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AccueilDroit européen62022CA0029
Jurisprudence CJUE62022CA0029

Affaires jointes C-29/22 P et C-44/22 P: Arrêt de la Cour (Grande chambre) du 10 septembre 2024 – KS, KD / Conseil de l'Union européenne, Commission européenne, Service européen pour l'action extérieure [Pourvoi – Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) – Action commune 2008/124/PESC – Mission État de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (Eulex Kosovo) – Recours en indemnité – Préjudice prétendument subi en raison de divers actes et omissions du Conseil de l’Union européenne, de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dans le cadre de la mise en œuvre de cette action commune – Insuffisance des enquêtes sur la torture, la disparition et l’assassinat de personnes – Compétence de la Cour de justice de l’Union européenne pour statuer sur ce recours – Article 24, paragraphe 1, second alinéa, dernière phrase, TUE – Article 275 TFUE]

CELEX62022CA0029
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 10 septembre 2024

Résumé IA

La Cour de justice, réunie en Grande chambre, s'est déclarée compétente pour connaître d'un recours en indemnité visant à réparer le préjudice résultant de l'absence d'enquêtes sur des actes de torture, disparitions et assassinats imputés à la mission Eulex Kosovo. Elle précise que l'exception d'incompétence prévue à l'article 24, §1, alinéa 2, TUE et à l'article 275 TFUE ne s'applique pas aux recours en indemnité, même lorsqu'ils concernent des actes relevant de la PESC. Cet arrêt clarifie donc la portée de la compétence de la Cour pour contrôler les actions de l'Union dans le cadre de la PESC lorsqu'elles engagent sa responsabilité non contractuelle.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/6219

28.10.2024

Arrêt de la Cour (Grande chambre) du 10 septembre 2024 – KS, KD / Conseil de l'Union européenne, Commission européenne, Service européen pour l'action extérieure

(Affaires jointes C-29/22 P et C-44/22 P) (1)

(Pourvoi - Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) - Action commune 2008/124/PESC - Mission «État de droit» menée par l’Union européenne au Kosovo (Eulex Kosovo) - Recours en indemnité - Préjudice prétendument subi en raison de divers actes et omissions du Conseil de l’Union européenne, de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dans le cadre de la mise en œuvre de cette action commune - Insuffisance des enquêtes sur la torture, la disparition et l’assassinat de personnes - Compétence de la Cour de justice de l’Union européenne pour statuer sur ce recours - Article 24, paragraphe 1, second alinéa, dernière phrase, TUE - Article 275 TFUE)

(C/2024/6219)

Langue de procédure: l’anglais

Parties

(Affaire C-29/22 P)

Parties requérantes: KS, KD (représentants: P. Koutrakos, dikigoros, F. Randolph, KC, et J. Stojsavljevic-Savic, solicitor)

Autres parties à la procédure: Commission européenne (représentants: initialement M. Carpus Carcea, L. Gussetti, Y. Marinova et J. Roberti di Sarsina, puis M. Carpus Carcea, L. Gussetti et Y. Marinova, et enfin M. Carpus Carcea et Y. Marinova, agents), Conseil de l'Union européenne (représentants: initialement P. Mahnič, R. Meyer et A. Vitro, puis P. Mahnič et R. Meyer, agents), Service européen pour l'action extérieure (représentants: L. Havas, S. Marquardt et E. Orgován, agents)

(Affaire C-44/22 P)

Partie requérante: Commission européenne (représentants: initialement M. Carpus Carcea, L. Gussetti, Y. Marinova et J. Roberti di Sarsina, puis M. Carpus Carcea, L. Gussetti et Y. Marinova, et enfin M. Carpus Carcea et Y. Marinova, agents)

Autres parties à la procédure: KS, KD (représentants: P. Koutrakos, dikigoros, F. Randolph, KC, et J. Stojsavljevic-Savic, solicitor), Conseil de l'Union européenne (représentants: initialement P. Mahnič, R. Meyer et A. Vitro, puis P. Mahnič et R. Meyer, agents), Service européen pour l'action extérieure (représentants: L. Havas, S. Marquardt et E. Orgován, agents)

Parties intervenantes au soutien de la Commission européenne (C-29/22 P et C-44/22/P): Royaume de Belgique (représentants: M. Jacobs, C. Pochet et L. Van den Broeck, agents), Grand-Duché de Luxembourg (représentants: A. Germeaux et T. Schell, agents), Royaume des Pays-Bas (représentants: M. K. Bulterman et J. Langer, agents), République d’Autriche (représentants: A. Posch, J. Schmoll, M. Meisel et E. Samoilova, agents), Roumanie (représentants: R. Antonie, L.-E. Baţagoi, E. Gane et L. Ghiţă, agents), République de Finlande (représentants: H. Leppo et M. Pere, agents), Royaume de Suède (représentants: H. Eklinder, F.-L. Göransson, C. Meyer-Seitz, A. Runeskjöld, M. Salborn Hodgson, R. Shahsavan Eriksson, H. Shev et O. Simonsson, agents)

Parties intervenantes au soutien du Conseil de l’Union européenne (C-29/22 P et C-44/22 P): République tchèque (représentants: D. Czechová, K. Najmanová, M. Smolek, O. Šváb et J. Vláčil, agents), République française (représentants: initialement J.-L. Carré, A.-L. Desjonquères, T. Stéhelin et W. Zemamta, puis J.-L. Carré, T. Stéhelin et W. Zemamta, puis J.-L. Carré, B. Fodda, E. Leclerc, T. Stéhelin et W. Zemamta, puis J.-L. Carré, B. Fodda, E. Leclerc, S. Royon, T. Stéhelin et W. Zemamta, puis J.-L. Carré, M. de Lisi, B. Fodda, E. Leclerc, S. Royon et T. Stéhelin, et enfin M. de Lisi, B. Fodda, S. Royon, T. Stéhelin et B. Travard, agents)

Dispositif

1)

L’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne du 10 novembre 2021, KS et KD/Conseil e.a. (T-771/20, EU:T:2021:798), est annulée pour autant que le Tribunal s’est déclaré manifestement incompétent pour connaître du recours formé par KS et KD au motif que celui-ci se rapportait à des questions politiques ou stratégiques qui concernent la définition et la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) en ce que ce recours visait :

—

une violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, ainsi que des articles 2 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, commise par la mission Eulex Kosovo, en raison de l’absence d’enquêtes adéquates relatives à la disparition et à l’assassinat de membres de leurs familles, du fait d’un défaut du personnel adéquat de cette mission pour exercer son mandat exécutif, violation ayant été constatée, le 11 novembre 2015 en ce qui concerne KS et le 19 octobre 2016 en ce qui concerne KD, par la commission de contrôle du respect des droits de l’homme créée sur le fondement de l’action commune 2008/124/PESC du Conseil, du 4 février 2008, relative à la mission «État de droit» menée par l’Union européenne au Kosovo, EULEX KOSOVO ;

—

une violation de l’article 6, paragraphe 1, et de l’article 13 de cette convention ainsi que de l’article 47 de cette charte, du fait de l’absence de dispositions prévoyant une aide juridictionnelle en faveur des parties requérantes éligibles dans les procédures menées devant cette commission de contrôle et de la création de cette dernière sans pouvoir d’exécution de ses décisions ni voie de recours pour les violations des droits de l’homme commises par Eulex Kosovo ;

—

l’absence d’adoption de mesures correctives permettant de remédier en tout ou en partie aux violations mentionnées aux premier et deuxième tirets, alors que les conclusions de ladite commission de contrôle ont prétendument été portées à la connaissance de l’Union européenne par le chef d’Eulex Kosovo le 29 avril 2016 ;

—

le détournement ou l’abus du pouvoir exécutif commis par le Conseil de l’Union européenne et le Service européen pour l’action extérieure le 12 octobre 2017, du fait qu’ils ont indiqué qu’Eulex Kosovo avait fait de son mieux pour enquêter sur des crimes dont des membres des familles de KS et de KD ont été victimes et que la même commission de contrôle n’avait pas vocation à être une instance judiciaire, et

—

le détournement ou l’abus du pouvoir exécutif ou public pour ne pas avoir veillé à ce que l’affaire de KD, relative à un crime de guerre, fasse l’objet d’un examen juridique sérieux par Eulex Kosovo et/ou par le Bureau du procureur spécialisé en matière d’enquêtes ainsi que de poursuites devant la Chambre spécialisée pour le Kosovo.

2)

Les pourvois dans les affaires C-29/22 P et C-44/22 P sont rejetés pour le surplus.

3)

L’affaire est renvoyée devant le Tribunal de l’Union européenne pour qu’il statue sur la recevabilité et, le cas échéant, sur le fond du recours de KS et de KD de même que sur leur demande de mesures d’instruction visant à obtenir la production de la version intégrale du plan d’opération (OPLAN) d’Eulex Kosovo depuis la création de cette mission.

4)

Les dépens sont réservés.


(1) JO C 109, du 07.03.2022.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6219/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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