Conclusions de l'avocat général M. J. Richard de la Tour, présentées le 20 avril 2023.#OGL-Food Trade Lebensmittelvertrieb GmbH contre Direktor na Teritorialna direktsia « Mitnitsa Plovdiv » pri Agentsia « Mitnitsi ».#Demande de décision préjudicielle, introduite par l'Administrativen sad Sofia-grad.#Renvoi préjudiciel – Union douanière – Règlement (UE) no 952/2013 – Code des douanes de l’Union – Articles 70 et 74 – Détermination de la valeur en douane – Valeur en douane de fruits et légumes auxquels s’applique un prix d’entrée – Règlement (UE) no 1308/2013 – Article 181 – Règlement délégué (UE) 2017/891 – Article 75, paragraphes 5 et 6 – Valeur transactionnelle déclarée supérieure à la valeur forfaitaire à l’importation – Écoulement des produits dans des conditions confirmant la réalité de la valeur transactionnelle – Vente à perte par l’importateur – Liens entre l’importateur et l’exportateur – Contrôle juridictionnel de la décision fixant la dette douanière.#Affaire C-770/21.
| CELEX | 62021CC0770 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 20 avril 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL
M. JEAN RICHARD DE LA TOUR
présentées le 20 avril 2023 ( 1 )
Affaire C‑770/21
„OGL-Food Trade Lebensmittelvertrieb“ GmbH
contre
Direktor na Teritorialna direktsia „Mitnitsa Plovdiv“ pri Agentsia „Mitnitsi“
[demande de décision préjudicielle formée par l’Administrativen sad Sofia-grad (tribunal administratif de la ville de Sofia, Bulgarie)]
« Renvoi préjudiciel – Code des douanes de l’Union – Détermination de la valeur en douane de fruits et légumes auxquels s’applique un prix d’entrée – Valeur transactionnelle déclarée supérieure à la valeur forfaitaire à l’importation – Écoulement des produits dans des conditions confirmant la réalité de la valeur transactionnelle – Vente à perte – Contrôle juridictionnel de la décision fixant la dette douanière – Absence de contrat commercial relatif à l’importation – Notion de “personnes ayant juridiquement la qualité d’associés” »
I. Introduction
| 1. | La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation :
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| 2. | Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant la société OGL-Food Trade Lebensmittelvertrieb GmbH (ci-après « OGL-Food ») au Direktor na Teritorialna direktsia « Mitnitsa Plovdiv » pri Agentsia « Mitnitsi » (directeur de la direction territoriale « douanes de Plovdiv » de l’agence « douanes », Bulgarie, ci-après le « directeur des douanes ») au sujet de la valeur transactionnelle déclarée pour l’importation de courgettes à l’état frais originaires de Turquie. |
| 3. | Cette affaire offre à la Cour l’occasion de préciser les conditions dans lesquelles une décision des services des douanes refusant une valeur transactionnelle peut être contestée devant le juge et, notamment, si, au stade de la contestation en justice de cette décision, les motifs de cette dernière peuvent être modifiés. |
| 4. | Dans les présentes conclusions, limitées à l’examen des première et deuxième questions préjudicielles, à la demande de la Cour, je proposerai de répondre que, d’une part, les motifs de la décision douanière ne peuvent pas être modifiés au stade de la procédure juridictionnelle de contestation ainsi que, d’autre part, à titre subsidiaire, l’appréciation de la qualité juridique d’associé relève du droit national et, en conséquence, les éléments d’appréciation proposés par la juridiction de renvoi ne sont pertinents que s’ils permettent en droit national d’établir cette qualité juridique d’associé. |
II. Le cadre juridique
A. La législation douanière
1. Le code des douanes de l’Union
| 5. | L’article 1er, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union est libellé comme suit : « Le présent règlement établit le code des douanes de l’Union [...] fixant les règles et procédures générales applicables aux marchandises entrant dans le territoire douanier de l’Union [européenne] ou en sortant. Sans préjudice des conventions et de la législation internationales ainsi que de la législation de l’Union régissant d’autres domaines, le code s’applique de façon uniforme dans l’ensemble du territoire douanier de l’Union. » |
| 6. | L’article 5, points 1 et 3, du code des douanes de l’Union prévoit : « Aux fins du code [des douanes de l’Union], on entend par :
[...]
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| 7. | L’article 22 de ce code, intitulé « Décisions arrêtées à la suite d’une demande », dispose, à ses paragraphes 6 et 7 : « 6. Avant de prendre une décision susceptible d’avoir des conséquences défavorables pour le demandeur, les autorités douanières informent le demandeur des motifs sur lesquels elles comptent fonder leur décision, lequel a la possibilité d’exprimer son point de vue dans un délai déterminé à compter de la date à laquelle il reçoit ou à laquelle il est réputé avoir reçu cette communication desdits motifs. À la suite de l’expiration de ce délai, le demandeur est informé, dans la forme appropriée, de la décision. [...] 7. Une décision qui a des conséquences défavorables pour le demandeur expose les raisons qui la motivent et mentionne le droit de recours prévu à l’article 44. » |
| 8. | Aux termes de l’article 29 dudit code, intitulé « Décisions arrêtées sans demande préalable » : « Sauf lorsqu’une autorité douanière agit en qualité d’autorité judiciaire, l’article 22, paragraphes 4, 5, 6 et 7, [...] s’appliqu[e] également aux décisions arrêtées par les autorités douanières sans demande préalable de la personne concernée. » |
| 9. | L’article 44 du même code, intitulé « Droit de recours », prévoit : « 1. Toute personne a le droit d’exercer un recours contre les décisions relatives à l’application de la législation douanière prises par les autorités douanières et qui la concernent directement et individuellement. [...] 2. Le droit de recours peut être exercé au minimum en deux temps :
[...] 4. Les États membres veillent à ce que la procédure de recours permette de confirmer ou de rectifier rapidement les décisions prises par les autorités douanières. » |
| 10. | L’article 70 du code des douanes de l’Union, intitulé « Détermination de la valeur en douane sur la base de la valeur transactionnelle », est libellé comme suit : « 1. La base première pour la détermination de la valeur en douane des marchandises est la valeur transactionnelle, c’est-à-dire le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises lorsqu’elles sont vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union, après ajustement, le cas échéant. 2. Le prix effectivement payé ou à payer est le paiement total effectué ou à effectuer par l’acheteur au vendeur ou par l’acheteur à une tierce partie au bénéfice du vendeur, pour les marchandises importées et comprend tous les paiements effectués ou à effectuer comme condition de la vente des marchandises importées. 3. La valeur transactionnelle s’applique à condition que l’ensemble des conditions suivantes soient remplies : [...]
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| 11. | L’article 74 de ce code, intitulé « Méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane », énonce, à ses paragraphes 1 et 2 : « 1. Lorsque la valeur en douane des marchandises ne peut être déterminée par application de l’article 70, il y a lieu de passer successivement du point a) au point d) du paragraphe 2 jusqu’au premier de ces points qui permettra de la déterminer. [...] 2. La valeur en douane déterminée par application du paragraphe 1 est : [...]
[...] » |
2. Le règlement d’exécution du code des douanes de l’Union
| 12. | Au sein du chapitre 3 du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, intitulé « Valeur en douane des marchandises », inséré sous le titre II, relatif aux « [é]léments sur la base desquels les droits à l’importation ou à l’exportation et d’autres mesures sont appliqués dans le cadre des échanges de marchandises », l’article 127 est libellé comme suit : « [Article 70, paragraphe 3, [sous] d), du code [des douanes de l’Union]] 1. Aux fins du présent chapitre, deux personnes sont réputées liées si l’une des conditions suivantes est remplie : [...]
[...]
[...] » |
| 13. | L’article 134 de ce règlement d’exécution, intitulé « Transactions entre personnes liées », prévoit : « [Article 70, paragraphe 3, [sous] d), du code [des douanes de l’Union]] 1. Lorsque l’acheteur et le vendeur sont liés, pour déterminer si ces liens n’ont pas influencé le prix, les circonstances de la vente sont examinées, le cas échéant, et le déclarant a la possibilité de fournir tous autres renseignements détaillés concernant ces circonstances qui pourraient être nécessaires. 2. Il convient toutefois d’évaluer les marchandises conformément à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes de l’Union], lorsque le déclarant démontre que la valeur transactionnelle déclarée est très proche de l’une des valeurs de référence définies ci-après, déterminée au même moment ou à peu près au même moment : [...]
[...] » |
| 14. | L’article 142 dudit règlement d’exécution, intitulé « Méthode déductive », dispose : « [Article 74, paragraphe 2, [sous] c), du code [des douanes de l’Union]] 1. Le prix unitaire utilisé pour déterminer la valeur en douane conformément à l’article 74, paragraphe 2, [sous] c), du code [des douanes de l’Union] est le prix auquel les marchandises importées ou les marchandises identiques ou similaires importées sont vendues dans l’Union en l’état au moment ou à peu près au moment de l’importation des marchandises à évaluer. [...] 4. Les ventes suivantes ne sont pas prises en considération aux fins de la détermination de la valeur en douane conformément à l’article 74, paragraphe 2, [sous] c), du code [des douanes de l’Union] : [...]
[...] 5. Lors de la détermination de la valeur en douane, les éléments suivants sont déduits du prix unitaire déterminé conformément aux paragraphes 1 à 4 : [...]
[...] » |
B. La législation relative à l’importation de fruits et légumes auxquels s’applique un prix d’entrée
1. Le règlement (UE) no 1308/2013
| 15. | Le considérant 147 du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil ( 8 ), tel que modifié par le règlement (UE) 2017/2393 du Parlement européen et du Conseil, du 13 décembre 2017 ( 9 ), énonce : « Il convient de maintenir le système des prix d’entrée pour certains produits. Afin d’assurer l’efficacité [...] de ce système, il convient de déléguer à la Commission [européenne] le pouvoir d’adopter certains actes afin de vérifier la réalité du prix déclaré d’un lot à l’aide d’une valeur forfaitaire à l’importation et de fixer les conditions dans lesquelles la constitution d’une garantie est requise. » |
| 16. | L’article 181 du règlement no 1308/2013, intitulé « Système des prix d’entrée pour certains produits des secteurs des fruits et des légumes, des fruits et des légumes transformés et du secteur vitivinicole », dispose : « 1. Aux fins de l’application des droits du tarif douanier commun pour les produits des secteurs des fruits et des légumes, des fruits et des légumes transformés et des moûts de raisins et jus de raisins, le prix d’entrée d’un lot est égal à sa valeur douanière calculée conformément au règlement (CEE) no 2913/92 [ ( 10 )] et au règlement (CEE) no 2454/93 de la Commission [ ( 11 )]. 2. Afin d’assurer l’efficacité du système, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués en conformité avec l’article 227 afin de prévoir que la réalité du prix d’entrée déclaré d’un lot doit être vérifiée à l’aide d’une valeur forfaitaire à l’importation et de fixer les conditions dans lesquelles la constitution d’une garantie est requise. 3. La Commission adopte des actes d’exécution établissant des règles applicables au calcul de la valeur forfaitaire à l’importation visée au paragraphe 2. Ces actes d’exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d’examen visée à l’article 229, paragraphe 2. » |
2. Le règlement délégué 2017/891
| 17. | Le titre III du règlement délégué 2017/891, intitulé « Échanges avec les pays tiers – Système des prix d’entrée », comporte les articles 73 à 75. |
| 18. | L’article 74 de ce règlement délégué, intitulé « Notification des prix et quantités des produits importés », prévoit, à son paragraphe 1 : « Pour chacun des produits et pendant les périodes indiqués à l’annexe VII, partie A, pour chaque jour de marché et pour chaque origine, les États membres notifient à la Commission, au plus tard à 12 heures (heure de Bruxelles) le premier jour ouvrable qui suit :
Aux fins du premier alinéa, [sous] a), les États membres communiquent à la Commission les marchés d’importation qu’ils considèrent comme représentatifs et qui incluent Londres, Milan, Perpignan et Rungis. Lorsque les quantités totales visées au premier alinéa, [sous] b), sont inférieures à dix tonnes, les prix correspondants ne sont pas notifiés à la Commission. » |
| 19. | Aux termes de l’article 75 dudit règlement délégué, intitulé « Base des prix d’entrée » : « 1. Aux fins de l’article 181, paragraphe 1, du règlement [no 1308/2013], les produits des secteurs des fruits et légumes et des fruits et légumes transformés visés dans cet article sont ceux figurant à l’annexe VII du présent règlement. 2. Lorsque la valeur en douane des produits énumérés à l’annexe VII, partie A, est déterminée conformément à la valeur transactionnelle visée à l’article 70 du [code des douanes de l’Union] et que la valeur en douane dépasse de plus de 8 % le montant forfaitaire calculé par la Commission comme valeur forfaitaire à l’importation au moment de la déclaration de mise en libre pratique des produits, l’importateur doit fournir une garantie conformément à l’article 148 du règlement d’exécution [du code des douanes de l’Union]. À cet effet, le montant des droits à l’importation dont les produits énumérés à l’annexe VII, partie A, du présent règlement peuvent en définitive être passibles est le montant des droits qui aurait été payé si le classement avait été effectué sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation concernée. [...] 3. Lorsque la valeur en douane des produits énumérés à l’annexe VII, partie A, est calculée conformément aux dispositions de l’article 74, paragraphe 2, [sous] c), du [code des douanes de l’Union], la déduction des droits se fait dans les conditions prévues à l’article 38, paragraphe 1, du règlement d’exécution (UE) 2017/892 [ ( 12 )]. Dès lors, l’importateur fournit une garantie égale au montant des droits qu’il aurait payés si le classement des produits avait été effectué sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation applicable. 4. La valeur en douane des marchandises importées en consignation est directement déterminée conformément aux dispositions de l’article 74, paragraphe 2, [sous] c), du [code des douanes de l’Union] et, à cet effet, la valeur forfaitaire à l’importation calculée conformément à l’article 38 du règlement d’exécution [2017/892] s’applique au cours des périodes en vigueur. 5. L’importateur dispose d’un délai d’un mois à compter de la vente des produits concernés, dans la limite d’un délai de quatre mois suivant la date d’acceptation de la déclaration de mise en libre pratique, soit pour prouver que le lot a été écoulé dans des conditions telles qu’elles confirment la réalité des prix visés à l’article 70 du [code des douanes de l’Union], soit pour déterminer la valeur en douane visée à l’article 74, paragraphe 2, [sous] c), [de ce code]. Le non-respect de l’un de ces délais entraîne la perte de la garantie fournie, sans préjudice de l’application du paragraphe 6. La garantie fournie est libérée dans la mesure où les preuves relatives aux conditions d’écoulement sont apportées à la satisfaction des autorités douanières. Dans le cas contraire, la garantie reste acquise, en paiement des droits à l’importation. Afin de prouver que le lot a été écoulé dans les conditions prévues au premier alinéa, l’importateur met à disposition, en plus de la facture, tous les documents nécessaires à l’exécution des contrôles douaniers requis en ce qui concerne la vente et l’écoulement de chaque produit du lot concerné, y compris les documents relatifs au transport, à l’assurance, à la manutention et à l’entreposage du lot. [...] 6. Le délai de quatre mois visé au paragraphe 5, premier alinéa, peut être prolongé de trois mois au maximum par les autorités compétentes de l’État membre sur demande dûment justifiée de l’importateur. [...] » |
| 20. | L’annexe VII, partie A, du règlement délégué 2017/891, contient notamment l’entrée suivante :
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3. Le règlement d’exécution 2017/892
| 21. | L’article 38 du règlement d’exécution 2017/892, intitulé « Valeurs forfaitaires à l’importation », dispose, à ses paragraphes 1 et 2 : « 1. Pour chacun des produits et pour les périodes d’application indiqués à l’annexe VII, partie A, du règlement délégué [2017/891], la Commission fixe chaque jour ouvrable, pour chaque origine, une valeur forfaitaire à l’importation égale à la moyenne pondérée des cours représentatifs visés à l’article 74 [de ce] règlement, diminués d’un forfait de 5 EUR par tranche de 100 kilogrammes, ainsi que des droits de douane ad valorem. 2. Lorsqu’une valeur forfaitaire à l’importation est fixée pour les produits et pour les périodes d’application indiqués à l’annexe VII, partie A, du règlement délégué [2017/891], conformément aux articles 74 et 75 [de ce] règlement et au présent article, le prix unitaire au sens de l’article 142 du règlement d’exécution [du code des douanes de l’Union] ne s’applique pas. La valeur forfaitaire à l’importation visée au paragraphe 1 lui est substituée. » |
4. Le règlement (CEE) no 2658/87
| 22. | Le règlement (CEE) no 2658/87 du Conseil, du 23 juillet 1987, relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun ( 13 ), tel que modifié par le règlement d’exécution (UE) 2018/1602 de la Commission, du 11 octobre 2018 ( 14 ), comporte, à son annexe I, troisième partie, section I, annexe 2, intitulée « Produits auxquels s’applique un prix d’entrée », notamment, l’entrée suivante :
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III. Les faits du litige au principal et les questions préjudicielles
| 23. | Le 23 avril 2019, OGL-Food a déposé, auprès du bureau des douanes de Svilengrad (Bulgarie), en tant qu’importateur, une déclaration en douane par laquelle elle a déclaré, sous le régime de mise en libre pratique à des fins de consommation finale, des « courgettes à l’état frais » relevant de la sous-position 07099310 de la nomenclature des marchandises, pour un poids de 4800 kg, originaires de Turquie (ci-après le « lot litigieux »), pour une valeur en douane, convertie en euros, de 90,81 euros par 100 kg. L’exportateur était une société établie à Antalya (Turquie). |
| 24. | Pour le 23 avril 2019, la Commission avait établi la valeur forfaitaire à l’importation pour les courgettes de toute provenance à 53,80 euros par 100 kg. La valeur transactionnelle déclarée pour le lot litigieux dépassant de plus de 8 % cette valeur forfaitaire à l’importation, OGL-Food a fourni une garantie de 982,17 leva bulgares (BGN) (environ 502 euros), conformément à l’article 75, paragraphe 2, du règlement délégué 2017/891. |
| 25. | Par lettre du 24 avril 2019, l’autorité douanière, ayant établi le prix total payé pour acheter le lot litigieux à 109,6 euros par 100 kg, compte tenu des divers frais engagés par OGL-Food, a informé celle-ci que, conformément à l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891, elle était tenue de prouver que le lot litigieux avait été écoulé sur le marché dans des conditions confirmant la réalité de la valeur en douane déclarée. |
| 26. | Le 23 mai 2019, OGL-Food a fourni à l’autorité douanière un certain nombre de documents relatifs, notamment, à l’achat et à la vente du lot litigieux et a demandé, sur le fondement des éléments de preuve produits, la libération de la garantie fournie. |
| 27. | Selon le décompte du prix de vente, OGL-Food a vendu le lot litigieux au prix de 106 euros par 100 kg. Ce prix étant inférieur au prix d’achat total de 109,6 euros par 100 kg qu’OGL-Food avait payé pour acheter le lot litigieux, l’autorité douanière a considéré que cette dernière n’avait pas apporté la preuve d’un écoulement de celui-ci dans des conditions confirmant la réalité de la valeur transactionnelle déclarée. Dans ces conditions, conformément à l’article 75, paragraphe 5, troisième alinéa, du règlement délégué 2017/891, la garantie devait rester acquise en paiement des droits à l’importation. |
| 28. | En application de l’article 22, paragraphe 6, du code des douanes de l’Union, OGL-Food a été informée des motifs sur lesquels le directeur des douanes comptait fonder sa décision et a été invitée à faire valoir son point de vue dans un délai de 30 jours. |
| 29. | Dans ses observations, OGL-Food a fait valoir, d’abord, que l’article 75 du règlement délégué 2017/891 n’impose pas une revente à profit pour prouver la réalité de la valeur transactionnelle déclarée en tant que valeur en douane. Ensuite, elle a souligné que cette vente s’inscrivait dans une relation commerciale de longue date avec la chaîne d’hypermarchés internationale Lidl et que l’examen d’une période plus longue aurait permis d’observer la réalisation de bénéfices. Enfin, OGL-Food a observé que le prix auquel elle a vendu le lot litigieux était nettement supérieur à la valeur forfaitaire à l’importation calculée par la Commission pour ces produits le 23 avril 2019. |
| 30. | Par décision du 30 octobre 2020 ( 15 ), le directeur des douanes a décidé, notamment, que la garantie fournie devait rester acquise, en paiement des droits à l’importation, fixés à 982,17 BGN. Cette décision prend appui, premièrement, sur le fait qu’OGL-Food n’a pas fourni d’éléments susceptibles d’expliquer la différence notable entre la valeur transactionnelle déclarée de 90,81 euros par 100 kg et la valeur forfaitaire à l’importation de 53,80 euros par 100 kg, tels que la qualité exceptionnelle ou la provenance biologique du lot litigieux, simplement décrit comme étant « de première qualité ». Deuxièmement, le directeur des douanes a tenu compte de la perte réalisée lors de la vente du lot litigieux pour considérer qu’OGL-Food n’avait pas prouvé l’écoulement de celui-ci dans des conditions confirmant la réalité de la valeur transactionnelle déclarée au sens de l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891. |
| 31. | À l’appui de son recours en annulation de la décision du 30 octobre 2020, introduit devant l’Administrativen sad Sofia-grad (tribunal administratif de la ville de Sofia, Bulgarie), OGL-Food fait valoir que les éléments, non contestés, soumis à l’autorité douanière confirment que la valeur transactionnelle déclarée satisfait aux conditions de l’article 70 du code des douanes de l’Union. Dans ce contexte, OGL-Food précise, d’une part, que l’existence d’un bénéfice résultant de la vente de produits comparables à un client concret est à calculer sur une base mensuelle et non au niveau de chaque opération individuelle. D’autre part, le prix de vente du lot litigieux sur le marché de l’Union, calculé conformément à l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union, confirmerait la réalité de la valeur transactionnelle déclarée. OGL-Food ajoute, par ailleurs, qu’elle et Lidl n’ont pas la qualité d’associés, au sens de l’article 127, paragraphe 1, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union. |
| 32. | Le directeur des douanes souligne, pour sa part, premièrement, qu’OGL-Food n’a pas fourni d’éléments permettant de justifier le niveau élevé de la valeur transactionnelle déclarée par rapport à la valeur forfaitaire à l’importation, tels que la qualité exceptionnelle des produits concernés ou leur provenance de l’agriculture biologique. Deuxièmement, le fait pour OGL-Food de vendre le lot litigieux à perte ne serait pas conforme à la logique du marché, qui voudrait qu’elle cherche un bénéfice commercial. Troisièmement, le code des douanes de l’Union s’appliquerait sans préjudice du règlement délégué 2017/891. Or, ce dernier exclurait la possibilité de tenir compte d’autres opérations d’importation afin d’apprécier la réalité de la valeur transactionnelle déclarée aux fins de l’importation du lot litigieux. En outre, quatrièmement, la méthode secondaire de détermination de la valeur en douane prévue à l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union ne serait pas applicable en l’espèce. |
| 33. | La juridiction de renvoi semble considérer que l’analyse contenue dans la décision du 30 octobre 2020, en défaveur d’OGL-Food, n’est pas conforme à la jurisprudence des instances nationales au sujet de l’interprétation de l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891. Cela étant, cette juridiction estime également que les arguments soulevés par OGL-Food ne sont pas fondés. En particulier, selon ladite juridiction, il convient d’examiner si OGL-Food entretient avec l’exportateur et avec son client dans l’Union, Lidl, des relations permettant de les qualifier de personnes liées au sens de l’article 70, paragraphe 3, sous d), et de l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union. |
| 34. | En effet, d’une part, il y aurait lieu d’apprécier si, en l’absence de contrat commercial ou d’autre lien juridique entre les parties, les relations durables, périodiques et récurrentes d’approvisionnement en cause au principal, telles que reflétées dans les factures et les inscriptions comptables s’y rapportant, suffisent pour qualifier l’exportateur et OGL-Food de personnes ayant « juridiquement la qualité d’associés », au sens de l’article 127, paragraphe 1, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, et donc des personnes liées, au sens de l’article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union, ce qui imposerait de vérifier si ce lien a influencé la valeur transactionnelle déclarée du lot. |
| 35. | D’autre part, devant la juridiction de renvoi, OGL-Food a fait valoir que la valeur transactionnelle déclarée aurait dû être acceptée par l’autorité douanière au motif qu’elle était proche de la valeur en douane de marchandises identiques ou similaires, déterminée conformément à l’article 74, paragraphe 2, point c), du code des douanes de l’Union, comme l’a calculée l’expert judiciaire à sa demande. Cette juridiction estime que, pour apprécier la pertinence de cet argument fondé sur l’article 134, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, il y a lieu d’apprécier si OGL-Food et son acheteur de premier niveau commercial, Lidl, sont des personnes liées, au sens de l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union et de l’article 142, paragraphe 4, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, qui en établit les modalités d’application. À cet égard, ladite juridiction considère que la notion de « personnes liées » a la même signification au sein de l’article 70, paragraphe 3, sous d), et de l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union qu’au sein de l’article 127, paragraphe 1, et de l’article 142, paragraphe 4, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union. |
| 36. | Toutefois, la juridiction de renvoi se pose la question de savoir si un importateur peut se prévaloir de la méthode déductive prévue à l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union ( 16 ) pour la première fois lors de l’introduction d’un recours contre la décision fixant la dette douanière, à savoir après l’expiration des délais prévus à l’article 75, paragraphes 5 et 6, du règlement délégué 2017/891 entraînant la perte de la garantie. En cas de réponse négative, cette juridiction nourrit des doutes quant au respect des droits de la défense de l’importateur et quant à la question de savoir si elle peut constater que l’importateur est une personne liée à l’exportateur ou à son client dans l’Union au sens de ces dernières dispositions, alors que la décision fixant la dette douanière n’a pas rejeté la valeur transactionnelle pour ce motif. |
| 37. | La juridiction de renvoi se demande également si l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 doit être interprété en ce sens que l’importateur doit produire un contrat d’achat ou tout autre document équivalent, si l’autorité douanière peut tenir compte du fait que le lot litigieux a été vendu à perte dans le marché de l’Union et si les circonstances entourant cette vente à perte revêtent une pertinence aux fins de l’application de cette disposition. |
| 38. | La juridiction de renvoi se demande, enfin, si l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 doit être interprété en ce sens que l’autorité douanière peut établir la valeur en douane au niveau de la valeur forfaitaire à l’importation lorsque la valeur transactionnelle déclarée est anormalement élevée, sans remettre en cause l’authenticité de la facture établie par l’exportateur et la preuve du paiement à l’intention de celui-ci, et en l’absence de preuves supplémentaires produites par l’importateur afin de démontrer la réalité de la valeur transactionnelle déclarée. |
| 39. | Dans ces conditions, l’Administrativen sad Sofia-grad (tribunal administratif de la ville de Sofia) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
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| 40. | OGL-Food, le directeur des douanes, le gouvernement bulgare et la Commission ont déposé des observations écrites. Ces parties ont également participé à l’audience qui s’est tenue le 25 janvier 2023, lors de laquelle elles ont répondu aux questions pour réponse orale posées par la Cour. |
IV. Analyse
A. Observations liminaires sur le cadre juridique
| 41. | Pour mémoire, l’article 1er, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union prévoit que ce code établit les règles et procédures générales applicables aux marchandises entrant dans le territoire douanier de l’Union ou en sortant. Il ajoute que ledit code s’applique de façon uniforme dans l’ensemble de ce territoire, « [s]ans préjudice des conventions [...] internationales ainsi que de la législation de l’Union régissant d’autres domaines ». Ainsi, la réglementation douanière applicable aux fruits et légumes issue du règlement no 1308/2013 et du règlement délégué 2017/891 constitue une réglementation spéciale par rapport au code des douanes de l’Union. |
| 42. | L’article 181 du règlement no 1308/2013 prévoit, d’une part, l’instauration d’un prix d’entrée, pour certains produits des secteurs des fruits et des légumes, égal à la valeur douanière du lot calculée conformément au code des douanes de l’Union et à son règlement d’exécution. D’autre part, il donne compétence à la Commission pour adopter des actes délégués afin de prévoir que la réalité du prix d’entrée déclaré d’un lot doit être vérifiée à l’aide d’une valeur forfaitaire à l’importation et de fixer les conditions dans lesquelles la constitution d’une garantie est requise. |
| 43. | Sur ce fondement, la Commission, à l’article 74, paragraphe 1, du règlement délégué 2017/891, a, pour certains fruits et légumes, dont les courgettes, prévu une notification journalière par les États membres, d’une part, des prix moyens de ces fruits et légumes représentatifs des produits importés de pays tiers et commercialisés sur les marchés d’importation des États membres et, d’autre part, des quantités totales de ces produits si celles-ci sont supérieures à dix tonnes correspondant à ces prix moyens. |
| 44. | Concernant la base des prix d’entrée pour ces mêmes fruits et légumes, dont les courgettes, l’article 75 de ce règlement délégué prévoit trois modalités de calcul de la valeur en douane. |
| 45. | Dans le premier mode de calcul, il s’agit de la valeur transactionnelle déterminée conformément à l’article 70 du code des douanes de l’Union ( 17 ). Pour mémoire, cet article énonce que la base première pour la détermination de la valeur en douane des marchandises est la valeur transactionnelle, c’est-à-dire le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises lorsqu’elles sont vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union ( 18 ). Ledit article 70 prévoit également que cette valeur transactionnelle s’applique si un certain nombre de conditions sont remplies, notamment une condition tenant à l’absence de liens entre l’acheteur et le vendeur ou à l’absence d’influence de ces liens sur le prix ( 19 ). L’article 127, paragraphe 1, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union précise que deux personnes sont liées lorsqu’elles ont la qualité d’associés. |
| 46. | Dans cette première hypothèse, si cette valeur transactionnelle déclarée par l’importateur de courgettes est supérieure de plus de 8 % à la valeur forfaitaire à l’importation calculée par la Commission au moment de la mise en libre pratique, l’importateur doit fournir une garantie égale au montant des droits qui auraient été payés si le classement avait été effectué sur la base de cette valeur forfaitaire à l’importation ( 20 ). Le montant des droits variables dus est nul lorsque les courgettes ont un prix d’entrée égal ou supérieur à 69,2 euros pour 100 kg de poids net, alors que, en dessous de ce seuil, plus le prix d’entrée est faible, plus le montant des droits variables dus augmente par palier ( 21 ). |
| 47. | Dans le deuxième mode de calcul, la méthode déductive peut être utilisée ( 22 ). Pour rappel, l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes de l’Union prévoit que, lorsque la valeur transactionnelle ne peut être déterminée, la valeur en douane est fondée sur le prix unitaire correspondant aux ventes sur le territoire douanier de l’Union des marchandises importées ou de marchandises identiques ou similaires importées totalisant la quantité la plus élevée, ainsi faites à des personnes non liées aux vendeurs. L’article 142 du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union précise plusieurs points : d’abord, les ventes de référence doivent avoir lieu au moment ou à peu près au moment de l’importation des marchandises à évaluer ( 23 ) ; ensuite, les ventes à des personnes liées ne sont pas prises en compte ( 24 ) ; enfin, sont déduits du prix unitaire, notamment, les droits à l’importation ( 25 ). |
| 48. | Lorsque la méthode déductive est utilisée pour un lot de courgettes, l’article 75, paragraphe 3, du règlement délégué 2017/891 prévoit que la déduction des droits se fait dans les conditions prévues à l’article 38, paragraphe 1, du règlement d’exécution 2017/892 et que, dès lors, l’importateur fournit une garantie égale au montant des droits qu’il aurait payés si le classement des produits avait été effectué sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation applicable. Cet article 38, paragraphe 1, prévoit que la Commission, notamment pour les courgettes, fixe chaque jour ouvrable, pour chaque origine, une valeur forfaitaire à l’importation égale à la moyenne pondérée des cours représentatifs visés à l’article 74 du règlement délégué 2017/891, diminués d’un forfait de 5 euros par tranches de 100 kg, ainsi que des droits de douane ad valorem. |
| 49. | Ainsi, le montant des droits déduits du prix unitaire pour un lot de courgettes afin de fixer la valeur en douane est calculé sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation du jour concerné, dans l’attente de la preuve de la réalité du prix unitaire. |
| 50. | Le troisième mode de calcul consiste en une modalité simplifiée pour les marchandises importées en consignation. Pour ces dernières, l’article 75, paragraphe 4, du règlement délégué 2017/891 prévoit directement l’application de la méthode déductive, mais avec la particularité suivante : la valeur forfaitaire à l’importation calculée conformément à l’article 38 du règlement d’exécution 2017/892 s’applique. Le paragraphe 1 de cet article, comme je l’ai indiqué au point 48 des présentes conclusions, prévoit le calcul journalier par la Commission d’une valeur forfaitaire à l’importation. Quant au paragraphe 2 dudit article, il énonce que, lorsqu’une valeur forfaitaire à l’importation est fixée, le prix unitaire au sens de l’article 142 du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union ne s’applique pas et que la valeur forfaitaire à l’importation visée au paragraphe 1 lui est substituée. |
| 51. | Ainsi, un lot de courgettes importé en consignation verra sa valeur en douane fixée en fonction de la valeur forfaitaire à l’importation du jour concerné. Cette valeur étant connue immédiatement, il n’est pas nécessaire de prévoir une garantie dans l’hypothèse d’une détermination ultérieure de la valeur en douane comme dans les deux premiers modes de calcul. |
| 52. | La question de la détermination définitive de la valeur en douane est l’objet de l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891. En effet, ce paragraphe énonce que l’importateur dispose d’un délai d’un mois à compter de la vente des produits concernés, dans la limite d’un délai de quatre mois suivant la date d’acceptation de la déclaration de mise en libre pratique, soit pour prouver que le lot a été écoulé dans des conditions telles qu’elles confirment la réalité des prix visés à l’article 70 du code des douanes de l’Union, soit pour déterminer la valeur en douane selon la méthode déductive. Ledit paragraphe 5 précise que le non-respect de l’un de ces délais entraîne la perte de la garantie fournie et que la garantie fournie est libérée dans la mesure où les preuves relatives aux conditions d’écoulement sont apportées à la satisfaction des autorités douanières. Dans le cas contraire, la garantie reste acquise en paiement des droits à l’importation. Par ailleurs, pour prouver que le lot a été écoulé dans les conditions prévues plus haut, l’importateur doit mettre à disposition, en plus de la facture, tous les documents nécessaires à l’exécution des contrôles douaniers requis en ce qui concerne la vente et l’écoulement de chaque produit du lot concerné, y compris les documents relatifs au transport, à l’assurance, à la manutention et à l’entreposage du lot. |
| 53. | L’interprétation de l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 est au centre des questions préjudicielles soumises à la Cour. J’examinerai, en premier lieu, la deuxième question préjudicielle, relative à la possibilité de modifier les motifs de la décision douanière au stade juridictionnel, et, en second lieu, la première question préjudicielle, relative à la notion de personnes associées ou liées. |
B. Sur la deuxième question préjudicielle
| 54. | La juridiction de renvoi demande en substance si, à l’initiative du juge ou de l’importateur, une modification de la méthode de détermination de la valeur en douane des marchandises importées peut intervenir au cours de la phase juridictionnelle, et donc après l’expiration des délais prévus à l’article 75, paragraphes 5 et 6, du règlement délégué 2017/891 laissés à l’importateur pour justifier la valeur en douane déclarée, au regard du droit au recours effectif et de l’obligation de motivation protégés, respectivement, par l’article 47 et l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte ainsi que par l’article 44, paragraphe 1, et l’article 29, lu conjointement avec l’article 22 paragraphe 7, du code des douanes de l’Union. Cette juridiction s’interroge également sur le point de savoir, d’une part, si la condition de l’article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union relative aux personnes liées peut être examinée pour la première fois au cours de la procédure juridictionnelle et, d’autre part, si la méthode déductive peut être invoquée pour la première fois durant cette même procédure à titre principal ou à titre d’objection en ce que la valeur transactionnelle déclarée était très proche de la valeur calculée selon cette méthode déductive. |
| 55. | Ainsi, il me paraît que la question se décompose en deux étapes. En premier lieu, une modification des motifs de la décision douanière peut-elle intervenir au stade de la procédure juridictionnelle, par substitution de motifs par le juge ou sur demande du requérant à titre d’objection ? En second lieu, ces nouveaux motifs de la décision douanière peuvent-ils porter sur la question du lien entre les parties et de l’influence de ce lien sur le prix dans une hypothèse comme celle en cause au principal ? |
| 56. | Premièrement, concernant la modification des motifs de la décision douanière, la question doit être examinée au regard des délais et de la sanction de leur non-respect prévus à l’article 75 du règlement délégué 2017/891, étant rappelé que le juge de renvoi indique qu’il a l’obligation, en vertu de sa réglementation nationale, d’apprécier d’office la légalité de la décision contestée et des moyens non mentionnés dans la requête, de collecter de nouvelles preuves et de nommer d’office un expert. |
| 57. | En l’absence de réglementation de l’Union en la matière, il appartient à chaque État membre, en vertu du principe d’autonomie procédurale des États membres, de régler les modalités des procédures administrative et juridictionnelle destinées à assurer un niveau élevé de sauvegarde des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union. Les modalités de mise en œuvre des voies de recours prévues par le droit de l’Union ne doivent pas être moins favorables que celles concernant des recours similaires prévus pour la protection des droits tirés de l’ordre juridique interne (principe d’équivalence) ni rendre en pratique impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés par l’ordre juridique de l’Union (principe d’effectivité) ( 26 ). |
| 58. | Or, en l’espèce, il existe une réglementation de l’Union en matière douanière qui prévoit des règles procédurales spécifiques. |
| 59. | D’une part, le code des douanes de l’Union prévoit que les contrôles douaniers sont réservés aux autorités douanières ( 27 ), qui peuvent être les administrations douanières ou tout autre autorité habilitée en droit national à appliquer certaines dispositions douanières ( 28 ). Ce code énonce que, avant de prendre une décision susceptible d’avoir des conséquences défavorables pour le demandeur, les autorités douanières l’informent des motifs sur lesquels elles comptent fonder leur décision et qu’il a la possibilité d’exprimer son point de vue dans un délai déterminé ( 29 ). Ledit code prévoit également qu’une décision qui a des conséquences défavorables pour le demandeur expose les raisons qui la motivent et mentionne le droit de recours prévu à l’article 44 du même code ( 30 ). Par ailleurs, le code des douanes de l’Union dispose que la procédure de recours contre la décision douanière est scindée en deux étapes successives, la première, devant les autorités douanières et, la seconde, devant une instance supérieure indépendante qui peut être une autorité judiciaire ( 31 ). En outre, ce code indique que l’autorité douanière peut agir en qualité d’autorité judiciaire ( 32 ), mais ne prévoit pas l’inverse. |
| 60. | Dès la phase douanière du recours, le code des douanes de l’Union prévoit que l’importateur dispose de deux droits : celui d’obtenir une motivation de la décision défavorable, précédée de celui d’obtenir une information sur les motifs envisagés. Par conséquent, une substitution de motifs, d’office par le juge ou à la demande de l’importateur lors de la phase judiciaire en vertu de dispositions procédurales nationales, peut être analysée comme un contrôle douanier qui, comme tel, doit être réservé aux autorités douanières de l’État membre selon le code des douanes de l’Union qui, en tant que réglementation spéciale par rapport à ces dispositions procédurales, doit primer. À cet égard, la juridiction de renvoi n’indique pas si elle dispose d’une habilitation législative ou réglementaire pour appliquer certaines dispositions douanières. |
| 61. | Dès lors, cette organisation du recours en deux phases (douanière et juridictionnelle) ainsi que la protection renforcée de l’obligation d’information préalable et de l’obligation de motivation sont de nature à garantir le droit au recours effectif et l’obligation de motivation protégés respectivement par l’article 47 et l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte. |
| 62. | D’autre part, l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 prévoit un double délai pendant lequel l’importateur doit soit prouver que le lot a été écoulé dans des conditions confirmant la réalité des prix visés à l’article 70 du code des douanes de l’Union, soit déterminer la valeur en douane selon la méthode déductive. L’expiration de ces délais (un mois à compter de la vente des produits, dans la limite de quatre mois suivant la date d’acceptation de la déclaration de mise en libre pratique) comme l’absence de preuve de l’écoulement des marchandises dans les conditions prévues conduisent à la perte de la garantie ( 33 ). Ainsi, le non-respect des conditions posées à l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 entraîne une unique sanction : la perte de la garantie calculée en fonction de la valeur forfaitaire à l’importation. |
| 63. | Cette particularité du régime douanier applicable à certains fruits et légumes, dont les courgettes, illustre parfaitement le fait que le choix du mode de calcul de la valeur en douane doit être fait lors de la phase douanière de la procédure de recours. Dès lors, il appartient à l’importateur d’apporter la preuve de la valeur en douane en fonction du fondement retenu, sous peine de perdre la garantie. |
| 64. | Il résulte donc de l’ensemble de ces éléments que le fondement de la valeur en douane retenue ne peut être modifié lors de la phase juridictionnelle du recours contre une décision douanière, car cela reviendrait à priver l’importateur de ses droits à l’information préalable sur les motifs d’une décision douanière susceptible d’être défavorable et à la motivation de cette décision douanière défavorable. |
| 65. | Deuxièmement, concernant la nature des nouveaux motifs invoqués devant le juge, ceux-ci peuvent-ils porter sur la question du lien entre les personnes et de l’influence de ce lien sur le prix dans une hypothèse comme celle en cause au principal ? |
| 66. | En effet, OGL-Food a précisé, lors de l’audience, que, au cours de la procédure juridictionnelle, elle n’avait pas sollicité un changement de mode de calcul de la valeur en douane au profit de la méthode déductive ( 34 ), mais que, dans le cadre de la justification des modalités d’écoulement des produits déclarés avec une valeur transactionnelle, elle souhaitait se voir appliquer la possibilité laissée par l’article 134, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union de prouver que la valeur transactionnelle était très proche de la valeur en douane de marchandises identiques ou similaires, déterminée conformément à la méthode déductive. |
| 67. | Il convient, toutefois, de noter que cet article 134 du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union est un article d’application de l’article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union et est applicable aux transactions entre personnes liées. |
| 68. | Or, durant la phase douanière, l’importateur n’a pas argué de ses liens avec l’acheteur de premier niveau commercial ou fourni le contrat éventuel le liant à ce dernier, comme sollicité par le service des douanes, ni, a fortiori, tenté de démontrer que ces liens n’avaient pas influencé le prix. En effet, durant cette phase, il aurait pu prouver les conditions d’écoulement des produits importés en se référant à l’article 134, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, ce qui impliquait également la preuve d’un lien entre lui et l’acheteur de premier niveau commercial selon les modalités précisées à l’article 127 de ce règlement d’exécution ( 35 ) et l’absence d’influence de ce lien sur le prix. |
| 69. | En outre, les motifs retenus par le directeur des douanes ne portent pas sur la qualité de personnes liées, mais se fondent sur deux autres éléments : le prix élevé d’achat lors de l’importation (supérieur de 40,75 % à la valeur forfaitaire à l’importation) et la revente à perte. |
| 70. | En conséquence, l’argument tenant à la valeur proche de la valeur transactionnelle est totalement nouveau par rapport aux motifs retenus par le directeur des douanes et le soutenir lors de la phase juridictionnelle revient à solliciter du juge qu’il exerce lui-même le contrôle douanier, ce qui va au-delà des simples objections pouvant porter sur les motifs retenus eux-mêmes. |
| 71. | En conclusion, je propose de répondre à la deuxième question préjudicielle que l’article 75, paragraphes 2, 5 et 6, du règlement délégué 2017/891, lu à la lumière de l’article 5, points 1 et 3, de l’article 22, paragraphe 6, de l’article 29 ainsi que de l’article 44, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union, doit être interprété en ce sens que les délais et la sanction de leur non-respect, qu’il prévoit, font obstacle à ce que les motifs de la décision douanière soient modifiés lors de la phase juridictionnelle de contestation de cette décision, y compris en ce qui concerne la méthode de calcul de la valeur en douane choisie ou la notion de « personnes liées », au sens de l’article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union. |
C. Sur la première question préjudicielle
| 72. | Par sa première question préjudicielle, la juridiction de renvoi interroge la Cour sur les données pertinentes pour prouver la qualité d’associés ou de personnes liées au sens de l’article 127, paragraphe 1, sous b), et de l’article 142, paragraphe 4, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union. En outre, elle se demande si la vérification au titre de l’article 75 du règlement délégué 2017/891 impose, dans le but d’éviter la fraude aux droits de douane, une obligation d’apprécier si la relation entre les opérateurs n’a pas influencé la détermination d’un prix plus élevé des marchandises revendues ensuite à perte. |
| 73. | Je propose d’examiner cette question à titre subsidiaire en raison de la réponse apportée à la deuxième question préjudicielle. |
| 74. | La Cour a récemment jugé, dans l’arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master ( 36 ), que l’article 181 bis du règlement d’application, introduit à la suite de la modification de ce dernier par le règlement (CE) no 3254/94 de la Commission, du 19 décembre 1994 ( 37 ), permet aux autorités douanières d’écarter la valeur transactionnelle aux fins de la détermination de la valeur en douane, lorsque ces autorités estiment que la valeur déclarée des marchandises importées ne reflète pas la valeur réelle de celles-ci, et ce indépendamment de l’existence d’un lien entre l’importateur et l’exportateur ( 38 ). La généralité de la formule permet de l’étendre par analogie à l’article 140 du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union, qui a repris en substance cet article 181 bis sur la non-acceptation de la valeur transactionnelle déclarée. En effet, cet article 140 prévoit que, d’une part, « [l]orsque les autorités douanières ne sont pas convaincues, sur la base de doutes fondés, que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer défini à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes de l’Union], elles peuvent demander au déclarant de fournir des informations supplémentaires » et, d’autre part, « [s]i leurs doutes ne sont pas dissipés, les autorités douanières peuvent décider que la valeur des marchandises ne peut pas être déterminée conformément à l’article 70, paragraphe 1, [de ce] code ». |
| 75. | Dans ce même arrêt, la Cour a également jugé que, « s’agissant du lien entre personnes en raison de leur qualité d’associés, visé à l’article 143, paragraphe 1, sous b), du règlement d’application [ ( 39 )], il convient de souligner que le libellé même de cette disposition exclut toute association de fait » ( 40 ). Elle a ajouté que « cette disposition visant les personnes ayant “juridiquement la qualité d’associés” requiert, aux fins de la constatation de l’existence d’un lien, de démontrer que les conditions prévues par les dispositions nationales relatives à la qualité d’associés sont satisfaites, excluant ainsi toute association qui ne serait pas de droit » ( 41 ). |
| 76. | Il en résulte que l’appréciation de la qualité juridique d’associé relève du droit national et que les éléments mentionnés par la juridiction de renvoi (caractère non ponctuel des relations commerciales, données relatives aux factures émises pour des livraisons, au paiement du prix, à l’enregistrement des factures dans la comptabilité et dans les registres de la TVA de l’importateur et le droit à déduction de la taxe, une valeur transactionnelle déclarée largement supérieure à la valeur forfaitaire à l’importation associée à une revente à perte, absence de contrat commercial) ne peuvent être pertinents que s’ils fondent en droit national la qualité juridique d’associé. |
| 77. | Toutefois, proposer une réponse à cette question nécessite d’envisager l’articulation entre les dispositions spéciales applicables à certains fruits et légumes, dont les courgettes, avec les dispositions générales du code des douanes de l’Union et de son règlement d’exécution. |
| 78. | En effet, lorsque l’importateur a déclaré une valeur transactionnelle, l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 prévoit qu’il doit prouver, dans un délai d’un mois à compter de la vente des produits concernés, dans la limite d’un délai de quatre mois suivant la date d’acceptation de la déclaration de mise en libre pratique, que le lot a été écoulé dans des conditions telles qu’elles confirment la réalité des prix visés à l’article 70 du code des douanes de l’Union. |
| 79. | Dès lors, suffit-il à l’importateur de prouver que les conditions de l’article 70 du code des douanes de l’Union, et notamment celle tenant aux personnes liées, sont remplies lors de la revente des marchandises importées, ou doit-il simplement prouver que les conditions d’écoulement justifient la valeur transactionnelle déclarée ? |
| 80. | De cette réponse dépend la recevabilité de la question, puisque, si la seule preuve de l’existence de liens entre l’importateur et l’acheteur de premier niveau commercial et de leur influence sur le prix suffisait, il ne serait pas nécessaire de se poser de question sur les conditions d’écoulement des produits. |
| 81. | Une lecture littérale pourrait laisser penser que cette seule preuve de la revente à un prix justifiant la valeur transactionnelle déclarée suffit. Or, la rédaction retenue par le législateur de l’Union ne se contente pas de demander la preuve de la réalité de la valeur transactionnelle, mais évoque les conditions d’écoulement de la marchandise revendue. En effet, l’article 75, paragraphe 5, troisième alinéa, du règlement délégué 2017/891 précise que la garantie n’est libérée que dans la mesure où les preuves relatives aux conditions d’écoulement sont apportées à la satisfaction des autorités douanières. |
| 82. | Toutefois, si l’on tient compte de la finalité de cette disposition, qui est d’empêcher une surfacturation frauduleuse lors de l’importation pour éviter le paiement de droits de douane, il apparaît que le renvoi aux conditions de l’article 70 du code des douanes de l’Union doit être complet. En effet, si la collusion est possible entre parties liées lors de la facturation du produit exporté, elle est également possible lors de la revente de celui-ci dans le territoire de l’Union, ce qui rend pertinent le fait que la revente de produits ne puisse pas être faite à des personnes liées pour justifier de la valeur transactionnelle ou que soit établi que ce lien n’a pas eu d’influence sur le prix. Or, le droit de l’Union relatif à l’évaluation en douane vise à établir un système équitable, uniforme et neutre qui exclut l’utilisation de valeurs en douane arbitraires ou fictives. La valeur en douane doit donc refléter la valeur économique réelle d’une marchandise importée ( 42 ). |
| 83. | Ainsi, la valeur transactionnelle ne peut pas être utilisée si l’existence de liens entre personnes liées lors de l’achat des produits à l’exportation et de leur revente sur le territoire douanier de l’Union a eu une influence sur le prix. Dans cette hypothèse, le règlement d’exécution du code des douanes de l’Union prévoit que le recours à la valeur transactionnelle reste possible, même en cas de liens entre les parties, lorsque celle-ci est très proche de la valeur en douane de marchandises identiques ou similaires déterminée selon la méthode déductive ( 43 ), à l’exception de la comparaison avec la valeur en douane de marchandises importées. |
| 84. | Néanmoins, cet objectif de s’assurer de la réalité économique de l’achat et de la revente, et donc du montant adéquat des droits de douane, peut également être atteint par le recours à la preuve des conditions d’écoulement, puisque des conditions d’écoulement anormales peuvent être la manifestation d’une collusion entre personnes liées ayant une influence sur le prix. Ainsi, cette obligation de preuve des conditions d’écoulement pourrait être vue comme une preuve simplifiée de l’absence d’influence sur le prix des liens éventuels entre les parties. Cette interprétation serait conforme à l’objectif de la réglementation spécifique aux fruits et légumes périssables qui est de faciliter la détermination de leur valeur pour calculer le prix d’entrée, étant donné que la plupart des fruits et légumes périssables sont fournis sous le régime de la vente en consignation, ce qui rend leur prix difficile à déterminer ( 44 ). Ladite interprétation peut également être justifiée par le fait que, en cas d’absence de preuve des éléments requis par l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 dans le délai indiqué, la garantie calculée sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation reste acquise par le service des douanes. |
| 85. | Il résulte de l’ensemble de ces considérations que, même si le juge de renvoi arrivait à la conclusion que les opérateurs sont liés – ce qui n’est pas le cas –, ce constat serait insuffisant pour établir que les conditions de l’article 75, paragraphe 5, du règlement délégué 2017/891 sont remplies et, notamment, que les produits ont été écoulés dans des conditions telles qu’elles confirment la réalité des prix. Dès lors, la réponse à cette question ne semble pas utile à la résolution du litige et semble donc irrecevable. |
| 86. | À titre subsidiaire, je propose d’y répondre de la façon suivante : l’article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union et l’article 127, paragraphe 1, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union doivent être interprétés en ce sens que l’acheteur et le vendeur ne peuvent pas être considérés comme ayant juridiquement la qualité d’associés s’ils ne démontrent pas que les conditions prévues par les dispositions nationales relatives à la qualité d’associés sont satisfaites, ce qui exclut une association qui ne serait pas de droit. |
V. Conclusion
| 87. | Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre aux questions préjudicielles posées par l’Administrativen sad Sofia-grad (tribunal administratif de la ville de Sofia, Bulgarie) de la manière suivante :
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( 1 ) Langue originale : le français.
( 2 ) JO 2013, L 269, p. 1.
( 3 ) JO 2016, L 354, p. 32, ci-après le « code des douanes de l’Union ».
( 4 ) JO 2015, L 343, p. 558.
( 5 ) JO 2018, L 101, p. 22, ci-après le « règlement d’exécution du code des douanes de l’Union ».
( 6 ) JO 2017, L 138, p. 4.
( 7 ) JO 2018, L 208, p. 1, ci-après le « règlement délégué 2017/891 ».
( 8 ) JO 2013, L 347, p. 671.
( 9 ) JO 2017, L 350, p. 15, ci-après le « règlement no 1308/2013 ».
( 10 ) Règlement du Conseil du 12 octobre 1992 établissant le code des douanes communautaire (JO 1992, L 302, p. 1). Ce règlement a été abrogé par le règlement (CE) no 450/2008 du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2008, établissant un code des douanes communautaire (code des douanes modernisé) (JO 2008 L 145, p. 1), lui-même abrogé par le code des douanes de l’Union.
( 11 ) Règlement du 2 juillet 1993 fixant certaines dispositions d’application du règlement (CEE) no 2913/92 du Conseil établissant le code des douanes communautaire (JO 1993, L 253, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) no 46/1999 de la Commission, du 8 janvier 1999 (JO 1999, L 10, p. 1) (ci-après le « règlement d’application »), abrogé par le règlement d’exécution (UE) 2016/481 de la Commission, du 1er avril 2016 (JO 2016, L 87, p. 24), à la suite de l’entrée en vigueur du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 12 ) Règlement d’exécution de la Commission du 13 mars 2017 portant modalités d’application du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les secteurs des fruits et légumes et des fruits et légumes transformés (JO 2017, L 138, p. 57).
( 13 ) JO 1987, L 256, p. 1.
( 14 ) JO 2018, L 273, p. 1, ci-après le « règlement no 2658/87 ».
( 15 ) Ci-après la « décision du 30 octobre 2020 ».
( 16 ) Ci-après la « méthode déductive ».
( 17 ) Article 75, paragraphe 2 du règlement délégué 2017/891.
( 18 ) Article 70, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union.
( 19 ) Article 70, paragraphe 3, sous d), du code des douanes de l’Union.
( 20 ) Article 75, paragraphe 2, du règlement délégué 2017/891.
( 21 ) Voir point 22 des présentes conclusions.
( 22 ) Article 75, paragraphe 3, du règlement délégué 2017/891.
( 23 ) Article 142, paragraphe 1, du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 24 ) Article 142, paragraphe 4, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 25 ) Article 142, paragraphe 5, sous c), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 26 ) Voir arrêt du 12 janvier 2023, Nemzeti Adatvédelmi és Információszabadság Hatóság (C‑132/21, EU:C:2023:2, points 45 et 48, ainsi que jurisprudence citée).
( 27 ) Article 5, point 3, du code des douanes de l’Union.
( 28 ) Article 5, point 1, du code des douanes de l’Union.
( 29 ) Article 22, paragraphe 6, du code des douanes de l’Union.
( 30 ) Article 22, paragraphe 7, du code des douanes de l’Union.
( 31 ) Article 44, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union.
( 32 ) Article 29 du code des douanes de l’Union.
( 33 ) Voir point 52 des présentes conclusions.
( 34 ) Deuxième mode de calcul, voir point 47 des présentes conclusions.
( 35 ) Participation à la direction ou au conseil d’administration de l’autre partie, qualité juridique d’associés, minimum 5 % de leurs actions ou parts avec droit de vote sont possédés, contrôlés ou détenus directement ou indirectement par la même tierce personne, lien d’emploi, contrôle direct ou indirect, contrôle ascendant ou descendant commun, lien de parenté.
( 36 ) C‑599/20, EU:C:2022:457.
( 37 ) JO 1994, L 346, p. 1.
( 38 ) Voir arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master (C‑599/20, EU:C:2022:457, point 34 et jurisprudence citée).
( 39 ) Identique à l’article 127, paragraphe 1, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 40 ) Arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master (C‑599/20, EU:C:2022:457, point 35).
( 41 ) Arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master (C‑599/20, EU:C:2022:457, point 36).
( 42 ) Voir arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master (C‑599/20, EU:C:2022:457, point 24).
( 43 ) Article 134, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution du code des douanes de l’Union.
( 44 ) Considérant 31 du règlement délégué 2017/891.
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