Conclusions de l'avocat général Mme T. Ćapeta, présentées le 13 juillet 2023.#Procédure pénale contre GN.#Demande de décision préjudicielle, introduite par la Corte suprema di cassazione.#Renvoi préjudiciel – Coopération judiciaire en matière pénale – Mandat d’arrêt européen – Décision-cadre 2002/584/JAI – Article 1er, paragraphe 3 – Article 15, paragraphe 2 – Procédure de remise entre États membres – Motifs de non-exécution – Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Article 7 – Respect de la vie privée et familiale – Article 24, paragraphes 2 et 3 – Prise en considération de l’intérêt supérieur de l’enfant – Droit de tout enfant d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents – Mère ayant des enfants en bas âge vivant avec elle.#Affaire C-261/22.
| CELEX | 62022CC0261 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 13 juillet 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
CONCLUSIONS DE L’AVOCATE GÉNÉRALE
MME TAMARA ĆAPETA
présentées le 13 juillet 2023 ( 1 )
Affaire C‑261/22
GN
en présence de
Procuratore generale presso la Corte di appello di Bologna
[demande de décision préjudicielle formée par la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie)]
« Renvoi préjudiciel – Mandat d’arrêt européen – Décision‑cadre 2002/584/JAI – Procédures de remise entre États membres – Respect de la vie privée et familiale – Droits de l’enfant – Mères vivant avec leurs enfants mineurs – Motifs de non‑exécution ou de report de la remise »
I. Introduction
| 1. | Les mères vont, elles aussi, en prison. |
| 2. | Une personne condamnée peut parfois être effectivement la mère d’enfants en bas âge. La Cour se trouve pour la première fois devant une situation où un mandat d’arrêt européen (MAE) a été émis en vue de l’exécution d’une peine d’emprisonnement prononcée à l’encontre d’une telle mère. L’intérêt supérieur de l’enfant est-il pertinent pour l’exécution d’un pareil MAE ? |
| 3. | La juridiction de renvoi, la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie), demande donc l’interprétation de la décision‑cadre 2002/584/JAI ( 2 ): est-il possible de refuser ou de reporter l’exécution d’un MAE si la personne recherchée est une mère qui vit avec ses enfants mineurs ? |
II. Les faits du litige au principal, les questions préjudicielles et la procédure devant la Cour
| 4. | Le 26 juin 2020, une autorité judiciaire belge a émis un MAE à l’encontre de GN aux fins de l’exécution d’une peine de cinq ans d’emprisonnement prononcée pour des infractions du fait de trafic d’êtres humains et de facilitation de l’immigration clandestine. GN avait été condamnée par défaut et, conformément au droit belge, elle avait été dûment informée du procès. |
| 5. | GN a été arrêtée à Bologne (Italie) le 2 septembre 2021. Au moment de son arrestation, son fils mineur qui vivait jusque-là avec elle a été confié aux services sociaux. N’ayant pas consenti à sa remise, GN a été maintenue en détention, laquelle a été remplacée ultérieurement par une assignation à résidence, moment où elle a été réunie à son fils. |
| 6. | Lors de l’audience du 17 septembre 2021, la Corte d’appello di Bologna (cour d’appel de Bologne, Italie) a rendu une décision tendant à obtenir des informations auprès de l’autorité judiciaire d’émission au titre de l’article 15, paragraphe 2, de la décision-cadre relative au MAE. Sa demande portait sur les modalités d’exécution d’une peine en Belgique pour les mères vivant avec leurs enfants mineurs, le traitement carcéral auquel GN serait soumise, les mesures qui seraient prises à l’égard de son fils, ainsi que la possibilité d’un nouveau procès dès lors que celui à l’issue duquel elle a été condamnée avait eu lieu par défaut. Le parquet d’Anvers (Belgique) a fait savoir que c’était le Service public fédéral Justice qui, en Belgique, pouvait répondre aux questions posées. À la suite de cette réponse, les deux autorités judiciaires n’ont plus eu aucune autre communication. |
| 7. | Par arrêt du 15 octobre 2021, la Corte d’appello di Bologna (cour d’appel de Bologne) a refusé de remettre GN à l’autorité judiciaire requérante en raison du fait qu’elle était la mère d’un enfant de moins de 3 ans qui vivait seul avec elle au moment de son arrestation, et elle a ordonné sa libération immédiate. Selon cette juridiction, en l’absence de réponse de la part de l’autorité judiciaire d’émission, il n’y avait aucune certitude que le droit belge reconnaisse des modalités de détention comparables à celles de la République italienne, qui protègent le droit d’une mère de ne pas être privée de sa relation avec ses enfants et assurent que ces derniers reçoivent l’aide maternelle et familiale nécessaire, telle que garantie par la Constitution italienne, par l’article 3 de la convention relative aux droits de l’enfant ( 3 ), ainsi que par l’article 24 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »). |
| 8. | Tant le Procuratore generale presso la Corte di appello di Bologna (procureur général auprès de la cour d’appel de Bologne) que GN se sont pourvus en cassation contre l’arrêt susmentionné. Saisie de ces pourvois, la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation), a décidé de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
|
| 9. | Des observations écrites ont été déposées par GN, le procureur général auprès de la cour d’appel de Bologne, les gouvernements italiens, hongrois et néerlandais, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne. Une audience s’est tenue le 28 mars 2023 au cours de laquelle GN, les gouvernements italien et néerlandais, le Conseil et la Commission ont présenté des observations orales. |
III. Analyse
| 10. | Afin que la Cour puisse fournir une réponse utile à la juridiction de renvoi, je me propose de reformuler les questions préjudicielles qu’elle a posées. En tout premier lieu, cette juridiction cherche à savoir si elle est en droit de refuser l’exécution d’un MAE dans le cas où, par une telle remise, elle risquerait de porter atteinte aux droits fondamentaux d’une mère dont la remise est demandée ainsi que les droits fondamentaux des enfants mineurs qui vivent avec elle. À titre subsidiaire, elle demande si elle peut reporter cette remise. Les droits en cause sont le droit à la vie familiale garanti à l’article 7 de la Charte et l’intérêt supérieur de l’enfant garanti à l’article 24 de celle-ci. |
| 11. | Par la seconde question, la juridiction de renvoi émet des doutes quant à la compatibilité, avec les deux droits fondamentaux en cause, de la décision-cadre relative au MAE si celle-ci doit être interprétée en ce sens qu’elle s’oppose à un refus ou à un report de l’exécution d’un MAE dans les circonstances de l’affaire au principal. Cette question ne devient donc pertinente que si la Cour rejette la possibilité de refuser l’exécution du MAE. Compte tenu de la réponse que je suggérerai à la Cour de donner à la première question, il n’y aura pas lieu de répondre à la seconde question. |
| 12. | Le problème que la juridiction de renvoi soulève est à la fois familier et inédit. Il est familier en ce qu’il s’agit d’un renvoi préjudiciel de plus dans la série de ceux visant à savoir si un risque de violation d’un droit fondamental peut constituer une raison de refuser l’exécution d’un MAE en dehors des motifs obligatoires ou facultatifs de non‑exécution expressément prévus aux articles 3, 4 et 4 bis de la décision-cadre relative au MAE ( 4 ). |
| 13. | Par ailleurs, il est aussi tout à fait inédit en ce que, pour la première fois, une non‑exécution serait susceptible d’être fondée sur l’atteinte éventuelle aux droits fondamentaux non pas (seulement) de la personne recherchée, mais (aussi) d’un tiers, à savoir l’enfant mineur de la mère dont la remise est demandée. |
| 14. | Ce sont là, à mon sens, deux problématiques qu’il convient de distinguer l’une de l’autre. C’est pourquoi je commencerai par examiner les conditions dans lesquelles le droit de la mère à sa vie familiale, tel que garanti à l’article 7 de la Charte, est susceptible de justifier le refus de sa remise. La réponse à cette question peut être donnée sur la base d’une jurisprudence déjà bien développée qui interprète l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE. J’analyserai ensuite les conséquences qui découlent de l’obligation incombant à l’autorité d’exécution d’agir dans l’intérêt supérieur de l’enfant, comme le requiert l’article 24 de la Charte. Je ferai valoir que les droits de l’enfant sont susceptibles de justifier le refus de la remise. Enfin, j’aborderai séparément la possibilité d’un report de cette remise. |
A. Le risque de violation du droit à la vie familiale de la mère et l’appréciation « en deux temps »
| 15. | Ce n’est que depuis l’arrêt Aranyosi et Căldăraru, rendu dans le courant de l’année 2016, que la Cour a admis la possibilité de refuser l’exécution d’un MAE pour un motif non prévu expressément dans la décision-cadre relative au MAE elle-même ( 5 ). |
| 16. | Dans cet arrêt, la Cour a considéré qu’un risque sérieux de violation de l’interdiction des peines ou traitements inhumains et dégradants, interdiction constituant un droit fondamental absolu garanti à l’article 4 de la Charte, était susceptible de constituer une raison pour refuser la remise. Elle s’est fondée sur l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE et a jugé que le refus était subordonné à l’exigence que l’autorité d’exécution confirme, d’une part, l’existence de défaillances systémiques ou généralisées en ce qui concerne le respect de l’article 4 de la Charte dans l’État membre d’émission et, d’autre part, l’existence du risque que le droit de la personne concernée soit violé ( 6 ). |
| 17. | C’est ce qu’il est convenu d’appeler l’appréciation « en deux temps » ( 7 ). Dans les diverses affaires qui ont suivi, où, pour la plupart, il lui était demandé d’expliquer l’étendue des investigations incombant à l’autorité judiciaire d’exécution lorsque cette dernière procède à cette appréciation, la Cour a confirmé la position qu’elle avait prise dans l’arrêt Aranyosi et Căldăraru ( 8 ). |
| 18. | Dans une autre série d’arrêts, fondés sur la même argumentation que celle retenue dans l’arrêt Aranyosi et Căldăraru, la Cour a considéré que, sous les conditions de l’appréciation « en deux temps », le refus de la remise était également justifié lorsqu’il s’agit de la violation éventuelle du droit à un procès équitable de la personne recherchée, tel que garanti à l’article 47 de la Charte. C’est ce qu’elle a décidé dans l’arrêt LM ( 9 ) et qu’elle a confirmé dans plusieurs arrêts ultérieurs ( 10 ). |
| 19. | Dans tous ces arrêts, sans exception, le droit fondamental en cause était celui de la personne recherchée. La présente affaire soulèverait une question semblable à celles posées dans les affaires mentionnées aux points qui précèdent dans la mesure où il est demandé à la Cour si, pour s’opposer à la remise, GN peut invoquer son droit à la vie familiale tel que consacré à l’article 7 de la Charte. |
| 20. | La possibilité d’écarter l’obligation d’exécuter un MAE avait été confirmée, jusqu’ici, uniquement en ce qui concerne deux droits fondamentaux, qui sont ceux que la Charte garantit à ses articles 4 et 47 ( 11 ). Or, je ne vois aucune raison de principe justifiant qu’il n’en irait pas de même en cas de soupçons de défaillances systémiques ou généralisées dans la protection d’un autre droit fondamental ( 12 ), tel que, comme en l’espèce, le droit à la vie familiale. |
| 21. | Le point de départ pour cette investigation est le fait que l’imposition d’une peine d’emprisonnement constitue forcément, comme la Commission l’a souligné à juste titre lors de l’audience, une ingérence dans le droit à la vie familiale de GN. En principe, toutefois, cette restriction est considérée comme nécessaire à la réalisation d’un autre intérêt sociétal, qui est celui d’éviter l’impunité des auteurs d’infractions pénales ( 13 ). Néanmoins, dans l’exercice de leurs pouvoirs coercitifs sur les particuliers, les États membres sont tenus de respecter le principe de proportionnalité. Ils ont donc l’obligation de restreindre le moins possible le droit à la vie familiale des mères en prison. Cela dit, ils disposent d’une liberté d’appréciation dans le choix de la manière dont ils tiendront compte de ce droit ( 14 ). |
| 22. | Par conséquent, je suis d’avis que GN ne pourrait invoquer son droit à la vie familiale en tant que justification pour la non‑exécution du MAE que si l’autorité d’exécution a des raisons de soupçonner que l’État membre d’émission ne respectera pas ce droit à la vie familiale. |
| 23. | Ainsi que la Cour l’a réaffirmé à de multiples reprises ( 15 ), le mécanisme du MAE repose sur la présomption que les États membres respectent les droits fondamentaux. |
| 24. | Dès lors, conformément à l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE, le point de départ doit être que, dans le cadre de son système et sa pratique juridiques, l’État membre d’émission a instauré des mesures qui ne restreignent pas de manière disproportionnée le droit des personnes incarcérées de maintenir leurs liens familiaux. Cette présomption ne peut être mise en doute que si l’autorité d’exécution a connaissance ( 16 ) de défaillances systémiques ou généralisées dans la garantie du droit à la vie familiale des personnes incarcérées dans l’État d’émission. |
| 25. | Il importe de souligner que cette conclusion ne saurait être fondée sur le fait d’avoir connaissance que, en ce qui concerne la protection de la vie familiale des personnes incarcérées, l’État membre d’émission a fait un choix législatif différent de celui de l’État membre d’exécution. |
| 26. | Sans aucune exception, dans toutes les affaires interprétant l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE de manière à permettre un refus de la remise, l’appréciation « en deux temps » avait été déclenchée par la connaissance que l’autorité d’exécution avait d’éventuelles défaillances systémiques ou généralisées dans la protection du droit fondamental concerné dans l’État membre d’émission. Seul un tel cas de figure permettait à l’autorité d’exécution d’écarter le principe de confiance mutuelle et de mettre en cause la protection des droits fondamentaux dans l’État membre d’émission en procédant à l’appréciation « en deux temps ». |
| 27. | En l’espèce, rien ne vient justifier une mise en œuvre de l’appréciation « en deux temps ». L’élément déclencheur nécessaire, à savoir le soupçon que le Royaume de Belgique viole systématiquement le droit à la vie familiale des mères purgeant une peine d’emprisonnement, fait défaut. |
| 28. | Dans ces conditions, l’autorité d’exécution ne peut pas refuser d’exécuter le MAE au motif d’une atteinte possible au droit à la vie familiale de GN. |
| 29. | La question peut encore légitimement se poser de savoir si les droits de GN pourraient finir par se voir excessivement restreints (par exemple, au cas où, par hypothèse, les règles de l’établissement pénitentiaire où elle purge sa peine n’autoriseraient des visites familiales qu’une fois par semaine). À l’évidence, il est impossible d’exclure une violation d’ordre individuel dans toute situation donnée. |
| 30. | Cela étant, le système de reconnaissance mutuelle sur lequel le MAE ainsi que d’autres instruments similaires du droit de l’Union ( 17 ) sont fondés ne repose pas sur une attente (peu probable) que les droits fondamentaux ne soient jamais violés. Plus exactement, il repose sur la présomption qu’une atteinte d’ordre individuel à un droit fondamental sera redressée. Toutefois, ce redressement incombe à l’État membre d’émission ( 18 ). Les cas individuels de violations de droits fondamentaux doivent être résolus par l’État membre d’émission – et non l’État membre d’exécution –, y compris en assurant un accès à ses juridictions ( 19 ). |
| 31. | En outre, même si des violations d’ordre individuel ne peuvent pas être exclues, il serait bien impossible à l’autorité d’exécution de les prédire à moins qu’il n’existe une indication qu’elles se produisent systématiquement dans l’État membre d’émission. |
| 32. | En l’espèce, en l’absence de toute indication quant à l’existence de défaillances systémiques ou généralisées dans les garanties de vie familiale des personnes incarcérées en Belgique, j’estime que l’autorité d’exécution ne peut pas refuser la remise pour ce motif ( 20 ). |
| 33. | En juger autrement viderait de sa substance le principe de confiance mutuelle sur lequel la reconnaissance mutuelle repose. |
B. L’intérêt supérieur de l’enfant
| 34. | L’autre personne dont les droits fondamentaux sont en cause dans la présente affaire ou, plutôt, les autres personnes – puisqu’il a été signalé que GN a mis au monde un second enfant postérieurement à l’émission du MAE – sont ses enfants. |
| 35. | Les enfants de GN jouissent également du droit à la vie familiale. Qui plus est, s’agissant d’enfants, leur droit à la vie familiale doit toujours être interprété au regard d’une autre disposition de la Charte, à savoir l’article 24 de celle-ci ( 21 ). |
| 36. | L’article 24 de la Charte protège les droits de l’enfant. Son paragraphe 2 revêt une importance particulière pour la présente affaire. Il prévoit que « [d]ans tous les actes relatifs aux enfants, qu’ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». En outre, aux termes de son paragraphe 3, « [t]out enfant a le droit d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt » ( 22 ). |
| 37. | L’atteinte éventuelle aux droits fondamentaux des enfants de GN n’est qu’indirectement liée au MAE : ils sont des victimes collatérales potentielles de l’exécution du MAE au titre duquel leur mère doit être remise. |
| 38. | Or, l’article 24 de la Charte régit toutes les activités résultant de l’application du droit de l’Union, même lorsqu’elles ne concernent pas directement l’enfant mais emportent des conséquences importantes pour ce dernier ( 23 ). |
| 39. | Par conséquent, le souci de l’intérêt supérieur de l’enfant peut influer sur la décision d’exécuter ou non un MAE. |
| 40. | Cependant, comme les enfants ne sont qu’indirectement concernés par l’exécution du MAE ( 24 ), la question de la protection de leurs droits est d’un autre ordre que celle qui avait été au cœur des affaires précédentes se rapportant à l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE. |
| 41. | Une non‑exécution éventuelle d’un MAE en vue de protéger l’intérêt supérieur de l’enfant ne pose pas une question qui a trait à la confiance mutuelle. L’intérêt supérieur de l’enfant exige une attention, même lorsque l’État membre d’émission offre un niveau élevé de protection aux enfants dont la mère est en prison. |
| 42. | En soi, la protection de cet intérêt requiert une appréciation différente : toute analyse dans ce cadre commence par celle de la situation concrète de l’enfant en cause et non par celle des conditions dans l’État membre d’émission. La manière dont cet État membre traite les détenus ayant des enfants en bas âge joue un rôle dans la décision de l’autorité d’exécution en raison non pas d’une méfiance à l’égard de l’État membre d’émission, mais en tant que l’un des facteurs permettant de retenir la décision qui serait la meilleure pour l’enfant spécifiquement concerné. |
| 43. | À cet égard, en ce qu’elle sauvegarde le principe de la confiance mutuelle, l’appréciation « en deux temps » est dénuée de pertinence pour répondre à la question de savoir si l’exécution d’un MAE peut être refusée afin de protéger l’intérêt supérieur de l’enfant ( 25 ). |
| 44. | Avant d’examiner si l’intérêt supérieur de l’enfant pourrait justifier un refus de la remise et quelles sont les mesures que les autorités d’exécution et d’émission doivent entreprendre à cet égard, j’indiquerai tout d’abord brièvement comment la Cour s’est préoccupée de ce droit fondamental dans sa jurisprudence. |
1. L’intérêt supérieur de l’enfant dans la jurisprudence de la Cour
| 45. | L’intérêt supérieur de l’enfant a été décrit dans la doctrine comme « l’une de ces notions juridiques les plus floues et les moins bien comprises » [traduction libre] ( 26 ). Dans cette optique, certains auteurs se sont efforcés de déterminer la nature exacte des obligations visées par l’article 24 de la Charte ( 27 ) et ont souligné la nécessité de préciser davantage comment cette notion doit être utilisée en droit de l’Union ( 28 ). Que nous apprend la jurisprudence de la Cour en ce qui concerne l’intérêt supérieur de l’enfant ? |
| 46. | L’arrêt rendu par la Cour dans l’affaire Piotrowski est la seule décision qui concerne spécifiquement le système du MAE ( 29 ). Cette affaire avait trait à la possibilité d’exécuter un MAE lorsque la personne recherchée est un mineur d’âge. La Cour a souligné que c’était pour protéger les droits de l’enfant dans de telles situations que la directive (UE) 2016/800 ( 30 ) avait été adoptée. Cette directive établit les règles minimales concernant spécifiquement les droits procéduraux des enfants qui font l’objet d’un MAE ( 31 ). En substance, il n’y a pas de refus automatique d’exécuter un MAE dans le cas où la personne recherchée serait un mineur d’âge, à moins qu’il n’ait pas encore atteint l’âge minimal de la responsabilité pénale ( 32 ). |
| 47. | Toutefois, dans des situations où, telles que celle qui nous occupe, l’enfant dont les droits sont en cause n’est pas lui-même la personne recherchée, cette décision me paraît peu utile. |
| 48. | Il n’en demeure pas moins que cet arrêt illustre l’importance que la Cour accorde à la nécessité de procéder à une évaluation concrète de la situation de l’enfant spécifiquement concerné. Il en a été de même dans d’autres domaines du droit de l’Union. Ainsi, dans celui de l’asile, pour ce qui concernait le retour d’un mineur non accompagné, la Cour a jugé que « seule une appréciation générale et approfondie de la situation du mineur non accompagné en cause permet d’identifier l’“intérêt supérieur de l’enfant” » ( 33 ). |
| 49. | Par ailleurs, pour ce qui concernait une décision de retour du père d’un enfant mineur, la Cour a énuméré des circonstances très spécifiques dont il fallait tenir compte lorsqu’une telle décision était prise, ces circonstances étant, notamment, l’âge de l’enfant, son développement physique et émotionnel, le degré de sa relation affective avec chacun de ses parents, ainsi que le risque que la séparation d’avec ce père ou cette mère engendrerait pour l’équilibre de cet enfant ( 34 ). |
| 50. | La Cour a également jugé, pour ce qui concernait le regroupement familial de ressortissants de pays tiers, que toute évaluation d’une décision individuelle susceptible d’affecter l’enfant devait tenir compte de la nécessité pour ce dernier d’entretenir régulièrement des relations personnelles avec ses deux parents ( 35 ). L’autorité qui prend une décision affectant un enfant doit également tenir compte du degré des relations affectives que l’enfant a nouées avec ses tuteurs ainsi que du niveau de sa dépendance à l’égard de ces derniers, en ce que ceux-ci assument l’autorité parentale et la charge légale et financière de l’enfant en question ( 36 ). |
| 51. | Une autre considération importante est la capacité du parent à assumer entièrement la garde de l’enfant ( 37 ) ainsi que la dépendance de ce dernier à l’égard du parent ( 38 ). |
| 52. | Ce que ces arrêts ont en commun est que chacun d’eux considère que, dans l’appréciation de l’intérêt supérieur de l’enfant, la détermination de la situation de ce dernier constitue toujours la première mesure à entreprendre dans tout processus décisionnel et que ce qui doit être déterminé est la situation concrète de cet enfant ( 39 ). |
| 53. | Voici qui nous donne des indications sur l’exigence énoncée à l’article 24, paragraphe 2, de la Charte, selon lequel l’intérêt de l’enfant doit être une considération primordiale : à chaque fois que des enfants sont concernés, ce qu’il faut apprécier en premier lieu est leur intérêt, et ce toujours en ayant égard à leur situation concrète ( 40 ). |
| 54. | Ce n’est qu’après avoir procédé à une telle appréciation que l’autorité compétente dispose de suffisamment d’informations pour prendre ensuite la décision pertinente – dans le cas qui nous occupe, celle d’exécuter ou non un MAE. |
| 55. | En tant que considération primordiale, l’intérêt supérieur de l’enfant signifie-t-il également que toute décision d’une autorité publique qui s’immisce dans cet intérêt est purement et simplement interdite ? Ou bien l’intérêt supérieur de l’enfant exige-t-il qu’il soit mis en balance par rapport à d’autres intérêts publics qui sont en jeu dans un cas particulier ( 41 ) ? |
| 56. | Ainsi que je le montrerai dans la section qui suit, l’intérêt supérieur de l’enfant ne constitue pas, à mon sens, une interdiction de principe absolue à l’exécution d’un MAE. Toutefois, il n’en constitue pas moins un obstacle de taille à franchir : comme je l’indiquerai, la barre de l’obstacle est placée bien trop haut pour que l’autorité judiciaire d’exécution qui statue en l’espèce sur le MAE le franchisse. |
2. De quoi faut-il que l’autorité judiciaire d’exécution tienne compte lors de sa décision sur l’intérêt supérieur de l’enfant ?
| 57. | Tout d’abord, la disposition de l’article 1er, paragraphe 3, de la décision‑cadre relative au MAE s’applique non pas seulement aux personnes recherchées, mais aussi à toutes les autres personnes susceptibles d’être affectées par un MAE ( 42 ). Rien ne donne à penser que, en vertu de cette disposition, seules les personnes recherchées sont protégées contre une violation de leurs droits fondamentaux. Qui plus est, même si ladite disposition n’avait pas été prévue dans la décision‑cadre relative au MAE, dès lors que le droit de l’Union s’applique, il en va de même pour les droits fondamentaux tels que consacrés dans la Charte ( 43 ). |
| 58. | Partant, pour l’autorité judiciaire d’exécution, il existe indubitablement une obligation de prendre une décision qui protège l’intérêt supérieur des enfants de GN. |
| 59. | La première mesure à entreprendre dans toute affaire qui porte sur les droits de l’enfant doit être de procéder à une appréciation concrète et approfondie de la situation individuelle de l’enfant concerné ( 44 ). Aux fins de cette évaluation, l’autorité judiciaire d’exécution doit tenir compte de toutes les informations pertinentes. |
| 60. | Il importe de souligner que, pour le fonctionnement du système du MAE, la collecte de telles informations ( 45 ) comprend les communications avec l’autorité judiciaire d’émission au titre de l’article 15, paragraphe 2, de la décision-cadre relative au MAE ( 46 ). |
| 61. | En l’espèce, l’autorité judiciaire d’exécution a effectivement présenté une demande d’informations complémentaires à l’autorité judiciaire d’émission en application de l’article 15, paragraphe 2, la décision-cadre relative au MAE. Elle s’est enquise des conditions carcérales, en Belgique, des mères d’enfants en bas âge. L’autorité judiciaire d’émission n’a pas répondu à cette question, mais, au lieu de cela, elle a renvoyé l’autorité judiciaire d’exécution au service public fédéral Justice du Royaume de Belgique, qui est le ministère en charge de ces questions. L’autorité judiciaire d’exécution n’a plus posé d’autres questions. |
| 62. | S’agit-il ici d’une utilisation satisfaisante du mécanisme de communication prévu à l’article 15, paragraphe 2, de la décision-cadre relative au MAE ? |
| 63. | La réponse à cette question est assurément négative. |
| 64. | La Cour a souligné à plusieurs reprises l’importance que le mécanisme de communication entre les deux autorités judiciaires revêt dans l’exécution du MAE. Elle a déclaré qu’il constituait une expression de l’obligation de coopération loyale, selon laquelle « les États membres se respectent et s’assistent mutuellement dans l’accomplissement des missions qui découlent des traités » ( 47 ). |
| 65. | La Cour en a conclu que les autorités judiciaires doivent faire pleinement usage des instruments prévus par la décision-cadre relative au MAE ( 48 ), tels que le mécanisme de communication visé à l’article 15, paragraphe 2, de cette décision‑cadre. |
| 66. | Dans la présente affaire, cela signifie que les autorités judiciaires concernées doivent faire usage de l’article 15, paragraphe 2, de la décision-cadre relative au MAE afin que l’autorité judiciaire d’exécution soit suffisamment informée de la situation qui attendrait GN et ses enfants en Belgique. |
| 67. | Au cours d’un tel processus de communication, on peut concevoir que l’autorité judiciaire d’émission fournisse des informations sur les conditions carcérales des mères ayant des enfants en bas âge ou sur les autres solutions mises en place. Toutefois, il se peut aussi que cette autorité refuse de recevoir les enfants de GN. Tout est dans l’ordre du possible. Toutes ces informations sont pertinentes pour déterminer si l’exécution d’un MAE à l’égard de GN est dans l’intérêt supérieur de ses enfants. |
| 68. | Du point de vue de l’autorité judiciaire d’exécution, tout spécialement dans un cas comme celui de l’espèce, il importe de savoir quelle conséquence elle doit attacher au fait que l’autorité judiciaire d’émission ne tienne pas compte d’une demande d’information. Faut-il que cette situation conduise à une non‑exécution automatique d’un MAE ? |
| 69. | Lors de l’audience, la Commission a soutenu que, effectivement, telle devrait être la conséquence d’une absence de réponse dans un délai raisonnable ( 49 ). |
| 70. | Je ne pense pas que la décision-cadre relative au MAE attache une conséquence automatique de non‑exécution au fait que l’autorité judiciaire d’émission n’ait pas répondu. |
| 71. | Ici se concrétise néanmoins l’intérêt supérieur de l’enfant en tant que considération primordiale. Si elle ne reçoit pas suffisamment d’informations pour lui permettre d’être absolument certaine que l’exécution du MAE n’ira pas à l’encontre de l’intérêt supérieur de l’enfant, l’autorité d’exécution doit refuser la remise. |
| 72. | En effet, dans un tel cas de figure, l’intérêt supérieur de l’enfant poserait un obstacle dont la barre est placée trop haut pour que l’autorité judiciaire d’exécution le franchisse. |
3. Les instruments intégrés dans la décision-cadre relative au MAE pour éviter l’impunité
| 73. | Une grande partie de la jurisprudence expliquant le sens et les effets de l’intérêt supérieur de l’enfant a été développée dans le domaine de l’asile et de la migration. Tout en étant utile pour déterminer les critères qui se rapportent à l’intérêt supérieur de l’enfant, cette jurisprudence n’envisage pas le risque d’impunité, lequel ne se pose pas dans ce domaine du droit. |
| 74. | La présente affaire invite donc la Cour à concilier l’objectif d’assurer l’intérêt supérieur de l’enfant, qui doit être une considération primordiale, avec celui d’éviter l’impunité, qui est l’un des buts principaux du système du MAE ( 50 ). |
| 75. | Dans leurs observations écrites et lors de l’audience, les parties dans la présente affaire ont examiné d’autres possibilités pour aborder l’intérêt supérieur de l’enfant. Ces examens visaient à trouver une solution pour éviter le refus d’exécution du MAE (et donc éviter l’impunité de GN), tout en veillant à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit protégé. |
| 76. | Si l’instauration de toute solution nouvelle relève de la compétence du législateur de l’Union et non de celle de la Cour, je suis convaincue que les dispositions de la décision-cadre relative au MAE offrent certains instruments qui sont utiles pour faire face aux situations telles que celle en cause. À mon sens, ces instruments sont susceptibles de réduire le risque d’impunité dans le cadre de la protection de l’intérêt supérieur de l’enfant. Il s’agit, en particulier, des dispositions de l’article 23, paragraphe 4, ainsi que de l’article 4, paragraphe 6, et de l’article 5, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE. |
a) Le report de la remise : l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE
| 77. | Par la première question, la juridiction de renvoi demande non pas seulement si l’exécution du MAE peut être refusée, mais aussi si, à titre subsidiaire, elle pourrait être reportée. |
| 78. | Les parties à la procédure devant la Cour ont examiné la possibilité d’appliquer à la présente affaire l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE. Cette disposition prévoit ce qui suit : « Il peut exceptionnellement être sursis temporairement à la remise, pour des raisons humanitaires sérieuses, par exemple lorsqu’il y a des raisons valables de penser qu’elle mettrait manifestement en danger la vie ou la santé de la personne recherchée. L’exécution du [MAE] a lieu dès que ces raisons ont cessé d’exister. L’autorité judiciaire d’exécution en informe immédiatement l’autorité judiciaire d’émission et convient avec elle d’une nouvelle date de remise. Dans ce cas, la remise a lieu dans les dix jours suivant la nouvelle date convenue ». |
| 79. | Le procureur général auprès de la cour d’appel de Bologne est d’avis – et c’est aussi le point de vue défendu par le gouvernement italien lors de l’audience – que, en tout état de cause, l’exécution devrait non pas être refusée mais simplement reportée au titre de l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE, et ce jusqu’au moment où l’enfant aura atteint un niveau de maturité plus élevé. Le Conseil a fait observer que le risque sérieux pour l’enfant pouvait, dans certains cas, être interprété comme une raison humanitaire sérieuse qui justifierait l’application de cet article 23, paragraphe 4. |
| 80. | Lors de l’audience, la Commission a exprimé son désaccord et a ajouté que cette disposition pouvait seulement être utilisée à partir du moment où la décision sur l’exécution a effectivement été prise. |
| 81. | Outre le fait que l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE se réfère spécifiquement à la personne recherchée, je ne pense pas qu’il soit possible d’utiliser cette disposition dans un cas tel que celui en cause. Son libellé même fait état de raisons humanitaires sérieuses et donne l’exemple d’un danger manifeste pour la santé de la personne recherchée (et non de celle d’une tierce personne). |
| 82. | Dans l’arrêt E. D. L., la Cour a jugé que l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE pouvait être utilisé lorsque l’autorité judiciaire d’exécution a des motifs sérieux et avérés de croire que « la remise de la personne recherchée, gravement malade, l’exposerait à un risque réel de réduction significative de son espérance de vie ou de détérioration rapide, significative et irrémédiable de son état de santé » ( 51 ). |
| 83. | Selon moi, cette approche est effectivement adaptée à une application à la personne recherchée : quoi qu’il n’existe aucun motif pour refuser l’exécution du MAE, le report de celle-ci est nécessaire en raison de l’état de la personne recherchée. |
| 84. | Dans le cas d’espèce, l’intérêt supérieur de l’enfant est une considération nécessaire pour une personne autre que la personne recherchée elle-même, à savoir pour les enfants de cette dernière. S’il existe un risque que le transfert de la mère représente un danger sérieux pour ses enfants (par exemple, pour leur santé ou leur développement émotionnel), à mon avis, cet aspect devrait déjà constituer une considération importante avant de décider de la remise. |
| 85. | Même en allant au-delà de la lettre de l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE et en imaginant qu’il serait possible d’appliquer cette disposition aux enfants de la personne recherchée, attendre qu’ils atteignent un niveau de maturité plus élevé, comme le suggère le gouvernement italien, ne répondrait pas au critère des raisons humanitaires tel qu’il a été interprété par la Cour dans ledit arrêt E. D. L. |
| 86. | Cela dénaturerait, selon moi, la finalité attachée à l’article 23, paragraphe 4, de la décision-cadre relative au MAE. |
| 87. | Partant, dans la présente affaire, l’article 23, paragraphe 4, de la décision‑cadre relative au MAE ne nous est d’aucune aide. |
b) L’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE
| 88. | L’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE est une autre possibilité que les autorités judiciaires d’exécution pourraient utiliser lorsqu’elles déterminent qu’il est dans l’intérêt supérieur de l’enfant de garder tant la mère que l’enfant dans l’État membre d’exécution. |
| 89. | Cette disposition prévoit la faculté, pour l’autorité judiciaire d’exécution, de ne pas exécuter un MAE qui a été délivré aux fins d’exécution d’une peine ou d’une mesure de sûreté privatives de liberté, lorsque la personne recherchée demeure dans l’État membre d’exécution, en est ressortissante ou y réside, et que cet État s’engage à exécuter cette peine ou mesure de sûreté. |
| 90. | L’objectif principal poursuivi par cette disposition est de permettre à l’autorité judiciaire d’exécution d’accorder une importance particulière à la possibilité d’accroître les chances de réinsertion sociale de la personne recherchée à l’expiration de la peine prononcée ( 52 ). |
| 91. | Rien ne s’oppose, cependant, à ce que cette disposition soit utilisée également dans le but de sauvegarder l’intérêt supérieur de l’enfant tout en évitant l’impunité par la même occasion. Avoir recours à l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE pourrait être la meilleure des solutions si, pour quelque raison que ce soit liée à l’enfant en cause, il était dans son intérêt supérieur de ne pas quitter l’État membre d’exécution et qu’il importait simultanément toutefois qu’il entretienne des contacts fréquents et des relations étroites avec sa mère (par exemple, dans une situation où l’autre parent ou la famille élargie vit dans l’État membre d’exécution). |
| 92. | Selon la juridiction de renvoi, la République italienne a transposé l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE en droit interne en imposant une condition de résidence en Italie d’au moins cinq ans pour que la personne recherchée puisse bénéficier de cette disposition. |
| 93. | La Cour a considéré que les termes « demeure dans » et « réside » figurant à l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE sont des notions autonomes du droit de l’Union qui ne peuvent pas être définies par les États membres ( 53 ). Selon elle, ces termes « visent, respectivement, les situations dans lesquelles la personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen soit a établi sa résidence réelle dans l’État membre d’exécution, soit a acquis, à la suite d’un séjour stable d’une certaine durée dans ce même État, des liens de rattachement avec ce dernier d’un degré similaire à ceux résultant d’une résidence » ( 54 ). |
| 94. | De ce fait, la juridiction de renvoi est dans l’obligation d’interpréter son droit national conformément à l’interprétation autonome de ces termes que la Cour a fournie et qui n’impose pas l’exigence d’avoir demeuré dans l’État pendant cinq ans. |
| 95. | Il est vrai que l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE confère à l’autorité judiciaire d’exécution une faculté et que cette disposition ne crée aucune obligation d’exécuter la peine d’emprisonnement dans l’État membre d’exécution. Or, s’agissant de la protection de l’intérêt supérieur de l’enfant, cette faculté pourrait bien se muer en une obligation si l’autorité judiciaire d’exécution juge qu’il est dans l’intérêt supérieur de l’enfant qu’il ne quitte pas l’État membre d’exécution ( 55 ). |
| 96. | Cette disposition fournit donc, à mon avis, un autre instrument procédural permettant à l’autorité judiciaire d’exécution d’atténuer le risque d’impunité tout en sauvegardant l’intérêt supérieur de l’enfant. |
c) L’article 5, initio et point 3, de la décision-cadre relative au MAE
| 97. | L’article 5, initio et point 3, de la décision-cadre relative au MAE prévoit que, lorsqu’un MAE est émis aux fins de poursuite d’une personne qui est ressortissante ou résidente ( 56 ) de l’État membre d’exécution, la remise peut être subordonnée à la condition que la personne, après avoir été entendue, soit renvoyée dans l’État membre d’exécution afin d’y subir la peine ou la mesure de sûreté privatives de liberté qui serait prononcée à son encontre dans l’État membre d’émission. |
| 98. | Cette disposition constitue, d’une certaine façon, l’image inversée de l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE : lorsque le MAE est émis aux fins de poursuite (comme dans le cas de l’article 5, initio et point 3) ou aux fins de l’exécution d’une peine (article 4, initio et point 6), les résidents de l’État membre d’exécution peuvent bénéficier de l’exécution d’une peine dans l’État membre de leur résidence. |
| 99. | L’article 5, initio et point 3, de la décision-cadre relative au MAE concerne les situations où un MAE est émis aux fins de poursuite, et l’on peut soutenir que tel n’est pas le cas en l’espèce. GN a été condamnée en Belgique et le MAE a été explicitement délivré aux fins de l’exécution d’une peine d’emprisonnement. |
| 100. | Toutefois, lors de l’audience, GN et la Commission ont expliqué que, puisque la condamnation a été prononcée par défaut, il existe une possibilité qu’un nouveau procès ait lieu en Belgique et, de ce fait, selon elles, le MAE en cause est également émis aux fins de poursuite. |
| 101. | Dans un tel cas de figure, l’article 5, initio et point 3, de la décision-cadre relative au MAE autoriserait l’autorité judiciaire d’exécution à imposer, pour la remise de personnes ressortissantes ou résidentes de l’État membre d’exécution, la condition que ces personnes soient renvoyées dans ce dernier État pour y subir la peine ou la mesure de sûreté privatives de liberté. |
| 102. | D’une part, les faits de l’affaire font naître des doutes que GN soit une résidente de la République italienne. Toutefois, il s’agit là d’une appréciation qui incombe à la juridiction de renvoi. |
| 103. | D’autre part, la phrase introductive de l’article 5 de la décision‑cadre relative au MAE prévoit que l’autorité d’exécution peut faire usage de cette possibilité. Ainsi, l’article 5, initio et point 3, de la décision-cadre relative au MAE constitue une autre solution qui s’offre aux autorités judiciaires d’exécution lorsqu’elles déterminent qu’il est dans l’intérêt supérieur de l’enfant de garder la mère et l’enfant dans l’État membre d’exécution. |
| 104. | Cependant, étant donné que le MAE émis à l’encontre de GN est explicitement délivré aux fins de l’exécution d’une peine d’emprisonnement, j’estime que cette disposition ne peut pas être utilisée dans la présente affaire. |
IV. Conclusion
| 105. | Au vu des considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre aux questions préjudicielles posées par la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie) de la manière suivante :
|
( 1 ) Langue originale : l’anglais.
( 2 ) Décision-cadre du Conseil du 13 juin 2002 relative au mandat d’arrêt européen et aux procédures de remise entre États membres (JO 2002, L 190, p. 1), telle que modifiée par la décision‑cadre 2009/299/JAI du Conseil du 26 février 2009 (JO 2009, L 81, p. 24) (ci‑après la « décision-cadre relative au MAE »).
( 3 ) Adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989 (Recueil des traités des Nations unies, vol. 1577, p. 3).
( 4 ) La Cour a introduit la possibilité de refuser l’exécution d’un MAE en dehors des cas envisagés aux articles 3, 4 et 4 bis de la décision-cadre relative au MAE dans l’arrêt du 5 avril 2016, Aranyosi et Căldăraru (C‑404/15 et C‑659/15 PPU, ci-après l’« arrêt Aranyosi et Căldăraru », EU:C:2016:198).
( 5 ) Même avant l’arrêt Aranyosi et Căldăraru, les juridictions nationales éprouvaient des inquiétudes à l’idée que, en exécutant des MAE, elles risquaient de porter atteinte aux droits fondamentaux de la personne recherchée tels que protégés par la CEDH, raison pour laquelle elles avaient à plusieurs reprises saisi la Cour de questions préjudicielles. Toutefois, dans ces affaires antérieures, la Cour n’a pas jugé nécessaire d’établir des possibilités supplémentaires de refus de la remise. Voir, notamment, arrêts du 3 mai 2007, Advocaten voor de Wereld (C‑303/05, EU:C:2007:261), du 26 février 2013, Melloni (C‑399/11, EU:C:2013:107), et du 30 mai 2013, F (C‑168/13 PPU, EU:C:2013:358).
( 6 ) Arrêt Aranyosi et Căldăraru (points 93 et 94).
( 7 ) Il convient d’apporter quelques précisions sur la terminologie : les termes « appréciation “en deux temps” » ont été employés dans les conclusions de l’avocat général Bobek dans l’affaire Gavanozov II (C‑852/19, EU:C:2021:346, note en bas de page 42). Dans les arrêts du 17 décembre 2020, Openbaar Ministerie (Indépendance de l’autorité judiciaire d’émission) (C‑354/20 PPU et C‑412/20 PPU, EU:C:2020:1033, point 53), du 22 février 2022, Openbaar Ministerie (Tribunal établi par la loi dans l’État membre d’émission) (C‑562/21 PPU et C‑563/21 PPU, EU:C:2022:100, points 52, 54, 55, 62 et 66), et du 31 janvier 2023, Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2023:57, points 98 et 101), la Cour a également appelé cette appréciation l’« examen en deux étapes ». Ces mêmes termes ont aussi été utilisés dans les conclusions de l’avocat général Rantos dans les affaires jointes Openbaar Ministerie (Tribunal établi par la loi dans l’État membre d’émission) (C‑562/21 PPU et C‑563/21 PPU, EU:C:2021:1019, points 37, 38 et 42, ainsi que note en bas de page 41), les conclusions de l’avocat général Richard de la Tour dans l’affaire Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2022:573, points 7, 88, 90, 92, 93, 97, 106 et 108, ainsi que note en bas de page 57), et les conclusions de l’avocat général Emiliou dans l’affaire M.D. (C‑819/21, EU:C:2023:386, points 3, 23, 26, 32, 33, 51, 67, 70 et 88, ainsi que le dispositif). Enfin, dans les conclusions de l’avocat général Campos Sánchez-Bordona dans l’affaire E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2022:955, points 35 et 39), ladite appréciation a aussi été appelée « examen en deux temps ».
( 8 ) Voir, à cet égard, arrêts du 25 juillet 2018, Generalstaatsanwaltschaft (Conditions de détention en Hongrie) (C‑220/18 PPU, EU:C:2018:589, point 62), du 19 septembre 2018, RO (C‑327/18 PPU, EU:C:2018:733, point 42), et du 15 octobre 2019, Dorobantu (C‑128/18, EU:C:2019:857, points 52 et 55).
( 9 ) Arrêt du 25 juillet 2018, Minister for Justice and Equality (Défaillances du système judiciaire) (C‑216/18 PPU, EU:C:2018:586, points 61 et 68).
( 10 ) Arrêts du 17 décembre 2020, Openbaar Ministerie (Indépendance de l’autorité judiciaire d’émission) (C‑354/20 PPU et C‑412/20 PPU, EU:C:2020:1033, point 52), du 22 février 2022, Openbaar Ministerie (Tribunal établi par la loi dans l’État membre d’émission) (C‑562/21 PPU et C‑563/21 PPU, EU:C:2022:100, points 50 à 53), et du 31 janvier 2023, Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2023:57, points 97 et 98).
( 11 ) Dans une affaire récente, la Cour était interrogée sur la possibilité de refuser la remise en raison d’une violation éventuelle de l’intégrité de la personne et du droit à la protection de la santé (articles 3 et 35 de la Charte). Cependant, la situation à laquelle cette affaire avait trait était différente, en ce que ce droit était menacé non pas par des défaillances systémiques ou généralisées dans l’État membre d’émission en ce qui concerne le droit à la protection de la santé des personnes en détention, mais bien par la possibilité que la remise elle-même aggrave fortement l’état de santé de la personne recherchée. Dans un tel contexte, la Cour n’a pas jugé nécessaire d’interpréter l’article 1er, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE au regard des articles 3 et 35 de la Charte. Voir arrêt du 18 avril 2023, E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2023:295, point 54).
( 12 ) La même conclusion peut aussi être tirée en suivant l’approche de l’avocat général Campos Sánchez-Bordona, qui a estimé que, si l’article 3 de la Charte (droit à l’intégrité de la personne) pouvait être en jeu en ce qui concerne la personne recherchée, le refus de la remise ne serait justifié que dans le cadre de l’appréciation « en deux temps ». Voir conclusions de l’avocat général Campos Sánchez-Bordona dans l’affaire E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2022:955, points 58 et 59).
( 13 ) Voir, pour une confirmation de ce principe, conclusions de l’avocat général Campos Sánchez‑Bordona dans l’affaire Presidente del Consiglio dei Ministri e.a. (Mandat d’arrêt européen à l’encontre d’un ressortissant d’un État tiers) (C‑700/21, EU:C:2022:995, points 55 et 56), où il a estimé que le droit à la vie familiale n’est pas susceptible de l’emporter sur l’exécution d’une peine privative de liberté. D’ailleurs, la défense de l’ordre et la prévention des infractions pénales sont énumérées parmi les intérêts publics éventuels qui sont susceptibles de justifier une ingérence dans le droit à la vie familiale telle que visée à l’article 8, paragraphe 2, de la CEDH. La Cour européenne des droits de l’homme (ci-après la « Cour EDH ») a jugé, notamment dans son arrêt du 23 octobre 2014, Vintman c. Ukraine (CE:ECHR:2014:1023JUD002840305, § 78), que la séparation d’un détenu d’avec sa famille est une conséquence inévitable de son incarcération. En revanche, une violation de l’article 8 de la CEDH a été retenue dans une situation où des détenus étaient envoyés dans un établissement pénitentiaire situé à des milliers de kilomètres de leur famille. Voir Cour EDH, 25 juillet 2013, Khodorkovskiy et Lebedev c. Russie (CE:ECHR:2013:0725JUD001108206, § 850).
( 14 ) Voir article 52, paragraphe 1, de la Charte. Voir, également, entre autres, Cour EDH, 27 septembre 2022, Otite c. Royaume-uni (CE:ECHR:2022:0927JUD001833919, § 39), où cette juridiction a jugé que les États contractants jouissaient d’une certaine latitude dans l’appréciation de la question de savoir si une ingérence dans un droit protégé par l’article 8 de la CEDH était nécessaire dans une société démocratique et proportionnée à l’objectif légitime poursuivi.
( 15 ) Dans tous les arrêts où elle interprète le mécanisme du MAE, la Cour emploie la formule consacrée suivante : « le principe de confiance mutuelle impose, notamment en ce qui concerne l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à chacun de ces États de considérer, sauf dans des circonstances exceptionnelles, que tous les autres États membres respectent le droit de l’Union et, tout particulièrement, les droits fondamentaux reconnus par ce droit ». Voir, entre autres, arrêts du 25 juillet 2018, Generalstaatsanwaltschaft (Conditions de détention en Hongrie) (C‑220/18 PPU, EU:C:2018:589, point 49), du 25 juillet 2018, Minister for Justice and Equality (Défaillances du système judiciaire) (C‑216/18 PPU, EU:C:2018:586, point 36), du 15 octobre 2019, Dorobantu (C‑128/18, EU:C:2019:857, point 46), du 22 février 2022, Openbaar Ministerie (Tribunal établi par la loi dans l’État membre d’émission) (C‑562/21 PPU et C‑563/21 PPU, EU:C:2022:100, point 40), du 31 janvier 2023, Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2023:57, point 93), et du 18 avril 2023, E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2023:295, point 30).
( 16 ) Cette information peut avoir été portée à l’attention de la juridiction par la personne qui s’oppose à la remise ou elle peut faire partie de ce dont cette juridiction est déjà au courant parce que, par exemple, d’autres instances en ont fait le constat. Ainsi, dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Aranyosi et Căldăraru, l’autorité d’exécution éprouvait des inquiétudes quant aux conditions carcérales en Hongrie et en Roumanie en raison de constatations antérieures de la Cour EDH et d’un rapport établi par le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Voir arrêt Aranyosi et Căldăraru, points 43, 44 et 59 à 61).
( 17 ) Voir, par exemple, décision-cadre 2008/947/JAI du Conseil, du 27 novembre 2008, concernant l’application du principe de reconnaissance mutuelle aux jugements et aux décisions de probation aux fins de la surveillance des mesures de probation et des peines de substitution (JO 2008, L 337, p. 102), et directive 2014/41/UE du Parlement européen et du Conseil, du 3 avril 2014, concernant la décision d’enquête européenne en matière pénale (JO 2014, L 130, p. 1).
( 18 ) Arrêt du 13 janvier 2021, MM (C‑414/20 PPU, EU:C:2021:4, point 61).
( 19 ) Voir, entre autres, arrêt du 17 décembre 2020, Generalstaatsanwaltschaft Hamburg (C‑416/20 PPU, EU:C:2020:1042, point 55), où la Cour a jugé que, après la remise, la personne concernée pourra invoquer devant les juridictions de l’État membre d’émission toute atteinte éventuelle au droit de l’Union, à savoir, dans cette affaire, aux droits procéduraux de cette personne dans le cadre de la procédure pénale). C’est aussi en ce sens que je me suis déjà exprimée dans les conclusions que j’ai présentées dans les affaires jointes Minister for Justice and Equality (Levée du sursis) (C‑514/21 et C‑515/21, EU:C:2022:848, points 117 et 135).
( 20 ) Il est intéressant de faire remarquer, comme le Conseil l’a rappelé devant la Cour lors de l’audience, que M. Aranyosi était lui aussi le père d’un enfant mineur. Sa remise n’a toutefois jamais été mise en cause sur la base d’une atteinte éventuelle à son droit à la vie familiale, mais bien au titre d’une atteinte éventuelle à l’interdiction de traitement inhumains et dégradants.
( 21 ) Arrêt du 26 mars 2019, SM (Enfant placé sous kafala algérienne) (C‑129/18, EU:C:2019:248, point 67).
( 22 ) Selon les explications relatives à la Charte des droits fondamentaux (JO 2007, C 303, p. 17), l’article 24 de la Charte se fonde sur la convention de New York sur les droits de l’enfant, signée le 20 novembre 1989 et ratifiée par tous les États membres, et notamment sur ses articles 3, 9, 12 et 13. Cette convention est donc pertinente pour l’interprétation de cet article de la Charte. Voir, à cet égard, arrêt du 14 décembre 2021, Stolichna obshtina, rayon « Pancharevo » (C‑490/20, EU:C:2021:1008, point 63). Les droits de l’enfant sont aussi mentionnés à l’article 3, paragraphe 3, TUE en tant que l’un des buts que l’Union européenne promeut.
( 23 ) Arrêt du 11 mars 2021, État belge (Retour du parent d’un mineur) (C‑112/20, EU:C:2021:197, points 36 et 38).
( 24 ) À moins qu’ils fassent eux-mêmes l’objet de la remise, ce qui est possible une fois qu’ils ont atteint l’âge de la responsabilité pénale. Tel était le cas dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 23 janvier 2018, Piotrowski (C‑367/16, EU:C:2018:27).
( 25 ) Toutes les parties à la présente procédure, à l’exception du gouvernement hongrois et du Conseil, ont également considéré qu’il y avait lieu de répondre à la première question préjudicielle de la juridiction de renvoi en un sens qui s’écarte d’une certaine façon de l’appréciation « en deux temps ».
( 26 ) Smyth, C., « The best interests of the child in the expulsion et first-entry jurisprudence of the European Court of Human Rights : How principled is the Court’s use of the principle ? », European Journal of Migration and Law, vol. 17(1), 2015, p. 70 et suiv., en particulier p. 71.
( 27 ) Goldner-Lang, I., « Chapter 31 : The child’s best interests as a gap filler et expander of EU law in internal situations », dans Ziegler, K. S., Neuvonen, P. J., Moreno-Lax, V. (éd.), Research Handbook on General Principles in EU Law. Constructing Legal Orders in Europe, Edward Elgar Publishing, Cheltenham, 2022.
( 28 ) Klaassen, M., et Rodrigues, P., « The best interests of the child in EU family reunification law : A plea for more guidance on the role of Article 24(2) of the Charter », European Journal of Migration and Law, vol. 19(2), 2017, p. 191.
( 29 ) Arrêt du 23 janvier 2018, Piotrowski (C‑367/16, EU:C:2018:27).
( 30 ) Directive du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative à la mise en place de garanties procédurales en faveur des enfants qui sont des suspects ou des personnes poursuivies dans le cadre des procédures pénales (JO 2016, L 132, p. 1).
( 31 ) En particulier, l’article 17 de cette directive exige que, mutatis mutandis, s’appliquent à l’égard d’enfants qui font l’objet d’un MAE, et ce dès leur arrestation dans l’État membre d’exécution, les droits conférés aux enfants qui sont des suspects ou des personnes poursuivies dans le cadre de procédures pénales nationales. Voir arrêt du 23 janvier 2018, Piotrowski (C‑367/16, EU:C:2018:27, point 36).
( 32 ) Arrêt du 23 janvier 2018, Piotrowski (C‑367/16, EU:C:2018:27, point 38). Il y a lieu d’ajouter que le seuil de la responsabilité pénale est, en tout état de cause, un motif de non‑exécution obligatoire d’un MAE aux termes de l’article 3, paragraphe 3, de la décision-cadre relative au MAE.
( 33 ) Arrêt du 14 janvier 2021, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid (Retour d’un mineur non accompagné) (C‑441/19, EU:C:2021:9, point 46).
( 34 ) Arrêts du 11 mars 2021, État belge (Retour du parent d’un mineur) (C‑112/20, EU:C:2021:197, point 27), et du 10 mai 2017, Chavez-Vilchez e.a. (C‑133/15, EU:C:2017:354, points 70 et 71).
( 35 ) Arrêt du 16 juillet 2020, État belge (Regroupement familial – Enfant mineur) (C‑133/19, C‑136/19 et C‑137/19, EU:C:2020:577, point 34). Voir, également, arrêt du 6 décembre 2012, O e.a. (C‑356/11 et C‑357/11, EU:C:2012:776, point 76).
( 36 ) Arrêt du 26 mars 2019, SM (Enfant placé sous kafala algérienne) (C‑129/18, EU:C:2019:248, point 69).
( 37 ) Conclusions de l’avocat général Szpunar dans l’affaire Chavez-Vilchez e.a. (C‑133/15, EU:C:2016:659, point 101).
( 38 ) Arrêt du 10 mai 2017, Chavez-Vilchez e.a. (C‑133/15, EU:C:2017:354, point 70).
( 39 ) Il s’agit là d’un argument supplémentaire pour considérer que l’appréciation « en deux temps » ne peut pas être appliquée. Elle n’est pas appropriée dès lors que, dans le « premier temps », elle ne procèderait pas à l’appréciation concrète de l’intérêt supérieur de l’enfant et se concentrerait, au contraire, sur les défaillances systémiques ou généralisées dans l’État membre d’émission. Après avoir constaté que de telles défaillances n’existent pas, ce qui est de toute évidence le cas en l’espèce, l’autorité judiciaire d’exécution ne serait même pas en mesure d’apprécier la situation concrète de l’enfant. C’est précisément cette appréciation qui est essentielle dans la détermination de l’intérêt supérieur de l’enfant.
( 40 ) Ainsi que J. Cardona Llorens l’a observé, l’intérêt supérieur de l’enfant est une notion indéterminée sans pour autant être discrétionnaire : « Pour la même décision, l’appréciation et la détermination de l’intérêt supérieur de cinq enfants différents doivent nous conduire à procéder à cinq déterminations différentes (étant donné que, placé dans des mêmes circonstances et une même situation, aucun enfant ne se trouve dans un cas identique). Toutefois, l’appréciation et la détermination de leur intérêt supérieur auxquelles procèdent, au cas par cas, cinq adultes pour adopter une décision doivent parvenir au même résultat » [traduction libre]. Voir Cardona Llorens, J., « Presentation of General Comment No. 14 : strengths and limitations, points of consensus and dissent emerging in its drafting », The Best Interests of the Child – A Dialogue between Theory and Practice (Council of Europe, 2016), p. 12. Consultable à l’adresse Internet suivante : https://rm.coe.int/1680657e56.
( 41 ) Voir, pour une analyse de cette question, Lonardo, L., « The best interests of the child in the case-law of the Court of Justice of the European Union », Maastricht Journal of European and Comparative Law, vol. 29(5), 2022, p. 596 et suiv., en particulier p. 598. Voir, pour une analyse de l’intérêt supérieur de l’enfant en tant que « principe de sauvegarde » au regard duquel d’autres instruments du droit de l’Union doivent être interprétés, Frasca, E., et Carlier, J. Y., « The best interests of the child in ECJ asylum and migration case-law : Towards a safeguard principle for the genuine enjoyment of the substance of children’s rights ? », Common Market Law Review, vol. 60, 2023, p. 345.
( 42 ) C’est aussi le point de vue adopté par la Commission lors de l’audience.
( 43 ) Arrêt du 26 février 2013, Åkerberg Fransson (C‑617/10, EU:C:2013:105, point 21). Voir, dans le contexte de l’article 24 de la Charte, arrêt du 6 juin 2013, MA e.a. (C‑648/11, EU:C:2013:367, point 59).
( 44 ) Lors de l’audience, le gouvernement italien et la Commission ont tous deux souligné que cela pouvait aussi impliquer la participation des services sociaux dans l’État membre d’exécution ou des contacts avec ceux de l’État membre d’émission.
( 45 ) L’autorité judiciaire d’exécution doit recueillir tous les renseignements complémentaires utiles, tels que l’existence d’autres personnes ayant des liens familiaux avec l’enfant, en particulier son autre parent, et elle peut inclure la participation des services sociaux ou d’autres institutions pertinentes qui détiennent des informations afférentes à l’enfant concerné.
( 46 ) En réalité, il semble ressortir des faits de l’affaire que, au moment où elle a délivré le MAE, l’autorité judiciaire d’émission n’était même pas au courant que GN avait un enfant.
( 47 ) Voir, entre autres, arrêts du 22 février 2022, Openbaar Ministerie (Tribunal établi par la loi dans l’État membre d’émission) (C‑562/21 PPU et C‑563/21 PPU, EU:C:2022:100, point 48), du 31 janvier 2023, Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2023:57, point 131), et du 18 avril 2023, E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2023:295, point 46).
( 48 ) Arrêt du 18 avril 2023, E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2023:295, point 46).
( 49 ) C’est également ce qu’ont fait valoir le procureur général auprès de la cour d’appel de Bologne ainsi que les gouvernements italien et néerlandais.
( 50 ) Voir, en particulier, article 25 de la décision-cadre 2008/909/JAI du Conseil, du 27 novembre 2008, concernant l’application du principe de reconnaissance mutuelle aux jugements en matière pénale prononçant des peines ou des mesures privatives de liberté aux fins de leur exécution dans l’Union européenne (JO 2008, L 327, p. 27). Voir, également, arrêt du 31 janvier 2023, Puig Gordi e.a. (C‑158/21, EU:C:2023:57, point 141).
( 51 ) Arrêt du 18 avril 2023, E. D. L. (Motif de refus fondé sur la maladie) (C‑699/21, EU:C:2023:295, point 42).
( 52 ) Arrêts du 29 juin 2017, Popławski (C‑579/15, EU:C:2017:503, point 21), et du 5 septembre 2012, Lopes Da Silva Jorge (C‑42/11, EU:C:2012:517, point 32).
( 53 ) Arrêt du 17 juillet 2008, Kozłowski (C‑66/08, EU:C:2008:437, points 41 et 43). Dans cet arrêt, la Cour a empêché les États membres d’accorder à ces termes un sens plus large que celui que leur donne le droit de l’Union.
( 54 ) Arrêt du 17 juillet 2008, Kozłowski (C‑66/08, EU:C:2008:437, point 46).
( 55 ) Il y a lieu d’ajouter que la décision-cadre 2008/909 offre également cette faculté aux États membres.
( 56 ) Observons que, à la différence de l’article 4, initio et point 6, de la décision-cadre relative au MAE, cette disposition n’inclut pas les personnes demeurant dans l’État membre d’exécution.
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