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AccueilDroit européen62018TO0388
Jurisprudence CJUE62018TO0388

Ordonnance du Tribunal (quatrième chambre) du 29 janvier 2020.#WV contre Service européen pour l'action extérieure.#Recours en annulation – Fonction publique – Fonctionnaires – Article 24 du statut – Demande d’assistance – Rejet de la demande – Article 90, paragraphes 1 et 2, du statut – Tardiveté – Erreur excusable – Irrecevabilité.#Affaire T-388/18.

CELEX62018TO0388
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 29 janvier 2020

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a déclaré irrecevable le recours d'un fonctionnaire contre le rejet de sa demande d'assistance par le Service européen pour l'action extérieure. La décision est fondée sur la tardiveté du recours, le jugeant non conforme aux délais impératifs de l'article 90, paragraphes 1 et 2, du Statut, sans que l'erreur excusable invoquée ne puisse être retenue. Cette ordonnance rappelle la rigueur des délais de recours en matière de fonction publique européenne et la difficulté à invoquer une erreur excusable pour les contourner.

Texte intégral

ORDONNANCE DU TRIBUNAL (quatrième chambre)

29 janvier 2020 (*)

« Recours en annulation – Fonction publique – Fonctionnaires – Article 24 du statut – Demande d’assistance – Rejet de la demande – Article 90, paragraphes 1 et 2, du statut –Tardiveté – Erreur excusable – Irrecevabilité »

Dans l’affaire T‑388/18,

WV, représentée par Me É. Boigelot, avocat,

partie requérante,

contre

Service européen pour l’action extérieure (SEAE), représenté par MM. S. Marquardt et R. Spac, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

ayant pour objet une demande fondée sur l’article 270 TFUE et tendant à l’annulation, d’une part, d’une décision implicite du SEAE, prétendument intervenue le 4 septembre 2017, rejetant la demande d’assistance présentée par la requérante et, d’autre part, de la décision du SEAE du 28 mars 2018 rejetant la réclamation de la requérante du 29 novembre 2017 contre la décision implicite de rejet,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre),

composé de MM. H. Kanninen, président, J. Schwarcz (rapporteur) et C. Iliopoulos, juges,

greffier : M. E. Coulon,

rend la présente

Ordonnance

Antécédents du litige

1 La requérante, WV, est fonctionnaire de l’Union européenne. Elle est affectée au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) depuis le 1er janvier 2011.

2 Du 1er janvier 2011 au 31 août 2013, la requérante a exercé ses fonctions au sein de la division CPCC A 3. Le 1er septembre 2013, elle a fait l’objet d’un transfert à la division IV A 2, au sein de laquelle elle a d’abord été affectée au Desk Palestine puis au Desk Israël.

3 La requérante indique avoir fait l’objet d’une mise à l’écart puis d’une mise à disposition temporaire du Parlement européen. Par la suite, il lui aurait été indiqué oralement que son exclusion était due à la suspicion de son appartenance aux services de renseignement israéliens, le Mossad.

4 Le 23 novembre 2014, la requérante a fait l’objet d’un transfert dans l’intérêt du service. Du 24 novembre 2014 au 31 janvier 2015 et du 1er février 2015 au 30 septembre 2016, la requérante a successivement exercé ses fonctions auprès de la division III et de la division EURCA West3 du SEAE.

5 Selon la requérante, au cours du printemps 2016 puis le 18 juillet 2016, elle a été exclue des activités de la division EURCA West3 et a reçu oralement l’instruction de quitter le service sans motivation.

6 Du 1er octobre au 15 novembre 2016, la requérante a été transférée dans l’intérêt du service vers la division Americas2. Ce transfert devait être temporaire en attendant un nouveau détachement auprès du Parlement, détachement qui ne s’est jamais produit. La requérante a aussi été informée de l’intervention de son ancien supérieur afin de faire obstacle à ce même détachement et du fait que des appréciations négatives à son égard avait été communiquées par le SEAE à son service d’accueil au Parlement.

7 Le 16 novembre 2016, la requérante a fait l’objet d’un transfert dans l’intérêt du service à la division PRISM. La requérante indique avoir saisi l’administration à de multiples reprises pour connaître la motivation de son exclusion de la division EURCA West3.

8 Le 9 janvier 2017, la requérante a introduit une demande de « fellowship » qui lui a été refusée par sa hiérarchie.

9 Le même jour, son chef de division lui aurait indiqué qu’il lui avait demandé que ses présences au bureau soient enregistrées comme des « absences injustifiées ».

10 Le 16 janvier 2017, la requérante aurait été informée de ce que ses absences étaient considérées comme étant « irrégulières ». Elle a aussi été informée, s’agissant de sa présence, qu’elle n’avait pas encore été vue dans son bureau.

11 Le 20 janvier 2017, la requérante a reçu la contribution au rapport d’évaluation de l’année 2016 de son ancien supérieur hiérarchique et chef de la division EURCA West3, A. Le même jour, la requérante a informé B du caractère irrégulier de cette contribution.

12 Le 24 janvier 2017, l’administration a procédé à la réouverture du rapport d’évaluation de l’année 2016 et A a introduit sa nouvelle contribution audit rapport.

13 Par courriel du 2 février 2017, la requérante a fait parvenir à B, en vue de leur réunion du 8 février 2017, ses observations quant à la nouvelle contribution de A.

14 Dans la partie « Commentaire » de son rapport d’évaluation, la requérante a notamment indiqué que, « [a]vec l’apport de cette contribution, il convient de considérer que l’[autorité investie du pouvoir de nomination] dispose à ce stade de tous les éléments nécessaires à l’établissement et qualification, sans ambiguïté, des faits et actes survenus en juillet 2016, à la lumière des dispositions de l’article 12 bis du statut [des fonctionnaires de l’Union européenne], ainsi qu’à la réparation du dommage subi de ce fait au titre de l’article 24 du statut [des fonctionnaires de l’Union européenne] ».

15 Le 8 février 2017, la requérante a transmis à B, par courriel et en main propre, sa prétendue demande d’assistance contenue dans le courriel du 2 février 2017 (ci-après la « prétendue demande d’assistance »). Par ailleurs, la requérante aurait demandé l’autorisation d’exercer des activités extérieures au vu de l’intention annoncée par l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’« AIPN ») de procéder à son dégagement au titre de l’article 41, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »), à compter du 1er mai 2017.

16 Le 10 février 2017, la requérante s’est rendue à l’Office d’investigation et de discipline de la Commission européenne (IDOC) et a transmis une copie de la prétendue demande d’assistance.

17 Le 11 mars 2017, la requérante a transmis la prétendue demande d’assistance au secrétariat général du SEAE, lequel l’a transmise au département des ressources humaines.

18 Le 13 mars 2017, un collègue de la requérante affecté au département des ressources humaines lui aurait fait savoir que l’administration avait revu sa décision de lui appliquer la mesure de dégagement en raison de difficultés budgétaires.

19 Par courriel du 10 avril 2017, la requérante a signalé à sa hiérarchie que des absences auraient été indûment introduites dans le système informatique de gestion du personnel Sysper.

20 Le 19 avril 2017, B a communiqué à la requérante une note datée du 12 avril 2017, l’informant des raisons ayant motivé son transfert dans l’intérêt du service du 30 septembre 2016 et son exclusion de la division EURCA West3 au mois de juillet 2016. La note du 12 avril 2017 contenait en annexe une note de A dont la requérante estime qu’elle contenait des allégations imprécises, incomplètes et diffamatoires.

21 Le 4 mai 2017, la requérante a demandé au SEAE l’accès à un certain nombre de documents au titre du règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2001, relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (JO 2001, L 145, p. 43), afin d’obtenir les éléments de preuve pouvant justifier les différents transferts dont elle avait fait l’objet.

22 Le 29 mai 2017, la requérante a introduit une demande confirmative d’accès aux documents.

23 Par lettre du 30 mai 2017, adressée à B, la requérante a indiqué, d’une part, qu’elle n’avait reçu aucune réponse ni aucun accusé de réception de sa demande d’accès aux documents et, d’autre part, que la prétendue demande d’assistance explicitement formulée dans le cadre de son rapport d’évaluation n’avait donné lieu à aucun suivi.

24 Par lettre du 1er juin 2017, B a notamment indiqué à la requérante que, tout en considérant que les raisons de son transfert de la division EURCA West3 étaient encore valables, des vérifications seraient entreprises et qu’il serait donné suite à sa demande d’accès aux documents conformément aux règles applicables.

25 Par lettre du 8 juin 2017, B a rejeté la demande d’accès aux documents au motif que le règlement no 1049/2001 ne s’appliquait pas aux relations entre une institution et ses agents, de telles relations étant régies par les articles 25 et 26 du statut et bénéficiant des principes de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Par ailleurs, B a indiqué, en ce qui concerne la prétendue demande d’assistance mentionnée dans la lettre du 30 mai 2017, que, « faute […] d’avoir utilisé le canal approprié pour formuler une telle demande, [lui-même] ainsi que l’AIPN [n’]en ont pris connaissance que lorsque la [requérante] l’a mentionnée dans sa réponse du 4 mai à [sa] note du 19 avril ».

26 Par courriel du 29 juin 2017, la requérante a introduit une plainte auprès du Médiateur européen afin notamment d’obtenir l’accès aux documents demandés au SEAE et de « contester la décision implicite de rejet de [sa] demande d’assistance du 2 février 2017 introduite sur la base de l’article 24 du statut intervenue [le] 2 juin 2017 » (ci-après la « plainte du 29 juin 2017 »).

27 Par lettre du 20 juillet 2017, le Médiateur européen a indiqué que, la partie de la plainte du 29 juin 2017 relative à la demande d’accès aux documents étant recevable, il avait contacté le SEAE afin qu’il traite cette demande dans les plus brefs délais.

28 S’agissant de la prétendue demande d’assistance, le Médiateur européen a souligné ce qui suit :

« […] il semble raisonnable que [la demande d’assistance] n’a pas été considérée comme telle par l’AIPN, puisqu’elle n’a pas été introduite formellement mais a seulement été mentionnée dans [les commentaires de la requérante] sur [son] rapport d’évaluation. Le SEAE a confirmé qu’il a pris connaissance de [la demande d’assistance] le 4 mai 2017 et aura désormais 4 mois pour la traiter sur la base de l’article 90 du statut […]

Le pouvoir du Médiateur européen en matière de traitement des plaintes est régi par certaines règles.

L’une de ces règles limite les cas dans lesquels le Médiateur peut traiter les plaintes liées à l’emploi déposées par des fonctionnaires de l’Union. Le médiateur ne peut être saisi d’une plainte que si le fonctionnaire ou l’agent a épuisé toutes les possibilités de réclamations internes disponibles. En particulier, l’intéressé est tenu d’avoir achevé la procédure de réclamation visée à l’article 90 du statut […].

Puisque le délai pour répondre à votre demande d’assistance n’a pas encore expiré, le Médiateur n’est pas en mesure de traiter cette partie de votre plainte à ce stade ».

29 Le 27 octobre 2017, la requérante a introduit une nouvelle plainte auprès du Médiateur européen en raison de l’absence de réponse du SEAE à la prétendue demande d’assistance à l’expiration du délai de réponse que le Médiateur européen avait mentionné dans la lettre du 20 juillet 2017, en l’occurrence le 4 septembre 2019 (voir point 28 ci-dessus).

30 Par lettre du 22 novembre 2017, le Médiateur européen a fait savoir à la requérante que ladite plainte ne pouvait pas être traitée à ce stade au motif, en substance, que la requérante n’avait pas épuisé la procédure de réclamation visée à l’article 90 du statut, en dirigeant une réclamation contre la décision implicite de rejet.

31 Le 27 novembre 2017, la requérante a rencontré les services de l’IDOC afin de connaître le traitement de sa demande par ce même service, lequel l’a informée du fait qu’« elle aurait donné des garanties » et l’a encouragée à introduire une réclamation.

32 Par lettre du 27 novembre 2017, le SEAE a informé la requérante que l’estimation de ses absences non justifiées avait été revue, à savoir que neuf jours allaient être transformés en congés annuels et que l’équivalent de soixante-douze jours serait déduit de son salaire.

33 Par lettre du 28 novembre 2017, émanant des services du Médiateur européen, la requérante a appris qu’elle faisait l’objet d’une enquête interne de sécurité par les services du SEAE.

34 Le 29 novembre 2017, la requérante a introduit auprès de l’AIPN, d’une part, une demande au titre de l’article 90, paragraphe 1, du statut, tendant à l’octroi de l’assistance en vue de la réparation des préjudices allégués du fait des fautes commises par sa hiérarchie à son égard ainsi que, d’autre part, une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, à l’encontre de la décision implicite de rejet de la prétendue demande d’assistance.

35 Les 21 décembre 2017 et 22 janvier 2018, la requérante a introduit auprès du Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) une demande tendant à l’accès à certains documents, à la rectification des données incorrectes et à la réparation de dommages subis.

36 Le 3 janvier 2018, la requérante a introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, à l’encontre de la décision relative à ses absences non justifiées contenue dans la lettre du 27 novembre 2017 (voir point 32 ci-dessus).

37 Le 30 janvier 2018, B a mandaté l’IDOC pour procéder à l’ouverture d’une enquête administrative à l’encontre de la requérante en vue d’examiner un possible manquement à ses obligations, ce que l’IDOC a fait le 6 février 2018.

38 Le 23 mars 2018, le Médiateur européen a rejeté la demande d’accès aux documents formulée par la requérante dans la plainte du 29 juin 2017.

39 Par décision du 28 mars 2018, l’AIPN a rejeté la réclamation ainsi que la demande introduites le 29 novembre 2017, au titre de l’article 90, paragraphes 1 et 2, du statut (voir point 34 ci-dessus).

40 Le 12 avril 2018, la requérante a introduit une réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, à l’encontre, d’une part, de la décision de l’AIPN du 30 janvier 2018 de donner mandat à l’IDOC de procéder à l’ouverture d’une enquête à son égard et, d’autre part, de la décision de l’IDOC d’ouvrir une telle enquête.

41 Le 27 avril 2018, la requérante a reçu une réponse à sa demande d’accès et de correction de ses données personnelles du délégué à la protection des données du SEAE.

42 Enfin, par décision du 2 mai 2018, l’AIPN a rejeté la réclamation de la requérante introduite le 3 janvier 2018 (voir point 36 ci-dessus).

Procédure et conclusions des parties

43 Par requête déposée au greffe du Tribunal, le 27 juin 2018, la requérante a introduit le présent recours.

44 Par acte séparé, déposé au greffe du Tribunal le 15 octobre 2018, le SEAE a soulevé une exception d’irrecevabilité au titre de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal. La requérante a déposé ses observations sur ladite exception le 28 novembre 2018.

45 Par lettre déposée au greffe du Tribunal, le 15 octobre 2019, la requérante a produit des preuves en application de l’article 85, paragraphe 3, du règlement de procédure, lesquelles ont été versées au dossier.

46 Par lettre du 8 novembre 2019, le SEAE a présenté ses observations quant aux preuves produites.

47 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision de rejet implicite de la prétendue demande d’assistance fondée sur l’article 24 du statut, intervenue le 4 septembre 2017 ;

– annuler la décision du 28 mars 2018 par laquelle l’AIPN a rejeté la réclamation de la requérante du 29 novembre 2017 contre le rejet implicite de la prétendue demande d’assistance fondée sur l’article 24 du statut ;

– condamner le SEAE aux dépens.

48 En outre, la requérante demande au Tribunal, à titre liminaire et en application de l’article 89, paragraphe 3, sous d), du règlement de procédure, la production de toutes les pièces et documents relatifs à la présente affaire et notamment : le mandat et les conclusions de l’enquête interne de sécurité ayant été conduite par l’AIPN ; tous les documents et décisions internes au SEAE produits en relation avec les accusations relatives à la prétendue extraction de documents et à la possible transmission d’informations de la part de la requérante à un quelconque État tiers (Israël/Turquie), les dates précises, les informations prétendument partagées et preuves concrètes, ainsi que les informations transmises et la réponse du service de sécurité ; les documents ou décisions internes apparemment pris ou produits en relation avec l’incident du 27 juillet 2016, et notamment une note du secrétaire général du SEAE relative à l’exclusion de la requérante de la division Turquie ; le mail de C envoyé en septembre 2015 à A et faisant apparemment référence à « des problèmes sérieux essentiellement liés à son comportement » ; les informations relatives à la nature des différents transferts dont elle a fait l’objet afin de clarifier si les transferts ont été effectués avec son poste ou en surcharge ; les termes de référence des experts nationaux mis à disposition auprès de la division Turquie du SEAE reflétant l’accord conclu avec les différents États membres en juin 2015 en vue de l’établissement de ladite division ; les minutes de la réunion du 18 mai 2017 entre la requérante, un représentant du Comité du personnel et l’AIPN ; les échanges de mails survenus le 10 juillet 2017 entre B et le chef de la délégation de l’Union en Turquie.

49 Le SEAE conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme irrecevable ;

– condamner la requérante aux dépens.

50 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, la requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter l’exception d’irrecevabilité comme non fondée et, à titre subsidiaire, la joindre au fond ;

– déterminer le délai pour que le SEAE dépose un mémoire en défense puis le délai pour qu’elle dépose une réplique.

En droit

51 En vertu de l’article 130, paragraphes 1 et 7, du règlement de procédure, si la partie défenderesse le demande, le Tribunal peut statuer sur l’irrecevabilité ou l’incompétence sans engager le débat au fond.

52 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier, y compris les preuves déposées par lettre du 15 octobre 2019 et versées au dossier (voir point 45 ci-dessus), et décide de statuer sur le recours sans poursuivre la procédure.

53 Dans son exception d’irrecevabilité, en premier lieu, le SEAE affirme que la mesure d’organisation de la procédure par laquelle la requérante demande la production de documents n’est pas recevable au motif que l’intéressée n’explique pas en quoi lesdits documents seraient pertinents pour la présente affaire.

54 Le SEAE observe qu’il incombe à la partie qui demande une mesure d’organisation de la procédure, pour permettre au Tribunal de juger de l’utilité de telles mesures, d’identifier les documents sollicités de manière précise et de fournir au Tribunal au moins un minimum d’éléments justifiant l’utilité de ces documents pour les besoins de l’instance, conformément à l’article 88, paragraphe 2, du règlement de procédure. Or, la requérante se bornerait à affirmer que les pièces et documents sont relatifs à la présente affaire alors qu’ils ne présenteraient aucun rapport avec la prétendue demande d’assistance qui ferait l’objet du présent litige. En effet, ils seraient relatifs à d’autres demandes formulées par la requérante concernant sa situation administrative, en particulier une enquête de sécurité, les circonstances de ses transferts vers d’autres divisions, des questions relatives aux mandats de certains de ses collègues et des comptes rendus et des correspondances internes liés à ses fonctions au sein de la division Turquie. Par conséquent, aucun de ces documents ne se rapporterait à la présente affaire, laquelle ne concernerait que le rejet de la prétendue demande d’assistance.

55 Selon le SEAE, cette demande viserait en réalité à contourner les procédures administratives internes que la requérante aurait dû suivre pour obtenir les documents en cause afin de contester, par la suite, d’éventuels actes ou mesures pris par l’AIPN.

56 En deuxième lieu, le SEAE affirme qu’il n’existe pas d’acte faisant grief en ce qui concerne la prétendue demande d’assistance formée dans le cadre du rapport de notation de la requérante pour l’année 2016.

57 Tout d’abord, la requérante n’aurait jamais formé une demande d’assistance selon la procédure décrite sur la page Intranet du SEAE. Même si cela ne signifiait pas que ce dernier ne traiterait pas une demande d’assistance sous une autre forme que celle décrite sur l’Intranet, une telle demande devrait néanmoins contenir un minimum d’éléments essentiels pour permettre à l’administration de la traiter.

58 Or, la requérante n’aurait manifestement pas procédé de cette manière. Certes, elle aurait, dans ses commentaires à propos de son rapport de notation pour l’année 2016, mentionné de façon générale une réparation de dommages au titre de l’article 24 du statut ainsi que de l’article 12 bis du même statut et elle aurait demandé à l’AIPN de procéder à une enquête. Cependant, cette demande apparaîtrait dans des commentaires détaillés concernant le rapport de notation de la requérante et, en ce qui concerne la prétendue demande d’assistance, il ne ressortirait pas de ses commentaires quel comportement est reproché aux notateurs. Il n’y aurait donc eu aucune raison pour l’AIPN de considérer qu’elle était saisie d’une demande formelle d’assistance et d’une plainte pour harcèlement.

59 Enfin, le SEAE souligne que l’administration ainsi que l’IDOC l’auraient invitée à introduire une demande d’assistance en bonne et due forme. Or, malgré ces invitations, la requérante n’aurait pas introduit une telle demande alors même que la procédure pour le faire aurait été clairement décrite sur le site Intranet du SEAE et que la requérante aurait dû en avoir eu connaissance.

60 En troisième lieu, le SEAE soutient que, même si le commentaire de la requérante dans son rapport de notation pour l’année 2016 était considéré comme une demande d’assistance, quod non, la requérante n’a pas contesté l’absence de réponse à cette prétendue demande dans les délais prévus à l’article 90 du statut. En effet, cette demande aurait été formulée dans les commentaires de cette dernière à son rapport de notation pour l’année 2016, lequel serait devenu définitif le 10 mars 2017. Dès lors, à supposer que ladite demande puisse être considérée comme une demande d’assistance, celle-ci aurait fait l’objet d’une décision implicite de rejet le 10 juillet 2017, contre laquelle la requérante aurait pu former une réclamation jusqu’au 10 octobre 2017, au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut. Or, la réclamation de la requérante n’aurait été déposée que le 29 novembre 2017.

61 Selon le SEAE, le fait que le Médiateur européen ait mentionné, dans une lettre du 20 juillet 2017 adressé à la requérante, que le SEAE disposait d’un délai de quatre mois à compter du 4 mai 2017 pour statuer sur la prétendue demande d’assistance serait sans incidence sur la forclusion du délai. Indépendamment du fait que la base sur laquelle le Médiateur européen se fonderait pour affirmer que le 4 mai 2017 serait la date pertinente n’est pas claire, le SEAE fait valoir qu’il s’agit d’une relation entre le Médiateur européen et la requérante qui ne saurait avoir la moindre incidence quant aux délais statutaires applicables dans le cadre des procédures administratives entre la requérante et le SEAE. La date du 4 mai 2017 serait ainsi sans pertinence s’agissant des délais statutaires applicables à la réclamation de la requérante.

62 En outre, le SEAE relève qu’il ressort d’un courriel de la requérante daté du 4 mai 2017 adressé à B, que celle-ci a indiqué qu’il convenait de considérer la note de ce dernier du 12 avril 2017 comme rejetant la prétendue demande d’assistance à l’AIPN contenue dans son rapport de notation pour l’année 2016. Cette appréciation de la requérante serait par ailleurs confirmée par son courriel du 10 février 2017 adressé à l’IDOC par lequel elle transmettait ses commentaires à propos de son rapport d’évaluation.

63 Par conséquent, il ne ferait aucun doute que la requérante estimait bien avoir introduit une demande d’assistance dans son courrier du 2 février 2017, contenant ses commentaires sur son rapport d’évaluation pour l’année 2016.

64 En quatrième lieu, le SEAE affirme que, comme il ressort de la jurisprudence, une demande d’assistance n’est pas le moyen approprié pour contester des actes de l’institution pris à l’égard du fonctionnaire concerné. En effet, les moyens avancés par la requérante auraient essentiellement trait à son environnement de travail et aux circonstances qui ont motivé ses transferts dans l’intérêt du service. Or, la requérante n’aurait jamais formellement contesté les décisions de l’AIPN de la transférer à deux reprises alors même que, au travers des informations disponibles sur le site Intranet du SEAE, elle devait savoir qu’une demande d’assistance n’était pas l’instrument approprié pour contester la motivation de décisions de transfert et d’autres actes de l’administration relatifs à ces décisions.

65 En cinquième lieu, le SEAE soulève le caractère obscuri libelli du recours.

66 Selon le SEAE, la requête constituerait un amalgame incohérent de faits et de plaintes de nature disparate se rapportant à des actes ou à des faits très différents. La requérante invoquerait, notamment, des demandes d’accès aux documents, des plaintes au Médiateur européen, une réclamation contre la décision d’ouvrir une enquête administrative à son égard, une demande d’accès à des données personnelles et une réponse à une réclamation concernant des absences injustifiées.

67 Le SEAE affirme qu’il est difficile de comprendre la pertinence des éléments susvisés pour la présente affaire, qui a pour objet principal le rejet d’une demande d’assistance. La requête illustrerait aussi que la requérante méconnaît la nécessité d’identifier avec précision les mesures qui lui font grief et d’utiliser les voies de recours administratives appropriées pour défendre ses intérêts. Cette confusion et cette incohérence ressortiraient d’ailleurs de la demande de la requérante concernant la production de documents qui serait sans pertinence pour le présent recours.

68 Le SEAE ajoute, en substance, que la requérante se limiterait à invoquer de façon générale la violation de nombreux principes et obligations sans démontrer de façon concrète comment le SEAE les aurait violés. Une telle présentation confuse des faits et la généralité de l’analyse juridique ne permettraient pas au SEAE de défendre correctement sa position.

69 La requérante conteste les arguments du SEAE.

70 Elle affirme, premièrement, que l’exception d’irrecevabilité relative à la mesure d’organisation de la procédure est manifestement infondée. Elle fait valoir qu’il ressort des documents qu’elle cite, de façon spécifique et à titre d’exemple, que l’objet de la prétendue demande d’assistance était fondé. Elle ajoute que ces documents devraient permettre l’établissement des faits et que la demande de production des documents serait ainsi directement liée à la requête.

71 Par ailleurs, la requérante fait valoir qu’elle a toutes les raisons de penser que tous les documents et éléments pris en compte pour refuser la prétendue demande d’assistance et sa réclamation subséquente n’ont pas été mis à sa disposition alors même qu’ils apparaîtraient comme essentiels à la compréhension du litige.

72 Deuxièmement, la requérante soutient que la question de l’existence d’un acte faisant grief devrait être jointe au fond.

73 Par ailleurs, il ne saurait être considéré que la requérante n’a jamais formé une demande d’assistance en bonne et due forme. L’AIPN aurait elle-même reconnu que le service aurait eu connaissance de la prétendue demande d’assistance le 4 mai 2017 et qu’une suite y serait donnée. La requérante aurait aussi transmis ladite demande, tout d’abord, à B par courriel et en main propre au cours de son entretien du 8 février 2017, ensuite, à l’IDOC le 10 février 2017 et, enfin, au secrétaire général du SEAE le 11 mars 2017. Dès lors, ignorer la réalité d’une demande d’assistance d’une telle manière constituerait une violation, à tout le moins, du devoir de sollicitude.

74 De l’avis de la requérante, ni le fait que la prétendue demande d’assistance n’ait pas été formulée selon les formes décrites sur l’Intranet du SEAE ni son expérience éventuelle ne serait pertinent.

75 Troisièmement, la requérante fait valoir que l’argument tiré du caractère tardif du recours serait en contradiction avec la reconnaissance, par l’AIPN, de la réception de la prétendue demande d’assistance le 4 mai 2017. Selon elle, la prise de connaissance d’un acte ouvrirait le délai pour y répondre ou pour l’attaquer. Ainsi, lorsque l’AIPN reconnaît expressément une date comme étant celle de la réception d’une demande, toute discussion ultérieure tendant à dire le contraire serait vaine.

76 En outre, la requérante observe que le Médiateur européen lui-même aurait considéré la date du 4 mai 2017 comme étant la seule date pertinente. Par conséquent, il aurait été légitime pour la requérante de considérer qu’elle disposait, à compter de cette date, d’un délai de quatre mois pour contester le rejet implicite et, le cas échéant, de trois mois pour introduire une réclamation.

77 Quatrièmement, la requérante affirme que l’argument du SEAE selon lequel la requérante était dans l’impossibilité de former la prétendue demande d’assistance (voir point 64 ci-dessus) n’est pas fondé. Elle observe que, lorsqu’un fonctionnaire ou agent se plaint d’être victime, de la part de collègues, de comportements tels que ceux décrits par la requérante et qu’il informe l’institution concernée qu’il fait l’objet d’attaques en raison de sa qualité et de ses fonctions, l’obligation d’assistance prévue à l’article 24 du statut trouverait à s’appliquer.

78 Enfin, cinquièmement, concernant le prétendu manque de clarté et de précision de la requête, la requérante affirme qu’il ne fait aucun doute que le SEAE a pu préparer utilement sa défense dans la présente affaire. Par ailleurs, elle estime qu’il n’y a aucune raison de conclure au caractère obscuri libelli de la requête au motif que celle-ci ne contiendrait pas d’exposés distincts pour les faits et pour les moyens. L’exposé des faits serait suffisant pour identifier l’acte attaqué, la requête indiquerait les textes légaux et réglementaires ainsi que les principes dont la requérante dénonce la violation et les raisons pour lesquelles de telles violations auraient eu lieu.

79 En outre, l’AIPN aurait rejeté la prétendue demande d’assistance pour trois raisons développées dans le rejet de la réclamation. Dès lors, elle ne saurait prétendre ignorer les contours d’un litige qu’elle a déjà examiné.

Sur les conclusions en annulation de la décision implicite de rejet prétendument intervenue le 4 septembre 2017 et de la décision du 28 mars 2018

80 Le Tribunal estime opportun d’examiner d’abord l’argument du SEAE selon lequel, à supposer que le commentaire de la requérante dans son rapport de notation pour l’année 2016 doive être considéré comme une demande d’assistance, la requérante n’a pas introduit de réclamation contre l’absence de réponse à cette prétendue demande dans les délais prévus à l’article 90 du statut (voir point 60 ci-dessus).

81 À titre liminaire, il importe de rappeler que, conformément à l’article 90, paragraphe 1, du statut, à l’expiration d’un délai de quatre mois à partir du jour de l’introduction d’une demande, le défaut de réponse à cette demande vaut décision implicite de rejet. Selon les termes de l’article 90, paragraphe 2, du statut, une telle décision implicite de rejet peut faire l’objet d’une réclamation dans un délai de trois mois.

82 Par ailleurs, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, les délais de réclamation et de recours fixés par les articles 90 et 91 du statut sont d’ordre public et ne sont pas à la disposition des parties et du juge, ayant été institués en vue d’assurer la clarté et la sécurité des situations juridiques. Les éventuelles exceptions ou dérogations à ces délais doivent être interprétées de manière restrictive (voir arrêts du 19 février 1998, Toller/Commission, T‑142/96, EU:T:1998:41, point 45 et jurisprudence citée, et du 26 octobre 2000, Verheyden/Commission, T‑138/99, EU:T:2000:245, point 33 et jurisprudence citée).

83 En l’espèce, il ressort de la requête ainsi que des différents échanges de correspondance ayant eu lieu entre la requérante et le SEAE que celle-ci considère avoir introduit la prétendue demande d’assistance le 2 février 2017 (voir notamment points 15, 16 et 26 ci-dessus).

84 Conformément à l’article 90, paragraphe 1, du statut, la date à retenir pour la computation du délai de quatre mois à l’expiration duquel le défaut de réponse à la prétendue demande d’assistance vaut décision implicite de rejet correspond au jour de l’introduction de cette demande, à savoir le 2 février 2017, et non au jour où le rapport de notation de la requérante est devenu définitif comme le prétend le SEAE, à savoir le 10 mars 2017.

85 Partant, compte tenu du silence observé par le SEAE, une décision implicite de rejet de la prétendue demande d’assistance introduite le 2 février 2017 est intervenue le 2 juin 2017, ce dont la requérante avait connaissance ainsi que cela ressort sans ambiguïté notamment de la plainte du 29 juin 2017 déposée auprès du Médiateur européen. En effet, la requérante a expressément indiqué déposer cette plainte pour, notamment, « contester la décision implicite de rejet de [sa] demande d’assistance du 2 février 2017 introduite sur la base de l’article 24 du statut intervenue [le] 2 juin 2017 » (voir point 26 ci-dessus).

86 La requérante disposait alors, selon les termes de l’article 90, paragraphe 2, du statut, d’un délai de trois mois pour présenter une réclamation auprès de l’AIPN contre cette décision implicite de rejet. Ce délai a expiré le 2 septembre 2017. Le 2 septembre ayant été un samedi, l’expiration du délai a été reportée, en vertu de l’article 58, paragraphe 2, du règlement de procédure, à la fin du jour ouvrable suivant, à savoir le lundi 4 septembre 2017.

87 Or, il est constant qu’aucune réclamation auprès de l’AIPN, conformément à l’article 90, paragraphe 2, du statut, n’avait été introduite par la requérante à cette date. La seule protestation introduite est celle contenue dans la plainte du 29 juin 2017 déposée auprès du Médiateur européen.

88 Dans ses observations sur l’exception d’irrecevabilité, la requérante soutient que la date à prendre en compte pour la computation du délai de quatre mois fixé à l’article 90, paragraphe 1, du statut est celle de la prise de connaissance de la prétendue demande d’assistance par l’AIPN, soit le 4 mai 2017. Selon la requérante, cela a été confirmé par le Médiateur européen dans la lettre du 20 juillet 2017, par laquelle ce dernier répondait à sa plainte contre la décision implicite de rejet de la prétendue demande d’assistance.

89 Toutefois, à cet égard, il y a lieu de considérer que, compte tenu du libellé clair et explicite de l’article 90, paragraphes 1 et 2, du statut, la requérante, au regard de sa formation de juriste, de son ancienneté et de son grade AD 11 (voir, en ce sens, ordonnance du 16 juillet 2015, FG/Commission, F‑20/15, EU:F:2015:93, point 55), ne pouvait pas raisonnablement ignorer, premièrement, que le délai de quatre mois visé à l’article 90, paragraphe 1, du statut commençait à courir à partir du jour de l’introduction de la demande, à savoir le 2 février 2017, et que, restée sans réponse explicite de l’AIPN, la prétendue demande d’assistance avait donné lieu à un rejet implicite le 2 juin 2017 et, deuxièmement, qu’elle était tenue d’introduire une réclamation, conformément à l’article 90, paragraphe 2, du statut, auprès de l’AIPN et non auprès du Médiateur européen, dans un délai de trois mois à compter de la décision implicite de rejet.

90 Par conséquent, l’argument de la requérante selon lequel le délai de quatre mois visé à l’article 90, paragraphe 1, du statut aurait commencé à courir à partir du 4 mai 2017, ainsi que l’a mentionné le Médiateur européen, doit être rejeté.

91 À titre surabondant, indépendamment de la question de savoir sur quelle base le Médiateur européen se serait fondé pour affirmer que le 4 mai 2017 était la date pertinente, il y a lieu d’ajouter que, quand bien même le SEAE aurait pris connaissance de la prétendue demande d’assistance le 4 mai 2017, cela ne peut pas être interprété en ce sens que le SEAE a été formellement saisi de la prétendue demande d’assistance à cette date et que le délai de quatre mois pour y répondre est à calculer à partir de cette date. En effet, ainsi que cela est indiqué à l’article 90, paragraphe 1, du statut, le délai de quatre mois court à compter du jour d’introduction de la demande.

92 Enfin, à supposer que la requérante puisse être regardée comme se prévalant d’une erreur excusable permettant d’accueillir son recours malgré l’introduction tardive d’une réclamation, en raison de la mention par le Médiateur européen de la date du 4 mai 2017, il convient de considérer que la requérante n’a pas démontré que les conditions étaient réunies pour constater l’existence d’une telle erreur.

93 À cet égard, d’une part, il convient de rappeler que la notion d’erreur excusable doit être interprétée de façon restrictive et ne vise que des circonstances exceptionnelles dans lesquelles, notamment, l’institution concernée a adopté un comportement de nature, à lui seul ou dans une mesure déterminante, à provoquer une confusion admissible dans l’esprit d’un justiciable de bonne foi et faisant preuve de toute la diligence requise d’une personne normalement avertie (arrêts du 15 mai 2003, Pitsiorlas/Conseil et BCE, C‑193/01 P, EU:C:2003:281, point 24, et du 8 juillet 2010, Sevenier/Commission, T‑368/09 P, EU:T:2010:300, point 57).

94 D’autre part, compte tenu de ce qu’elle constitue une exception à la sanction d’irrecevabilité de l’inobservation des délais de réclamation et de recours, qui sont d’ordre public, la notion d’erreur excusable doit être alléguée et démontrée par la partie qui entend en bénéficier (voir, en ce sens, arrêt du 5 octobre 2009, de Brito Sequeira Carvalho et Commission/Commission et de Brito Sequeira Carvalho, T‑40/07 P et T‑62/07 P, EU:T:2009:382, point 205).

95 Or, en l’espèce, il y a lieu de relever que la requérante n’a nullement démontré que l’institution concernée, en l’occurrence le SEAE, avait adopté un comportement de nature, à lui seul ou dans une mesure déterminante, à provoquer une confusion admissible dans son esprit, alors qu’elle devait faire preuve de toute la diligence requise d’une personne normalement avertie. Certes, une erreur excusable peut résulter de toute sorte de circonstances exceptionnelles, y compris lorsqu’une institution autre que l’institution concernée en est à l’origine (voir, en ce sens, ordonnance du 14 janvier 2010, SGAE/Commission, C‑112/09 P, EU:C:2010:16, point 29). Toutefois, premièrement, le fait d’alléguer qu’il était légitime pour la requérante de considérer qu’elle disposait, à compter du 4 mai 2017, d’un délai de quatre mois pour contester le rejet implicite de la prétendue demande d’assistance et, le cas échéant, d’un délai de trois mois pour introduite une réclamation, dès lors que le Médiateur européen avait considéré cette date du 4 mai 2017 comme étant la date pertinente, ne saurait suffire pour considérer que la requérante a démontré pouvoir bénéficier de la notion d’erreur excusable. En tout état de cause, deuxièmement, force est de considérer que la requérante n’a pas fait preuve de toute la diligence requise ainsi que l’exige la jurisprudence visée au point 93 ci-dessus. En effet, ainsi que cela a été rappelé au point 89 ci-dessus, compte tenu du libellé clair et explicite de l’article 90, paragraphes 1 et 2 du statut, la requérante, au regard de sa formation de juriste, de son ancienneté et de son grade AD 11, ne pouvait pas raisonnablement ignorer, d’une part, que le délai de quatre mois visé à l’article 90, paragraphe 1, du statut commençait à courir à partir du jour de l’introduction de la demande, à savoir le 2 février 2017, et que, restée sans réponse explicite de l’AIPN, la prétendue demande d’assistance avait donné lieu à un rejet implicite le 2 juin 2017 et, d’autre part, qu’elle était tenue d’introduire une réclamation, auprès de l’autorité qui avait pris la décision litigieuse ou s’était abstenue de prendre une mesure imposée par le statut, en l’occurrence l’AIPN, et non auprès du Médiateur européen.

96 Il convient d’ajouter que, au regard du libellé clair et explicite de l’article 90, paragraphe 1, du statut, une personne normalement avertie n’aurait pas opté pour une interprétation manifestement contra legem de cette disposition, déduite de l’interprétation d’une institution autre que celle ayant adopté la décision litigieuse, sans au moins en vérifier l’exactitude (voir, par analogie, ordonnance du 14 janvier 2010, SGAE/Commission, C‑112/09 P, EU:C:2010:16, points 24 et 26).

97 Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet prétendument intervenue le 4 septembre 2017 et de la décision du 28 mars 2018 doivent être rejetées comme étant irrecevables, au motif que la requérante n’a pas respecté les délais prévus aux articles 90 et 91 du statut.

Sur la demande d’adopter une mesure d’organisation de la procédure

98 S’agissant de la demande de la requérante tendant à ce que le Tribunal, au moyen d’une mesure d’organisation de la procédure, demande au SEAE de fournir toutes les pièces et documents relatifs à la présente affaire, il convient de considérer que, compte tenu du rejet des conclusions en annulation comme étant irrecevables, cette demande, concernant le fond, doit, elle aussi, être rejetée.

99 En tout état de cause, à titre surabondant, il y a lieu de relever que, contrairement à l’obligation qui lui incombait pour permettre au Tribunal de juger de l’utilité de la mesure d’organisation de la procédure demandée, la requérante n’a pas identifié les documents sollicités de manière précise et n’a pas fourni au Tribunal au moins un minimum d’éléments justifiant l’utilité de ces documents pour les besoins de l’instance, conformément à l’article 88, paragraphe 2, du règlement de procédure.

100 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu d’accueillir l’exception d’irrecevabilité soulevée par le SEAE et de rejeter le recours comme étant irrecevable.

Sur les dépens

101 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

102 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions du SEAE.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre)

ordonne :

1) Le recours est rejeté comme irrecevable.






2) WV est condamnée aux dépens.

Fait à Luxembourg, le 29 janvier 2020.

Le greffier

Le président

E. Coulon

H. Kanninen


* Langue de procédure : le français.

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