Conclusions de l'avocat général Mme L. Medina, présentées le 21 septembre 2023.#M. D. contre « Tez Tour » UAB.#Demande de décision préjudicielle, introduite par le Lietuvos Aukščiausiasis Teismas.#Renvoi préjudiciel – Voyages à forfait et prestations de services liées – Directive (UE) 2015/2302 – Article 12, paragraphe 2 – Droit pour un voyageur de résilier un contrat de voyage à forfait sans payer de frais de résiliation – Circonstances exceptionnelles et inévitables – Propagation de la COVID-19 – Absence de recommandation officielle visant à déconseiller les voyages – Prise en considération de circonstances personnelles relatives à la situation individuelle du voyageur concerné – Conséquences importantes sur l’exécution du forfait ou sur le transport des passagers vers le lieu de destination – Circonstances existantes ou prévisibles à la date de la conclusion du contrat de voyage à forfait concerné – Possibilité de prendre en considération des conséquences se produisant au lieu de départ ou de retour ainsi qu’à d’autres lieux.#Affaire C-299/22.
| CELEX | 62022CC0299 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 21 septembre 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
CONCLUSIONS DE L’AVOCATE GÉNÉRALE
MME LAILA MEDINA
présentées le 21 septembre 2023 ( 1 )
Affaire C-299/22
M. D.
contre
UAB « Tez Tour »
en présence de :
UAB « Fridmis »
[demande de décision préjudicielle formée par le Lietuvos Aukščiausiasis Teismas (Cour suprême de Lituanie)]
« Renvoi préjudiciel – Rapprochement des législations nationales – Voyages à forfait et prestations de voyage liées – Directive (UE) 2015/2302 – Résiliation du contrat de voyage à forfait – Circonstances exceptionnelles et inévitables – Lieu de destination qualifié de “zone à haut risque” au regard de la COVID-19 – Circonstances prévisibles à la conclusion du contrat – Prise en compte des circonstances objectives ou subjectives – Étendue de la notion de “lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci” »
I. Introduction
| 1. | La pandémie de COVID-19 et les mesures d’urgence adoptées par les gouvernements dans le monde entier pour prévenir la propagation du virus ont causé des perturbations sans précédent dans tous les domaines de l’activité humaine. Parmi les secteurs économiques les plus lourdement affectés figurait l’industrie du voyage et du tourisme. Les perturbations de la pandémie se sont également manifestées dans la sphère juridique et l’exécution des contrats ( 2 ). |
| 2. | Le voyage à forfait, qui est régi par la directive (UE) 2015/2302 ( 3 ), est une des branches du droit de l’Union régissant formellement l’incidence de circonstances « exceptionnelles et inévitables » sur le voyage à forfait et le droit de résilier le contrat de voyage à forfait. La présente affaire est la première dans laquelle la Cour examinera les paramètres et les conditions dans lesquels le droit de résilier le contrat de voyage à forfait peut être exercé dans le contexte de la pandémie de COVID-19. |
II. Le cadre juridique
A. Le droit de l’Union
| 3. | Le considérant 31 de la directive 2015/2302 énonce : « Les voyageurs devraient également avoir la possibilité de résilier le contrat de voyage à forfait à tout moment avant le début du forfait moyennant le paiement de frais de résiliation appropriés et justifiables, compte tenu des économies prévisibles en [matière] de coûts et des revenus escomptés du fait d’une remise à disposition des services de voyage concernés. Ils devraient aussi avoir le droit de résilier le contrat de voyage à forfait sans payer de frais de résiliation si des circonstances exceptionnelles et inévitables ont des conséquences importantes sur l’exécution du forfait. Il peut s’agir par exemple d’une guerre, d’autres problèmes de sécurité graves, tels que le terrorisme, de risques graves pour la santé humaine, comme l’apparition d’une maladie grave sur le lieu de destination, ou de catastrophes naturelles telles que des inondations, des tremblements de terre ou des conditions météorologiques rendant impossible un déplacement en toute sécurité vers le lieu de destination stipulé dans le contrat de voyage à forfait. » |
| 4. | L’article 3 de la directive 2015/2302 se lit comme suit : « Aux fins de la présente directive, on entend par : [...]
[...] » |
| 5. | L’article 12 de la directive 2015/2302, intitulé « Résiliation du contrat de voyage à forfait et droit de rétractation avant le début du forfait », dispose : « 1. Les États membres veillent à ce que le voyageur puisse résilier le contrat de voyage à forfait à tout moment avant le début du forfait. Lorsque le voyageur résilie le contrat de voyage à forfait en vertu du présent paragraphe, il peut lui être demandé de payer à l’organisateur des frais de résiliation appropriés et justifiables. Le contrat de voyage à forfait peut stipuler des frais de résiliation standard raisonnables, calculés en fonction de la date de résiliation du contrat avant le début du forfait et des économies de coûts et des revenus escomptés du fait d’une remise à disposition des services de voyage concernés. En l’absence de frais de résiliation standard, le montant des frais de résiliation correspond au prix du forfait moins les économies de coûts et les revenus réalisés du fait d’une remise à disposition des services de voyage. À la demande du voyageur, l’organisateur justifie le montant des frais de résiliation. 2. Nonobstant le paragraphe 1, le voyageur a le droit de résilier le contrat de voyage à forfait avant le début du forfait sans payer de frais de résiliation si des circonstances exceptionnelles et inévitables, survenant au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci, ont des conséquences importantes sur l’exécution du forfait ou sur le transport des passagers vers le lieu de destination. En cas de résiliation du contrat de voyage à forfait en vertu du présent paragraphe, le voyageur a droit au remboursement intégral des paiements effectués au titre du forfait, mais pas à un dédommagement supplémentaire. 3. L’organisateur peut résilier le contrat de voyage à forfait et rembourser intégralement le voyageur des paiements effectués pour le forfait, mais il n’est pas tenu à un dédommagement supplémentaire, si : [...]
[...] » |
B. Le droit lituanien
| 6. | L’article 6.212 du Lietuvos Respublikos civilinis kodeksas (code civil de la République de Lituanie ; ci-après le « Code civil »), intitulé « Force majeure », dispose, en son paragraphe 1 : « Une partie est exonérée de sa responsabilité pour inexécution du contrat si elle prouve que l’inexécution du contrat est due à des circonstances qu’elle ne pouvait pas contrôler, ni raisonnablement prévoir lors de la conclusion du contrat et qu’elle ne pouvait empêcher la survenance de ces circonstances ou de leurs conséquences ». |
| 7. | L’article 6.750 du Code civil, intitulé « Droit du touriste de résilier le contrat de voyage touristique organisé et de rétracter son consentement à un contrat de voyage touristique organisé », dispose en son paragraphe 4 : « Le touriste a le droit de résilier le contrat de voyage touristique organisé sans payer les frais de résiliation visés au paragraphe 2 du présent article, dans les cas suivants : [...] 3) en cas de survenance, au lieu de destination du voyage touristique organisé ou à proximité immédiate de celui-ci, de circonstances de force majeure qui sont susceptibles de rendre impossible l’exécution du voyage touristique organisé ou le transport des passagers vers le lieu de destination du voyage. Dans ce cas, le touriste est en droit de réclamer le remboursement des paiements effectués au titre du voyage touristique organisé, mais il n’a pas droit à recevoir un dédommagement supplémentaire. » |
III. Les faits à l’origine du litige, la procédure au principal et les questions préjudicielles
| 8. | Le 10 février 2020, M. D. a conclu pour lui-même et sa famille avec l’organisateur de voyages TEZ Tour un contrat de voyage à forfait aux Émirats arabes unis du 1er mars 2020 au 8 mars 2020. Le contrat de voyage à forfait conclu comprenait, entre autres, le vol aller et retour de Vilnius (Lituanie) à Dubaï (Émirats arabes unis) ainsi que sept nuits dans un hôtel en pension complète. M. D. a payé 4834 euros. |
| 9. | Le 27 février 2020, M. D. a informé TEZ Tour qu’il souhaitait résilier le contrat de voyage à forfait et lui a demandé de pouvoir utiliser la somme versée pour un autre voyage lorsque le risque de COVID‑19 aura diminué. TEZ Tour a rejeté cette demande. |
| 10. | Par la suite, M. D. a agi contre TEZ Tour, en faisant valoir que le contrat avait été résilié en raison de la survenance, au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci, de circonstances de force majeure susceptibles de rendre impossible l’exécution du voyage. Il a également réclamé le remboursement de tous les paiements effectués. |
| 11. | Dans ce contexte, M. D. a soutenu que les informations publiées en février 2020 tant par les autorités officielles que par les médias concernant la pandémie mondiale de COVID-19 constituaient des motifs suffisants de douter de la sécurité de l’exécution du voyage et, plus généralement, de la possibilité d’exécuter le voyage. D’après M. D., les circonstances de la force majeure visées à l’article 6.750, paragraphe 4, point 3), du Code civil, à savoir des circonstances exceptionnelles et inévitables, devraient se comprendre non pas comme des circonstances rendant le voyage totalement impossible, mais plutôt comme des circonstances exceptionnelles et inévitables qui, conformément à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, ont des conséquences importantes sur l’exécution du forfait ou sur le transport des passagers au lieu de destination. Par conséquent, l’impossibilité d’effectuer le voyage devrait être interprétée non seulement comme étant l’impossibilité de fournir les services à destination, mais également comme étant l’impossibilité de garantir la sécurité du voyage sans engendrer de désagréments ou de risques pour le voyageur. |
| 12. | TEZ Tour a rétorqué à M. D. que la propagation du virus de la COVID-19 pouvait être considérée comme une circonstance échappant au contrôle, mais qu’elle n’était pas susceptible d’être considérée comme une circonstance empêchant d’atteindre la destination en toute sécurité. |
| 13. | Tant le juge de première instance que le juge d’appel ont considéré qu’il n’y avait pas de raisons de qualifier les circonstances invoquées par M. D. de « force majeure », c’est-à-dire de circonstances exceptionnelles et inévitables, rendant impossible l’exécution du contrat. D’une part, ils ont considéré que M. D. avait réservé ce voyage à un moment où l’on diffusait déjà des informations sur les mesures restrictives adoptées et que la situation et les informations sur le risque lié au voyage n’avaient pas changé entre la date de réservation (à savoir le 10 février 2020) et le dernier jour du voyage réservé (à savoir le 8 mars 2020). Par conséquent, le voyageur n’a pas pu changer d’avis et résilier le contrat 17 jours seulement après la réservation. D’autre part, le juge de première instance et le juge d’appel ont relevé que le voyageur n’avait pas apporté la preuve que c’est à la date de la résiliation du contrat (à savoir le 27 février 2020) et non après cette date qu’il existait des raisons objectives, et non pas subjectives, établissant l’impossibilité d’exécuter le contrat de voyage pendant la période pertinente (à savoir du 1er au 8 mars 2020). |
| 14. | Saisi d’un pourvoi sur un point de droit, le juge de renvoi estime nécessaire de préciser la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » au sens de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, et les conditions dans lesquelles un voyageur peut invoquer pareilles circonstances en particulier dans le contexte de la pandémie de COVID-19. |
| 15. | À cet égard, le juge de renvoi relève tout d’abord que le juge de première instance et le juge d’appel ont considéré que la notion de « force majeure » visée par le droit national et celle de « circonstances exceptionnelles et inévitables » au sens de la directive 2015/2302 avaient la même signification. Toutefois, selon le juge de renvoi, la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » est plus large que celle de « force majeure ». Étant plus large, la notion de« circonstances exceptionnelles et inévitables » couvre, selon l’avis du juge de renvoi, non seulement les cas dans lesquels il est objectivement impossible, physiquement ou juridiquement, d’exécuter le contrat, mais également les cas dans lesquels son exécution est théoriquement possible, mais compliquée ou non rentable en pratique, ou dans lesquels le voyageur perd le bienfait des vacances. |
| 16. | Dans ce contexte, le juge de renvoi cherche à savoir, premièrement, la pertinence des avertissements officiels de voyage dans l’établissement de l’existence de circonstances exceptionnelles et inévitables. Il estime que l’on pourrait assimiler de tels avertissements à une présomption de l’existence de circonstances extraordinaires ayant des conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage à forfait. Dans les circonstances de l’affaire au principal, le juge de renvoi relève que le ministère des Affaires étrangères lituanien avait émis, le 12 mars 2020, une recommandation de voyage conseillant de reporter tous les déplacements et de ne se rendre dans aucun pays étranger, y compris les Émirats arabes unis, dans les mois suivants. Cette recommandation de voyage avait été diffusée à la suite de la modification apportée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la classification de l’épidémie de COVID-19 devenue pandémie le 11 mars 2020. |
| 17. | Deuxièmement, le juge de renvoi considère que, pour retenir l’existence de conséquences importantes sur l’exécution du voyage à forfait, il faut que ces conséquences soient probables aux yeux du voyageur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé, compte tenu des dates du voyage envisagé, des données de fait dont le voyageur a connaissance et des informations diffusées à ce moment-là sur le voyage. Dans ce contexte, le juge de renvoi se demande si des circonstances exceptionnelles et inévitables ne peuvent être avérées que lorsqu’elles entraînent des conséquences qui rendent objectivement impossible, physiquement ou juridiquement, l’exécution du voyage à forfait ou si elles peuvent également être avérées lorsque l’exécution du voyage à forfait est théoriquement possible, mais, en pratique, complexe et/ou économiquement inefficace dans des conditions de sécurité, compte tenu, le cas échéant, du risque pour la santé et/ou la vie du voyageur. |
| 18. | Troisièmement, le juge de renvoi se demande si le fait que des circonstances exceptionnelles et inévitables existaient déjà ou étaient prévisibles dans une certaine mesure avant la conclusion du contrat devrait être considéré comme un motif de priver le voyageur du droit de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation. |
| 19. | Au regard du critère de prévisibilité raisonnable, le juge de renvoi relève que si le ministère des Affaires étrangères lituanien avait déjà recommandé, le 8 janvier 2020, aux voyageurs souhaitant se rendre aux Émirats arabes unis de prendre des précautions, et si l’OMS avait, le 30 janvier 2020, déclaré que l’épidémie de COVID-19 était une situation d’urgence pour la santé publique au niveau international, il reste que la progression et les conséquences de la pandémie étaient difficiles à prévoir. Plus précisément, des mesures claires de gestion et de contrôle de l’infection n’étaient pas encore en place à l’époque ; en revanche, il y a eu une nette accélération de la propagation du virus entre la date de conclusion du contrat de voyage à forfait et la date de résiliation de ce contrat. |
| 20. | À cet égard, le juge de renvoi rappelle qu’un état d’urgence national avait été déclaré en Lituanie le 26 février 2020 en raison de la menace résultant de la pandémie de COVID-19. Par ailleurs, le juge de renvoi relève que la partie demanderesse avait produit à titre de preuves des coupures de presse publiées à partir du 25 février 2020 faisant état d’infections aux Émirats arabes unis et de mesures d’isolement imposées dans les hôtels et, plus largement, de la rapidité de la propagation du virus dans le monde entier. |
| 21. | Quatrièmement, le juge de renvoi relève que l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 lie le droit du voyageur de résilier le contrat de voyage à forfait à la survenance de circonstances exceptionnelles et inévitables « au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci ». Le juge de renvoi estime qu’il découle de cette expression que, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, l’appréciation des circonstances à la date de la résiliation du contrat de voyage à forfait ne pouvait pas se limiter au lieu de destination finale. Il souhaite savoir si, compte tenu de la nature de l’événement invoqué, cette dernière expression est susceptible d’englober également le lieu de départ, ainsi que les différentes escales du voyage aller et retour. |
| 22. | Dans ces circonstances, le Lietuvos Aukščiausiasis Teismas (Cour suprême de Lituanie) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
|
| 23. | Les gouvernements lituanien, tchèque et grec ainsi que la Commission européenne ont présenté des observations écrites. Une audience s’est tenue le 7 juin 2023, à laquelle ont participé les parties au principal, les gouvernements lituanien et grec ainsi que la Commission. |
IV. Appréciation
A. Observations liminaires sur la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables »
| 24. | Le juge de renvoi observe que le droit de résilier le contrat en cas de « circonstances exceptionnelles et inévitables » est inscrit à l’article 6.750, paragraphe 4, point 3, du Code civil qui évoque la « force majeure ». Il expose que les juridictions inférieures saisies du litige se sont fondées sur la définition que la notion de « force majeure » reçoit en droit national et ont considéré que cette notion est identique à la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables », utilisée en droit de l’Union. Toutefois, le juge de renvoi estime que les « circonstances exceptionnelles et inévitables » sont une notion autonome du droit de l’Union qui a une portée plus large que la notion de « force majeure ». |
| 25. | Afin de donner au juge de renvoi une réponse utile dans les doutes que suscite la transposition en droit national de la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » et son rapport avec la notion de « force majeure », dans le contexte spécifique de la directive 2015/2302, il importe de faire les observations suivantes. |
| 26. | En premier lieu, il convient de rappeler que la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » a remplacé celle de « force majeure » qui figurait dans la directive 90/314/CEE du Conseil, du 13 juin 1990, concernant les voyages, vacances et circuits à forfait (JO 1990, L 158, p. 59), abrogée et remplacée par la directive 2015/2302 ( 4 ). |
| 27. | Dans son article 3, point 12, la directive 2015/2302 définit la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » comme étant « une situation échappant au contrôle de la partie qui invoque cette situation et dont les conséquences n’auraient pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises ». Le considérant 31 de la directive précise plus avant la portée de cette notion en indiquant qu’« [i]l peut s’agir par exemple d’une guerre, d’autres problèmes de sécurité graves, tels que le terrorisme, de risques graves pour la santé humaine, comme l’apparition d’une maladie grave sur le lieu de destination, ou de catastrophes naturelles telles que des inondations, des tremblements de terre ou des conditions météorologiques rendant impossible un déplacement en toute sécurité vers le lieu de destination stipulé dans le contrat de voyage à forfait ». |
| 28. | Cette définition ne comporte pas de renvoi exprès au droit des États membres en ce qui concerne le sens et la portée qu’il convient d’attribuer à cette notion. La notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » doit donc être considérée comme une notion autonome du droit de l’Union et interprétée de manière uniforme sur le territoire de l’Union ( 5 ). |
| 29. | La Cour a indiqué que la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables », au sens de l’article 12, paragraphe 2, et paragraphe 3, sous b), de la directive 2015/2302, s’apparente à la notion de « force majeure » telle que cette dernière a été définie dans une jurisprudence bien établie, à savoir comme visant des circonstances étrangères à celui qui l’invoque, anormales et imprévisibles, dont les conséquences n’auraient pu être évitées malgré toutes les diligences déployées ( 6 ). Ainsi, toujours selon la Cour, malgré l’absence de toute référence à la force majeure dans cette directive, la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables »concrétise la notion de « force majeure » dans le contexte de la directive, constituant une mise en œuvre exhaustive de cette notion au sens de la directive ( 7 ). |
| 30. | En second lieu, la Cour a précisé qu’une crise sanitaire mondiale telle que la pandémie de COVID-19 doit, en tant que telle, être considérée comme susceptible de relever de la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » au sens de cette directive ( 8 ). En effet, un tel événement échappe manifestement à tout contrôle et ses conséquences n’auraient pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises. Cet événement révèle d’ailleurs l’existence de « risques graves pour la santé humaine » visés au considérant 31 de la directive ( 9 ). |
| 31. | La disposition de l’article 12, paragraphe 2, et paragraphe 3, sous b), de la directive 2015/2302 peut donc être appliquée aux résiliations de contrats de voyage à forfait lorsque celles-ci sont fondées sur les conséquences causées par une crise sanitaire mondiale telle que la pandémie de COVID-19 ( 10 ). |
| 32. | Il s’ensuit que la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » concrétise la notion de « force majeure » dans le contexte de la directive 2015/2302 et qu’elle est susceptible de couvrir la survenance d’une crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de COVID-19. |
B. Sur la première question préjudicielle
| 33. | Par sa première question préjudicielle, le juge de renvoi demande en substance si, pour admettre l’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables survenant au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui‑ci » au sens de l’article 12, paragraphe 2, première phrase, de la directive 2015/2302, il faut que les autorités de l’État de départ ou d’arrivée aient officiellement émis un avertissement appelant à s’abstenir de tout voyage non nécessaire ou que le pays de destination du voyage (voire le pays de départ) ait été classé en zone à risque. |
| 34. | On observe à cet égard que l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 ne fait aucune allusion à un avertissement ou à des conseils adressés aux voyageurs. Le lancement d’avertissements ou de conseils aux voyageurs n’est pas harmonisé au niveau de l’Union européenne et relève toujours de la compétence des États membres. La Commission a relevé dans ses observations écrites que le préambule de sa proposition de directive ( 11 ) indique que les avertissements des autorités des États membres revêtent une importance particulière. Leur émission constituait une présomption réfragable de l’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables » ( 12 ). Toutefois, ainsi que la Commission l’a reconnu dans son rapport sur l’application de la directive 2015/2302, certains États membres étaient « fermement opposés » ( 13 ) à l’idée d’évoquer dans la directive les conseils officiels concernant les voyages. Il ressort des travaux préparatoires de la directive 2015/2302 qu’elle est délibérément muette quant à la valeur juridique des avertissements ou conseils émis par les gouvernements à l’intention des voyageurs. Dès lors, ainsi que l’a relevé le gouvernement tchèque dans ses observations écrites, de tels avertissements ou conseils ne peuvent pas constituer une condition nécessaire ou suffisante pour établir l’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables » au sens de l’article 12, paragraphe 2, de cette directive. |
| 35. | Une interprétation différente de l’article 12, paragraphe 2, de ladite directive restreindrait le droit des voyageurs de résilier le contrat de voyage à forfait, car il subordonnerait l’exercice d’un droit harmonisé conféré par la directive à l’émission d’actes nationaux dont le contenu n’est pas harmonisé. L’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables » devrait alors dépendre de leur reconnaissance officielle. Les « circonstances exceptionnelles et inévitables » pouvant survenir soudainement, comme le relève le gouvernement tchèque, les voyageurs risqueraient d’être privés de leur droit de résilier le contrat de voyage à forfait lorsque la reconnaissance officielle des « circonstances exceptionnelles et inévitables » tarde ou n’intervient pas. En outre, au début de la pandémie de COVID-19, il n’y avait pas de critères clairs ou communs pour évaluer le niveau de risque de transmission par zone ou par pays et les informations variaient constamment ( 14 ). |
| 36. | Il s’ensuit que l’article 12 de la directive 2015/2302 n’établit pas de lien obligatoire entre des avertissements ou conseils de voyage émis afin d’éviter tout déplacement inutile ou la qualification d’un pays de « zone à risque », d’une part, et l’existence avérée de « circonstances exceptionnelles et inévitables », d’autre part. Cela étant, ainsi que l’ont fait valoir, en substance, les parties au principal, les gouvernements lituanien et grec ainsi que la Commission, les avertissements lancés aux voyageurs sur l’existence d’un niveau de risque élevé et, a fortiori, un avertissement appelant de ne pas voyager ( 15 ) constituent un indice sérieux de l’existence de circonstances exceptionnelles et inévitables. À ce titre, elles constituent un élément de preuve important pour le voyageur, qui est censé s’appuyer sur des informations officielles. |
| 37. | À cet égard, en l’absence de réglementation de l’Union en la matière, il appartient à chaque État membre de régler les modalités des procédures administrative et juridictionnelle, dont relève la valeur probatoire d’un document, destinées à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union, dans le respect des principes d’équivalence et d’effectivité ( 16 ). Par conséquent, conformément aux règles de procédure internes, les juridictions nationales peuvent tenir compte et apprécier librement la pertinence des avertissements ou conseils adressés aux voyageurs, dans leur évaluation globale de l’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables » au sens de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302. Toutefois, ainsi que je l’ai relevé plus haut, ces avertissements ou conseils adressés aux voyageurs ne sauraient constituer une condition nécessaire de l’existence avérée de ces circonstances si cette condition venait à compromettre le droit du voyageur de résilier le contrat de voyage à forfait. |
| 38. | Eu égard à ce qui précède, je considère que l’existence avérée de « circonstances exceptionnelles et inévitables, survenant au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci », au sens de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, ne dépend pas de l’émission d’un avertissement des autorités de l’État de départ ou d’arrivée appelant à s’abstenir de tout voyage non nécessaire ni du classement du pays de destination du voyage (voire du pays de départ) en zone à risque. Toutefois, conformément au droit procédural interne, les juridictions nationales peuvent tenir compte d’avertissements officiels attribuant un niveau de risque élevé au lieu de destination, pour autant que ces avertissements ne constituent pas une condition nécessaire de l’existence avérée de telles « circonstances exceptionnelles et inévitables ». |
C. Sur la deuxième question préjudicielle
| 39. | Par sa deuxième question, le juge de renvoi demande, en substance, si les conséquences importantes des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur l’exécution du forfait doivent être appréciées en tenant compte uniquement de l’impossibilité objective d’exécuter le contrat, ou s’il convient également de tenir compte des risques pour la santé et la sécurité des voyageurs ainsi que de facteurs subjectifs liés à l’âge, à l’état de santé du voyageur ou à l’accompagnement d’enfants en bas âge. Le juge de renvoi se demande également si, pour apprécier les conséquences sur l’exécution du forfait, il y a lieu d’adopter la perception qu’en aura le voyageur moyen. |
| 40. | Il ressort de la décision de renvoi que la deuxième question préjudicielle porte sur deux aspects principaux de l’appréciation de la survenance de « circonstances exceptionnelles et inévitables » ayant des conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage à forfait. La première question préjudicielle concerne, en substance, le caractère objectif ou subjectif de l’appréciation des conséquences importantes. La deuxième question préjudicielle concerne le critère servant à cette appréciation. Plus précisément, il ressort de la décision de renvoi que le juge de renvoi lie ce critère à une appréciation ex ante ou à une prévision, effectuée par le voyageur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé, quant à la probabilité que les conséquences importantes se matérialisent. |
1. Sur le caractère objectif ou subjectif de l’appréciation
| 41. | À titre liminaire, on rappellera que l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 reconnaît le droit de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation en cas de « circonstances exceptionnelles et inévitables, survenant au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci ». Il ressort clairement des termes de cette disposition que, par définition, les situations qui sont qualifiées de « circonstances exceptionnelles et inévitables survenant au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci » ne sauraient être rattachées à la seule personne du voyageur (comme la survenance d’un accident grave). La genèse de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 corrobore cette interprétation. Le document de travail des services de la Commission accompagnant la proposition de cette directive indique que « certains défenseurs du droit des consommateurs [ont] soutenu que le contrat devrait pouvoir être résilié en cas de force majeure propre au voyageur, par exemple en cas de maladie grave ou de décès d’un proche, qui l’empêche de partir en vacances » ( 17 ). Toutefois, la Commission a relevé que les cas de force majeure propres au voyageur « sont souvent couverts par des assurances de voyage auxquelles il a pu éventuellement souscrire » ( 18 ). |
| 42. | En ce qui concerne l’appréciation de l’incidence des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur l’exécution du forfait, on relèvera d’emblée que l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 requiert que ces circonstances aient des conséquences importantes sur l’exécution du forfait. La notion de « conséquences importantes sur l’exécution » est plus large que l’impossibilité de l’exécution. Le considérant 31 de cette directive évoque des « problèmes de sécurité » ou des « risques importants pour la santé humaine ». Comme le relève la Commission, dans de telles situations, l’exécution pourrait être certes juridiquement ou physiquement possible sans toutefois garantir la sécurité des voyageurs. Par conséquent, le risque important pour la santé et la sécurité du voyageur doit correspondre à une conséquence importante sur l’exécution du contrat. Cette interprétation est corroborée par la genèse de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 dans la mesure où cette disposition a reconnu au voyageur le droit de résilier le contrat. Ce droit n’existait pas sous l’empire de la directive abrogée. Ainsi que le relève le document de travail de la Commission sur le voyage à forfait, on peut imaginer des situations, telles la guerre ou des catastrophes naturelles, « susceptibles d’avoir une incidence négative sur l’agrément ou la sécurité du voyage alors que l’organisateur ne prend pas l’initiative de résilier le forfait » ( 19 ). |
| 43. | Les conséquences importantes des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur l’exécution du forfait seront forcément avérées lorsque ces circonstances sont de nature à entraîner une « non‑conformité » au sens de l’article 3, point 13), de la directive 2015/2302, qui affecte fondamentalement l’exécution du forfait. À cet égard, on rappellera que, aux termes de l’article 13, paragraphe 6, de la directive, le voyageur peut résilier le contrat de voyage à forfait sans payer de frais de résiliation lorsqu’une non‑conformité « perturbe considérablement l’exécution d’un forfait ». La Cour a jugé que la constatation d’une non‑conformité se fait objectivement en ce sens qu’elle ne requiert qu’une comparaison entre les services compris dans le forfait du voyageur concerné et ceux effectivement fournis à ce dernier ( 20 ). De même, la notion de « conséquences importantes des circonstances exceptionnelles et inévitables » renvoie à une appréciation objective de l’incidence de telles circonstances sur l’exécution du contrat, compte tenu des risques qu’elles comportent pour le voyageur. |
| 44. | Toutefois, l’évaluation en particulier des risques importants pour la santé humaine peut, sous certaines conditions, requérir une évaluation subjective et individualisée. La directive 2015/2302 ne protège pas uniquement les voyageurs qui sont forts, jeunes et sains. En effet, la directive tient déjà compte des besoins particuliers des voyageurs à mobilité réduite. À cet égard, on relèvera que l’article 5, paragraphe 1, sous a), viii), de cette directive inclut, parmi les principales caractéristiques des services de voyage, des informations sur « le fait de savoir si le voyage ou le séjour de vacances est, d’une manière générale, adapté aux personnes à mobilité réduite et, à la demande du voyageur, des informations précises sur l’adéquation du voyage ou du séjour de vacances aux besoins du voyageur ». |
| 45. | Le handicap physique est une forme de vulnérabilité ( 21 ). Dans le contexte spécifique du voyage, la vulnérabilité due à l’état physique d’une personne peut concerner une catégorie plus large de voyageurs plus exposés au risque que d’autres voyageurs. Eu égard à l’importance que l’Union attache à un niveau élevé de protection de la santé humaine, reconnu à l’article 35 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, l’état de santé du voyageur doit également être pris en compte aux fins de l’appréciation des conséquences importantes de « circonstances exceptionnelles et inévitables ». Les besoins de catégories particulières de voyageurs telles que les femmes enceintes et les enfants mineurs, et leur possibilité de jouir des agréments d’un voyage en toute sécurité doivent également être pris en compte. Dans le contexte spécifique de la pandémie de COVID-19, il était d’emblée évident que certaines personnes telles les personnes asthmatiques, les personnes souffrant d’immunosuppression ou d’autres conditions médicales sous-jacentes et les femmes enceintes couraient un plus grand risque de développer une maladie grave et de décéder si elles étaient contaminées par le virus. |
| 46. | La prise en compte de facteurs subjectifs dans l’appréciation des conséquences des « circonstances exceptionnelles et inévitables » ne doit pas être confondue avec de simples sentiments de crainte ou d’anxiété quant aux conséquences de telles circonstances. Il doit être possible de vérifier les besoins du voyageur liés à sa santé ou à sa situation familiale. |
| 47. | Compte tenu de ce qui précède, j’estime que les conséquences importantes des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur l’exécution du contrat de voyage à forfait peuvent être avérées non seulement lorsque cette exécution est impossible, mais également lorsqu’elle comporte des risques importants pour la santé et la sécurité du voyageur. L’évaluation de telles conséquences est objective. Toutefois, il est possible de tenir compte de facteurs subjectifs liés à la mobilité réduite ou à la vulnérabilité du voyageur, pour autant que ces facteurs puissent être vérifiés. |
2. Sur le caractère prospectif de l’évaluation et sur la référence du voyageur moyen
| 48. | En ce qui concerne le moment auquel il faut se placer pour apprécier les conséquences importantes des « circonstances exceptionnelles et inévitables », il se trouve que l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 confère au voyageur le droit de résilier le contrat de voyage à forfait « avant le début du forfait ». L’emploi de la préposition « avant » indique qu’un intervalle de temps sépare la décision de résilier le contrat de voyage à forfait et le début du voyage. Il s’ensuit que la décision de résilier le contrat est prospective. Elle se fonde sur une prévision ou une évaluation anticipée de la survenance de « circonstances exceptionnelles et inévitables » et de leurs conséquences importantes sur l’exécution du forfait ou, si elles se sont déjà produites, sur la persistance des conséquences importantes. Ainsi que le juge de renvoi le relève, l’évaluation faite par le voyageur au moment de la résiliation du contrat de voyage à forfait implique une évaluation de la probabilité que les « circonstances exceptionnelles et inévitables » auront des conséquences importantes sur l’exécution du forfait. |
| 49. | La directive 2015/2302 ne prévoit pas de délais spécifiques dans l’évaluation de la probabilité que les « circonstances exceptionnelles et inévitables » aient des conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage. En outre, elle n’impose pas un nombre déterminé de jours, de semaines ou de mois avant lesquels il n’est pas possible de faire cette évaluation et d’exercer le droit de résilier le contrat de voyage à forfait sans payer de frais de résiliation. Cela étant dit, plus la résiliation est éloignée du début du forfait, plus il sera difficile pour le voyageur de prouver que les circonstances auront encore des conséquences importantes à la date du voyage ( 22 ). |
| 50. | La détermination de la probabilité dépendra des circonstances et c’est aux juridictions nationales qu’il appartiendra de l’évaluer ( 23 ). Ainsi, il n’apparaît pas judicieux d’énoncer sous la forme d’un taux la probabilité que les « circonstances exceptionnelles et inévitables » aient des conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage. Toutefois, cette appréciation sera marquée par le caractère exceptionnel du droit de résilier le contrat de voyage à forfait sans payer de frais de résiliation. Au moment de la résiliation du contrat de voyage à forfait, le voyageur doit raisonnablement s’attendre à ce qu’il y ait une probabilité suffisamment élevée que des « circonstances exceptionnelles et inévitables » affectent de manière significative l’exécution du forfait. |
| 51. | En ce qui concerne la référence à retenir pour estimer la capacité du voyageur à faire une prévision, le juge de renvoi et le gouvernement lituanien proposent de se référer au voyageur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Tout d’abord, je partage l’idée que le point de référence de l’estimation doit être le voyageur. Cela correspond à l’objectif même du droit conféré au voyageur de résilier le contrat de voyage à forfait. À cet égard, on relèvera que les deux parties au contrat de voyage à forfait ont le droit de résilier le contrat en cas de « circonstances exceptionnelles et inévitables ». Le droit du voyageur est énoncé à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 et requiert que ces circonstances aient des conséquences importantes sur « l’exécution du forfait ou sur le transport des passagers vers le lieu de destination ». Le droit de l’organisateur est énoncé à l’article 12, paragraphe 3, sous b), de cette directive et requiert que l’organisateur soit « empêché d’exécuter le contrat en raison de circonstances exceptionnelles et inévitables et notifie la résiliation du contrat au voyageur sans retard excessif avant le début du forfait ». C’est l’analyse que fait chaque partie qui est déterminante dans l’exercice du droit propre à cette partie. La finalité de la reconnaissance d’un droit distinct du voyageur irait à l’encontre de l’objectif poursuivi si l’exercice de ce droit dépendait de l’analyse faite par l’organisateur. |
| 52. | Il importe également de relever que la directive 2015/2302 a corrigé une discordance entre le voyageur et l’organisateur dans l’exercice du droit de résilier le contrat de voyage à forfait en cas de « circonstances exceptionnelles et inévitables ». Cette discordance avait été exposée dans le document de travail des services de la Commission sur les voyages à forfait, où il est relevé que, dans le régime antérieur, l’organisateur avait le droit de résilier le contrat à forfait « sur la seule base de l’appréciation qu’il fera des conditions de sécurité », alors que le consommateur n’avait pas de droit similaire ( 24 ). Les origines de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 montrent donc que le voyageur a le droit de résilier le contrat en cas de « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur la base de sa propre évaluation des conditions de sécurité. |
| 53. | S’agissant, plus particulièrement, du critère de référence à employer dans l’évaluation des conséquences importantes, la directive 2015/2302 ne prévoit pas le critère du « voyageur moyen ». Toutefois, ainsi que le gouvernement lituanien l’a exposé dans ses observations, au vu de l’objectif de cette directive d’atteindre un niveau élevé de protection des consommateurs ( 25 ), il apparaît judicieux de recourir au critère bien connu du « consommateur moyen normalement informé et raisonnablement attentif et avisé » ( 26 ) et d’interpréter ce critère dans le contexte de la directive 2015/2302. Au regard de ce critère de référence, la décision d’un voyageur moyen dépend, tout d’abord, de son niveau de connaissance. Le niveau ordinaire de connaissance s’appréciera à la lumière des informations accessibles au public quand le voyageur a réservé le voyage et des informations devenues accessibles quand il ou elle a décidé de résilier le contrat. Plus le consommateur moyen connaît une certaine situation, mieux il sera placé pour évaluer en connaissance de cause le risque présenté par une situation donnée. En revanche, lorsque le voyageur ne dispose d’aucune information sur une situation particulière ou lorsque les informations sont contradictoires et changent constamment, sa capacité de faire cette évaluation sera plus limitée. |
| 54. | Cela était particulièrement vrai dans le contexte de la pandémie de COVID‑19. Ainsi que le suggère en substance le juge de renvoi, afin de déterminer ce que savait le voyageur moyen et de se prononcer sur l’évaluation qu’il ou elle a faite de la probabilité que surviennent des conséquences importantes sur l’exécution du contrat, il convient de tenir compte de la grande incertitude et de l’évolution extrêmement rapide de la situation au début de la pandémie. En effet, à ce stade, le monde scientifique n’avait pas encore fait toute la clarté sur le risque créé par le virus ; il y avait également une grande incertitude quant au type et à la durée des mesures à prendre pour contenir la propagation du virus. |
| 55. | En l’occurrence, il ressort des pièces produites devant la Cour que le voyageur a évalué le risque posé par la COVID-19 sur la base d’informations données par la presse sur le lieu de destination ou ses environs, ainsi que sur la base de la déclaration de l’état d’urgence nationale dans le pays de départ, cette déclaration ayant été faite au regard du risque posé par le virus. Dans de telles circonstances, il apparaît raisonnable qu’un voyageur « moyen » s’attende à ce que l’état du risque perdure entre la résiliation du contrat et le début du forfait, voire qu’elle se détériore, en ayant donc des conséquences importantes sur l’exécution du contrat. |
| 56. | Quant au volet de la référence visant le voyageur moyen « raisonnablement attentif et avisé », il suggère une prudence raisonnable de la part du voyageur. Un voyageur trop prudent qui décide de résilier le contrat par anxiété ne peut pas être dispensé du paiement des frais de résiliation si la situation ne justifie pas une telle évaluation des risques. En revanche, le voyageur moyen est censé prêter attention aux informations officielles ou aux recommandations de voyage appelant à un niveau élevé de prudence. La pandémie a eu des conséquences importantes sur les déplacements qui ont été perçus comme une source possible de propagation du virus, et cette perception est susceptible d’affecter la perception du voyageur « raisonnablement attentif et avisé » dans de telles circonstances. Dans des circonstances normales, l’évaluation du risque qui conduira à résilier ou non le contrat se limite, en principe, au voyageur et aux personnes qui l’accompagnent. Toutefois, en présence d’un virus dangereux et extrêmement contagieux, un voyageur contaminé peut mettre en danger les personnes se trouvant sur le lieu de destination du voyage, ainsi que ses concitoyens au retour. Dans de telles circonstances, le simple choix de voyager peut avoir des « externalités négatives » ( 27 ). Même avant l’imposition de mesures limitant les déplacements ( 28 ), on ne saurait s’attendre à ce que le voyageur moyen agisse comme une personne « égoïste » indifférente aux informations officielles invitant à la prudence ou, pire, à ce qu’il agisse au mépris des consignes données pour éviter des rassemblements, contacts sociaux et déplacements non nécessaires. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, il est donc possible d’inclure dans le paradigme du voyageur moyen « raisonnablement attentif et avisé » le voyageur responsable qui prête attention à des appels officiels à la prudence et est sensible à la solidarité avec ses concitoyens afin de contenir la propagation du virus. |
| 57. | Il s’ensuit que l’évaluation des conséquences importantes sur l’exécution du contrat procède d’une prévision, faite au moment de la résiliation du contrat, de la probabilité de la survenance de ces conséquences importantes, cette évaluation étant réalisée par le voyageur moyen « normalement informé et raisonnablement attentif et avisé ». |
| 58. | Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, j’estime que les conséquences importantes des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur l’exécution du contrat de voyage à forfait peuvent être avérées non seulement lorsque cette exécution est impossible, mais également lorsqu’elle comporte des risques importants pour la santé et la sécurité des voyageurs. L’évaluation de ces conséquences se fait objectivement. Toutefois, il est possible de tenir compte de facteurs subjectifs liés à la mobilité réduite ou à la vulnérabilité du voyageur, pour autant que ces facteurs puissent être vérifiés. L’appréciation des conséquences importantes sur l’exécution du contrat procède d’une prévision, faite au moment de la résiliation du contrat, de la probabilité que ces conséquences importantes se produisent, cette appréciation étant faite par le voyageur moyen normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. |
D. Sur la troisième question préjudicielle
| 59. | Par sa troisième question, le juge de renvoi demande, en substance, si le fait que les circonstances invoquées par le voyageur étaient déjà survenues ou à tout le moins déjà raisonnablement prévisibles au moment où le contrat de voyage à forfait a été conclu a une incidence sur le droit de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation conformément à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302. À cet égard, le juge de renvoi se demande si, aux fins de l’application du critère de prévisibilité raisonnable dans le contexte de la pandémie de COVID-19, il convient de tenir compte de la difficulté de prévoir l’évolution et les conséquences de la pandémie au moment de la conclusion du contrat de voyage à forfait. |
| 60. | À cet égard, ainsi que je l’ai déjà relevé à titre préliminaire dans les présentes conclusions ( 29 ), on rappellera que la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables », au sens de l’article 12, paragraphe 2 et paragraphe 3, sous b), de la directive 2015/2302, s’apparente à la notion de « force majeure » telle qu’elle a été définie dans une jurisprudence constante, à savoir comme visant des circonstances étrangères à celui qui l’invoque, anormales et imprévisibles, dont les conséquences n’auraient pu être évitées malgré toutes les diligences déployées. |
| 61. | Il s’ensuit que l’imprévisibilité est un élément essentiel pour qualifier des circonstances d’« exceptionnelles et inévitables ». Des événements qui se sont déjà produits au moment de la conclusion du contrat ou qui sont susceptibles de se produire ne sauraient constituer de telles circonstances, à condition toutefois que le voyageur soit également en mesure de prévoir les conséquences normales d’un tel événement. |
| 62. | En effet, ainsi que la doctrine le relève, la notion d’« imprévisibilité » est relative ( 30 ). Elle est également évolutive. Pour déterminer ce qui est raisonnablement prévisible, il convient de tenir compte des circonstances particulières et de l’évolution des connaissances humaines. À cet égard, il importe de faire la distinction entre l’imprévisibilité de l’événement, d’une part, et l’imprévisibilité de ses effets sur le contrat, d’autre part ( 31 ). Un événement dont le voyageur a connaissance et qui, normalement, a des conséquences prévisibles pourrait évoluer en une situation relevant de « circonstances exceptionnelles et inévitables » si ses conséquences modifient substantiellement la nature de l’événement. La prévisibilité peut s’évaluer en faisant une comparaison entre, premièrement, les circonstances et la connaissance que le voyageur avait de ces circonstances et de leurs conséquences au moment de la conclusion du contrat (point A) et, deuxièmement, les circonstances et la connaissance que le voyageur avait de ces circonstances et de leurs conséquences au moment de la résiliation du contrat (point B). Aux fins de cette comparaison, le nombre de jours écoulés entre le point A et le point B est sans incidence. Ce qui compte ce sont les circonstances de fait et la connaissance qu’en avait le voyageur. Si ces éléments ont sensiblement changé, la situation est différente de celle dont le voyageur avait connaissance ou qu’il pouvait raisonnablement prévoir. |
| 63. | Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le juge de renvoi expose que, au moment de la conclusion du contrat de voyage à forfait, le voyageur avait connaissance de l’existence du virus et de son incidence, principalement en Chine, mais aussi dans certains autres pays de manière isolée. Ce que le voyageur ne savait pas à ce moment-là, c’est que le virus arriverait en Europe et que l’épidémie évoluerait en une pandémie, qui nécessiterait l’adoption de mesures sans précédent pour la contenir. Le juge de renvoi souligne l’extrême incertitude et la rapidité de l’évolution de la situation entre le moment auquel le contrat de voyage à forfait a été conclu et la date à laquelle il a été résilié. |
| 64. | La demande de décision préjudicielle évoque la situation particulière au début de la pandémie de COVID-19. Au cours des semaines précédant la qualification officielle de la COVID-19 de « pandémie » par l’OMS, le 11 mars 2020, une personne moyenne ayant un accès normal aux informations officielles n’aurait pas été en mesure de prévoir la « soudaineté, l’ampleur et la gravité » ( 32 ) de la pandémie et les conséquences que le virus aurait par la suite sur les déplacements et sur l’exercice même de la liberté de circulation. En effet, l’OMS elle‑même aurait reconnu n’avoir « jamais vu auparavant une pandémie de coronavirus » ( 33 ). Il semble dès lors raisonnable de considérer que la connaissance qu’a eue le voyageur dans l’affaire au principal entre le moment auquel il a conclu le contrat de voyage à forfait (au début du mois de février 2020) et le moment où il a résilié le contrat (à la fin du mois de février 2020) a très nettement évolué. Si le juge de renvoi fait ce constat, le voyageur ne saurait se voir empêché d’invoquer des « circonstances exceptionnelles et inévitables » au motif que ces circonstances étaient prévisibles au moment où il ou elle a conclu le contrat. |
| 65. | Au vu des considérations qui précèdent, j’estime que le fait que les circonstances invoquées par le voyageur étaient déjà survenues ou étaient à tout le moins déjà raisonnablement prévisibles au moment où il a conclu le contrat de voyage à forfait a une incidence sur le droit du voyageur de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation conformément à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, sauf si, entre le moment où le contrat a été conclu et celui auquel il est résilié, un net changement intervient dans ces circonstances ainsi que dans la connaissance que le voyageur a de ces circonstances et de leurs conséquences. À cet égard, aux fins de l’application du critère de prévisibilité raisonnable dans le contexte de la pandémie de COVID‑19, il convient de tenir compte de la difficulté de prévoir l’évolution et les conséquences de la pandémie au moment de la conclusion du contrat de voyage à forfait. |
E. Sur la quatrième question préjudicielle
| 66. | Par sa quatrième question, le juge de renvoi demande en substance si, pour apprécier l’existence de conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage à forfait, ouvrant le droit de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation conformément à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, il faut tenir compte non seulement de la situation qui se présente sur le lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci, mais également de celle qui se présente sur le lieu de départ ainsi qu’aux différentes escales du voyage en ce compris du trajet de retour. |
| 67. | À cet égard, il ressort de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302 que des « circonstances exceptionnelles et inévitables » ne peuvent justifier une résiliation par le voyageur, lui donnant droit au remboursement intégral des paiements effectués au titre d’un forfait, que lorsque celles-ci surviennent « au lieu de destination ou à proximité immédiate de celui‑ci » et qu’elles « ont des conséquences importantes sur l’exécution du forfait ou sur le transport des passagers vers le lieu de destination ». En outre, le considérant 31 de cette directive illustre les conditions d’application de cette disposition par l’exemple de l’« apparition d’une maladie grave [au lieu de] destination du voyage » ( 34 ). |
| 68. | La Cour a jugé que l’illustration de la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » par l’exemple de l’« apparition d’une maladie grave à la destination du voyage » vise non pas à limiter la portée de cette notion à des événements locaux, mais à préciser que ces circonstances doivent, en tout état de cause, se produire notamment au lieu de destination du voyage prévu et, en tant que telles, affecter de manière significative l’exécution du voyage à forfait concerné ( 35 ). À cet égard, si la propagation d’une maladie grave sur le lieu de destination en cause est susceptible de relever de ladite notion, il doit a fortiori en aller de même de la propagation d’une maladie grave à l’échelle mondiale, dès lors que les effets de cette dernière touchent également ce lieu ( 36 ). |
| 69. | Dès lors que la notion de « circonstances exceptionnelles et inévitables » couvre la propagation d’une maladie grave à l’échelle mondiale, il est logique d’en déduire que les conséquences importantes de ces circonstances sur l’exécution du forfait ou du transport de passagers vers la destination peuvent être appréciées en tenant compte de la situation à la destination du voyage ainsi que de la situation au lieu de départ et aux différentes escales. |
| 70. | Cette conclusion est corroborée par l’interprétation littérale de l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302. L’article 5, paragraphe 1, sous a), inclut dans les principales caractéristiques des services de voyage « les moyens, caractéristiques et catégories de transport, les lieux, dates et heure de départ et de retour, la durée et le lieu des escales et des correspondances ». Aux termes de l’article 7, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, ces informations doivent figurer dans le contrat de voyage à forfait. Ainsi que je l’ai relevé au point 42 des présentes conclusions, le risque important pour la santé et la sécurité du voyageur est une conséquence importante sur l’exécution du contrat de voyage à forfait. La santé et la sécurité du voyageur concernent tous les volets de l’exécution du contrat, y compris le trajet en tant que tel jusqu’au lieu de destination et les moyens de transport utilisés. Il s’ensuit qu’une conséquence importante avérée sur le transport menant au lieu de destination du voyage doit donc également être prise en compte aux fins de l’évaluation de l’incidence des « circonstances exceptionnelles et inévitables » sur le contrat de voyage à forfait. |
| 71. | De surcroît, les mesures adoptées au lieu de départ en raison des circonstances qui se produisent sur le lieu de destination peuvent également être intégrées dans l’évaluation des conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage à forfait. Ainsi que l’a relevé, en substance, le gouvernement lituanien, si le lieu de destination est qualifié de « zone à haut risque » et que, à ce titre, les voyageurs qui retournent au lieu de départ sont soumis à des mesures d’isolement (quarantaine), c’est un élément attestant l’existence de « circonstances exceptionnelles et inévitables [qui] ont des conséquences importantes sur l’exécution du contrat ». |
| 72. | Eu égard aux considérations qui précèdent, j’estime que, pour apprécier l’existence de conséquences importantes sur l’exécution du contrat de voyage à forfait, ouvrant le droit de résilier le contrat sans payer de frais de résiliation conformément à l’article 12, paragraphe 2, de la directive 2015/2302, il faut tenir compte non seulement de la situation qui se présente sur le lieu de destination ou à proximité immédiate de celui-ci, mais également de celle qui se présente sur le lieu de départ ainsi qu’aux différentes escales du voyage, en ce compris du trajet de retour. |
V. Conclusion
| 73. | Eu égard aux considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre aux questions préjudicielles du Lietuvos Aukščiausiasis Teismas (Cour suprême de Lituanie) comme suit :
|
( 1 ) Langue originale : l’anglais.
( 2 ) Voir, en général, Hondius, E., e.a (éd.), Coronavirus and the Law in Europe, Intersentia, Cambridge, 2021.
( 3 ) Directive du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2015 relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage liées, modifiant le règlement (CE) no 2006/2004 et la directive 2011/83/UE du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 90/314/CEE du Conseil (JO 2015, L 326, p. 1).
( 4 ) Voir, à cet effet, arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 55).
( 5 ) Voir, à cet effet, arrêt du 13 octobre 2022, Gemeinde Bodman-Ludwigshafen (C‑256/21, EU:C:2022:786, point 33 et jurisprudence citée).
( 6 ) Arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 54 et jurisprudence citée).
( 7 ) Voir, à cet effet, arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, points 54 et 56). Mise en italique par mes soins.
( 8 ) Voir, à cet effet, arrêts du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 45), et du 8 juin 2023, Commission/Slovaquie (Droit de résiliation sans frais) (C‑540/21, EU:C:2023:450, point 59).
( 9 ) Voir, à cet effet, arrêts du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 46), et du 8 juin 2023, Commission/Slovaquie (Droit de résiliation sans frais) (C‑540/21, EU:C:2023:450, point 49).
( 10 ) Arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 51).
( 11 ) Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage assistées, modifiant le règlement (CE) no 2006/2004 et la directive 2011/83/UE, et abrogeant la directive 90/314/CEE du Conseil, COM(2013) 512 final (ci-après la « proposition de la Commission relative aux voyages à forfait »).
( 12 ) On peut lire dans le considérant 26 de la proposition de la Commission relative aux voyages à forfait que « [d]es circonstances exceptionnelles et inévitables devraient notamment être réputées exister lorsque des comptes rendus fiables et publiés, tels que des recommandations émises par les autorités des États membres, déconseillent de se rendre sur le lieu de destination ».
( 13 ) Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur l’application de la directive (UE) 2015/2302 du Parlement européen et du Conseil relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage liées, COM(2021) 90 final, p. 19.
( 14 ) Une approche plus coordonnée a été suivie à un stade ultérieur de la pandémie de COVID-19 lorsque les États membres se sont accordés sur une carte commune du niveau de risque de COVID-19 dans l’Union ; Recommandation (UE) 2021/119 du Conseil, du 1er février 2021, modifiant la recommandation (UE) 2020/1475 relative à une approche coordonnée de la restriction de la libre circulation en réaction à la pandémie de COVID-19 (JO 2021, L 36 I/1, p. 1).
( 15 ) Si un avertissement officiel appelle à ne pas voyager, l’organisateur prendra normalement l’initiative de résilier le contrat de voyage à forfait conformément à l’article 12, paragraphe 3, sous b), de la directive 2015/2302.
( 16 ) Voir, à cet effet, arrêt du 2 avril 2020, PrivatBank (C‑480/18, EU:C:2020:274, point 73 et jurisprudence citée).
( 17 ) Document de travail de la Commission, analyse d’impact accompagnant la proposition de directive relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage assistées, modifiant le règlement (CE) no 2006/2004 et la directive 2011/83/UE et abrogeant la directive 90/314/CEE du Conseil, SWD(2013) 263 final (ci-après le « document de travail de la Commission sur le voyage à forfait »), p. 78.
( 18 ) Document de travail de la Commission sur le voyage à forfait, p. 78.
( 19 ) Document de travail de la Commission sur le voyage à forfait, mise en italique par mes soins.
( 20 ) Arrêt du 12 janvier 2023, FTI Touristik (Voyage à forfait aux îles Canaries) (C‑396/21, EU:C:2023:10, point 22).
( 21 ) Voir Reich, N., « Vulnerable Consumers in EU Law », dans Leczykiewicz, D., et Weatherill, S. (éd.), The Images of the Consumer in EU Law : Legislation, Free Movement and Competition Law, Hart Publishing, Londres, 2016, p. 139‑158, à la p. 141. L’auteur distingue trois types de vulnérabilité dans le droit de l’Union relatif aux contrats des consommateurs, à savoir le handicap physique, le handicap intellectuel et le handicap économique. Il fait également la distinction entre la vulnérabilité du consommateur et la faiblesse du consommateur dans des cadres contractuels.
( 22 ) Voir Tonner, K., « BGH 651h, Rücktritt vor Reisebeginn », Münchener Kommentar zum BGB, 9ème éd., C. H. Beck, Munich, 2023, point 71.
( 23 ) À titre d’illustration, si un voyageur a réservé un voyage de randonnée dans une forêt au Canada et que son voyage doit avoir lieu trois mois plus tard, au cas où la forêt est entièrement brûlée par un feu de forêt, il est impossible que la forêt retrouve son état d’origine en trois mois. En revanche, si le voyageur a réservé un voyage prévu trois mois plus tard sur une île où il y a des incendies, il est plus difficile de prévoir comment la situation évoluera dans un intervalle de trois mois.
( 24 ) Document de travail de la Commission sur le voyage à forfait, p. 78.
( 25 ) Voir considérant 51 de la directive 2015/2302.
( 26 ) À titre d’exemple de l’emploi du critère du « consommateur moyen », tiré du domaine des clauses abusives, voir arrêts du 18 novembre 2021, A. S.A. (C‑212/20, EU:C:2021:934, point 42), et du 16 mars 2023, Caixabank (Commission d’ouverture du prêt) (C‑565/21, EU:C:2023:212, point 33 et jurisprudence citée). Pour un aperçu général, voir Leczykiewicz, D., et Weatherill, S., The Images of the Consumer in EU Law : Legislation, Free Movement and Competition Law, Hart Publishing, Londres, 2016.
( 27 ) Voir Miller, L., « Ethical Consumption and the Internal Market », dans Leczykiewicz, D., et Weatherill, S., The Images of the Consumer in EU Law : Legislation, Free Movement and Competition Law, Hart Publishing, Londres, 2016, p. 279, qui développe l’idée des « externalités négatives » dans le contexte des répercussions environnementales et sociales liées à la consommation.
( 28 ) Le sens des responsabilités est particulièrement pertinent avant l’imposition de mesures gouvernementales limitant les voyages. Après l’imposition de mesures gouvernementales, il incombe au voyageur de se conformer à la loi en tout cas.
( 29 ) Voir point 29 des présentes conclusions.
( 30 ) Philippe, D., « The Impact of the Coronavirus Crisis on the Analysis and Drafting of Contract Terms. Force Majeure, Hardship and Deferral of Obligations », dans Hondius, E., et autres (éd.), Coronavirus and the Law in Europe, Intersentia, Cambridge, 2021, p. 527 à 552, p. 532.
( 31 ) Ibidem.
( 32 ) Voir Guide sur le droit des voyageurs de résilier des contrats de voyage à forfait en raison de circonstances exceptionnelles issues de la COVID-19, édité par le ministère irlandais de l’Entreprise, du Commerce et de l’Emploi, 26 mars 2020, p. 5.
( 33 ) Observations liminaires du directeur général de l’OMS à la conférence de presse consacrée à la COVID-19, 11 mars 2020.
( 34 ) Voir, à cet effet, arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, points 44 et 46).
( 35 ) Voir, à cet effet, arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 47).
( 36 ) Voir, à cet effet, arrêt du 8 juin 2023, UFC – Que choisir et CLCV (C‑407/21, EU:C:2023:449, point 48).
Documents similaires
Arrêt CJUE — 62022CC0090
14/12/2023
Conclusions de l'avocat général M. M. Szpunar, présentées le 14 décembre 2023.#Slovenské Energetické Strojárne a.s. contre Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága.#Demande de décision préjudicielle, introduite par la Fővárosi Törvényszék.#Renvoi préjudiciel – Système commun de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – Modalités du remboursement de la TVA en faveur des assujettis non établis dans l’État membre du remboursement – Directive 2008/9/CE – Article 20 – Demande d’informations complémentaires formulée par l’État membre du remboursement – Informations devant être fournies dans un délai d’un mois – Classement de la procédure en raison de l’absence de réponse de l’assujetti dans ce délai – Article 23 – Refus de prise en compte des informations présentées pour la première fois au cours de la procédure de recours – Principe d’effectivité – Principe de neutralité de la TVA – Principe de bonne administration.#Affaire C-746/22.
14/12/2023
Conclusions de l'avocat général M. P. Pikamäe, présentées le 14 décembre 2023.#Procédure pénale contre PT.#Demande de décision préjudicielle, introduite par le Spetsializiran nakazatelen sad.#Renvoi préjudiciel – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Coopération judiciaire en matière pénale – Infractions pénales et sanctions applicables dans les domaines du trafic de drogue et de la lutte contre la criminalité organisée – Possibilité de réduction des peines applicables – Portée – Décision‑cadre 2004/757/JAI – Articles 4 et 5 – Décision‑cadre 2008/841/JAI – Articles 3 et 4 – Réglementation nationale ne mettant pas en œuvre le droit de l’Union – Article 51, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Protection juridictionnelle effective – Article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE – Procédure pénale contre plusieurs personnes – Accord de règlement de l’affaire prévu en droit national – Approbation par une formation de jugement ad hoc – Consentement des autres prévenus.#Affaire C-432/22.
14/12/2023
Conclusions de l'avocat général Mme J. Kokott, présentées le 14 décembre 2023.###
14/12/2023