| CELEX | 62018TO0486 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mardi 1 décembre 2020 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (troisième chambre)
1er décembre 2020 (*)
« Recours en annulation – Aides d’État – Régime de contributions pour la collecte des eaux usées – Phase préliminaire d’examen – Décision constatant l’absence d’aide d’État – Association professionnelle – Qualité pour agir – Qualité de partie intéressée – Objectif de sauvegarde des droits procéduraux garantis par l’article 108, paragraphe 2, TFUE – Défaut d’affectation individuelle – Défaut d’affectation substantielle de la position concurrentielle – Acte réglementaire – Défaut d’affectation directe – Irrecevabilité »
Dans l’affaire T‑486/18,
Danske Slagtermestre, établie à Odense (Danemark), représentée par Me H. Sønderby Christensen, avocat,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par Mme P. Němečková, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
soutenue par
Royaume de Danemark, représenté par M. J. Nymann-Lindegren et Mme M. Wolff, en qualité d’agents,
partie intervenante,
ayant pour objet une demande fondée sur l’article 263 TFUE et tendant à l’annulation de la décision C(2018) 2259 final de la Commission, du 19 avril 2018, relative à l’aide d’État SA.37433 (2017/FC) – Danemark, déclarant, au terme de la phase préliminaire d’examen, que la contribution instituée par la lov nr. 902/2013 om ændring af lov om betalingsregler for spildevandsforsyningsselskaber m.v. (Betalingsstruktur for vandafledningsbidrag, bemyndigelse til opgørelse af særbidrag for behandling af særlig forurenet spildevand m.v.) [loi no 902/2013, modifiant la loi établissant les règles relatives aux contributions dues aux opérateurs de traitement des eaux usées (structure des contributions pour l’évacuation des eaux usées, autorisant l’instauration de contributions particulières pour le traitement d’eaux usées particulièrement polluées, etc.)] ne confère aucun avantage à des entreprises déterminées et qu’elle ne constitue donc pas une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE,
LE TRIBUNAL (troisième chambre),
composé de MM. A. M. Collins, président, V. Kreuschitz et Mme G. Steinfatt (rapporteure), juges,
greffier : M. E. Coulon,
rend la présente
Ordonnance
Antécédents du litige
1 La requérante, Danske Slagtermestre, est une association professionnelle, qui allègue représenter des petits boucheries, abattoirs, grossistes et entreprises de transformation danois. Elle a déposé plainte le 26 septembre 2013 auprès de la Commission européenne, au motif que le Royaume de Danemark aurait, par l’adoption de la lov nr. 902/2013 om ændring af lov om betalingsregler for spildevandsforsyningsselskaber m.v. (Betalingsstruktur for vandafledningsbidrag, bemyndigelse til opgørelse af særbidrag for behandling af særlig forurenet spildevand m.v.) [loi no 902/2013 modifiant la loi établissant les règles relatives aux contributions dues aux opérateurs de traitement des eaux usées (structure des contributions pour l’évacuation des eaux usées, autorisant l’instauration de contributions particulières pour le traitement d’eaux usées particulièrement polluées, etc.)], octroyé une aide d’État en faveur de grands abattoirs sous la forme d’une réduction des contributions pour la collecte des eaux usées.
2 Avant l’entrée en vigueur de la loi no 902/2013, la lov nr. 633/2010 om betalingsregler for spildevandsforsyningsselskaber m.v. (loi no 633/2010 établissant les règles relatives aux contributions dues aux sociétés de collecte et de traitement des eaux usées) prévoyait, en plus de cinq autres types de contributions, une redevance unitaire par mètre cube d’eau pour tous les consommateurs d’eau, quel que soit leur secteur d’activité, reliés à la même station d’épuration, indépendamment de leur consommation.
3 La loi no 902/2013 a modifié la loi no 633/2010 afin d’établir un système qui reflète davantage les coûts du traitement des eaux usées. En conséquence, la loi no 902/2013 a instauré :
– un nouveau modèle dégressif « par paliers » prévoyant un tarif au mètre cube d’eaux usées qui est fixé en fonction du volume d’eaux usées déchargé (ci‑après le « modèle par paliers »), et
– une contribution spéciale pour le traitement des eaux usées particulièrement polluées (qui a un impact relatif plus important sur les grands consommateurs d’eau).
4 Le modèle par paliers est conçu de la façon suivante :
– la tranche 1 correspond à une consommation d’eau inférieure ou égale à 500 m³ par an par bien immobilier ;
– la tranche 2 correspond à la partie de la consommation d’eau qui est comprise entre 500 m³ et 20 000 m³ par an par bien immobilier, et
– la tranche 3 correspond à la partie de la consommation d’eau qui excède 20 000 m³ par an par bien immobilier.
5 Les opérateurs des installations d’épuration fixent le tarif au mètre cube pour chacune des tranches de la façon suivante :
– le tarif par mètre cube de la tranche 2 est de 20 % inférieur à celui de la tranche 1 ;
– le tarif par mètre cube de la tranche 3 est de 60 % inférieur à celui de la tranche 1.
6 Dans le cadre du modèle par paliers, les consommateurs relevant de la tranche 3 s’acquittent donc d’abord du tarif prévu pour la tranche 1 jusqu’à ce que leur consommation d’eau dépasse les 500 m3. Ils s’acquittent ensuite du tarif prévu pour la tranche 2 jusqu’à ce que leur consommation dépasse les 20 000 m3, et, enfin, versent leur contribution pour les eaux usées selon le tarif prévu pour la tranche 3.
7 Selon la réglementation sur le traitement des eaux usées, toute commune doit désigner les zones où toutes les propriétés doivent être reliées à une installation centrale de traitement des eaux usées. Tout propriétaire d’un bien immobilier relié à une installation est tenu de rejeter toutes les eaux usées vers ladite installation. Toutefois, les autorités communales peuvent, sous réserve de certaines conditions, autoriser le propriétaire d’un bien immobilier à se déconnecter totalement ou partiellement du réseau le reliant à l’installation centrale et créer sa propre installation décentralisée de traitement des eaux usées.
8 Entre le 10 octobre 2013 et le 12 septembre 2017, la Commission a recueilli et échangé des informations au sujet de la plainte avec la requérante et le Royaume de Danemark. Les 23 juillet 2014 et 25 février 2016, la Commission a envoyé des lettres d’évaluation préliminaire à la requérante, dans lesquelles elle a estimé que la mesure en question ne conférait pas un avantage sélectif aux larges abattoirs et, partant, ne constituait pas une aide d’État.
9 Le 19 avril 2018, la Commission a adopté la décision C(2018) 2259 final, du 19 avril 2018, relative à l’aide d’État SA.37433 (2017/FC) – Danemark (ci-après la « décision attaquée »). Alors que la requérante considérait que le nouveau modèle par paliers constituait un rabais de volume en faveur des gros consommateurs d’eau et qu’il favorisait, par conséquent, les grands abattoirs au Danemark en leur procurant un avantage économique constitutif d’une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE, la Commission a estimé que la nouvelle tarification instituée par la loi no 902/2013 ne procurait aucun avantage particulier à des entreprises déterminées et qu’elle ne constituait donc pas une aide d’État au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE. D’une part, tous les clients rejetant des volumes importants d’eaux usées, c’est-à-dire les clients relevant des tarifs 2 et 3, seraient d’abord facturés au tarif de la tranche 1, puis éventuellement de la tranche 2, jusqu’à ce que leur consommation dépasse le plafond de chacune de ces tranches. D’autre part, la contribution réduite serait supérieure aux coûts marginaux à moyen terme. Dès lors, conformément au point 228 de la communication relative à la notion d’« aide d’État » visée à l’article 107, paragraphe 1, [TFUE] (JO 2016, C 262, p. 1), les utilisateurs de chacune des installations de traitement des eaux usées contribueraient à leur rentabilité par les contributions dont ils s’acquittent pour ledit traitement. En outre, en l’absence d’une telle tarification par paliers, les grandes entreprises risqueraient de s’affranchir du système centralisé par la création de leur propre installation de traitement des eaux usées. Si les grandes entreprises ne contribuaient plus au système centralisé, cela risquerait d’être préjudiciable à la rentabilité des installations de traitement des eaux usées. En tout état de cause, le tarif imposé à ces utilisateurs demeurerait supérieur aux coûts réels des installations de traitement des eaux usées.
Procédure et conclusions des parties
10 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 15 août 2018, la requérante a introduit le présent recours.
11 Le mémoire en défense de la Commission a été déposé au greffe du Tribunal le 19 novembre 2018.
12 Par acte déposé au greffe du Tribunal le 13 décembre 2018, le Royaume de Danemark a demandé à intervenir dans la présente procédure au soutien des conclusions de la Commission. Par ordonnance du 16 janvier 2019, le président de la quatrième chambre du Tribunal a admis cette intervention.
13 Le 27 février 2019, l’intervenante a déposé le mémoire en intervention au greffe du Tribunal.
14 La requérante a présenté ses observations sur ce mémoire le 2 avril 2019.
15 Par décision du président du Tribunal du 18 octobre 2019, la présente affaire a été attribuée à une nouvelle juge rapporteure, siégeant dans la troisième chambre.
16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner la Commission aux dépens.
17 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
18 Le Royaume de Danemark conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter le recours.
En droit
19 En vertu de l’article 129 du règlement de procédure du Tribunal, sur proposition du juge rapporteur, le Tribunal peut, à tout moment, d’office, les parties principales entendues, décider de statuer par voie d’ordonnance motivée sur les fins de non-recevoir d’ordre public, au rang desquelles figurent les conditions de recevabilité d’un recours (voir ordonnance du 15 mars 2016, Larymnis Larko/Commission, T‑576/14, non publiée, EU:T:2016:169, point 13 et jurisprudence citée ; ordonnance du 19 avril 2018, Allergopharma/Commission, T‑354/15, non publiée, EU:T:2018:1030, point 29).
20 En l’espèce, le Tribunal s’estime suffisamment éclairé par les pièces du dossier et les explications fournies par les parties pendant la phase écrite de la procédure et décide de statuer sans poursuivre la procédure.
21 Sans formellement soulever d’exception d’irrecevabilité par acte séparé sur le fondement de l’article 130, paragraphe 1, du règlement de procédure, la Commission, soutenue par le Royaume de Danemark, conteste la recevabilité du recours. Elle fait valoir, en substance, que la requérante n’a pas qualité pour agir.
22 La requérante soutient, quant à elle, que son recours remplit les conditions de recevabilité.
Sur la qualité pour agir de la requérante en tant que négociatrice
23 Les recours formés par des associations, telles que la requérante, chargées de défendre les intérêts collectifs de leurs membres sont recevables, selon la jurisprudence, notamment lorsqu’elles sont individualisées en raison de l’affectation de leurs intérêts propres en tant qu’association, notamment parce que leur position de négociatrice a été affectée par l’acte dont l’annulation est demandée (voir, en ce sens, arrêt du 18 mars 2010, Forum 187/Commission, T‑189/08, EU:T:2010:99, point 58 ; ordonnance du 16 mai 2013, BytyOKD/Commission, T‑559/11, non publiée, EU:T:2013:255, point 29, et arrêt du 30 avril 2019, UPF/Commission, T‑747/17, EU:T:2019:271, point 20).
24 À cet égard, la reconnaissance de l’affectation individuelle d’une association requérante en tant que négociatrice suppose qu’elle se trouve dans une situation particulière dans laquelle elle occupe une position de négociatrice clairement circonscrite et intimement liée à l’objet même de la décision attaquée, la mettant dans une situation de fait qui la caractérise par rapport à toute autre personne (voir, en ce sens, arrêt du 9 juillet 2009, 3F/Commission, C‑319/07 P, EU:C:2009:435, point 87 et jurisprudence citée, et ordonnance du 29 mars 2012, Asociación Española de Banca/Commission, T‑236/10, EU:T:2012:176, point 43 et jurisprudence citée). Tel est notamment le cas lorsque cette association a non seulement participé activement à la procédure, mais aussi négocié l’encadrement de l’octroi des aides en cause à l’industrie concernée ou les mesures qui ont ensuite été considérées par la Commission comme étant des aides incompatibles avec le marché intérieur, et lorsqu’elle figure, à ce titre, parmi les signataires de l’accord ayant établi les mesures contestées par la Commission (voir, en ce sens, arrêts du 2 février 1988, Kwekerij van der Kooy e.a./Commission, 67/85, 68/85 et 70/85, EU:C:1988:38, points 20 à 24 ; du 24 mars 1993, CIRFS e.a./Commission, C‑313/90, EU:C:1993:111, points 29 et 30, et ordonnance du 3 avril 2014, CFE-CGC France Télécom-Orange/Commission, T‑2/13, non publiée, EU:T:2014:226 points 33 et 34).
25 Or, la requérante n’a aucunement démontré qu’elle aurait eu un rôle de négociatrice, ni expliqué en quoi celui-ci aurait consisté. Son rôle au cours de la procédure préliminaire d’examen ayant conduit à l’adoption de la décision attaquée ne dépasse pas son éventuel droit d’être associée à ladite phase de la procédure dans une mesure adéquate au regard des circonstances de l’espèce et de la réglementation applicable et ne saurait donc être assimilé à celui des associations au profit desquelles une affectation par l’acte attaqué a été reconnue par la jurisprudence (voir, en ce sens, ordonnance du 29 mars 2012, Asociación Española de Banca/Commission, T‑236/10, EU:T:2012:176, points 44 à 46 et jurisprudence citée).
26 Il s’ensuit que la requérante ne saurait utilement alléguer, dans le cadre du présent litige, être affectée par la décision attaquée en tant que négociatrice.
Sur la qualité pour agir de la requérante en tant que représentante des intérêts de ses membres
27 La requérante a déclaré entendre, par le présent recours, représenter et défendre les intérêts de ses membres qui n’auraient pas accès à l’aide d’État alléguée, à savoir à la troisième tranche de la tarification en question, et qui se trouveraient dans une relation de concurrence avec les bénéficiaires présumés de l’aide d’État alléguée, à savoir les grands consommateurs d’eau, dont la société A.
28 En effet, selon la jurisprudence citée au point 23 ci-dessus, de telles associations seraient aussi recevables à former un recours lorsqu’elles représentent les intérêts d’entreprises qui, elles, seraient recevables à agir.
29 La requérante considère, en substance, que sa qualité pour agir découle de son statut de partie intéressée et de l’affectation directe et individuelle de ses membres qui seraient affectés de manière substantielle.
30 En revanche, la Commission fait valoir, en substance, qu’en raison de l’absence de son affectation directe et individuelle par la décision attaquée, la requérante n’a pas la qualité pour agir.
31 Conformément à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, toute personne physique ou morale peut former un recours contre les actes dont elle est le destinataire ou qui la concernent directement et individuellement, ainsi que contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesures d’exécution.
Sur la qualité pour agir en vertu du premier cas de figure prévu à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE
32 La décision attaquée a pour unique destinataire le Royaume de Danemark, conformément à ce que prévoit l’article 31, paragraphe 2, du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil, du 13 juillet 2015, portant modalités d’application de l’article 108 [TFUE] (JO 2015, L 248, p. 9) pour les décisions adoptées par la Commission au titre de l’article 4 de ce règlement. En tout état de cause, n’étant pas un État membre, la requérante ne saurait être considérée comme une destinataire de la décision par laquelle la Commission a clôturé la phase préliminaire d’examen et refusé d’ouvrir la procédure formelle d’examen, quand bien même cette décision a été portée à sa connaissance par l’acte attaqué (voir, en ce sens, ordonnance du 10 octobre 2017, Alex/Commission, T‑841/16, non publiée, EU:T:2017:724, point 46).
Sur la qualité pour agir en vertu du deuxième cas de figure prévu à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE
33 Il convient de rappeler que, au titre de l’article 263, quatrième alinéa, deuxième membre de phrase, TFUE, une personne physique ou morale ne peut former un recours contre une décision adressée à une autre personne que si ladite décision la concerne directement et individuellement. Selon la jurisprudence constante de la Cour, les sujets autres que les destinataires d’une décision ne sauraient prétendre être individuellement concernés que si cette décision les atteint en raison de certaines qualités qui leur sont particulières ou d’une situation de fait qui les caractérise par rapport à toute autre personne et, de ce fait, les individualise d’une manière analogue à celle dont le destinataire d’une telle décision le serait (voir arrêt du 22 novembre 2007, Sniace/Commission, C‑260/05 P, EU:C:2007:700, point 53 et jurisprudence citée ; ordonnance du 10 octobre 2017, Greenpeace Energy/Commission, C‑640/16 P, non publiée, EU:C:2017:752, point 37).
34 S’agissant d’une décision prise par la Commission en matière d’aides d’État, il convient de rappeler que, dans le cadre de la procédure de contrôle des aides d’État prévue à l’article 108 TFUE, deux phases doivent être distinguées. Il y a, tout d’abord, la phase préliminaire d’examen des aides instituée au paragraphe 3 de cet article, qui permet à la Commission de se former une première opinion sur la compatibilité partielle ou totale de l’aide en cause. Il y a, ensuite, la phase formelle d’examen visée au paragraphe 2 dudit article, qui ouvre à la Commission la possibilité d’avoir une information complète sur l’ensemble des données de l’affaire (ordonnance du 10 octobre 2017, Alex/Commission, T‑841/16, non publiée, EU:T:2017:724, point 56).
35 Ce n’est que dans cette seconde phase, à savoir la phase formelle d’examen, que le traité FUE prévoit l’obligation, pour la Commission, de mettre en demeure les intéressés de présenter leurs observations (voir arrêt du 11 septembre 2008, Allemagne e.a./Kronofrance, C‑75/05 P et C‑80/05 P, EU:C:2008:482, point 37 et jurisprudence citée ; arrêt du 10 juillet 2012, Smurfit Kappa Group/Commission, T‑304/08, EU:T:2012:351, point 45, et ordonnance du 10 octobre 2017, Alex/Commission, T‑841/16, non publiée, EU:T:2017:724, point 57).
36 En adoptant une décision constatant que la mesure en cause ne constitue pas une aide au terme de l’examen préliminaire, la Commission refuse également implicitement d’ouvrir cette seconde phase, à savoir la procédure formelle d’examen prévue à l’article 108, paragraphe 2, TFUE et à l’article 6, paragraphe 1, du règlement no 2015/1589 (voir, en ce sens, arrêt du 27 octobre 2011, Autriche/Scheucher-Fleisch e.a., C‑47/10 P, EU:C:2011:698, point 42 et jurisprudence citée). Lorsque la procédure formelle d’examen n’est pas ouverte, les personnes intéressées, qui auraient pu déposer des observations durant cette phase, sont dépourvues de cette possibilité. Pour y remédier, le juge de l’Union européenne déclare recevable un recours visant à l’annulation d’une telle décision, introduit par un intéressé au sens de l’article 108, paragraphe 2, TFUE et du règlement no 2015/1589, lorsque l’auteur de ce recours tend, par l’introduction de celui-ci, à faire sauvegarder les droits procéduraux qu’il tire de cette dernière disposition (voir arrêt du 11 septembre 2008, Allemagne e.a./Kronofrance, C‑75/05 P et C‑80/05 P, EU:C:2008:482, point 38 et jurisprudence citée ; arrêt du 10 juillet 2012, Smurfit Kappa Group/Commission, T‑304/08, EU:T:2012:351, point 46).
37 En revanche, si une partie requérante met en cause le bien-fondé de la décision constatant que la mesure en cause ne constitue pas une aide au terme de l’examen préliminaire, le simple fait qu’elle puisse être considérée comme intéressée au sens de l’article 108, paragraphe 2, TFUE ne saurait suffire pour que soit admise la recevabilité du recours. Elle doit alors démontrer qu’elle bénéficie d’un statut particulier au sens de l’arrêt du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission (25/62, EU:C:1963:17, p. 197 et 223). Il en serait notamment ainsi dans le cas où la position de la partie requérante sur le marché serait substantiellement affectée par l’aide faisant l’objet de la décision en cause (arrêts du 11 septembre 2008, Allemagne e.a./Kronofrance, C‑75/05 P et C‑80/05 P, EU:C:2008:482, point 40 ; du 10 juillet 2012, Smurfit Kappa Group/Commission, T‑304/08, EU:T:2012:351, point 48, et du 6 mai 2019, Scor/Commission, T‑135/17, non publié, EU:T:2019:287, point 43).
– Sur l’invocation de la violation des droits consacrés par l’article 108, paragraphe 2, TFUE par la requérante
38 En premier lieu, la requérante estime que les éléments de nature à démontrer sa qualité pour agir figurent directement dans la requête. Ses droits procéduraux en tant que partie intéressée auraient été méconnus par la violation du principe du contradictoire ainsi que par l’application manifestement erronée du critère de l’opérateur en économie de marché. Il ressortirait expressément des arrêts du 21 mars 1990, Belgique/Commission (C‑142/87, EU:C:1990:125, points 5 et 9), et du 20 septembre 2018, Espagne/Commission (C‑114/17 P, EU:C:2018:753, point 18), que le principe du contradictoire est invoqué sur la base de l’article 108, paragraphe 2, TFUE. Le fait qu’elle ait le statut de partie intéressée serait également confirmé par les agissements de la Commission au cours de la phase précontentieuse, qui lui aurait fait part d’observations sans jamais contester son statut de partie intéressée et encore moins lui demander de s’en justifier.
39 L’affirmation selon laquelle ses droits procéduraux ont été méconnus serait étayée par le fait que, dans ses décisions provisoires, la Commission se serait exclusivement fondée sur le critère de la sélectivité. Il apparaîtrait donc contradictoire que, dans la décision attaquée, la Commission constate l’absence d’un avantage. Il serait incompréhensible qu’au vu des doutes manifestes qu’elle aurait éprouvés, la Commission n’ait pas ouvert la procédure formelle d’examen de l’article 108, paragraphe 2, TFUE. De même, il serait incompréhensible que la Commission prétende que la requérante « a eu amplement la possibilité, dans la présente affaire, de [lui] faire connaître son point de vue », alors que celui qu’elle était invitée à exprimer ainsi que les informations communiquées auraient porté sur la sélectivité et que l’affaire aurait été décidée à l’aune du critère de l’avantage.
40 En second lieu, la requérante invoque, aux points 4, 44 et 45 de la réplique, en renvoyant également à ses observations sur le mémoire en intervention, un moyen qu’elle qualifie de « nouveau ». Dans le cadre de celui-ci, elle soutient que, dans son mémoire en intervention, le gouvernement danois a fait état d’une série d’éléments nouveaux qui ne ressortent pas de la décision attaquée et sont essentiels pour l’appréciation de la présente affaire. Cela démontrerait que la Commission n’était pas suffisamment informée et qu’elle aurait dû ouvrir la procédure formelle d’examen prévue à l’article 108, paragraphe 2, TFUE, ce qui aurait permis de respecter ses droits procéduraux et ceux de ses membres.
41 La Commission conteste les arguments de la requérante. Elle soutient que celle-ci n’a pas fait valoir dans la requête que son recours visait à sauvegarder des droits procéduraux qui découlent de l’article 108, paragraphe 2, TFUE.
42 En l’espèce, la Commission affirme à bon droit qu’il ne ressort nullement de la requête que la requérante aurait, par l’introduction de son recours, cherché à contester l’absence d’ouverture de la phase formelle d’examen en faisant valoir une violation de ses droits procéduraux que lui confère l’article 108, paragraphe 2, TFUE, et dans le but de faire sauvegarder lesdits droits procéduraux.
43 En effet, la requérante soulève, dans le cadre de la requête, sept moyens, tirés, le premier, de la méconnaissance par la Commission du principe du contradictoire, le deuxième, de l’incompétence de la Commission à adopter la décision attaquée, le troisième, du fait que la mesure en question confère un avantage, le quatrième, du fait que la mesure en question est sélective, le cinquième, du fait que la mesure en question est octroyée par l’État avec des ressources de l’État, le sixième, du fait que la mesure en question fausse la concurrence, et, le septième, du fait que la mesure en question affecte les échanges entre les États membres.
44 Les troisième à septième moyens exposent donc les raisons pour lesquelles la requérante estime que la mesure en cause doit être qualifiée d’aide d’État. Le deuxième moyen met en question l’impartialité de l’auteur de la décision attaquée, dans la mesure où elle a été préparée par la direction générale (DG) « Concurrence » de la Commission et signée par le membre de la Commission chargé de la concurrence, qui a été membre du gouvernement danois, et à ce titre, « co‑responsable pour l’adoption de la mesure en question ». Ainsi, ces moyens ne concernent pas une éventuelle violation des droits procéduraux consacrés à l’article 108, paragraphe 2, TFUE en raison de l’absence d’ouverture de la phase formelle d’examen.
45 Dans la mesure où la requérante affirme, dans la réplique, avoir expressément indiqué dans la requête que, par son recours, elle visait à préserver ses droits procéduraux garantis par l’article 108, paragraphe 2, TFUE, elle fait référence au premier moyen, tiré d’une violation du principe du contradictoire. Or, dans le cadre de ce moyen, la requérante fait valoir une prétendue méconnaissance par la Commission du principe du contradictoire au cours de la phase préliminaire d’examen prévue à l’article 108, paragraphe 3, TFUE. En revanche, elle ne fait précisément pas valoir que, en raison de sa décision de ne pas ouvrir la procédure formelle d’examen prévue à l’article 108, paragraphe 2, TFUE, la Commission l’aurait privée de ses droits procéduraux que lui confère ledit article dans le cadre de la procédure formelle d’examen.
46 Cette conclusion est confirmée par l’argumentation de la requérante, dont il ressort que cette dernière ne distinguait pas entre les deux phases d’examen en matière de contrôle des aides d’État et ne se référait qu’à la « procédure contradictoire », la « phase décisive de la procédure suivie par la Commission », la « phase administrative supplémentaire de la procédure », la « clôture de la phase contradictoire à [son] égard » et la « phase administrative de la procédure », expressions censées désigner la procédure ayant conduit à l’adoption de la décision attaquée, voire les étapes de cette dernière. De même, la jurisprudence citée aux fins de la démonstration de la prétendue violation du principe du contradictoire (voir point 38 ci-dessus) concerne la phase formelle d’examen. Néanmoins, la requérante y renvoie, sans aucune réserve, aux fins de la contestation de la procédure ayant abouti à l’adoption de la décision attaquée.
47 La conclusion figurant aux points 45 et 46 ci-dessus n’est pas infirmée par les arguments exposés dans le mémoire en réplique, selon lesquels les éléments de nature à démontrer la qualité pour agir de la requérante figureraient directement aux points 6, 7, 10, 24 à 35 et 36 à 39 de la requête. Comme le soutient, en substance, la Commission, ces passages portent, premièrement, sur la description, par la requérante, des effets de la mesure en question (points 6 et 7 de la requête), deuxièmement, sur l’objectif essentiel de la plainte (point 10 de la requête), troisièmement, sur la prétendue violation du principe du contradictoire dans la procédure ayant abouti à l’adoption de la décision attaquée (points 24 à 35 de la requête, à savoir le premier moyen), et, quatrièmement, sur l’impartialité de l’auteur de la décision attaquée (points 36 à 39 de la requête, à savoir le deuxième moyen).
48 Par conséquent, faute d’avoir présenté un quelconque argument à cette fin, et ce bien que la jurisprudence constante exige clairement que la partie requérante soulève à cet effet de manière expresse un moyen, il n’appartient pas au Tribunal d’interpréter les moyens soulevés par la requérante dans la requête comme poursuivant, en substance, l’objectif de préserver les droits procéduraux découlant de l’article 108, paragraphe 2, TFUE, cette interprétation conduisant à une requalification de l’objet du recours (voir, en ce sens, arrêts du 24 mai 2011, Commission/Kronoply et Kronotex, C‑83/09 P, EU:C:2011:341, point 55 ; du 22 septembre 2011, Belgique/Deutsche Post et DHL International, C‑148/09 P, EU:C:2011:603, point 58 et jurisprudence citée, et du 10 juillet 2012, Smurfit Kappa Group/Commission, T‑304/08, EU:T:2012:351, point 50).
49 Cette conclusion ne saurait pas non plus être remise en cause par l’allégation formulée par la requérante dans le mémoire en réplique et dans ses observations sur le mémoire en intervention du Royaume de Danemark, selon laquelle les moyens figurant dans la requête sont révélateurs de doutes qui auraient dû mener à l’ouverture de la procédure formelle d’examen. En effet, la requérante ne saurait valablement requalifier, dans le cadre desdites écritures, les moyens figurant dans la requête alors qu’elle n’a fait valoir, au stade de celle-ci, aucun argument tiré de l’existence de doutes qui auraient imposé l’ouverture de la procédure formelle d’examen (voir, en ce sens, arrêt du 5 novembre 2014, Vtesse Networks/Commission, T‑362/10, EU:T:2014:928, points 76 et 77).
50 Par ailleurs, s’agissant du prétendu moyen nouveau soulevé par la requérante au stade de la réplique (voir point 40 ci-dessus), force est de constater que les arguments qu’elle invoque au soutien de celui-ci se confondent en réalité avec les arguments par lesquels elle vise à établir une violation du principe du contradictoire, ce dernier étant, selon elle, un des droits procéduraux consacrés au titre de l’article 108, paragraphe 2, TFUE. Or, ces derniers arguments ont été rejetés aux points 42 à 48 ci-dessus.
51 En tout état de cause, il convient d’ajouter que, conformément à une jurisprudence constante, l’indication, dans la requête, de l’objet du litige et l’exposé sommaire des moyens invoqués, prévus par l’article 76 du règlement de procédure du Tribunal, doivent être suffisamment clairs et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant, sans autres informations à l’appui (voir, en ce sens, arrêt du 5 octobre 2017, Ben Ali/Conseil, T‑149/15, non publié, EU:T:2017:693, point 33, et ordonnance du 19 novembre 2018, Iccrea Banca/Commission et CRU, T‑494/17, EU:T:2018:804, point 51). Il en résulte que, dans l’examen de la conformité de la requête avec les exigences de l’article 76 du règlement de procédure, le contenu de la réplique est, par hypothèse, dépourvu de pertinence (voir, en ce sens et par analogie, ordonnances du 19 mai 2008, TF1/Commission, T‑144/04, EU:T:2008:155, point 30 et jurisprudence citée, et du 9 janvier 2015, Internationaler Hilfsfonds/Commission, T‑482/12, non publiée, EU:T:2015:19, point 39).
52 En vertu de l’article 84, paragraphe 1, du règlement de procédure, la production de moyens nouveaux en cours d’instance est interdite sauf si ces moyens se fondent sur des éléments de droit et de fait qui se sont révélés pendant la procédure. Seul un moyen qui constitue l’ampliation d’un moyen énoncé antérieurement, directement ou implicitement, dans la requête introductive d’instance et qui présente un lien étroit avec celui-ci doit être déclaré recevable. Par ailleurs, les arguments dont la substance présente un lien étroit avec un moyen énoncé dans la requête introductive d’instance ne peuvent être considérés comme des moyens nouveaux et leur présentation est admise au stade de la réplique ou de l’audience (voir arrêt du 12 septembre 2012, Italie/Commission, T‑394/06, non publié, EU:T:2012:417, point 48 et jurisprudence citée ; arrêt du 28 février 2018, Vakakis kai Synergates/Commission, T‑292/15, EU:T:2018:103, point 50).
53 En l’espèce, d’une part, la requérante n’ayant pas expressément formé de moyen poursuivant ledit objectif de préservation de ses droits procéduraux dans la requête, son recours ne saurait être interprété d’une manière telle qu’elle aurait implicitement formulé un tel moyen (voir, en ce sens, ordonnance du 25 novembre 2016, Stichting Accolade/Commission, T‑598/15, non publiée, EU:T:2016:686, point 46). Il en est ainsi, à plus forte raison, puisque les objets respectifs du moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire dans la première phase de la procédure de contrôle des aides d’État, soulevé par la requérante, et de celui tiré de la violation des droits procéduraux spécifiques visés dans la seconde phase de cette procédure, sont différents. Les arguments présentés pour la première fois dans le mémoire en réplique et dans les observations de la requérante sur le mémoire en intervention du Royaume de Danemark ne constituent donc pas une ampliation d’un moyen soulevé implicitement dans la requête. En tout état de cause, il suffit de constater que la requérante n’a pas même allégué que lesdits arguments représentaient une ampliation d’un moyen énoncé dans la requête.
54 D’autre part, ces arguments ne sont pas non plus fondés sur des éléments de droit et de fait qui se seraient révélés pendant la procédure devant le Tribunal. La requérante renvoie, pour les détails des éléments qu’elle invoque à l’appui de son prétendu moyen nouveau, au point 4 de ses observations sur le mémoire en intervention du Royaume de Danemark.
55 À cet égard, en premier lieu, il suffit de rappeler, d’une part, que le critère de récupération des coûts, exprimant en d’autres termes l’obligation d’autofinancement de ces installations, a fait partie de l’examen de la Commission dans le cadre du test de l’opérateur en économie de marché. De même, il a été mentionné au point 67 de la requête.
56 D’autre part, l’objectif de l’incitation à la réduction de la consommation d’eau a été prévu dans le forslag nr. 222/2013 til lov om ændring ar lov om betalingsregler for spildevandsforsyningsselskaber m.v. (projet de la loi no 222/2013 modifiant la loi établissant les règles relatives aux contributions dues aux opérateurs de traitement des eaux usées) figurant à l’annexe A 2 à la requête. Il a d’ailleurs déjà été débattu par les parties pendant la procédure ayant mené à l’adoption de la décision attaquée, notamment dans les observations de la requérante à la Commission du 21 août 2014, présentées en annexe A 12 à la requête, et dans la réponse du gouvernement danois du 28 janvier 2015, présentée à l’annexe A 13 de la requête. Il est également mentionné au point 67 de la requête.
57 En deuxième lieu, le principe de la solidarité géographique et l’objectif de simplification administrative ont été débattus lors de la procédure ayant mené à l’adoption de la décision attaquée, notamment dans les observations de la requérante à la Commission du 21 août 2014, présentées en annexe A 12 à la requête et dans la réponse du gouvernement danois du 28 janvier 2015, présentée à l’annexe A 13 de la requête.
58 En troisième lieu, la circonstance que la contribution pour le traitement des eaux usées est déterminée par terrain découle de l’article 8 de bekendtgørelse nr. 1327 af 10. december 2014 om fastsættelse af den variable del af vandafledningsbidraget (l’arrêté de consolidation no 1327 du 10 décembre 2014 sur la détermination de la part variable de la contribution pour l’évacuation des eaux), adopté bien avant l’introduction du recours. La requérante ne saurait tirer profit de son éventuelle ignorance de cette règle, qu’elle aurait pu évoquer bien avant que le gouvernement danois ne s’y réfère dans son mémoire en intervention.
59 En quatrième lieu, le fait que les redevances diffèrent d’un opérateur d’installation de traitement des eaux à l’autre découle déjà des graphiques et des explications présentés dans la réponse du gouvernement danois du 28 janvier 2015, figurant à l’annexe A 13 de la requête. S’il convenait de comprendre l’argument de la requérante en ce sens qu’elle allègue que l’information nouvelle consiste en les raisons pour lesquelles les tarifs diffèrent d’un centre de traitement à l’autre, force est de constater qu’elle avait amplement le temps avant l’introduction du recours de s’en enquérir [voir, en ce sens, arrêt du 28 février 2017, Yingli Energy (China) e.a./Conseil, T‑160/14, non publié, EU:T:2017:125, points 267 à 270].
60 En cinquième lieu, le fait que les charges des opérateurs sont également financées par d’autres contributions, par exemple par une contribution spéciale pour le traitement des eaux usées particulièrement polluées, une contribution pour le raccordement, une contribution des riverains et, éventuellement, une contribution pour l’évacuation des eaux usées, est une information qui ressort clairement de la loi no 633/2010 établissant les règles relatives aux contributions dues aux sociétés de collecte et de traitement des eaux prévoyant six types de contribution pour les sociétés de traitement des eaux usées (voir point 2 ci-dessus et point 24 de la décision attaquée).
61 Partant, aucune des informations sur lesquelles la requérante fonde son prétendu moyen nouveau ne saurait être considérée comme ayant été révélée pendant la procédure devant le Tribunal.
62 Il y a donc lieu de constater que la requérante n’a pas, par l’introduction de son recours, cherché à contester l’absence d’ouverture de la phase formelle d’examen en faisant valoir une violation de ses droits procéduraux que lui confère l’article 108, paragraphe 2, TFUE, mais qu’elle souhaitait mettre en cause le bien-fondé de la décision attaquée.
– Sur l’affectation substantielle des membres de la requérante
63 Pour être recevable à demander l’annulation de la décision attaquée au regard des moyens qu’elle soulève, la requérante doit démontrer qu’elle a un statut particulier au sens de la jurisprudence issue de l’arrêt du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission (25/62, EU:C:1963:17, p. 197 et 223) (voir, en ce sens, ordonnance du 10 octobre 2017, Alex/Commission, T‑841/16, non publiée, EU:T:2017:724, point 60). Selon cette jurisprudence constante, les personnes physiques ou morales ne satisfont à la condition relative à l’affectation individuelle que si l’acte attaqué les atteint en raison de certaines qualités qui leur sont particulières ou d’une situation de fait qui les caractérise par rapport à toute autre personne et, de ce fait, les individualise de manière analogue à celle dont le destinataire le serait (arrêts du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission, 25/62, EU:C:1963:17, p. 223 ; du 3 octobre 2013, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Parlement et Conseil, C‑583/11 P, EU:C:2013:625, point 72, et du 27 février 2014, Stichting Woonpunt e.a./Commission, C‑132/12 P, EU:C:2014:100, point 57). Cette exigence est satisfaite, selon la jurisprudence, si la partie requérante démontre que sa position sur le marché est substantiellement affectée par l’aide faisant l’objet de la décision en cause, cette atteinte substantielle à sa position concurrentielle la distinguant des autres opérateurs affectés par ladite aide (voir, en ce sens, arrêt du 13 décembre 2005, Commission/Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum, C‑78/03 P, EU:C:2005:761, point 37 ; voir, également, arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 30 et jurisprudence citée, et ordonnance du 11 avril 2018, Abes/Commission, T‑813/16, non publiée, EU:T:2018:189, point 48 et jurisprudence citée). Ce n’est que si une telle affectation est établie que la circonstance qu’un nombre non défini d’autres concurrents peut, le cas échéant, invoquer un préjudice analogue ne constitue pas un obstacle à la recevabilité du recours de l’entreprise requérante (arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 56).
64 Le seul argument que la requérante avance expressément aux fins de démontrer l’affectation substantielle de ses membres est le fait que, au Danemark, le nombre d’animaux d’abattage et celui d’animaux abattus sont en baisse. Les membres de la requérante se verraient alors opposer des obstacles pour exercer une concurrence effective avec la société A pour un nombre d’animaux qui se réduit. Par conséquent, les membres de la requérante seraient substantiellement affectés par la mesure d’aide autorisée. La requérante précise que, en 2007, 21,3 millions de porcs et 492 000 génisses ont été abattus et que, en 2017, ces volumes n’ont été que de 17,4 millions de porcs et 471 000 génisses.
65 D’autres éléments que la requérante a fournis dans ses écritures peuvent être considérés comme apportant des arguments supplémentaires, même si elle ne les a pas présentés en relation avec une éventuelle affectation substantielle de ses membres. Ainsi, la requérante s’appuie sur :
– une estimation de la ministre de l’environnement danoise, présentée avant l’adoption de la loi no 902/2013, selon laquelle les petits abattoirs avec une consommation estimée à 2 000 m3 d’eau par an pourraient épargner avec le nouveau modèle par paliers environ 3 % de leurs coûts liés au traitement des eaux usées, les abattoirs de taille moyenne avec une consommation estimée à 17 000 m3 d’eau par an pourraient épargner avec ce modèle environ 10 % de ces coûts par an, et les grands abattoirs avec une consommation estimée à 450 000 m3 d’eau par an pourraient épargner environ 55 % de ces coûts par an ;
– une analyse, probablement établie par les soins de la requérante à partir de sources publiques auxquelles elle se réfère, selon laquelle les coûts moyens respectifs en termes de traitement des eaux usées par tête d’animal se situent aux niveaux de 6,12 DKK dans la première tranche, 4,87 DKK dans la deuxième tranche et 2,37 DKK dans la troisième tranche ; la grande entreprise bénéficierait donc d’un avantage compétitif compris entre 2,50 DKK et 3,75 DKK par tête d’animal d’abattage auprès de ses fournisseurs ;
– une information fournie par un employé de la requérante, sans indication de sources, selon laquelle la société A détient sur les marchés de l’abattage de porcs et de génisses respectivement 95 % et 63 %, et que le reste serait partagé parmi « quelques » 68 membres de la requérante.
66 La requérante allègue également et de manière générale que :
– les économies engendrées par les grandes entreprises réduisent considérablement les possibilités pour ses membres d’exercer une réelle concurrence avec la société A ;
– les matières premières et autres productions de ses membres sont achetés et vendus sur des marchés concurrentiels, en concurrence directe avec la société A , dont la part de marché lui conférerait une position dominante et quasi‑monopolistique, si bien que toute modification apportée aux conventions‑cadre applicables aux parties se répercuterait immédiatement sur les prix que les deux parties peuvent proposer à leurs fournisseurs et à leurs clients.
67 La Commission et le Royaume de Danemark soutiennent, en substance, que la requérante ne présente aucun élément de nature à justifier sa qualité pour agir.
68 À cet égard, il ressort d’une jurisprudence constante qu’il appartient à la partie requérante d’indiquer de façon pertinente les raisons pour lesquelles la décision de la Commission est susceptible de léser ses intérêts légitimes en affectant substantiellement sa position sur le marché en cause (voir arrêt du 22 novembre 2007, Espagne/Lenzing, C‑525/04 P, EU:C:2007:698, point 41 et jurisprudence citée ; arrêts du 10 février 2009, Deutsche Post et DHL International/Commission, T‑388/03, EU:T:2009:30, points 49 et 51, et du 12 juin 2014, Sarc/Commission, T‑488/11, non publié, EU:T:2014:497, point 33). Pour ce faire, la partie requérante doit établir l’importance de l’atteinte à sa position sur ce marché (voir, en ce sens, arrêts du 28 janvier 1986, Cofaz e.a./Commission, 169/84, EU:C:1986:42, point 28 ; du 20 décembre 2017, Binca Seafoods/Commission, C‑268/16 P, EU:C:2017:1001, point 59, et ordonnance du 27 mai 2004, Deutsche Post et DHL/Commission, T‑358/02, EU:T:2004:159, point 37). La seule circonstance qu’un acte est susceptible d’exercer une certaine influence sur les rapports de concurrence existant sur le marché pertinent et que l’entreprise concernée se trouvait dans une quelconque relation de concurrence avec le bénéficiaire de cet acte ne saurait en tout état de cause suffire pour que ladite entreprise puisse être considérée comme individuellement concernée par ledit acte (voir arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 47 et jurisprudence citée ; arrêts du 17 septembre 2015, Mory e.a./Commission, C‑33/14 P, EU:C:2015:609, point 99, et du 12 juin 2014, Sarc/Commission, T‑488/11, non publié, EU:T:2014:497, point 34).
69 En effet, une entreprise ne saurait se prévaloir uniquement de sa qualité de concurrente par rapport à l’entreprise bénéficiaire, mais doit établir, en outre, qu’elle est dans une situation de fait qui l’individualise d’une manière analogue à celle dont le destinataire d’une telle décision le serait (voir arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 48 et jurisprudence citée ; arrêt du 12 juin 2014, Sarc/Commission, T‑488/11, non publié, EU:T:2014:497, point 35, et ordonnance du 4 mai 2012, UPS Europe et United Parcel Service Deutschland/Commission, T‑344/10, non publiée, EU:T:2012:216, point 48).
70 L’atteinte à une position concurrentielle n’a pas nécessairement à être déduite d’éléments tels qu’une importante baisse du chiffre d’affaires, des pertes financières non négligeables ou encore une diminution significative des parts de marché à la suite de l’octroi de l’aide en question. L’octroi d’une aide d’État peut également porter atteinte à la situation concurrentielle d’un opérateur d’autres manières, notamment en provoquant un manque à gagner ou une évolution moins favorable que celle qui aurait été enregistrée en l’absence d’une telle aide. De même, l’intensité d’une telle atteinte est susceptible de varier selon un grand nombre de facteurs, tels que, notamment, la structure du marché en cause ou la nature de l’aide en question. La démonstration d’une atteinte substantielle portée à la position d’un concurrent sur le marché ne saurait être limitée à la présence de certains éléments indiquant une dégradation de ses performances commerciales ou financières (voir arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 53 et jurisprudence citée ; arrêts du 12 juin 2014, Sarc/Commission, T‑488/11, non publié, EU:T:2014:497, point 36, et du 26 septembre 2014, Dansk Automat Brancheforening/Commission, T‑601/11, EU:T:2014:839, point 42).
71 En l’espèce, en premier lieu, les chiffres relatifs aux parts de marché respectifs ne proviennent pas de sources vérifiables, voire objectives. La requérante a déclaré représenter des petits boucheries, abattoirs, grossistes et entreprises de transformation. Il ressort du dossier qu’elle considère que les abattoirs qu’elle représente subissent un désavantage en raison de l’aide alléguée, mais le dossier ne contient pas de liste de ses membres qui seraient lésés et se trouveraient alors substantiellement affectés par la mesure en question. La requérante n’a pas non plus précisé quels sont les produits et/ou services concrets sur le marché desquels ses membres et les bénéficiaires de l’aide alléguée se font concurrence. Si la requérante a fait valoir que ses membres et les grandes entreprises se font concurrence avec des produits comparables, tant sur le marché danois qu’à l’étranger, elle a également soutenu que ses membres subiraient, en raison de l’aide alléguée, un désavantage concurrentiel auprès des fournisseurs. Il n’est donc pas clair si l’affectation des membres de la requérante se situe, selon celle-ci, au niveau de l’approvisionnement ou de la vente des produits et/ou des services et, le cas échéant, de quels produits et/ou services il s’agirait concrètement. Le dossier ne contient pas non plus de factures ou d’autres moyens de preuve qui attesteraient le paiement des redevances pour le traitement des eaux usées montrant leur consommation annuelle et surtout quelle tranche tarifaire a été appliquée. De manière générale, alors que la requérante doit démontrer que ses membres seraient recevables à introduire le présent recours, le dossier ne contient aucun détail sur ces membres et les charges dont ils sont concrètement redevables.
72 La mesure en question est d’application générale, si bien que tout consommateur d’eau ou tout émetteur d’eaux usées peut en bénéficier s’il atteint un certain niveau de consommation. Néanmoins, le présent recours apparaît fondé sur une prémisse selon laquelle les membres de la requérante sont a priori et de facto exclus du bénéfice de la troisième tranche de la tarification en question, tandis que la société A en bénéficie pleinement. Toutefois, le dossier n’en atteste aucunement. L’absence de toute précision de la part de la requérante est d’autant plus pesante que le gouvernement danois a indiqué dans ses observations du 28 janvier 2015 figurant à l’annexe A 13 de la requête qu’il existe au Danemark approximativement 1 300 entreprises qui déversent plus de 20 000 m3 d’eaux usées par an, et auxquelles s’applique, par conséquent, également le tarif pour la troisième tranche.
73 En deuxième lieu, la requérante ne présente aucune analyse fondée sur des données vérifiables quant à la répercussion des redevances pour le traitement des eaux usées sur les prix que ses membres peuvent effectivement facturer à leurs clients ou offrir à leurs fournisseurs (voir la jurisprudence citée au points 68 à 70 ci‑dessus) et sur l’affectation que cela peut avoir sur la position de ses membres sur le marché. En outre, étant donné que le poids desdits animaux à l’abattage est égal ou supérieur à environ 90 kg, il n’a aucunement été démontré qu’une différence de redevance de maximum 3,75 DKK, soit d’environ 0,4875 euros par animal abattu, pourrait exercer une influence significative sur les rapports de concurrence, à les supposer établis, entre les membres de la requérante et le(s) bénéficiaire(s) présumé(s) de l’aide d’État alléguée (voir, par analogie, arrêt du 15 janvier 2013, Aiscat/Commission, T‑182/10, EU:T:2013:9, point 68).
74 En troisième lieu, le dossier ne contient aucune analyse du chiffre d’affaires ou des recettes des membres de la requérante.
75 En quatrième lieu, le dossier ne comporte pas non plus d’évaluation concrète des prétendus effets de la mesure sur les parts de marché respectives des membres de la requérante et du/des bénéficiaire(s) présumé(s) de la mesure en question.
76 En cinquième lieu, la mesure en question se traduit, selon les dires de la requérante, par une diminution du montant des redevances, non seulement pour la société A ou pour des grands consommateurs d’eau, mais également pour les abattoirs de petite ou moyenne taille, bien que dans une moindre mesure. Or, la requérante ne présente aucune analyse quant à la question de savoir, si, eu égard à la prétendue dimension européenne du marché en question, les désavantages en termes de compétitivité qui pourraient résulter d’une diminution plus conséquente des coûts pour les grandes entreprises danoises l’emportent de manière certaine sur les avantages découlant des diminutions des coûts, susceptibles de bénéficier aux petites et moyennes entreprises, qui pourraient les favoriser par rapport aux entreprises concurrentes établies dans d’autres États membres.
77 Partant, si la requérante a, certes, fait valoir que ses membres se trouvaient en relation de concurrence avec les abattoirs de grande taille qui profitent de l’aide alléguée, elle est restée en défaut d’établir un effet concret de l’aide alléguée sur ses membres et sur leur propre position concurrentielle sur le marché concerné (voir, en ce sens et par analogie, ordonnance du 28 septembre 2018, Lux‑Rehab Non‑Profit/Commission, T‑710/17, non publiée, EU:T:2018:630, points 27 à 31).
78 Il s’ensuit que les éléments avancés par la requérante ne suffisent pas à démontrer que la position concurrentielle de ses membres sur le marché est substantiellement affectée et qu’ils sont ainsi individuellement concernés par la décision attaquée.
79 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par la référence effectuée par la requérante à l’arrêt du 16 mars 2004, Danske Busvognmænd/Commission (T‑157/01, EU:T:2004:76, points 39 et 40). Au point 41 dudit arrêt, le Tribunal a rejeté la thèse de la Commission selon laquelle le contrôle du Tribunal devait être réduit à la question de savoir si la Commission aurait dû ouvrir la procédure formelle d’examen prévu à l’article 108, paragraphe 2, TFUE. En effet, si la requérante dans ladite affaire a reproché à la Commission de ne pas avoir ouvert cette procédure, elle soulevait des moyens supplémentaires tirés, notamment, de la violation d’autres principes et dispositions du droit de l’Union. En se référant à son arrêt du 5 décembre 2002, Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum/Commission (T‑114/00, EU:T:2002:298, point 78), à l’époque sous pourvoi, le Tribunal a jugé que ledit recours servait les intérêts de cette requérante et ceux de ses membres qui se trouvaient dans une situation concurrentielle par rapport au bénéficiaire de l’aide alléguée, si bien qu’il était loisible à ladite requérante d’invoquer n’importe lequel des motifs d’illégalité énumérés à l’article 263, deuxième alinéa, TFUE, pour autant qu’ils visent à l’annulation totale ou partielle de la décision attaquée, sans être limitée à se prévaloir de la violation des droits procéduraux prévus par l’article 108, paragraphe 2, TFUE.
80 Or, c’est précisément dans le cadre de l’affaire Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum/Commission que la Cour a annulé, par son arrêt du 13 décembre 2005, Commission/Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum (C‑78/03 P, EU:C:2005:761), l’arrêt du 5 décembre 2002, Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum/Commission (T‑114/00, EU:T:2002:298), et a précisé, au point 35 de son arrêt, que, lorsque, sans ouvrir la procédure formelle d’examen prévue à l’article 108, paragraphe 2, TFUE, la Commission constate, par une décision prise sur le fondement du paragraphe 3 du même article, qu’une aide est compatible avec le marché commun, les bénéficiaires de ces garanties de procédure ne peuvent en obtenir le respect que s’ils ont la possibilité de contester devant le juge de l’Union cette décision. Pour ces motifs, celui-ci déclare recevable un recours visant à l’annulation d’une telle décision, introduit par un intéressé au sens de l’article 108, paragraphe 2, TFUE, lorsque l’auteur de ce recours tend, par l’introduction de celui-ci, à faire sauvegarder les droits procéduraux qu’il tire de cette dernière disposition. Au point 37 de l’arrêt du 13 décembre 2005, Commission/Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum (C‑78/03 P, EU:C:2005:761), la Cour a précisé qu’en revanche, si le requérant met en cause le bien-fondé de la décision d’appréciation de l’aide en tant que telle, le simple fait qu’il puisse être considéré comme intéressé au sens de l’article 108, paragraphe 2, TFUE ne saurait suffire pour admettre la recevabilité du recours. Il doit alors démontrer qu’il a un statut particulier au sens de la jurisprudence issue de l’arrêt du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission (25/62, EU:C:1963:17, p. 197 et 223), précitée. Il en serait notamment ainsi au cas où la position sur le marché du requérant serait substantiellement affectée par l’aide faisant l’objet de la décision en cause.
81 Il s’ensuit que non seulement la requérante dans l’affaire T‑157/01 avait, contrairement à la requérante dans la présente affaire, soulevé un moyen tiré de l’omission d’ouvrir la procédure formelle d’examen, mais que l’approche jadis plus large du Tribunal a été infirmée par la Cour dans sa jurisprudence Commission/Aktionsgemeinschaft Recht und Eigentum.
82 Partant, il n’y a plus besoin de se prononcer, dans le cadre de l’examen du deuxième cas de figure prévu à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, sur la condition relative à l’affectation directe de la requérante.
Sur la qualité pour agir en vertu du troisième cas de figure prévu à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE
83 En se référant à l’arrêt du 26 septembre 2014, Dansk Automat Brancheforening/Commission (T‑601/11, EU:T:2014:839, point 59), la Commission, soutenue par le Royaume de Danemark, considère que la requérante aurait pu introduire une action en constatation devant les juridictions danoises pour contester la compatibilité de la loi no 902/2013 avec le droit de l’Union. Les membres de la requérante auraient pu, par conséquent, accéder au juge national sans être contraints d’enfreindre le droit, puisqu’ils auraient pu faire valoir, dans le cadre d’un recours devant les juridictions nationales, l’invalidité de la décision attaquée et amener celles-ci à interroger, sur le fondement de l’article 267 TFUE, la Cour par la voie de questions préjudicielles.
84 La requérante fait valoir que ses intérêts ne seraient pas suffisamment protégés par la possibilité de saisir les juridictions danoises d’une action en constatation en vue de l’amener à saisir la Cour d’une question préjudicielle, sur la compatibilité du modèle par paliers avec le droit de l’Union.
85 En premier lieu, une telle possibilité serait sans incidence sur la question de savoir si la requérante a qualité pour agir. S’il devait en être autrement, « la réponse du Tribunal à la question de la qualité pour agir de la requérante au regard de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE serait illusoire », car la Commission pourrait systématiquement refuser la reconnaissance de cette qualité en invoquant le fait que tout requérant peut toujours saisir le juge national.
86 En deuxième lieu, la jurisprudence invoquée par la Commission ne serait pas pertinente, puisqu’elle concernerait une situation qui n’est pas comparable à la présente affaire. En effet, l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 26 septembre 2014, Dansk Automat Brancheforening/Commission (T‑601/11, EU:T:2014:839), porterait sur un acte réglementaire mettant en œuvre le droit de l’Union, à la différence de la présente affaire où le modèle par paliers s’inscrirait dans le cadre d’un régime purement national n’appelant pas de mesures d’exécution.
87 En troisième lieu, afin d’obtenir gain de cause dans une action en constatation devant les juridictions danoises, celles-ci devraient écarter l’autorisation du modèle par paliers qui aurait été donnée par la Commission. Or, seul le juge de l’Union serait compétent pour constater l’invalidité d’un acte de l’Union tel que la décision attaquée. En l’occurrence, la Commission, tout comme le gouvernement danois, refuseraient de communiquer les documents sur lesquels se fonde la décision attaquée. La possibilité d’obtenir une protection juridictionnelle efficace, par la voie d’un renvoi préjudiciel, serait inexistante.
88 Ainsi, l’accès formel aux juridictions danoises ne satisferait pas aux obligations découlant du droit à une protection juridictionnelle effective au sens de l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et de l’article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950.
89 Au titre de l’article 263, quatrième alinéa, troisième membre de phrase, TFUE, un recours en annulation n’est recevable que s’il est dirigé contre un acte réglementaire qui concerne directement la partie requérante et qui ne comporte pas de mesures d’exécution.
– Sur la première condition, concernant la qualification de la décision attaquée d’acte réglementaire
90 Les actes réglementaires, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, sont des actes de portée générale, à l’exclusion des actes législatifs (arrêt du 3 octobre 2013, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Parlement et Conseil, C‑583/11 P, EU:C:2013:625, point 60). La distinction entre un acte législatif et un acte réglementaire repose, selon le traité FUE, sur le critère de la procédure, législative ou non, ayant mené à son adoption (ordonnance du 6 septembre 2011, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Parlement et Conseil, T‑18/10, EU:T:2011:419, point 65 ; voir, également, ordonnance du 2 avril 2020, Gerber/Parlement et Conseil, T‑326/19, non publiée, EU:T:2020:142, point 43 et jurisprudence citée).
91 En l’espèce, la décision attaquée n’ayant pas été adoptée dans le cadre d’une procédure législative, elle ne constitue pas un acte législatif au sens de l’article 297 TFUE. Il convient, par conséquent, d’examiner si la décision attaquée revêt une portée générale.
92 Selon la jurisprudence, un acte, y compris une décision de la Commission en matière d’aides d’État, a une portée générale s’il s’applique à des situations déterminées objectivement et s’il produit des effets juridiques à l’égard de catégories de personnes envisagées de manière générale et abstraite (voir arrêts du 17 mars 2011, AJD Tuna, C‑221/09, EU:C:2011:153, point 51 et jurisprudence citée, et du 15 septembre 2016, Ferracci/Commission, T‑219/13, EU:T:2016:485, point 52 et jurisprudence citée).
93 Tel n’est pas le cas d’une décision par laquelle la Commission constate la compatibilité d’une aide d’État individuelle avec le marché intérieur (ordonnances du 10 octobre 2017, Greenpeace Energy/Commission, C‑640/16 P, EU:C:2017:752, point 26 ; du 3 avril 2014, CFE-CGC France Télécom-Orange/Commission, T‑2/13, non publiée, EU:T:2014:226, point 28, et arrêt du 3 décembre 2014, Castelnou Energía/Commission, T‑57/11, EU:T:2014:1021, point 23).
94 En revanche, la Cour a itérativement jugé, dans le domaine des aides d’État, que les décisions de la Commission qui ont pour objet d’autoriser ou d’interdire un régime national revêtent une portée générale. Cette portée générale résulte du fait que de telles décisions s’appliquent à des situations déterminées objectivement et comportent des effets juridiques à l’égard d’une catégorie de personnes envisagées de manière générale et abstraite (voir, en ce sens, arrêt du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 31 ; voir, également, arrêts du 17 septembre 2009, Commission/Koninklijke FrieslandCampina, C‑519/07 P, EU:C:2009:556, point 53 et jurisprudence citée, et du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, points 30 à 32 et jurisprudence citée).
95 En l’espèce, la décision attaquée a pour objet d’examiner, au regard de l’article 107 TFUE, si une réglementation nationale appliquée à un nombre indéterminé de personnes envisagées de manière générale et abstraite comporte des éléments d’aide d’État. Eu égard à la nature de la compétence dont est investie la Commission en vertu des dispositions du traité relatives aux aides d’État, une telle décision reflète, même si elle n’a qu’un seul destinataire, la portée des instruments nationaux faisant l’objet de l’examen effectué par cette institution, que ce soit pour accorder l’autorisation nécessaire afin qu’une mesure d’aide soit appliquée ou bien pour édicter les conséquences découlant de son éventuel caractère illégal ou incompatible avec le marché intérieur. Or, les instruments en question ont précisément une portée générale, dès lors que les opérateurs relevant de leur champ d’application sont définis de manière générale et abstraite (voir, en ce sens, arrêts du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, points 36 à 39, et du 15 septembre 2016, Ferracci/Commission, T‑219/13, EU:T:2016:485, point 53).
96 Au vu des considérations qui précèdent, il y a lieu de constater que la décision attaquée revêt une portée générale sans être un acte législatif et qu’elle constitue, par conséquent, un acte réglementaire au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE (voir, en ce sens, arrêt du 15 septembre 2016, Ferracci/Commission, T‑219/13, EU:T:2016:485, points 54 et 55).
– Sur la deuxième condition, concernant l’affectation directe de la requérante par la décision attaquée
97 Selon une jurisprudence constante de la Cour, la condition selon laquelle une personne physique ou morale doit être directement concernée par la décision faisant l’objet du recours, telle que prévue à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, requiert que deux critères soient cumulativement réunis, à savoir que la mesure contestée, d’une part, produise directement des effets sur la situation juridique du particulier et, d’autre part, ne laisse aucun pouvoir d’appréciation aux destinataires chargés de sa mise en œuvre, celle-ci ayant un caractère purement automatique et découlant de la seule réglementation de l’Union, sans application d’autres règles intermédiaires (arrêts du 13 octobre 2011, Deutsche Post et Allemagne/Commission, C‑463/10 P et C‑475/10 P, EU:C:2011:656, point 66, et du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, point 42).
98 Quant à la seconde condition énoncée au point précédent, il importe de constater que, eu égard à la nature de la décision attaquée, qui permet au Royaume de Danemark d’appliquer le modèle par paliers dans le cadre de son régime de contributions pour le traitement des eaux usées, ne comportant pas, selon la Commission, d’élément d’aide, cette décision déploie ses effets juridiques de manière purement automatique en vertu de la seule réglementation de l’Union et sans application d’autres règles intermédiaires, permettant ainsi audit État membre d’appliquer ledit régime des contributions (voir, en ce sens, arrêt du 15 septembre 2016, Ferracci/Commission, T‑219/13, EU:T:2016:485, point 48).
99 Quant à la première condition énoncée au point 97 ci-dessus, s’agissant spécifiquement des règles relatives aux aides d’État, il convient de souligner que celles-ci ont pour objectif de préserver la concurrence. Ainsi, dans ce domaine, le fait qu’une décision de la Commission laisse entiers les effets de mesures nationales dont la partie requérante a, dans une plainte adressée à cette institution, fait valoir qu’elles n’étaient pas compatibles avec cet objectif et la plaçait dans une situation concurrentielle désavantageuse permet de conclure que cette décision affecte directement sa situation juridique, en particulier son droit, résultant des dispositions du traité FUE en matière d’aides d’État, à ne pas subir une concurrence faussée par les mesures nationales en cause (voir arrêt du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, point 43 et jurisprudence citée).
100 Il y a également lieu de rappeler qu’un concurrent du bénéficiaire d’une aide est directement concerné par une décision de la Commission autorisant un État membre à verser celle-ci lorsque la volonté dudit État d’y procéder ne fait nul doute (voir, en ce sens, arrêts du 28 janvier 1986, Cofaz e.a./Commission, 169/84, EU:C:1986:42, point 30 ; du 6 juillet 1995, AITEC e.a./Commission, T‑447/93 à T‑449/93, EU:T:1995:130, point 41, et du 22 octobre 1996, Skibsværftsforeningen e.a./Commission, T‑266/94, EU:T:1996:153, point 49).
101 S’il n’appartient pas au juge de l’Union, au stade de l’examen de la recevabilité, de se prononcer de façon définitive sur les rapports de concurrence entre une partie requérante et les bénéficiaires des mesures nationales appréciées dans une décision de la Commission en matière d’aides d’État, telle que la décision attaquée (voir, en ce sens, arrêts du 28 janvier 1986, Cofaz e.a./Commission, 169/84, EU:C:1986:42, point 28 ; du 20 décembre 2017, Binca Seafoods/Commission, C‑268/16 P, EU:C:2017:1001, point 59, et ordonnance du 17 mai 2019, Deutsche Lufthansa/Commission, T‑764/15, non publiée, sous pourvoi, EU:T:2019:349, point 114), l’affectation directe d’une telle partie requérante ne saurait toutefois être inférée de la seule potentialité d’une relation de concurrence, résultant par exemple de ce que les services offerts par le bénéficiaire de l’aide et la partie requérante sont semblables (voir, en ce sens, arrêt du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, point 46).
102 En effet, dans la mesure où la condition relative à l’affectation directe exige que la décision attaquée produise directement des effets sur la situation juridique de la partie requérante, le juge de l’Union est tenu de vérifier si cette dernière a exposé de façon pertinente les raisons pour lesquelles la décision de la Commission est susceptible de la placer dans une situation concurrentielle désavantageuse et, partant, de produire des effets sur sa situation juridique (arrêt du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, point 47).
103 En l’espèce, la requérante n’a pas démontré que ses membres, voire lesquels d’entre eux, seraient concrètement affectés par la mesure en question et encore moins quelles seraient les conséquences de celle-ci sur leur position concurrentielle (voir points 71 à 77 ci‑dessus). La requérante n’a donc pas établi de façon pertinente que la décision attaquée était susceptible de placer ses membres dans une situation concurrentielle désavantageuse et que, partant, cette décision affectait directement leur situation juridique, en particulier leur droit à ne pas subir sur le marché pertinent une concurrence faussée par ladite mesure.
104 Il s’ensuit que la requérante n’a pas démontré que la décision attaquée produisait directement des effets sur la situation juridique de ses membres.
105 Partant, il n’est plus besoin de se prononcer sur la troisième condition, concernant l’absence de mesures d’exécution de la décision attaquée.
106 Il résulte de tout ce qui précède que le recours doit être rejeté comme irrecevable.
Sur les dépens
107 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. En outre, l’article 138, paragraphe 1, du règlement de procédure prévoit que les États membres et les institutions qui sont intervenus au litige supportent leurs propres dépens.
108 La requérante ayant succombé en ses conclusions, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la Commission, conformément aux conclusions de cette dernière.
109 Quant au Royaume de Danemark, il supportera ses propres dépens afférents à son intervention.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (troisième chambre)
ordonne :
1) Le recours est rejeté.
2) Danske Slagtermestre supportera ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la Commission européenne.
3) Le Royaume de Danemark supportera ses propres dépens.
Fait à Luxembourg, le 1er décembre 2020.
| Le greffier | Le président |
| E. Coulon | A. M. Collins |
* Langue de procédure : le danois.
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
18/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Demande de décision préjudicielle, introduite par des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 17 décembre 2020.#Commission européenne contre Hongrie.#Manquement d’État – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Politiques relatives aux contrôles aux frontières, à l’asile et à l’immigration – Directives 2008/115/CE, 2013/32/UE et 2013/33/UE – Procédure d’octroi d’une protection internationale – Accès effectif – Procédure à la frontière – Garanties procédurales – Placement obligatoire dans des zones de transit – Rétention – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Recours introduits contre les décisions administratives rejetant la demande de protection internationale – Droit de demeurer sur le territoire.#Affaire C-808/18.
17/12/2020