prises à l’encontre de la République arabe syrienne par le Conseil en 2011 ( 1 ), y a été réinscrit en 2015 et maintenu depuis ( 2 ), du fait de ses activités commerciales , lesquelles lui permettaient de tirer avantage du régime syrien et de le soutenir, et du fait de relations d’affaires avec M. Maher Al-Assad, frère du président, M. Bachar Al‑Assad. Ces motifs s’appuyaient, d’une part, sur le critère d’homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie , défini à l’article 28, paragraphe 2, sous a), de la décision 2013/255 ( 3 ) et à l’article 15, paragraphe 1 bis, sous a), du règlement no 36/2012 ( 4 ), et, d’autre part, sur le critère d’association avec le régime syrien défini à l’article 28, paragraphe 1, de ladite décision et à l’article 15, paragraphe 1, sous a), dudit règlement. Le requérant contestait, pour sa part, être un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie, qui aurait entretenu des relations commerciales avec M. Maher Al-Assad, et tirer avantage du régime syrien du fait de ses activités, ou apporter un soutien à celui-ci.

Dans son arrêt du 23 septembre 2020, le Tribunal a rejeté le recours en annulation du requérant à l’encontre de la décision d’exécution 2018/778 ( 5 ) et du règlement d’exécution 2018/774 ( 6 ), par lesquels le nom du requérant avait été maintenu sur les listes des personnes et entités visées par les mesures restrictives.

Tout en précisant que la multiplicité des catégories de personnes définies par l’article 28 de la décision 2013/255 n’empêche pas qu’une personne puisse appartenir à plusieurs catégories en même temps et donc relever de différents critères retenus par ledit article 28, le Tribunal a tout d’abord rappelé que le critère de « bénéfice tiré du régime syrien et de soutien apporté à celui-ci », celui relatif aux liens étroits avec le régime, prévus à l’article 28, paragraphe 1, de cette décision et celui de « femmes et hommes d’affaires influents exerçant leurs activités en Syrie », prévu au paragraphe 2 du même article, constituent des critères juridiques autonomes se distinguant les uns des autres. Concernant ce dernier critère, le Tribunal a rappelé qu’il était également objectif et suffisant de sorte qu’être une femme ou un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Syrie suffit pour l’application des mesures en cause, sans que le Conseil n’ait à préciser que la personne en question bénéficie du régime syrien ou qu’elle le soutient. Le Tribunal a considéré à cet égard que si le Conseil précisait ce point, c’est qu’il avait également entendu appliquer à la personne concernée le critère prévu à l’article 28, paragraphe 1, de la décision 2013/255, relatif au bénéfice tiré du régime syrien et de soutien apporté à celui-ci, lequel implique alors de démontrer, au moyen d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants, comment ladite personne soutient ou tire avantage du régime syrien. Le Tribunal en a conclu que l’inscription du nom du requérant reposait bien sur trois motifs d’inscription différents.

Le requérant alléguait, par ailleurs, une erreur d’appréciation quant à la pertinence des éléments de preuve soumis par le Conseil. Le Tribunal a rappelé à cet égard que pour justifier le maintien du nom d’une personne sur les listes en cause, il n’était pas interdit au Conseil de se fonder sur les mêmes éléments de preuve ayant justifié précédemment l’inscription ou le maintien du nom de cette personne sur les listes en cause, pour autant que, d’une part, les motifs d’inscription soient demeurés inchangés et que, d’autre part, le contexte n’ait pas évolué d’une manière telle que ces éléments de preuve seraient devenus obsolètes. Les motifs d’inscription n’ayant, en l’occurrence, pas été modifiés et la situation factuelle du requérant, ainsi que la situation en Syrie, n’ayant pas évolué d’une manière telle que les éléments de preuve précédemment soumis en 2016 pour justifier du bien-fondé du maintien du nom du requérant sur les listes n’auraient plus été pertinents en 2018 , le Tribunal a constaté que le Conseil n’était pas tenu d’apporter des éléments de preuve supplémentaires par rapport à ceux préalablement produits. Il a rejeté, en conséquence, les arguments du requérant visant à contester la pertinence desdites preuves au regard de leur ancienneté ou du manque de preuves nouvelles les corroborant. Le Tribunal a précisé à ce sujet que la circonstance que le Conseil se soit appuyé sur des documents que le Tribunal avait précédemment considérés, dans le cadre d’une autre affaire concernant le requérant ( 7 ), comme ne satisfaisant pas à la charge de la preuve ne prive pas le Conseil de la possibilité d’invoquer ces documents de nouveau, parmi d’autres éléments de preuve, aux fins de la constitution d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants à même de justifier le bien-fondé du maintien de l’inscription du nom du requérant sur les listes en cause.

Le requérant invoquait, enfin, le bénéfice des dispositions des articles 27, paragraphe 3, et 28, paragraphe 3, de la décision 2013/255 et de l’article 15, paragraphe 1 ter, du règlement no 36/2012, selon lesquelles les personnes concernées ne sont pas inscrites ou maintenues par le Conseil sur les listes s’il existe des informations suffisantes indiquant qu’elles ne sont pas, ou ne sont plus, liées au régime syrien ou qu’elles n’exercent aucune influence sur celui-ci ou qu’elles ne sont pas associées à un risque réel de contournement des mesures adoptées. Le Tribunal a constaté à ce propos que les conditions énumérées par ces dispositions, qu’il convient de lire dans leur contexte et à la lumière des finalités de l’acte en cause , étaient cumulatives et ne s’appliquaient pas aux personnes inscrites sur les listes en cause en raison du critère d’association avec le régime syrien, prévu par l’article 27, paragraphe 1, et l’article 28, paragraphe 1, de la décision 2013/255, ainsi que par l’article 15, paragraphe 1, sous a), du règlement no 36/2012. En tout état de cause, en l’espèce, le Tribunal a constaté que la condition relative à l’absence ou à la disparition du lien avec le régime syrien n’était pas remplie, de sorte qu’il a rejeté les prétentions du requérant à cet égard et le recours dans son intégralité.


( 1 ) À ce sujet, voir arrêt du 13 novembre 2014, Kaddour/Conseil (T‑654/11, non publié, EU:T:2014:947)

( 2 ) À ce sujet, voir arrêt du 26 octobre 2016, Kaddour/Conseil (T‑155/15, non publié, EU:T:2016:628) et arrêt du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil (T‑461/16, non publié, EU:T:2018:316)

( 3 ) Décision 2013/255/PESC du Conseil, du 31 mai 2013, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2013, L 147, p. 14), telle que modifiée par la décision (PESC) 2015/1836 du Conseil, du 12 octobre 2015 (JO 2015, L 266, p. 75)

( 4 ) Règlement (UE) no 36/2012 du Conseil, du 18 janvier 2012, concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie et abrogeant le règlement (UE) no 442/2011 (JO 2012, L 16, p. 1), tel que modifié par le règlement (UE) 2015/1828 du Conseil, du 12 octobre 2015 (JO 2015, L 266, p. 1)

( 5 ) Décision d’exécution (PESC) 2018/778 du Conseil, du 28 mai 2018, modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Syrie (JO 2018, L 131, p. 16)

( 6 ) Règlement d’exécution (UE) 2018/774 du Conseil, du 28 mai 2018 mettant en œuvre le règlement (UE) no 36/2012 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (JO 2018, L 131, p. 1)

( 7 ) Arrêt du 13 novembre 2014, Kaddour/Conseil (T‑654/11, non publié, EU:T:2014:947)

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