Arrêt CJUE62022CC0431

Conclusions de l'avocat général M. M. Szpunar, présentées le 13 juillet 2023.#Scuola europea di Varese contre PD et LC.#Demande de décision préjudicielle, introduite par la Corte suprema di cassazione.#Renvoi préjudiciel – Convention portant statut des écoles européennes – Article 27, paragraphe 2 – Règlement général des écoles européennes – Articles 62, 66 et 67 – Contestation de la décision d’un conseil de classe de ne pas autoriser le passage d’un élève dans la classe supérieure du cycle secondaire – Absence de compétence des juridictions nationales – Compétence exclusive de la chambre de recours des écoles européennes – Protection juridictionnelle effective.#Affaire C-431/22.

CELEX62022CC0431
TypeArrêt CJUE
Datejeudi 13 juillet 2023

Résumé IA

Cet avis préjudiciel clarifie la répartition des compétences juridictionnelles concernant les décisions des écoles européennes. L'Avocat général conclut que les juridictions nationales sont incompétentes pour connaître des recours contre les décisions pédagogiques, comme un refus de passage en classe supérieure, qui relèvent exclusivement de la chambre de recours interne des écoles européennes. Cette interprétation vise à garantir une protection juridictionnelle effective par le biais des voies de recours spécifiques prévues par le statut de ces établissements.

Texte intégral

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL

M. MACIEJ SZPUNAR

présentées le 13 juillet 2023 ( 1 )

Affaire C‑431/22

Scuola europea di Varese

contre

PD, en qualité de personne exerçant la responsabilité parentale sur NG,

LC, en qualité de personne exerçant la responsabilité parentale sur NG

[demande de décision préjudicielle formée par la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie)]

« Renvoi préjudiciel – Convention portant statut des écoles européennes – Décision de ne pas promouvoir un élève à la classe suivante adoptée par le conseil de classe – Contestation par les parents – Compétence des juridictions nationales ou compétence exclusive de la chambre de recours des écoles européennes – Protection juridictionnelle effective »

I. Introduction

1.

Les représentants des six États membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) se sont réunis à plusieurs reprises au cours de l’année 1954 pour discuter de l’établissement d’une école européenne. Lors de ces réunions, il a été décidé que ces représentants formeraient le conseil d’administration, qui assumerait la responsabilité de cette école et déterminerait les principes de son organisation. La première école européenne a ainsi ouvert ses portes le 12 octobre 1954 au Luxembourg ( 2 ). D’autres écoles ont été établies par la suite ( 3 ). Il existe actuellement treize écoles européennes qui accueillent environ 28750 élèves.

2.

L’une des spécificités de ces écoles est qu’elles constituent un système sui generis ancré à la fois dans le droit de l’Union et le droit international. Cette double nature se trouve à l’origine, notamment, de certaines questions concernant la répartition des compétences entre les juridictions nationales et la chambre de recours des écoles européennes (ci-après la « chambre de recours ») instaurée par la convention portant statut des écoles européennes ( 4 ) (ci-après la « CSEE »). La présente demande de décision préjudicielle porte précisément sur l’interprétation de l’article 27, paragraphe 2, de cette convention.

3.

Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant la Scuola europea di Varese (école européenne de Varèse, Italie) à PD et LC, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur NG (ci-après « les parents de NG » ou « les parents »), au sujet de la compétence des juridictions italiennes pour connaître d’un recours tendant à l’annulation d’une décision du conseil de classe de ne pas autoriser le passage dans la classe supérieure de NG, alors élève du cycle secondaire au sein de cette école.

4.

Le présent renvoi offre à la Cour l’occasion de se prononcer, d’une part, sur l’étendue du contrôle juridictionnel de la chambre de recours, qui a la qualité d’organe d’une organisation internationale, en ce qui concerne ces décisions, et, d’autre part, sur l’obligation de cette chambre d’appliquer le principe de protection juridictionnelle effective lors de l’interprétation de la CSEE et des textes d’application auxquels renvoie cette convention.

II. Le cadre juridique

A. La convention de Vienne sur le droit des traités

5.

L’article 1er de la convention de Vienne sur le droit des traités ( 5 ), du 23 mai 1969 (ci-après la « convention de Vienne »), intitulé « Portée de la présente convention », prévoit que celle-ci s’applique aux traités entre États.

6.

L’article 3 de cette convention, intitulé « Accords internationaux n’entrant pas dans le cadre de la présente convention », dispose :

« Le fait que la présente Convention ne s’applique ni aux accords internationaux conclus entre des États et d’autres sujets du droit international ou entre ces autres sujets du droit international ni aux accords internationaux qui n’ont pas été conclus par écrit ne porte pas atteinte :

[...]

b)

à l’application à ces accords de toutes règles énoncées dans la présente convention auxquelles ils seraient soumis en vertu du droit international indépendamment de ladite Convention ;

[...] »

7.

Aux termes de l’article 31 de ladite convention, intitulé « Règle générale d’interprétation » :

« 1. Un traité doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes du traité dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but.

[...]

3. Il sera tenu compte, en même temps que du contexte :

a)

de tout accord ultérieur intervenu entre les parties au sujet de l’interprétation du traité ou de l’application de ses dispositions ;

b)

de toute pratique ultérieurement suivie dans l’application du traité par laquelle est établi l’accord des parties à l’égard de l’interprétation du traité ;

c)

de toute règle pertinente de droit international applicable dans les relations entre les parties.

[...] »

B. La CSEE

8.

L’article 1er, deuxième alinéa, de la CSEE prévoit que « [l]a mission des écoles est l’éducation en commun des enfants du personnel des Communautés européennes »

9.

Aux termes de l’article 27 de la CSEE :

« 1. Il est institué une chambre de recours.

2. La chambre de recours a compétence exclusive de première et de dernière instance pour statuer, après épuisement de la voie administrative, sur tout litige relatif à l’application de la présente convention aux personnes qui y sont visées, à l’exclusion du personnel administratif et de service, et portant sur la légalité d’un acte faisant grief fondé sur la convention ou sur des règles arrêtées en application de celle-ci, pris à leur égard par le conseil supérieur ou le conseil d’administration d’une école dans l’exercice des attributions qui leur sont conférées par la présente convention. Lorsqu’un tel litige présente un caractère pécuniaire, la chambre de recours a une compétence de pleine juridiction.

Les conditions et les modalités d’application relatives à ces procédures sont déterminées, selon le cas, par le statut du personnel enseignant ou par le régime applicable aux chargés de cours ou par le règlement général des écoles.

3. La chambre de recours est composée de personnalités offrant toutes les garanties d’indépendance et possédant des compétences juridiques notoires.

Seules peuvent être nommées membres de la chambre de recours les personnes figurant sur une liste établie à cet effet par la Cour de justice des Communautés européennes.

4. Le conseil supérieur statuant à l’unanimité arrête le statut de la chambre de recours.

Le statut de la chambre de recours fixe le nombre de ses membres, la procédure de leur nomination par le conseil supérieur, la durée de leur mandat et le régime pécuniaire qui leur est applicable. Il organise le fonctionnement de la chambre.

5. La chambre de recours arrête son règlement de procédure qui contient toutes les dispositions nécessaires en vue d’appliquer son statut.

Ce règlement doit être approuvé à l’unanimité par le conseil supérieur.

6. Les arrêts de la chambre de recours sont obligatoires pour les parties et, au cas où celles-ci ne les exécuteraient pas, rendus exécutoires par les autorités compétentes des États membres en conformité avec leur législation nationale respective.

7. Les autres litiges auxquels les écoles sont parties relèvent de la compétence des juridictions nationales. En particulier, leur compétence en matière de responsabilité civile et pénale n’est pas affectée par le présent article. »

C. Le règlement général des écoles européennes

10.

L’article 61, paragraphe 1, du règlement général des écoles européennes, dans sa version no°2014-03-D-14-fr-11 applicable aux faits du litige au principal (ci-après le « RGEE de 2014 »), prévoit que, dans le cycle secondaire, les décisions pour le passage dans la classe supérieure sont prises en fin d’année scolaire par le conseil de classe compétent.

11.

Aux termes de l’article 62 du RGEE de 2014, intitulé « Recours contre les décisions de redoublement » :

« 1. Les décisions des conseils de classe ne sont pas susceptibles de recours de la part des représentants légaux des élèves, sauf pour vice de forme ou fait nouveau, reconnus tels par le secrétaire général sur la base du dossier fourni par l’école et les représentants légaux de l’élève.

Par vice de forme, il faut entendre toute violation d’une règle de droit relative à la procédure à suivre pour le passage dans la classe supérieure, telle que, si elle n’avait pas été commise, la décision du conseil de classe aurait été différente.

Le défaut d’assistance sous la forme d’intégration de l’élève aux programmes de soutien éducatif ne constitue pas un vice de forme, sauf à démontrer que l’élève ou ses représentants légaux ont réclamé cette assistance et qu’elle a été abusivement refusée par l’école.

Les modalités d’organisation pratique des examens appartiennent aux écoles et ne peuvent être regardées comme un vice de forme.

Par fait nouveau, il faut entendre tout élément qui n’aurait pas été porté à la connaissance du conseil de classe parce qu’il était inconnu de tous ‑ enseignants, parents, élève ‑ au moment de sa délibération et qui aurait pu influencer le sens de sa décision. Un fait connu des parents, mais non porté à la connaissance du conseil de classe, ne peut être qualifié d’élément neuf, au sens de la présente disposition.

Les appréciations portant sur les capacités des élèves, l’attribution d’une note pour une composition ou un travail pendant l’année scolaire et l’appréciation des circonstances particulières visées à l’article 61. B-5 relèvent du seul pouvoir d’appréciation du conseil de classe. Elles ne sont pas susceptibles de recours.

2. Le délai fixé pour l’introduction d’un recours auprès du secrétaire général est de sept jours calendrier après la fin de l’année scolaire. [...]

[...]

Le secrétaire général (ou par voie de délégation le secrétaire général adjoint) doit statuer sur ce recours avant le 31 août. Les articles 66 et 67 du présent règlement sont d’application. Si le recours est jugé recevable et fondé, le conseil de classe statue alors à nouveau sur le cas.

La nouvelle décision est également susceptible de recours administratif auprès du secrétaire général [...] »

12.

L’article 66 du RGEE de 2014, intitulé « Recours administratifs », dispose :

« 1. Les décisions mentionnées [à l’article 62] peuvent faire l’objet d’un recours administratif dans les conditions prévues par [cet article]. [...]

[...]

5. La décision du secrétaire général statuant sur un recours administratif est notifiée au(x) requérant(s) [...] »

13.

L’article 67 du RGEE de 2014, intitulé « Recours contentieux », dispose :

« 1. Les décisions administratives, explicites ou implicites, prises sur les recours visés à l’article précédent peuvent faire l’objet d’un recours contentieux porté par les représentants légaux des élèves, directement concernés par la décision litigieuse devant la chambre de recours prévue à l’article 27 de la [CSEE].

[...]

4. Tout recours contentieux doit, sous peine d’irrecevabilité, être introduit dans le délai de deux semaines à compter de la notification ou de la publication de la décision attaquée [...]

5. Les recours prévus au présent article sont instruits et jugés dans les conditions prévues par le règlement de procédure de la chambre de recours.

6. La chambre de recours doit statuer dans un délai de six mois à compter de la réception du recours, sans préjudice de l’application des articles 16, 34 et 35 du règlement de procédure de la chambre de recours des écoles européennes, lesquels prévoient la possibilité d’introduire un recours en référé. »

D. Le droit italien

14.

Aux termes de l’article 41 du codice di procedura civile (code de procédure civile) :

« Tant que l’affaire n’a pas été jugée au fond en première instance, toute partie peut demander aux chambres réunies de la Cour de cassation de résoudre les questions de compétence [...] »

III. Le litige au principal

15.

Le 25 juin 2020, les parents de NG, qui était alors élève du cycle secondaire au sein de l’école européenne de Varèse, se sont vu notifier la décision du conseil de classe compétent n’autorisant pas le passage de NG dans la classe supérieure.

16.

Le 20 juillet 2020, les parents de NG ont saisi le Tribunale amministrativo regionale per la Lombardia (tribunal administratif régional de Lombardie, Italie) d’un recours tendant à l’annulation de cette décision.

17.

Par ordonnance du 9 septembre 2020, cette juridiction s’est déclarée compétente pour connaître de ce recours, a fait droit à la demande de mesures provisoires dont elle se trouvait saisie « aux fins de l’admission conditionnelle en classe supérieure » de NG et a renvoyé l’examen sur le fond de l’affaire à une audience du 19 octobre 2021.

18.

Le 13 octobre 2021, l’école européenne de Varèse a introduit devant les chambres réunies de la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie), sur le fondement de l’article 41 du code de procédure civile, une demande en règlement préalable de la question de la compétence juridictionnelle afin que soit constatée l’incompétence des juridictions italiennes pour connaître du litige en cause. Selon cette école, la chambre de recours dispose, en effet, d’une compétence exclusive à cet égard en vertu des dispositions combinées de l’article 27 de la CSEE et de l’article 67, paragraphe 1, du RGEE de 2014.

19.

Les parents et le ministère public considèrent, en revanche, que les juridictions italiennes sont compétentes pour connaître du litige en cause, dès lors que, notamment, aux termes de l’article 27 de la CSEE, la compétence juridictionnelle exclusive de la chambre de recours est limitée aux actes faisant grief émanant du conseil supérieur des écoles européennes (ci-après le « conseil supérieur ») ou du conseil d’administration de l’école. Selon eux, dans ces conditions, une extension de la compétence de cette chambre aux actes adoptés par un conseil de classe constitue une modification de la CSEE, ne pouvant s’effectuer que conformément à la procédure prévue à l’article 31, paragraphe 4, de cette convention. Ils considèrent que la possibilité d’introduire un recours contentieux devant la chambre de recours, prévue à l’article 67, paragraphe 1, du RGEE de 2014, consacre dès lors une simple faculté, dans le chef des représentants légaux de l’élève, d’opter pour un recours administratif, qui peut éventuellement être suivi d’un recours juridictionnel devant cette chambre. Ils font valoir que la compétence de cette dernière ne revêt toutefois pas un caractère exclusif, les représentants légaux demeurant également libres d’agir directement devant les juridictions nationales concernées.

20.

Appelée à se prononcer sur la question préalable de la compétence des juridictions italiennes soulevée par l’école européenne de Varèse, la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation) rappelle, à titre liminaire, qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour que cette dernière est compétente pour se prononcer à titre préjudiciel sur l’interprétation de la CSEE ainsi que des actes adoptés sur la base de celle-ci ( 6 ).

21.

La juridiction de renvoi indique, par ailleurs, s’être déjà prononcée, dans un arrêt du 15 mars 1999 ( 7 ), en faveur de la compétence des juridictions italiennes, dans des circonstances analogues à celles caractérisant le litige actuellement pendant devant le Tribunale amministrativo regionale per la Lombardia (tribunal administratif régional de Lombardie). Dans cet arrêt, elle a, en effet, jugé que les dispositions combinées de l’article 6, deuxième alinéa, et de l’article 27, paragraphes 1, 2 et 7, de la CSEE prévoient la compétence de la chambre de recours en ce qui concerne non pas les actes adoptés par un conseil de classe mais uniquement les actes faisant grief émanant du conseil supérieur ou du conseil d’administration d’une école européenne.

22.

La juridiction de renvoi observe toutefois que, à l’époque où elle a rendu ledit arrêt, le RGEE de 1996 ( 8 ) alors en vigueur ne prévoyait, à son article 68 bis, paragraphe 3, qu’une possibilité circonscrite de recours interne, de nature purement administrative, contre des décisions rendues par un conseil de classe et n’envisageait nullement la possibilité de saisir, à titre contentieux, la chambre de recours.

23.

Or la circonstance que la possibilité d’un tel recours juridictionnel ait, entre-temps, été consacrée par le RGEE de 2005 ( 9 ) et, par la suite, confirmée à l’article 67 du RGEE de 2014 pourrait s’avérer de nature à justifier que soit désormais reconnue la compétence exclusive de la chambre de recours pour connaître de ce type de contentieux.

24.

Selon la juridiction de renvoi, une telle solution semble, en effet, pouvoir trouver un appui déterminant dans les enseignements tirés de l’arrêt Oberto et O’Leary ( 10 ), dans lequel la Cour aurait déjà admis, en se fondant sur les règles de la convention de Vienne, que la chambre de recours avait valablement pu se voir conférer une compétence exclusive pour connaître des recours dirigés contre un acte du directeur d’une école européenne faisant grief à un enseignant de celle-ci. La juridiction de renvoi considère, par ailleurs, qu’il en va de même de l’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne JT/Secrétaire général des écoles européennes et Chambre de recours des écoles européennes ( 11 ) s’agissant des recours susceptibles d’être introduits contre des décisions de redoublement émanant d’un conseil de classe.

25.

Selon la juridiction de renvoi, peut également s’avérer pertinent, dans ce contexte, le fait que le RGEE est adopté par le conseil supérieur et que le secrétaire général des écoles européennes (ci-après le « secrétaire général »), qui est appelé à se prononcer sur les recours administratifs dirigés contre les décisions de redoublement émanant d’un conseil de classe, est un organe commun à l’ensemble de ces écoles qui est notamment habilité à représenter le conseil supérieur. Il en irait de même de divers documents produits par l’école européenne de Varèse et, en particulier, du « rapport d’activité de la chambre de recours pour l’année 2007 », évoquant les nouvelles voies de recours contentieux contre les décisions relatives au passage en classe supérieure introduites par le RGEE de 2005, ainsi que de la pratique juridictionnelle issue de nombreuses décisions de la chambre de recours, rendues au cours de la période comprise entre 2007 et 2017, statuant sur des recours dirigés contre de telles décisions.

26.

La juridiction de renvoi relève toutefois que l’arrêt Oberto et O’Leary ( 12 ) concerne un acte pris par le directeur d’une école européenne portant sur la limitation de la durée de la relation de travail figurant dans le contrat de travail conclu entre une école européenne et un chargé de cours et que la compétence de la chambre de recours résultait, dans cette affaire, non pas du RGEE, mais du statut des chargés de cours. Il en découle, selon elle, que les différences d’ordre factuel existant ainsi entre l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt et la présente affaire ne permettent pas de considérer qu’une interprétation de l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de la CSEE s’impose, en l’occurrence, avec une telle évidence qu’elle ne laisse place à aucun doute raisonnable.

IV. La question préjudicielle et la procédure devant la Cour

27.

C’est dans ces conditions que la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation) a, par décision du 6 juin 2022, parvenue à la Cour le 28 juin 2022, décidé de surseoir à statuer et d’adresser à la Cour la question préjudicielle suivante :

« L’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, première phrase, de la [CSEE] doit‑il être interprété en ce sens que la chambre de recours qui y est visée a compétence exclusive de première et de dernière instance pour statuer, après épuisement de la voie administrative prévue par le [RGEE], sur tout litige relatif à la décision de redoublement prise par le conseil de classe à l’égard d’un élève du cycle secondaire ? »

28.

Des observations écrites ont été présentées par PD et LC, l’école européenne de Varèse ainsi que par la Commission européenne. Ces parties ont été entendues en leurs observations orales lors de l’audience qui s’est tenue le 4 mai 2023.

V. Analyse

29.

Avant d’aborder la question préjudicielle posée par la juridiction de renvoi (section B), j’estime utile de présenter, brièvement, quelques remarques liminaires sur la compétence de la Cour (section A).

A. Remarques liminaires sur la compétence de la Cour

30.

La compétence de la Cour n’est pas contestée par les parties et il est évident qu’elle ne donne lieu à aucune objection d’office.

31.

Cela étant précisé, je dois relever que, lors de l’audience, les parents ont émis des doutes sur la compétence de la Cour en se référant à l’article 26 de la CSEE et, en particulier, au fait que le litige au principal oppose non pas les parties contractantes, comme il est prévu à cette disposition, mais l’école européenne aux parents.

32.

Je rappelle que, selon l’article 26 de la CSEE, « [la Cour] est seule compétente pour statuer sur les litiges entre les parties contractantes relatifs à l’interprétation et à l’application de la présente convention et qui n’ont pu être résolus au sein du conseil supérieur ». Cette disposition prévoit ainsi une clause compromissoire en vertu de laquelle la Cour peut être saisie d’un recours en interprétation et/ou en application de cette convention ( 13 ).

33.

Certes, l’article 26 de la CSEE se réfère aux « litiges entre les parties contractantes », à savoir les États membres et l’Union européenne. Cependant, contrairement à ce qu’ont affirmé les parents lors de l’audience, on ne saurait déduire de cette disposition que la Cour est compétente pour interpréter cette convention uniquement sur le fondement de ladite disposition ( 14 ).

34.

Il suffit de rappeler, à cet égard, que, conformément à l’article 267 TFUE, la Cour est compétente pour interpréter les actes pris par les institutions, organes ou organismes de l’Union ( 15 ). Or elle a déjà jugé qu’un accord international, tel que la CSEE, qui a été conclu sur le fondement de l’article 235 CE (devenu article 308 CE, lui-même devenu article 352 TFUE) par les Communautés européennes, lesquelles ont été habilitées à cet effet par la décision 94/557/CE ( 16 ), constitue, en ce qui concerne l’Union, un acte pris par une institution de l’Union, au sens de l’article 267, premier alinéa, sous b), TFUE, que les dispositions de cette convention forment partie intégrante, à partir de l’entrée en vigueur de celle-ci, de l’ordre juridique de l’Union et que, dans le cadre de cet ordre juridique, la Cour est compétente pour statuer à titre préjudiciel sur l’interprétation de ladite convention ainsi que des actes adoptés sur la base de celle-ci ( 17 ).

35.

Par conséquent, il ne fait aucun doute que la Cour est compétente pour répondre à la question déférée par la juridiction de renvoi.

B. Sur la question préjudicielle

36.

Par son unique question, la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation) demande, en substance, si l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE, lu en combinaison avec les articles 61, 62, 66 et 67 du RGEE de 2014, doit être interprété en ce sens que la chambre de recours dispose d’une compétence juridictionnelle exclusive de première et de dernière instance pour statuer, après épuisement de la voie administrative ouverte devant le secrétaire général, sur tout litige relatif à la décision du conseil de classe d’une école européenne de ne pas autoriser le passage d’un élève dans une classe supérieure du cycle secondaire ( 18 ).

37.

Les parties ont des points de vue divergents quant à la réponse à donner à la question posée par la juridiction de renvoi.

38.

L’école européenne de Varèse et la Commission conviennent que la chambre de recours dispose d’une compétence exclusive pour se prononcer sur les recours dirigés contre les décisions de redoublement d’une école européenne. Cette position repose notamment sur l’interprétation de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE et des articles 62, 66 et 67 du RGEE de 2014, à la lumière des règles d’interprétation énoncées à l’article 31 de la convention de Vienne, ainsi que de la jurisprudence de la Cour ( 19 ).

39.

Les parents, quant à eux, soutiennent la thèse inverse, à savoir que les dispositions en cause sont compatibles avec la répartition des compétences expressément prévue à l’article 27, paragraphes 2 et 7, de la CSEE entre la chambre de recours et les juridictions nationales, de telle sorte que ni ces dispositions ni les décisions de la chambre de recours ne seraient de nature à pouvoir établir une pratique interprétative modificative par les hautes parties contractantes à la CSEE, au sens de l’article 31 de la convention de Vienne.

40.

Pour répondre de manière utile à cette question, il est nécessaire, tout d’abord, de présenter quelques considérations générales sur les particularités du système des écoles européennes et le mécanisme de résolution des litiges instauré par la CSEE (section 1), avant d’examiner, ensuite, la portée de la compétence de la chambre de recours (section 2). Pour le cas où serait établi le caractère exclusif de la compétence de la chambre de recours en matière de décisions de redoublement, j’aborderai, enfin, les doutes exprimés par PD relatifs à l’étendue du contrôle juridictionnel conféré par le RGEE de 2014 à la chambre de recours et l’obligation du respect du principe général de protection juridictionnelle effective dans le cadre de l’interprétation de la CSEE et des actes adoptés en exécution de cette convention (section 3).

1. Considérations générales

a) Sur les particularités du système des écoles européennes

41.

Dans un souci de brièveté, je me limiterai ici à rappeler les éléments d’interprétation qui ressortent de la jurisprudence de la Cour relatifs à la nature du système des écoles européennes et de la CSEE ( 20 ).

42.

Il convient de relever, tout d’abord, que le système des écoles européennes est un système sui generis qui réalise, au moyen d’un accord international, à savoir la CSEE, une forme de coopération, d’une part, entre les États membres et, d’autre part, entre ceux-ci et l’Union ( 21 ). En effet, les écoles européennes constituent une organisation internationale formellement distincte de l’Union et de ses États membres ( 22 ). Ainsi que je l’ai déjà rappelé, bien que la CSEE constitue, en ce qui concerne l’Union, un acte pris par une institution de l’Union, au sens de l’article 267, premier alinéa, sous b), TFUE, cette convention est également régie par le droit international, et plus particulièrement, du point de vue de son interprétation, par le droit international des traités codifié, à savoir, en substance, par la convention de Vienne ( 23 ).

43.

Il y a lieu, ensuite, de rappeler que les règles contenues dans la convention de Vienne s’appliquent à un accord conclu entre les États membres et une organisation internationale « dans la mesure où ces règles sont l’expression du droit international général de nature coutumière » ( 24 ). Comme la Cour l’a déjà souligné, « [la CSEE] doit, par conséquent, être interprétée suivant [lesdites] règles » ( 25 ). Il convient de rappeler que celle énoncée à l’article 31 de la convention de Vienne, qui exprime le droit coutumier international, prévoit qu’« un traité doit être interprété de bonne foi, suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes de ce traité dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but » ( 26 ).

44.

Il importe, enfin, de souligner que, conformément à l’article 31, paragraphe 3, sous b), de la convention de Vienne, « il doit être tenu compte, lors de l’interprétation d’un traité, de toute pratique ultérieurement suivie dans l’application du traité par laquelle est établi l’accord des parties à l’égard de l’interprétation du traité » ( 27 ).

45.

Je reviendrai sur ces éléments importants d’interprétation ( 28 ).

b) Sur le mécanisme de résolution de litiges entre les personnes visées par la CSEE et les écoles européennes

46.

Dans la présente affaire se pose la question de savoir si le recours dont les parents d’un élève ont, comme en l’occurrence, saisi les juridictions nationales en vue d’obtenir l’annulation de la décision du conseil de classe de redoublement relève de la compétence de ces juridictions ou si la chambre de recours jouit d’une compétence exclusive pour connaître de ce type de recours.

47.

S’agissant de la compétence exclusive de la chambre de recours, il ressort de l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de la CSEE qu’elle s’étend, en première et dernière instance et après épuisement de la voie administrative, à « tout litige relatif à l’application de [cette] convention aux personnes qui y sont visées [...] et portant sur la légalité d’un acte faisant grief fondé sur [ladite] convention ou sur des règles arrêtées en application de celle-ci, pris à leur égard par le conseil supérieur ou le conseil d’administration d’une école dans l’exercice des attributions qui leur sont conférées par la [même] convention ».

48.

En ce qui concerne la compétence des juridictions nationales, il ressort de l’article 27, paragraphe 7, de la CSEE qu’elle s’étend aux « autres litiges auxquels les écoles sont parties » ( 29 ). Ces « autres litiges » sont donc ceux qui ne relèvent pas de la compétence exclusive et strictement définie de la chambre de recours.

49.

Il découle de ces dispositions que la résolution des litiges entre les personnes que vise la CSEE et les écoles européennes est confiée à deux instances différentes, à savoir la chambre de recours et les juridictions nationales. Pour mieux comprendre ce mécanisme de résolution de litiges et le partage de compétences entre ces deux instances, j’évoquerai brièvement sa genèse dans les lignes qui suivent.

1) La genèse du mécanisme de résolution de litiges

50.

Il faut relever, d’emblée, que le statut de 1957 ne prévoyait aucun mécanisme particulier de résolution des litiges entre les personnes qu’il visait et les écoles européennes ( 30 ). En effet, jusqu’à l’entrée en vigueur de la CSEE, l’ancienne chambre de recours était compétente uniquement pour les recours émanant du personnel enseignant ( 31 ). C’est cette convention qui a institué, à son article 27, paragraphe 1, une nouvelle chambre de recours en lui conférant des « compétences strictement définies » afin « d’assurer une protection juridictionnelle adéquate contre les actes du conseil supérieur ou des conseils d’administration au personnel enseignant, ainsi qu’à d’autres personnes visées » ( 32 ).

51.

S’agissant, en premier lieu, du champ d’application ratione personae de la CSEE, je rappelle que l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de cette convention a étendu la compétence de l’ancienne chambre de recours aux recours émanant de toutes les « personnes qui y sont visées, à l’exclusion du personnel administratif et de service » (mise en italique par mes soins). La compétence personnelle de la nouvelle chambre de recours instituée par la CSEE comprend ainsi les litiges impliquant, notamment, les parents d’élèves agissant en qualité de représentants légaux d’un élève mineur ainsi que les élèves majeurs.

52.

En ce qui concerne, en deuxième lieu, la compétence ratione materiae, je note que l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de la CSEE indique que la compétence exclusive de première et de dernière instance de la chambre de recours pour statuer sur les litiges relatifs à l’application de cette convention porte sur « la légalité d’un acte faisant grief fondé sur [ladite] convention ou sur des règles arrêtées en application de celle-ci, pris [...] par le conseil supérieur ou le conseil d’administration d’une école dans l’exercice des attributions qui leur sont conférées par la [même] convention » (mise en italique par mes soins).

53.

Il me semble utile de souligner, en troisième lieu, que l’article 27, paragraphe 2, second alinéa, de la CSEE prévoit que « [l]es conditions et les modalités d’application relatives à ces procédures sont déterminées, selon le cas, [notamment] par le règlement général des écoles » ( 33 ). Comme je vais l’expliquer, c’est aux fins d’assurer une protection juridictionnelle à toutes les personnes visées par la CSEE que ce règlement a ouvert progressivement de nouvelles voies de recours devant la chambre de recours aux personnes visées.

2) Les modifications apportées par les versions successives du RGEE : les nouvelles voies de recours

54.

J’observe, en premier lieu, que l’extension du champ d’application personnel de la compétence de la chambre de recours opérée par l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de la CSEE aux recours introduits, notamment, par les parents d’élèves agissant en qualité de représentants légaux d’un élève mineur, comme c’est le cas en l’espèce, est intervenue, en application de l’article 27, paragraphe 2, second alinéa, de cette convention, de manière progressive, au fil des modifications apportées au RGEE par le conseil supérieur dans ses versions successives de 1996, 2005 et 2014.

55.

S’agissant des voies de recours prévues dans les versions successives du RGEE, je précise, en second lieu, qu’une première modification a été introduite par le conseil supérieur dans le RGEE de 1996. Ce règlement prévoyait, en cas d’avis négatif du conseil de classe aux fins du passage de l’élève, seul un recours administratif interne à l’école européenne concernée contre les décisions de redoublement prises par le conseil de classe et n’envisageait pas la possibilité de saisir, à titre contentieux, la chambre de recours ( 34 ). Le conseil supérieur a, ensuite, introduit une nouvelle modification par le RGEE de 2005. Il a instauré la possibilité de saisir la chambre de recours d’un recours juridictionnel après le rejet, par le secrétaire général, du recours administratif ouvert devant lui contre de telles décisions de redoublement ( 35 ). Cette possibilité a, enfin, été confirmée par l’article 67 du RGEE de 2014.

56.

Ayant présenté l’évolution de voies de recours dans le mécanisme de résolution de litiges entre les personnes visées par la CSEE et les écoles européennes, je vais exposer, dans un souci de clarté, le régime de recours, tel qu’établi par le RGEE de 2014, applicable au litige au principal.

3) Le régime de recours prévu par le RGEE de 2014

57.

Il convient de relever que l’article 61, paragraphe 1, du RGEE de 2014 prévoit que, dans le cycle secondaire, les décisions pour le passage dans la classe supérieure sont prises en fin d’année scolaire par le conseil de classe compétent. Si une décision de redoublement est prise par celui-ci, il ressort de l’article 62, paragraphe 1, de ce règlement que cette décision est susceptible de recours de la part des représentants légaux des élèves uniquement en cas de vice de forme ou de fait nouveau ( 36 ). Selon l’article 62, paragraphe 2, quatrième et cinquième alinéas, dudit règlement, « [l]e secrétaire général […] doit statuer [...] avant le 31 août [de l’année scolaire] ». Si le recours contre la décision de redoublement« est jugé recevable et fondé [par celui-ci], le conseil de classe statue alors à nouveau sur le cas » et « [l]a nouvelle décision est également susceptible de recours administratif auprès du secrétaire général » ( 37 ).

58.

La possibilité d’introduire un recours juridictionnel a été ouverte, notamment, aux parents d’un élève, en tant que représentants légaux de celui-ci, par l’article 67 du RGEE de 2014. Selon cette disposition, les décisions prises sur les recours administratifs visés à l’article 66 de ce règlement peuvent faire l’objet d’un recours contentieux porté par les représentants légaux des élèves, directement concernés par la décision litigieuse, devant la chambre de recours prévue à l’article 27 de la CSEE ( 38 ).

59.

Tel est donc le contexte évolutif dans lequel doit être examinée la portée des compétences exclusives de la chambre de recours.

2. Sur l’examen de la portée de la compétence exclusive de la chambre de recours

60.

Il ressort des points précédents que la possibilité d’un recours juridictionnel devant la chambre de recours pour examiner les décisions du secrétaire général statuant sur un recours dirigé contre la décision de redoublement du conseil de classe a été introduite dans la procédure devant la chambre de recours par les versions successives du RGEE de 2005 et de 2014. Toutefois, comme je l’ai déjà souligné, le libellé de l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, de la CSEE limite cette compétence exclusive aux actes faisant grief pris par le conseil supérieur ou le conseil d’administration d’une école.

61.

Par conséquent, la question se pose de savoir si ces modifications se sont limitées à préciser les « conditions et les modalités » des procédures à suivre devant la chambre de recours dans les affaires relevant déjà de la compétence de cette chambre, conformément à l’article 27, paragraphe 2, second alinéa, de la CSEE, ou si, au contraire, elles ont procédé à une extension de ses compétences juridictionnelles exclusives.

62.

Je suis d’accord pour considérer que les versions successives du RGEE de 2005 et de 2014 ont certainement procédé à une extension de la compétence exclusive de la chambre de recours concernant les recours contre les décisions de redoublement. Je dois néanmoins observer que cette extension est correctement fondée sur la CSEE, telle qu’interprétée en application des règles de la convention de Vienne, dans la mesure où ces règles sont l’expression du droit international général de nature coutumière. Je rappelle, à cet égard, que la Cour a déclaré que la CSEE doit, en conséquence, être interprétée suivant lesdites règles ( 39 ). Je procéderai donc, dans les lignes qui suivent, à une telle interprétation.

63.

En premier lieu, je rappelle que la Cour, en se fondant sur les règles de la convention de Vienne, a déjà jugé, dans l’arrêt Oberto et O’Leary, qu’un litige portant sur la légalité d’un accord sur la limitation de la durée de la relation de travail figurant dans le contrat de travail conclu entre un chargé de cours et le directeur d’une école européenne relève de la compétence exclusive de la chambre de recours ( 40 ). En particulier, elle a déclaré que le seul fait que les actes litigieux en cause, à savoir les « actes du directeur » de l’école concernée, n’étaient pas expressément mentionnés à l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, première phrase, de la CSEE ne saurait avoir pour effet d’exclure ceux-ci du champ d’application de cette disposition ( 41 ).

64.

En deuxième lieu, compte tenu des particularités du système des écoles européennes ( 42 ), la CSEE doit être interprétée, conformément à l’article 31, paragraphe 1, de la convention de Vienne, suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes de cette convention dans leur contexte et à la lumière de son objet et de son but ( 43 ).

65.

Dès lors, pour déterminer, en l’espèce, la portée des termes« acte pris [...] par le conseil supérieur ou le conseil d’administration d’une école », figurant à l’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, première phrase, de la CSEE, il faut se référer à toute règle pertinente du droit international, applicable dans les relations entre les hautes parties contractantes à toute pratique ultérieurement suivie dans l’application de cette convention ( 44 ), ainsi qu’à tout accord ultérieur intervenu entre ces parties au sujet de son application ( 45 ).

66.

Je constate, premièrement, que, en l’occurrence, l’extension des compétences exclusives de la chambre de recours au regard de la décision litigieuse prise par le conseil de classe de ne pas autoriser le passage d’un élève dans la classe supérieure émane directement du conseil supérieur qui, conformément à l’article 7, premier alinéa, point 1, et à l’article 8, paragraphe 1, sous a), de la CSEE, est l’un des organes communs à l’ensemble des écoles européennes, au sein duquel sont représentées les hautes parties contractantes à cette convention. Plus précisément, le conseil supérieur est composé, notamment, par le ou les représentants de niveau ministériel de chacun des États membres et d’un membre de la Commission ( 46 ).

67.

Deuxièmement, cette interprétation est étayée par le contexte des dispositions pertinentes tant de la CSEE que du RGEE de 2014. À cet égard, je relève, d’une part, que l’article 11, premier alinéa, point 3, de cette convention confère au conseil supérieur la tâche de « [définir] les règles autorisant le passage des élèves dans la classe suivante ou dans le cycle secondaire ». D’autre part, il convient également de souligner que, selon l’article 10, premier et deuxième alinéas, de ladite convention, ce conseil veille à l’application de cette même convention et établit le RGEE ( 47 ). À cet égard, il me faut rappeler que la compétence exclusive de la chambre de recours, qui est strictement limitée aux litiges que mentionne la CSEE et aux personnes qui y sont visées, à l’exclusion du personnel administratif et de service, doit s’exercer dans les conditions et selon les modalités déterminées par les textes auxquels renvoie cette convention, tels que le RGEE de 2014, qui prévoit, à ses articles 66 et 67, les différentes voies de recours ouvertes à ces personnes.

68.

Il en résulte, comme le souligne à juste titre la Commission dans ses observations, que, conformément à l’article 31, paragraphe 3, sous a), de la convention de Vienne, l’accord ultérieur des parties contractantes sur cette application du RGEE de 2014 et, partant, sur cette extension des compétences juridictionnelles de la chambre de recours relative aux nouvelles voies de recours revêt un caractère explicite dès lors que ces parties participent directement, au sein du conseil supérieur, à l’adoption du RGEE ( 48 ).

69.

Cette interprétation me semble également confortée par la jurisprudence de la chambre de recours, selon laquelle il est possible d’introduire des recours visant à contester la légalité des décisions du secrétaire général concernant des décisions de redoublement prises par les conseils de classe depuis 2005 ( 49 ).

70.

Cette jurisprudence est considérée par la Cour comme une pratique ultérieurement suivie dans l’application de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE, au sens de l’article 31, paragraphe 3, sous b), de la convention de Vienne, dans la mesure où cette pratique n’a jamais fait l’objet de contestations de la part des parties à la CSEE ( 50 ). Or l’absence de contestation de la part de ces parties doit être considérée comme traduisant le consentement tacite de celles-ci à ladite pratique ( 51 ).

71.

Dès lors, et compte tenu de ce que je viens d’exposer ( 52 ), la jurisprudence de la chambre de recours relative aux nouvelles voies de recours contre les décisions du secrétaire général concernant des décisions de redoublement prises par les conseils de classe, fondée sur les articles 61, 62, 66 et 67 du RGEE de 2014, bien qu’elle n’entre pas dans la définition de « pratique ultérieure », au sens de l’article 31, paragraphe 3, sous b), de la convention de Vienne, peut néanmoins être considérée comme une conduite « pertinente lors de l’évaluation de la pratique ultérieure des parties » à la CSEE au sujet de l’interprétation de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE. Il s’ensuit que cette jurisprudence de la chambre de recours est susceptible d’éclairer cette dernière disposition, qui doit donc être lue comme ne s’opposant pas à ce que les décisions de redoublement du conseil de classe soient, en principe, regardées comme relevant de ladite disposition ( 53 ).

72.

En troisième lieu, je constate que, ainsi que l’ont fait valoir l’école européenne de Varèse et la Commission, le Tribunal a récemment validé la compétence exclusive de la chambre de recours dans l’affaire ayant donné lieu à l’ordonnance JT/Secrétaire général des écoles européennes et Chambre de recours des écoles européennes ( 54 ), dans laquelle une élève d’une école européenne contestait la décision du jury d’examen du baccalauréat européen 2019 de ne pas lui délivrer le baccalauréat. Le Tribunal, tout en rejetant le recours pour incompétence manifeste, a jugé que la contestation de la première décision attaquée ne pouvait être portée, après épuisement de la voie administrative, que devant la chambre de recours, cette chambre étant une juridiction statuant en premier et dernier ressort dans un cas comme celui en cause dans cette affaire, conformément à l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE ( 55 ).

73.

En quatrième et dernier lieu, je relève que l’extension de la compétence exclusive de la chambre de recours aux recours contre les décisions de redoublement est également corroborée par l’objectif et le but poursuivis par la CSEE. Il résulte en effet tant de son préambule que de son article 1er que cette convention vise « l’éducation en commun d’enfants du personnel des Communautés européennes » en vue du bon fonctionnement des institutions européennes. À cet égard, je tiens à souligner que, ainsi que le soutient l’école européenne de Varèse, d’une part, l’objectif d’une éducation en commun, uniforme et de même niveau ne pourrait être atteint qu’en confiant à un seul organe juridictionnel la compétence exclusive pour se prononcer sur les litiges en matière de décisions de redoublement et que, d’autre part, une telle uniformité éducationnelle ne saurait être assurée si de tels litiges relevaient des juridictions nationales.

74.

Par conséquent, il ressort clairement des points précédents que tous les arguments convergent pour considérer que, en vertu de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE, interprété à la lumière de l’article 31 de la convention de Vienne, et conformément à la jurisprudence de la Cour, cette première disposition inclut les décisions du secrétaire général statuant sur un recours dirigé contre la décision de redoublement du conseil de classe. Autrement dit, il y a lieu de constater que la chambre de recours dispose d’une compétence juridictionnelle exclusive concernant tout litige relatif à la décision de redoublement du conseil de classe litigieuse et que, par conséquent, ce type de litige ne relève pas de la compétence des juridictions nationales, en vertu de l’article 27, paragraphe 7, de la CSEE.

75.

Toute autre interprétation de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE serait contraire à la nature sui generis du système des écoles européennes et, comme l’ont relevé l’école européenne de Varèse et la Commission, à la nécessité de garantir l’autonomie de ce système en tant qu’organisation internationale ainsi qu’à la cohérence de ses décisions en matière d’éducation et de méthodologie éducative.

3. Sur les doutes exprimés par PD relatifs à l’étendue du contrôle juridictionnel confié à la chambre de recours

76.

L’interprétation que j’ai donnée des dispositions pertinentes de la CSEE et du RGEE de 2014, lues à la lumière des dispositions de la convention de Vienne, me permet de conclure que la chambre de recours a une compétence exclusive pour statuer sur un litige tel que celui en cause au principal.

77.

Cela étant établi, les parents font valoir, en leurs observations écrites et orales, que la reconnaissance d’une telle compétence exclusive de la chambre de recours serait de nature à réduire le niveau de protection juridictionnelle jusqu’alors assuré aux élèves et à leurs représentants légaux.

78.

Les doutes ainsi exprimés par les parents, qui sont relatifs à la marge du contrôle juridictionnel confié à la chambre de recours par le RGEE de 2014, m’amènent à examiner, dans un premier temps, la question de l’étendue de ce contrôle, avant d’aborder, dans un second temps, le point de savoir dans quelle mesure le principe de protection juridictionnelle effective trouve à s’appliquer dans le contexte du recours juridictionnel ouvert devant la chambre de recours par l’article 67 du RGEE de 2014 en ce qui concerne les décisions de redoublement d’un conseil de classe.

a) Sur l’étendue du contrôle juridictionnel conféré par le RGEE de 2014 à la chambre de recours en ce qui concerne les décisions refusant le passage d’un élève dans la classe supérieure

79.

PD soutient dans ses observations écrites, notamment, qu’un recours devant le secrétaire général et la chambre de recours ne peut, ainsi qu’il ressort de l’article 62, paragraphe 1, du RGEE de 2014, être formé que pour « vice de forme ou fait nouveau, reconnus tels par le [s]ecrétaire général », tandis que le recours devant les tribunaux administratifs italiens offrirait un éventail plus large de motifs de contestation, tels que la violation de la loi, l’abus de pouvoir et l’incompétence, conformément au droit italien.

80.

Je rappelle, tout d’abord, que l’article 62, paragraphe 1, du RGEE de 2014 dispose que les décisions des conseils de classe ne sont pas susceptibles de recours de la part des représentants légaux des élèves, sauf pour vice de forme ou fait nouveau, reconnus par le secrétaire général sur la base du dossier fourni par l’école et les représentants légaux de l’élève.

81.

À cet égard, contrairement à ce que soutient PD et ainsi que la Commission l’a fait valoir lors de l’audience, d’une part, cette disposition donne une définition suffisamment large des termes « vice de forme » et « fait nouveau ». Selon ladite disposition, il faut entendre par « vice de forme » toute violation d’une règle de droit relative à la procédure à suivre pour le passage dans la classe supérieure, telle que, si elle n’avait pas été commise, la décision du conseil de classe aurait été différente et par « fait nouveau » tout élément qui n’aurait pas été porté à la connaissance du conseil de classe parce qu’il était inconnu de tous ‑ enseignants, parents, élève ‑ au moment de sa délibération et qui aurait pu influencer le sens de sa décision ( 56 ).

82.

D’autre part, la Commission a indiqué que la chambre de recours s’était déjà prononcée sur des décisions entachées de vice grave de motivation. Cette chambre a donc reconnu sa compétence pour contrôler les décisions du conseil de classe sous l’angle de l’erreur manifeste d’appréciation, qui limite la marge de manœuvre technique qui est reconnue par ailleurs au conseil de classe ( 57 ). Ladite chambre aurait démontré que, lorsqu’elle examine les décisions du conseil de classe, elle peut exercer sa pleine juridiction sur les questions de fait et de droit ( 58 ).

83.

Il me semble, ensuite, important de rappeler qu’il ressort du quatrième considérant de la CSEE que la chambre de recours a été instituée par l’article 27, paragraphe 1, de cette convention dans l’objectif d’assurer une protection juridictionnelle adéquate contre les actes du conseil supérieur aux personnes visées par ladite convention et, notamment, comme en l’occurrence, aux parents d’un élève, en qualité de personnes exerçant la responsabilité parentale sur celui-ci.

84.

À cet égard, j’observe qu’il résulte de certaines décisions de la chambre de recours qu’elle a interprété ce quatrième considérant de la CSEE comme étant l’expression de la protection juridictionnelle effective dans le cadre de cette convention ( 59 ).

85.

Plus précisément, il ressort de la décision 10/02 du 22 juillet 2010 ( 60 ), prononcée en formation plénière, que, bien que sa compétence, au sens de l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE, devait normalement s’exercer dans les conditions et selon les modalités déterminées par les textes d’application auxquels renvoie cette convention, « en cas d’absence de dispositions précisément prévues à cet effet, il convient de rechercher s’il est possible, afin de respecter le principe général du droit à une protection juridictionnelle effective, de transposer par analogie les règles de procédure prévues pour des recours comparables » ( 61 ).

86.

Dans sa jurisprudence postérieure à cette décision, la chambre de recours « admet qu’il y a lieu de déterminer la portée exacte de la décision attaquée et de vérifier si son incompétence pour annuler cette décision en raison de l’absence de voies de recours prévues par les textes d’application de la [CSEE] serait de nature à porter atteinte au principe du droit à un recours effectif. Le droit à une protection juridictionnelle effective est non seulement admis par [cette convention], mais il figure aussi au nombre des droits fondamentaux reconnus par la [c]onvention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi qu’au nombre des principes généraux du droit de [l’Union] » ( 62 ).

87.

Dès lors, il s’avère que, en principe, depuis 2010, la chambre de recours exerce un contrôle juridictionnel en appliquant le principe de protection juridictionnelle effective et, partant, l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), qui, comme il ressort d’une jurisprudence constante de la Cour, constitue « une réaffirmation de [ce principe] » ( 63 ).

88.

Enfin, il s’ensuit, en principe, compte tenu de cette interprétation de la chambre de recours des dispositions du RGEE 2014 à la lumière de l’article 47 de la Charte, que cette chambre semble s’estimer compétente pour exercer un contrôle juridictionnel effectif et, partant, le principe de juridiction effective ne saurait en principe être violé dans les situations comparables à celle en cause au principal.

89.

Cela étant posé, il me semble toutefois pertinent d’examiner brièvement la portée de l’obligation de la chambre de recours d’interpréter la CSEE et les actes adoptés en exécution de cette convention, notamment le RGEE de 2014, en tenant compte de mes précédentes considérations ( 64 ).

b) Sur l’obligation de la chambre de recours d’appliquer le principe de protection juridictionnelle effective lors de l’interprétation de la CSEE et du RGEE de 2014

90.

Je rappelle, d’emblée, que la nature de la chambre de recours instituée par l’article 27, paragraphe 1, de la CSEE a déjà été clarifiée par la Cour dans son arrêt Miles e.a. ( 65 ).

91.

Dans cet arrêt, la Cour a jugé que la chambre de recours satisfait à l’ensemble des éléments permettant d’apprécier le caractère d’une « juridiction », au sens de l’article 267 TFUE, notamment l’origine légale de l’organisme, sa permanence, le caractère obligatoire de sa juridiction, la nature contradictoire de la procédure, l’application, par l’organisme, des règles de droit ainsi que son indépendance, à l’exception du fait de relever de l’un des États membres ( 66 ).

92.

Par conséquent, même si cette chambre doit être qualifiée de « juridiction », au sens du droit de l’Union, la Cour a jugé que, dans la mesure où ladite chambre relève non pas de l’un des États membres mais des écoles européennes, au sens de l’article 267 TFUE, elle n’est pas compétente pour répondre à une demande de décision préjudicielle émanant de cette même chambre ( 67 ).

93.

À cet égard, j’ajoute que, même si, comme la Cour l’a elle-même observé dans sa jurisprudence, une réforme permettant à la chambre de recours d’interroger la Cour au titre de l’article 267 TFUE serait certainement souhaitable ( 68 ), on ne saurait, à mon avis, affirmer que le principe de protection juridictionnelle effective et d’autres principes généraux du droit de l’Union ne sont pas applicables dans le cadre d’un recours formé devant cette chambre, et ce pour les raisons suivantes.

94.

En premier lieu, comme je l’ai rappelé dans mes considérations générales ( 69 ), la chambre de recours relève des écoles européennes, qui constituent un système sui generis réalisant, au moyen de la CSEE, qui est un accord international, une forme de coopération, d’une part, entre les États membres et, d’autre part, entre ceux-ci et l’Union afin d’assurer, en vue du bon fonctionnement des institutions européennes, l’éducation en commun des enfants du personnel de ces institutions ( 70 ).

95.

Dès lors, dans la mesure où la CSEE constitue, en ce qui concerne l’Union, un acte pris par une institution de l’Union, au sens de l’article 267, premier alinéa, sous b), TFUE, et que les dispositions de cette convention forment partie intégrante de l’ordre juridique de celle-ci ( 71 ), ladite convention s’insère dans la hiérarchie des normes de l’ordre juridique de l’Union, au sommet duquel se trouvent le traité, la Charte et les principes généraux du droit de l’Union en tant que sources de ce droit ( 72 ).

96.

Par conséquent, conformément au principe de la hiérarchie des normes, si un accord international, tel que la CSEE, est contraire, notamment, à un principe général de droit de l’Union, cet accord est incompatible avec le droit de l’Union ( 73 ). Cette convention et le RGEE de 2014 doivent donc être compatibles avec les traités, la Charte et les principes généraux du droit de l’Union. Autrement dit, comme la Commission l’a, à juste titre, relevé lors de l’audience, il ne saurait être concevable que l’Union et ses États membres puissent manquer aux obligations imposées par le droit primaire et les principes généraux du droit de l’Union en concluant un accord international, tel que la CSEE. Partant, ils sont tenus de respecter et de mettre en œuvre ces obligations dans le respect, notamment, des articles 2 et 21 TUE ainsi que des principes généraux du droit de l’Union ( 74 ).

97.

En deuxième lieu, il me faut ajouter que l’article 31, paragraphe 3, sous c), de la convention de Vienne ( 75 ) dispose que, lors de l’interprétation d’un accord international, il faut se référer à « toute règle pertinente de droit international applicable dans les relations entre les hautes parties contractantes ». Par conséquent, compte tenu de la spécificité de la CSEE en tant qu’accord international dont les parties contractantes sont l’Union et l’ensemble des États membres, cette disposition permet de considérer les principes généraux du droit de l’Union comme étant également des règles de droit international applicables aux parties à cette convention et d’en tenir compte dans l’interprétation de ladite convention « en même temps que du contexte » de celle-ci ( 76 ).

98.

En troisième lieu, je rappelle que l’obligation de la chambre de recours d’appliquer les principes généraux du droit de l’Union dans le cas où elle est saisie d’un litige a été confirmée déjà par la Cour dans l’arrêt Miles e.a. ( 77 ).

99.

Il s’ensuit que la CSEE et le RGEE de 2014 doivent être interprétés en ce sens qu’ils obligent la chambre de recours à respecter et à appliquer les principes généraux du droit de l’Union dans le cadre du régime de recours prévu à l’article 27, paragraphe 2, de cette convention ainsi que, notamment, aux articles 61, 62, 66 et 67 de ce règlement.

100.

En particulier, s’agissant, en quatrième et dernier lieu, du principe de protection juridictionnelle effective, je relève, tout d’abord, que la Cour a déjà rappelé, dans l’arrêt Oberto et O’Leary ( 78 ), que, en vertu de l’article 47 de la Charte, le principe de protection juridictionnelle effective vise le droit d’accès non pas à un double degré de juridiction, mais seulement à un tribunal.

101.

Partant, il convient de considérer que l’obligation, pour les parents, de porter, après épuisement de la voie administrative ouverte devant le secrétaire général, leur litige relatif à la légalité de la décision du conseil de classe de l’école européenne de Varèse de ne pas autoriser le passage d’un élève dans une classe supérieure du cycle secondaire devant la chambre de recours, qui statue en premier et dernier ressort, ne porte pas atteinte à leur droit à une protection juridictionnelle effective.

102.

Par conséquent, ainsi qu’il ressort de mon analyse, il convient d’interpréter les articles 27, paragraphe 2, de la CSEE ainsi que les articles 61, 62, 66 et 67 du RGEE de 2014 conformément au principe de protection juridictionnelle effective visé à l’article 47 de la Charte ( 79 ).

VI. Conclusion

103.

Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, je propose à la Cour de répondre à la question préjudicielle posée par la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie) de la manière suivante :

L’article 27, paragraphe 2, premier alinéa, première phrase, de la convention portant statut des écoles européennes conclue à Luxembourg le 21 juin 1994 entre les États membres et les Communautés européennes, lu en combinaison avec les articles 61, 62, 66 et 67 du règlement général des écoles européennes, dans sa version no 2014-03-D-14-fr-11,

doit être interprété en ce sens que

la chambre de recours qui y est visée a compétence exclusive de première et de dernière instance pour statuer, après épuisement de la voie administrative ouverte devant le secrétaire général des écoles européennes prévue par le règlement général des écoles européennes, sur tout litige relatif à la décision de redoublement prise par le conseil de classe à l’égard d’un élève du cycle secondaire.


( 1 ) Langue originale : le français.

( 2 ) Sur l’histoire des écoles européennes, voir, notamment, Gruber, J., « European Schools : A Subject of International Law Integrated into the European Law », International Organization Law Review, 2011, no 8, p. 175 à 196.

( 3 ) À Bruxelles (Belgique) en 1958, 1974, 1999 et 2007 ; à Mol (Belgique) en 1960 ; à Varese (Italie) en 1960 ; à Karlsruhe, Munich et Francfort (Allemagne) respectivement en 1962, 1977 et 2002 ; à Bergen (Pays-Bas) en 1963 ; à Culham (Royaume-Uni) en 1978 ; à Alicante (Espagne) en 2002, ainsi qu’à Luxembourg (Luxembourg) en 2004. L’école de Culham a fermé définitivement ses portes le 31 août 2017.

( 4 ) Convention conclue à Luxembourg le 21 juin 1994 entre les États membres et les Communautés européennes (JO 1994, L 212, p. 3).

( 5 ) Recueil des traités des Nations unies, vol. 1155, p. 331.

( 6 ) Arrêt du 11 mars 2015, Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, ci-après l’« arrêt Oberto et O’Leary , EU:C:2015:163).

( 7 ) IT:CASS:1999:138 CIV.

( 8 ) Règlement général des écoles européennes no 96-D-19, septembre 1996 (ci-après le « RGEE de 1996 »).

( 9 ) Règlement général des écoles européennes no 2004-D-6010-fr-5, entré en vigueur le 2 février 2005 (ci-après le « RGEE de 2005 »).

( 10 ) Point 76 et dispositif de cet arrêt.

( 11 ) Ordonnance du 18 juin 2020 (T‑42/20, non publiée, EU:T:2020:278).

( 12 ) Points 22 et 63 de cet arrêt.

( 13 ) Concernant un recours fondé sur l’article 26 de la CSEE, voir arrêt du 2 février 2012, Commission/Royaume-Uni (C‑545/09, EU:C:2012:52, points 2, 27, 33 et 106). Cette affaire portait sur l’interprétation et l’application de l’article 12, point 4, sous a), et de l’article 25, point 1, de la CSEE et concernait, d’une part, le droit de rémunération des enseignants détachés auprès des écoles européennes et, d’autre part, l’exclusion, pendant leur détachement, des adaptations de salaire accordées aux enseignants employés dans les écoles nationales.

( 14 ) En tout état de cause, cette même disposition confère à la Cour une compétence pour se prononcer sur l’interprétation et/ou l’application de la CSEE sans pour autant limiter sa compétence pour se prononcer à titre préjudiciel sur l’interprétation de cette convention.

( 15 ) Dans un souci de clarté, il est utile de rappeler que, par le passé, la Cour a jugé qu’elle était incompétente pour se prononcer, à titre préjudiciel, sur l’interprétation du statut de l’école européenne, signé à Luxembourg le 12 avril 1957 (Recueil des traités des Nations Unies, vol. 443, p. 129), et du protocole concernant la création d’écoles européennes, établi par référence au statut de l’école européenne, signé à Luxembourg le 13 avril 1962 (Recueil des traités des Nations Unies, vol. 752, p. 267), ainsi que sur les obligations qui en découlaient pour les États membres, dans la mesure où, nonobstant les liens que ces conventions présentaient avec la Communauté et le fonctionnement de ses institutions, il s’agissait de conventions internationales conclues entre les six États membres qui étaient à l’origine des Communautés européennes et que celles-ci ne faisaient pas partie intégrante du droit communautaire. Voir, en ce sens, arrêt du 15 janvier 1986, Hurd (44/84, EU:C:1986:2, point 20). Voir, également, conclusions de l’avocat général Slynn dans l’affaire Hurd (44/84, non publiées, EU:C:1985:222). Dans le contexte de la procédure prévue à l’article 226 CE visant à faire constater un manquement d’un État membre à ses obligations lui incombant en vertu du traité CE, voir arrêt du 5 avril 1990, Commission/Belgique (C‑6/89, EU:C:1990:166, points 44 et 45). Cette situation a toutefois changé, comme on le sait, avec l’entrée en vigueur, le 1er octobre 2002, de la CSEE. L’article 34 de cette convention dispose que « [l]a présente convention annule et remplace le statut du 12 avril 1957 et son protocole du 13 avril 1962 ».

( 16 ) Décision Euratom du Conseil du 17 juin 1994 autorisant la Communauté européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique à signer et à conclure la convention portant statut des écoles européennes (JO 1994, L 212, p. 1). Le troisième considérant de cette décision énonce : « considérant que la participation des Communautés à la mise en œuvre de [la CSEE] est nécessaire pour atteindre les objectifs [des Communautés]. »

( 17 ) Voir, en ce sens, arrêt Oberto et O’Leary (points 29, 30 et 31). Voir, également, conclusions de l’avocat général Mengozzi dans les affaires jointes Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, EU:C:2014:2169, points 7 à 16).

( 18 ) Compte tenu de l’importance des articles 61, 62, 66 et 67 du RGEE de 2014 pour l’examen de la question posée par la Cour, une reformulation de celle-ci en incluant ces dispositions s’avère nécessaire. Voir, à cet égard, point 57 des présentes conclusions.

( 19 ) Arrêts du 14 juin 2011, Miles e.a. (C‑196/09, ci-après l’arrêt « Miles e.a. », EU:C:2011:388), et Oberto et O’Leary.

( 20 ) Voir arrêt Oberto et O’Leary (points 32 à 38 et jurisprudence citée). Voir, également, conclusions de l’avocat général Mengozzi dans les affaires jointes Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, EU:C:2014:2169), ainsi que dans l’affaire Commission/Royaume-Uni (C‑545/09, EU:C:2011:461), et conclusions de l’avocate générale Sharpston dans l’affaire Miles e.a. (C‑196/09, EU:C:2010:777).

( 21 ) Le troisième considérant de la CSEE énonce : « considérant que le système des écoles européennes est un système sui generis ; que ce système réalise une forme de coopération entre les États membres et entre ceux-ci et les Communautés européennes tout en respectant pleinement la responsabilité des États membres pour le contenu de l’enseignement et l’organisation de leur système éducatif ainsi que leur diversité culturelle et linguistique. »

( 22 ) Et cela malgré les liens fonctionnels que cette organisation internationale entretient avec l’Union. Arrêt Oberto et O’Leary (point 33).

( 23 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 34). Voir, également, point 34 des présentes conclusions.

( 24 ) Il s’agit ici de l’idée des « personnalités parallèles, en droit international général », d’une part, de l’Union et, d’autre part, des États membres. Voir, à cet égard, Malenovský, J., « À la recherche d’une solution intersystémique aux rapports du droit international au droit de l’Union européenne », Annuaire français de droit international, LXV, 2019, CNRS Éditions, Paris, p. 3 à 36, en particulier, p. 32. Cette idée ressort de l’arrêt du 25 février 2010, Brita (C‑386/08, EU:C:2010:91, point 42), dans lequel la Cour a jugé que, « bien qu’elle ne lie ni la Communauté ni tous les États membres, une série de dispositions de la convention de Vienne reflète les règles du droit coutumier international, qui, en tant que telles, lient les institutions de la Communauté et font partie de l’ordre juridique communautaire ».

( 25 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 36). Certes, l’article 1er de la convention de Vienne prévoit que celle-ci « s’applique aux traités entre États ». Toutefois, il faut rappeler que, conformément à l’article 3, sous b), de cette convention, « [l]e fait qu’[elle] ne s’applique [pas] aux accords internationaux conclus entre des États et d’autres sujets du droit international [...] ne porte pas atteinte [à] l’application à ces accords de toutes règles énoncées dans [ladite convention] auxquelles ils seraient soumis en vertu du droit international indépendamment de [cette même] convention ».

( 26 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 37).

( 27 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 38).

( 28 ) Voir points 64, 65, 68 à 71, 74 et 97 des présentes conclusions. Sur la définition de « pratique ultérieurement suivie », voir, également, note 50 des présentes conclusions.

( 29 ) Cette disposition précise que, « [e]n particulier, leur compétence en matière de responsabilité civile et pénale n’est pas affectée par [cet] article ».

( 30 ) Voir, à cet égard, conclusions de l’avocat général Mengozzi dans les affaires jointes Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, EU:C:2014:2169, point 17).

( 31 ) Cette compétence était fondée sur l’article 80 du statut de personnel détaché auprès des écoles européennes. Voir rapport d’activité de la chambre de recours pour l’année 2007, Conseil supérieur des écoles européennes, 21, 22 et 23 janvier 2008, p. 3.

( 32 ) Voir quatrième considérant, cinquième tiret, de la CSEE.

( 33 ) Mise en italique par mes soins.

( 34 ) À cet égard, l’article 68 bis, paragraphe 3, du RGEE de 1996 disposait que « [l]es décisions des conseils de classe ne sont pas susceptibles de recours de la part du chef de famille, sauf pour vice de forme ou fait nouveau, reconnus tels par le représentant du conseil supérieur après une enquête faite par celui-ci ». Voir point 22 des présentes conclusions. L’école européenne de Varèse indique, dans ses observations écrites, que, dans le cadre de cette version du RGEE, la contestation de la décision de redoublement restait interne à l’administration des écoles européennes. Elle donnait lieu à une enquête du représentant du conseil supérieur, enquête qui pouvait tout au plus aboutir à ce que ce représentant adresse au conseil de classe une demande visant à réviser la décision de redoublement initialement prise.

( 35 ) Voir article 67 du RGEE de 2005.

( 36 ) Il s’agit d’un « [r]ecours contre les décisions de redoublement », qui doit être introduit dans un délai de sept jours calendrier après la fin de l’année scolaire (article 62, paragraphe 2, du RGEE de 2014).

( 37 ) Mise en italique par mes soins.

( 38 ) Je dois préciser, d’ores et déjà, que, contrairement à ce que soutiennent les parents, l’interprétation correcte de l’article 67, paragraphe 1, du RGEE de 2014 ne conduit aucunement à comprendre la « possibilité » d’introduire le recours contentieux prévue à cet article (« peuvent faire l’objet d’un recours contentieux ») en ce sens que les représentants légaux des élèves peuvent choisir entre la chambre de recours et les juridictions nationales. Je rappelle, à cet égard, que, en application de l’article 31, paragraphe 1, de la convention de Vienne, tant les dispositions de la CSEE que, en particulier, l’article 67 du RGEE de 2014 doivent être interprétés de bonne foi.

( 39 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 36). Voir, également, point 43 des présentes conclusions.

( 40 ) Point 76 et dispositif de cet arrêt. Cette affaire opposait l’Europäische Schule München à deux chargées de cours, Mmes Oberto et O’Leary, au sujet de la compétence de l’ordre juridictionnel allemand pour connaître de recours tendant au contrôle de la validité du caractère déterminé de la durée du contrat de travail des intéressées. Bien que le cadre factuel diffère de celui de la présente affaire, il me semble possible d’en tirer des enseignements utiles pour mon analyse.

( 41 ) Arrêt Oberto et O’Leary (point 58).

( 42 ) Voir points 42 et suiv. des présentes conclusions.

( 43 ) Voir, en ce sens, arrêt Oberto et O’Leary (point 37).

( 44 ) Article 31, paragraphe 3, sous b) et c), de la convention de Vienne.

( 45 ) Article 31, paragraphe 3, sous a), de la convention de Vienne.

( 46 ) Il me faut également rappeler que l’article 14 de la CSEE dispose que « [l]e secrétaire général représente le conseil supérieur et dirige le secrétariat dans le cadre des dispositions du statut du secrétaire général prévu à l’article 12, point 1. Il représente les écoles dans le cadre des procédures juridictionnelles. Il est responsable devant le conseil supérieur ».

( 47 ) L’article 10 de la CSEE prévoit que « [l]e conseil supérieur veille à l’application de la présente convention ; il dispose, à cet effet, des pouvoirs de décision nécessaires en matière pédagogique, budgétaire et administrative [...]. Le conseil supérieur établit le règlement général des écoles ». Voir, également, article 27, paragraphe 2, deuxième alinéa, de la CSEE, ainsi que point 53 des présentes conclusions.

( 48 ) Pour rappel, la conclusion 4, paragraphe 1, de la résolution no 73/202, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 décembre 2018 lors de la 62e séance plénière, énonce qu’« [u]n accord ultérieur en tant que moyen d’interprétation authentique en vertu de l’article 31, paragraphe 3 [sous] a), est un accord au sujet de l’interprétation du traité ou de l’application des dispositions de celui-ci, auquel sont parvenues les parties après la conclusion du traité ». Mise en italique par mes soins.

( 49 ) S’agissant de recours introduits sur la base des articles 61 à 67 du RGEE 2014, la chambre de recours s’est prononcée à plusieurs reprises sur les recours contre les décisions de redoublement prises par les conseils de classe de certaines écoles européennes, voir décisions 07/48R du 5 septembre 2007 ; 08/40 du 29 décembre 2008 ; 08/43 du 30 janvier 2009 ; 15/49 du 10 octobre 2015 ; 15/57 du 10 février 2016, et 16/62 du 14 mars 2017. S’agissant des décisions rendues entre 2018 et 2022, voir, notamment, décisions 20/65 du 16 octobre 2020, et 22/53 du 6 septembre 2022.

( 50 ) Voir, par analogie, arrêt Oberto et O’Leary (points 65 et 66). Même si, comme je viens de le dire aux points 63 à 68 des présentes conclusions, l’interprétation exposée aux points précédents est confortée par la jurisprudence de la chambre de recours, j’ai des doutes que l’on puisse considérer la jurisprudence de cette chambre comme une pratique ultérieurement suivie, au sens de l’article 31, paragraphe 3, sous b), de la convention de Vienne. En effet, je relève que la conclusion 4, paragraphe 2, de la résolution no 73/202, précitée, énonce qu’« [u]ne pratique ultérieure en tant que moyen d’interprétation authentique en vertu de l’article 31, paragraphe 3[, sous] b), est constituée par toute conduite dans l’application du traité, après la conclusion de celui-ci, par laquelle est établi l’accord des parties à l’égard de l’interprétation du traité ». Je relève également que la conclusion 5 de cette résolution précise, à son paragraphe 1, qu’« [u]ne pratique ultérieure en vertu des articles 31 et 32 [de la convention de Vienne] peut être constituée par toute conduite dans l’application d’un traité suivie par une partie, dans l’exercice de ses fonctions exécutives, législatives, judiciaires ou autres ». Il convient de rappeler que la chambre de recours n’est ni une partie à la CSEE ni une juridiction d’un des États membres. Cela étant dit, il y a lieu d’ajouter, à cet égard, que, s’il est certes vrai que la conclusion 5, paragraphe 2, première phrase, de ladite résolution énonce que « [t]oute autre conduite [...] ne constitue pas une pratique ultérieure en vertu de [ces articles] », la seconde phrase de ce paragraphe précise toutefois que « [t] oute autre conduite, y compris d’acteurs non étatiques, [...] peut toutefois être pertinente lors de l’évaluation de la pratique ultérieure des parties » (mise en italique par mes soins). C’est donc dans le cadre de ce dernier paragraphe que s’inscrit, à mon avis, la jurisprudence de la chambre de recours. Autrement dit, la jurisprudence de cette chambre vient conforter l’interprétation préconisée aux points 63 à 68 des présentes conclusions, non pas en tant que « pratique ultérieure », mais en tant que conduite pertinente pour évaluer la pratique ultérieure des parties.

( 51 ) Voir arrêt Oberto et O’Leary (point 66).

( 52 ) Voir mes considérations à la note 50 des présentes conclusions.

( 53 ) Voir, par analogie, arrêt Oberto et O’Leary (point 67).

( 54 ) Ordonnance du 18 juin 2020 (T‑42/20, non publiée, EU:T:2020:278).

( 55 ) Il peut être déduit de la décision de renvoi que les parents n’ont pas épuisé la voie administrative prévue à l’article 66 du RGEE de 2014, qui constitue la condition préalable à l’introduction d’un recours contentieux devant la chambre de recours visée à l’article 27, paragraphe 2, de la CSEE, sur la base de l’article 67 de ce règlement. Voir points 15 et 16 des présentes conclusions.

( 56 ) Il convient également de noter que, selon l’article 62, paragraphe 2, sixième alinéa, du RGEE de 2014, « [l]es appréciations portant sur les capacités des élèves, l’attribution d’une note pour une composition ou un travail pendant l’année scolaire et l’appréciation des circonstances particulières visées à l’article 61. B-5 relèvent du seul pouvoir d’appréciation du conseil de classe » et « ne sont pas susceptibles de recours ». Voir, à cet égard, décisions de la chambre de recours 15/49 du 10 octobre 2015, points 4, 10 et 11, et 16/62 du 14 mars 2017, point 12.

( 57 ) En revanche, l’avocat général Mengozzi a considéré, dans ses conclusions dans les affaires jointes Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, EU:C:2014:2169, points 59 et 60), que, si la chambre de recours se disait prête à reconnaître que les principes fondamentaux étaient susceptibles de servir de référence pour l’action des organes des écoles européennes en sus des règles de droit qui leur sont propres, il n’en demeurait pas moins que la marge d’appréciation que se réservait ainsi la chambre de recours dans la détermination des règles et des principes découlant en particulier du droit de l’Union ne permettait pas de garantir, à l’égard des personnes concernées dans cette affaire, à savoir les chargés de cours, le respect général de l’interdiction de l’abus de droit qui trouve son expression spécifique, en matière de relations de travail au sein de l’Union, dans la directive 1999/70/CE du Conseil, du 28 juin 1999, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée (JO 1999, L 175, p. 43). Voir, à cet égard, note 68 des présentes conclusions.

( 58 ) S’agissant, notamment, d’un recours contentieux tendant à l’annulation d’une décision du conseil de classe de la Scuola de Varèse et de la décision du secrétaire général adjoint, voir décision 14/44 du 24 septembre 2014, points 22 à 24. Sur le fond, la chambre de recours a constaté que la « décision attaquée [...] ayant rejeté le recours administratif des requérants porte une motivation erronée dans la mesure où, comme le soutiennent les requérants et l’admettent les [écoles européennes], les notes censées être celles du fils des requérants sont erronées, ce qui constitue aussi bien un vice quant à la motivation qu’une erreur de fait » (mise en italique par mes soins). Cette chambre a conclu que, « bien qu’[elle] ne soit pas compétente pour contrôler le bien-fondé de l’appréciation pédagogique portée par le conseil de classe, les [écoles européennes] doivent tirer les conclusions qui s’imposent suite à l’annulation de la décision de ne pas promouvoir le fils des requérants à la classe supérieure ».

( 59 ) S’il ressort de certaines décisions de la chambre de recours prononcées depuis 2010 que l’interprétation des dispositions du RGEE de 2005 et de 2014 en application du principe de protection juridictionnelle effective ne fait pas défaut, d’autres décisions semblent moins claires à cet égard : voir, notamment, décision 16/62 du 14 mars 2017, points 13 et 14 : « [...] Ce n’est donc que s’il est avéré que la violation d’une règle pertinente a pu influencer une telle appréciation que celle-ci pourra faire l’objet d’un contrôle juridictionnel. En serait-il d’ailleurs autrement qu’il suffirait de constater que l’appréciation portée par le conseil de classe sur l’incapacité de [...] à accéder à la classe supérieure ne peut, en tout état de cause, au vu des éléments du dossier et de la décision contestée, qui a été acquise à la quasi-unanimité et qui est clairement motivée, être regardée comme entachée d’une erreur manifeste. » Mise en italique par mes soins.

( 60 ) Le litige ayant donné lieu à cette décision opposait une association de parents d’élèves à l’école européenne en question. En effet, le conseil supérieur avait réduit les droits de vote des associations des parents d’élèves et du personnel à une seule voix lors des conseils d’administration, en violation des articles 19, 20 et 23 de la CSEE. Toutefois, les articles 66 et 67 de cette convention ne prévoyaient pas de procédure permettant à un parent d’élève ou à une association de parents de mettre directement en cause la légalité d’une décision du conseil supérieur telle que celle en cause dans ce litige.

( 61 ) Il me semble important de relever que la chambre de recours avait estimé, dans cette décision (point 26), que, « lorsqu’une décision du [c]onseil supérieur, même si elle revêt une portée générale ou réglementaire, affecte directement un droit ou une prérogative que la [CSEE] reconnaît à une personne ou à une catégorie de personnes clairement identifiée et qui se distingue de l’ensemble des autres personnes concernées, sans qu’il soit certain que ladite personne ou catégorie soit en mesure de former un recours contre une décision individuelle prise sur le fondement d’une telle décision, celle-ci doit être regardée comme constitutive d’un acte faisant grief à cette personne ou à cette catégorie au sens de l’article 27, paragraphe 2, de la [CSEE]. La [c]hambre est, dès lors, en principe, compétente pour statuer sur un recours formé contre un tel acte ». Mise en italique par mes soins.

( 62 ) Voir, notamment, décision de la chambre de recours 22/62 du 2 décembre 2022, point 8 : « Cette [c]hambre a déjà eu l’occasion de préciser que l’absence de voies de recours dans les textes ne faisait pas obstacle à un recours devant elle et à ce qu’une décision rejetant une demande – en l’espèce une demande de changement d’option – puisse faire l’objet d’un contrôle judiciaire [...] Ainsi, la [c]hambre de recours a-t-elle estimé [...] qu’une décision qui affecte profondément le lien fondamental entre l’école et l’élève et son droit à l’éducation reconnu par l’article 14 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, peut être soumise à un contrôle judiciaire par application des principes applicables dans un État de droit ([a]rticle 47 de la même Charte). » Voir, également, décisions 15/38 du 11 février 2016, point 12, et 19/35 du 29 août 2019, point 10.

( 63 ) Voir, notamment, arrêts du 13 mars 2007, Unibet (C‑432/05, EU:C:2007:163, point 37) ; du 18 décembre 2014, Abdida (C‑562/13, EU:C:2014:2453, point 45), et du 12 janvier 2023, Nemzeti Adatvédelmi és Információszabadság Hatóság (C‑132/21, EU:C:2023:2, point 50).

( 64 ) Voir, à cet égard, points 41 et suiv. des présentes conclusions.

( 65 ) Pour rappel, l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt opposait 137 professeurs détachés par le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord auprès des écoles européennes à ces dernières au sujet, d’une part, du refus de ces écoles de procéder pour la période antérieure au 1er juillet 2008 à l’adaptation de leur rémunération consécutivement à la dépréciation de la livre sterling et, d’autre part, du mode de calcul applicable depuis cette date pour l’adaptation des rémunérations aux fluctuations des taux de change des monnaies autres que l’euro.

( 66 ) Arrêts Miles e.a. (points 37 à 39), ainsi que Oberto et O’Leary (point 72).

( 67 ) Voir, en ce sens, arrêt Miles e.a. (points 45 et 46). Ainsi que la Cour l’a jugé au point 41 de cet arrêt, la chambre de recours ne constitue pas une juridiction commune à plusieurs États membres comparable à la Cour de justice du Benelux.

( 68 ) La Cour a admis, aux points 44 et 45 de l’arrêt Miles e.a., ainsi qu’au point 74 de l’arrêt Oberto et O’Leary, que « la possibilité, voire l’obligation, pour [la] chambre de recours de saisir la Cour dans le cadre d’un litige opposant [à une école européenne les personnes visées à la CSEE], dans lequel il y a lieu d’appliquer les principes généraux du droit de l’Union, était certes envisageable, mais qu’il appartenait aux États membres de réformer le système de protection juridictionnelle établi par la [CSEE] actuellement en vigueur ». Mise en italique par mes soins. Bien que je sois d’accord avec le raisonnement suivi par la Cour, on ne saurait, à mon avis, nier que cette impossibilité de la chambre de recours d’adresser des questions préjudicielles à la Cour est susceptible, dans certains cas, de porter atteinte à l’uniformité et à la cohérence du droit de l’Union. Sur cet aspect, voir conclusions de l’avocate générale Sharpston dans l’affaire Miles e.a. (C‑196/09, EU:C:2010:777, points 72, 73 et 76). Notamment, la lecture des conclusions de l’avocat général Mengozzi dans les affaires jointes Oberto et O’Leary (C‑464/13 et C‑465/13, EU:C:2014:2169, point 62) met clairement en évidence que, malgré le niveau de protection juridictionnelle garanti par la chambre de recours aux personnes qui sont visées par la CSEE, du point de vue du droit matériel de l’Union, une telle réforme s’avère nécessaire. Voir, à cet égard, note 57 des présentes conclusions.

( 69 ) Voir points 42 et 43 des présentes conclusions.

( 70 ) Arrêt Miles e.a. (point 38). Voir, également, premier et troisième considérants de la CSEE. Voir point 42 des présentes conclusions.

( 71 ) Voir point 34 des présentes conclusions.

( 72 ) Pour rappel, la Cour a déjà jugé que la primauté sur les actes de droit dérivé dont bénéficient les accords internationaux au plan du droit de l’Union ne s’étend pas au droit primaire et, en particulier, aux principes généraux dont font partie les droits fondamentaux. Voir arrêt du 3 septembre 2008, Kadi et Al Barakaat International Foundation/Conseil et Commission (C‑402/05 P et C‑415/05 P, EU:C:2008:461, point 308).

( 73 ) La conclusion d’un accord international en violation des traités est susceptible d’être annulée par la Cour. Voir, notamment, arrêt du 10 mars 1998, Allemagne/Conseil (C‑122/95, EU:C:1998:94). Voir, également, par analogie, arrêt du 26 février 2015, H/Cour de justice (C‑221/14 P, non publié, EU:C:2015:126, point 41 et jurisprudence citée).

( 74 ) Tridimas, T., The General Principles of EU Law, Oxford EC Law Library, Oxford, 2009, p. 51.

( 75 ) Voir points 7 et 66 des présentes conclusions.

( 76 ) Voir point 7 des présentes conclusions. En tout état de cause, ainsi que l’a indiqué la Commission en réponse à une question posée par la Cour, le droit international ne saurait justifier une violation du principe général de protection effective. Voir, à cet égard, arrêt du 7 mai 2020, Rina (C‑641/18, EU:C:2020:349, points 57 à 60), et mes conclusions dans cette affaire (C‑641/18, EU:C:2020:3, point 129).

( 77 ) Points 43.

( 78 ) Point 73.

( 79 ) Ce que la chambre des recours ne saurait ignorer, compte tenu de sa jurisprudence. Voir points 84 à 86 des présentes conclusions.

Documents similaires

Arrêt CJUE62022CC0090

Arrêt CJUE — 62022CC0090

14/12/2023

Arrêt CJUE62022CC0746

Conclusions de l'avocat général M. M. Szpunar, présentées le 14 décembre 2023.#Slovenské Energetické Strojárne a.s. contre Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága.#Demande de décision préjudicielle, introduite par la Fővárosi Törvényszék.#Renvoi préjudiciel – Système commun de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – Modalités du remboursement de la TVA en faveur des assujettis non établis dans l’État membre du remboursement – Directive 2008/9/CE – Article 20 – Demande d’informations complémentaires formulée par l’État membre du remboursement – Informations devant être fournies dans un délai d’un mois – Classement de la procédure en raison de l’absence de réponse de l’assujetti dans ce délai – Article 23 – Refus de prise en compte des informations présentées pour la première fois au cours de la procédure de recours – Principe d’effectivité – Principe de neutralité de la TVA – Principe de bonne administration.#Affaire C-746/22.

14/12/2023

Arrêt CJUE62022CC0432

Conclusions de l'avocat général M. P. Pikamäe, présentées le 14 décembre 2023.#Procédure pénale contre PT.#Demande de décision préjudicielle, introduite par le Spetsializiran nakazatelen sad.#Renvoi préjudiciel – Espace de liberté, de sécurité et de justice – Coopération judiciaire en matière pénale – Infractions pénales et sanctions applicables dans les domaines du trafic de drogue et de la lutte contre la criminalité organisée – Possibilité de réduction des peines applicables – Portée – Décision‑cadre 2004/757/JAI – Articles 4 et 5 – Décision‑cadre 2008/841/JAI – Articles 3 et 4 – Réglementation nationale ne mettant pas en œuvre le droit de l’Union – Article 51, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Protection juridictionnelle effective – Article 19, paragraphe 1, second alinéa, TUE – Procédure pénale contre plusieurs personnes – Accord de règlement de l’affaire prévu en droit national – Approbation par une formation de jugement ad hoc – Consentement des autres prévenus.#Affaire C-432/22.

14/12/2023

Arrêt CJUE62022CC0519

Conclusions de l'avocat général Mme J. Kokott, présentées le 14 décembre 2023.###

14/12/2023