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AccueilDroit européen62022CA0392
Jurisprudence CJUE62022CA0392

Affaire C-392/22, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Confiance mutuelle en cas de transfert): Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 29 février 2024 (demande de décision préjudicielle du Rechtbank Den Haag, zittingsplaats 's-Hertogenbosch - Pays-Bas) – X / Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Renvoi préjudiciel – Politique commune en matière d’asile et d’immigration – Demande de protection internationale – Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Article 4 – Risques de traitement inhumain ou dégradant – Critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen de la demande de protection internationale – Règlement (UE) no 604/2013 – Article 3, paragraphe 2 – Portée des obligations de l’État membre ayant sollicité la reprise en charge du demandeur par l’État membre responsable et souhaitant procéder au transfert du demandeur vers ce dernier État membre – Principe de confiance mutuelle – Moyens et niveau de la preuve du risque réel de traitement inhumain ou dégradant, résultant de défaillances systémiques – Pratiques de renvoi sommaire (pushback) vers un pays tiers et de rétention aux postes-frontières)

CELEX62022CA0392
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 29 février 2024

Résumé IA

Dans l'affaire C-392/22, la Cour de justice de l'Union européenne précise l'étendue des obligations de l'État membre qui souhaite transférer un demandeur d'asile vers l'État membre responsable de sa demande, en application du règlement Dublin III. Elle juge que le principe de confiance mutuelle n'empêche pas l'État requérant de vérifier, par des moyens de preuve concrets, l'existence de défaillances systémiques dans l'État responsable, notamment des pratiques de refoulement sommaire (pushback) ou de rétention aux frontières, susceptibles d'exposer le demandeur à un risque réel de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte. L'arrêt encadre ainsi le niveau de preuve requis pour écarter la présomption de sécurité et suspendre un transfert.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/2570

22.4.2024

Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 29 février 2024 (demande de décision préjudicielle du Rechtbank Den Haag, zittingsplaats 's-Hertogenbosch - Pays-Bas) – X / Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid

[Affaire C-392/22 (1) , Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Confiance mutuelle en cas de transfert)]

(Renvoi préjudiciel - Politique commune en matière d’asile et d’immigration - Demande de protection internationale - Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne - Article 4 - Risques de traitement inhumain ou dégradant - Critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen de la demande de protection internationale - Règlement (UE) no 604/2013 - Article 3, paragraphe 2 - Portée des obligations de l’État membre ayant sollicité la reprise en charge du demandeur par l’État membre responsable et souhaitant procéder au transfert du demandeur vers ce dernier État membre - Principe de confiance mutuelle - Moyens et niveau de la preuve du risque réel de traitement inhumain ou dégradant, résultant de défaillances systémiques - Pratiques de renvoi sommaire (pushback) vers un pays tiers et de rétention aux postes-frontières)

(C/2024/2570)

Langue de procédure: le néerlandais

Juridiction de renvoi

Rechtbank Den Haag, zittingsplaats 's-Hertogenbosch

Parties à la procédure au principal

Partie requérante: X

Partie défenderesse: Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid

Dispositif

1)

L’article 3, paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,

doit être interprété en ce sens que :

le fait que l’État membre responsable de l’examen de la demande de protection internationale d’un ressortissant de pays tiers a procédé, à l’égard de tels ressortissants cherchant à présenter une telle demande à sa frontière, à des renvois sommaires ainsi qu’à des rétentions à ses postes-frontières ne fait pas obstacle par lui-même au transfert de ce ressortissant vers cet État membre. Le transfert dudit ressortissant vers ledit État membre est toutefois exclu s’il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu’il courrait, lors du transfert ou par suite de celui-ci, un risque réel d’être soumis à de telles pratiques et que celles-ci sont, selon les circonstances qu’il appartient aux autorités compétentes et à la juridiction éventuellement saisie d’un recours contre la décision de transfert d’apprécier, susceptibles de le mettre dans une situation de dénuement matériel extrême d’une gravité telle qu’elle peut être assimilée à un traitement inhumain ou dégradant, interdit par l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

2)

Le règlement no 604/2013, lu à la lumière de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux,

doit être interprété en ce sens que :

—

l’État membre ayant sollicité la reprise en charge d’un demandeur de protection internationale par l’État membre responsable et souhaitant transférer ce demandeur vers ce dernier État membre doit, avant qu’il puisse procéder à ce transfert, prendre en considération toutes les informations que lui fournit ledit demandeur, notamment en ce qui concerne l’existence éventuelle d’un risque réel d’être soumis, au moment ou à la suite dudit transfert, à des traitements inhumains ou dégradants, au sens dudit article 4 ;

—

l’État membre souhaitant procéder au transfert doit coopérer à l’établissement des faits et/ou en vérifier la réalité ;

—

cet État membre doit s’abstenir de procéder à ce transfert en cas de motifs sérieux et avérés de croire qu’il existe un risque réel de tels traitements en cas de transfert ;

—

ledit État membre peut néanmoins chercher à obtenir de l’État membre responsable des garanties individuelles et, si de telles garanties sont fournies et apparaissent à la fois crédibles et suffisantes pour exclure tout risque réel de traitements inhumains ou dégradants, procéder au transfert.


(1) JO C 359, du 19.09.2022


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2570/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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