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AccueilDroit européen62019TJ0386
Jurisprudence CJUE62019TJ0386

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre élargie) du 11 septembre 2024.#CQ contre Cour des comptes européenne.#Droit institutionnel – Membre de la Cour des comptes – Activité incompatible avec les fonctions de membre de la Cour des comptes – Dépenses considérées comme indues – Décision de recouvrement – Décision de la Cour statuant sur la violation des obligations découlant de la charge de membre de la Cour des comptes – Régularité de l’enquête et du rapport final de l’OLAF – Obligation de motivation – Délai de prescription – Article 98, paragraphe 2, du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 – Confiance légitime – Erreur d’appréciation – Responsabilité non contractuelle – Préjudice moral.#Affaire T-386/19.

CELEX62019TJ0386
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 11 septembre 2024

Résumé IA

Cet arrêt du Tribunal de l'UE porte sur le recours d'un ancien membre de la Cour des comptes européenne contestant la décision de cette institution de récupérer des dépenses jugées indues et de constater une activité incompatible avec ses fonctions. Le Tribunal valide la régularité de l'enquête de l'OLAF et rejette les moyens tirés de la violation de la prescription, de la confiance légitime et de l'erreur d'appréciation, confirmant ainsi la légalité des décisions de recouvrement. Il précise les conditions de mise en œuvre de l'article 98, paragraphe 2, du règlement financier et les limites de la protection de la confiance légitime pour les hauts fonctionnaires de l'UE.

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (quatrième chambre élargie)

11 septembre 2024 ( *1 )

[Texte rectifié par ordonnance du 24 juin 2025]

« Droit institutionnel – Membre de la Cour des comptes – Activité incompatible avec les fonctions de membre de la Cour des comptes – Dépenses considérées comme indues – Décision de recouvrement – Décision de la Cour statuant sur la violation des obligations découlant de la charge de membre de la Cour des comptes – Régularité de l’enquête et du rapport final de l’OLAF – Obligation de motivation – Délai de prescription – Article 98, paragraphe 2, du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 – Confiance légitime – Erreur d’appréciation – Responsabilité non contractuelle – Préjudice moral »

Dans l’affaire T‑386/19,

CQ, représenté par Me L. Levi, avocate,

partie requérante,

contre

Cour des comptes européenne, représentée par Mmes K. Kantza et B. Schäfer, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre élargie),

composé de MM. R. da Silva Passos, président, S. Gervasoni, Mmes N. Półtorak, I. Reine (rapporteure) et T. Pynnä, juges,

greffier : Mme H. Eriksson, administratrice,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 4 mai 2023,

rend le présent

Arrêt

1

Par son recours, le requérant, CQ, demande, d’une part, sur le fondement de l’article 263 TFUE, l’annulation de la décision de la Cour des comptes européenne du 11 avril 2019 portant constatation de créance et recouvrement à son égard, par laquelle celle-ci a qualifié la somme de 153407,58 euros de montant indûment perçu au titre des frais de missions et des indemnités journalières, des frais de représentation ainsi que de l’utilisation des services de chauffeurs et a ordonné le recouvrement de cette somme (ci-après la « décision attaquée ») et, d’autre part, sur le fondement de l’article 268 TFUE, la réparation du préjudice moral qu’il aurait subi.

I. Cadre juridique

A. Traité FUE

2

L’article 285 TFUE dispose ce qui suit :

« La Cour des comptes assure le contrôle des comptes de l’Union.

Elle est composée d’un ressortissant de chaque État membre. Ses membres exercent leurs fonctions en pleine indépendance, dans l’intérêt général de l’Union. »

3

L’article 286, paragraphes 3 et 6, TFUE est libellé comme suit :

« 3. Dans l’accomplissement de leurs devoirs, les membres de la Cour des comptes ne sollicitent ni n’acceptent d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucun organisme. Ils s’abstiennent de tout acte incompatible avec le caractère de leurs fonctions.

[...]

6. Les membres de la Cour des comptes ne peuvent être relevés de leurs fonctions ni déclarés déchus de leur droit à pension ou d’autres avantages en tenant lieu que si la Cour de justice constate, à la demande de la Cour des comptes, qu’ils ont cessé de répondre aux conditions requises ou de satisfaire aux obligations découlant de leur charge. »

B. Règlement (UE, Euratom) no 883/2013

4

L’article 1er, paragraphe 1, du règlement (UE, Euratom) no 883/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 11 septembre 2013, relatif aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et abrogeant le règlement (CE) no 1073/1999 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (Euratom) no 1074/1999 du Conseil (JO 2013, L 248, p. 1), est ainsi rédigé :

« En vue de renforcer la lutte contre la fraude, la corruption et toute autre activité illégale portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne et de la Communauté européenne de l’énergie atomique [...], l’Office européen de lutte antifraude […] exerce les compétences d’enquête conférées à la Commission [...] »

5

L’article 4, paragraphes 1 et 2, du règlement no 883/2013 prévoit ce qui suit :

« 1. Dans les domaines visés à l’article 1er, l’Office [européen de lutte antifraude] effectue les enquêtes administratives au sein des institutions, des organes et des organismes [...]

Ces enquêtes internes sont menées conformément aux conditions prévues par le présent règlement et par les décisions que chaque institution, organe ou organisme adopte.

2. Pour autant que les dispositions mentionnées au paragraphe 1 soient respectées :

a)

l’Office [européen de lutte antifraude] a accès sans préavis et sans délai à toute information pertinente, y compris aux informations figurant dans des bases de données, détenue par les institutions, organes et organismes, ainsi qu’aux locaux de ceux-ci [...] L’Office [européen de lutte antifraude] peut prendre copie et obtenir des extraits de tout document et du contenu de tout support d’informations que les institutions, organes et organismes détiennent [...] »

6

L’article 5, paragraphes 1 à 3, du règlement no 883/2013 énonce ce qui suit :

« 1. Le directeur général peut ouvrir une enquête lorsqu’il existe des soupçons suffisants, pouvant aussi être fondés sur des informations fournies par un tiers ou sur des informations anonymes, qui laissent supposer l’existence d’actes de fraude, de corruption ou d’autres activités illégales portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union [...]

2. [...]

La décision d’ouvrir une enquête interne est prise par le directeur général, agissant de sa propre initiative ou à la demande de l’institution, de l’organe ou de l’organisme au sein duquel l’enquête devra être effectuée ou à la demande d’un État membre.

3. Tant que le directeur général étudie l’opportunité d’ouvrir une enquête interne à la suite d’une demande visée au paragraphe 2 et/ou tant que l’Office [européen de lutte antifraude] conduit une enquête interne, les institutions, organes et organismes concernés n’ouvrent pas d’enquête parallèle sur les mêmes faits, sauf s’il en a été convenu autrement avec l’Office [européen de lutte antifraude]. »

7

L’article 7, paragraphe 2, du règlement no 883/2013 dispose ce qui suit :

« Les membres du personnel de l’Office [européen de lutte antifraude] effectuent leurs tâches sur production d’une habilitation écrite dans laquelle sont indiquées leur identité et leur qualité. Le directeur général délivre une telle habilitation indiquant l’objet et le but de l’enquête ainsi que les bases juridiques pour effectuer ces enquêtes et les pouvoirs d’enquête en découlant. »

8

L’article 9, paragraphe 4, du règlement no 883/2013 précise ce qui suit :

« Sans préjudice de l’article 4, paragraphe 6, et de l’article 7, paragraphe 6, une fois que l’enquête a été achevée et avant que les conclusions se rapportant nommément à une personne concernée n’aient été tirées, cette dernière se voit accorder la possibilité de présenter ses observations sur les faits la concernant. »

9

L’article 11, paragraphe 4, du règlement no 883/2013 est libellé comme suit :

« Les rapports et recommandations élaborés à la suite d’une enquête interne et tout document utile y afférent sont transmis à l’institution, à l’organe ou à l’organisme concerné. Cette institution, cet organe ou cet organisme donne aux enquêtes internes les suites, notamment disciplinaires et judiciaires, que leurs résultats appellent, et en rend compte à l’Office [européen de lutte antifraude], dans un délai qui est fixé dans les recommandations accompagnant le rapport ainsi que sur demande de l’Office [européen de lutte antifraude]. »

C. Règles internes adoptées par la Cour des comptes

1. Décision no 1-2003 portant sur les frais de missions des membres de la Cour des comptes

10

L’article 1er de la décision no 1-2003 de la Cour des comptes, du 16 janvier 2003, relative aux frais de missions des membres de la Cour des comptes, applicable à l’époque des faits visés par le présent recours (ci-après la « décision no 1-2003 »), précisait ce qui suit :

« Les engagements juridiques (c’est-à-dire les ordres de mission) relatifs aux frais de mission doivent être sollicités le plus tôt possible. L’ordonnateur, pour les frais de mission des membres, est le président de la Cour [des comptes] [...] »

11

L’article 3 de la décision no 1-2003 était ainsi rédigé :

« Au cours de leurs missions, les membres peuvent se déplacer en voiture de service, par avion, par chemin de fer ou en bateau. »

12

L’article 5 de la décision no 1-2003 disposait ce qui suit :

« Le remboursement des frais de mission est demandé dès que possible après le retour du membre. Les frais d’hôtel (à l’exclusion des repas) sont remboursables. »

13

L’article 6 de la décision no 1-2003 était libellé comme suit :

« Les missions qui durent moins de douze heures sur un même jour donnent lieu au paiement de la moitié de l’indemnité journalière y afférente. Dans tous les autres cas, l’indemnité journalière est versée dans son intégralité. »

2. Décision no 7-2004 relative aux frais de représentation et de réception des membres de la Cour des comptes

14

L’article 2 de la décision no 7-2004 de la Cour des comptes, du 22 avril 2004, concernant les frais de représentation et de réception de ses membres, applicable à l’époque des faits visés par le présent recours (ci-après la « décision no 7-2004 »), énonçait ce qui suit :

« Au début de chaque exercice et après consultation des membres, les crédits sont partagés en deux parties :

[...]

Une deuxième partie, dite B, sera réservée aux dépenses de représentation et de réception à caractère général que les membres encourent en leur qualité de membre d’une institution. Le remboursement de ces dépenses s’effectuera à la fin de chaque trimestre sur la base de déclarations y afférentes auxquelles sont jointes les quittances ou autres justifications écrites jugées équivalentes et indiquant la date de l’invitation, le nombre des invités et la qualité de l’invité principal [...] »

15

L’article 6 de la décision no 7-2004 prévoyait ce qui suit :

« Pour les réceptions à domicile, la Cour [des comptes] rembourse les frais encourus à concurrence des pièces justificatives produites. »

16

La décision no 7-2004 était accompagnée d’une note à l’attention des membres de la Cour des comptes du 22 avril 2004, comportant des « suggestions concernant les frais de représentation et de réception » (ci-après la « note du 22 avril 2004 »). Aux termes de cette note, il était indiqué notamment ce qui suit :

« Les frais de représentation sont essentiellement destinés à favoriser les relations extérieures de la Cour [des comptes].

Les membres représentent la Cour [des comptes] notamment lorsqu’ils entretiennent, dans l’intérêt de la Cour [des comptes], des relations professionnelles avec des personnes exerçant des fonctions au sein de l’Union [...], des États membres ou d’autres pays.

[...]

Les dépenses relatives à chaque manifestation doivent être fonction de l’importance de celle-ci et de la qualité des participants.

Lorsque les membres représentent la Cour [des comptes], leur conjoint/partenaire peut également être amené à participer à la manifestation. Les invités peuvent également être accompagnés.

Les amis ou relations personnelles doivent faire l’objet d’invitations privées.

[...]

Des orientations en la matière sont fournies à l’annexe 1.

Les dépenses doivent être déclarées de manière claire et succincte au moyen de l’annexe 2. »

17

L’annexe 1 de la note du 22 avril 2004 précisait que « la représentation/les réceptions à l’extérieur de la Cour [des comptes] d[evai]ent en règle générale concerner des personnes exerçant des fonctions de premier plan au sein de l’Union [...], des États membres ou d’autres pays » et que les dépenses relatives aux frais de représentation-réception à la résidence privée du membre « ne d[evai]ent pas excéder ce qui [était] nécessaire à cette fin, y compris les arrangements floraux ».

18

Cette annexe énonçait également que, « [l]orsque la liste des invités, outre les personnes externes à l’institution, compren[ait] des agents de la Cour [des comptes], il conv[enai]t de maintenir un juste équilibre entre les deux catégories » et que « les amis personnels et les membres de la famille (à l’exception des conjoints/partenaires) d[evai]ent faire l’objet d’invitations privées aux frais du membre ».

3. Décision no 33-2004 concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes

19

L’article 1er de la décision no 33-2004 de la Cour des comptes, du 15 juin 2004, concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes, applicable à l’époque des faits visés par le présent recours jusqu’à l’entrée en vigueur de la décision no 19-2009 de la Cour des comptes, du 20 avril 2009, concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes (ci-après la « décision no 33-2004 »), disposait ce qui suit :

« Des voitures de fonction sont mises à la disposition permanente des membres et du secrétaire général de la Cour [des comptes], pour leurs déplacements dans le cadre de leurs fonctions. »

20

L’article 4 de la décision no 33-2004 était libellé comme suit :

« La Cour [des comptes] prend en charge, outre le coût de la location, les frais occasionnés par l’utilisation du véhicule par les membres et le secrétaire général dans l’exercice de leurs fonctions.

Sont considérés comme déplacements dans l’exercice des fonctions :

–

les déplacements sous couvert d’un ordre de mission,

–

les autres déplacements liés à l’exercice des fonctions évalués forfaitairement à 15000 km/an. »

21

L’article 5 de la décision no 33-2004 était ainsi rédigé :

« Lorsque les membres ou le secrétaire général utilisent la voiture de fonction pour les déplacements autres que ceux visés à l’article 4, les frais correspondant[s] (péages, frais de carburant et coût supplémentaire éventuel de location liés à un dépassement global de 45000 km/an prévu au contrat-cadre) sont à leur charge. »

22

L’article 6 de la décision no 33-2004 prévoyait ce qui suit :

« Les chauffeurs bénéficient du remboursement des frais de mission [...] lorsqu’ils conduisent les membres ou le secrétaire général dans leurs déplacements dans l’exercice des fonctions. »

23

La décision no 33-2004 était accompagnée d’un document intitulé « Commentaires relatifs à la décision no 33-2004 concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes » (ci-après les « commentaires relatifs à la décision no 33-2004 »).

24

Aux termes des commentaires relatifs à la décision no 33-2004 concernant l’article 4 de cette décision, il était prévu ce qui suit :

« Sont considérés comme “autres déplacements liés à l’exercice des fonctions” :

–

les trajets domicile (sur le lieu d’affectation)/lieu de travail,

–

les trajets lieu d’affectation/résidence et aéroport,

–

les obligations protocolaires intervenant dans un périmètre réduit et non couvert par un ordre de mission,

–

les cas de force majeure (maladie, contrôles médicaux, impossibilité de conduire, etc.). »

4. Décision no 19-2009 concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes

25

Le libellé des articles 1er et 4 à 6 de la décision no 19-2009 de la Cour des comptes, du 20 avril 2009, concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes, reprenait celui des articles correspondants de la décision no 33-2004.

26

L’article 7 de la décision no 19-2009 disposait ce qui suit :

« La présente décision annule et remplace la décision no 33-2004. Elle entre en vigueur à la même date que le nouveau contrat-cadre interinstitutionnel qui régit les voitures en location. »

27

La décision no 19-2009 était accompagnée d’un document intitulé « Commentaires relatifs à la décision no 19-2009 concernant la gestion et l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes » (ci-après les « commentaires relatifs à la décision no 19-2009 »).

28

Le libellé des commentaires relatifs à la décision no 19-2009 concernant l’article 4 de cette décision reprenait celui du commentaire relatif à l’article 4 de la décision no 33-2004 figurant dans les commentaires relatifs à cette dernière décision.

5. Code de conduite des membres de la Cour des comptes de 2012

29

L’article 2, paragraphes 1, 2 et 4, du code de conduite applicable aux membres de la Cour des comptes, adopté par cette dernière le 8 février 2012 (ci-après le « code de conduite de 2012 »), était ainsi rédigé :

« 1. Les membres évitent toute situation susceptible de donner lieu à un conflit d’intérêts. Ils ne doivent pas intervenir sur des questions dans lesquelles ils ont un intérêt personnel, notamment familial ou financier, susceptible de porter atteinte à leur impartialité [...]

2. Les membres de la Cour [des comptes] déclarent tous les intérêts financiers et éléments de patrimoine susceptibles de donner lieu à un conflit d’intérêts dans l’exécution de leurs tâches, que ce soit sous la forme de participations financières individualisées dans le capital d’une entreprise, en particulier des actions, ou sous toute autre forme de participation, par exemple des obligations convertibles en actions ou des certificats d’investissement [...] Tout bien immobilier détenu soit directement, soit par l’intermédiaire d’une société immobilière, doit être déclaré, à l’exception des résidences réservées à l’usage exclusif du propriétaire ou de sa famille.

[...]

4. Lors de leur entrée en fonction, les membres présentent au président de la Cour [des comptes] la déclaration prévue aux paragraphes précédents en utilisant le formulaire de l’annexe. [...] La déclaration doit être révisée en cas de modifications importantes. Une nouvelle déclaration doit alors être présentée [...] »

30

L’article 4 du code de conduite de 2012 disposait ce qui suit :

« 1. Les membres de la Cour [des comptes] se consacrent à l’accomplissement de leur mandat. Ils ne peuvent exercer aucune fonction politique.

2. Les membres s’abstiennent de toute activité professionnelle extérieure, et de toute autre activité extérieure incompatible avec l’exercice de leurs fonctions.

[...]

6. Les membres mentionnent leurs activités extérieures, à l’exception des activités mentionnées au paragraphe 4, dans la déclaration d’intérêts visée à l’article 2. »

II. Faits à l’origine du litige

31

Le requérant a été membre de la Cour des comptes du 1er mars 2006 au 30 avril 2018, en accomplissant deux mandats. Avant d’être nommé à la Cour des comptes, il a occupé différentes fonctions politiques au Royaume de Belgique depuis les années 1980. Jusqu’en 2002, il a été membre d’un parti politique, puis, à partir de 2002, il a appartenu à un autre parti politique (ci-après le « parti politique en cause »).

32

Durant ses mandats, il a été affecté à la chambre de la Cour des comptes chargée de l’audit des dépenses de l’Union européenne en matière de relations extérieures, d’élargissement et d’aide humanitaire. Pendant environ sept années, le requérant a exercé la fonction de doyen de cette chambre.

33

Après un avis favorable du comité chargé d’apprécier les activités extérieures des membres de la Cour des comptes, le requérant a été autorisé, par décision du 30 avril 2015, à exercer la présidence d’une fondation environnementale de sa région d’origine.

34

En tant que membre de la Cour des comptes, le requérant a bénéficié du remboursement de frais de représentation et de réception et de divers frais engagés au cours de missions autorisées, à sa demande, par le président de la Cour des comptes ainsi que du paiement d’indemnités journalières relatives à ces missions.

35

Le requérant disposait d’une voiture de fonction. Entre l’année 2006 et le mois de mars 2014, la Cour des comptes a mis à sa disposition un chauffeur. À partir du mois d’avril 2014, le requérant a pu solliciter la mise à disposition d’un chauffeur affecté au « pool des chauffeurs » placé sous la responsabilité du directeur des finances de la Cour des comptes.

A. Mesures préliminaires adoptées par la Cour des comptes

36

Au cours de l’année 2016, des informations portant sur plusieurs irrégularités graves imputées au requérant sont parvenues à la Cour des comptes. Le 18 juillet 2016, son secrétaire général a informé oralement le requérant de la dénonciation intervenue à son propos.

37

Les services de la Cour des comptes ont, au cours de l’été 2016, procédé à une analyse des missions du requérant et de celles des chauffeurs de la Cour des comptes pour lesquels il avait établi des ordres de mission, en vue d’identifier d’éventuelles irrégularités. Plusieurs courriers ont, par la suite, été échangés entre ces services et le requérant, à propos de l’irrégularité alléguée de certaines missions de celui-ci ou de ces chauffeurs et de la demande de la Cour des comptes de rembourser les sommes réclamées. Le requérant a considéré l’irrégularité reprochée comme étant sans fondement et refusé de rembourser les sommes réclamées par la Cour des comptes.

38

En outre, le 26 juillet 2016, la Cour des comptes a été informée d’allégations concernant la commission par le requérant d’une fraude à l’assurance au cours de l’année 2011, à la suite d’un accident entre sa voiture de service et sa voiture personnelle. Le 1er septembre 2016, le secrétaire général de la Cour des comptes a signalé oralement ces allégations au requérant. Par une note du même jour, le requérant a soutenu que l’accident en cause résultait d’une collision entre sa voiture de fonction, conduite par le chauffeur affecté à son cabinet, et sa voiture privée, conduite par son fils.

B. Enquête de l’OLAF

39

Le 14 octobre 2016, le secrétaire général de la Cour des comptes a, sur instruction du président de la Cour des comptes, transmis à l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) un dossier portant sur les activités du requérant ayant entraîné des dépenses possiblement indues à la charge du budget de l’Union. L’OLAF a pris la décision d’ouvrir une enquête à cet égard le 15 novembre 2016.

40

Le 31 mars 2017, le directeur général de l’OLAF a formellement notifié au président de la Cour des comptes l’ouverture d’une enquête au sujet d’éventuelles irrégularités impliquant le requérant et affectant les intérêts financiers de l’Union, dans l’utilisation des actifs de la Cour des comptes et dans les missions effectuées ou autorisées en violation des règles applicables.

41

Le 22 septembre 2017, le requérant a été informé par l’OLAF de l’ouverture de cette enquête et de son statut de « personne concernée » aux fins de celle-ci.

42

Le 20 novembre 2017, l’OLAF a procédé à une inspection des locaux au cabinet du requérant et a recueilli à cette occasion divers documents. Après une première analyse de ceux-ci, l’OLAF a, le 15 décembre 2017, informé le requérant que l’objet de l’enquête avait été étendu à de possibles conflits d’intérêts et à d’autres violations des articles 285 et 286 TFUE ainsi que des dispositions du code de conduite de 2012.

43

Le requérant a été entendu oralement par les enquêteurs de l’OLAF le 22 décembre 2017. Après s’être vu communiquer par l’OLAF un résumé des faits établis au terme de l’enquête, le requérant a transmis à l’OLAF, le 15 mai 2018, des observations écrites.

44

Le 2 juillet 2018, la Cour des comptes a reçu le rapport final de l’OLAF venant clore l’enquête (ci-après le « rapport de l’OLAF »). Ce rapport a conclu, à l’égard du requérant, à un abus des ressources de la Cour des comptes dans le cadre d’activités étrangères à ses fonctions, à un abus de cartes de carburant, à un abus du contrat d’assurance automobile de sa voiture de service, à des absences injustifiées, à un défaut de déclaration d’activités extérieures, à la transmission d’informations confidentielles et à l’existence de conflits d’intérêts.

45

Au regard des constats opérés dans son rapport, l’OLAF a recommandé à la Cour des comptes d’engager des poursuites disciplinaires contre le requérant, d’adopter les mesures appropriées pour assurer le recouvrement de 472869,09 euros, correspondant aux frais indûment pris en charge par la Cour des comptes, et d’envisager le recouvrement de 97954,52 euros, correspondant au salaire versé pour les périodes d’absences injustifiées du requérant.

46

Par ailleurs, estimant que certains des faits révélés par l’enquête pouvaient constituer des infractions pénales, l’OLAF a transmis des informations et ses recommandations aux autorités judiciaires du Grand-Duché de Luxembourg.

C. Procédure pénale engagée par les autorités du Grand-Duché de Luxembourg

47

Au regard des informations transmises par l’OLAF, le procureur d’État près le tribunal d’arrondissement de Luxembourg (Luxembourg) a, par lettre du 1er octobre 2018, demandé à la Cour des comptes de lever l’immunité de juridiction du requérant. Le 15 novembre 2018, cette dernière a fait droit à cette demande.

D. Engagement de la procédure au sein de la Cour des comptes

48

Le 3 juillet 2018, le président de la Cour des comptes a transmis aux membres de la Cour des comptes une copie du rapport de l’OLAF et des recommandations émises par cet organisme.

49

Le 5 octobre 2018, le président de la Cour des comptes a adressé un rapport préliminaire aux membres de la Cour des comptes. Ce rapport recommandait qu’il soit demandé à la Cour de justice « d’examiner les faits tels qu’ils [avaie]nt été établis et de déterminer si le requérant a[vait] failli aux obligations découlant de sa charge ». Ledit rapport et le rapport de l’OLAF ont été communiqués le même jour au requérant. Les annexes du rapport de l’OLAF lui ont, en outre, été transmises le 17 octobre 2018.

50

Le 19 novembre 2018, le requérant a transmis à la Cour des comptes des observations écrites. Le 26 novembre 2018, il a été auditionné par les membres de la Cour des comptes dans le cadre d’une séance restreinte.

51

Le 29 novembre 2018, au cours d’une séance restreinte, la Cour des comptes a décidé de renvoyer le cas du requérant à la Cour de justice de l’Union européenne en application de l’article 286, paragraphe 6, TFUE.

E. Procédure devant la Cour de justice de l’Union européenne

52

Par son recours, introduit le 15 février 2019, la Cour des comptes a demandé à la Cour de justice de l’Union européenne de constater que le requérant avait cessé de satisfaire aux obligations découlant de sa charge et de prononcer, en conséquence, la sanction prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE.

53

Par l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a jugé que le requérant avait enfreint les obligations découlant de sa charge auprès de la Cour des comptes et prononcé la déchéance de deux tiers du droit à pension du requérant à compter de la date de prononcé dudit arrêt.

F. Recouvrement par la Cour des comptes des dépenses considérées comme indues

54

Par un courrier du 14 décembre 2018 et un courrier modificatif du 23 janvier 2019, le secrétaire général de la Cour des comptes a informé le requérant de son intention de procéder à la récupération de 160839,89 euros au bénéfice de l’Union. Ces courriers comportaient en annexe un tableau des dépenses considérées comme indues (ci-après le « tableau de recouvrement »). Le requérant a répondu à ces courriers en soumettant, le 4 février 2019, des observations.

55

Le 11 avril 2019, le secrétaire général de la Cour des comptes a adopté la décision attaquée. Il a décidé :

–

qu’un montant de 33172,91 euros avait été indûment versé en faveur du requérant au titre des frais de missions et d’indemnités journalières,

–

qu’un montant de 49138,25 euros avait été indûment versé en faveur du requérant au titre des frais de représentation,

–

qu’un montant total de 71096,42 euros (30501,27 euros de traitements plus 40595,15 euros de frais de mission et d’indemnités journalières) avait été indûment mis à la charge du budget de l’Union par le requérant en raison de l’utilisation abusive des services de chauffeurs de la Cour des comptes,

–

que, en coopération avec la comptable de la Cour des comptes, il serait procédé au recouvrement d’un montant total de 153407,58 euros pour le 31 mai 2019.

56

Par lettre du 4 juin 2019, après avoir constaté le non-paiement du montant total de 153407,58 euros pour le 31 mai 2019, la comptable de la Cour des comptes a demandé le paiement de la somme indue, augmentée des intérêts de retard au taux de 3,5 %, à savoir un montant de 153584,10 euros.

57

Par lettre du 7 juin 2019, la comptable de la Cour des comptes a constaté le paiement de 153584,10 euros par virement bancaire. Compte tenu de la date de ce paiement, elle a réduit le montant des intérêts dus, en remboursant un montant de 88,26 euros, étant donné que, à cette date, la créance du requérant s’élevait à 153495,84 euros.

III. Conclusions des parties

58

Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

–

annuler la décision attaquée ;

–

pour autant que de besoin, annuler les deux décisions de la comptable de la Cour des comptes des 4 et 7 juin 2019 ;

–

condamner la Cour des comptes au remboursement de la somme de 153495,84 euros (153407,58 euros augmentés de 88,26 euros au titre des intérêts de retard qui lui ont été imputés) augmentée des intérêts de retard au taux de 3,5 % jusqu’à complet paiement ;

–

condamner la Cour des comptes à la réparation du préjudice moral subi ;

–

condamner la Cour des comptes aux dépens.

59

La Cour des comptes conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

–

rejeter le recours comme étant en partie irrecevable et en partie non fondé ;

–

rejeter la demande en indemnité comme étant irrecevable ;

–

condamner le requérant aux entiers dépens de l’instance.

IV. En droit

A. Sur les conclusions en annulation de la décision attaquée

60

Au soutien de ses conclusions en annulation, le requérant soulève six moyens, tirés, le premier, de l’irrégularité de l’enquête de l’OLAF et de son rapport, le deuxième, de l’absence d’exercice par la Cour des comptes de son pouvoir d’appréciation, en particulier comme ordonnateur, de la violation de son obligation de prouver l’accusation et de la violation de son obligation de motivation, le troisième, de la violation du délai raisonnable, le quatrième, de la violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime, ainsi que de l’existence d’« erreurs manifestes », le cinquième, de la violation de l’adage selon lequel le pénal tient l’administratif en l’état et, le sixième, de la violation de l’obligation de motivation quant à l’utilisation des services de chauffeurs et de la violation de l’article 75 du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1), ou de l’article 94 du règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juillet 2018, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement no 966/2012 (JO 2018, L 193, p. 1).

1. Sur le premier moyen, tiré de l’irrégularité de l’enquête de l’OLAF et de son rapport

61

Le requérant soutient que l’enquête de l’OLAF et son rapport sont irréguliers pour trois raisons, à savoir que l’OLAF aurait étendu illégalement le champ de son enquête, qu’il aurait violé son droit à la vie privée et qu’il n’aurait pas respecté ses droits de la défense.

62

La Cour des comptes conteste les arguments du requérant.

63

Il y a lieu de constater que l’argumentation du requérant concernant l’irrégularité de l’enquête de l’OLAF et de son rapport aux fins de la présente affaire se chevauche en substance avec celle présentée dans la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE [points 126 à 134 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/ Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782)] et rejetée par la Cour aux points 140 à 175 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/ Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782).

64

En effet, tout d’abord, la Cour a reconnu que l’OLAF avait décidé d’étendre l’objet de l’enquête, initialement ouverte au sujet d’éventuelles irrégularités impliquant le requérant et affectant les intérêts financiers de l’Union, dans l’utilisation des actifs de la Cour des comptes et dans les missions effectuées ou autorisées en violation des règles applicables à de possibles conflits d’intérêts et à d’autres violations des articles 285 et 286 TFUE ainsi que des dispositions du code de conduite de 2012. Au point 157 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/ Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a toutefois conclu que le fait qu’une telle extension fût fondée sur des éléments découverts lors de l’inspection menée le 20 novembre 2017 ne pouvait impliquer l’irrégularité de cette décision.

65

Ensuite, au point 166 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a jugé que les arguments présentés par le requérant n’étaient pas de nature à établir, aux fins de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, que l’OLAF avait porté atteinte, de manière illicite, à son droit au respect de la vie privée.

66

Enfin, au point 174 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a conclu que les arguments présentés par le requérant n’étaient pas susceptibles de démontrer, aux fins de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, que ses droits de la défense avaient été méconnus.

67

Il apparaît que, à la suite du prononcé de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), le requérant ne conteste que la pertinence, pour la présente affaire, de la conclusion de la Cour formulée au point 174 de cet arrêt.

68

Ainsi que le rappelle le requérant, la Cour a jugé que, s’il incombe tant à l’OLAF qu’à la Cour des comptes de se conformer à leurs obligations respectives, le respect du droit d’être entendu du membre ou de l’ancien membre concerné de la Cour des comptes doit, aux fins de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, être apprécié de façon globale (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 170).

69

La Cour s’est également fondée au soutien de ladite appréciation sur le principe qu’il ne saurait être exclu que ce membre ou cet ancien membre ait pu se voir offrir, par la Cour des comptes, une possibilité suffisante d’être entendu sur des éléments qu’il n’aurait pas pu effectivement commenter avant l’adoption du rapport de l’OLAF (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 170). À cet égard, premièrement, la Cour a constaté qu’il était constant que le requérant avait été entendu oralement par l’OLAF le 22 décembre 2017, que plusieurs échanges écrits avaient eu lieu entre l’OLAF et le conseil du requérant et que ce dernier avait pu, à la suite de la communication d’un résumé des faits établis au terme de l’enquête, adresser à l’OLAF un document écrit destiné à réfuter les allégations énoncées dans ce résumé (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 171). Deuxièmement, la Cour a relevé que le requérant avait reçu communication, le 5 octobre 2018, du rapport de l’OLAF et du rapport préliminaire adressé aux membres de la Cour des comptes par le président de la Cour des comptes et qu’il avait pu prendre position sur ces rapports à la fois par la transmission d’observations écrites et lors d’une audition devant la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 172). Troisièmement, la Cour a constaté que le requérant n’avait présenté aucun argument visant à établir qu’il n’avait pas été en mesure de s’exprimer de manière suffisante, devant la Cour des comptes, sur certains éléments retenus contre lui avant l’adoption du rapport de l’OLAF (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 172).

70

La conclusion du point 174 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), est transposable à la présente affaire, étant donné que, à l’instar de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, il ne saurait être exclu que, en l’espèce, le requérant ait pu se voir offrir, par la Cour des comptes, une possibilité suffisante d’être entendu sur des éléments qu’il n’aurait pas pu commenter avant l’adoption du rapport de l’OLAF.

71

Dans la présente procédure, le requérant ne présente aucun élément nouveau et concret établissant qu’il n’a pas pu être suffisamment entendu par la Cour des comptes sur des éléments qu’il n’aurait pas pu effectivement commenter avant l’adoption du rapport de l’OLAF. Or, il lui demeurait possible d’avancer de tels éléments pendant la phase écrite de cette procédure, notamment dans ses observations quant aux conséquences qu’il convenait de tirer de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), pour la présente affaire.

72

Par conséquent, il y a lieu de rejeter le premier moyen comme non fondé.

2. Sur le deuxième moyen, tiré de l’absence d’exercice par la Cour des comptes de son pouvoir d’appréciation, en particulier comme ordonnateur, de la violation de son obligation de prouver l’accusation et de la violation de son obligation de motivation

73

Dans le cadre de ce moyen, le requérant soutient en substance que la Cour des comptes s’est contentée de se référer au rapport de l’OLAF sans analyser celui-ci et, notamment, sans indiquer avec précision en quoi chacune des dépenses critiquées serait irrégulière. Il invoque les articles 98, 100 et 101 du règlement 2018/1046, dont il ressortirait que l’ordonnateur est tenu d’apprécier l’existence d’une créance et de décider, ensuite, de son recouvrement. Ainsi, il reviendrait à la Cour des comptes d’indiquer avec précision pourquoi chacune des dépenses critiquées serait irrégulière, ce qui serait aussi nécessaire pour satisfaire à l’obligation de motivation.

74

La Cour des comptes conteste les arguments du requérant.

75

À titre liminaire, il convient d’observer que, dans la présente procédure, à la suite de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), le requérant ne maintient plus son grief tiré de l’absence d’exercice par la Cour des comptes de son pouvoir d’appréciation. Partant, il n’y a plus lieu de se prononcer sur celui-ci.

76

Quant aux griefs tirés de la violation de l’obligation de la Cour des comptes de prouver l’accusation et de la violation de son obligation de motivation, auxquels le requérant ne renonce pas dans le cadre de la présente procédure, il convient de les examiner ensemble dans la mesure où ils se recoupent. En outre, il ressort du dossier que le requérant n’allègue, en fait, que l’absence de motivation du caractère indu des différents montants retenus par la Cour des comptes au regard notamment du tableau de recouvrement.

77

Le droit à une bonne administration, consacré à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), prévoit l’obligation pour les institutions, les organes et les organismes de l’Union de motiver leurs décisions. Cette obligation a la même portée que celle découlant de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE, qui dispose que les actes juridiques sont motivés. L’obligation de motivation a pour objectif de permettre, d’une part, aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise afin de défendre leurs droits et, d’autre part, au juge de l’Union d’exercer son contrôle sur la légalité de la décision (voir arrêt du14 juillet 2021, BG/Parlement, T‑253/19, non publié, EU:T:2021:459, point 44 et jurisprudence citée). Il convient de rappeler que l’obligation de motivation constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé des motifs, celui-ci relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux (voir arrêt du 22 mai 2012, Internationaler Hilfsfonds/Commission, T‑300/10, EU:T:2012:247, point 180 et jurisprudence citée). En effet, la motivation d’une décision consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels repose cette décision. Cette motivation peut être suffisante tout en exprimant des motifs erronés (voir ordonnance du 12 juillet 2012, Dover/Parlement, C‑278/11 P, non publiée, EU:C:2012:457, point 36 et jurisprudence citée).

78

Par ailleurs, il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte est suffisante doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (arrêt du 14 juillet 2021, BG/Parlement, T‑253/19, non publié, EU:T:2021:459, point 45).

79

En l’espèce, la décision attaquée comporte trois parties : la lettre d’accompagnement notifiant la décision attaquée, son annexe (annexe 1), qui contient ladite décision, ainsi que la note de débit récapitulative (annexe 2).

80

Après avoir rappelé, dans la décision attaquée, les dispositions quant aux frais de mission et aux indemnités journalières, aux frais de représentation ainsi qu’à l’utilisation du parc automobile de la Cour des comptes et aux frais de mission des chauffeurs utilisés par les membres que le requérant aurait violées, la Cour des comptes a procédé à l’identification des sommes indûment versées dont le recouvrement était exigé du requérant.

81

À cet égard, la Cour des comptes a indiqué que l’analyse du rapport de l’OLAF et de ses annexes et des documents en possession de ses services administratifs avait permis de constater que le requérant avait indûment obtenu le remboursement de frais pour des activités privées ou étrangères à ses fonctions ou incompatibles avec celles-ci, alors qu’il savait ou aurait dû savoir que ces dépenses ne pouvaient pas être engagées au moyen des ressources de la Cour des comptes. Plus particulièrement, la décision portant constatation de créance et de recouvrement comporte un tableau de recouvrement qui indique, pour chacune des activités indûment mises à la charge du budget de l’Union, notamment, le motif invoqué par le requérant dans ses ordres de mission ou dans ceux du chauffeur ou dans ses demandes de remboursement des frais de représentation ; la nature réelle de l’activité ; la référence aux éléments de preuve permettant d’établir cette nature réelle, la date et le lieu de l’activité ayant engendré les dépenses, et le coût supporté par la Cour des comptes.

82

Il s’ensuit que la décision attaquée comporte une motivation conforme aux exigences de l’article 41 de la Charte, dans la mesure où cette motivation permet au requérant de comprendre les motifs qui sous-tendent la décision attaquée et au Tribunal d’exercer son contrôle à cet égard, sans préjudice de l’examen de son bien-fondé, qui sera effectué dans le cadre du quatrième moyen.

83

Quant à l’allégation du requérant selon laquelle, dans le mémoire en défense, en ce qui concerne le quatrième moyen, la Cour des comptes apporte une nouvelle motivation ou de nouveaux motifs, celle-ci sera examinée au cas par cas dans le cadre dudit moyen.

84

Par conséquent, il y a lieu de rejeter le deuxième moyen comme non fondé.

3. Sur le troisième moyen, tiré de la violation du délai raisonnable

85

Le requérant soutient que la Cour des comptes a méconnu le principe du respect d’un délai raisonnable, inscrit à l’article 41, paragraphe 1, de la Charte, en remettant en cause la régularité des demandes de remboursement qu’il avait introduites depuis l’année 2006, alors que la Cour des comptes disposait, dès l’introduction de ces demandes, de toutes les informations utiles pour s’assurer que lesdites demandes étaient légitimes ou pour décider de rechercher des clarifications. Selon lui, le travail de vérification de la Cour des comptes devrait être limité à une rétroactivité limitée à trois années ou à tout le moins à cinq années à compter du 5 octobre 2018, soit la date de son rapport préliminaire. Le requérant estime donc que les entrées dans le tableau de recouvrement qui sont antérieures au 4 octobre 2013, soit les lignes nos 1 à 261 incluse, sont prescrites, ce qui conduit à un montant de 85924,75 euros, de sorte que le montant total susceptible d’être qualifié de créance que la Cour des comptes détiendrait à son égard serait de 67482,83 euros.

86

À cet égard, le requérant invoque le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil, du 25 juin 2002, portant règlement financier applicable au budget général des Communautés européennes (JO 2002, L 248, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE, Euratom) no 1995/2006 du Conseil, du 13 décembre 2006 (JO 2006, L 390, p. 1), qui, à son article 73 bis, introduirait le principe d’une prescription des créances détenues par l’Union sur des tiers à un délai de prescription de cinq ans. Quant au délai dans lequel une note de débit doit être communiquée au débiteur, le requérant observe que ni le « règlement financier » ni ses modalités d’exécution ne précisent un tel délai. Toutefois, il rappelle qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour que la communication d’une note de débit doit être effectuée dans un délai raisonnable et que la Cour considère qu’une telle communication est déraisonnable lorsqu’elle intervient au-delà d’une période de cinq ans à compter du moment où l’institution concernée a été normalement en mesure de faire valoir sa créance. Dans la réplique, le requérant renvoie également à l’article 98, paragraphe 2, du règlement 2018/1046.

87

Dans ses observations quant aux conséquences qu’il convient de tirer de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), pour la présente affaire, le requérant considère que la Cour n’a pas pris position sur le présent moyen, dans la mesure où elle a rejeté un autre grief tiré de la violation du délai raisonnable visant le recours disciplinaire de la Cour des comptes.

88

La Cour des comptes conteste les arguments du requérant en considérant en substance que c’est uniquement à la date du rapport de l’OLAF que sa créance pouvait être considérée comme certaine, liquide et exigible, ainsi que l’exigeraient l’article 78, paragraphe 2, du règlement no 966/2012 et l’article 81, sous b), du règlement délégué (UE) no 1268/2012 de la Commission, du 29 octobre 2012, relatif aux règles d’application du règlement no 966/2012 (JO 2012, L 362, p. 1). Par conséquent, à la date de la décision attaquée, le délai de cinq ans n’aurait pas encore pris fin. À cet égard, la Cour des comptes rappelle les termes de l’article 85, second alinéa, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »), en vertu duquel la demande de répétition de l’indu doit intervenir au plus tard au terme d’un délai de cinq ans commençant à courir à compter de la date à laquelle la somme a été versée. Elle relève également que ce délai n’est pas opposable lorsqu’il peut être établi que l’intéressé a délibérément induit l’administration en erreur en vue d’obtenir le versement de la somme considérée, ce qui constituerait un principe général du droit de l’Union.

a) Sur le délai de prescription

89

Par son moyen tiré de la violation du délai raisonnable, le requérant invoque le principe d’une prescription des créances détenues par l’Union sur des tiers à un délai de prescription de cinq ans. À cet égard, d’une part, il cite, notamment, l’article 73 bis du règlement no 1605/2002, tel que modifié, en vigueur jusqu’au 31 décembre 2013, ainsi que les articles 78 et 85 ter du règlement (CE, Euratom) no 2342/2002 de la Commission, du 23 décembre 2002, établissant les modalités d’exécution du règlement no 1605/2002 (JO 2002, L 357, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE, Euratom) no 478/2007 de la Commission, du 23 avril 2007 (JO 2007, L 111, p. 13), en vigueur jusqu’au 31 décembre 2012. D’autre part, dans la réplique, le requérant mentionne également l’article 98, paragraphe 2, du règlement 2018/1046. Lors de l’audience, en réponse à l’invitation du Tribunal à préciser la base juridique de l’application en l’espèce du principe d’une prescription des créances détenues par l’Union sur des tiers à un délai de cinq ans, le requérant a affirmé qu’il convenait, comme il l’avait fait dans le cadre de la réplique, de se fonder sur l’article 98, paragraphe 2, du règlement 2018/1046, sans être contesté à cet égard par la Cour des comptes. Il convient ainsi de se référer à cette disposition, applicable à la date d’adoption de la décision attaquée.

90

Le requérant indique, en substance, que la Cour des comptes ne pouvait lui envoyer une note de débit afin de faire valoir sa prétendue créance pour des demandes de paiement qualifiées d’irrégulières datant de plus de cinq années. Par une telle allégation, le requérant considère, en substance, que le délai de prescription prévu à l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046 est applicable sans exception.

91

L’article 98, paragraphes 1 et 2, du règlement 2018/1046 est libellé comme suit :

« 1. Afin de constater une créance, l’ordonnateur compétent :

a)

vérifie l’existence des dettes du débiteur ;

b)

détermine ou vérifie la réalité et le montant de la dette ; et

c)

vérifie les conditions d’exigibilité de la dette.

La constatation d’une créance constitue la reconnaissance du droit de l’Union sur un débiteur et l’établissement du titre à exiger de ce débiteur le paiement de sa dette.

2. Toute créance identifiée comme certaine, liquide et exigible est constatée par un ordre de recouvrement par lequel l’ordonnateur compétent donne instruction au comptable de recouvrer la créance. L’ordre de recouvrement est suivi d’une note de débit adressée au débiteur, sauf dans les cas où une procédure de renonciation est immédiatement engagée, conformément au paragraphe 4, deuxième alinéa. L’ordre de recouvrement et la note de débit sont tous deux établis par l’ordonnateur compétent.

L’ordonnateur envoie la note de débit immédiatement après la constatation de la créance et au plus tard dans un délai de cinq ans à compter du moment où l’institution de l’Union était, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance. Ce délai ne s’applique pas dans le cas où l’ordonnateur compétent établit que, malgré les diligences entreprises par l’institution de l’Union, le retard à agir incombe au comportement du débiteur. »

92

À cet égard, à titre liminaire, il importe de relever que le régime de prescription doit être conçu de manière à établir un équilibre entre, d’une part, les objectifs de sécurité juridique et de traitement des affaires dans un délai raisonnable en tant que principes généraux du droit de l’Union et, d’autre part, la mise en œuvre effective et efficace du principe de bonne gestion financière (voir, par analogie, arrêt du 21 janvier 2021, Whiteland Import Export, C‑308/19, EU:C:2021:47, point 49). C’est dans ce contexte particulier, et non par une simple application de l’article 41 de la Charte, comme le soutient le requérant, que le principe du délai raisonnable intervient.

93

Plus particulièrement, l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046 prévoit le régime de prescription de l’envoi d’une note de débit dans l’intérêt de la sécurité juridique qui protège à la fois le débiteur concerné et l’institution de l’Union qui envoie la note de débit. En effet, pour le débiteur, le principe de sécurité juridique fait obstacle à ce que l’institution de l’Union agisse sans aucune limite de temps, risquant ainsi, notamment, de mettre en péril la stabilité de situations juridiques acquises. Quant à l’institution de l’Union, dans sa tâche de recouvrer des créances de l’Union sur des tiers afin de satisfaire au principe de bonne gestion financière, elle doit respecter un délai raisonnable qui constitue un aspect du principe de bonne administration et procède de l’exigence fondamentale de sécurité juridique (voir, en ce sens, arrêts du 13 novembre 2014, Nencini/Parlement, C‑447/13 P, EU:C:2014:2372, point 45 ; du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 101, et du 5 octobre 2004, Sanders e.a./Commission, T‑45/01, EU:T:2004:289, points 59 et 60 et jurisprudence citée).

94

La fixation de délais de prescription en matière de constatation des créances doit être également conforme au principe d’effectivité et ne doit pas rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile la mise en œuvre du droit de l’Union (voir, par analogie, arrêts du 17 novembre 2016, Stadt Wiener Neustadt, C‑348/15, EU:C:2016:882, point 41, et du 21 janvier 2021, Whiteland Import Export, C‑308/19, EU:C:2021:47, points 48 et 65).

95

Certes, eu égard à l’article 98, paragraphes 1 et 2, du règlement 2018/1046, une institution de l’Union est normalement en mesure de faire valoir sa créance à partir de la date à laquelle elle dispose des pièces justificatives permettant d’identifier une créance donnée comme certaine, liquide et exigible ou aurait pu disposer de telles pièces justificatives, si elle avait agi avec la diligence requise (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 103).

96

Toutefois, une telle constatation peut être rendue pratiquement impossible dans des cas où, malgré les diligences qu’elle a entreprises, une institution de l’Union n’était pas en mesure d’identifier une créance en raison du comportement du débiteur, notamment de ses manœuvres dilatoires ou de sa mauvaise foi.

97

Une telle interprétation découle du principe qu’un régime de prescription stricte qui, pour des raisons inhérentes à celui-ci, fait obstacle de manière systémique à la protection des intérêts financiers de l’Union serait de nature à rendre l’application des règles du droit de l’Union pratiquement impossible ou excessivement difficile (voir, par analogie, arrêt du 21 janvier 2021, Whiteland Import Export, C‑308/19, EU:C:2021:47, point 53 et jurisprudence citée).

98

L’interprétation de l’article 98 du règlement 2018/1046, en ce qu’il prévoit des exceptions au point de départ du délai de constatation des créances, est corroborée, par analogie, par les interruptions du délai de prescription prévu à l’article 105 dudit règlement pour le recouvrement des créances.

99

Certes, pour les créances détenues par l’Union sur des tiers, le règlement 2018/1046 ne prévoit aucune suspension ou interruption du délai de prescription par un acte émanant notamment de l’OLAF qui a trait à une enquête, contrairement à ce que prévoit l’article 139, paragraphe 2, deuxième alinéa, du même règlement, qui s’applique à une décision d’exclusion de personnes ou d’entités visées à son article 135, paragraphe 2, de la participation aux procédures d’attribution régies par ledit règlement ou de la sélection pour l’exécution des fonds de l’Union. Toutefois, un tel silence de texte législatif ne doit pas être interprété d’une façon trop restrictive et doit tenir compte du rôle spécifique et des pouvoirs investis accordés par des dispositions du droit de l’Union à l’OLAF. Une conclusion contraire rendrait l’application des règles du droit de l’Union pratiquement impossible ou excessivement difficile et mettrait en cause le principe d’effectivité du droit de l’Union.

100

Il en découle que le point de départ du délai de constatation des créances, en vertu de l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046, c’est-à-dire le moment où l’institution concernée est normalement en mesure de faire valoir sa créance, ne correspond pas nécessairement au moment où une personne telle que le requérant demande à une institution le versement d’une somme d’argent. Il peut correspondre, dans certaines circonstances, au moment où l’OLAF remet un rapport à cette institution (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 107).

101

Au vu de ce qui précède, l’allégation du requérant selon laquelle le délai de prescription établi par l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046 serait applicable sans exception manque en droit.

102

Partant, il y a lieu d’examiner, au cas par cas, à quel moment la Cour des comptes était, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance, au sens de l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046.

b) Sur les demandes de remboursement du requérant correspondant aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement

103

Le requérant soutient que, en raison de la prescription, la Cour des comptes ne pouvait constater une créance et la recouvrer s’agissant de ses demandes de remboursement introduites au cours de la période comprise entre l’année 2006 et le 4 octobre 2013, correspondant aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement.

104

En l’espèce, il est constant que la Cour des comptes n’a adressé la note de débit au requérant que le 11 avril 2019, après la réception par cette dernière du rapport de l’OLAF le 2 juillet 2018, sur le fondement duquel la Cour des comptes avait établi son rapport préliminaire le 5 octobre 2018. Il ressort de son rapport que l’OLAF a procédé à une inspection des locaux au cabinet du requérant et a recueilli, à cette occasion, divers documents pour leur analyse numérique et qu’il a interrogé tant le requérant lui-même que d’autres personnes concernées (voir également points 39 à 46 ci-dessus). À l’issue de son enquête, l’OLAF a établi que les informations que le requérant avait fournies à la Cour des comptes dans ses ordres de mission et ses déclarations de frais de représentation étaient insuffisantes pour permettre au président de la Cour des comptes de vérifier en toute connaissance de cause si l’activité en cause était dans l’intérêt de la Cour des comptes.

105

À cet égard, d’une part, il ressort de l’article 11, paragraphes 1 et 2, du règlement no 883/2013, lu à la lumière des considérants 28 et 29 de celui-ci, que l’enquête effectuée par l’OLAF s’est conclue par l’établissement d’un rapport d’enquête final, un élément de preuve recevable dans les procédures administratives ou judiciaires, qui présente, notamment, les conclusions de l’enquête, et des recommandations de son directeur général sur les suites à donner à celle-ci. Selon l’article 11, paragraphe 4, dudit règlement, l’OLAF transmet ce rapport à l’institution, à l’organe ou à l’organisme concerné, auquel il incombe de donner les suites, notamment disciplinaires et judiciaires, que les résultats de l’enquête appellent, et d’en rendre compte à l’OLAF, dans un délai qui est fixé dans les recommandations accompagnant le rapport ainsi que sur demande de l’OLAF. En l’espèce, c’est précisément dans ce contexte que la Cour des comptes a établi son rapport préliminaire le 5 octobre 2018 sur le rapport de l’OLAF.

106

D’autre part, il importe de rappeler que, conformément à l’article 1er, paragraphe 4, du règlement no 883/2013, l’OLAF effectue, au sein des institutions, organes et organismes institués par les traités ou sur le fondement de ceux-ci, les enquêtes administratives destinées à lutter contre la fraude, la corruption et toute autre activité illégale portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union, dénommées « enquêtes internes ». Il ressort de ce règlement que, dans le cadre de telles enquêtes, l’OLAF a accès sans préavis et sans délai à toute information pertinente, y compris aux informations figurant dans des bases de données détenues par les institutions, organes et organismes ainsi qu’aux locaux de ceux-ci. Il peut prendre copie et obtenir des extraits de tout document et du contenu de tout support d’informations que les institutions, organes et organismes détiennent. L’OLAF peut également demander aux autres membres du personnel des informations orales, y compris par voie d’entretiens, et des informations écrites. Il peut effectuer des contrôles et vérifications sur place dans les locaux d’opérateurs économiques afin d’avoir accès aux informations pertinentes en liaison avec les faits faisant l’objet d’une enquête interne.

107

En revanche, une institution de l’Union telle que la Cour des comptes n’est pas investie de tels pouvoirs d’enquête, en particulier en vue de l’identification et de la constatation d’une créance à l’encontre d’un de ses membres.

108

Au vu des observations liminaires qui figurent aux points 89 à 107 ci-dessus, il convient d’examiner si, en ce qui concerne les demandes de remboursement du requérant correspondant aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement, c’est à compter de l’introduction de ces demandes, ainsi que l’estime le requérant, ou à compter de la date du rapport de l’OLAF, comme le soutient la Cour des comptes, que cette dernière était en mesure d’identifier et de faire valoir sa créance concernant lesdites lignes. Aux fins de cet examen, il y a lieu de diviser ces demandes en trois groupes.

1) Sur le premier groupe des demandes de remboursement du requérant

109

Force est d’observer que, parmi les demandes de remboursement du requérant correspondant aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement, plusieurs de celles-ci comportaient des justifications a priori crédibles n’exigeant aucune vérification complémentaire de la part de la Cour des comptes au moment de leur dépôt par le requérant. Au sujet de ces demandes, la Cour des comptes n’avait pas d’informations lui permettant de s’y opposer avant l’issue de l’enquête de l’OLAF.

110

Premièrement, parmi lesdites demandes de remboursement, se trouvent celles visées aux lignes nos 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 15, 16, 17, 19, 20, 23, 24, 29 (pour partie), 31, 41, 43, 54, 57 (pour partie), 59, 60, 61, 63 (pour partie), 65, 66, 68, 69, 70, 81, 84, 85, 88, 89, 92, 94, 95, 96, 97, 111, 116, 118 (pour partie), 120, 133, 150, 168, 169, 171, 175, 183, 184, 190, 194, 203, 204, 207, 208, 211, 215, 218, 221, 229 (pour partie), 236, 238, 248, 258 et 260 du tableau de recouvrement, se rapportant aux rencontres du requérant avec des responsables politiques ou, dans certains cas limités, avec des membres de leurs cabinets ou à la participation du requérant aux activités du parti politique en cause.

111

Il convient d’observer que, d’une part, ce n’est que lors de l’enquête de l’OLAF qu’il a été établi que, au cours de son mandat, le requérant avait rencontré au moins 188 fois des responsables politiques belges qui étaient principalement les membres du parti politique en cause, auquel il appartenait également. Selon le rapport de l’OLAF, ce chiffre correspondait à 24 % de toutes les rencontres ou déjeuners du requérant qui faisaient l’objet de ses demandes de remboursement. Il y a lieu de constater que cela concerne les activités visées aux lignes nos 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 15, 16, 19, 20, 23, 24, 29 (pour partie), 31, 41, 43, 54, 57 (pour partie), 59, 63 (pour partie), 65, 66, 70, 84, 88, 89, 92, 96, 97, 111, 116, 118 (pour partie), 133, 150, 168, 169, 171, 183, 184, 190, 194, 203, 204, 208, 211, 215, 218, 236, 238 et 248 du tableau de recouvrement.

112

D’autre part, c’est également l’OLAF qui a constaté un lien entre les rencontres avec des responsables politiques belges et les réunions hebdomadaires du conseil d’administration du parti politique en cause. À cet égard, il ressort du rapport de l’OLAF qu’il a récupéré, lors de son enquête, les procès-verbaux de 44 réunions indiquant la présence des membres du conseil d’administration du parti politique en cause au cours de la période allant du 17 novembre 2008 au 29 avril 2010. L’OLAF a établi la présence du requérant aux 28 réunions. Il y a lieu de constater qu’il s’agit à cet égard des activités du requérant visées aux lignes nos 54, 60, 61, 68, 70, 81, 84, 85, 88 et 94 du tableau de recouvrement.

113

En ce qui concerne la présence du requérant aux autres réunions du conseil d’administration du parti politique en cause, l’OLAF a relevé qu’il était clair que le mandat du requérant en tant que membre votant exigeait sa présence régulière aux réunions hebdomadaires de ce conseil jusqu’au mois de novembre 2008. Selon le rapport de l’OLAF, l’examen des ordres de mission a révélé que, entre le mois de mars 2006 et le mois de novembre 2008, le requérant avait effectué 27 missions les lundis pour rencontrer des membres du parti politique en cause et que ces missions avaient permis au requérant de participer aux réunions hebdomadaires du conseil d’administration de ce parti politique. Le Tribunal constate qu’il s’agit à cet égard des lignes nos 1, 5, 7, 12, 17, 19, 23 et 24 du tableau de recouvrement. Plus particulièrement, parmi ces activités, le rapport de l’OLAF mentionne une réunion en date du 7 avril 2008 qui se rapporte à la ligne no 19 du tableau de recouvrement.

114

S’agissant de la présence du requérant à ces réunions après le mois d’avril 2010, l’OLAF a indiqué qu’il n’était pas possible de le déterminer lors de son enquête, mais que son statut de membre non votant exigeait sa présence au moins aux réunions mensuelles qui s’étaient tenues chaque premier lundi du mois. À cet égard, il ressort du rapport de l’OLAF que l’analyse des missions du requérant effectuées entre le mois d’avril 2010 et le mois de décembre 2017 a révélé l’existence de 17 missions à Bruxelles (Belgique) le premier lundi du mois pour rencontrer des responsables du parti politique en cause qui semblaient être impliqués dans la gestion de ce parti. Le Tribunal constate que les activités du requérant visées aux lignes nos 171, 203 et 238 du tableau de recouvrement correspondent à cette situation.

115

En outre, il ressort des mentions figurant dans l’agenda du requérant que les missions visées aux lignes nos 120, 175 et 221 visaient à participer aux journées parlementaires du parti politique en cause, que la mission mentionnée à la ligne no 207 et, pour partie, celle citée à la ligne no 229 visaient la participation aux réceptions du « nouvel an » de ce parti, que la mission visée à la ligne no 258 visait la participation à la visite d’une ville destinée aux membres dudit parti ou encore que les missions mentionnées aux lignes nos 69 et 260 visaient la participation, respectivement, à un congrès et à une journée d’étude du même parti (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 451).

116

Deuxièmement, s’agissant des relations du requérant avec des organismes représentatifs et des associations, visées aux lignes nos 32, 48, 83, 93, 118 (pour partie), 131, 132, 134 et 135, 137, 143, 154, 155, 170, 174 (pour partie), 192, 209, 217, 219, 224, 227, 228, 242, 256 et 261 du tableau de recouvrement, l’OLAF a établi que la majorité de ces relations concernait des organismes locaux, tels que la chambre de commerce et d’industrie de la région d’origine du requérant, un groupe d’industrie du lieu d’origine du requérant et une association d’employeurs locaux, dont le champ d’action se limitait à la région d’origine du requérant. Il convient d’assimiler à ces activités également celles visées aux lignes nos 39, 138 et 196 du tableau de recouvrement se rapportant aux invitations formelles d’un cercle ayant pour objet de renforcer la présence des entreprises flamandes à Bruxelles. En effet, le tableau de recouvrement indique, par référence au rapport de l’OLAF, notamment à ses pages 5, 18, 29 et 37, que ce cercle ayant pour objet de renforcer la présence des entreprises flamandes à Bruxelles organise des rencontres pour permettre aux entrepreneurs flamands de rencontrer des diplomates belges en poste à l’étranger et que ces activités n’étaient pas liées aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes. La présence du requérant ressort également des procès-verbaux de réunions du bureau du parti politique en cause à la date correspondant à celle de la mission visée à la ligne no 39.

117

Troisièmement, concernant les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 18, 29 (pour partie), 100 (pour partie), 114 et 239 qui se rapportaient aux rencontres avec une personne, étant notamment désigné dans les ordres de mission comme « CEO » (président-directeur général), « CEO [d’un opérateur économique] » ou « CEO, Président », l’OLAF a constaté que, entre 2008 et 2015, le requérant avait rencontré cette personne huit fois et que, à l’époque, ce dernier était le président du conseil d’administration d’un « holding », dans lequel le requérant était actionnaire, conformément à sa déclaration d’intérêts de 2017. En outre, lors de son entretien au cours de l’enquête de l’OLAF, le requérant a expliqué que la personne rencontrée en cause était son ami de longue date et une « grande source d’inspiration ».

118

Quatrièmement, pour les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 75 et 86, qui portaient sur ses rencontres avec une personne, désignée comme « CEO [d’un opérateur économique] », les 21 décembre 2009 et 15 mars 2010, l’OLAF a expressément cité ces deux rencontres dans son rapport, en indiquant qu’elles coïncidaient avec l’enquête de l’Union sur l’aide d’État fournie par le gouvernement belge à cet opérateur économique. L’OLAF a également établi que le requérant était en contact avec la personne rencontrée concernant cette enquête et qu’il avait facilité des contacts directs avec le cabinet d’un membre de la Commission européenne et avec une personne, à l’époque président du parti politique en cause. En outre, il ressortait des procès-verbaux de réunions du bureau du parti politique en cause que le requérant avait été à une telle réunion à la date correspondant à celle de la mission visée à la ligne no 86.

119

Cinquièmement, s’agissant des demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 45, 130, 199, 202, 230, 232, 253 et 257 (pour partie), elles se rapportaient à des activités dont l’OLAF a établi le caractère privé. En effet, l’OLAF a constaté que ces demandes avaient pour objet, respectivement, un déjeuner avec le président de l’organisation d’assurance maladie belge, une rencontre avec un compagnon de chasse, une rencontre avec un responsable d’une société d’audit concernant une offre d’emploi au bénéfice du fils du requérant, la participation du requérant au mariage d’un enfant d’un de ses amis, deux rencontres avec le directeur d’un opérateur économique, employeur d’un des enfants du requérant, une rencontre avec un responsable politique belge pour une question privée et la participation du requérant à un barbecue organisé par un ancien membre du parti politique en cause. Il ressort également des procès-verbaux de réunions du bureau du parti politique en cause que le requérant était présent à une telle réunion à la date correspondant à celle de la mission visée à la ligne no 45.

120

Il convient d’assimiler aux activités mentionnées au point 119 ci-dessus les demandes de remboursement visées aux lignes nos 82, 115 et 121. En effet, l’activité visée à la ligne no 115 concernait le déjeuner avec le directeur d’un opérateur économique le 10 septembre 2010. Quant aux activités visées aux lignes nos 82 et 121, ayant comme objet « M. […], CEO », et une « invitation formelle de […] », l’OLAF a constaté qu’il s’agissait d’une rencontre avec un promoteur immobilier à des fins privées.

121

Sixièmement, le rapport de l’OLAF vise également les activités du requérant se rapportant à des rencontres avec un diplomate de la Fédération de Russie, avec deux membres de la Commission et le directeur général d’un groupement de groupes de pression européens ainsi que le Roi des Belges. Ces activités se rapportent aux lignes nos 56, 57 (pour partie), 108, 122 et 223 du tableau de recouvrement.

122

Tout d’abord, en ce qui concerne la rencontre avec un diplomate de la Fédération de Russie, visée à la ligne no 56 du tableau de recouvrement, l’OLAF a établi que le requérant avait rencontré ce diplomate pour une question liée à l’adoption d’un enfant russe par une famille belge. Selon le rapport de l’OLAF, une remarque dans le calendrier numérique du requérant faisait référence aux difficultés rencontrées dans le dossier d’adoption et le diplomate en cause était disposé à apporter son aide sur les formalités afin de résoudre le problème. En outre, l’OLAF a indiqué que le requérant avait rencontré le même diplomate le 22 juin et de nouveau le 6 juillet 2009 et que sur les ordres de mission figurait la mention « réunion avec le [diplomate] », sans que soit mentionné l’objet réel de ces réunions. Il a considéré que cette rencontre était de caractère privé. En effet, la référence à cette activité du requérant figure dans la partie du rapport intitulée « Visites de courtoisie à des hommes d’affaires et à des connaissances pour des raisons privées ».

123

Ensuite, s’agissant des rencontres du requérant avec les membres de la Commission visées aux lignes nos 57 (pour partie) et 108, il ressort du rapport de l’OLAF que, d’une part, le requérant est intervenu directement auprès du cabinet d’un membre de la Commission concernant une demande de subvention introduite par une organisation dans le cadre du financement pour le soutien aux festivals culturels européens. D’autre part, l’OLAF a constaté que le requérant avait organisé une réunion avec un membre de la Commission et une autre personne et y avait participé pour discuter de la position d’un groupement de groupes de pression sur la stratégie de l’Union en matière de recherche et d’innovation. Selon le rapport de l’OLAF, cette autre personne a rencontré le requérant le 18 octobre 2010 pour une réunion de suivi, activité visée à la ligne no 122 du tableau de recouvrement.

124

Enfin, quant à une rencontre du requérant avec le Roi des Belges visée à la ligne no 223 du tableau de recouvrement, l’OLAF a établi, par le biais de l’agenda du requérant, qu’il avait été invité par la famille royale belge à participer à des « chasses royales » dans une ville de Belgique.

125

Septièmement, pour la mission visée à la ligne no 63 du tableau de recouvrement (pour partie), concernant une « cérémonie d’ouverture d’une année académique d’un établissement d’études européennes », le tableau de recouvrement se réfère à l’agenda du requérant en indiquant qu’il n’a pas participé à cette cérémonie dans la mesure où il n’était pas mentionné dans la liste des personnalités européennes présentes à celle-ci.

126

Huitièmement, pour la mission visée à la ligne no 74 du tableau de recouvrement, concernant une invitation du dirigeant d’un opérateur économique privé, il ressort de l’agenda du requérant que cette rencontre avait pour objet d’assister à un concert.

127

Neuvièmement, concernant la mission visée à la ligne no 128 du tableau de recouvrement se rapportant à la participation du requérant à une conférence organisée par une organisation réunissant les propriétaires et gestionnaires fonciers européens au Parlement européen, il ressort du rapport de l’OLAF que sa participation aux évènements de cette organisation était liée à son activité extérieure correspondant au poste de président d’une fondation environnementale de sa région d’origine, autorisée par la Cour des comptes par une décision du 30 avril 2015 (voir également point 33 ci-dessus). L’OLAF a également constaté que les deux organisations travaillaient en étroite collaboration et partageaient leurs services administratifs et leur personnel.

128

Dixièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 100 concernant une rencontre avec un ministre d’État, le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que la personne rencontrée était un homme politique flamand qui n’était plus ministre depuis 2003.

129

Onzièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 173 se rapportant à un déjeuner de travail du requérant avec un parlementaire européen allemand, le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant et aux pages 5, 18, 29 et 37 du rapport de l’OLAF, que les services de chauffeur ont été utilisés à des fins privées dans la mesure où le requérant a demandé ses services pour trois jours concernant un seul déjeuner.

130

Douzièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 187 et liée à l’« invitation formelle [d’une princesse] », le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant, que le véhicule de service a été utilisé à des fins privées, ce qui a obligé le chauffeur à rentrer en train à Luxembourg.

131

Treizièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 191 ayant pour objet la mention « Committee of Foreign Affairs – SR No 1/2011 Devolution », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que le requérant a utilisé les services de chauffeur à des fins privées après une mission.

132

Quatorzièmement, pour la demande de remboursement de frais de chauffeur visée à la ligne no 147 du tableau de recouvrement et se rapportant à une réunion de la commission du contrôle budgétaire du Parlement et à une conférence de déjeuner d’une association, ce tableau indique, par référence à l’agenda du requérant, qu’il s’agit d’une mission « sans indemnités » concernant un rendez-vous médical du requérant, dans le cadre duquel le chauffeur devait prendre le train de Luxembourg pour Bruxelles et raccompagner le requérant avec le véhicule de service à Luxembourg.

133

Quinzièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 157 et liée à une rencontre avec le Premier ministre et avec un responsable d’une société d’audit, le tableau de recouvrement mentionne, par référence à l’agenda du requérant, que le rendez-vous de 15 h 30 à 18 h avec des salariés de cette société à un cercle ayant pour objet de renforcer la présence des entreprises flamandes à Bruxelles, qui avait eu pour effet de doubler les indemnités de mission du requérant et du chauffeur et de doubler le temps de travail du chauffeur, était problématique, car sans lien avec les activités de la Cour des comptes. Par ailleurs, ce tableau indique que le chauffeur a dû se rendre à Bruxelles en train, le requérant ayant conservé le véhicule de service.

134

Seizièmement, pour la demande de remboursement visée à la ligne no 229 (pour partie) et se rapportant aux frais de mission pour une invitation formelle dans un château en France à une « [j]ournée des institutions européennes », le tableau de recouvrement relève, par référence à l’agenda du requérant, qu’il s’agit d’une activité de divertissement, à savoir une participation à une chasse en France avec deux nuits d’hôtel sur place.

135

Enfin, dix-septièmement, pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 13, 33, 47, 73, 76, 80, 103, 104, 161, 163, 164, 177, 210, 225, 237, 251 et 259 du tableau de recouvrement, qui concernent des rencontres avec des responsables d’opérateurs économiques privés, dont des responsables de cabinets internationaux d’audit, le tableau de recouvrement indique, par référence au rapport de l’OLAF, notamment à ses pages 5, 18, 29 et 37, ou, dans certains cas, à l’agenda du requérant, ce qui suit : pour la demande visée à la ligne no 13, « déjeuner offert à un opérateur économique (« mission sans indemnité », reconnue plus tard par [le requérant] comme étant privée) » ; pour la demande visée à la ligne no 33, « réception en l’honneur du [président-directeur général] d’un opérateur économique […] qui est également membre du conseil d’administration [d’un autre opérateur économique] (dont le requérant était lui-même membre jusqu’au 30 juin 2006) » ; pour les demandes visées aux lignes nos 47, 103, 161 et 210, selon la description de l’invitation que l’« évènement organisé par et au profit [d’une société d’audit] est incompatible avec les fonctions de membre de la Cour des comptes » ; pour les demandes visées aux lignes nos 73 et 76, « rencontre avec le dirigeant d’une société d’experts comptables de la région du lieu d’origine [du requérant] » ; pour la demande visée à la ligne no 80, « concert privé – divertissement » ; pour la demande visée à la ligne no 104, « rencontre avec le [président-directeur général] d’un opérateur économique […] » ; pour la demande visée à la ligne no 163, « rencontre avec le directeur général [d’un opérateur économique] » ; pour la demande visée à la ligne no 164, « rencontre avec un partenaire de chasse […] dirigeant [d’une société belge] » ; pour la demande visée à la ligne no 177, « rencontre avec un administrateur [d’une] société d’investissement flamande » ; pour la demande visée à la ligne no 225, « activité culturelle privée (opéra La Traviata à la Monnaie, Bruxelles) à laquelle [le requérant] est invité par un opérateur économique » ; pour la demande visée à la ligne no 237, « rencontre dans un hôtel à Bruxelles avec un associé [d’une] société d’audit et de conseil » ; pour la demande visée à la ligne no 251, « déjeuner offert au [président-directeur général] d’une société d’experts-comptables à Hasselt (Flandre) [(Belgique)] que [le requérant] rencontre à nouveau le lendemain, cette fois sous couvert d’un ordre de mission », et pour la demande visée à la ligne no 259, « activité de divertissement : participation au festival de musique Odegand à Gand [(Belgique)] un samedi ».

136

Par conséquent, en ce qui concerne les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 23, 24, 29, 31, 32, 33, 39, 41, 43, 45, 47, 48, 54, 56, 57, 59, 60, 61, 63, 65, 66, 68, 69, 70, 73, 74, 75, 76, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 88, 89, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 100, 103, 104, 108, 111, 114, 115, 116, 118 (pour partie), 120, 121, 122, 128, 130, 131, 132, 133, 134 et 135, 137, 138, 143, 147, 150, 154, 155, 157, 161, 163, 164, 168, 169, 170, 171, 173, 174 (pour partie), 175, 177, 183, 184, 187, 190, 191, 192, 194, 196, 199, 202, 203, 204, 207, 208, 209, 210, 211, 215, 217, 218, 219, 221, 223, 224, 225, 227, 228, 229, 230, 232, 236, 237, 238, 239, 242, 248, 251, 253, 256, 257 (pour partie), 258, 259, 260 et 261 du tableau de recouvrement, ce n’est qu’après l’enquête de l’OLAF que la Cour des comptes a été, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance concernant lesdites lignes, au sens de l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046.

137

Dans la mesure où la Cour des comptes n’a reçu le rapport de l’OLAF que le 2 juillet 2018, alors qu’elle a établi son rapport préliminaire le 5 octobre 2018 sur les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement indiquées au point 136 ci-dessus, il y a lieu de considérer, au vu des faits exposés au point 54 ci-dessus, qu’elle ne pouvait identifier et constater sa créance comme certaine qu’à compter du 2 juillet 2018 et qu’elle a ainsi informé le requérant de sa créance dans le respect du délai de cinq ans prévu à la suite de la constatation de la créance, conformément à l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046. Dans ces circonstances, les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement indiquées au point 136 ci-dessus ne sont pas prescrites.

2) Sur le deuxième groupe des demandes de remboursement du requérant

138

Il convient de constater que, parmi les demandes de remboursement du requérant correspondant aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement, certaines de celles-ci comportaient des informations lacunaires ou suspicieuses et justifiaient des vérifications de l’OLAF, de sorte que ce n’est qu’à l’issue de l’enquête de l’OLAF que la Cour des comptes était en mesure de constater sa créance.

139

D’une part, il s’agit des demandes de remboursement du requérant qui comportaient des montants a priori excessifs.

140

En effet, premièrement, les demandes de remboursement des frais de représentation visées aux lignes nos 27, 90, 98, 152 et 257 (pour partie) du tableau de recouvrement, qui se rapportaient aux rencontres du requérant avec des responsables politiques ou, dans certains cas limités, avec des membres de leurs cabinets, portaient sur les montants, respectivement, de 753 euros pour un dîner avec trois personnes (ligne no 27), de 1159 euros pour un dîner avec cinq personnes (ligne no 90), de 799 euros pour un dîner avec deux personnes (ligne no 98), de 884 euros pour un dîner avec quatre personnes (ligne no 152) et de 802 euros pour un dîner avec trois personnes (ligne no 257).

141

Deuxièmement, les demandes de remboursement des frais de représentation visées aux lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243 et 245 du tableau de recouvrement, qui se rapportaient aux réceptions organisées au domicile du requérant, portaient sur les montants, respectivement, de 2520,68 euros pour 18 personnes (ligne no 22), de 1976 euros pour 12 personnes (ligne no 55), de 2271,36 euros pour 11 personnes (ligne no 110), de 3018,90 euros pour 16 personnes (ligne no 160), de 2340 euros pour 10 personnes (ligne no 216), de 1897,28 euros pour 9 personnes (ligne no 243) et de 2069,76 euros pour 10 personnes (ligne no 245).

142

Troisièmement, la demande de remboursement des frais de représentation visée à la ligne no 123 du tableau de recouvrement portait sur un dîner avec 11 personnes, dont deux « CEO » d’opérateurs économiques et le président du parti politique en cause, pour un montant de 2352 euros.

143

Enfin, quatrièmement, la demande de remboursement des frais de mission et d’indemnités journalières visée à la ligne no 252 du tableau de recouvrement, concernant la participation du requérant à un forum d’été en Suisse, portait sur le montant de 3931,20 euros.

144

D’autre part, la Cour des comptes a autorisé certaines demandes de remboursement du requérant qui n’apportaient pas d’informations essentielles sur les activités qu’elles visaient.

145

Premièrement, les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 42, 44, 49, 50, 51, 139, 178, 188, 205, 234 et 235 et 254 et 255 du tableau de recouvrement visaient à rencontrer une personne identifiée par son nom, mais sans aucune précision de sa qualité.

146

Deuxièmement, les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 21, 28, 40 et 162 du tableau de recouvrement font état de rencontres avec une personne simplement désignée comme « directeur d’études », « directeur général », « directeur » et « comte ».

147

Troisièmement, les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 46, 53, 67, 79, 99, 101, 113, 159 et 181 du tableau de recouvrement ont été justifiées par le requérant en se référant, respectivement, à une « invitation formelle par [un campus] » (lignes nos 46 et 159), à « [une université] » (ligne no 53), à une « invitation formelle » (lignes nos 67 et 79), à une « invitation formelle [d’une université] » (ligne no 99), à une « invitation formelle [à la garden-party d’un orchestre] » (ligne no 101), à « [un agent immobilier] » (ligne no 113) et à la « présentation du rapport annuel 2010 » (ligne no 181).

148

Quatrièmement, les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 38, 62, 64, 77, 78, 107, 109, 112, 124, 126, 127, 129, 136, 140, 141, 142, 144, 145, 146, 148, 149, 156, 158, 165, 166, 172, 176, 179, 180, 182, 189, 193, 195, 197, 198, 200, 206, 212, 213, 220, 222, 226, 231, 233, 240, 241, 244, 246, 247, 249 et 250 du tableau de recouvrement font état de frais de chauffeur ayant pour justifications « chercher [le requérant] à Verbier », « conduire [le requérant] », « conduire voiture CD […] à Verbier (Suisse) », « chercher CD […] », « conduire la voiture officielle », « conduire voiture CD […] », « conduire CD […] », « chercher le [requérant] », « apporter [des] documents » et « apporter [des] documents importants » ou n’ayant aucune justification.

149

Certes, si la Cour des comptes avait agi avec la diligence requise, elle aurait pu demander au requérant d’apporter des justifications supplémentaires sur les montants a priori excessifs mentionnés aux points 140 à 143 ci-dessus et sur les précisions manquantes s’agissant des demandes de remboursement du requérant indiquées aux points 145 à 148 ci-dessus. Cette approche lui aurait permis de réagir au moment de l’introduction des demandes du requérant et, le cas échéant, d’identifier et de constater la créance.

150

Toutefois, il ressort du dossier que l’enquête de l’OLAF a apporté des précisions supplémentaires sur les activités du requérant sur lesquelles portaient toutes les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées aux points 140 à 143 et 145 à 148 ci-dessus et a apporté à l’analyse desdites activités des précisions supplémentaires. Ces précisions n’étaient pas connues de la Cour des comptes lors de l’introduction des demandes du requérant, ce qui l’a conduite à ne les remettre en cause qu’à l’issue de l’enquête de l’OLAF.

151

En ce qui concerne les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées aux points 140 et 142 ci-dessus, il convient de se référer aux points 110, 111, 117 et 118 ci-dessus, qui exposent les informations que l’OLAF a précisées lors de son enquête quant aux activités du requérant correspondant auxdites demandes.

152

S’agissant des demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées au point 141 ci-dessus, à savoir les lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243 et 245 du tableau de recouvrement, elles se rapportent aux réceptions organisées au domicile du requérant. Dans son rapport, l’OLAF a précisé l’objectif et la nature ainsi que le lien du requérant avec les invités à de telles réceptions. L’OLAF a constaté que, entre 2006 et 2016, le requérant avait organisé treize dîners privés et informels pour un public choisi à son lieu d’origine. Selon l’OLAF, parmi les invités figuraient toujours un ou deux responsables politiques belges ainsi que quelques amis occupant des postes élevés dans le secteur privé et, selon les mots utilisés par le requérant dans une lettre d’invitation, ces évènements étaient organisés en vue de passer une soirée « agréable, détendue et utile en compagnie flamande choisie ». L’OLAF a considéré que les invités étaient tous des amis proches, tenus à une discrétion et à une confidentialité absolue des conversations. Dans le rapport de l’OLAF était également précisé que 46 personnes avaient participé aux dîners privés et que, mis à part le fait qu’elles étaient des amies du requérant, leurs liens avec ce dernier pouvaient être généralement classés comme relevant d’activités concernant la politique belge, la chasse, des postes de « CEO » et les institutions de l’Union.

153

Concernant la demande de remboursement du requérant mentionnée au point 143 ci-dessus, à savoir celle visée à la ligne no 252, portant sur la mission du requérant à un « forum d’été » en Suisse, tout d’abord, lors de son enquête, l’OLAF a précisé que cet évènement d’été n’avait pas de programme officiel et qu’il ressortait de sa présentation que les invités avaient participé à des excursions, dans un contexte de loisir. Ensuite, l’OLAF a cité la note du requérant envoyée au président de la Cour des comptes pour réclamer le remboursement des frais correspondants, dans laquelle le requérant avait présenté ce forum d’été comme un rassemblement de représentants éminents de gouvernements, de diplomates, d’organisations internationales, de partis politiques et de parlements pour discuter de questions d’actualité en politique internationale. Enfin, l’OLAF a conclu que, alors qu’il était conscient de la vraie nature de cet évènement, le requérant avait dénaturé les informations portant sur celui-ci, en le présentant au président de la Cour des comptes comme un forum de discussion politique de haut niveau aux fins d’obtenir le remboursement de ses frais.

154

S’agissant des demandes de remboursement du requérant mentionnées aux points 145 à 148 ci-dessus, d’une part, il s’agit des demandes sur lesquelles l’OLAF apporte des précisions dans son rapport et qui sont les suivantes :

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 44, intitulée « Dîner – Invitation par […] », l’OLAF a constaté qu’il s’agissait d’un dîner avec un administrateur d’un opérateur économique et que, en fait, le requérant était membre du conseil d’administration de cet opérateur jusqu’au 30 juin 2006 ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 49, intitulée « Déjeuner de travail avec […] », l’OLAF a lié en fait cette activité à un festival de musique ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 51 et 113, intitulées, respectivement, « Rencontre avec […] » et « [un agent immobilier] », l’OLAF a constaté que ces activités étaient en fait liées à des propriétés privées du requérant à Bruxelles ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 101, intitulée « Invitation formelle à [la garden-party d’un orchestre] », l’OLAF a en fait constaté le caractère privé de cette activité ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 205, intitulée « M. […] », l’OLAF a constaté que cette personne était en fait un architecte qui conseillait le requérant dans le cadre de l’achat d’un appartement à Bruxelles.

155

D’autre part, parmi les demandes de remboursement du requérant mentionnées aux points 145 à 148 ci-dessus, se trouvent celles pour lesquelles le tableau de recouvrement se réfère aux pages précises du rapport de l’OLAF ou de l’agenda du requérant, qui fait partie de ce rapport, sans spécifiquement mentionner ces demandes dans ce dernier, et qui sont les suivantes :

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 21 et 40, ayant pour objet deux déjeuners du requérant avec un « directeur d’études », le tableau de recouvrement précise qu’il s’agit de rencontres avec un membre du parti politique en cause, en apportant comme preuves les constatations de l’OLAF aux pages 10, 11 et 12 de son rapport et, concernant l’activité visée à la ligne no 40, l’agenda du requérant ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 28, intitulée « M. […], directeur général », le tableau de recouvrement se réfère aux pages 15 et 16 et à l’annexe 16 du rapport de l’OLAF et il ressort de la page 16 dudit rapport que la personne rencontrée était directeur général d’un groupement représentatif des intérêts des employeurs d’entreprises privées auprès de l’Union ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 38, intitulée « Chercher [le requérant] à Verbier (Suisse) », le tableau de recouvrement précise, par référence aux entretiens des chauffeurs lors de l’enquête, qu’elle était en fait liée à des vacances au ski ayant nécessité le recours aux services d’un chauffeur, qui est allé chercher le requérant sur son lieu de vacances et l’a conduit jusqu’à son lieu d’origine ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 42, 46, 50, 52 et 53, intitulées, respectivement, « Déjeuner avec M. […] », « Invitation formelle [d’un campus] », « Rencontre avec M. […] », « Invitation [d’un responsable d’un collège de musique] » et « [Une université] », le tableau de recouvrement précise, par référence aux agendas du requérant, qu’il s’agissait de missions « sans indemnités » concernant les frais de représentation se rapportant en fait à une rencontre avec un procureur d’un arrondissement qui faisait partie de la commune d’origine du requérant (ligne no 42) et les frais de chauffeur pour un déplacement dans une école secondaire dans la ville d’origine du requérant pour un évènement en soirée (ligne no 46), pour conduire le requérant à une rencontre privée (ligne no 50), pour un déplacement du chauffeur, qui a dû raccompagner le requérant sur son lieu d’origine après une soirée de divertissement, y dormir à l’hôtel et rentrer en train le lendemain à Luxembourg (ligne no 52), et pour la remise des diplômes de la fille du requérant (ligne no 53) ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 62, intitulée « Conduire [le requérant] », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, qu’il devait être en mission le mardi 4 novembre 2009 dans une ville en Belgique de 10 h 30 à 13 h (cérémonie d’ouverture d’une année académique d’un établissement d’études européennes) et que, néanmoins, il a demandé à un chauffeur de venir le chercher la veille sur son lieu d’origine et non à Luxembourg et de passer la nuit sur place à l’hôtel. Le même tableau précise également que le requérant a demandé au chauffeur de le conduire à nouveau sur son lieu d’origine le mardi 4 novembre et de passer une nuit sur place au même hôtel avant de le conduire à nouveau à Luxembourg le mercredi 5 novembre ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 64 et 78, intitulées « Conduire [le requérant] », le tableau de recouvrement, par référence au rapport de l’OLAF, indique que ces activités se rapportaient en fait à la participation du requérant à la réunion du bureau du parti politique en cause ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 67, intitulée « Invitation formelle », le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant et à la page 8 du rapport de l’OLAF, que cette activité était liée à une chasse, le requérant ayant demandé à un deuxième chauffeur de le rejoindre dans une ville en Belgique où il chassait alors qu’il se trouvait déjà sur place avec un chauffeur et le véhicule de service ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 77, 107, 112, 195, 198, 212, 213 et 233, intitulées « Conduire CD […] », « Conduire [le requérant] » ou « Chercher [le requérant] », le tableau de recouvrement relève, par référence aux agendas du requérant ou aux pages 5, 18, 29 et 37 du rapport de l’OLAF, que les frais de chauffeur liés à des déplacements dans la ville d’origine du requérant ou à Bruxelles ont été engagés sans aucune mission pour le requérant ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 79, intitulée « Formal Invitation », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant et aux pages 5, 18, 29 et 37 du rapport de l’OLAF, que cette activité était liée à la réception du « nouvel an » d’un cercle, ayant pour objet de renforcer la présence des entreprises flamandes à Bruxelles, dans un hôtel ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 99, le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant, que la mission ayant pour objet l’invitation formelle d’une université concernait la remise de diplômes de doctorats honorifiques à des artistes dans une université de la région d’origine du requérant et que cette activité avait été suivie d’un concert ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 106, 151, 153, 167 et 214, intitulées, respectivement, « Med. Dr. […] - Mission sans indemnité », « Prof. Dr. Med. […], [d’un hôpital universitaire] », « Prof. Dr. […] », « Prof. Dr. […] [d’un hôpital universitaire] » et « […] Prof. Dr. […] », le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant, que le chauffeur a été en fait utilisé à des fins privées pour des rendez-vous médicaux ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 109, 126, 145, 146, 148, 156, 158, 165, 179, 180, 188, 200, 206, 220, 226, 231, 240, 241, 244 et 246, intitulées « Conduire [le requérant] » ou « conduire CD […] », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées pour conduire le requérant à son lieu d’origine ou pour mettre à sa disposition la voiture de service alors que le chauffeur a dû passer la nuit à l’hôtel au lieu d’origine du requérant et reprendre le train le lendemain. Il convient en outre d’ajouter à ces demandes celle visée à la ligne no 247, intitulée « Conduire voiture officielle », pour laquelle il ressort du tableau de recouvrement, qui renvoie à l’agenda du requérant, que le chauffeur a dû conduire une voiture de service pour la mettre à disposition du requérant à Bornem (Belgique) ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 124, 176 et 181, les deux premières demandes étant intitulées « Chercher [le requérant] » et la troisième « Présentation du rapport annuel 2010 », le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, à savoir à l’issue d’une mission, le requérant étant retourné sur son lieu d’origine, et non à Luxembourg ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 127, 140, 149, 166, 182, 189, 193, 234 et 235, intitulées « Conduire la voiture officielle » ou « Conduire [le requérant] », le tableau de recouvrement mentionne, par référence aux agendas du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, dans la mesure où le requérant a demandé à un chauffeur de venir le chercher à son lieu d’origine ou à Bruxelles et de le ramener à Luxembourg ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 129, intitulée « Conduire la voiture officielle », le tableau de recouvrement mentionne, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, dès lors que le chauffeur est allé chercher l’épouse du requérant sur le lieu d’origine de ce dernier pour la conduire à un dîner auquel assistaient des membres de la Cour des comptes à Luxembourg ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 136, intitulée « Conduire [le requérant] », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, dès lors qu’un chauffeur a ramené le requérant à son lieu d’origine un vendredi en fin d’après-midi, lui a laissé la voiture de service et est rentré en train à Luxembourg ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 139, intitulée « Rencontre avec M. […] et M. […] », le tableau de recouvrement se réfère à l’agenda du requérant et aux constatations de l’OLAF aux pages 10, 11 et 12 de son rapport ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 141, intitulée « Apporter documents », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, en expliquant ce qui suit :

« [Le requérant] était en mission COCOBU [commission du contrôle budgétaire du Parlement] le mercredi 10 février de 9 h à 12 h et, selon son ordre de mission, était rentré à Luxembourg à 14 h avec le véhicule de service. Si cela avait correspondu à la réalité, [le requérant] n’aurait pas eu besoin de demander à un chauffeur d’aller apporter des “documents de la Cour [des comptes]” de Luxembourg à [son lieu d’origine] le 10 février à 15 h. En réalité, [le requérant] n’est pas rentré à Luxembourg. [Il] avait endommagé le véhicule de service lors d’un accident survenu le 2 février et il a demandé à [son chauffeur] de lui apporter un véhicule de remplacement à [son lieu d’origine] le 10 février, d’y passer la nuit et de repartir le vendredi en train en lui laissant le véhicule de remplacement. Il ne s’agissait donc pas “d’apporter des documents de la Cour [des comptes]” sur le lieu d’origine du requérant, mais de lui apporter un véhicule de remplacement pour qu’il puisse partir aux sports d’hiver avec cette voiture. » ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 142, intitulée « Conduire voiture CD […] à Verbier (Suisse) », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant et à l’entretien réalisé avec un chauffeur lors de l’enquête de l’OLAF, que le service de chauffeur a été utilisé à des fins privées ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 144, intitulée « Conduire [le requérant] », le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant et aux pages 5, 18, 29 et 37 du rapport de l’OLAF, que cette activité était liée à une rencontre avec le dirigeant d’une société flamande de photogrammétrie ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 159, le tableau de recouvrement précise, par référence à l’agenda du requérant, que la mission ayant pour objet une invitation formelle d’un campus était liée à une école secondaire située dans la ville d’origine du requérant et qu’il s’agissait d’une mission « sans indemnités » ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 162, intitulée « Invitation formelle d’un comte », le tableau de recouvrement précise que, dans le cadre de cette activité, le requérant a assisté au concours de chant d’une chapelle, en mentionnant les pages 5, 18, 29 et 37 du rapport de l’OLAF et l’agenda du requérant ;

–

pour les demandes de remboursement visées aux lignes nos 172, 222 et 249, intitulées « Apporter documents importants », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées pour apporter des documents au lieu d’origine du requérant, le chauffeur étant obligé d’utiliser un autre véhicule de service ou de passer une nuit et de rentrer à Luxembourg ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 178, intitulée « M. […] », le tableau de recouvrement indique qu’il s’agit d’une rencontre avec le dirigeant d’une société de vente de vêtements de sport, en se référant aux constatations de l’OLAF à l’annexe 10 de son rapport (à savoir celles relatives aux parties de chasse dans un château en France), sans spécifiquement mentionner l’activité visée à cette ligne ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 197, intitulée « Chercher CD […] », le tableau de recouvrement indique, par référence notamment aux entretiens du requérant et d’un chauffeur, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, dans la mesure où le chauffeur est allé chercher le véhicule privé du requérant dans un garage à Bruxelles afin de le rapporter à Luxembourg ;

–

pour la demande de remboursement visée à la ligne no 250, intitulée « Conduire CD […] », le tableau de recouvrement indique, par référence aux entretiens du requérant et d’un chauffeur et à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées, dans la mesure où il s’agissait d’une livraison de champagne pour le mariage de la fille du requérant ;

–

pour la demande de remboursement visée aux lignes nos 254 et 255, intitulée « Conduire CD […] », le tableau de recouvrement indique, par référence à l’agenda du requérant, que les services du chauffeur ont été utilisés à des fins privées pour conduire le requérant à un dîner privé offert dans un restaurant étoilé.

156

Au vu de ce qui précède, en ce qui concerne les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 21, 22, 27, 28, 38, 40, 42, 44, 46, 49, 50, 51, 52, 53, 55, 62, 64, 67, 77, 78, 79, 90, 98, 99, 101, 106, 107, 109, 110, 112, 113, 123, 124, 126, 127, 129, 136, 139, 140, 141, 142, 144, 145, 146, 148, 149, 151, 152, 153, 156, 158, 159, 160, 162, 165, 166, 167, 172, 176, 178, 179, 180, 181, 182, 188, 189, 193, 195, 197, 198, 200, 205, 206, 212, 213, 214, 216, 220, 222, 226, 231, 233, 234 et 235, 240, 241, 243, 244, 245, 246, 247, 249, 250, 252, 254 et 255 et 257 (pour partie) du tableau de recouvrement, ce n’est qu’après l’enquête de l’OLAF que la Cour des comptes s’est trouvée, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance concernant lesdites lignes, de la constater et d’envoyer une note de débit au requérant au sens de l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046.

157

Dans la mesure où la Cour des comptes n’avait reçu le rapport de l’OLAF que le 2 juillet 2018, alors qu’elle avait établi son rapport préliminaire le 5 octobre 2018 sur les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement indiquées au point 156 ci-dessus, il peut être considéré, au vu des faits exposés au point 54 ci-dessus, qu’elle a informé le requérant de sa créance dans le délai de cinq ans prévu à la suite de la constatation de la créance conformément à l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046. Dans ces circonstances, les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement indiquées au point 156 ci-dessus ne sont pas prescrites.

3) Sur le troisième groupe des demandes de remboursement du requérant

158

Il convient de constater que, parmi les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 1 à 261 du tableau de recouvrement, certaines de celles-ci permettaient à la Cour des comptes de procéder à un contrôle préalable et de s’opposer, si elle l’estimait approprié, à l’usage de ses ressources qu’envisageait le requérant, ou lui auraient permis de le faire, si elle avait agi avec la diligence requise, dans la mesure où les résultats de l’enquête de l’OLAF n’ont rien apporté de nouveau à leur égard.

159

À cet égard, d’une part, il s’agit des demandes de remboursement du requérant qui n’ont pas apporté de précisions suffisantes sur les activités visées par lesdites demandes et sur lesquelles n’a pas porté l’enquête de l’OLAF :

–

premièrement, la demande de remboursement visée à la ligne no 37 du tableau de recouvrement, qui concernait une rencontre avec une personne, pour laquelle n’était mentionné que le nom de la personne rencontrée sans aucune précision de sa qualité ;

–

deuxièmement, les demandes de remboursement visées aux lignes nos 25 et 26 du tableau de recouvrement, qui avaient été seulement justifiées par le requérant en se référant à l’intitulé « Dîner formel ».

160

D’autre part, il convient de constater que l’enquête de l’OLAF n’a pas porté sur les demandes de remboursement du requérant suivantes, qui permettaient à la Cour des comptes de procéder à leur contrôle et de s’opposer à celles-ci, si nécessaire, avant cette enquête :

–

premièrement, les demandes de remboursement visées aux lignes nos 30, 35, 117 et 201 du tableau de recouvrement, se rapportant aux rencontres du requérant avec un ambassadeur, un recteur, trois responsables politiques belges représentant des groupes politiques et un ministre d’État ;

–

deuxièmement, la demande de remboursement visée à la ligne no 36 du tableau de recouvrement, qui concernait une rencontre avec un opérateur économique privé ;

–

troisièmement, la demande de remboursement visée à la ligne no 102 du tableau de recouvrement, qui concernait la participation du requérant à une conférence, organisée par la Commission et un institut non gouvernemental.

161

Par conséquent, en ce qui concerne les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 25, 26, 30, 35, 36, 37, 102, 117 et 201 du tableau de recouvrement, c’était déjà lors de l’introduction de celles-ci que la Cour des comptes se trouvait, dans des circonstances normales, en mesure de faire valoir sa créance concernant lesdites lignes, de la constater et d’envoyer une note de débit au requérant au sens de l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046, si elle avait agi avec la diligence requise. En ce qui concerne les activités du requérant se rapportant auxdites lignes, la Cour des comptes n’allègue pas et, a fortiori, n’établit pas que le retard à agir incombait au comportement du requérant.

162

Dans la mesure où les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement indiquées au point 161 ci-dessus ont été introduites entre le 3 décembre 2007 et le 15 septembre 2013, alors que la Cour des comptes a établi son rapport préliminaire le 5 octobre 2018, la Cour des comptes n’a pas respecté le délai de cinq années prévu par l’article 98, paragraphe 2, second alinéa, du règlement 2018/1046, de sorte que l’action en recouvrement de ces demandes est prescrite. Le montant total de ces demandes de remboursement s’élève à 3170,19 euros.

c) Conclusion sur le troisième moyen

163

Au vu de ce qui précède, il convient de considérer comme prescrites les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées au point 161 ci-dessus et de rejeter le troisième moyen pour le surplus.

4. Sur le quatrième moyen, tiré de la violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime ainsi que de l’existence d’« erreurs manifestes »

164

Dans le cadre du quatrième moyen, le requérant conteste, en substance, la détermination par la Cour des comptes, dans la décision attaquée, de sommes dont il serait redevable concernant un grand nombre d’activités pour lesquelles les ressources de la Cour des comptes ont, selon cette dernière, été engagées de manière abusive à sa demande et correspondant à des frais de mission et d’indemnités journalières, des frais de représentation et de réception ainsi que des frais occasionnés par l’utilisation de la voiture de fonction et par le recours au service d’un chauffeur.

165

À cet égard, il convient de rappeler que, dans le cadre du troisième moyen, tiré, en substance, du non-respect du délai de prescription, l’action en recouvrement de certaines de ces demandes de remboursement du requérant doit être considérée comme prescrite, à savoir celles visées aux lignes nos 25, 26, 30, 35, 36, 37, 102, 117 et 201 du tableau de recouvrement (voir point 161 ci-dessus). Ces demandes ne seront donc plus examinées dans le cadre du quatrième moyen, dès lors qu’il n’est plus nécessaire d’examiner le bien-fondé de l’argumentation les concernant soulevée dans le cadre dudit moyen.

166

Force est également de constater que les irrégularités alléguées par la Cour des comptes à l’encontre du requérant dans la décision attaquée ont fait l’objet du recours qu’elle a introduit devant la Cour conformément à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, dans le cadre duquel elle a demandé à la Cour de constater que le requérant n’avait pas satisfait aux obligations découlant de sa charge de membre de la Cour des comptes en vertu des articles 285 et 286 TFUE. En effet, tant dans ce recours que dans le présent recours, les irrégularités sont identifiées par le biais d’un même tableau figurant en annexe, établi sur le fondement du rapport de l’OLAF (voir point 44 ci-dessus). Parmi les griefs avancés à l’appui du recours dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), le premier de ceux-ci était tiré de l’usage abusif, par le requérant, des ressources de la Cour des comptes pour financer des activités sans lien ou incompatibles avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes (ci-après le « premier grief invoqué par la Cour des comptes »). La Cour s’est prononcée sur ce grief dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782, points 359 à 799), en considérant que le requérant avait enfreint ses obligations découlant de sa charge de membre de la Cour des comptes (voir point 53 ci-dessus).

167

C’est au vu de ce contexte qu’il convient d’examiner le quatrième moyen. Il y a lieu d’abord d’examiner la recevabilité du grief tiré de l’existence d’« erreurs manifestes ».

a) Sur la recevabilité du grief tiré de l’existence d’« erreurs manifestes »

168

Lors de l’audience, la Cour des comptes a fait valoir que le requérant n’avait pas identifié les erreurs qui entacheraient la légalité de la décision attaquée. Elle a indiqué que, dans la requête, le requérant se contentait de renvoyer à une annexe, dans laquelle il aurait soulevé, avant l’adoption de la décision attaquée, 69 erreurs qu’il qualifiait de « manifestes », ce qui, selon la Cour des comptes, était irrecevable dans le cadre de la présente procédure, car il n’appartenait pas au Tribunal de rechercher quelles étaient les erreurs manifestes dont aurait souffert la décision attaquée. Le requérant n’a pas présenté d’observations à cet égard.

169

Il convient d’observer que, au dernier point du quatrième moyen, le requérant conclut que la Cour des comptes a commis « un nombre impressionnant d’erreurs non seulement de qualification en droit[,] mais simplement de fait ». Il est vrai que, dans le cadre de ce moyen, le requérant ne mentionne le mot « erreur » que dans un seul point préalable faisant référence à l’annexe en cause et il y a lieu de constater que la référence à cette annexe n’est mentionnée qu’à titre subsidiaire, à savoir « pour le reste ».

170

Néanmoins, il ressort du contexte des arguments avancés par le requérant dans le cadre du quatrième moyen tant dans la requête que dans la réplique qu’il conteste en substance comme erronés les motifs, inscrits au tableau de recouvrement pour chacune de ses entrées, par lesquels la Cour des comptes considère que les ressources de la Cour des comptes ont été engagées de manière abusive concernant des frais de mission et d’indemnités journalières, des frais de représentation et de réception ainsi que des frais occasionnés par l’utilisation de la voiture de fonction et par le recours au service d’un chauffeur. Cette constatation doit être également lue au regard des précisions qui figurent dans la requête, par lesquelles le requérant souligne que l’absence de commentaire à l’ensemble des entrées du tableau de recouvrement, au-delà de ce qui figure dans la requête et dans ses annexes, n’emporte nullement de sa part une quelconque reconnaissance du caractère fondé des prétentions de la Cour des comptes.

171

Par conséquent, le grief tiré de l’existence d’« erreurs manifestes » est suffisamment étayé pour qu’il soit recevable. Il convient donc à présent d’examiner le bien-fondé des griefs tirés de la violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime ainsi que de l’existence d’« erreurs manifestes ».

b) Sur le fond

172

Dans ses observations quant aux conséquences qu’il convient de tirer de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), pour la présente affaire, le requérant indique que, en ce qui concerne les critiques tirées de la violation du principe de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime, il conviendra de prendre en compte ce que la Cour a exposé aux points 364 à 381 de cet arrêt.

173

Or, au point 364 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a relevé que, même si le requérant se prévalait formellement du principe de sécurité juridique et du principe de protection de la confiance légitime, son argumentation se rapportait en réalité exclusivement au second de ces principes.

174

Dans la présente procédure, il convient de constater que, dans la réplique, déposée après le prononcé de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), l’argumentation du requérant concernant le quatrième moyen ne fait plus aucune référence au principe de sécurité juridique. Partant, c’est à l’aune du seul principe de protection de la confiance légitime et d’éventuelles « erreurs manifestes » qu’il conviendra d’examiner le quatrième moyen.

175

En premier lieu, s’agissant de la prétendue violation du principe de protection de la confiance légitime, le requérant fait valoir que la Cour des comptes a méconnu ce principe dans la mesure où il a reçu, à travers les autorisations accordées et la pratique de la Cour des comptes, des assurances précises, inconditionnelles et concordantes, émanant de sources fiables, pendant plus de dix ans, créant chez lui une attente légitime quant au fait que les paiements opérés étaient réguliers.

176

En second lieu, en ce qui concerne d’éventuelles « erreurs manifestes », comme constaté au point 170 ci-dessus, le requérant considère, en substance, comme erronés les motifs sur lesquels la Cour des comptes s’appuie pour déterminer les montants comme indûment payés.

1) Observations liminaires

i) Sur l’étendue de l’examen du grief tiré de la violation du principe de protection de la confiance légitime

177

S’agissant des griefs tirés de la violation du principe de protection de la confiance légitime, le requérant indique qu’il ne les maintient pas en ce qui concerne les ressources engagées par la Cour des comptes au titre des frais de représentation et de réception ainsi que de l’utilisation de la voiture de fonction et du recours au service d’un chauffeur. Toutefois, il les maintient quant aux ordres de mission.

178

Dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782, points 365 à 374), la Cour a relevé ce qui suit :

« 365 Conformément à une jurisprudence constante de la Cour, le droit de se prévaloir du principe de protection de la confiance légitime suppose que des assurances précises, inconditionnelles et concordantes, émanant de sources autorisées et fiables, ont été fournies à l’intéressé par les autorités compétentes de l’Union (arrêt du 8 septembre 2020, Commission et Conseil/Carreras Sequeros e.a., C‑119/19 P et C‑126/19 P, EU:C:2020:676, point 144 ainsi que jurisprudence citée).

366 L’applicabilité de ce principe doit, d’emblée, être écartée en ce qui concerne les ressources engagées par la Cour des comptes au titre des frais de représentation et de réception ainsi que de l’utilisation de la voiture de fonction et du recours au service d’un chauffeur.

367 D’une part, conformément à la jurisprudence de la Cour, des paiements tels que ceux opérés au titre des frais de représentation et de réception ne sauraient, en l’absence de tout autre élément pertinent et même lorsqu’une longue période s’est écoulée entre ces paiements et la remise en cause de leur régularité, faire naître, au regard de leur bénéficiaire, une confiance légitime dans le fait que lesdits paiements ne pouvaient plus être remis en cause (voir, en ce sens, arrêt du 14 juin 2016, Marchiani/Parlement, C‑566/14 P, EU:C:2016:437, point 79).

368 Or, la pratique de la Cour des comptes consistant à procéder au remboursement de frais de représentation et de réception, sur la base des éléments fournis par [le requérant], sans solliciter davantage d’informations et sans contester le bien-fondé de ses demandes de remboursement, ne saurait suffire à établir que cette institution a fourni à celui-ci des assurances précises, inconditionnelles et concordantes quant à la régularité de ces demandes.

369 D’autre part, l’utilisation, par [le requérant], de sa voiture de fonction ou le recours au service d’un chauffeur n’a fait l’objet d’aucune décision explicite de la Cour des comptes et il n’a été fait état devant la Cour d’aucune autre forme de prise de position spécifique de la Cour des comptes quant à la pratique devant être suivie par [le requérant] à cet égard.

370 Partant, à supposer que la Cour des comptes ait laissé perdurer en la matière, comme le soutient [le requérant], des pratiques dont elle ne pouvait ignorer l’existence, cette circonstance ne saurait, en tout état de cause, suffire à établir que cette institution a fourni à celui-ci des assurances précises, inconditionnelles et concordantes à ce propos.

371 En revanche, les ordres de mission émis explicitement, à la demande [du requérant], par le président de la Cour des comptes constituent des assurances suffisantes, […], pour que celui-ci puisse, en principe, fonder une confiance légitime dans la régularité des missions concernées.

372 Cela étant, il importe, tout d’abord, de relever qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour qu’un justiciable ne saurait se prévaloir d’une confiance légitime dans le maintien d’une situation caractérisée par une fraude (voir, en ce sens, arrêt du 14 juin 2017, Santogal M-Comércio e Reparação de Automóveis, C‑26/16, EU:C:2017:453, point 76 et jurisprudence citée).

373 Ensuite, au regard de l’obligation incombant aux membres de la Cour des comptes […] d’observer scrupuleusement les obligations de déclaration prévues par les normes adoptées par la Cour des comptes en vue d’assurer une information complète de cette institution quant aux demandes visant à engager les ressources de ladite institution, un ordre de mission émis sur la base d’une demande omettant des informations essentielles pour permettre au président de la même institution d’apprécier la régularité de la mission en cause ne saurait, même en l’absence de fraude, fonder la confiance légitime du membre concerné dans cette régularité.

374 Enfin, le principe de protection de la confiance légitime ne peut pas être invoqué par une personne qui s’est rendue coupable d’une violation manifeste de la réglementation en vigueur (arrêts du 16 mai 1991, Commission/Pays-Bas, C‑96/89, EU:C:1991:213, point 30, ainsi que du 14 juillet 2005, ThyssenKrupp/Commission, C‑65/02 P et C‑73/02 P, EU:C:2005:454, point 41 et jurisprudence citée). »

179

Par conséquent, dans la présente procédure, il n’y a pas lieu d’examiner la prétendue violation du principe de protection de la confiance légitime en ce qui concerne les ressources engagées par la Cour des comptes au titre des frais de représentation et de réception ainsi que de l’utilisation de la voiture de fonction et du recours au service d’un chauffeur.

180

En revanche, il convient d’apprécier si les ordres de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes étaient de nature à fonder une confiance légitime de celui-ci dans la régularité des frais liés aux missions concernées.

ii) Sur l’étendue de l’examen des griefs tirés de la confiance légitime du requérant dans la régularité de ses missions et de l’existence d’« erreurs manifestes »

181

Après le prononcé de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), le requérant a indiqué ne maintenir son grief tiré de l’existence d’« erreurs manifestes » qu’en ce qui concerne les activités qualifiées de non irrégulières par la Cour dans cet arrêt dans le cadre de l’examen du premier grief invoqué par la Cour des comptes.

182

À cet égard, il ressort du dossier que, dans le cadre de ce grief, la Cour a considéré comme irrégulières ou manifestement irrégulières plusieurs activités faisant partie du tableau de recouvrement. Il convient donc de conclure qu’il n’y a plus besoin de se prononcer ni sur les demandes de remboursement du requérant liées auxdites activités ni sur la question de savoir si les ordres de mission émis, selon le cas, à l’égard de ces demandes seraient de nature à fonder une confiance légitime du requérant quant à leur régularité. Il s’agit des activités se rapportant aux demandes de remboursement visées aux lignes nos 13, 15, 16, 18, 20, 21, 25, 26, 29, 32, 33, 36, 37, 39, 40, 42, 44, 45, 46, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 60, 61, 62, 64, 67, 68, 69, 70, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 88, 93, 94, 95, 99, 100, 101, 104, 107, 108, 109, 112, 113, 114, 115, 118 (pour partie), 120, 121, 122, 123, 124, 126, 127, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 139, 140, 141, 144, 145, 146, 148, 149, 152, 154, 155 (pour partie), 156, 158, 159, 162, 163, 164, 165, 166, 170, 172, 173, 174, 175, 177, 178, 179, 180, 181, 182, 188, 189, 191, 192, 193, 195, 197, 198, 200, 201, 202, 205, 206, 207, 209, 212, 213, 217, 219, 220, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 235, 239, 240, 241, 242, 244, 246, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 273, 274, 275, 278, 280, 283, 285, 286, 287, 288, 289, 291, 292, 295, 296 (pour partie), 297, 298, 299, 300, 302, 304, 305, 306, 307, 308, 309, 310 (pour partie), 311, 312, 315, 316, 318, 321, 322, 324, 325, 326 (pour partie), 327, 328, 329, 333, 337, 340, 341, 342, 343, 344, 345, 348, 349, 351, 353, 356, 359, 360, 361, 362, 363, 364, 365, 366, 368, 369, 371, 372, 375, 376, 377, 378, 380, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 392, 393, 394, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 404, 405, 406, 409, 410, 413, 414 et 416 du tableau de recouvrement.

183

La même conclusion s’impose en ce qui concerne la demande de remboursement visée à la ligne no 34, dans la mesure où, dans le cadre d’une mesure d’organisation de la procédure, le requérant a indiqué ne plus maintenir son grief avancé au titre du quatrième moyen en ce qui concerne cette demande, au regard du point 636 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782).

184

Partant, compte tenu de l’action en recouvrement des demandes de remboursement que le Tribunal considère comme prescrite (voir point 165 ci-dessus), il y a lieu d’examiner uniquement les demandes visées aux lignes nos 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 17, 19, 22, 23, 24, 27, 28, 31, 38, 41, 43, 47, 55, 56, 57, 59, 63, 65, 66, 89, 90, 92, 96, 97, 98, 103, 106, 110, 111, 116, 118 (pour partie), 128, 137, 138, 142, 143, 147, 150, 151, 153, 155 (pour partie), 157, 160, 161, 167, 168, 169, 171, 176, 183, 184, 187, 190, 194, 196, 199, 203, 204, 208, 210, 211, 214, 215, 216, 218, 236, 237, 238, 243, 245, 247, 248, 257, 276, 277, 279, 281, 284, 290, 293 et 294, 296 (pour partie), 301, 303, 310 (pour partie), 313, 314, 317, 319 et 320, 323, 326 (pour partie), 330, 331, 334, 335, 336, 338, 339, 346, 347, 350, 352, 354, 355, 357, 358, 367, 370, 373 et 374, 379, 381, 382, 391, 395, 402, 403, 408, 411 et 412 du tableau de recouvrement.

iii) Sur l’étendue du contrôle du Tribunal

185

Dans le cadre du recours introduit par la Cour des comptes et ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a précisé ce qui suit concernant le premier grief invoqué par la Cour des comptes.

186

D’une part, la Cour a relevé que, dans le cadre de la procédure établie à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, il lui incombait de se prononcer sur ce grief sur le fondement des éléments de preuve mis à sa disposition et au regard des critères établis à l’article 286, paragraphe 6, TFUE, en vue de déterminer si les irrégularités alléguées étaient susceptibles d’être qualifiées de violation des obligations découlant de la charge de membre de la Cour des comptes au sens de cette disposition (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 361).

187

D’autre part, la Cour a précisé que, bien que la Cour des comptes ait adressé au requérant la décision attaquée, relative aux irrégularités qui font l’objet du premier grief qu’elle a invoqué dans le recours ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), ses appréciations sur ce grief, dans cet arrêt, ne portaient pas sur la détermination de sommes dont le requérant serait éventuellement redevable et étaient donc sans préjudice de l’appréciation qui devrait être portée sur cette décision dans le cadre du recours en annulation contre celle-ci, introduit, devant le Tribunal, par le requérant conformément à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE (voir, en ce sens, arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 362).

188

La procédure prévue à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE constitue une voie procédurale du contrôle de la légalité des actes des organes ou organismes de l’Union qui, conformément à l’article 263, deuxième alinéa, TFUE, peut mener à l’annulation de l’acte concerné pour incompétence, violation des formes substantielles, violation des traités ou de toute règle de droit relative à leur application, ou détournement de pouvoir. Il s’ensuit que, dans le cadre de cette procédure, en l’espèce, le Tribunal doit apprécier si un de ces motifs justifie l’annulation de la décision attaquée dans le cadre de son contrôle de légalité.

189

Dans le cadre de ce contrôle de légalité, le juge de l’Union exerce, en principe, un contrôle entier sur la légalité au fond de l’acte, à savoir un contrôle qui porte tant sur les motifs de droit et de fait de l’acte que sur son contenu. Dans ce cas, le juge de l’Union vérifie notamment la validité des appréciations de fait effectuées par l’auteur de l’acte (arrêt du 14 juillet 2021, Arnautu/Parlement, T‑740/20, non publié, EU:T:2021:444, point 87).

190

À cet égard, il doit vérifier l’exactitude matérielle des éléments de preuve invoqués, leur fiabilité et leur cohérence (voir, en ce sens, arrêts du 15 février 2005, Commission/Tetra Laval, C‑12/03 P, EU:C:2005:87, point 39 ; du 7 avril 2016, ArcelorMittal Tubular Products Ostrava e.a./Hubei Xinyegang Steel, C‑186/14 P et C‑193/14 P, EU:C:2016:209, point 36, et du 23 octobre 2018, McCoy/Comité des régions, T‑567/16, EU:T:2018:708, point 98). Dans cette perspective, l’appréciation de la valeur probante d’un document est également l’objet d’un contrôle entier (voir, en ce sens, arrêt du 16 septembre 2004, Valmont/Commission, T‑274/01, EU:T:2004:266, point 43). Ainsi, même les appréciations complexes ou délicates auxquelles l’administration procède doivent être étayées par des preuves solides (voir, en ce sens, arrêts du 15 février 2005, Commission/Tetra Laval, C‑12/03 P, EU:C:2005:87, point 41, et du 7 avril 2016, Akhras/Conseil, C‑193/15 P, EU:C:2016:219, point 56). Il incombe, dès lors, au juge de procéder, même dans ce contexte, à un examen approfondi des éléments de preuve (voir, en ce sens, arrêt du 10 juillet 2008, Bertelsmann et Sony Corporation of America/Impala, C‑413/06 P, EU:C:2008:392, point 146).

191

L’article 264 TFUE prévoit que, si le recours est fondé, l’acte contesté est déclaré nul et non avenu. Le juge de l’Union ne peut donc, en toute hypothèse, substituer sa propre motivation à celle de l’auteur de l’acte attaqué (arrêts du 27 janvier 2000, DIR International Film e.a./Commission, C‑164/98 P, EU:C:2000:48, point 38 ; du 22 décembre 2008, British Aggregates/Commission, C‑487/06 P, EU:C:2008:757, point 141, et du 28 février 2013, Portugal/Commission, C‑246/11 P, non publié, EU:C:2013:118, point 85). Il demeure néanmoins permis à l’auteur de l’acte attaqué de compléter sa motivation si elle s’inscrit dans la motivation globale de cet acte et dans un contexte connu du destinataire de cet acte lors de l’adoption de celui-ci.

192

En outre, selon la jurisprudence, les actes des institutions jouissent, en principe, d’une présomption de légalité et, partant, produisent des effets juridiques aussi longtemps qu’ils n’ont pas été annulés ou retirés (arrêt du 27 septembre 2006, Roquette Frères/Commission, T‑322/01, EU:T:2006:267, point 333).

193

Par ailleurs, en l’espèce, au vu de la présomption de légalité de la décision attaquée, rappelée au point 192 ci-dessus, en présence d’un doute sur la régularité des sommes remboursées au requérant, la charge de la preuve pèse sur le requérant pour démontrer, concernant chaque demande de remboursement, qu’il a encouru les frais en cause dans le respect des règles applicables. À cet égard, il ressort de la jurisprudence qu’il appartient au requérant d’apporter les éléments permettant de remettre en cause une décision portant sur le recouvrement des sommes indûment versées (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 7 mars 2018, Le Pen/Parlement, T‑140/16, non publié, EU:T:2018:122, points 61 à 66, et du 19 juin 2018, Le Pen/Parlement, T‑86/17, non publié, EU:T:2018:357, points 121 et suivants). De manière générale, il doit notamment pouvoir produire des pièces justifiant d’une utilisation de ces sommes conforme aux règles applicables (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 22 décembre 2005, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, T‑146/04, EU:T:2005:584, point 157).

iv) Sur les conséquences à tirer dans le présent recours de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19), sur les irrégularités retenues par la Cour des comptes à l’encontre du requérant

194

Comme rappelé au point 166 ci-dessus, les irrégularités retenues par la Cour des comptes à l’encontre du requérant dans la décision attaquée ont fait l’objet du recours introduit par cette dernière ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). Plus particulièrement, parmi les griefs avancés par la Cour des comptes à l’appui de ce recours devant la Cour, le premier était tiré de l’usage abusif par le requérant des ressources de la Cour des comptes pour financer des activités sans lien ou incompatibles avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes. La Cour s’est prononcée sur ce grief dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782, points 359 à 799), en considérant que le requérant avait enfreint ses obligations découlant de sa charge de membre de la Cour des comptes (voir point 53 ci-dessus).

195

En l’espèce, en ce qui concerne le quatrième moyen, le requérant fait valoir que ce qui figure sous ce moyen a été examiné par la Cour aux points 359 à 363 et 387 à 799 de l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). En outre, aux points 392, 615 à 618 et 700 du même arrêt, la Cour aurait, respectivement, défini quand une mission ou le paiement d’indemnités journalières ainsi que de frais de représentation et de mission du chauffeur signés par le requérant en sa qualité d’ordonnateur auraient dû être tenus pour réguliers. Il considère que, s’il convient de prendre en considération les enseignements de la Cour qui se révèlent utiles pour la présente procédure, de sorte qu’il faudrait à chaque fois apprécier cette utilité, la présente procédure ne saurait être le lieu pour contester ce que la Cour a retenu dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), au regard du dossier qui lui a été soumis et de ce qu’elle a établi en fait et en droit.

196

Quant à la Cour des comptes, elle fait valoir que le recours ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et le présent recours sont autonomes, en poursuivant chacun leurs propres fonctions, le premier visant à garantir le bon fonctionnement des institutions de l’Union, comme l’indique la Cour au point 86 de cet arrêt, alors que le second constitue un recours en annulation au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE contre la décision de recouvrement de la Cour des comptes. Selon la Cour des comptes, il appartient au Tribunal, dans le cadre du présent recours, d’apprécier les faits présentés par elle. Elle souligne également que, dans ledit arrêt, la Cour n’a reconnu aucune activité comme régulière et qu’elle a seulement constaté que certaines activités n’étaient pas manifestement irrégulières aux fins de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE.

197

Au vu de ces arguments des parties, il convient d’examiner si et dans quelle mesure l’appréciation de la Cour, dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), peut être retenue dans la présente procédure.

198

À cet égard, tout d’abord, il y a lieu de rappeler que l’objet du recours introduit sur le fondement de l’article 286, paragraphe 6, TFUE, dans le cadre duquel la Cour a adopté sa position concernant le requérant, est distinct du présent recours. En effet, le premier porte sur la constatation de violation des obligations découlant de la charge de membre de la Cour des comptes au sens de cette disposition et sur le prononcé éventuel d’une sanction. Selon la jurisprudence de la Cour, la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE a une fonction propre, en tant qu’elle vise à garantir le bon fonctionnement des institutions de l’Union (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 86). De plus, dans le cadre de cette procédure, il appartient à la Cour dans la plénitude de son pouvoir d’appréciation de rechercher si les faits reprochés au membre de la Cour des comptes concerné constituent un manquement aux obligations découlant de sa charge (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 87).

199

En revanche, l’objet du présent recours introduit conformément à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE concerne la question du recouvrement de sommes indûment versées et tenant à l’annulation de la décision attaquée. Ainsi qu’il a été précisé au point 188 ci-dessus, la procédure prévue dans cette disposition constitue une voie procédurale du contrôle de la légalité des actes des organes ou organismes de l’Union qui, conformément à son deuxième alinéa, peut mener à l’annulation de l’acte concerné pour incompétence, violation des formes substantielles, violation des traités ou de toute règle de droit relative à leur application, ou détournement de pouvoir. Il s’ensuit que, dans le cadre de cette procédure, en l’espèce, le Tribunal doit apprécier si un de ces motifs justifie l’annulation de la décision attaquée dans le cadre de son contrôle de légalité, comme rappelé aux points 189 à 193 ci-dessus.

200

Ensuite, la charge de la preuve dans la présente procédure est différente de celle applicable dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). Dans le cadre de ce recours de la Cour des comptes, la charge de la preuve d’une violation par le requérant de ses obligations au sens de l’article 286, paragraphe 6, TFUE reposait sur la Cour des comptes, cette dernière ayant introduit ledit recours. Ainsi, la Cour des comptes devait démontrer que les irrégularités retenues étaient suffisamment graves et manifestes pour constituer un manquement par le requérant à ses obligations découlant de sa charge de membre de la Cour des comptes au sens de l’article 286, paragraphe 6, TFUE.

201

En revanche, dans le présent recours, introduit par le requérant sur le fondement de l’article 263 TFUE, la charge de la preuve repose sur le requérant (voir point 193 ci-dessus).

202

En outre, il convient d’observer que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), en constatant que le premier grief invoqué par la Cour des comptes était, pour partie, fondé, la Cour a juridiquement apprécié chacune des activités du requérant considérées par la Cour des comptes comme étant irrégulières. À cet égard, la Cour a conclu, pour partie, à leur régularité ou à l’absence de leur irrégularité manifeste et, pour partie, à leur irrégularité ou à leur irrégularité manifeste (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 359 à 798).

203

De plus, il convient de relever que, dans le cadre du présent recours, les irrégularités que la Cour des comptes a retenues à l’encontre du requérant dans la décision attaquée et relatives au paiement des frais indûment mis à la charge du budget de l’Union sont identiques à celles qu’elle avait indiquées au soutien de son recours ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). En effet, dans ces deux recours, ces irrégularités sont présentées par le biais d’un même tableau figurant en annexe des deux requêtes.

204

Toutefois, au vu du caractère distinct de l’objet du présent recours par rapport à celui ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir points 198 et 199 ci-dessus), de la nature différente de la charge de la preuve (voir point 199 ci-dessus) ainsi que du fait que, en l’espèce, le mémoire en défense ainsi que la réplique et la duplique n’ont été déposés qu’après le prononcé de cet arrêt, les parties ont pu présenter dans la présente procédure des éclaircissements, des arguments et des éléments de preuve nouveaux au soutien de la démonstration de la réalité de ces irrégularités en ce qui concerne la Cour des comptes ou aux fins de les réfuter en ce qui concerne le requérant.

205

Par conséquent, ce n’est qu’en présence de mêmes faits et éléments de preuve invoqués à la fois dans le recours ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et dans le présent recours, sans éclaircissements nouveaux et en l’absence de doute, qu’il y aura lieu pour le Tribunal de partager, en l’espèce, la même appréciation que celle retenue par la Cour dans cet arrêt.

206

Au vu de ce qui précède, en l’espèce, il conviendra d’apprécier chaque activité du requérant liée aux demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus, à la lumière des arguments et des explications présentés par les parties devant le Tribunal, pour déterminer s’il convient ou non de retenir la même appréciation que celle retenue par la Cour dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782).

207

En l’espèce, dans la mesure où le juge de l’Union ne peut substituer sa propre motivation à celle de l’auteur de l’acte, comme rappelé au point 191 ci-dessus, en examinant si le requérant parvient à établir la régularité des frais engagés, il convient de tenir compte des motifs fournis par la Cour des comptes dans la décision attaquée pour lesquels elle avait considéré les frais engagés par le requérant comme indûment mis à la charge du budget de l’Union. C’est uniquement au regard de ces motifs qu’il convient d’examiner si le requérant parvient à les réfuter et à établir leur régularité.

208

C’est au vu des observations présentées aux points 177 à 207 ci-dessus qu’il convient d’examiner les griefs tirés de la violation du principe de protection de la confiance légitime ainsi que de l’existence d’« erreurs manifestes » concernant les activités du requérant se rapportant aux demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus.

209

Dans la mesure où, dans la décision attaquée, en qualifiant les montants de créance, la Cour des comptes fait une distinction entre trois types de frais, à savoir entre, premièrement, les frais de missions et d’indemnités journalières, deuxièmement, les frais de représentation et, troisièmement, les frais relatifs à l’utilisation de la voiture de fonction et au recours au service d’un chauffeur, il convient de suivre la même approche en ce qui concerne l’examen des irrégularités qu’elle a retenues à l’encontre du requérant, limitées aux activités de celui-ci sur lesquelles ont porté les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus.

2) Sur les frais de mission et les indemnités journalières

210

À titre liminaire, il convient de rappeler que, dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), concernant le principe de protection de la confiance légitime, la Cour a indiqué que la Cour des comptes ne saurait valablement reprocher au requérant d’avoir bénéficié du paiement de frais de mission ou d’indemnités journalières au titre d’une mission autorisée par le président de la Cour des comptes, sur le fondement d’une demande qui ne présentait pas un caractère frauduleux et qui n’omettait pas d’information essentielle, et dont l’irrégularité n’apparaissait pas de manière manifeste (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 380). La Cour a conclu que la question de savoir si les ordres de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes étaient de nature à fonder une confiance légitime de l’intéressé dans la régularité des missions concernées devait faire l’objet d’une appréciation au cas par cas, fondée, notamment, sur la comparaison du motif annoncé dans la demande d’autorisation et de l’objet réel de la mission, tel qu’il résultait des preuves qui lui étaient présentées.

211

La Cour a également précisé qu’une demande de remboursement de frais de mission ou de paiement d’indemnités journalières devait être considérée comme étant irrégulière s’il était établi que l’activité effectivement menée sous couvert de l’ordre de mission en cause ne pouvait pas être rattachée à l’exercice des fonctions du requérant. Elle a précisé que cette irrégularité pourrait être prise en compte aux fins de la procédure prévue à l’article 286, paragraphe 6, TFUE soit lorsque l’ordre de mission avait été obtenu de façon frauduleuse ou sur le fondement d’une demande omettant une information essentielle, soit lorsque l’absence de lien entre cette activité et ces fonctions présentait un caractère manifeste (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 392).

212

Les considérations de la Cour, rappelées aux points 210 et 211 ci-dessus, doivent s’appliquer mutatis mutandis dans la présente procédure. Toutefois, leur application en l’espèce, par rapport à la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), doit tenir compte des nouveaux arguments et éléments de preuve avancés par les parties, plus particulièrement compte tenu de la charge de la preuve différente pesant sur les parties et de l’objet différent du présent recours, qui concerne la question du recouvrement de sommes indûment versées conformément au règlement 2018/1046 et tenant à l’annulation de la décision attaquée conformément à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE.

213

Il convient également de rappeler que, en l’espèce, les ordres de mission ont été émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes, en tenant compte des informations qu’il avait fournies, alors que la décision attaquée a été adoptée sur le fondement du rapport de l’OLAF, qui avait établi que les informations que le requérant avait transmises à la Cour des comptes dans ses ordres de mission étaient insuffisantes pour permettre au président de cette dernière de décider si l’activité était ou non dans l’intérêt de la Cour des comptes (voir point 104 ci-dessus). Partant, au vu de l’absence de pouvoirs d’enquête de la Cour des comptes par rapport à ceux de l’OLAF, ainsi que cela a été constaté au point 107 ci-dessus, il y a lieu de tenir compte des conclusions du rapport de l’OLAF en appréciant, dans la présente procédure, si un ordre de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes était de nature à pouvoir fonder sa confiance légitime dans la régularité de la mission concernée.

214

Aux fins de cette appréciation, il conviendra d’examiner, au vu de la charge de la preuve rappelée au point 193 ci-dessus, si le requérant est parvenu à établir, au besoin sur le fondement de nouveaux éléments de preuve susceptibles de remettre en cause les constatations effectuées dans le rapport de l’OLAF, qu’un ordre de mission n’avait pas été obtenu de façon frauduleuse ou sur le fondement d’une demande omettant une information essentielle ou que l’activité effectivement menée sous couvert de l’ordre de mission en cause pouvait être rattachée à l’exercice de ses fonctions.

i) Sur les missions visant les rencontres avec des responsables politiques et des membres de leurs cabinets

215

Parmi les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus, un nombre élevé de demandes du requérant ayant été autorisées par la Cour des comptes et ayant conduit au remboursement de frais de mission ou au paiement d’indemnités journalières se rapportait à des rencontres avec des responsables politiques. Il s’agit des demandes de remboursement visées aux lignes nos 1, 7, 19, 41, 43, 59, 92, 97, 118 (pour partie), 169, 171, 203, 204, 208, 211, 215, 238, 248, 296 (pour partie), 301, 303, 313, 314, 319 et 320, 326 (pour partie), 330 (pour partie), 331 (pour partie), 334 (pour partie), 336, 339 (pour partie), 346, 352, 355, 373 et 374 (pour partie), 381, 382 (pour partie), 395 et 402 du tableau de recouvrement.

216

Il ressort de la décision attaquée que la Cour des comptes conteste les frais de mission ou d’indemnités journalières engagés par le requérant concernant ses activités visées auxdites lignes, en les considérant en substance comme n’étant pas liés aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes ou aux travaux de cette dernière.

217

Le requérant considère que ses rencontres avec des responsables politiques pouvaient être rattachées à l’exercice de ses fonctions de membre de la Cour des comptes, de sorte qu’elles doivent être considérées comme étant régulières et de nature à fonder sa confiance légitime quant à cette régularité. Il renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), en indiquant, notamment, que la Cour a considéré que l’exercice des fonctions de membre de la Cour des comptes pouvait comprendre des activités protocolaires, visant notamment à faire connaître et à promouvoir les travaux de celle-ci ainsi qu’à entretenir, dans l’intérêt de celle-ci, des relations avec des responsables de premier plan. En outre, le requérant note que la Cour a précisé que de telles activités protocolaires pouvaient concerner plus fréquemment les responsables issus du même État membre que le membre concerné de la Cour des comptes. Par ailleurs, il estime que la présente procédure ne saurait permettre à la Cour des comptes de contester ce que la Cour a retenu dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), au regard du dossier qui lui a été soumis et de ce qu’elle a établi en fait et en droit.

218

Dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a dit pour droit que les missions autorisées, de manière transparente, en vue de rencontrer des responsables politiques ne sauraient, de manière générale, être considérées comme étant, du fait de leur objet, manifestement irrégulières (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 438). Plus particulièrement, en ce qui concerne les rencontres du requérant avec les membres du parti politique en cause, la Cour a indiqué, dans le cadre de la même procédure, que les liens étroits constatés entre le requérant et ce parti politique ne sauraient suffire, dans le cadre de cette procédure, pour établir une présomption permettant de déduire systématiquement le caractère manifestement irrégulier d’une mission visant à rencontrer un responsable politique en raison du seul fait que ce dernier était un membre de ce parti politique (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 464). En effet, selon la Cour, au regard, notamment, du rôle important joué par ledit parti dans la vie politique belge et des relations dont pouvait légitimement disposer le requérant au sein de celui-ci en raison de ses activités antérieures à son entrée en fonction, l’organisation d’un certain nombre de missions protocolaires visant des responsables politiques appartenant au même parti ne saurait être regardée comme dépourvue de plausibilité (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 465).

219

La Cour des comptes fait valoir, en substance, qu’une enquête de l’OLAF a détecté les différentes omissions ayant permis de dissimuler le véritable objet à caractère privé des activités du requérant. Elle reproche au requérant d’avoir entretenu des relations régulières et intenses avec un cercle limité de responsables politiques de haut niveau qui étaient membres du parti politique en cause, auquel appartenait le requérant avant d’être nommé à la Cour des comptes, et que le requérant connaissait depuis longtemps. Selon elle, de telles relations se rapportaient à une activité politique non déclarée ou n’étaient en tout état de cause pas liées à l’exercice des fonctions de membre de la Cour des comptes.

220

Dans la mesure où les arguments du requérant dans la présente procédure se contentent uniquement de renvoyer, en substance, à l’appréciation effectuée par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et compte tenu des observations du Tribunal qui figurent aux points 202 à 205 ci-dessus, afin de savoir si les ordres de mission liés aux demandes de remboursement visées aux lignes mentionnées au point 215 ci-dessus étaient de nature à fonder une confiance légitime du requérant dans la régularité des missions concernées, il y a lieu d’abord d’examiner si la Cour des comptes avance elle-même des arguments ou explications nouveaux par rapport à ceux qu’elle avait avancés devant la Cour concernant lesdites demandes et, dans l’affirmative, d’apprécier si, compte tenu de ces nouveaux éléments, les demandes en cause peuvent recevoir une appréciation de leur régularité différente de celle retenue par la Cour ou s’il y a lieu pour le Tribunal de partager, dans le cadre de la présente procédure, la même appréciation que celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir point 205 ci-dessus).

221

À cet égard, par son argumentation présentée devant le Tribunal, la Cour des comptes ne se fonde pas uniquement sur les seules circonstances que les responsables politiques visés dans les ordres de mission en cause étaient membres du parti politique en cause et qu’ils étaient des connaissances du requérant. En effet, elle donne des explications supplémentaires spécifiques pour établir que les rencontres du requérant avec les responsables politiques en cause, membres de ce parti politique, étaient détachables de ses fonctions de membre de la Cour des comptes, compte tenu de leur fréquence et du cercle limité et identique de personnes rencontrées, comme l’a révélé l’enquête de l’OLAF.

222

En premier lieu, il convient effectivement d’observer, sans que ce soit contesté par le requérant, que, au cours de ses deux mandats à la Cour des comptes, celui-ci nourrissait des relations fréquentes avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause.

223

Tout d’abord, il convient de rappeler, ainsi qu’il a été constaté aux points 111 et 112 ci-dessus, que cette fréquence des rencontres du requérant avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, a été révélée lors de l’enquête de l’OLAF. D’une part, l’OLAF a établi que, au cours de son mandat, le requérant avait rencontré au moins 188 fois des responsables politiques belges qui étaient principalement des membres du parti politique en cause. Selon le rapport de l’OLAF, ce chiffre correspondait à 24 % de l’ensemble des rencontres ou déjeuners du requérant qui avaient fait l’objet de ses demandes de remboursement. Il y a lieu de constater que cela concerne toutes les lignes mentionnées au point 215 ci-dessus, à l’exception des lignes nos 314, 319 et 320 du tableau de recouvrement. D’autre part, c’est également l’OLAF qui a constaté un lien entre les rencontres avec des responsables politiques belges et les réunions hebdomadaires du conseil d’administration du parti politique en cause. À cet égard, il ressort du rapport de l’OLAF qu’ont été récupérés, lors de son enquête, les procès-verbaux de 44 réunions indiquant la présence des membres du conseil d’administration de ce parti politique au cours de la période allant du 17 novembre 2008 au 29 avril 2010. L’OLAF a établi la présence du requérant aux 28 réunions.

224

Ensuite, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a constaté que les 42 missions présentées par le requérant comme ayant pour objet de rencontrer des responsables politiques belges pouvaient être directement reliées à l’activité politique du requérant, incompatible avec ses fonctions, en tant qu’elles visaient, en réalité, à lui permettre de participer à une réunion du bureau du parti politique en cause ou à des activités ou à des réceptions organisées par ce parti politique (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 442 à 457). Il convient également d’ajouter les dix demandes de remboursement relatives aux frais de représentation, considérées par la Cour comme étant irrégulières en tant que directement liées à l’activité politique exercée par le requérant (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 633 à 637).

225

[Tel que modifié par ordonnance du 24 juin 2025] Enfin, en complément des rencontres mentionnées au point 224 ci-dessus, et parmi celles visées au point 184 ci-dessus, il y a lieu de noter que le requérant a participé à 64 rencontres supplémentaires avec des responsables politiques, toujours membres du parti politique en cause, dans le cadre d’une mission ou d’une demande de remboursement de frais de représentation (lignes nos 19, 23, 24, 27, 41, 43, 57, 59, 65, 66, 89, 92, 96, 97, 111, 116, 118, 168, 169, 171, 183, 184, 190, 203, 204, 208, 211, 215, 218, 236, 238, 248, 257, 276, 281, 293 et 294, 296, 303, 313, 314, 323, 326, 330, 331, 334, 336, 338, 339, 346, 350, 352, 354, 355, 357, 358, 367, 370, 381, 382, 395, 402 et 408 du tableau de recouvrement). À ces rencontres s’ajoutent celles qui visaient à rencontrer un membre d’un cabinet d’un responsable politique, à savoir trois rencontres visées aux lignes nos 1, 7 et 301 du tableau de recouvrement.

226

En second lieu, les éléments du dossier font apparaître que le requérant a rencontré un nombre limité de responsables politiques, tous membres du parti politique en cause, tant au niveau national qu’au niveau de l’Union, la grande majorité de ces rencontres ayant été organisée dans la région d’origine du requérant.

227

Il y a lieu de considérer que la fréquence des rencontres du requérant avec un nombre limité de responsables politiques belges, membres du parti politique en cause au cours de ses deux mandats à la Cour des comptes, démontre le contexte particulier de ces rencontres, constituant ainsi une information essentielle, dont la Cour des comptes ne disposait pas au moment de l’approbation de chaque demande de remboursement des frais de mission et d’indemnités, introduite séparément par le requérant en aval de telles rencontres. Ce contexte spécifique ne pouvait être compris qu’après l’examen approfondi de la situation réalisé par l’OLAF sur le fondement des informations supplémentaires obtenues postérieurement à l’approbation de ces missions par le président de la Cour des comptes. Partant, compte tenu de l’omission de cette information essentielle, le requérant ne saurait se prévaloir d’une confiance légitime à l’égard des ordres de mission concernant les rencontres avec les responsables politiques belges ou les membres de leurs cabinets, tous membres du parti politique en cause, visées aux lignes nos 1, 7, 19, 41, 43, 59, 92, 97, 118 (pour partie), 169, 171, 203, 204, 208, 211, 215, 238, 248, 296 (pour partie), 301, 303, 313, 326 (pour partie), 330 (pour partie), 331 (pour partie), 334 (pour partie), 336, 339 (pour partie), 346, 352, 355, 373 et 374 (pour partie), 381, 382 (pour partie), 395 et 402 du tableau de recouvrement.

228

Cette conclusion ne saurait être remise en cause par les arguments du requérant.

229

D’une part, le requérant considère qu’une connaissance de longue date avec la personne rencontrée ne suffit manifestement pas pour discréditer cette rencontre comme ne présentant pas de liens avec l’exercice de ses fonctions. Selon le requérant, rien n’interdit à un membre de la Cour des comptes de rencontrer des personnes connues. D’autre part, il relève, en substance, que les sept rencontres en douze ans avec un membre du cabinet du chef d’un groupe politique du Parlement, dans le cadre des missions visées aux lignes nos 1, 7 et 301 du tableau de recouvrement, ne sont manifestement pas de nature à démontrer que toute rencontre avec cette personne servait des fins uniquement politiques et n’entrait dès lors pas dans l’exercice de ses fonctions en tant que membre de la Cour des comptes.

230

Certes, la seule circonstance qu’une rencontre a eu lieu avec une personne connue du requérant ne saurait nécessairement démontrer qu’une telle rencontre n’était pas liée à l’exercice des fonctions du requérant. Il est également vrai que le nombre de rencontres du requérant avec une personne au cours de ses mandats à la Cour des comptes ne saurait suffire en tant que tel à établir que chaque rencontre se rapportait à l’activité politique non déclarée du requérant ou ne présentait pas de lien avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes.

231

Néanmoins, les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées au point 227 ci-dessus doivent être appréciées dans leur contexte spécifique.

232

En effet, il a été constaté aux points 222 à 226 ci-dessus que, au cours des mandats du requérant à la Cour des comptes, ces rencontres étaient très fréquentes et concernaient un nombre limité de personnes. Cette fréquence des rencontres avec des personnes en nombre limité doit être lue à la lumière de la constatation de la Cour, selon laquelle le requérant avait, durant l’essentiel de ses deux mandats à la Cour des comptes, exercé une activité politique active, manifestée notamment par la participation directe et régulière à un organe de direction d’un parti politique national, en concluant qu’une telle activité était clairement incompatible avec les fonctions de membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 267 et 270).

233

Dans ces circonstances, il ne saurait être considéré que ces rencontres répétées du requérant avec un nombre très limité des responsables politiques au niveau national, tous membres du même parti politique, auquel il appartenait avant son entrée en fonction à la Cour des comptes, étaient dans l’intérêt de la Cour des comptes en vue d’assurer la promotion de ses travaux ou des échanges de vues liés à ses fonctions. En effet, une telle façon d’exercer les fonctions de membre de la Cour des comptes compromet le respect des règles de conduite qui s’imposent à celui-ci en tant que personne occupant une haute fonction au sein d’une institution de l’Union. Ainsi que M. l’avocat général Hogan l’a expliqué dans ses conclusions dans l’affaire Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2020:1052), les membres de la Cour des comptes doivent respecter les obligations d’indépendance, d’honnêteté et de délicatesse énoncées aux articles 285 et 286 TFUE, mais aussi les normes les plus rigoureuses en matière d’impartialité et de désintéressement. Pour les membres de la Cour des comptes, institution qui est la « conscience financière » de l’Union, cela implique nécessairement d’assumer toute responsabilité quant à la façon dont ils dépensent les fonds publics et, par conséquent, un certain degré de transparence quant à la manière de le faire (conclusions de l’avocat général Hogan dans l’affaire Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2020:1052, point 76).

234

C’est donc au vu de ce contexte qu’il convient de constater l’absence de rattachement des missions relatives aux rencontres avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, visées aux lignes mentionnées au point 227 ci-dessus, avec les fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes, et ce en l’absence d’explications ou d’éléments apportés par le requérant prouvant le contraire.

235

Certains reproches de la Cour des comptes ou éléments ressortissant manifestement du dossier permettent de confirmer l’absence d’un tel rattachement.

236

Premièrement, il y a lieu de constater que, parmi les missions du requérant visées au point 227 ci-dessus, celles mentionnées aux lignes nos 19, 41, 118, 171, 203, 211, 215, 238, 303, 326, 331, 334, 346, 352 et 402 du tableau de recouvrement et ayant eu lieu le lundi sont directement liées à l’activité politique non déclarée du requérant et incompatibles avec ses fonctions. En effet, il a été constaté par l’OLAF lors de son enquête que les réunions hebdomadaires du conseil d’administration du parti politique en cause avaient lieu les lundis. L’OLAF a également relevé qu’il était clair que le mandat du requérant en tant que membre votant du parti politique en cause exigeait sa présence régulière à ces réunions hebdomadaires jusqu’au mois de novembre 2008. En outre, il ressort du rapport de l’OLAF que le statut de membre non votant du requérant au sein du parti politique en cause, qu’il a exercé à compter du mois d’avril 2010, exigeait sa présence au moins aux réunions mensuelles organisées chaque premier lundi du mois. Le requérant n’apporte pas d’éléments prouvant son absence aux rencontres du parti politique en cause le lundi dans le cadre des missions en cause.

237

Deuxièmement, s’agissant des missions visées aux lignes nos 19 et 296 (pour partie) du tableau de recouvrement, concernant les rencontres du requérant avec deux députés du Parlement, la Cour des comptes affirme qu’ils étaient membres de la commission du développement ou de celle des transports et du tourisme du Parlement. Elle considère que les fonctions de ces députés ne présentaient aucun lien avec celles du requérant, chargé, au cours de ses mandats à la Cour des comptes, de l’audit des dépenses de l’Union en matière de relations extérieures, d’élargissement et d’aide humanitaire. En outre, s’agissant d’un de ces députés, la Cour des comptes indique qu’il appartenait antérieurement au même parti politique, tout comme le requérant jusqu’au 2002, et qu’il a été, avec le requérant, membre fondateur d’un autre parti politique pendant une courte période en 2002.

238

Troisièmement, il ressort du dossier que le requérant a introduit une demande de remboursement de frais de mission ou d’indemnités journalières pour les missions visant à rencontrer à plusieurs reprises la même personne dans un temps relativement court. En effet, en 2015, les rencontres du requérant se sont intensifiées, en particulier avec deux responsables politiques, membres du parti politique en cause, celles-ci étant visées aux lignes nos 330 (pour partie), 331 (pour partie), 334 (pour partie), 336, 346 et 355 du tableau de recouvrement. Invité lors de l’audience à expliquer la fréquence de ses rencontres avec ces deux personnes, le requérant n’a présenté aucun motif à cet égard. Ainsi, en l’absence d’explications de sa part quant à la nécessité de plusieurs missions protocolaires avec une même personne au cours d’une même année, les dépenses correspondantes doivent être regardées comme manifestement irrégulières et ainsi dépourvues de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant.

239

En conclusion, au vu de ce qui précède et dans le contexte décrit au point 232 ci-dessus, il convient de considérer comme dépourvues de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes les missions relatives aux rencontres avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, visées aux lignes mentionnées au point 227 ci-dessus. Il s’ensuit que les ordres de mission concernant ces rencontres, émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes, n’étaient pas de nature à fonder sa confiance légitime dans la régularité des missions en cause. Partant, le quatrième moyen doit être rejeté en ce qui concerne ces missions.

240

En revanche, en ce qui concerne les missions du requérant visées aux lignes nos 314 et 319 et 320 du tableau de recouvrement, il convient de relever ce qui suit.

241

En premier lieu, s’agissant de la mission visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement, il ressort du tableau de recouvrement, qui fait partie de la décision attaquée, que le requérant a reçu une invitation formelle d’un parti politique européen et qu’il n’y avait aucune preuve de lien avec les activités de la Cour des comptes.

242

Le requérant estime que la présente procédure ne saurait permettre à la Cour des comptes de contester ce que la Cour a retenu dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), au regard du dossier qui lui a été soumis et de ce qu’elle a établi en fait et en droit (voir point 217 ci-dessus). À cet égard, il convient de considérer qu’il renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour effectuée dans cet arrêt concernant les frais de représentation à l’occasion d’un dîner visé à la ligne no 314 du tableau de recouvrement.

243

Il convient d’observer que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour ne s’est exprimée que sur la régularité des frais de représentation liés à la mission visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement, à savoir un dîner avec un député du Parlement représentant un parti politique européen. En effet, elle a constaté que, en l’absence de présentation par la Cour des comptes de motifs ou de preuves d’irrégularité supplémentaires, devaient être considérées comme étant régulières les demandes de remboursement des frais de représentation engagés au titre d’invitations adressées à des membres du Parlement (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 624).

244

Dans la présente procédure, la Cour des comptes considère comme irréguliers les frais encourus à l’occasion de la rencontre visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement. À cet égard, elle rappelle que le requérant a répondu à une invitation d’un parti politique et que l’autre partie de la mission en cause consistait en une activité récréative de chasse en Belgique, jugée irrégulière par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). Partant, devant le Tribunal, la Cour des comptes avance des arguments nouveaux par rapport à ceux qui étayent l’appréciation de la Cour dans cet arrêt, rappelée au point 243 ci-dessus.

245

Le Tribunal constate qu’il ressort du dossier que la personne rencontrée était un député au Parlement et membre de la commission du contrôle budgétaire. D’une part, dans la présente procédure, la Cour des comptes n’allègue pas que cette personne était membre du parti politique en cause ou que le requérant aurait répondu à une invitation dudit parti politique. D’autre part, concernant l’allégation de la Cour des comptes, selon laquelle la Cour a jugé comme irrégulière une activité récréative de chasse, il convient d’observer que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a reconnu comme irrégulières les missions du requérant se rapportant à des invitations à participer à des chasses en Belgique, visées aux lignes nos 315 et 371 du tableau de recouvrement. Or, ces missions n’ont aucun rapport avec le dîner du requérant avec un député au Parlement, visé à la ligne no 314 du tableau de recouvrement. D’une part, il ressort du dossier que ce dîner a eu lieu à Bruxelles le même jour que celui de la mission visée à la ligne no 315, qui concernait une activité de chasse en Belgique, à savoir le 15 octobre 2014. Toutefois, selon le dossier, la mission visée à la ligne no 315 n’a commencé qu’à 23 h 00 au départ de Bruxelles et ainsi, selon toute probabilité, n’a pu commencer qu’après le dîner en cause, visé à la ligne no 314. Ainsi, la Cour des comptes n’établit pas l’existence d’une activité récréative de chasse le jour de la rencontre visée à la ligne no 314. D’autre part, la mission visée à la ligne no 371 a eu lieu à la date du 16 novembre 2015, à savoir plus d’un an après le dîner visé à la ligne no 314.

246

Dans ces circonstances, les précisions de la Cour des comptes mentionnées au point 244 ci-dessus sont insuffisantes pour que la mission visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement puisse recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée au point 243 ci-dessus. Partant, le Tribunal partage cette appréciation vis-à-vis des frais de mission et d’indemnités journalières, visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement, et ce nonobstant le fait que celle-ci ne se rapportait qu’aux frais de représentation liés à la mission visée à ladite ligne.

247

Par conséquent, dans la mesure où, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a, en substance, considéré que la demande de remboursement des frais de représentation liés à la mission visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement devait être considérée comme étant régulière (voir point 243 ci-dessus), il convient de conclure que l’ordre de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes concernant cette mission était de nature à fonder sa confiance légitime dans la régularité de celle-ci. Partant, il y a lieu d’annuler la décision attaquée en ce qui concerne la mission visée à la ligne no 314 du tableau de recouvrement, pour un montant de 96,60 euros.

248

En second lieu, quant à la rencontre avec un membre du cabinet d’un ministre belge visée aux lignes nos 319 et 320 du tableau de recouvrement, pour contester l’irrégularité des frais liés à cette mission, le requérant renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir point 217 ci-dessus).

249

Au soutien du caractère irrégulier de la rencontre, la Cour des comptes indique qu’il s’agit d’une rencontre avec le ministre fédéral de la Mobilité, se révélant sans lien avec les fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes en charge de l’audit des dépenses de l’Union en matière de relations extérieures, d’élargissement et d’aide humanitaire.

250

Dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a constaté que la personne rencontrée n’était pas décrite par la Cour des comptes comme appartenant au parti politique en cause et que cette dernière estimait que cette mission devait être rattachée à une activité politique ou privée, du fait de son lien avec le domaine des transports. La Cour a considéré que cet élément était insuffisant pour établir le caractère manifestement irrégulier de ladite mission (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 470).

251

Au vu de ce qui a été conclu au point 205 ci-dessus, en présence de mêmes faits et éléments de preuve présentés dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et dans la présente procédure, il convient de reprendre l’appréciation de la Cour en ce qui concerne la mission visée aux lignes nos 319 et 320 du tableau de recouvrement. Partant, dans la mesure où le caractère manifestement irrégulier de ladite mission n’a pas été établi devant la Cour (voir point 250 ci-dessus) et où la Cour des comptes n’allègue pas qu’elle présentait un caractère frauduleux ou omettait une information essentielle, il y a lieu de considérer que l’ordre de mission émis à cet égard, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes était de nature à fonder une confiance légitime du requérant dans la régularité de la mission concernée. Par conséquent, il y a lieu d’annuler la décision attaquée en ce qui concerne la mission visée aux lignes nos 319 et 320 du tableau de recouvrement, pour un montant de 96,60 euros.

ii) Sur les autres missions

252

Parmi les demandes de remboursement visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus, d’autres demandes ayant conduit au remboursement de frais de mission ou au paiement d’indemnités journalières que la Cour des comptes a considérées comme étant sans lien avec l’exercice de ses fonctions en tant que membre de cette dernière se rapportaient aux activités du requérant visées aux lignes nos 47, 56, 57, 63, 103, 128, 137, 138, 143, 155 (pour partie), 157, 161, 196, 199, 210, 237, 277, 284, 290, 293 et 294, 310 (pour partie), 330 (pour partie), 331 (pour partie), 334 (pour partie), 335, 339 (pour partie), 347, 373 et 374 (pour partie), 382, 391, 411 et 412 du tableau de recouvrement.

253

Comme pour les missions visant les rencontres avec des responsables politiques et des membres de leurs cabinets (voir point 216 ci-dessus), il ressort de la décision attaquée que la Cour des comptes conteste les frais de mission ou d’indemnités journalières engagés par le requérant concernant ses demandes de remboursement visées aux lignes mentionnées au point 252 ci-dessus, en les considérant en substance comme étant sans lien avec les fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes.

254

Le requérant considère que ses missions visées aux lignes mentionnées au point 252 ci-dessus se rapportent à ses fonctions en tant que membre de la Cour des comptes. À cet égard, il renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), en indiquant que, dans la présente procédure, il convient de la prendre en compte. Il rappelle que la Cour des comptes ne saurait, en l’espèce, contester ce que la Cour a retenu dans cet arrêt au regard du dossier qui lui a été soumis et de ce qu’elle a établi en fait et en droit.

255

En premier lieu, concernant, pour partie, les missions visées aux lignes nos 330, 331 et 334 du tableau de recouvrement, il convient de constater que la Cour ne s’est pas exprimée dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), sur le caractère régulier de la participation du requérant à une réception du « nouvel an » d’une association flamande à vocation politique (ligne no 330, pour partie) et à une présentation d’un document à la commission du contrôle budgétaire du Parlement (COCOBU) (ligne no 331, pour partie) ainsi que de sa rencontre avec un ambassadeur belge à Cuba (ligne no 334, pour partie).

256

S’agissant des activités visées aux lignes nos 330 et 331, la Cour des comptes indique que la participation du requérant à une réception du « nouvel an » d’une association flamande à vocation politique et à une présentation d’un document à la COCOBU a été suivie d’une rencontre avec un membre du parti politique en cause. Pour ce qui est de l’activité visée à la ligne no 334, la Cour des comptes relève que l’agenda du requérant ne mentionne aucune rencontre avec un ambassadeur belge à Cuba le jour concerné et que, en tout état de cause, cette éventuelle rencontre ne saurait avoir été liée à ses fonctions de membre de la Cour des comptes, car cette dernière n’avait pas de mission d’audit programmée à Cuba.

257

Le requérant ne présente aucune observation s’agissant de ces allégations de la Cour des comptes, bien qu’il lui appartienne, dans la présente procédure, de démontrer (voir point 193 ci-dessus) que la prise en charge par le budget de l’Union des frais de mission en cause était justifiée et que la décision attaquée est illégale pour avoir considéré ces frais comme étant indûment payés.

258

Dans ces circonstances, il convient de considérer comme dépourvues de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes les missions visées, pour partie, aux lignes nos 330, 331 et 334 du tableau de recouvrement. Il s’ensuit que les ordres de mission concernant ces missions, émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes, n’étaient pas de nature à fonder sa confiance légitime dans la régularité des missions en cause. Partant, le quatrième moyen doit être rejeté en ce qui concerne ces missions.

259

En deuxième lieu, concernant la mission visée aux lignes nos 293 et 294 du tableau de recouvrement, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que les griefs de la Cour des comptes concernant cette mission devaient être écartés dès lors que l’irrégularité imputée au requérant par la Cour des comptes pouvait être considérée comme constituant une erreur excusable de celui-ci. Selon la Cour, même si l’allégation de la Cour des comptes selon laquelle cette mission aurait été maintenue malgré l’annulation de la rencontre qui la justifiait apparaissait fondée, compte tenu d’une mention figurant dans l’agenda du requérant, l’existence d’une fraude à cet égard n’était pas établie, dès lors que, à l’heure prévue initialement pour l’exécution de ladite mission, s’était tenu un déjeuner déclaré à la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 579).

260

En l’espèce, la Cour des comptes rappelle que la réunion liée à la mission visée aux lignes nos 293 et 294 du tableau de recouvrement a été annulée et que, en remplacement, le requérant a offert un déjeuner à trois membres du parti politique en cause.

261

Compte tenu des relations du requérant avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, considérées par le Tribunal comme dépourvues de rattachement avec les fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes (voir points 232 à 234 et 239 ci-dessus), concernant la mission visée aux lignes nos 293 et 294 du tableau de recouvrement, il convient d’appliquer la même conclusion que celle qui figure au point 227 ci-dessus.

262

Partant, il y a lieu de considérer que le contexte des relations du requérant avec des membres du parti politique en cause constitue une information essentielle, que le président de la Cour des comptes n’était pas en mesure de connaître au moment de son approbation de la demande de remboursement des frais de mission et d’indemnités en cause. Compte tenu de l’omission d’une telle information essentielle, le requérant ne saurait se prévaloir d’une confiance légitime à l’égard de l’ordre de mission, prévu pour une réunion annulée et remplacée par un déjeuner avec trois membres du parti politique en cause. Par conséquent, le quatrième moyen doit être rejeté en ce qui concerne la mission visée aux lignes nos 293 et 294 du tableau de recouvrement.

263

En troisième lieu, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré, en substance, que la grande majorité des demandes de remboursement visées aux lignes mentionnées au point 252 ci-dessus, à savoir les lignes nos 56, 57, 63, 128, 137, 138, 143, 155 (pour partie), 196, 199, 277, 284, 290, 310 (pour partie), 335, 339 (pour partie), 347, 373 et 374 (pour partie), 382, 391, 411 et 412 du tableau de recouvrement, ne devaient pas être considérées comme manifestement irrégulières par rapport aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 498 à 501, 515, 534 à 536, 558, 559, 561 à 563, 567 à 576 et 579).

264

En l’espèce, le requérant renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), s’agissant de la question de savoir si les ordres de mission liés aux demandes de remboursement visées aux lignes mentionnées au point 263 ci-dessus étaient de nature à fonder sa confiance légitime dans la régularité des missions concernées. Ainsi, il convient d’appliquer le même raisonnement que celui qui figure au point 220 ci-dessus. Partant, il y a lieu d’examiner si la Cour des comptes avance des précisions et des arguments nouveaux par rapport à ceux qu’elle avait avancés devant la Cour concernant ces demandes et, dans l’affirmative, d’apprécier si, compte tenu de ces éléments, lesdites demandes doivent, en l’espèce, recevoir ou non une appréciation différente de celle effectuée par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir point 205 ci-dessus).

– Sur les missions visées aux lignes nos 56, 138, 196, 284 et 382 du tableau de recouvrement

265

En ce qui concerne les ordres de mission concernant les rencontres du requérant avec des diplomates et des entrepreneurs visées aux lignes nos 56, 138, 196, 284 et 382 du tableau de recouvrement, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que la Cour des comptes, qui supportait la charge de la preuve, n’avait pas établi à suffisance de droit que les missions au cours desquelles ces frais avaient été engagés présentaient un caractère privé. Selon la Cour, ces missions, liées à des rencontres avec des diplomates et des entrepreneurs, pouvaient en principe être reliées aux fonctions de membre de la Cour des comptes siégeant dans la chambre chargée des relations extérieures de l’Union (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 569 à 575).

266

S’agissant des missions visées aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement, qui avaient pour objet de permettre aux entrepreneurs flamands de rencontrer des diplomates belges en poste à l’étranger, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que de telles rencontres étaient susceptibles de constituer une occasion de procéder à des échanges de vues sur des sujets intéressant la Cour des comptes ainsi que de faire connaître et de promouvoir les travaux de celle-ci auprès de hauts responsables nationaux. Selon la Cour, la circonstance que lesdites rencontres soient organisées par un organisme ayant pour objet de promouvoir les intérêts flamands à Bruxelles n’était pas, à elle seule, suffisante pour établir l’irrégularité des missions en cause (voir, en ce sens, arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 573).

267

Comme constaté au point 116 ci-dessus, le tableau de recouvrement, qui fait partie de la décision attaquée, indique, par référence au rapport de l’OLAF, notamment à ses pages 5, 18, 29 et 37, que les demandes de remboursement visées aux lignes nos 138 et 196 du tableau de recouvrement font référence aux invitations formelles d’un cercle qui avait pour objet de renforcer la présence des entreprises flamandes à Bruxelles et organisait des rencontres pour permettre aux entrepreneurs flamands de rencontrer des diplomates belges en poste à l’étranger et qu’elles n’étaient pas liées aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes. La même constatation est effectuée s’agissant de la demande de remboursement visée à la ligne no 382 du tableau de recouvrement.

268

Dans la présente procédure, la Cour des comptes rappelle l’objet des activités visées aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement, comme rappelé au point 267 ci-dessus. En outre, elle fait valoir que la conclusion de la Cour, précisée au point 266 ci-dessus, à savoir que de telles activités devaient être susceptibles de constituer des occasions de procéder à des échanges de vues sur des sujets intéressant la Cour des comptes ainsi que de faire connaître et de promouvoir les travaux de celle-ci auprès de hauts responsables nationaux, s’appliquerait à n’importe quelle rencontre d’un membre de la Cour des comptes avec une personne extérieure à cette dernière.

269

À cet égard, un tel argument ne saurait suffire en tant que tel à réfuter ce qui a été constaté par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), à savoir, d’une part, qu’il n’était pas contesté qu’un « dîner diplomatique » se tenant chaque année à Bruxelles rassemblait un grand nombre de diplomates belges et, d’autre part, que des rencontres avec des diplomates pouvaient en principe être reliées aux fonctions de membre de la Cour des comptes siégeant dans la chambre chargée des relations extérieures de l’Union (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 569 et 573).

270

Par conséquent, s’agissant des missions visées aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement, il y a lieu de reprendre, en l’espèce, l’appréciation effectuée par la Cour à cet égard dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée aux points 265, 266 et 269 ci-dessus, et de les considérer comme n’étant pas, par principe, irrégulières.

271

En revanche, tel n’est pas le cas en ce qui concerne les missions visées aux lignes nos 56 et 284 du tableau de recouvrement.

272

Concernant la mission visée à la ligne no 56 du tableau de recouvrement, portant sur un déjeuner de travail le 6 juillet 2009 avec un diplomate de la Fédération de Russie, qui, selon les explications de la Cour des comptes dans le tableau de recouvrement qui fait partie de la décision attaquée, était lié à une intervention menée en faveur de tiers souhaitant adopter un enfant dans ce pays, la Cour a considéré que les pièces produites par la Cour des comptes, qui étaient postérieures de plusieurs mois à la date de cette mission et qui ne se référaient ni à ce déjeuner ni à un quelconque fait intervenu antérieurement, ne permettaient pas d’établir avec certitude que celle-ci aurait eu un objet indépendant des fonctions du requérant (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 570 et 571).

273

Dans la présente procédure, la Cour des comptes se réfère au dossier qui contient un extrait du rapport de l’OLAF concernant cette rencontre avec un diplomate de la Fédération de Russie. Comme constaté au point 122 ci-dessus, lors de son enquête, l’OLAF a considéré ladite rencontre comme privée. Il a établi que le requérant avait rencontré ce diplomate pour une question liée à l’adoption d’un enfant russe par une famille belge. Selon le rapport de l’OLAF, une remarque dans le calendrier numérique du requérant faisait référence aux difficultés rencontrées dans le dossier d’adoption et le consul en cause était disposé à apporter son aide dans l’accomplissement des formalités nécessaires et la résolution du problème rencontré. En outre, l’OLAF a indiqué que le requérant avait rencontré le même diplomate le 22 juin et de nouveau le 6 juillet 2009 et que sur les ordres de mission figurait la mention « réunion avec le [diplomate] », sans que soit mentionné l’objet réel de ces réunions.

274

La Cour des comptes allègue également que l’objet de cette rencontre était de faciliter une procédure d’adoption d’un enfant de nationalité russe pour un couple de nationalité belge, ce qui démontrerait son caractère privé. Elle renvoie au contexte de cette mission, en indiquant que celle-ci avait été précédée d’une autre mission « sans indemnités » qui s’était déroulée deux semaines plus tôt, le 22 juin 2009, et qu’elles avaient été suivies d’un autre contact le 30 novembre 2009. Selon la Cour des comptes, le fait que, pour ces deux contacts, le requérant n’ait pas sollicité un ordre de mission avec indemnités témoigne de ce qu’ils concernaient la vie privée et familiale du couple en question.

275

Il convient de considérer qu’il existe un doute sur la régularité de cette mission, au regard des précisions apportées par la Cour des comptes. La Cour des comptes s’appuie notamment sur la fréquence des rencontres entre le requérant et le même diplomate de la Fédération de Russie, sur un temps très court, sans autres rencontres sur les années antérieures et ultérieures, associée aux échanges de courriels sur la même période relative à une procédure particulière d’adoption d’un enfant au bénéfice d’un couple d’amis, afin de considérer qu’un doute existe quant à la régularité de la mission en cause.

276

Par conséquent, en présence d’un doute sur la régularité des sommes remboursées au requérant, la charge de la preuve pèse sur le requérant pour démontrer qu’il a encouru les frais en cause dans le respect des règles applicables (voir point 193 ci-dessus). Toutefois, le requérant n’a pas, en l’espèce, apporté d’éléments nouveaux à même de réfuter ce doute.

277

S’agissant de la mission visée à la ligne no 284 du tableau de recouvrement, portant sur un déjeuner avec l’ambassadeur du Royaume de Belgique en France, il existe également un doute sur la régularité de cette mission, au regard des précisions apportées par la Cour des comptes. Concernant cette mission, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a constaté que le caractère privé de ce déjeuner, en ce que la Cour des comptes se prévalait d’une relation amicale liant cet ambassadeur au requérant et de l’identité des autres convives, n’était pas démontré en l’absence de tout élément de preuve susceptible de renseigner la Cour sur l’objet dudit déjeuner, et alors que la seule existence d’une telle relation n’était, en tout état de cause, pas suffisante pour exclure que le même déjeuner ait pu revêtir une dimension professionnelle (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 575).

278

Dans la présente procédure, le requérant n’apporte aucun élément nouveau. Quant à la Cour des comptes, elle réexplique, dans des termes différents, que la mission visée à la ligne no 284 du tableau de recouvrement avait un caractère privé. Elle précise qu’il s’agissait d’une invitation par l’ambassadeur du Royaume de Belgique en France, adressée à cinq personnes, dont le requérant et son épouse, pour un week-end dans sa résidence, à Paris, à l’occasion d’une dégustation de vins. Elle fait état de ce que, dans le cadre de cette mission, le requérant a payé le déjeuner et organisé la livraison d’un bouquet de fleurs au nom de tous les invités. Elle souligne que des éléments démontrent qu’il a également demandé, et reçu de la Cour des comptes, une cravate et un foulard comme cadeaux officiels pour l’ambassadeur et son épouse.

279

La Cour des comptes justifie encore le caractère privé de la mission visée à la ligne no 284 du tableau de recouvrement en faisant référence à une activité menée précédemment par le requérant avec les cinq mêmes personnes, jugée par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), comme étant irrégulière. En outre, la Cour des comptes se réfère aux pièces du dossier qui contiennent, notamment, un extrait du rapport de l’OLAF rattachant cette activité du requérant à des « [v]isites de courtoisie [à des] hommes d’affaires et à des connaissances pour des raisons privées ».

280

Les précisions apportées par la Cour des comptes se révèlent plausibles. En effet, il s’agissait d’une rencontre qui, sur un temps très court, se déroulait, sur une invitation identique, avec les mêmes personnes, pour lesquelles une autre rencontre, faisant l’objet de la ligne no 268 du tableau de recouvrement, a été jugée par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), comme étant irrégulière, dès lors qu’elle se rapportait à un dîner organisé dans un restaurant voisin d’un domaine viticole et que plusieurs courriels indiquaient que le déplacement du requérant ainsi que de son invité dans la région concernée avait pour objet de visiter ce domaine viticole (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 659). Ces circonstances permettent de considérer qu’un doute existe quant à la régularité de la mission visée à la ligne no 284 du tableau de recouvrement.

281

Dans la mesure où le requérant n’est pas en mesure de démontrer, en l’espèce, que les missions visées aux lignes nos 56 et 284 du tableau de recouvrement poursuivaient des fins professionnelles, en présence d’un doute subsistant quant à la régularité de ces missions, il y a lieu de considérer comme dépourvues de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes et donc irrégulières les rencontres visées auxdites lignes. Il s’ensuit que les ordres de mission concernant ces rencontres, émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes, n’étaient pas de nature à fonder sa confiance légitime dans la régularité des missions en cause. Partant, il y a lieu de rejeter le quatrième moyen en ce qui concerne les frais des missions visées aux lignes nos 56 et 284.

– Sur les missions visées aux lignes nos 57 et 391 du tableau de recouvrement

282

S’agissant des ordres de mission concernant les rencontres du requérant avec un membre de la Commission visées aux lignes nos 57 et 391 du tableau de recouvrement, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que les preuves présentées par la Cour des comptes étaient insuffisantes pour établir l’irrégularité que cette dernière faisait valoir à l’égard de ces deux missions. La Cour a constaté qu’il n’était pas contesté qu’une telle réunion pouvait, en principe, être rattachée à l’exercice des fonctions de membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 561).

283

En ce qui concerne la mission visée à la ligne no 57 du tableau de recouvrement, la Cour a relevé que le bien-fondé de l’allégation de la Cour des comptes selon laquelle cette mission était, en réalité, liée à l’organisation d’un festival de musique intéressant le requérant à titre privé n’était pas établi. La Cour a expliqué que cette mission s’était déroulée le 13 juillet 2009, alors que les courriels relatifs à ce festival produits par la Cour des comptes portaient sur une subvention pour l’année 2011 et dataient des mois de septembre et d’octobre 2011. De surcroît, selon la Cour, le rapport entre ladite mission et cette subvention apparaissait d’autant moins plausible que le membre concerné de la Commission n’avait été chargé de la culture qu’à compter du 10 février 2010 (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 562 et 563).

284

Dans la présente procédure, la Cour des comptes se réfère aux pièces du dossier, qui contient notamment un extrait du rapport de l’OLAF dont il ressort que la rencontre avec un membre de la Commission visée à la ligne no 57 du tableau de recouvrement était liée à un festival européen de musique pour la jeunesse. Elle considère que cette relation aurait permis au requérant, deux ans plus tard, d’intervenir personnellement en vue de l’obtention d’une subvention à une association active dans la commune qui avait fusionné en 2019 avec la commune d’origine du requérant, dont il était bourgmestre, commune qui organisait un festival européen de musique pour la jeunesse. Ces éléments ont été déjà examinés par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), ainsi qu’en témoigne le point 283 ci-dessus.

285

En outre, la Cour des comptes fait valoir que la mission visée à la ligne no 57 du tableau de recouvrement est irrégulière dès lors qu’il n’y a pas de rapport entre les tâches d’audit exercées par le requérant, d’une part, et celles du membre de la Commission en cause, qui détenait à l’époque des faits le portefeuille de la santé, d’autre part.

286

Néanmoins, même s’il pourrait être considéré que les matières concernant les relations extérieures, l’élargissement et l’aide humanitaire, dont le requérant était directement chargé durant ses mandats (voir point 32 ci-dessus), ne pouvaient pas être rattachées à celle de la santé, il n’en demeure pas moins que ce seul fait est insuffisant en tant que tel, compte tenu de la différence de temporalité des faits en cause et de l’absence d’éléments probants concrets, pour que la mission visée à la ligne no 57 du tableau de recouvrement puisse recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée aux points 282 et 283 ci-dessus, de sorte qu’il y a lieu de considérer que la mission visée à la ligne no 57 du tableau de recouvrement n’est pas irrégulière.

287

S’agissant de la mission visée à la ligne no 391 du tableau de recouvrement, la Cour a considéré dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), que la Cour des comptes n’avait produit aucune pièce spécifique au soutien de l’allégation selon laquelle cette mission concernait un « déjeuner privé ». Selon la Cour, la circonstance, au demeurant non démontrée, que le membre concerné de la Commission serait un partenaire de chasse du requérant ne saurait, en tant que telle, permettre d’établir le caractère privé du déjeuner en cause. En outre, le fait qu’un responsable d’une organisation réunissant les propriétaires et gestionnaires fonciers européens aurait aussi participé à ce déjeuner n’était, selon la Cour, pas non plus de nature à établir le bien-fondé de la position de la Cour des comptes, d’autant plus qu’il n’était pas contesté que la liste des convives à ce déjeuner, qui se tenait au siège de la Commission, n’avait pas été établie par le requérant (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 564 et 565).

288

En l’espèce, la Cour des comptes se prévaut d’un faisceau d’indices à même de démontrer le caractère privé de la rencontre visée à la ligne no 391 du tableau de recouvrement, compte tenu de la présence de deux époux de nature à aller à l’encontre de la confidentialité réservée aux discussions à caractère professionnel, de l’existence d’autres rencontres avec les cinq mêmes personnes, considérées par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), comme étant de nature privée, et d’un intérêt commun démontré pour la chasse partagé par le membre de la Commission rencontré et le requérant.

289

Tout d’abord, en ce qui concerne le caractère privé de la rencontre en cause, constaté par l’OLAF dans son rapport, et la circonstance que le membre de la Commission concerné et le requérant partageaient un intérêt pour la chasse, ces allégations ont déjà été examinées par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), comme en témoigne le point 287 ci-dessus.

290

Ensuite, s’agissant de la présence de deux époux, la Cour a rappelé, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), que la note du 22 avril 2004 prévoyait explicitement que les conjoints et les partenaires des membres de la Cour des comptes ainsi que de leurs invités pouvaient être amenés à participer aux manifestations pour lesquelles des frais de représentation et de réception étaient engagés (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 611).

291

Enfin, concernant les autres rencontres avec les cinq mêmes personnes que la Cour a considérées dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), comme étant de nature privée, la Cour des comptes invoque l’activité visée à la ligne no 376 du tableau de recouvrement. Ce faisant, elle avance un argument nouveau par rapport à ceux examinés par la Cour dans cet arrêt, figurant au point 287 ci-dessus.

292

Néanmoins, à cet égard, il suffit d’observer que l’activité visée à la ligne no 376 du tableau de recouvrement impliquait des personnes qui n’étaient pas toutes présentes au déjeuner considéré au titre de l’activité visée à la ligne no 391 du tableau de recouvrement.

293

Partant, les explications nouvelles apportées par la Cour des comptes et mentionnées au point 291 ci-dessus sont insuffisantes pour que la mission visée à la ligne no 391 du tableau de recouvrement puisse recevoir une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée aux points 282, 287, 290 et 292 ci-dessus, de sorte qu’il y a lieu, dans le cadre de la présente procédure, de considérer cette mission comme étant régulière.

– Sur les missions visées aux lignes nos 137, 143, 155 (pour partie) et 290 du tableau de recouvrement

294

S’agissant des missions visées aux lignes nos 137, 143, 155 (pour partie) et 290 du tableau de recouvrement, concernant les rencontres du requérant avec le président de la fédération des entreprises belges et sa participation à des forums organisés par cette fédération, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a constaté que le rôle important reconnu aux fédérations d’entreprises ayant une portée nationale impliquait que ces missions ne devaient pas être regardées comme étant manifestement irrégulières (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 515).

295

Dans la présente procédure, la Cour des comptes se réfère aux pièces du dossier, qui contient notamment un extrait du rapport de l’OLAF dont il ressortirait que la majorité de ces relations concernait des organismes locaux, tels que la chambre de commerce et d’industrie de la région d’origine du requérant, un groupe d’industrie du lieu d’origine du requérant et une association d’employeurs locaux, dont le champ d’action se limitait à la région d’origine du requérant (voir également point 116 ci-dessus). À cet égard, il convient de constater que cet extrait du rapport de l’OLAF a été analysé par la Cour dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et que les missions visées aux lignes nos 137, 143, 155 (pour partie) et 290 du tableau de recouvrement ne concernaient pas des rencontres avec des organismes locaux de la région d’origine du requérant, mais avec la fédération des entreprises belges ayant une portée nationale.

296

S’agissant des rencontres du requérant avec le président de la fédération des entreprises belges, visées aux lignes nos 137 et 143 du tableau de recouvrement, la Cour des comptes précise dans la présente affaire qu’elles sont manifestement étrangères aux activités de la Cour des comptes pour deux raisons. D’une part, elles auraient eu lieu à quatre semaines d’intervalle seulement, l’une le 24 janvier 2011 et l’autre le 21 février 2011. D’autre part, il s’agirait d’une période pendant laquelle la personne rencontrée quittait la présidence de cette fédération. Elle précise que, à la fin du mois de janvier 2011, a été annoncé dans la presse que cette personne serait remplacée par une autre.

297

Toutefois, au vu de la constatation de la Cour précisée au point 294 ci-dessus, ces deux raisons sont insuffisantes pour faire naître un doute quant au caractère privé des rencontres en cause et pour que les missions visées aux lignes nos 137 et 143 du tableau de recouvrement puissent recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782).

298

Quant aux missions visées aux lignes nos 155 (pour partie) et 290 du tableau de recouvrement, la Cour des comptes estime que seule une activité exercée dans l’intérêt du service peut justifier un ordre de mission et le remboursement des frais afférents. Selon elle, une distinction selon la portée régionale ou nationale des organismes, opérée par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), n’est pas de nature à répondre à cette exigence. Plus particulièrement, s’agissant de l’activité couverte par la mission visée à la ligne no 155, la Cour des comptes indique qu’il s’agit d’une activité de lobby qui ne saurait servir les intérêts et activités de la Cour des comptes, qui est l’auditeur externe de l’Union. Elle ajoute également que le requérant n’y a pas participé en tant qu’intervenant.

299

Force est de constater que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour n’a pas uniquement reconnu le rôle important des fédérations d’entreprises ayant une portée nationale. Elle a également relevé que les organismes représentant la société civile étaient susceptibles d’exprimer des positions relatives au fonctionnement des institutions qui pouvaient être prises en compte par la Cour des comptes lors de la rédaction de rapports portant sur ce fonctionnement (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 504). Il s’ensuit qu’il n’est pas exclu que la participation à des forums organisés par la fédération des entreprises belges puisse servir les intérêts et activités de la Cour des comptes. Cette conclusion ne saurait être remise en cause par le fait que le requérant n’y a pas participé en tant qu’intervenant. En effet, la prise en compte des positions exprimées par des organismes représentant la société civile peut prendre plusieurs formes, actives ou passives.

300

Partant, les arguments mentionnés au point 298 ci-dessus sont insuffisants pour que les missions visées aux lignes nos 155 (pour partie) et 290 du tableau de recouvrement puissent recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée aux points 294 et 299 ci-dessus. Dans ces conditions, les missions visées à ces lignes doivent être considérées comme n’étant pas irrégulières.

– Sur les missions visées aux lignes nos 47, 103, 157, 161, 199, 210, 237, 277, 339 (pour partie) et 373 et 374 (pour partie) du tableau de recouvrement

301

Pour ce qui est des missions visées aux lignes nos 47, 103, 157, 161, 199, 210, 237, 277, 339 (pour partie) et 373 et 374 (pour partie) du tableau de recouvrement, se rapportant à des rencontres avec un responsable d’un cabinet international d’audit, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a relevé qu’il ne saurait être considéré que des missions destinées à échanger avec des responsables de cabinets internationaux d’audit fussent manifestement irrégulières (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 494). En réponse à l’argument de la Cour des comptes tiré de ce que ces contacts devaient être encadrés par des marchés publics ou s’inscrire dans des activités de formation, la Cour a constaté que de tels principes n’étaient pas prévus par les règles internes dont faisait état la Cour des comptes et ne correspondaient pas à sa pratique, telle qu’elle ressortait des ordres de mission du requérant (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 497).

302

Plus particulièrement, quant à la mission visée à la ligne no 199 du tableau de recouvrement, à l’égard de laquelle la Cour des comptes soutenait qu’elle avait pour objet réel de discuter d’une offre d’emploi pouvant intéresser un enfant du requérant, la Cour a considéré que les pièces produites par la Cour des comptes ne permettaient pas de démontrer, à suffisance de droit, que cette rencontre avait été organisée à cette fin ou qu’elle portait principalement sur les intérêts familiaux du requérant ni, partant, d’établir l’irrégularité manifeste de cette mission. La Cour a reconnu que, certes, il ressortait de courriels communiqués par la Cour des comptes que la personne rencontrée lors de ladite mission avait reçu, après son entretien avec le requérant, le curriculum vitae de l’un des enfants de ce dernier et avait fait part de perspectives d’emploi potentielles pour cet enfant. Néanmoins, la justification fournie par le requérant, selon laquelle un déjeuner de travail pouvait s’accompagner de discussions plus informelles relatives, notamment, à la situation familiale des convives susceptibles d’expliquer ces courriels, n’apparaissait pas dépourvue de plausibilité (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 500 et 501).

303

Dans la présente procédure, la Cour des comptes rappelle que les contacts avec des cabinets internationaux privés d’audit doivent être encadrés à l’instar de tout contact avec des opérateurs privés par le truchement de marchés publics. En ce qui concerne plus particulièrement la rencontre visée à la ligne no 199 du tableau de recouvrement, elle précise que, dans son rapport, l’OLAF a considéré cette rencontre comme ayant un caractère privé, dans la mesure où elle avait été suivie d’un échange de courriels entre le requérant et la personne rencontrée, lors duquel cette dernière aurait reçu le curriculum vitae de l’un des enfants du requérant et aurait fait part de perspectives d’emploi potentielles pour cet enfant. Par ces arguments, dans la présente procédure, la Cour des comptes n’ajoute rien de nouveau par rapport aux arguments qu’elle avait avancés devant la Cour dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), figurant aux points 301 et 302 ci-dessus.

304

Or, comme précisé aux points 301 et 302 ci-dessus, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que les pièces produites par la Cour des comptes ne permettaient pas de démontrer, à suffisance de droit, que la rencontre visée à la ligne no 199 avait été organisée à des fins privées et portait principalement sur les intérêts familiaux du requérant, tandis qu’il ne saurait être considéré que des missions destinées à échanger avec des responsables de cabinets internationaux d’audit fussent manifestement irrégulières.

305

Par conséquent, les arguments mentionnés au point 303 ci-dessus sont insuffisants pour que les missions visées aux lignes nos 47, 103, 157, 161, 199, 210, 237, 277, 339 (pour partie) et 373 et 374 (pour partie) du tableau de recouvrement puissent recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée aux points 301 et 302 ci-dessus, de sorte que ces missions doivent être considérées comme étant régulières.

– Sur les missions visées aux lignes nos 128, 411 et 412 du tableau de recouvrement

306

Concernant les missions visées aux lignes nos 128, 411 et 412 du tableau de recouvrement, qui étaient liées à des évènements organisés respectivement par une organisation réunissant les propriétaires et gestionnaires fonciers européens, par une autre association de propriétaires fonciers et par une fondation pour la conservation des habitats, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré qu’elles ne pouvaient être regardées comme étant manifestement irrégulières. S’agissant de la mission visée à la ligne no 128 du tableau de recouvrement, la Cour a relevé que la participation, sur le fondement d’un ordre de mission transparent, à une conférence organisée au Parlement liée à une organisation représentative de dimension européenne ne pouvait être reprochée au requérant. En ce qui concerne les missions visées aux lignes nos 411 et 412 du tableau de recouvrement, la Cour a indiqué que la Cour des comptes se fondait sur des liens supposés entre ces organismes et une fondation environnementale de la région d’origine du requérant qui n’étaient pas appuyés par des éléments de preuve transmis à la Cour (voir, en ce sens, arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 534 à 536).

307

Dans la présente procédure, la Cour des comptes rappelle ses considérations selon lesquelles les évènements en cause étaient sans lien avec l’exercice des fonctions du requérant ou son intérêt, mais n’apporte aucun élément nouveau pour étayer cette allégation. Ainsi, cette seule allégation est insuffisante pour que ces missions puissent recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée au point 306 ci-dessus. Partant, ces missions doivent être considérées comme n’étant pas manifestement irrégulières.

– Sur la mission visée à la ligne no 347 du tableau de recouvrement

308

S’agissant de la mission visée à la ligne no 347 du tableau de recouvrement, concernant la rencontre avec un responsable de la Banque nationale de Belgique ainsi qu’avec un parlementaire belge et un avocat, qui occupait également des fonctions au sein de cette banque, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a relevé qu’elle ne pouvait être qualifiée de manifestement irrégulière uniquement sur le fondement de l’allégation de la Cour des comptes selon laquelle cette mission était « sans lien avec les fonctions [du requérant] », tandis que ce parlementaire était membre du parti politique en cause (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 559).

309

Dans la présente procédure, la Cour des comptes ne présente aucun élément relatif à la mission en cause, de telle sorte qu’il y a lieu de considérer, à l’instar de l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée au point 308 ci-dessus, que cette mission ne peut être qualifiée de manifestement irrégulière.

– Sur la mission visée à la ligne no 310 du tableau de recouvrement

310

En ce qui concerne la mission visée à la ligne no 310 du tableau de recouvrement, concernant, pour partie, une visite dans une université, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a considéré que, en l’absence de toute précision de la Cour des comptes quant au motif de l’irrégularité alléguée, cette mission ne saurait être regardée comme étant manifestement irrégulière, en tant qu’elle se rapportait, en partie, à une visite dans une université (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 558).

311

Dans la présente procédure, la Cour des comptes considère que la mission visée à la ligne no 310 du tableau de recouvrement doit être regardée comme étant étrangère à l’intérêt du service et, partant, irrégulière, sans apporter d’éléments nouveaux étayant cette allégation. Toutefois, il y a lieu de considérer, à l’instar de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir point 310 ci-dessus), que cette allégation est insuffisante en tant que telle pour que cette mission puisse, en l’absence de toute précision de la Cour des comptes, être regardée comme manifestement irrégulière.

– Sur la mission visée à la ligne no 335 du tableau de recouvrement

312

En ce qui concerne la mission visée à la ligne no 335 du tableau de recouvrement, ayant pour objet la participation aux funérailles du père d’une assistante du requérant, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a noté que la participation aux funérailles du père d’une assistante du requérant pouvait être rattachée à l’exercice des fonctions de membre de la Cour des comptes, dont il pouvait raisonnablement être attendu qu’il apportât son soutien personnel lors d’une telle occasion à l’un de ses proches collaborateurs au sein de celle-ci (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 576).

313

Dans la présente procédure, la Cour des comptes réitère son argumentation selon laquelle la mission visée à la ligne no 335 du tableau de recouvrement, liée aux funérailles d’un parent de l’assistante du requérant, ne saurait donner lieu à l’engagement des fonds de l’Union, dans la mesure où le décès d’un parent appartient à la sphère privée. À cet égard, à l’instar de l’appréciation retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée au point 312 ci-dessus, il y a lieu de considérer que cette argumentation est insuffisante en tant que telle pour que cette mission puisse être considérée comme étant irrégulière.

– Sur la mission visée à la ligne no 63 du tableau de recouvrement

314

Pour la mission visée à la ligne no 63 du tableau de recouvrement, liée à une « cérémonie d’ouverture [d’une] année académique [d’un établissement d’études européennes] », dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), concernant l’argumentation de la Cour des comptes quant à l’absence du nom du requérant dans la liste des personnalités européennes présentes à cette cérémonie et à l’extrait d’un site Internet produit à cet égard par elle, la Cour a considéré qu’elle n’apparaissait pas suffisante pour établir l’absence du requérant à ladite cérémonie, au regard tant de la nature de cet extrait, qui ne pouvait être assimilé à un procès-verbal comportant une liste de présence, que des termes employés dans ledit document, qui montraient que celui-ci ne citait qu’une partie des personnalités présentes à la même cérémonie (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 567). En outre, la Cour a soutenu que, s’il était établi que le requérant avait, à la date à laquelle la mission en cause avait lieu, déjeuné à Bruxelles, les preuves produites par la Cour des comptes ne permettaient pas d’établir l’heure de ce déjeuner (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 568).

315

Dans la présente procédure, la Cour des comptes fait valoir que la mission visée à la ligne no 63 doit être considérée comme étant irrégulière dans la mesure où le requérant n’a, selon elle, pas assisté à celle-ci. Elle relève que, de manière concomitante, le requérant avait un « déjeuner de travail » à Bruxelles avec un membre d’un cabinet ministériel belge. D’une part, la Cour des comptes précise que, dans la mesure où la cérémonie en cause a eu lieu entre 10 h 30 et 13 h 00, la distance séparant cette cérémonie et son déjeuner de travail à Bruxelles n’aurait pas permis d’arriver à temps pour un déjeuner. Elle explique que la distance entre le lieu de la cérémonie et le restaurant à Bruxelles est de 99,6 km et que la durée d’un trajet sans trafic peut être estimée à une heure et treize minutes. D’autre part, la Cour des comptes soutient que la page du site Internet de l’établissement d’études européennes en cause qu’elle présente permet de constater – par voie de déduction, en connaissant les règles protocolaires applicables à de tels évènements – que le requérant n’avait pas été présent à ladite cérémonie. Elle renvoie également à une vidéo, disponible sur le même site Internet, dont il ressortirait que, dans son discours, le recteur de cet établissement aurait salué, dans l’ordre protocolaire, la présence des personnalités à la cérémonie, sans nullement mentionner celle du requérant en tant que membre de la Cour des comptes.

316

Il apparaît que les arguments de la Cour des comptes, mentionnés au point 315 ci-dessus, sont nouveaux par rapport à ceux qui étayent l’appréciation retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). Néanmoins, ils sont insuffisants pour que la mission visée à la ligne no 63 du tableau de recouvrement puisse recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle de la Cour dans cet arrêt. En effet, les informations sur la distance séparant le lieu de la cérémonie et le déjeuner de travail du requérant à Bruxelles ne démontrent pas que le requérant n’a pas été présent à ladite cérémonie, en l’absence d’informations sur l’heure du déjeuner au restaurant, comme constaté par la Cour dans ledit arrêt (voir point 314 ci-dessus). Quant à la vidéo dont il ressortirait que, dans son discours, le recteur de l’établissement en cause aurait salué, dans l’ordre protocolaire, la présence des personnalités à la cérémonie sans aucune mention du requérant, ce discours est disponible sur le même site Internet que l’extrait indiqué au point 314 ci-dessus. À cet égard, il suffit de rappeler que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a constaté que l’extrait en cause ne citait qu’une partie des personnalités présentes à la même cérémonie, de sorte qu’il ne saurait être exclu que le discours du recteur eût procédé de la même façon. Enfin, il ne saurait être exclu que le requérant eût décidé de quitter la cérémonie avant qu’elle ne soit terminée afin de pouvoir se déplacer à temps pour ledit déjeuner à Bruxelles.

317

Par conséquent, à la lumière de l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), rappelée au point 314 ci-dessus, il y a lieu de considérer la mission visée à la ligne no 63 du tableau de recouvrement comme n’apparaissant pas manifestement irrégulière.

318

Au vu de ce qui précède, il y a lieu pour le Tribunal de partager, dans le cadre de la présente procédure, l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), concernant les activités se rapportant aux missions visées aux lignes nos 47, 57, 63, 103, 128, 137, 138, 143, 155 (pour partie), 157, 161, 196, 199, 210, 237, 277, 290, 310 (pour partie), 335, 339 (pour partie), 347, 373 et 374 (pour partie), 382, 391, 411 et 412 du tableau de recouvrement. À l’instar de la Cour, qui a considéré que ces activités ne devaient pas être regardées comme manifestement irrégulières par rapport aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes (voir point 263 ci-dessus), il convient de conclure que les ordres de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes concernant ces activités étaient de nature à fonder une confiance légitime du requérant dans la régularité des missions concernées. Il y a donc lieu d’annuler la décision attaquée en ce qui concerne les frais de mission ou d’indemnités journalières visés auxdites lignes, qui s’élèvent à un montant total de 2018,71 euros. À cet égard, en ce qui concerne les frais de mission et d’indemnités journalières visés aux lignes nos 155, 310, 339 et 373 et 374 du tableau de recouvrement, il convient de compter la moitié de ces frais s’agissant de la mission visée à la ligne no 155 (48,30 euros), la troisième partie desdits frais concernant la mission visée à la ligne no 310 (48,30 euros) et la quatrième partie des frais en cause quant aux missions visées aux lignes nos 339 et 373 et 374 (respectivement 99,57 euros et 12,075 euros).

319

Il convient de rejeter le quatrième moyen en ce qui concerne les missions visées aux lignes nos 56, 284, 293 et 294, 330 (pour partie), 331 (pour partie) et 334 (pour partie) du tableau de recouvrement.

iii) Conclusion sur les frais de mission et les indemnités journalières

320

Au vu de ce qui précède, il y a lieu de considérer que, dans la présente procédure, les ordres de mission émis, à la demande du requérant, par le président de la Cour des comptes concernant les activités visées aux lignes nos 47, 57, 63, 103, 128, 137, 138, 143, 155 (pour partie), 157, 161, 196, 199, 210, 237, 277, 290, 310 (pour partie), 314, 319 et 320, 335, 339 (pour partie), 347, 373 et 374 (pour partie), 382, 391, 411 et 412 du tableau de recouvrement étaient de nature à fonder une confiance légitime du requérant dans la régularité des missions concernées. Partant, il convient d’annuler la décision attaquée en ce qui concerne les frais de mission et d’indemnités journalières accordés au titre de ces missions pour un montant total de 2211,91 euros et de rejeter le quatrième moyen pour le surplus concernant ces frais.

3) Sur les frais de représentation et de réception

321

Parmi les demandes du requérant visées aux lignes du tableau de recouvrement mentionnées au point 184 ci-dessus, les demandes de remboursement de frais de représentation et de réception que la Cour des comptes considère comme indûment payés par le requérant concernent les lignes nos 1, 2, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 17, 19, 22, 23, 24, 27, 55, 56, 57, 63, 65, 89, 90, 96, 98, 110, 111, 116, 138, 150, 160, 168, 171, 183, 184, 190, 194, 196, 204, 216, 218, 236, 243, 245, 257, 276, 279, 281, 284, 290, 293 et 294, 314, 319 et 320, 323, 336, 338, 339, 350, 354, 357, 358, 367, 370, 373 et 374, 381, 382 et 408 du tableau de recouvrement.

322

Le requérant considère, en substance, que les demandes de remboursement de frais de représentation visées aux lignes mentionnées au point 321 ci-dessus se rapportent à ses fonctions en tant que membre de la Cour des comptes. À cet égard, il renvoie, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), en indiquant que, dans la présente procédure, il convient de reprendre cette appréciation de la Cour. Il estime que la présente procédure ne saurait permettre à la Cour des comptes de contester ce que la Cour a retenu dans cet arrêt au regard du dossier qui lui a été soumis et de ce qu’elle a établi en fait et en droit.

323

À titre liminaire, il convient de rappeler que, dans la présente procédure, comme précisé au point 179 ci-dessus, il n’y a pas lieu d’examiner la prétendue violation du principe de protection de la confiance légitime en ce qui concerne les ressources engagées par la Cour des comptes au titre des frais de représentation et de réception. Partant, concernant ces frais, il convient d’examiner uniquement la question de savoir si la Cour des comptes a commis des « erreurs manifestes » en les considérant comme engagés au titre de missions irrégulières.

i) Sur les frais de représentation visant les rencontres avec des responsables politiques et des membres de leurs cabinets, membres du parti politique en cause

324

Parmi les lignes mentionnées au point 321 ci-dessus, plusieurs se rapportent aux relations du requérant avec des responsables politiques ou avec des membres de leurs cabinets, tous étant membres du parti politique en cause. Il s’agit des lignes nos 1, 2, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 19, 23, 24, 27, 57, 63, 65, 89, 90, 96, 111, 116, 150, 168, 171, 183, 184, 190, 194, 204, 218, 236, 257, 276, 293 et 294, 323, 336, 338, 350, 354, 357, 358, 367, 370, 373 et 374, 381, 382 (pour partie) et 408 du tableau de recouvrement.

325

À cet égard, force est de constater que cinq de ces demandes de remboursement de frais de représentation engagés au titre d’invitations adressées à ces responsables politiques ou aux membres de leurs cabinets, à savoir celles visées aux lignes nos 1, 7, 19, 171 et 336 du tableau de recouvrement, sont liées à des demandes du requérant pour le remboursement de frais de mission ou d’indemnités journalières. Dans la mesure où ces derniers frais ont été considérés par le Tribunal au point 239 ci-dessus comme dépourvus de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes, cette conclusion doit être également transposée aux frais de représentation engagés dans le cadre des missions concernées.

326

En ce qui concerne les autres lignes mentionnées au point 324 ci-dessus et se rapportant également aux relations avec des responsables politiques ou avec des membres de leurs cabinets, tous étant membres du parti politique en cause, l’analyse exposée aux points 230 à 235 et 237 à 239 ci-dessus vaut également pour le remboursement de frais de représentation liés à ces lignes.

327

Certes, ainsi que le précise le requérant, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), concernant les frais de représentation et de réception liés aux relations professionnelles qu’il entretient avec une personne apparaissant, au regard de sa qualité, susceptible de présenter un intérêt pour la Cour des comptes, la Cour a considéré qu’une invitation adressée à une telle personne devait être considérée comme régulière (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 618).

328

Toutefois, compte tenu de la charge de la preuve pesant en l’espèce sur le requérant, et en l’absence d’explications ou d’éléments à même de prouver le contraire, le contexte des relations de celui-ci avec des responsables politiques ou des membres de leurs cabinets, tous étant membres du parti politique en cause, rappelé au point 232 ci-dessus, remet en cause le rattachement de telles relations avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes (voir point 239 ci-dessus).

329

Par conséquent, il y a lieu de rejeter le quatrième moyen en ce qui concerne les frais de représentation se rapportant aux lignes nos 1, 2, 4, 5, 6, 7, 12, 14, 19, 23, 24, 27, 57, 63, 65, 89, 90, 96, 111, 116, 150, 168, 171, 183, 184, 190, 194, 204, 218, 236, 257, 276, 293 et 294, 323, 336, 338, 350, 354, 357, 358, 367, 370, 373 et 374, 381, 382 (pour partie) et 408 du tableau de recouvrement, dans la mesure où il est établi qu’ils ne sont pas liés aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes.

330

Dans ces circonstances, il n’y a plus lieu d’examiner les montants des frais de représentation considérés par la Cour des comptes comme excessifs qui sont visés aux lignes mentionnées au point 329 ci-dessus, à savoir ceux se rapportant aux lignes nos 6, 24, 27, 89, 90, 116, 168, 190, 194, 218, 236, 257, 293 et 294, 338, 350, 354, 357, 358, 367, 370, 373 et 374 et 408 du tableau de recouvrement, concernant les déjeuners ou dîners offerts par le requérant aux responsables politiques, également membres du parti politique en cause.

331

En tout état de cause, il ressort des lignes mentionnées au point 330 ci-dessus que les coûts des repas pour deux personnes s’élevaient à des montants de 124 euros (ligne no 350), de 293,50 euros (ligne no 6), de 482 euros (ligne no 24), de 292 euros (ligne no 89), de 341 euros (ligne no 116), de 225 euros (ligne no 194), de 227 euros (ligne no 236), de 296 euros (ligne no 338), de 226 euros (ligne no 354), de 315 euros (ligne no 357), de 196 euros (ligne no 358), de 338,20 euros (ligne no 367), de 414 euros (lignes nos 373 et 374) et de 347 euros (ligne no 408), que ceux pour trois personnes se chiffraient à un montant de 753 euros (ligne no 27), ceux pour quatre personnes à des montants de 513 euros (ligne no 190), de 802 euros (ligne no 257) et de 670 euros (lignes nos 293 et 294), ceux pour cinq personnes à un montant de 564 euros (ligne no 168) et ceux pour six personnes à des montants de 1159 euros (ligne no 90), de 630 euros (ligne no 218) et de 1330 euros (ligne no 370).

332

Il convient de relever que ces montants se révèlent particulièrement élevés pour des frais de restauration et que, ainsi, la Cour des comptes était fondée à les considérer comme étant a priori manifestement excessifs. Dès lors que le requérant n’offre aucune explication spécifique afin de démontrer le caractère raisonnable et nécessaire desdits montants, alors même qu’il lui appartient de démontrer que la prise en charge des frais de représentation par le budget de l’Union était justifiée (voir point 193 ci-dessus), la décision attaquée ne saurait être annulée pour avoir considéré ces frais comme ayant été indûment pris en charge par la Cour des comptes.

333

Par conséquent, compte tenu des constatations de l’OLAF dans son enquête concernant la fréquence des rencontres du requérant avec des responsables politiques membres du parti politique en cause (voir point 223 ci-dessus), appréciées à la lumière du contexte indiqué au point 232 ci-dessus, il y a lieu de rejeter l’argumentation du requérant dans le cadre du quatrième moyen visant à contester le caractère excessif des frais de représentation visés aux lignes mentionnées au point 330 ci-dessus.

ii) Sur les frais de représentation visant les rencontres avec des personnes autres que des responsables politiques membres du parti politique en cause

334

En ce qui concerne les demandes de remboursement de frais de représentation restantes, qui sont en rapport avec les rencontres du requérant avec des personnes autres que des responsables politiques, membres du parti politique en cause, il convient de rappeler, tout d’abord, comme l’a précisé M. l’avocat général Hogan dans ses conclusions dans l’affaire Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2020:1052), que la « conscience financière » de l’Union implique nécessairement d’assumer toute responsabilité quant à la façon dont les membres de la Cour des comptes dépensent les fonds publics et, par conséquent, un certain degré de transparence quant à la manière de le faire (conclusions de l’avocat général Hogan dans l’affaire Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2020:1052, point 76).

335

Ensuite, il ressort de l’annexe 1 de la note du 22 avril 2004 que, parmi les exemples de dépenses acceptables en tant que frais de représentation, figurent les « présents dont le prix ne peut dépasser 50 euros pour une invitation ». Cette règle donne une indication quant au montant pouvant être considéré comme raisonnable au titre des présents pouvant être offerts par le requérant aux personnes qu’il invite lors d’un déjeuner ou d’un dîner.

336

Enfin, ainsi qu’il a été déjà précisé aux points 193 et 332 ci-dessus, il appartient au requérant de démontrer que la prise en charge des frais de représentation par le budget de l’Union était justifiée et que la décision attaquée est illégale pour avoir considéré ces frais comme indûment mis à la charge de la Cour des comptes.

337

C’est au vu des considérations rappelées aux points 334 à 336 ci-dessus, ainsi que de l’étendue du contrôle du Tribunal dans la présente procédure, précisée aux points 185 à 193 ci-dessus, qu’il convient d’examiner si, comme le soutient le requérant, la Cour des comptes a commis des erreurs d’appréciation concernant les demandes de remboursement de frais de représentation portant sur ses rencontres avec des personnes autres que des responsables politiques membres du parti politique en cause, visées aux lignes nos 17, 28, 56, 98, 138, 196, 281, 284, 290, 314, 319 et 320, 339 et 382 du tableau de recouvrement.

338

Au vu de la teneur des arguments du requérant en l’espèce, rappelés au point 322 ci-dessus, et des observations du Tribunal aux points 202 à 205 ci-dessus, il convient, dans le cadre de l’examen des demandes de remboursement des frais de représentation visées au point 337 ci-dessus, de suivre le raisonnement qui figure aux points 220 et 264 ci-dessus. Partant, il y a lieu d’abord d’examiner si la Cour des comptes avance des arguments et précisions nouveaux par rapport à ceux qu’elle avait avancés devant la Cour concernant ces demandes et ensuite, dans l’affirmative, d’apprécier si, compte tenu de ces éléments, il y a lieu de partager, dans le cadre de la présente procédure, la même appréciation que celle retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), à leur égard (voir point 205 ci-dessus).

– Sur les frais de représentation visés aux lignes nos 56, 138, 196, 284 et 382 du tableau de recouvrement

339

Les frais de représentation visés aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement concernent les dîners ayant eu pour objet de permettre à des entrepreneurs flamands de rencontrer des diplomates belges en poste à l’étranger, ceux visés à la ligne no 56 se rapportent à un déjeuner avec un diplomate de la Fédération de Russie et ceux visés à la ligne no 284 sont liés à une invitation de l’ambassadeur du Royaume de Belgique en France, adressée à cinq personnes, dont le requérant et son épouse.

340

Le requérant se réfère en substance à l’appréciation de la Cour dans la procédure ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). Dans ladite procédure, la Cour a estimé que les rencontres avec des diplomates, visées aux lignes nos 56, 138, 284 et 382 du tableau de recouvrement, devaient être regardées comme étant régulières, dès lors qu’il avait été constaté que l’irrégularité des missions au cours desquelles ces frais avaient été engagés n’avait pas été établie par la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 643). Il en va de même pour la rencontre visée à la ligne no 196, au vu de la conclusion de la Cour selon laquelle la Cour des comptes n’avait pas établi à suffisance de droit que celle-ci avait un caractère privé (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 569 et 572 à 574).

341

Dans la présente procédure, la Cour des comptes considère que les dîners visés aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement et les déjeuners visés aux lignes nos 56 et 284 avaient un caractère privé. Selon elle, les dîners visés aux lignes nos 138, 196 et 382 ont eu pour objet de permettre aux entrepreneurs flamands de rencontrer des diplomates belges en poste à l’étranger, le déjeuner visé à la ligne no 56 avec un diplomate de la Fédération de Russie était lié à des discussions en vue de faciliter une procédure d’adoption d’un enfant de nationalité russe par un couple d’amis du requérant de nationalité belge et le déjeuner visé à la ligne no 284 concernait une invitation de l’ambassadeur du Royaume de Belgique en France, adressée à cinq personnes, dont le requérant et son épouse, pour un week-end dans sa résidence à Paris, à l’occasion d’une dégustation de vins, dans le cadre de laquelle le requérant aurait payé le déjeuner et organisé la livraison d’un bouquet de fleurs au nom de tous les invités. En outre, il ressort du dossier que la Cour des comptes considère comme excessif le montant du déjeuner visé à la ligne no 284.

342

À cet égard, en ce qui concerne le caractère privé des rencontres visées aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement, il suffit de renvoyer aux points 266 à 270 ci-dessus, qui concluent à la reprise, dans le cadre de la présente procédure, de l’appréciation formulée à cet égard par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), et rappelée aux points 266 et 269 ci-dessus. Dans la mesure où, partant, ces rencontres ne doivent pas être regardées comme manifestement irrégulières par rapport aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes (voir point 263 ci-dessus), il convient de conclure que, en considérant lesdites rencontres comme ayant un caractère privé et en exigeant le recouvrement des frais de représentation liés à celles-ci, la Cour des comptes a commis une erreur d’appréciation.

343

En revanche, s’agissant des rencontres visées aux lignes nos 56 et 284 du tableau de recouvrement, les frais de missions liés à ces rencontres ont été considérés par le Tribunal comme étant irréguliers au point 281 ci-dessus. Par conséquent, les frais de représentation afférents à ces missions sont également irréguliers et ne doivent donc pas être mis à la charge de la Cour des comptes.

344

Au vu de ce qui précède, il y a lieu, d’une part, d’annuler la décision attaquée concernant les demandes de remboursement de frais de représentation se rapportant aux lignes nos 138, 196 et 382 du tableau de recouvrement, pour un montant de 382 euros et, d’autre part, de rejeter le quatrième moyen en ce qui concerne les frais de représentation se rapportant aux lignes nos 56 et 284 du tableau de recouvrement.

– Sur les frais de représentation visés aux lignes nos 17, 28 et 290 du tableau de recouvrement

345

Les frais de représentation visés aux lignes nos 17, 28 et 290 du tableau de recouvrement concernent les déjeuners, respectivement, avec un haut responsable administratif, avec un président d’un groupement représentatif des intérêts des employeurs d’entreprises privées auprès de l’Union et avec un responsable d’un cabinet international d’audit.

346

Le requérant se réfère, en substance, à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). À cet égard, la Cour a considéré que la Cour des comptes n’était pas parvenue à démontrer que les demandes de remboursement des frais de représentation se rapportant aux lignes mentionnées au point 345 ci-dessus portaient sur des frais qui n’avaient pas été encourus en sa qualité de membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 639). S’agissant des frais visés à la ligne no 17, la Cour a relevé qu’une invitation adressée à un haut responsable administratif chargé de présider un comité à la direction du Service public fédéral – Finances (Belgique) devait, en l’absence de preuve de son caractère privé, être regardée comme entrant dans cette catégorie (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 640). Selon elle, il en allait de même en ce qui concerne les frais visés aux lignes nos 28 et 290, dans la mesure où des invitations adressées respectivement au directeur d’un groupement représentatif de dimension européenne et à un responsable d’un cabinet international d’audit pouvaient être reliées aux fonctions de membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 642).

347

Dans la présente procédure, la Cour des comptes considère que les frais de représentation visés aux lignes nos 17, 28 et 290 du tableau de recouvrement doivent être considérés comme étant encourus dans le cadre de rencontres étrangères à l’intérêt du service et, partant, irrégulières.

348

Tout d’abord, s’agissant des frais de représentation correspondant à la ligne no 290 du tableau de recouvrement, il suffit de renvoyer aux points 297 et 300 ci-dessus, par lesquels il a été conclu que les missions afférentes n’étaient pas manifestement irrégulières, de telle sorte que les frais de représentation liés puissent être l’objet de la même appréciation.

349

Ensuite, concernant les frais de représentation engagés au titre de la rencontre visée à la ligne no 17 du tableau de recouvrement, au soutien du caractère étranger de cette activité aux fonctions du requérant, la Cour des comptes invoque le fait qu’elle a eu lieu dans le cadre d’une « mission sans indemnité », ce qui, selon elle, indique que, dans l’esprit du requérant, elle poursuivait, par définition, des raisons privées.

350

Toutefois, pour un ordre de mission « sans indemnité », il convient de rappeler que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a examiné l’argument de la Cour des comptes selon lequel le requérant aurait reconnu, lors de son audition par l’OLAF, que l’ensemble des missions présentées explicitement dans les demandes d’ordre de mission comme étant des « missions sans indemnités » étaient dépourvues de lien avec ses fonctions. À cet égard, la Cour a constaté qu’il ressortait du procès-verbal de cette audition que le requérant avait uniquement déclaré qu’il recourait à une telle présentation de ces demandes, dans un souci de transparence, quand une mission « avait un objectif lié à [sa] fonction[,] mais également un aspect privé » ou quand il éprouvait « un doute sur l’opportunité » de la mission en fonction de l’objet et de l’importance de l’activité en cause. La Cour a conclu que les missions présentées explicitement par le requérant comme étant des « missions sans indemnités » devaient être examinées de la même manière que les autres missions qui faisaient l’objet du premier grief invoqué par la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 393 à 395). Au vu de cette appréciation de la Cour, l’argument unique de la Cour des comptes tiré de ce que les frais de représentation étaient liés à une « mission sans indemnité » est insuffisant pour que la rencontre liée aux frais de représentation visés à la ligne no 17 du tableau de recouvrement puisse faire l’objet, dans la présente procédure, d’une appréciation différente de celle retenue par la Cour, rappelée au point 346 ci-dessus, de sorte qu’il y a lieu de la reprendre dans le cadre de la présente procédure et de considérer que ces frais demeurent à la charge de la Cour des comptes.

351

Enfin, quant aux frais de représentation liés à la rencontre du requérant avec le directeur d’un groupement représentatif de dimension européenne, visée à la ligne no 28 du tableau de recouvrement, la Cour des comptes se réfère aux pièces du dossier, qui contient notamment un extrait du rapport de l’OLAF dont il ressort que cette rencontre était de nature privée.

352

Force est de constater que cet extrait du rapport de l’OLAF faisait partie du dossier devant la Cour dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), dans la mesure où, comme constaté au point 166 ci-dessus, dans cette dernière procédure et dans la présente procédure, les irrégularités alléguées par la Cour des comptes à l’encontre du requérant sont identifiées par le biais d’un même tableau, figurant à l’annexe A.47 des deux requêtes. Partant, la Cour des comptes n’ajoute rien de nouveau en complément des arguments qu’elle avait présentés devant la Cour dans cette affaire. Dans ces circonstances, il incombe à la Cour des comptes de prendre en charge les frais de représentation liés à la rencontre visée à la ligne no 28 du tableau de recouvrement, laquelle n’est pas manifestement irrégulière.

353

Au vu de ce qui précède, il convient de conclure que, en considérant les rencontres visées aux lignes nos 17, 28 et 290 du tableau de recouvrement comme étant étrangères à l’intérêt du service et en exigeant le recouvrement des frais de représentation liés à celles-ci, la Cour des comptes a commis une erreur d’appréciation. Partant, il y a lieu d’annuler la décision attaquée concernant les demandes de remboursement de frais de représentation visés aux lignes nos 17, 28 et 290 du tableau de recouvrement, pour un montant de 608,80 euros.

– Sur les frais de représentation visés aux lignes nos 314 et 319 et 320 du tableau de recouvrement

354

S’agissant des frais de représentation visés aux lignes nos 314 et 319 et 320 du tableau de recouvrement, qui se rapportent aux relations avec des responsables politiques, qui n’étaient pas membres du parti politique en cause, il y a lieu de reprendre à leur égard l’appréciation qui figure aux points 241 à 251 ci-dessus.

355

Partant, en l’espèce, à l’instar de l’appréciation retenue à ce sujet par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir points 243 et 250 ci-dessus), considérant comme étant réguliers les frais de représentation visés à la ligne no 314 et comme n’étant pas manifestement irréguliers les frais de représentation visés aux lignes nos 319 et 320, il convient de conclure que la Cour des comptes a commis une erreur d’appréciation en considérant les rencontres liées à ces frais comme irrégulières et en exigeant leur recouvrement. Par conséquent, il y a lieu d’annuler la décision attaquée concernant les demandes de remboursement de frais de représentation se rapportant aux lignes nos 314 et 319 et 320 du tableau de recouvrement, pour un montant de 209,40 euros.

– Sur les frais de représentation visés à la ligne no 339 du tableau de recouvrement

356

Les frais de représentation visés à la ligne no 339 du tableau de recouvrement sont relatifs à une rencontre avec le chef de cabinet du Roi des Belges.

357

Le requérant se réfère en substance à l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), dans lequel la Cour a considéré que les fonctions occupées par la personne rencontrée justifiaient la régularité des remboursements des frais de représentation sollicités par le requérant (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 625).

358

Dans la présente procédure, au soutien de l’absence de lien de la rencontre en cause avec les fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes, celle-ci s’appuie sur le statut de la personne rencontrée. Cet argument n’est pas différent de celui avancé devant la Cour dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), de sorte qu’il y a lieu de reprendre, dans le cadre de la présente procédure, l’appréciation de la Cour concernant les frais de représentation visés à la ligne no 339 du tableau de recouvrement, rappelée au point 357 ci-dessus.

359

Par conséquent, il convient de conclure à la régularité des remboursements des frais de représentation concernés par la ligne no 339 du tableau de recouvrement, de telle sorte que, en exigeant leur recouvrement, la Cour des comptes a commis une erreur d’appréciation.

360

Néanmoins, la Cour des comptes considère comme excessif le montant des frais se rapportant à un dîner de deux personnes pour un montant de 158 euros. À cet égard, il y a lieu de constater que le requérant ne présente aucune observation quant au caractère raisonnable dudit montant, bien qu’il lui appartienne de réfuter le grief formulé à cet égard par la Cour des comptes (voir point 336 ci-dessus).

361

Dans ces circonstances, et compte tenu des observations qui figurent au point 335 ci-dessus, il y a lieu de considérer le montant des frais de représentation visés à la ligne no 339 du tableau de recouvrement comme excessif et de fixer le montant de 50 euros par personne comme justifié pour les frais de représentation engagés par un membre de la Cour des comptes, ce qui correspond en l’espèce à un montant de 100 euros.

362

Au vu de ce qui précède, il y a lieu d’annuler la décision attaquée concernant la demande de remboursement des frais de représentation auxquels se rapporte la ligne no 339 du tableau de recouvrement, en ce qu’elle concerne les frais de représentation pour un montant de 100 euros. Il convient de rejeter le quatrième moyen en ce qui concerne le reste des frais de représentation visés à la ligne no 339 du tableau de recouvrement.

– Sur les frais de représentation visés aux lignes nos 98 et 281 du tableau de recouvrement

363

Les frais de représentation visés aux lignes nos 98 et 281 du tableau de recouvrement se rapportent, respectivement, à un dîner avec un chef du cabinet d’un membre de la Commission et à un dîner avec un membre de la Cour des comptes, un membre du gouvernement belge et un « directeur de cabinet ».

364

Le requérant se réfère, en substance, à l’appréciation retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782). À cet égard, d’une part, la Cour a considéré, quant aux frais engagés pour un dîner avec le chef de cabinet d’un membre de la Commission visé à la ligne no 98 du tableau de recouvrement, que ces frais devaient, en principe, au regard des fonctions exercées par l’invité, être considérés comme étant encourus en qualité de membre de la Cour des comptes (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 644). Selon elle, les éléments produits à cet égard par la Cour des comptes n’étaient pas suffisants pour établir le bien-fondé de son allégation selon laquelle ce dîner aurait eu un caractère privé (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 645). Elle a relevé que, si la Cour des comptes se prévalait d’un échange de courriels du 20 mai 2010, il ressortait néanmoins de cet échange que les questions ponctuelles qui y étaient mentionnées avaient été réglées avant ce dîner et qu’aucun élément n’indiquait qu’elles auraient constitué l’objet dudit dîner (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 646). En outre, elle a considéré que l’argument de la Cour des comptes selon lequel le coût du dîner en cause impliquait une violation par la personne invitée des obligations s’imposant à elle en vertu de l’article 11 du statut n’était, en tout état de cause, pas de nature à établir le caractère privé de ce dîner (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 647).

365

Dans la présente procédure, en ce qui concerne le caractère politique de la rencontre visée à la ligne no 98 du tableau de recouvrement, la Cour des comptes relève que ce sont les affinités politiques liant le requérant au chef du cabinet en cause qui sont les signes de la nature privée de la mission. À cet égard, elle renvoie à un échange de courriels du 20 mai 2010 figurant au dossier et relatifs à l’organisation de ce dîner, dans lesquels la personne rencontrée aurait employé les termes « avec mes salutations les plus bleues », ce qui, selon la Cour des comptes, est une allusion à la couleur associée en Flandre (Belgique) au parti politique en cause. La Cour des comptes indique également que les documents saisis par l’OLAF permettent en tout état de cause d’établir que la rencontre en cause ne portait pas sur des questions liées aux fonctions du requérant.

366

La Cour des comptes ajoute que la personne rencontrée était le chef du cabinet d’un membre de la Commission belge, membre du parti politique en cause. Au regard de l’emploi par la personne rencontrée, dans les courriels du 20 mai 2010, des termes « avec mes salutations les plus bleues », il apparaît qu’elle était également membre de ce parti politique.

367

Au vu du contexte des relations du requérant avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, décrit au point 232 ci-dessus, qu’il y a lieu de considérer comme étant dépourvu de rattachement avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes (voir point 239 ci-dessus), l’argument de la Cour des comptes mentionné au point 366 ci-dessus suffit à faire naître un doute quant à la nature officielle de la rencontre en cause. Sans autres précisions à cet égard de la part du requérant, qui supporte pourtant la charge de la preuve, les frais de représentation associés et visés à la ligne no 98 du tableau de recouvrement doivent être mis à sa charge.

368

Par conséquent, le quatrième moyen doit être rejeté en ce qui concerne les frais de représentation visés à la ligne no 98 du tableau de recouvrement.

369

D’autre part, s’agissant d’un dîner avec un membre de la Cour des comptes, un membre du gouvernement belge et un « directeur de cabinet », visé à la ligne no 281 du tableau de recouvrement, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour a estimé que, dans la mesure où l’article 2 de la décision no 7-2004 n’exigeait qu’une indication de l’invité principal en vue de justifier l’engagement de frais de représentation, la présence d’un invité supplémentaire, dont la qualité n’aurait pas justifié à elle seule une telle dépense, n’était pas suffisante pour établir l’irrégularité de l’ensemble de la demande de remboursement des frais de représentation en cause (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, point 627).

370

Dans la présente procédure, il convient de constater qu’il apparaît que la Cour des comptes a désigné comme étant l’invité principal du dîner un membre du gouvernement belge. Or, il ressort du dossier que cette personne était un membre du parti politique en cause au profit duquel le requérant exerçait une activité politique non déclarée. Dans la mesure où il a été conclu au point 239 ci-dessus qu’il convenait, dans le contexte décrit au point 232 ci-dessus, de considérer comme dépourvues de rattachement avec l’exercice des fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes les missions visant ses rencontres avec des responsables politiques belges, membres de ce parti politique, il y a lieu de transposer cette solution en ce qui concerne la demande de remboursement des frais de représentation engagés au titre de la rencontre visée à la ligne no 281.

371

Par conséquent, les demandes de remboursement des frais de représentation engagés au titre des dîners visés aux lignes nos 98 et 281 du tableau de recouvrement doivent être considérées comme étant liées à l’activité politique non déclarée du requérant, incompatible avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes. Ainsi, il y a lieu de rejeter le quatrième moyen à cet égard.

372

Dans ces circonstances, il n’y a plus lieu d’examiner l’argumentation de la Cour des comptes quant au caractère excessif des montants des frais de représentation visés aux lignes nos 98 et 281 du tableau de recouvrement.

373

En tout état de cause, il y a lieu d’observer qu’est en cause un montant de 799 euros pour un dîner avec deux personnes, visé à la ligne no 98 du tableau de recouvrement, et de 685 euros pour un dîner avec trois personnes, visé à la ligne no 281 du tableau de recouvrement. À cet égard, le requérant ne présente aucune observation quant au caractère raisonnable desdits montants, bien qu’il lui appartienne d’apporter des éléments à cet égard (voir point 336 ci-dessus).

374

Dans ces circonstances, compte tenu des constatations qui figurent dans le rapport de l’OLAF concernant la fréquence des rencontres du requérant avec des responsables politiques, membres du parti politique en cause, rappelées au point 223 ci-dessus, devant être appréciées à la lumière du contexte indiqué au point 232 ci-dessus, le caractère excessif des frais de représentation visés aux lignes nos 98 et 281 du tableau de recouvrement est établi et il y a lieu également de rejeter le quatrième moyen à cet égard.

– Conclusion sur les frais de représentation visant les rencontres avec d’autres personnes

375

Au vu de ce qui précède, il y a lieu d’annuler la décision attaquée, en ce qu’elle concerne un montant total de 1300,20 euros réparti comme suit :

–

les demandes de remboursement de frais de représentation se rapportant aux rencontres visées aux lignes nos 17, 28, 138, 196, 290, 314, 319 et 320 et 382 du tableau de recouvrement, qui s’élèvent à un montant total de 1200,20 euros,

–

la demande de remboursement de frais de représentation se rapportant à la ligne no 339 du tableau de recouvrement, qui s’élève à 100 euros.

376

Il convient de rejeter le quatrième moyen pour le surplus de ces frais de représentation.

iii) Sur les repas au lieu d’origine du requérant

377

Les demandes de remboursement de frais de représentation portant sur les repas au lieu d’origine du requérant sont visées aux lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243, 245 et 279 du tableau de recouvrement. Concernant ces demandes, le requérant se réfère, en substance, à l’appréciation retenue par la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), pour faire valoir que les frais engagés à l’occasion de ces repas étaient liés à ses fonctions de membre de la Cour des comptes et que la décision attaquée est illégale dans la mesure où elle considère ces frais comme indûment payés. À cet égard, la Cour a considéré que lesdites demandes portaient sur des frais qui avaient été encourus en étant liés aux fonctions du requérant en tant que membre de la Cour des comptes. Selon la Cour, il apparaissait que, dans huit cas visés auxdites lignes, les qualités de la plupart des invités à une réception organisée à la résidence du requérant étaient de nature à démontrer que celui-ci pouvait légitimement chercher à entretenir, dans l’intérêt de la Cour des comptes, des relations professionnelles avec ceux-ci. Ainsi, la Cour a précisé que figuraient parmi ces invités des personnes exerçant des responsabilités de premier plan au sein des institutions de l’Union, à savoir des membres du Parlement, de la Commission, de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour des comptes, et au sein des États membres, tels que des membres du parlement belge, du gouvernement belge et du cabinet du Roi des Belges ainsi que des ambassadeurs ou des hauts fonctionnaires (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 682 et 683).

378

En application du raisonnement qui figure aux points 220, 264 et 338 ci-dessus, il y a lieu, d’abord, d’examiner si la Cour des comptes soulève des précisions et des arguments nouveaux par rapport à ceux qu’elle avait explicités devant la Cour concernant les demandes en cause et, ensuite, dans l’affirmative, d’apprécier si, compte tenu de ces éléments, il est possible de transposer à la présente affaire les conclusions de la Cour relatives à ces demandes qui figurent dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782) (voir point 205 ci-dessus).

379

Dans la présente procédure, la Cour des comptes considère que les frais de représentation liés aux repas au lieu d’origine du requérant, visés aux lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243, 245 et 279 du tableau de recouvrement, sont manifestement étrangers à ses activités. À cet égard, elle produit principalement une lettre du requérant datée du 28 avril 2015 et adressée au Premier ministre du Royaume de Belgique pour l’inviter à un dîner, dans laquelle le requérant a expliqué inviter régulièrement « un certain nombre d’amis à partager un dîner informel chez [lui] » qui regroupait « une ou deux personnalités politiques de premier plan, ainsi que quelques amis qui occup[ai]ent une position élevée dans le milieu des entreprises » en vue de « passer une soirée agréable, détendue et utile en bonne compagnie ». Selon la Cour des comptes, les termes de cette lettre permettaient d’établir, de manière générale, que les repas organisés au lieu d’origine du requérant servaient en réalité à réunir, de façon confidentielle, ses amis et ne présentaient donc pas de rapport avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes.

380

Par ailleurs, la Cour des comptes indique que les repas ont été organisés au lieu d’origine du requérant, et non à son domicile, où il était censé s’être installé officiellement à l’issue de sa nomination, ni à son siège, qui disposait d’un lieu de réunion prévu à cet effet.

381

En outre, après avoir rappelé que, dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), la Cour n’avait pas considéré cette lettre comme étant suffisante pour démontrer que l’ensemble des repas organisés par le requérant à la résidence de son lieu d’origine présentaient un caractère privé (arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten, C‑130/19, EU:C:2021:782, points 676 à 681), la Cour des comptes ajoute que la lettre du 28 avril 2015 illustre tant l’objet que la méthode suivis par le requérant pour organiser des réceptions dont le caractère étranger à ses activités est manifeste. En tout état de cause, selon la Cour des comptes, il n’appartient pas au contribuable de l’Union de financer des évènements à caractère privé qui bénéficient aux convives invités et qui sont proches de comportements de collusion et de conflits d’intérêts entre amis occupant des fonctions publiques ou privées de haut niveau.

382

Les arguments de la Cour des comptes, mentionnés aux points 379 à 381 ci-dessus, n’ajoutent rien à ceux qui étayent l’appréciation de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782), concernant la lettre du requérant du 28 avril 2015 et la qualité des invités aux repas en cause, rappelée au point 377 ci-dessus. Partant, ces arguments ne sont pas suffisants pour que les demandes de remboursement du requérant visées aux lignes mentionnées au point 377 ci-dessus puissent recevoir, dans la présente procédure, une appréciation différente de celle de la Cour dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782).

383

Il convient également de rappeler, ainsi qu’il a été précisé au point 152 ci-dessus, que, s’agissant des demandes de remboursement du requérant visées aux lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243 et 245 du tableau de recouvrement, dans son rapport, l’OLAF a précisé notamment le lien du requérant avec les invités de telles réceptions. Selon l’OLAF, parmi les invités figuraient toujours un ou deux responsables politiques belges avec quelques bons amis occupant des postes élevés dans le secteur privé et l’évènement avait été organisé en vue de passer une « soirée agréable, détendue et utile en compagnie flamande choisie ». L’OLAF a considéré que les invités étaient tous des amis proches et qu’ils pouvaient s’engager à une discrétion et une confidentialité absolue de la conversation. Il a aussi été précisé dans le rapport de l’OLAF que 46 personnes avaient participé à ces dîners privés et que, à part le fait qu’elles étaient ses amies, leur lien avec le requérant pouvait généralement dépendre de l’appartenance aux milieux de la politique belge, de la chasse, du secteur privé et des institutions de l’Union.

384

Plus particulièrement, en ce qui concerne la participation des responsables politiques belges aux repas organisés au lieu d’origine du requérant correspondant aux lignes nos 22, 55, 110, 160, 216, 243, 245 et 279 du tableau de recouvrement, le dossier dont dispose le Tribunal confirme la constatation de l’OLAF, selon laquelle, parmi les invités à ces repas, figuraient un ou deux responsables politiques belges. En effet, dans le tableau de recouvrement, il est précisé qu’aux repas visés aux lignes nos 22, 55, 216, 245 et 279 participait un membre du parti politique en cause et qu’à celui visé à la ligne no 160 participaient deux membres de ce parti politique. Ce tableau ne contient aucune précision quant à la présence de tels membres aux repas visés aux lignes nos 110 et 243.

385

Certes, la participation de membres du parti politique en cause à de tels repas apparaît problématique, compte tenu des constatations de l’OLAF dans son enquête concernant la fréquence des rencontres du requérant avec ces responsables politiques, rappelées au point 223 ci-dessus, lues à la lumière du contexte indiqué au point 232 ci-dessus. Pour cette raison, de tels repas pourraient être considérés comme poursuivant, au moins en partie, des fins politiques propres au requérant, ce qui ne serait pas compatible avec ses fonctions de membre de la Cour des comptes.

386

Toutefois, force est de constater, ainsi qu’il ressort des points 383 et 384 ci-dessus, que la liste des personnes invitées aux repas en cause ne se limitait pas à des membres du parti politique en cause ou, comme la Cour l’a constaté dans l’arrêt du 30 septembre 2021, Cour des comptes/Pinxten (C‑130/19, EU:C:2021:782, point 678), à des « personnalités flamandes » et comprenait fréquemment une ou plusieurs personnes exerçant des responsabilités au sein des institutions de l’Union.

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