| CELEX | 62022CJ0758 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 28 novembre 2024 |
ARRÊT DE LA COUR (cinquième chambre)
28 novembre 2024 ( *1 )
« Renvoi préjudiciel – Politique économique et monétaire – Système européen des comptes nationaux et régionaux – Obligations de déclaration statistique applicables aux fonds de pension – Systèmes de pension spéciaux pour professions libérales – Affiliation et cotisations obligatoires »
Dans les affaires jointes C‑758/22 et C‑759/22,
ayant pour objet des demandes de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduites par le Bundesverwaltungsgericht (Cour administrative fédérale, Allemagne), par décisions du 27 septembre 2022, parvenues à la Cour le 15 décembre 2022, dans les procédures
Bayerische Ärzteversorgung,
Bayerische Architektenversorgung,
Bayerische Apothekerversorgung,
Bayerische Rechtsanwalts- und Steuerberaterversorgung,
Bayerische Ingenieurversorgung-Bau m. Psychotherapeutenversorgung (C‑758/22),
Sächsische Ärzteversorgung (C‑759/22)
contre
Deutsche Bundesbank,
LA COUR (cinquième chambre),
composée de M. I. Jarukaitis, président de la quatrième chambre, faisant fonction de président de la cinquième chambre, MM. E. Regan et Z. Csehi (rapporteur), juges,
avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,
greffier : Mme M. Siekierzyńska, administratrice,
vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 13 décembre 2023,
considérant les observations présentées :
| – | pour la Bayerische Ärzteversorgung, la Bayerische Architektenversorgung, la Bayerische Apothekerversorgung, la Bayerische Rechtsanwalts- und Steuerberaterversorgung, la Bayerische Ingenieurversorgung-Bau m. Psychotherapeutenversorgung, par Mes S. Altenschmidt et P. Müller, Rechtsanwälte, |
| – | pour la Sächsische Ärzteversorgung, par Me C. Köhler, Rechtsanwalt, |
| – | pour la Deutsche Bundesbank, par Mes L. Luyken, M. Mogendorf et W. Spoerr, Rechtsanwälte, |
| – | pour la Commission européenne, par Mmes F. Blanc, S. Delaude et M. L. Mantl, en qualité d’agents, |
| – | pour la Banque centrale européenne (BCE), par Mmes S. J. Hlásková Murphy, K. Kaiser et M. B. van der Eem, en qualité d’agents, |
ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 29 février 2024,
rend le présent
Arrêt
| 1 | Les demandes de décision préjudicielle portent sur l’interprétation du règlement (UE) 2018/231 de la Banque centrale européenne, du 26 janvier 2018, relatif aux obligations de déclaration statistique applicables aux fonds de pension (JO 2018, L 45, p. 3), lu en combinaison avec le règlement (UE) no 549/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2013, relatif au système européen des comptes nationaux et régionaux dans l’Union européenne (JO 2013, L 174, p. 1). |
| 2 | Ces demandes ont été présentées dans le cadre de deux litiges opposant plusieurs institutions de prévoyance, à savoir, d’une part, la Bayerische Ärzteversorgung (caisse de prévoyance des médecins de Bavière, Allemagne), la Bayerische Architektenversorgung (caisse de prévoyance des architectes de Bavière), la Bayerische Apothekerversorgung (caisse de prévoyance des pharmaciens de Bavière), la Bayerische Rechtsanwalts- und Steuerberaterversorgung (caisse de prévoyance des avocats et des comptables de Bavière) et la Bayerische Ingenieurversorgung-Bau m.Psychotherapeutenversorgung (caisse de prévoyance des ingénieurs civils ainsi que des psychothérapeutes de Bavière), dans l’affaire C‑758/22, et, d’autre part, la Sächsische Ärzteversorgung (caisse de prévoyance des médecins de Saxe, Allemagne), dans l’affaire C‑759/22, à la Deutsche Bundesbank (Banque fédérale d’Allemagne) au sujet de l’assujettissement de ces institutions de prévoyance à une obligation de déclaration statistique applicable aux fonds de pension. |
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
Le règlement no 549/2013
| 3 | Aux termes des considérants 1, 3, 12 et 14 du règlement no 549/2013 :
[...]
[...]
[...]
|
| 4 | Aux termes de l’article 1er, paragraphe 2, de ce règlement : « Le SEC 2010 prévoit :
[...] » |
| 5 | L’annexe A dudit règlement comporte un chapitre 1, intitulé « Architecture générale et principes fondamentaux », dont les points 1.34, 1.35, 1.37 et 1.57 sont libellés comme suit :
Tableau 1.1
[...]
[...]
|
| 6 | L’annexe A du règlement no 549/2013 comprend, à son chapitre 2, intitulé « Les unités et leurs regroupements », les points 2.32 à 2.35, 2.38, 2.40, 2.43, 2.105 à 2.110 et 2.117, aux termes desquels :
Diagramme 2.1 – L’affectation des unités aux secteurs
[...]
[...]
[...]
Tableau 2.2 – Catégories de producteurs, activités et fonctions principales par secteur
[...] Fonds de pension (S.129)
[...] Administrations de sécurité sociale (S.1314)
Il convient de noter qu’il n’existe habituellement aucun lien direct entre le montant des cotisations versées par un individu et les risques auxquels il est exposé. » |
| 7 | À l’annexe A de ce règlement figure un chapitre 3, intitulé « Les opérations sur produits et actifs non produits », dont les points 3.17 à 3.19, 3.24, 3.26 à 3.28 se lisent comme suit :
[...]
[...]
[...]
Unités institutionnelles : distinction marchand/pour usage final propre/non marchand.
Tableau 3.1 – Distinction entre producteurs marchands, producteurs pour usage final propre et producteurs non marchands
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| 8 | L’annexe A dudit règlement comporte un chapitre 17, dont le point 17.43 énonce : « Définition : les régimes de pension de la sécurité sociale sont des régimes d’assurance contractuels dans lesquels les bénéficiaires, au titre de participants à un régime d’assurance sociale, sont obligés par les administrations publiques de se protéger contre la vieillesse et d’autres risques liés à la vieillesse comme les incapacités, les problèmes de santé, etc. Les pensions de sécurité sociale sont versées aux bénéficiaires par les administrations publiques. » |
| 9 | Le chapitre 20 de cette annexe A, intitulé « Les comptes des administrations publiques », comprend notamment les points 20.05, 20.15, 20.32 à 20.34, 20.38, 20.39, 20.306, 20.309 et 20.310, qui disposent : « DÉFINITION DU SECTEUR DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES
[...] ISBL classées dans le secteur des administrations publiques [...]
[...]
[...]
Un indicateur unique peut être suffisant pour établir un contrôle. Cependant, si une ISBL principalement financée par une administration publique reste capable de déterminer, d’une manière significative, sa politique ou son programme en respectant les autres critères, elle ne serait pas alors considérée comme étant sous le contrôle de l’administration publique. Dans la plupart des cas, c’est un ensemble d’indicateurs qui indiquera l’existence d’un contrôle. Ce type de décision implique, par nature, une part de jugement. [...] L’intermédiation financière et le domaine des administrations publiques
[...] Fonds de pension
[...] LE SECTEUR PUBLIC [...]
[...] Contrôle du secteur public
[...]
|
Le règlement 2018/231
| 10 | Aux termes du considérant 2 du règlement 2018/231 : « Les obligations de déclaration statistique imposées aux fonds de pension visent à fournir à la [Banque centrale européenne (BCE)] des statistiques adéquates concernant les activités financières du sous-secteur des fonds de pension des États membres dont la monnaie est l’euro [...], qui sont considérés comme un seul territoire économique. La collecte d’informations statistiques relatives aux fonds de pension est nécessaire pour répondre à des besoins d’analyse réguliers ou ponctuels, pour faciliter l’analyse monétaire et financière de la BCE et pour que le SEBC contribue à la stabilité du système financier ». |
| 11 | L’article 1er de ce règlement dispose : « Aux fins du présent règlement, on entend par : “fonds de pension” (sous-secteur S.129 du SEC 2010) : une société financière ou quasi-société financière dont la fonction principale consiste à fournir des services d’intermédiation financière résultant de la mutualisation des risques et des besoins sociaux des assurés (assurance sociale). Un fonds de pension, en tant que régime d’assurance sociale, assure des revenus au moment de la retraite et peut verser des allocations de décès et des prestations d’invalidité. Ne sont pas inclus dans la définition : [...]
[...] » |
Le droit allemand
La VersoG
| 12 | En Bavière, les institutions de prévoyance font l’objet, notamment, de l’article 1er, intitulé « Forme juridique, siège, champ d’application, pouvoir réglementaire », de la Gesetz über das öffentliche Versorgungswesen (loi relative au régime public de prévoyance), du 16 juin 2008 (BayGVBl. p. 182), dans sa version applicable aux faits de l’affaire C‑758/22 (ci-après la « VersoG »). |
| 13 | L’article 9 de la VersoG, intitulé « Principes régissant les activités commerciales », dispose, à ses paragraphes 1 à 3 : « (1) Les institutions de prévoyance exercent leurs activités sur la base de la mutualité et exclusivement à des fins d’utilité publique. Elles sont tenues de pratiquer une gestion économique et prudente. Les actifs des institutions de prévoyance doivent être séparés. (2) Les institutions de prévoyance couvrent leurs frais administratifs, y compris les rémunérations des fonctionnaires, des employés et des ouvriers ainsi que les prestations accordées aux ayants droit, au moyen de leurs propres ressources. La répartition entre les différentes institutions de prévoyance s’effectue en fonction des coûts effectivement supportés. (3) Les ressources et les actifs des institutions de prévoyance ne peuvent être utilisés que pour l’accomplissement de leur mission de prévoyance. En cas de dissolution d’un établissement, les fonds restants reviennent aux membres, aux assurés et aux bénéficiaires, conformément aux dispositions des statuts. » |
| 14 | L’article 10 de la VersoG, intitulé « Statuts », prévoit, à ses paragraphes 1 à 3 : « (1) Les institutions de prévoyance règlent leurs affaires par des statuts conformément à la présente loi. (2) Les statuts doivent contenir, outre les éléments spécifiquement mentionnés dans la présente loi, des dispositions concernant :
(3) Les statuts et leurs modifications sont établis par le président du conseil d’administration après approbation prudentielle et publiés dans le Bayerischer Staatsanzeiger. Ils entrent en vigueur le jour suivant leur publication, à moins qu’une autre date ne soit fixée. » |
| 15 | La deuxième partie de la VersoG, intitulée « Caisse de prévoyance des médecins de Bavière, Caisse de prévoyance des pharmaciens de Bavière, Caisse de prévoyance des architectes de Bavière, Caisse de prévoyance des ingénieurs civils ainsi que des psychothérapeutes de Bavière, Caisse de prévoyance des avocats et des comptables de Bavière », comporte un chapitre 1 relatif aux « Dispositions communes », sous lequel figure l’article 28 de cette loi, intitulé « Tâches ». Cet article prévoit, à sa troisième phrase, que « les institutions de prévoyance doivent remplir les conditions d’exemption de leurs membres de l’obligation de s’assurer auprès de l’assurance pension légale ». |
| 16 | L’article 30 de la VersoG, intitulé « Adhésion », dispose, à ses paragraphes 1 à 3 : « (1) L’affiliation aux institutions de prévoyance est obligatoire. (2) Les statuts peuvent prévoir des exceptions et des dispenses à l’affiliation obligatoire, notamment lorsque le membre de la profession :
[...] (3) Les membres obligatoires qui ont cessé d’être affiliés peuvent rester membres volontaires, conformément aux dispositions des statuts. » |
| 17 | L’article 31 de la VersoG, intitulé « Cotisations, transition », prévoit, à ses paragraphes 1 et 4 : « (1) Les membres sont tenus de payer des cotisations, conformément aux dispositions des statuts. Les statuts peuvent prévoir des cotisations minimales indépendantes du revenu. Ils peuvent stipuler que, pour maintenir la protection de la pension, des cotisations appropriées doivent être versées pour les périodes sans activité professionnelle ou lucrative ou sans revenus. La cotisation obligatoire ne doit pas dépasser la limite qui détermine l’exonération de l’impôt sur les sociétés dont bénéficie l’institution de prévoyance. [...] (4) Les statuts peuvent autoriser des versements supplémentaires volontaires pour augmenter les droits à pension. Ceux-ci, ajoutés à la cotisation obligatoire, ne doivent pas dépasser la limite fixée au paragraphe 1, quatrième phrase. » |
| 18 | Les articles 33 à 36 et 38 de la VersoG précisent les règles relatives à l’affiliation obligatoire auprès des institutions de prévoyance concernées. |
La loi sur les chambres des professions médicales de Saxe
| 19 | L’article 6 de la Sächsisches Heilberufekammergesetz (loi sur les chambres des professions médicales de Saxe), du 24 mai 1994 (SächsGVBl. p. 935), dans sa version applicable à l’affaire C‑759/22, intitulé « Institution de prévoyance », prévoyait : « (1) Les chambres peuvent, par leurs statuts, créer une institution de prévoyance pour assurer la prévoyance de leurs affiliés et des membres de leur famille. [...] Les affiliés des chambres sont membres de l’institution de prévoyance conformément aux statuts. [...] (3) Les statuts établissent des règles concernant :
[...] Les statuts peuvent prévoir les conditions dans lesquelles un affilié peut transférer les cotisations qu’il a versées à l’institution de prévoyance à une autre institution d’assurance de droit public ou à une autre institution de prévoyance de sa catégorie professionnelle (institution de prévoyance professionnelle), ainsi que les conditions et le montant du droit au remboursement des cotisations versées lorsque l’affiliation prend fin. (4) Les actifs de l’institution de prévoyance constituent un patrimoine spécial qui n’est disponible que pour répondre des obligations de l’institution de prévoyance. Il doit être géré séparément des autres actifs de la chambre. Il ne peut être utilisé qu’à des fins autorisées par la loi, y compris la compensation des frais administratifs nécessaires. » |
Les litiges au principal et les questions préjudicielles
| 20 | Au cours des années 2018 et 2019, les requérantes au principal ont reçu des communications de la Banque fédérale d’Allemagne leur indiquant que, en vertu des articles 1er et 2 du règlement 2018/231, elles étaient soumises, en tant que fonds de pension, à des obligations de déclaration statistique en vertu desquelles elles devaient lui transmettre, à compter du 30 septembre 2019, des données plus précises sur leur situation financière, sur une base trimestrielle pour certaines requérantes et sur une base annuelle pour d’autres. |
| 21 | Les requérantes au principal ont saisi le Verwaltungsgericht Frankfurt am Main (tribunal administratif de Francfort-sur-le-Main, Allemagne) de recours tendant, à titre principal, à l’annulation de ces communications et, à titre subsidiaire, à la constatation qu’elles ne sont pas soumises aux obligations de déclaration statistique susmentionnées. |
| 22 | Cette juridiction a rejeté ces recours, au motif que les requérantes au principal sont des fonds de pension, au sens de l’article 1er, point 1, du règlement 2018/231 et qu’elles sont, par conséquent, soumises à des obligations de déclaration en vertu de l’article 2, paragraphe 1, de ce règlement. Selon cette juridiction, les institutions de prévoyance telles que les requérantes au principal font partie, en tant que producteurs marchands, des sociétés de capitaux financières et relèvent donc du sous-secteur des fonds de pension (S.129) du SEC 2010 prévu par le règlement no 549/2013. Dans le cadre de leur activité principale, elles fournissent des services de prévoyance. Pour ce faire, elles établissent des prix significatifs du point de vue économique. Il en va de même pour les prestations obligatoires. En l’absence d’aides d’État, les institutions de prévoyance seraient contraintes de réglementer les cotisations et les prestations de manière à garantir leur capacité contributive. En tout état de cause, la qualification des prestations obligatoires en tant que production marchande résulterait notamment de l’annexe A, point 3.19, du règlement no 549/2013, car les requérantes au principal ont couvert pendant plusieurs années au moins 50 % de leurs coûts par la vente de leurs produits. Ladite juridiction expose que l’annexe A, point 1.37, de ce règlement ne s’opposerait pas à une telle qualification, car cette disposition ne s’applique qu’aux entités du secteur public, dont les requérantes au principal ne font pas partie dans la mesure où elles ne sont pas contrôlées par l’État. Par conséquent, un rattachement au sous-secteur des administrations de sécurité sociale (S.1314) du SEC 2010, auquel l’obligation d’information ne s’applique pas, serait également exclu. L’annexe A, point 20.39, dudit règlement confirmerait la qualification de fonds de pension des requérantes au principal. En vertu de cette disposition, un régime de cotisations prédéterminées géré par une entité publique ne devrait pas être considéré comme un régime de sécurité sociale s’il fonctionne, comme c’est le cas pour les requérantes au principal, sans garantie de l’État sur le montant des prestations à verser et que ce montant, qui dépend de la rentabilité des actifs gérés, est nécessairement incertain. |
| 23 | Les requérantes au principal ont formé un recours en Revision contre cet arrêt devant le Bundesverwaltungsgericht (Cour administrative fédérale, Allemagne), qui est la juridiction de renvoi. Elles font valoir qu’elles ne sont pas des producteurs marchands. Leurs prestations obligatoires, qui constituent la majeure partie de leur production, ne seraient pas vendues à des prix économiquement significatifs. À cet égard, les affiliés ayant une obligation d’affiliation ne pourraient pas choisir librement d’acheter les prestations de prévoyance sur la base des cotisations demandées, ce qui méconnaît l’une des conditions caractérisant l’existence de tels prix, à savoir celle posée à l’annexe A, point 3.19, premier alinéa, sous b), du règlement no 549/2013, selon laquelle « les consommateurs sont libres d’acheter ou non et font leur choix sur la base des prix facturés ». Le critère des 50 % prévu à l’annexe A, point 3.19, troisième alinéa, de ce règlement, qui permet de classer en tant que producteur marchand une unité institutionnelle qui couvre, de manière continue et durable, au moins 50 % de ses coûts de production par le produit de ses ventes, ne serait pas pertinent, puisqu’il ne servirait qu’à déterminer la valeur de la production. En tout état de cause, les institutions de prévoyance relèveraient, comme l’assurance pension légale, de la sécurité sociale. |
| 24 | La Banque fédérale d’Allemagne fait valoir que l’arrêt du Verwaltungsgericht Frankfurt am Main (tribunal administratif de Francfort-sur-le-Main) n’est pas entaché des erreurs de droit alléguées. |
| 25 | La juridiction de renvoi éprouve des doutes quant à la qualification des requérantes au principal, eu égard, en particulier, à l’article 1er, point 1, sous f), du règlement 2018/231 et à l’annexe A, points 1.37, 2.107, 2.117, 3.17 à 3.19, 3.24, 3.26, 17.43, 20.10, 20.12 et 20.39, du règlement no 549/2013. Elle se demande s’il convient de les qualifier de fonds de pension ou d’administrations de sécurité sociale ou si elles relèvent d’une autre qualification. |
| 26 | Cette juridiction souligne que les requérantes au principal sont des établissements de droit public dotés de la personnalité juridique. Elles ne peuvent exercer qu’une activité d’intérêt général et ne peuvent utiliser leurs ressources et leur patrimoine qu’afin d’accomplir leur mission de service public. Elles doivent supporter leurs charges administratives, y compris la rémunération de leur personnel et les prestations accordées aux ayants droit, sur leurs propres ressources. |
| 27 | La juridiction de renvoi expose que, en application du droit allemand, la grande majorité des affiliés aux régimes des requérantes au principal sont soumis à une affiliation obligatoire en raison du fait qu’ils exercent leur profession en Bavière ou en Saxe. Lorsque cette affiliation obligatoire prend fin, il est possible de rester affilié sur une base volontaire, afin de pouvoir continuer d’acquérir des droits à pension. Les requérantes au principal déterminent, dans leurs statuts, la perception de cotisations ou de contributions au financement de leur mission ainsi que les conditions, la nature, le montant et la suppression des droits à la pension. Des paiements supplémentaires volontaires sont également possibles, mais ils sont limités à un maximum autorisé. Les requérantes au principal fournissent plus de 50 % de leurs prestations à leurs affiliés soumis à une affiliation obligatoire. |
| 28 | Dans ces conditions, le Bundesverwaltungsgericht (Cour administrative fédérale) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes, qui sont formulées dans des termes identiques dans les affaires C‑758/22 et C‑759/22 :
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Sur les questions préjudicielles
| 29 | Par ses questions, la juridiction de renvoi cherche à savoir, en substance, si les dispositions de l’annexe A du règlement no 549/2013 doivent être interprétées en ce sens que relèvent de la notion de « fonds de pension », au sens du point 2.105 de cette annexe, et, en conséquence, doivent être assujetties aux obligations de déclaration statistique prévues par le règlement 2018/231 des institutions de prévoyance qui offrent des prestations couvrant les risques de retraite, de décès et d’invalidité au profit d’affiliés majoritairement soumis à une obligation d’affiliation en raison de l’exercice d’une profession déterminée. |
| 30 | Il y a lieu de rappeler qu’il ressort du considérant 14 du règlement no 549/2013 que le SEC 2010 établit un cadre de référence destiné, pour les besoins de l’Union, et en particulier pour la définition et le suivi des politiques économiques et sociales de l’Union, à l’élaboration des comptes des États membres. À cet égard, aux termes du considérant 3 de ce règlement, l’élaboration de ces comptes devrait s’effectuer sur la base de principes uniques et non diversement interprétables, de manière à permettre l’obtention de résultats comparables (arrêt du 13 juillet 2023, Ferrovienord, C‑363/21 et C‑364/21, EU:C:2023:563, point 64 ainsi que jurisprudence citée). |
| 31 | Ainsi qu’il résulte de l’article 1er, paragraphe 2, sous a), dudit règlement, le SEC 2010 prévoit une méthodologie figurant à l’annexe A, relative aux normes, définitions, nomenclatures et règles comptables communes, destinée à permettre l’élaboration de comptes et de tableaux sur des bases comparables pour les besoins de l’Union. |
| 32 | Aux termes du point 1.01 de cette annexe, le SEC 2010 constitue « un cadre comptable, compatible sur le plan international, permettant de décrire de façon systématique et détaillée ce que l’on appelle une “économie totale” (c’est-à-dire une région, un pays ou un groupe de pays), ses composantes et ses relations avec d’autres économies totales ». |
| 33 | Ladite annexe, conçue comme un manuel, est composée de 24 chapitres, qui sont brièvement exposés aux points 1.03 et 1.04 de celle-ci. Le chapitre 1 présente les caractéristiques conceptuelles de base du SEC et en établit les principes. Ce chapitre décrit les unités statistiques fondamentales et leurs regroupements et donne un aperçu de la séquence des comptes. Le chapitre 2 définit les unités institutionnelles utilisées pour la mesure de l’économie et expose la manière dont ces unités sont classées en secteurs et en autres regroupements à des fins d’analyse. Le chapitre 20 est consacré aux comptes du secteur des administrations publiques. |
| 34 | Les points 1.34 et 1.57 de l’annexe A du règlement no 549/2013 prévoient le rattachement de toute unité institutionnelle – définie comme une entité économique qui dispose de la capacité de détenir des biens et des actifs, de souscrire à des engagements, d’exercer des activités économiques et de réaliser, en son nom propre, des opérations avec d’autres unités – à l’un des six secteurs principaux identifiés par le SEC 2010, à savoir les sociétés non financières, les sociétés financières, les administrations publiques, les ménages, les institutions sans but lucratif au service des ménages et le reste du monde (voir, en ce sens, arrêt du 13 juillet 2023, Ferrovienord, C‑363/21 et C‑364/21, EU:C:2023:563, point 66 ainsi que jurisprudence citée). |
| 35 | Il ressort de ces dispositions, ainsi que du point 2.41 de cette annexe, que ces secteurs s’excluent mutuellement, de sorte qu’une unité institutionnelle ne peut appartenir qu’à un seul secteur ou sous-secteur. Conformément au point 2.32 de la même annexe, chaque secteur ou sous-secteur regroupe les unités institutionnelles ayant un comportement économique analogue. |
| 36 | Le sous-secteur des fonds de pension relève du secteur des sociétés financières, comme le précise le point 2.66 de l’annexe A du règlement no 549/2013. Par conséquent, à l’instar de toute unité institutionnelle de ce secteur, les fonds de pension sont classés en tant que « producteurs marchands », conformément à la définition de la notion de « sociétés financières » figurant au point 2.55 de cette annexe. |
| 37 | En ce qui concerne cette classification des fonds de pension en tant que « producteurs marchands », il convient de souligner l’existence d’une particularité propre aux activités de ces fonds, lesquelles sont détaillées aux points 2.105 à 2.110 de ladite annexe. En effet, il ressort du point 2.108 de la même annexe que, contrairement aux sociétés d’assurance vie, « les fonds de pension sont tenus par la loi de réserver leurs services à des groupes déterminés de salariés et de travailleurs indépendants ». Ainsi, le sous-secteur des fonds de pension regroupe des sociétés financières qui ne sont pas libres de proposer leurs services à l’ensemble du public. |
| 38 | En l’occurrence, il ressort des décisions de renvoi que les institutions de prévoyance en cause au principal, qui exercent leur activité en Bavière (affaire C‑758/22) et en Saxe (affaire C‑759/22), garantissent à leurs affiliés des prestations en cas de retraite, de décès, et d’invalidité et sont organisées sur une base sectorielle, en ce sens que la plupart de leurs affiliés sont soumis à une obligation légale d’affiliation en raison de l’exercice d’une profession déterminée telle que celle de médecin, de pharmacien, d’avocat ou d’architecte. |
| 39 | Au demeurant, c’est cette organisation sectorielle des institutions de prévoyance et l’obligation d’affiliation corrélative de leurs membres qui ont conduit la juridiction de renvoi à se demander si les activités de ces institutions sont susceptibles de relever de la notion de « production marchande » ou de celle d’« activité marchande », au sens de l’annexe A du règlement no 549/2013. |
| 40 | Il convient toutefois de relever qu’une telle organisation sectorielle des fonds de pension est expressément envisagée aux points 2.107 et 2.108 de l’annexe A du règlement no 549/2013, ainsi qu’il a été indiqué au point 37 du présent arrêt. Nonobstant cette particularité, le législateur de l’Union a choisi de classer les fonds de pension en tant que sociétés financières et, partant, en tant que producteurs marchands. Dès lors, il est nécessaire, en l’occurrence, non pas de s’interroger sur l’interprétation de la notion de « production marchande » ou de celle d’« activité marchande », mais de déterminer si des institutions de prévoyance telles que celles en cause au principal peuvent être qualifiées de « fonds de pension » à la lumière des critères établis aux points 2.105 à 2.110 de cette annexe. |
| 41 | À cet égard, il peut être déduit du libellé des points 2.105 à 2.110 de l’annexe A du règlement no 549/2013 que les activités des fonds de pension satisfont aux critères suivants. |
| 42 | En premier lieu, il ressort des points 2.105 et 2.107 de cette annexe que les fonds de pension, dont la fonction principale est de fournir des services d’intermédiation financière résultant de la mutualisation des risques et des besoins sociaux des assurés, garantissent des prestations à l’assuré en cas de retraite. Ces fonds peuvent également garantir des prestations à l’assuré en cas d’invalidité ainsi que des prestations au conjoint et aux enfants de l’assuré en cas de décès de ce dernier. |
| 43 | En deuxième lieu, le point 2.106 de la même annexe expose que les fonds de pension, qui sont distincts des unités qui les ont créés, sont dotés de l’autonomie de décision et disposent d’une comptabilité complète. |
| 44 | En troisième lieu, et ainsi qu’il est indiqué au point 37 du présent arrêt, les points 2.107 et 2.108 de l’annexe A du règlement no 549/2013 précisent que, à la différence des sociétés d’assurance vie, les fonds de pension sont légalement tenus de réserver leurs services à des groupes déterminés de salariés et de travailleurs indépendants, tels que, notamment, les personnes exerçant la même profession. |
| 45 | En quatrième lieu, le point 2.110 de cette annexe exclut de la notion de « fonds de pension » les administrations de sécurité sociale visées au point 2.117 de ladite annexe. Aux termes de ce dernier point, les administrations de sécurité sociale, dont l’activité principale est la fourniture de prestations sociales, se caractérisent par le fait que, d’une part, certains groupes de la population sont légalement tenus de participer au régime ou de verser des cotisations et, d’autre part, les administrations publiques fixent ou approuvent les cotisations et les prestations, sans qu’il existe habituellement de lien direct entre le montant des cotisations versées par un individu et les risques auxquels il est exposé. |
| 46 | À ce dernier égard, il ressort du point 20.39 de l’annexe A du règlement no 549/2013, lequel relève du chapitre 20 de cette annexe, intitulé « Les comptes des administrations publiques », qu’un régime de pension, même instauré par une unité d’administration publique, ne peut être considéré comme un régime de sécurité sociale et doit être classé dans le sous-secteur des fonds de pension lorsque le niveau des prestations n’est pas garanti par les administrations publiques et qu’il est incertain car il dépend de la performance des actifs. |
| 47 | Selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la procédure visée à l’article 267 TFUE, fondée sur une nette séparation des fonctions entre les juridictions nationales et la Cour, cette dernière n’a pas compétence pour interpréter le droit national et il appartient au seul juge national de constater et d’apprécier les faits du litige au principal ainsi que de déterminer l’exacte portée des dispositions législatives, réglementaires ou administratives nationales (arrêt du 28 avril 2022, SeGEC e.a., C‑277/21, EU:C:2022:318, point 21 ainsi que jurisprudence citée). |
| 48 | Toutefois, la Cour, appelée à fournir à la juridiction de renvoi une réponse utile, est compétente pour lui donner des indications tirées du dossier de l’affaire au principal ainsi que des observations écrites qui lui ont été soumises, de nature à permettre à ladite juridiction de statuer (arrêt du 28 avril 2022, SeGEC e.a., C‑277/21, EU:C:2022:318, point 22 ainsi que jurisprudence citée). |
| 49 | En l’occurrence, il ressort des explications fournies par la juridiction de renvoi que les activités des institutions de prévoyance en cause dans les litiges au principal présentent les caractéristiques suivantes. |
| 50 | Premièrement, il est constant que ces institutions de prévoyance garantissent à leurs affiliés des prestations en cas de retraite, de décès et d’invalidité. |
| 51 | Deuxièmement, il ressort des indications fournies par la juridiction de renvoi que les institutions de prévoyance en cause dans l’affaire C‑758/22, qui sont dotées de la personnalité morale, jouissent d’un droit d’autogestion et tiennent une comptabilité propre. Selon les mêmes indications, l’institution de prévoyance en cause dans l’affaire C‑759/22, bien qu’étant un organisme à la personnalité morale partielle de l’ordre des médecins, est indépendante sur les plans organisationnel et économique, jouit d’une large autonomie, dispose d’un patrimoine propre et tient une comptabilité complète. De telles institutions de prévoyance, qui jouissent de l’autonomie de gestion et tiennent une comptabilité propre, remplissent le critère énoncé au point 43 du présent arrêt. |
| 52 | Troisièmement, il ressort également des indications fournies par la juridiction de renvoi mentionnées au point 38 du présent arrêt que la grande majorité des affiliés des institutions de prévoyance en cause au principal sont soumis à une obligation légale d’affiliation en raison de l’exercice d’une activité professionnelle déterminée, étant entendu que ces institutions de prévoyance ne sont en principe pas autorisées à fournir leurs prestations à d’autres personnes. Par conséquent, de telles institutions paraissent satisfaire au critère visé au point 44 du présent arrêt. |
| 53 | Quatrièmement, il ressort des décisions de renvoi que le niveau des prestations offertes aux affiliés, qui n’est pas garanti par les administrations publiques, dépend du montant des cotisations versées ainsi que des performances de l’institution de prévoyance concernée dans la gestion des actifs. Par ailleurs, la juridiction de renvoi a indiqué que les institutions de prévoyance en cause au principal déterminent, dans le cadre fixé par des dispositions légales, le montant des cotisations qu’elles perçoivent et le montant des prestations qu’elles offrent. Dès lors, de telles institutions de prévoyance répondent aux critères, mentionnés aux points 45 et 46 du présent arrêt, excluant la qualification de régime de sécurité sociale au profit de celle de fonds de pension. |
| 54 | Il s’ensuit que, si les activités des institutions de prévoyance en cause dans les litiges au principal présentent effectivement les caractéristiques énumérées aux points 50 à 53 du présent arrêt, ce qu’il appartient à la juridiction de renvoi de constater, ces institutions peuvent être classées dans le sous-secteur des « fonds de pension » au sens du point 2.105 de l’annexe A du règlement no 549/2013. |
| 55 | Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre aux questions posées que les dispositions de l’annexe A du règlement no 549/2013 doivent être interprétées en ce sens que relèvent de la notion de « fonds de pension », au sens du point 2.105 de cette annexe, et, en conséquence, doivent en principe être assujetties aux obligations de déclaration statistique prévues par le règlement 2018/231 des institutions de prévoyance dont les activités présentent l’ensemble des caractéristiques suivantes :
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Sur les dépens
| 56 | La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement. |
| Par ces motifs, la Cour (cinquième chambre) dit pour droit : |
| Les dispositions de l’annexe A du règlement (UE) no 549/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2013, relatif au système européen des comptes nationaux et régionaux dans l’Union européenne |
| doivent être interprétées en ce sens que : |
| relèvent de la notion de « fonds de pension », au sens du point 2.105 de cette annexe, et, en conséquence, doivent en principe être assujetties aux obligations de déclaration statistique prévues par le règlement (UE) 2018/231 de la Banque centrale européenne, du 26 janvier 2018, relatif aux obligations de déclaration statistique applicables aux fonds de pension, des institutions de prévoyance dont les activités présentent l’ensemble des caractéristiques suivantes : |
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| Signatures |
( *1 ) Langue de procédure : l’allemand
Affaire C-908/24 P: Pourvoi formé le 31 décembre 2024 par Crescenzio Rivellini contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 23 octobre 2024 dans l’affaire T-465/23, Rivellini/Parlement européen
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Affaire C-906/24, Sirto: Demande de décision préjudicielle présentée par le Korkein hallinto-oikeus (Finlande) le 31 décembre 2024 – A e.a.
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Affaire T-684/24: Recours introduit le 30 décembre 2024 – Tone Watch/EUIPO – Munich (MUNICH10A.T.M.)
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