| CELEX | 62018TO0755 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 20 août 2020 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ORDONNANCE DU TRIBUNAL (neuvième chambre élargie)
20 août 2020 (*)
« Recours en annulation et en indemnité – Agriculture biologique – Production animale – Règles de production exceptionnelles applicables en cas de non‑disponibilité d’intrants agricoles biologiques – Utilisation d’animaux non biologiques – Prolongation de la période d’application des règles de production exceptionnelles – Défaut d’affectation directe – Absence de violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit conférant des droits aux particuliers – Recours en partie manifestement irrecevable et en partie manifestement dépourvu de tout fondement en droit »
Dans l’affaire T‑755/18,
FL Brüterei M-V GmbH, établie à Finkenthal (Allemagne),
Erdegut GmbH, établie à Finkenthal,
Ökofarm Groß Markow GmbH, établie à Lelkendorf (Allemagne),
représentées par Me H. Schmidt, avocat,
parties requérantes,
contre
Commission européenne, représentée par M. A. Dawes, Mme B. Eggers et M. B. Hofstötter, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
ayant pour objet, d’une part, une demande fondée sur l’article 263 TFUE et tendant à l’annulation de l’article 1er, paragraphe 4, du règlement d’exécution (UE) 2018/1584 de la Commission, du 22 octobre 2018, modifiant le règlement (CE) no 889/2008 portant modalités d’application du règlement (CE) no 834/2007 du Conseil relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles (JO 2018, L 264, p. 1), et, d’autre part, une demande fondée sur l’article 268 TFUE et tendant à obtenir réparation, premièrement, du préjudice prétendument subi par les requérantes en raison de l’adoption dudit article et, deuxièmement, du préjudice prétendument subi par FL Brüterei M‑V au motif de l’omission de la Commission de veiller au respect par les autorités des Pays‑Bas de l’article 42 du règlement (CE) no 889/2008 de la Commission, du 5 septembre 2008, portant modalités d’application du règlement (CE) no 834/2007 du Conseil relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles (JO 2008, L 250, p. 1),
LE TRIBUNAL (neuvième chambre élargie),
composé de M. S. Papasavvas, président, Mmes M. J. Costeira, M. Kancheva (rapporteur), M. B. Berke et Mme T. Perišin, juges,
greffier : M. E. Coulon,
rend la présente
Ordonnance
Antécédents du litige
1 Les requérantes, FL Brüterei M‑V GmbH, Erdegut GmbH et Ökofarm Groß Markow GmbH, sont des entreprises allemandes qui opèrent dans le secteur de la production de poussins biologiques.
2 En particulier, Erdegut et Ökofarm Groß Markow sont des exploitations agricoles qui élèvent des géniteurs biologiques aux fins de la production d’œufs à couver susceptibles de donner naissance à des poussins biologiques. Ces poussins, en raison de leur disposition génétique, sont adaptés à l’élevage biologique de poulettes pondeuses. Les œufs des sociétés Erdegut et Ökofarm Groß Markow sont livrés à FL Brüterei M‑V, entreprise consacrée à l’achat d’œufs à couver, à la couvaison d’œufs et à la vente de poussins à des élevages biologiques de poulettes destinées à la production d’œufs. Dans le cadre de ses tâches, FL Brüterei M‑V communique régulièrement à l’agence de coordination responsable des territoires allemand, autrichien et néerlandais les quantités d’œufs à couver disponibles dans le but de gérer son stock en tenant compte des besoins des producteurs par rapport aux dates d’éclosion.
3 Le 12 janvier 2016, FL Brüterei M‑V a introduit une plainte auprès de la Commission européenne contre le Royaume des Pays‑Bas en raison de la prétendue violation par ledit État des obligations découlant du règlement (CE) no 834/2007 du Conseil, du 28 juin 2007, relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) no 2092/91 (JO 2007, L 189, p. 1) et du règlement (CE) no 889/2008 de la Commission, du 5 septembre 2008, portant modalités d’application du règlement no 834/2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles (JO 2008, L 250, p. 1). En substance, FL Brüterei M‑V a fait grief aux autorités néerlandaises d’appliquer sans justification les dérogations prévues à l’article 42 du règlement no 889/2008 aux fins d’autoriser les éleveurs biologiques de poulettes destinées à la production d’œufs à utiliser des poussins conventionnels au lieu de les inciter, conformément à ladite disposition, à utiliser les poussins élevés selon le mode biologique disponibles sur le marché.
4 Le 20 mai 2016, la Commission a communiqué à FL Brüterei M‑V la transmission de sa plainte aux autorités néerlandaises, en vue de l’ouverture d’une procédure EU-Pilot et de l’obtention de renseignements de leur part.
5 Le 7 octobre 2016, à la suite de la réponse reçue des autorités néerlandaises, la Commission a informé FL Brüterei M‑V que, selon l’organisme de contrôle responsable de l’agriculture biologique aux Pays‑Bas, d’abord, aucune dérogation visant des poulettes de moins de 18 semaines destinées à la production d’œufs n’aurait été octroyée au titre de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, étant donné la disponibilité d’une quantité suffisante de volailles issues de l’élevage biologique. Ensuite, s’agissant des poussins de moins de trois jours, des autorisations dérogatoires par groupes auraient été octroyées conformément à l’article 42, sous a), du règlement no 889/2008 jusqu’à une date récente, justifiées par l’absence d’une quantité suffisante de ce genre de poussins sur le marché néerlandais. Cette autorisation dérogatoire par groupes aurait cependant été abrogée et ne serait plus en vigueur. Enfin, les autorités néerlandaises auraient assuré que les éleveurs biologiques de poulettes destinées à la production d’œufs ne pourraient désormais se prévaloir des dérogations de l’article 42 du règlement no 889/2008 qu’à titre individuel et à la condition de prouver qu’ils n’étaient pas en mesure de se procurer des poussins biologiques.
6 Les 17 octobre, 24 octobre et 8 novembre 2016, FL Brüterei M‑V a réitéré ses demandes de renseignements auprès de l’organisme de contrôle responsable de l’agriculture biologique aux Pays Bas, de la Commission et du ministère néerlandais pour l’agriculture biologique, en particulier quant au nombre de dérogations octroyées par les autorités des Pays-Bas sur le fondement de l’article 42 du règlement no 889/2008. Le 5 janvier 2017, FL Brüterei M‑V s’est également adressée au Médiateur européen à ce sujet.
7 Les 26 janvier et 20 juin 2017, la Commission a informé FL Brüterei M‑V qu’elle avait transmis des demandes de renseignements supplémentaires aux autorités néerlandaises et que, d’après leurs réponses, tout d’abord, seules des dérogations individuelles auraient été accordées aux éleveurs biologiques de poulettes destinées à la production d’œufs. De telles dérogations seraient fondées, conformément à l’article 42 du règlement no 889/2008, sur le critère de l’absence d’une quantité suffisante de poussins biologiques sur le marché. Ensuite, les autorités néerlandaises auraient expliqué que, eu égard au manque de précision de l’article 42 du règlement no 889/2008 à propos dudit critère, elles le considéraient comme satisfait lorsque les éleveurs biologiques avaient démontré avoir contacté, sans succès, au moins trois exploitations d’élevage en vue de se procurer des poussins biologiques. Enfin, les autorités néerlandaises auraient confirmé que, pour chaque dérogation octroyée jusqu’à cette date, trois exploitations d’élevage avaient été contactées par les bénéficiaires desdites dérogations. À la lumière de toutes ces informations, la Commission a précisé à FL Brüterei M‑V qu’aucun élément n’attestait de la violation de l’article 42 du règlement no 889/2008 par les autorités néerlandaises et que, par conséquent, aucune procédure en manquement ne serait ouverte contre le Royaume des Pays‑Bas.
8 Le 6 juillet 2017, FL Brüterei M‑V a demandé à la Commission de reconsidérer sa position. À cet égard, elle a notamment fait valoir que l’application du critère de l’absence de quantité suffisante de poussins biologiques sur le marché par les autorités néerlandaises aux fins d’octroyer des dérogations sur la base de l’article 42 du règlement no 889/2008 permettait aux éleveurs biologiques des Pays-Bas de s’adresser à trois fournisseurs de leur choix, tout en sachant au préalable que ceux-ci ne fournissaient pas de poussins biologiques. En outre, FL Brüterei M‑V a souligné que les besoins de poussins biologiques des éleveurs néerlandais pouvaient être satisfaits, pour la plupart, par la capacité de production des couvoirs allemands, comme elle-même, de telle sorte qu’une quantité suffisante de ce genre de volailles pouvait être considérée comme étant disponible sur le marché. FL Brüterei M-V a ajouté que, pour aboutir à cette fin, les éleveurs néerlandais n’avaient qu’à s’adresser à l’agence de coordination intervenant dans ce domaine en demandant le nombre de poussins biologiques disponibles à proximité, notamment en Allemagne.
9 Le 18 décembre 2017, la Commission a répondu à FL Brüterei M‑V en maintenant, en substance, la position exprimée le 20 juin 2017.
10 Le 19 décembre 2017 ainsi qu’au cours de l’année 2018, FL Brüterei M-V s’est à nouveau adressée à la Commission en lui demandant de rouvrir la procédure en manquement contre le Royaume des Pays‑Bas. Pour sa part, la Commission a réitéré, les 30 janvier et 2 mai 2018, qu’aucun indice d’une infraction au droit de l’Union européenne ne pouvait être constaté de la part du Royaume des Pays‑Bas, raison pour laquelle l’ouverture d’une procédure en manquement n’était, à son avis, pas justifiée.
11 La Commission a adopté le règlement d’exécution (UE) 2018/1584, du 22 octobre 2018, modifiant le règlement no 889/2008 (JO 2018, L 264, p. 1), dont l’article 1er, paragraphe 4, prévoit la prolongation, pour une quatrième fois et jusqu’au 31 décembre 2020, de l’applicabilité des dérogations prévues par l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, limitées auparavant au 31 décembre 2018 (ci-après la « disposition attaquée »). Le règlement d’exécution 2018/1584 est entré en vigueur le 12 novembre 2018.
Procédure et conclusions des parties
12 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 22 décembre 2018, les requérantes ont introduit le présent recours. Le mémoire en défense, la réplique et la duplique ont été déposés respectivement les 1er avril, 15 mai et 2 juillet 2019.
13 Dans le cadre des mesures d’organisation de la procédure prévues à l’article 89 de son règlement de procédure, le Tribunal a invité les parties à répondre à deux questions et à produire certains documents. Les parties ont déféré à cette demande dans les délais impartis.
14 Sur proposition de la neuvième chambre, le Tribunal a décidé, en application de l’article 28 du règlement de procédure, de renvoyer l’affaire devant une formation de jugement élargie.
15 Les requérantes concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la disposition attaquée ;
– condamner la Commission à réparer les préjudices subis du fait de l’adoption de la disposition attaquée et du fait de l’omission de veiller au respect de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 par les autorités des Pays Bas.
16 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner les requérantes aux dépens.
En droit
17 En vertu de l’article 126 du règlement de procédure, lorsque le Tribunal est manifestement incompétent pour connaître d’un recours ou lorsqu’un recours est manifestement irrecevable ou manifestement dépourvu de tout fondement en droit, le Tribunal peut, sur proposition du juge rapporteur, à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
18 En l’espèce, le Tribunal, s’estimant suffisamment éclairé par les pièces du dossier, décide de statuer sans poursuivre la procédure.
19 Par leur recours, les requérantes visent, premièrement, l’annulation de la disposition attaquée, deuxièmement, la réparation du préjudice prétendument subi en raison de l’adoption de cette disposition et, troisièmement, la réparation du préjudice prétendument subi par FL Brüterei M‑V au motif de l’omission de la Commission de veiller au respect par les autorités des Pays‑Bas de l’article 42 du règlement no 889/2008.
Sur la demande en annulation
20 Aux termes de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, toute personne physique ou morale peut former, dans les conditions prévues aux premier et deuxième alinéas dudit article, un recours contre les actes dont elle est le destinataire ou qui la concernent directement et individuellement ainsi que contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesures d’exécution.
21 En l’espèce, il convient de constater que la disposition attaquée par les requérantes a pour objet de modifier l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, en renouvelant la disposition dérogatoire prévue par ce dernier article du 31 décembre 2018 au 31 décembre 2020. Le règlement d’exécution 2018/1584, tout comme le règlement no 889/2008, n’est pas adressé aux requérantes, qui ne sont donc pas les destinataires de cet acte au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE. Dans ces conditions, les requérantes ne peuvent former un recours en annulation à l’encontre des dispositions du règlement d’exécution 2018/1584 qu’à condition, soit que celui-ci constitue un acte réglementaire qui les concerne directement et qui ne comporte pas de mesures d’exécution, soit qu’il les concerne directement et individuellement.
22 Ainsi, il convient de vérifier d’emblée si le règlement d’exécution 2018/1584 est susceptible d’affecter directement les requérantes.
23 Selon une jurisprudence constante, la notion d’affectation directe exige, d’une part, que la mesure incriminée produise directement des effets sur la situation juridique d’une partie requérante et, d’autre part, qu’elle ne laisse aucun pouvoir d’appréciation aux destinataires de cette mesure chargés de sa mise en œuvre, celle-ci ayant un caractère purement automatique et découlant de la seule réglementation incriminée sans application d’autres règles intermédiaires (arrêts du 5 mai 1998, Dreyfus/Commission, C‑386/96 P, EU:C:1998:193, point 43, et du 10 septembre 2009, Commission/Ente per le Ville Vesuviane et Ente per le Ville Vesuviane/Commission, C‑445/07 P et C‑455/07 P, EU:C:2009:529, point 45).
24 Il en va de même lorsque la possibilité pour les destinataires de ne pas donner suite à l’acte de l’Union est purement théorique, leur volonté de tirer des conséquences conformes à celui-ci ne faisant aucun doute (voir arrêt du 4 décembre 2019, Polskie Górnictwo Naftowe i Gazownictwo/Commission, C‑342/18 P, non publié, EU:C:2019:1043, point 39 et jurisprudence citée).
25 S’agissant de la première des deux conditions, il ressort de la jurisprudence qu’une disposition produit directement des effets sur la situation juridique d’un particulier si elle restreint ses droits ou si elle lui impose des obligations (arrêt du 7 juillet 2015, Federcoopesca e.a./Commission, T‑312/14, EU:T:2015:472, point 36).
26 Dès lors, le seul fait qu’une disposition soit susceptible d’avoir une influence sur la situation matérielle d’une partie requérante ne suffit pas pour qu’il puisse être considéré que cette disposition la concerne directement (voir, en ce sens, ordonnance du 9 novembre 2016, Biofa/Commission, T‑746/15, EU:T:2016:658, point 38 et jurisprudence citée).
27 De même, il a été jugé que des répercussions sur les possibilités de commercialisation du produit d’une partie requérante étaient des conséquences économiques ne concernant pas sa situation juridique, mais uniquement sa situation de fait (voir, en ce sens, ordonnance du 9 novembre 2016, Biofa/Commission, T‑746/15, EU:T:2016:658, point 37).
28 Plus particulièrement dans le cadre de la politique agricole, le fait qu’une disposition place des producteurs dans une position commerciale désavantageuse ne permet pas en soi de considérer que ces producteurs sont affectés dans leur situation juridique et directement concernés (voir, en ce sens, arrêts du 17 septembre 2015, Confederazione Cooperative Italiane e.a./Anicav e.a., C‑455/13 P, C‑457/13 P et C‑460/13 P, non publié, EU:C:2015:616, points 48 et 49, et du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci, C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, point 51).
29 En l’espèce, la disposition attaquée a pour effet de prolonger de deux ans la possibilité, pour les autorités nationales, d’accorder des autorisations d’utilisation de poussins non biologiques à des éleveurs biologiques de poulettes sur le fondement de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008.
30 La disposition attaquée a ainsi pour conséquence de limiter les possibilités des requérantes de vendre leurs poussins biologiques à des éleveurs biologiques de poulettes ayant obtenu une autorisation d’utilisation de poussins non biologiques. C’est, d’ailleurs, en invoquant une telle conséquence et en affirmant que la disposition attaquée les empêche de « vendre les poussins biologiques en tant que tels à un prix supérieur et [d’]utiliser les œufs à couver à cette fin » que les requérantes justifient leur affectation directe.
31 Or, cette conséquence sur la possibilité de commercialiser des poussins biologiques doit être considérée, au regard de la jurisprudence citée aux points 27 et 28 ci‑dessus, comme une conséquence économique susceptible de placer les requérantes dans une position commerciale désavantageuse et, ainsi, d’affecter leur situation de fait, et non leur situation juridique.
32 En effet, la disposition attaquée n’a pas pour conséquence d’interdire aux requérantes de commercialiser des poussins biologiques, de sorte que leur droit à commercialiser leurs produits n’est pas affecté.
33 Il y a dès lors lieu de considérer que la disposition attaquée ne produit pas d’effets directs sur la situation juridique des requérantes.
34 S’agissant de la seconde condition requise en matière d’affectation directe, il y a lieu de considérer que, dès lors que la disposition attaquée a pour effet de prolonger de deux ans la possibilité, pour les autorités nationales, d’accorder à des éleveurs biologiques de poulettes pondeuses des autorisations d’utilisation de poussins non biologiques sur le fondement de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, elle n’est susceptible de produire des effets sur la situation des requérantes que si lesdites autorités nationales décident d’accorder des autorisations d’utilisation de poussins non biologiques à des éleveurs biologiques de poulettes. Les effets de la disposition attaquée ne découlent donc pas de la seule réglementation incriminée de l’Union, mais de l’application de règles intermédiaires au niveau national.
35 Dans ces conditions, eu égard à la jurisprudence rappelée aux points 23 et 24 ci-dessus, il convient d’examiner si l’autorité nationale compétente dispose d’un pouvoir d’appréciation pour mettre en œuvre la disposition attaquée ou si, au contraire, cette mise en œuvre doit être considérée soit comme étant purement automatique soit comme ne faisant aucun doute, la possibilité pour cette autorité de ne pas donner suite à ladite disposition étant purement théorique (arrêt du 4 décembre 2019, Polskie Górnictwo Naftowe i Gazownictwo/Commission, C‑342/18 P, non publié, EU:C:2019:1043, point 42).
36 À cet égard, il convient de noter que l’existence d’un pouvoir d’appréciation de l’autorité nationale compétente peut notamment être déduite de la question de savoir si l’exercice de cette compétence doit s’effectuer en procédant à l’appréciation de conditions (voir, en ce sens, arrêt du 4 décembre 2019, Polskie Górnictwo Naftowe i Gazownictwo/Commission, C‑342/18 P, non publié, EU:C:2019:1043, points 48 à 54).
37 En l’espèce, l’utilisation d’animaux non biologiques, en application de l’article 42 du règlement no 889/2008, n’est possible que « lorsque les conditions prévues à l’article 22, paragraphe 2, [sous] b), du règlement [no 834/2007] s’appliquent », celles-ci visant notamment à apprécier la disponibilité sur le marché des intrants sous forme biologique, et « sous réserve de l’accord de l’autorité compétente ».
38 Par suite, l’article 42 du règlement no 889/2008 donne aux autorités nationales, tout en l’encadrant, la compétence d’accorder des autorisations pour l’utilisation d’animaux non biologiques et est, dès lors, de nature à caractériser l’existence d’un pouvoir d’appréciation de ces autorités.
39 Dans ces circonstances, la mise en œuvre de la disposition attaquée, qui renouvelle la disposition dérogatoire prévue par l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 du 31 décembre 2018 au 31 décembre 2020, ne peut être considérée comme ne laissant aucun pouvoir d’appréciation à ses destinataires et comme étant purement automatique, au sens de la jurisprudence citée au point 23 ci-dessus.
40 Il en résulte que la seconde condition requise en matière d’affectation directe n’est pas non plus remplie et que la disposition attaquée n’est donc pas susceptible d’affecter directement les requérantes.
41 Or, lorsque la disposition qui est attaquée n’affecte pas directement la partie requérante, cette constatation est suffisante pour conclure à l’inapplicabilité de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, et ce sans qu’il soit nécessaire, selon le cas, de vérifier si cet acte comporte des mesures d’exécution à l’égard de la partie requérante ou si cette dernière est individuellement concernée par cet acte (voir, en ce sens, ordonnance du 17 juin 2019, Fugro/Commission, T‑317/18, non publiée, EU:T:2019:424, point 28 et jurisprudence citée).
42 Partant, les requérantes n’ont pas qualité pour agir en annulation de la disposition attaquée.
43 Eu égard à ce qui précède, la demande en annulation doit être rejetée comme manifestement irrecevable.
Sur la demande en indemnité tendant à la réparation du préjudice prétendument subi par les requérantes en raison de l’adoption de la disposition attaquée
44 Les requérantes font valoir que la Commission est tenue de réparer le préjudice qu’elles prétendent avoir subi en raison de l’adoption de la disposition attaquée. À cet égard, elles soutiennent que toutes les conditions requises par la jurisprudence dans le cadre d’une action indemnitaire au titre de l’article 340 TFUE sont remplies en l’espèce.
45 S’agissant plus particulièrement du comportement fautif de la Commission, celui-ci serait déterminé par la prolongation illégale de la date limite prévue à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, pour l’octroi des dérogations conformément à ladite disposition. Les requérantes estiment que, en instaurant cette nouvelle date, la Commission a commis une violation suffisamment caractérisée de l’article 22 du règlement no 834/2007. En particulier, elles relèvent que la prolongation de la disposition dérogatoire n’est soumise à aucune condition ou exigence assurant, d’une part, que la disponibilité de poussins issus de l’élevage biologique sur le marché des poulettes pondeuses, aux fins de leur introduction dans des unités de production biologique, soit examinée non seulement par rapport aux fournisseurs du marché national de l’État membre en question, mais également en tenant compte des fournisseurs à proximité dans d’autres États membres. D’autre part, les requérantes considèrent que la constatation de la non‑disponibilité de volailles biologiques sur le marché aurait dû être soumise par la Commission à la condition d’avoir adressé une commande auprès de trois fournisseurs effectifs de volailles biologiques, et non à la condition d’avoir adressé la commande à des couvoirs qui sont connus comme ne proposant pas de telles volailles.
46 La Commission conteste ces arguments.
47 En vertu de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, en matière de responsabilité non contractuelle, l’Union doit réparer, conformément aux principes généraux communs aux droits des États membres, les dommages causés par ses institutions ou par ses agents dans l’exercice de leurs fonctions.
48 Selon une jurisprudence constante, l’action en indemnité, fondée sur l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, a été instituée comme une voie autonome, ayant sa fonction particulière dans le cadre du système des voies de recours et subordonnée à des conditions d’exercice conçues aux fins de son objet spécifique, de telle sorte que la déclaration d’irrecevabilité de la demande d’annulation n’entraîne pas automatiquement celle de la demande d’indemnisation (voir arrêt du 5 septembre 2019, Union européenne/Guardian Europe et Guardian Europe/Union européenne, C‑447/17 P et C‑479/17 P, EU:C:2019:672, point 49 et jurisprudence citée).
49 Il s’ensuit que le rejet comme manifestement irrecevable de la demande visant à l’annulation de la disposition attaquée, conformément à la conclusion établie au point 43 ci-dessus, n’implique pas, par voie de conséquence, le rejet comme irrecevable de la première demande indemnitaire des requérantes, tirée de l’adoption de ladite disposition.
50 Par ailleurs, l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, au sens de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, pour comportement illicite de ses institutions ou de ses organes est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions présentant un caractère cumulatif, à savoir l’illégalité du comportement reproché à l’institution ou à l’organe de l’Union, la réalité du dommage et l’existence d’un lien de causalité entre le comportement allégué et le préjudice invoqué (voir arrêt du 16 septembre 2013, ATC e.a./Commission, T‑333/10, EU:T:2013:451, point 61 et jurisprudence citée).
51 S’agissant de l’existence d’un comportement illégal, les requérantes allèguent, en substance, que la dernière prolongation de la dérogation prévue à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, sans établir de conditions supplémentaires à son application, viole l’exigence prévue par l’article 22 du règlement no 834/2007 de limiter au minimum les dérogations susceptibles d’être octroyées.
52 Selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la politique agricole commune, le Conseil de l’Union européenne peut être amené à conférer à la Commission de larges pouvoirs d’exécution, cette dernière étant la seule à même de suivre de manière constante et attentive l’évolution des marchés agricoles. Les limites de ces pouvoirs doivent être appréciées, notamment, en fonction des objectifs généraux essentiels de l’organisation du marché concerné (voir arrêt du 27 novembre 1997, Somalfruit et Camar, C‑369/95, EU:C:1997:562, point 62 et jurisprudence citée).
53 La jurisprudence précise de même que seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée par la Commission, par rapport à l’objectif qu’elle entend poursuivre, peut affecter la légalité d’une telle mesure (arrêt du 2 juillet 2009, Bavaria et Bavaria Italia, C‑343/07, EU:C:2009:415, point 81).
54 Par conséquent, le contrôle du juge de l’Union doit se limiter à vérifier si la mesure en cause n’est pas entachée d’erreur manifeste ou de détournement de pouvoir ou si l’autorité en question n’a pas manifestement dépassé les limites de son pouvoir d’appréciation (arrêts du 12 juillet 2001, Jippes e.a., C‑189/01, EU:C:2001:420, point 80 ; du 9 septembre 2004, Espagne/Commission, C‑304/01, EU:C:2004:495 point 23, et du 23 mars 2006, Unitymark et North Sea Fishermen’s Organisation, C‑535/03, EU:C:2006:193, point 55).
55 Enfin, il convient de rappeler que, bien que le législateur de l’Union dispose, en matière de politique agricole commune, d’un large pouvoir d’appréciation, il est tenu de fonder ses choix sur des critères objectifs et appropriés par rapport au but poursuivi par la législation en cause (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 2008, Arcelor Atlantique et Lorraine e.a., C‑127/07, EU:C:2008:728, point 58, et du 19 septembre 2013, Panellinios Syndesmos Viomichanion Metapoiisis Kapnou, C‑373/11, EU:C:2013:567, point 34).
56 En l’espèce, il y a lieu de constater, en premier lieu, que, selon le considérant 5 du règlement d’exécution 2018/1584, la prolongation de la date de la dérogation prévue à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 jusqu’au 31 décembre 2020 a été fondée par la Commission sur son appréciation selon laquelle, au moment de l’adoption dudit règlement d’exécution, le marché de l’Union ne disposait pas d’assez de poulettes destinées à la production d’œufs élevées selon le mode de production biologique afin de répondre aux besoins des éleveurs de poules pondeuses.
57 Or, à cet égard, d’une part, les requérantes ne contestent pas l’état du secteur tel qu’apprécié par la Commission, en sa qualité d’institution chargée de suivre de manière constante et attentive l’évolution des marchés agricoles, comme il ressort de la jurisprudence citée au point 52 ci-dessus.
58 D’autre part, et en tout état de cause, force est de constater que, lorsque la Commission effectue une telle appréciation, elle est censée prendre en compte, non seulement le territoire d’un seul État membre, comme l’Allemagne, où les requérantes sont établies, mais l’ensemble du territoire de l’Union, ce qui est susceptible de mettre en évidence différents besoins spécifiques à chaque État membre.
59 Dans ce contexte, il y a lieu de considérer que la Commission, lorsqu’elle a reporté la date limite de la disposition dérogatoire prévue à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, a pu, en prenant en compte l’ensemble de l’Union, aboutir à juste titre à la conclusion selon laquelle davantage de temps était requis pour arriver à la production d’une quantité suffisante de poulettes élevées selon le mode de production biologique conformément aux objectifs du cadre établi par le règlement no 834/2007.
60 En second lieu, dans la mesure où les requérantes reprochent à la Commission de ne pas avoir accompagné la prolongation litigieuse de conditions d’application plus précises s’agissant de la dérogation prévue à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, il convient de relever que la pierre angulaire qui permet de garantir, d’une part, que les objectifs et les principes du règlement no 834/2007 soient pris en compte et, d’autre part, que les dérogations auxdits objectifs et principes soient limitées au minimum est le critère relatif à la disponibilité sur le marché de l’intrant agricole biologique en question, en l’espèce les poulettes pondeuses de moins de 18 semaines. C’est ce dernier critère qui permet d’effectuer un juste arbitrage entre les deux exigences susmentionnées, en contribuant, en même temps, comme cela est énoncé au considérant 3 du règlement no 834/2007, au développement du secteur en fonction de l’évolution de la production et du marché.
61 Or, force est de constater que l’appréciation concrète d’un tel critère incombe aux autorités nationales, ainsi qu’il ressort du libellé même de l’article 42 du règlement no 889/2008. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que, par leur argument, les requérantes visent, en réalité, à contester, non pas la prolongation opérée par la Commission de la date de la disposition dérogatoire prévue dans ledit article, mais l’application du critère relatif à la disponibilité sur le marché par les autorités nationales, dont celles des Pays-Bas.
62 À cet égard, l’article 22, paragraphe 1, du règlement no 834/2007 permet des dérogations aux règles habituelles de production animale biologique, qui sont d’ailleurs présentées comme exceptionnelles et qui, aux termes de l’article 22, paragraphe 2, de ce règlement, sont « limitées au minimum ». De plus, en tant que dispositions qui ont le caractère de dérogation à un principe, elles doivent être interprétées de manière stricte (voir arrêt du 17 janvier 2013, Commission/Espagne, C‑360/11, EU:C:2013:17, point 18 et jurisprudence citée).
63 Dans ces conditions, l’article 22, paragraphe 1, du règlement no 834/2007 et les dispositions de mise en œuvre adoptées par la Commission doivent être interprétés, d’une part, en ce sens qu’ils s’opposent à une pratique administrative consistant à accorder des autorisations sans se fonder sur des preuves concrètes et suffisantes de l’impossibilité, pour les opérateurs sollicitant des autorisations, de s’approvisionner en poulettes biologiques. D’autre part, l’appréciation de la disponibilité sur le marché des poulettes biologiques doit être effectuée par rapport au marché de l’Union conformément à un critère de proximité géographique et ne peut être circonscrite aux seuls marchés nationaux.
64 Or, dès lors que ces deux éléments ressortent de la nature même du critère de la disponibilité sur le marché, énoncé à l’article 22 du règlement no 834/2007 et repris par l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, le fait de ne pas avoir précisé de tels éléments lors de la prolongation de la date jusqu’à laquelle des dérogations pouvaient être octroyées conformément à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 n’est pas susceptible de constituer, contrairement à ce que les requérantes prétendent, un comportement fautif de la part de la Commission.
65 Par ailleurs, cela ne saurait empêcher les requérantes de chercher à obtenir l’engagement de la responsabilité de l’État néerlandais pour violation du droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 19 novembre 1991, Francovich e.a., C‑6/90 et C‑9/90, EU:C:1991:428, points 34 à 37), cette voie étant plus appropriée pour la résolution de leur litige qu’un recours en indemnité à l’encontre de la Commission en raison de la prolongation de deux ans de la possibilité d’accorder des dérogations conformément à l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008.
66 Il en résulte que les requérantes n’ont pas réussi à démontrer l’existence d’un comportement illégal de la part de la Commission lors de l’adoption de la disposition attaquée.
67 Étant donné le caractère cumulatif des conditions auxquelles est soumis l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, au sens de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, il n’y a pas lieu d’examiner les autres conditions exigées par la jurisprudence à cet égard.
68 Compte tenu de ce qui précède, la demande en indemnité tendant à la réparation du préjudice prétendument subi par les requérantes en raison de l’adoption de la disposition attaquée doit être rejetée comme manifestement non fondée.
Sur la demande en indemnité tendant à la réparation du préjudice prétendument subi par FL Brüterei M-V du fait de l’omission, par la Commission, de veiller au respect de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 par les autorités des Pays‑Bas
69 FL Brüterei M-V demande la réparation du préjudice qu’elle prétend avoir subi du fait du défaut d’engagement, par la Commission, d’une procédure en manquement à l’encontre du Royaume des Pays-Bas au titre de l’article 258 TFUE. Selon elle, en omettant d’engager cette procédure ou d’adopter, en sa qualité de gardienne des traités, toute autre mesure appropriée permettant le respect de l’article 22 du règlement no 834/2007 et de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, la Commission s’est rendue coupable d’une violation de ses devoirs de diligence et de bonne administration, susceptible d’engager la responsabilité extracontractuelle de l’Union.
70 Par ailleurs, FL Brüterei M-V soutient que la Commission a commis une violation suffisamment caractérisée d’une règle de droit censée conférer des droits aux particuliers à savoir l’article 22 du règlement no 834/2007 qui vise à protéger les entreprises qui opèrent dans le secteur de la production biologique animale contre la concurrence déloyale sur le marché. À cet égard, elle estime que, dans la mesure où la Commission a laissé aux autorités néerlandaises le soin de déterminer librement la signification du critère relatif à la disponibilité sur le marché, ressortant de l’article 22 du règlement no 834/2007 et de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008, il y a lieu de considérer que son comportement a donné lieu à une violation grave et manifeste de ces deux dispositions. Elle affirme qu’un tel comportement lui a causé un dommage réel et inévitable.
71 La Commission réfute ces arguments.
72 Tel que rappelé au point 50 ci-dessus, l’engagement de la responsabilité non contractuelle de l’Union, au sens de l’article 340, deuxième alinéa, TFUE, pour comportement illicite de ses institutions ou de ses organes est subordonné à la réunion d’un ensemble de conditions présentant un caractère cumulatif, dont l’illégalité du comportement reproché à l’institution ou à l’organe de l’Union.
73 En l’espèce, en premier lieu, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans la mesure où la Commission n’est pas tenue d’engager une procédure en manquement au titre de l’article 258 TFUE, sa décision de ne pas engager une telle procédure n’est, en tout état de cause, pas constitutive d’une illégalité, de sorte qu’elle n’est pas de nature à engager la responsabilité non contractuelle de l’Union et que le seul comportement pouvant éventuellement être mis en cause comme source de préjudice est le comportement de l’État membre concerné (voir ordonnance du 7 septembre 2009, LPN/Commission, T‑186/08, non publiée, EU:T:2009:309, point 65 et jurisprudence citée).
74 Par conséquent, dans la mesure où FL Brüterei M‑V reproche à la Commission de ne pas avoir engagé une procédure en manquement au titre de l’article 258 TFUE, force est de constater qu’une telle décision n’est pas susceptible de constituer un comportement illégal de la part de la Commission.
75 En second lieu, pour autant que le reproche à la Commission porte sur le fait de ne pas avoir eu recours à d’autres « mesures appropriées » à l’encontre du Royaume des Pays-Bas, il y a lieu de relever que rien dans les écritures de FL Brüterei M-V ne permet d’identifier quelles mesures, autres que l’ouverture d’une procédure d’infraction au titre de l’article 258 TFUE, la Commission aurait dû adopter afin d’éviter le préjudice prétendument subi.
76 Dans la réplique, FL Brüterei M‑V soutient, à ce sujet, que « la Commission aurait dû faire comprendre au Royaume des Pays-Bas qu’il avait l’obligation juridique, en vertu du droit de l’Union, d’enjoindre aux éleveurs néerlandais de s’abstenir d’utiliser des poulettes non biologiques lorsque des poulettes biologiques [étaient] disponibles [sur le marché] ».
77 Or, en dehors de cette affirmation générique, FL Brüterei M-V ne précise pas l’instrument juridique concret que la Commission aurait dû appliquer vis-à-vis des autorités néerlandaises.
78 À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’article 76 du règlement de procédure exige que toute demande visant à la réparation de dommages prétendument causés par une institution de l’Union contienne les éléments qui permettent d’identifier, entre autres, le comportement que le requérant reproche à l’institution. Si une telle demande manque de la précision nécessaire, elle doit être considérée comme irrecevable (voir ordonnance du 23 mars 2017, Gollnisch/Parlement, T‑624/16, non publiée, EU:T:2017:243, point 76 et jurisprudence citée).
79 En l’espèce, il y a lieu de rejeter l’argument formulé par FL Brüterei M‑V comme étant irrecevable conformément à l’article 76 du règlement de procédure en raison de son caractère imprécis.
80 En troisième lieu, la requérante reproche à la Commission d’avoir adopté un comportement illégal en laissant aux autorités néerlandaises le soin de déterminer librement la signification du critère relatif à la disponibilité sur le marché, ressortant de l’article 22 du règlement no 834/2007 et de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 et, partant, en méconnaissant de manière grave et manifeste ces deux dispositions. À cet égard, il suffit de rappeler que, ainsi qu’il a déjà été indiqué aux points 61, 63 et 64 ci-dessus, d’une part, l’appréciation concrète du critère de la disponibilité sur le marché incombe aux autorités nationales, ainsi qu’il ressort du libellé même de l’article 42 du règlement no 889/2008 et, d’autre part, les éléments à prendre en compte lors de l’appréciation de ce critère ressortent de sa nature même.
81 Il y a dès lors lieu de constater que FL Brüterei M-V n’a pas démontré de comportement illégal de la part de la Commission et que, conformément à la jurisprudence citée au point 50 ci-dessus, il n’est pas nécessaire d’examiner les autres conditions de ladite responsabilité.
82 Il en résulte que la demande en indemnité tendant à la réparation du préjudice prétendument subi par FL Brüterei M-V en raison de l’omission, par la Commission, de s’assurer du respect de l’article 42, sous b), du règlement no 889/2008 par les autorités des Pays‑Bas doit être rejetée comme manifestement non fondée.
83 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter le présent recours, en partie, comme étant manifestement irrecevable et, en partie, comme étant manifestement dépourvu de tout fondement en droit.
Sur les dépens
84 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
85 Les requérantes ayant succombé, il y a lieu, conformément aux conclusions de la Commission, de les condamner aux dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre élargie)
ordonne :
1) Le recours est rejeté.
2) FL Brüterei M-V GmbH, Erdegut GmbH et Ökofarm Groß Markow GmbH sont condamnées aux dépens.
Fait à Luxembourg, le 20 août 2020.
| Le greffier | Le président |
| E. Coulon | S. Pappasavvas |
* Langue de procédure : l’allemand.
Affaire T-146/16: Ordonnance du Tribunal du 18 décembre 2020 — Vereniging tot Behoud van Natuurmonumenten in Nederland e.a./Commission («Aides d’État – Annulation de l’acte attaqué – Disparition de l’objet du litige – Non-lieu à statuer»)
18/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Demande de décision préjudicielle, introduite par des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris.#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 17 décembre 2020.#CLCV e.a. (Dispositif d’invalidation sur moteur diesel).#Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations – Règlement (CE) no 715/2007 – Article 3, point 10 – Article 5, paragraphe 2 – Dispositif d’invalidation – Véhicules à moteur – Moteur diesel – Émissions de polluants – Programme agissant sur le calculateur de contrôle moteur – Technologies et stratégies permettant de limiter la production des émissions de polluants.#Affaire C-693/18.
17/12/2020
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 17 décembre 2020.#Commission européenne contre Hongrie.#Manquement d’État – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Politiques relatives aux contrôles aux frontières, à l’asile et à l’immigration – Directives 2008/115/CE, 2013/32/UE et 2013/33/UE – Procédure d’octroi d’une protection internationale – Accès effectif – Procédure à la frontière – Garanties procédurales – Placement obligatoire dans des zones de transit – Rétention – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Recours introduits contre les décisions administratives rejetant la demande de protection internationale – Droit de demeurer sur le territoire.#Affaire C-808/18.
17/12/2020