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AccueilDroit européen62018TJ0608_RES
Jurisprudence CJUE62018TJ0608_RES

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 10 juin 2020.#Mark Anthony Sammut contre Parlement européen.#Fonction publique – Fonctionnaires – Droits et obligations du fonctionnaire – Publication d’un texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union – Obligation d’information préalable – Article 17 bis du statut – Rapport de notation – Responsabilité.#Affaire T-608/18.

CELEX62018TJ0608_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 10 juin 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne rejette le recours d'un fonctionnaire du Parlement européen qui contestait son rapport de notation et demandait réparation pour un préjudice moral. Il juge que l'institution n'a pas violé l'article 17 bis du statut en lui imposant une obligation d'information préalable pour la publication d'un texte lié à l'activité de l'Union. L'arrêt précise les limites de la liberté d'expression des fonctionnaires et les conditions de mise en jeu de la responsabilité de l'administration.

Texte intégral

Affaire T‑608/18

Mark Anthony Sammut

contre

Parlement européen

Arrêt du Tribunal (première chambre) du 10 juin 2020

« Fonction publique – Fonctionnaires – Droits et obligations du fonctionnaire – Publication d’un texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union – Obligation d’information préalable – Article 17 bis du statut – Rapport de notation – Responsabilité »

  1. Actes des institutions – Motivation – Obligation – Portée – Formalité substantielle distincte du bien-fondé de la décision

    [Art. 296 TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41, § 2, c)]

    (voir points 32-34, 42, 43)

  2. Fonctionnaires – Notation – Rapport d’évaluation – Pouvoir d’appréciation des évaluateurs – Contrôle juridictionnel – Limites

    (Statut des fonctionnaires, art. 43)

    (voir points 47, 72)

  3. Fonctionnaires – Droits et obligations – Liberté d’expression – Publication de textes se rattachant à l’activité de l’Union – Obligation d’information préalable – Procédure – Capacité du texte à porter gravement atteinte aux intérêts légitimes de l’Union – Absence d’incidence sur l’obligation de notifier l’intention de publication

    (Statut des fonctionnaires, art. 17 bis, § 2)

    (voir points 48-55)

  4. Fonctionnaires – Droits et obligations – Liberté d’expression – Publication de textes se rattachant à l’activité de l’Union – Obligation d’information préalable – Publication d’un ouvrage traitant d’un sujet présentant un lien avec le travail du Parlement sous un angle principalement national – Inclusion

    (Statut des fonctionnaires, art. 17 bis, § 2 ; décision du Parlement européen 2016/1021)

    (voir points 62-70)

  5. Procédure juridictionnelle – Requête introductive d’instance – Exigences de forme – Exposé sommaire des moyens invoqués – Requête visant à la réparation des dommages causés par une institution de l’Union – Exigences minimales – Absence dans la requête de chiffrage du préjudice subi et de justification de cette omission – Irrecevabilité

    [Règlement de procédure du Tribunal, art. 76, d)]

    (voir points 80, 81)

Résumé

Dans l’arrêt Sammut/Parlement (T‑608/18), rendu le 10 juin 2020, le Tribunal s’est prononcé sur l’articulation entre le droit à la liberté d’expression et le devoir des fonctionnaires de notifier au préalable leur intention de publier un texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union, tel que prévu par l’article 17 bis, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »).

En 2016, le requérant, fonctionnaire du Parlement européen, a procédé à la publication à Malte d’un ouvrage intitulé L-Aqwa fl-Ewropa. Il-Panama Papers u l-Poter (Les meilleurs en Europe. Les Panama Papers et le pouvoir). En 2017, il a informé le Parlement de son intention de publier une seconde édition de cet ouvrage. Cette demande a été estimée irrecevable du fait qu’il s’agissait d’une seconde édition, de sorte qu’elle ne pouvait pas constituer une notification préalable à la publication dudit ouvrage. Dès lors, son rapport de notation portant sur l’année 2016 comportait une appréciation constatant une omission d’informer au préalable l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») de son intention de publier un livre. Après avoir saisi le comité des rapports d’une demande tendant notamment à la suppression de cette appréciation, le requérant a été informé de la décision du Parlement de ne pas faire droit à sa demande sur ce point (ci-après la « décision litigieuse »).

Le requérant a saisi le Tribunal d’un recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision litigieuse et, d’autre part, à la réparation des préjudices matériel et moral qu’il aurait prétendument subis du fait de cette décision. Au soutien de son recours, le requérant invoquait, entre autres, une violation du droit à la liberté d’expression ainsi qu’une application erronée de l’article 17 bis, paragraphe 2, du statut, relatif au devoir des fonctionnaires de notifier au préalable leur intention de publier tout texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union.

S’agissant du droit à la liberté d’expression, le Tribunal a rappelé, tout d’abord, qu’il s’agit d’un droit dont jouissent les fonctionnaires et les agents de l’Union, y compris dans les domaines couverts par l’activité des institutions de l’Union, qui leur permet d’exprimer, verbalement ou par écrit, des opinions discordantes ou minoritaires par rapport à celles défendues par l’institution qui les emploie. Néanmoins, l’exercice de cette liberté peut être soumis à certaines restrictions nécessaires dans une société démocratique, telle que l’obligation de notification préalable imposée aux fonctionnaires en vertu de l’article 17 bis, paragraphe 2, du statut, qui est, quant à elle, destinée à préserver la relation de confiance qui doit exister entre l’institution et ses fonctionnaires ou agents.

S’agissant, ensuite, de la portée de l’article 17 bis, paragraphe 2, du statut, le Tribunal a jugé que la procédure à suivre au titre de cette disposition est composée de deux étapes distinctes. La première prévoit l’obligation, à la charge du fonctionnaire, de notifier à l’AIPN son intention de procéder à la publication de tout texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union, alors que la seconde prévoit l’obligation, à la charge de l’AIPN, d’informer le fonctionnaire concerné par écrit de ses éventuelles objections à une telle publication dans un délai de 30 jours, lorsqu’elle est en mesure de démontrer que ce texte est susceptible de porter gravement atteinte aux intérêts légitimes de l’Union. Ainsi, la notification préalable de l’intention du fonctionnaire de publier tout texte dont l’objet se rattache à l’activité de l’Union permet aux institutions d’exercer le contrôle qu’elles sont tenues de réaliser au titre de l’article 17 bis, paragraphe 2, deuxième alinéa, du statut. Au regard des modalités différentes caractérisant chacune de ces deux étapes, le Tribunal a conclu que, contrairement à l’argumentation avancée par le requérant, la capacité d’un texte à porter gravement atteinte aux intérêts légitimes de l’Union n’est pas un critère pertinent à prendre en compte au stade de la notification de l’intention de le publier.

S’agissant, enfin, de l’objet de l’ouvrage publié par le requérant et son rattachement à l’activité de l’Union, le Tribunal a relevé que, contrairement à ce que prétendait ce dernier, ledit ouvrage ne portait pas purement et simplement sur un débat politique interne maltais. Celui-ci concernait en effet l’affaire dite des « Panama Papers » ainsi que des entreprises offshores. Or, les travaux de la commission d’enquête mise en place par décision du Parlement ( 1 ) et chargée d’examiner d’éventuelles infractions dans l’application du droit de l’Union en matière de blanchiment de capitaux, d’évasion fiscale et de fraude fiscale (ci-après la « commission PANA ») consistaient notamment à évaluer la situation de tous les États membres de l’Union à cet égard, dont Malte. Dès lors, l’objet de l’ouvrage en cause concernait précisément les attributions de la commission PANA. Cette conclusion était corroborée par le titre de l’ouvrage (Les meilleurs en Europe. Les Panama Papers et le pouvoir), l’inscrivant clairement dans un contexte européen, par la reproduction du drapeau de l’Union sur sa couverture et par plusieurs références à des travaux ainsi qu’à des personnalités liées au cadre institutionnel de l’Union. Enfin, quand bien même il serait considéré que le sujet dudit ouvrage était principalement traité sous un angle national, dans la mesure où il concernait des politiques et des politiciens maltais, il n’en demeurerait pas moins que ces derniers faisaient concomitamment l’objet des travaux de la Commission PANA.

Partant, le Tribunal a constaté que l’objet de l’ouvrage en cause se rattachait à l’activité de l’Union, de sorte que le Parlement était fondé à refuser de retirer l’appréciation pertinente du rapport de notation portant sur l’année 2016 du requérant, sans pour autant violer son droit à la liberté d’expression, ce dernier ayant omis de notifier le projet de publication à l’AIPN, conformément à l’article 17 bis, paragraphe 2, du statut.

En écartant également l’ensemble des conclusions indemnitaires du requérant, le Tribunal a conclu au rejet du recours dans son intégralité.


( 1 ) Décision (UE) 2016/1021 du Parlement européen, du 8 juin 2016, sur la constitution, les attributions, la composition numérique et la durée du mandat de la commission d’enquête chargée d’examiner les allégations d’infraction et de mauvaise administration dans l’application du droit de l’Union en matière de blanchiment de capitaux, d’évasion fiscale et de fraude fiscale (JO 2016, L 166, p. 10)

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