Ordonnance CJUE62021CO0379_INF

Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 17 janvier 2023.#Procédure engagée par TBI Bank EAD.#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 99 du règlement de procédure de la Cour – Crédit à la consommation – Directive 93/13/CEE – Article 6, paragraphe 1 – Clauses abusives – Refus de délivrance d’une injonction de payer immédiate en cas de prétention fondée sur une clause abusive – Conséquences relatives au caractère abusif d’une clause contractuelle – Instructions d’une juridiction supérieure ne respectant pas lesdites conséquences.#Affaire C-379/21.

CELEX62021CO0379_INF
TypeOrdonnance CJUE
Datemardi 17 janvier 2023

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour de justice précise les conséquences du caractère abusif d'une clause contractuelle au sens de la directive 93/13/CEE. Elle indique qu'un juge national doit refuser de délivrer une injonction de payer si la demande est fondée sur une telle clause, et ce même si des instructions contraires émanent d'une juridiction supérieure. La décision renforce ainsi l'obligation pour les juridictions nationales de soulever d'office le caractère abusif des clauses et d'en écarter l'application.

Texte intégral

Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 17 janvier 2023 –
TBI Bank

(affaire C‑379/21) ( 1 )

« Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 99 du règlement de procédure de la Cour – Crédit à la consommation – Directive 93/13/CEE – Article 6, paragraphe 1 – Clauses abusives – Refus de délivrance d’une injonction de payer immédiate en cas de prétention fondée sur une clause abusive – Conséquences relatives au caractère abusif d’une clause contractuelle – Instructions d’une juridiction supérieure ne respectant pas lesdites conséquences »

1.

Questions préjudicielles – Compétence de la Cour – Limites – Questions générales ou hypothétiques – Question présentant un caractère abstrait et purement hypothétique au regard de l’objet du litige au principal – Irrecevabilité

(Art. 267 TFUE)

(voir points 23, 25, 26)

2.

Protection des consommateurs – Clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs – Directive 93/13 – Procédure d’injonction de payer – Consommateur ne participant pas à la procédure jusqu’à la délivrance de l’injonction de payer – Obligation pour le juge national de tirer d’office toutes les conséquences découlant de la constatation du caractère abusif d’une clause – Demande d’injonction de payer partiellement fondée sur ladite clause – Rejet partiel de la demande par le juge national – Conditions – Subsistance du contrat – Distinction des prétentions découlant de la clause abusive par rapport au reste de la demande – Vérification incombant au juge national

(Directive du Conseil 93/13, art. 6, § 1)

(voir points 29-31, 33-35, disp. 1)

3.

Protection des consommateurs – Clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs – Directive 93/13 – Constatation du caractère abusif d’une clause – Portée – Obligation pour le juge national de faire droit à l’intégralité de la demande de paiement et de délivrer une injonction immédiate – Obligation pour ledit juge d’écarter l’application d’instructions contraires au droit de l’Union émises par une juridiction de degré supérieur

(Directive du Conseil 93/13, art. 6, § 1)

(voir points 37-40, disp. 2)

Dispositif

1)

L’article 6, paragraphe 1, de la directive 93/13/CEE du Conseil, du 5 avril 1993, concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs,

doit être interprété en ce sens que :

le juge national, saisi d’une demande de délivrance d’une injonction de payer et alors que le débiteur-consommateur ne participe pas à la procédure jusqu’à la délivrance de celle-ci, est tenu d’écarter d’office l’application d’une clause abusive du contrat de crédit à la consommation conclu entre ce consommateur et le professionnel concerné, sur laquelle une partie de la créance invoquée est fondée. Dans cette hypothèse, ce juge dispose de la faculté de rejeter partiellement cette demande, à la condition, d’une part, que ce contrat puisse subsister sans aucune autre modification ni révision ou complément, ce qu’il incombe audit juge de vérifier, et, d’autre part, que les prétentions découlant de cette clause puissent être distinguées du reste de la demande.

2)

L’article 6, paragraphe 1, de la directive 93/13

doit être interprété en ce sens que :

il s’oppose à ce qu’une juridiction nationale, à laquelle il incombe de statuer à la suite du renvoi qui lui a été fait par une juridiction supérieure, soit liée, conformément au droit procédural national, par des appréciations portées en droit ainsi que des instructions émises par la juridiction supérieure, si elle estime, eu égard à l’interprétation qu’elle a sollicitée de la Cour, que ces appréciations et ces instructions ne tirent pas les conséquences juridiques du caractère abusif d’une clause d’un contrat de crédit à la consommation.


( 1 ) JO C 368 du 13.9.2021.