Ordonnance de la Cour (sixième chambre) du 4 mai 2023.#WT contre Commission européenne.#Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Fonction publique – Fonctionnaires – Procédure disciplinaire – Sanction disciplinaire de blâme – Recours en annulation et en indemnité – Recours manifestement irrecevable ou manifestement non fondé.#Affaire C-712/22 P.
| CELEX | 62022CO0712 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | jeudi 4 mai 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
ORDONNANCE DE LA COUR (sixième chambre)
4 mai 2023 (*)
« Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Fonction publique – Fonctionnaires – Procédure disciplinaire – Sanction disciplinaire de blâme – Recours en annulation et en indemnité – Recours manifestement irrecevable ou manifestement non fondé »
Dans l’affaire C‑712/22 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 18 novembre 2022,
WT, représentée par Mes D. Birkenmaier, Rechtsanwalt, D. Rovetta et V. Villante, avvocati,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant :
Commission européenne,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (sixième chambre),
composée de M. P. G. Xuereb (rapporteur), président de chambre, MM. T. von Danwitz et A. Kumin, juges,
avocat général : Mme L. Medina,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 181 du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son pourvoi, WT demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 7 septembre 2022, WT/Commission (T‑91/20, non publié, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2022:510), par lequel celui-ci a rejeté son recours fondé sur l’article 270 TFUE et visant, d’une part, à l’annulation de la décision de la Commission européenne du 17 avril 2019 par laquelle celle-ci lui a infligé la sanction disciplinaire de blâme (ci-après la « décision litigieuse ») et, d’autre part, la réparation des préjudices moral et matériel qu’elle aurait subis du fait de cette décision.
Sur le pourvoi
2 En vertu de l’article 181 du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement irrecevable ou manifestement non fondé, la Cour peut, à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de rejeter ce pourvoi, totalement ou partiellement, par voie d’ordonnance motivée.
3 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
4 Mme l’avocate générale a, le 8 mars 2023, pris la position suivante :
« 1. Pour les motifs exposés ci-après, je propose à la Cour, conformément à l’article 181 de son règlement de procédure, de rejeter le pourvoi dans la présente affaire comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé.
2. À l’appui de son pourvoi, la requérante soulève deux moyens. Le premier est tiré d’une qualification erronée des faits, d’une dénaturation des éléments de preuve, d’une interprétation erronée de l’arrêt du 14 février 2017, Kerstens/Commission (T‑270/16 P, non publié, ci-après l’“arrêt Kerstens”, EU:T:2017:74), ainsi que d’une violation du principe de sécurité juridique. Le second est tiré d’une violation de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et du délai raisonnable dans la conduite des procédures administratives, ainsi que d’une application erronée du principe de bonne administration.
Sur le premier moyen
3. Par son premier moyen, qui s’articule en quatre branches, la requérante reproche, en substance, au Tribunal d’avoir, premièrement, opéré une appréciation contradictoire des faits, procédant ainsi à une qualification erronée de ceux-ci, deuxièmement, dénaturé les éléments de preuve, troisièmement, interprété et appliqué de manière erronée l’arrêt Kerstens et, quatrièmement, violé le principe de sécurité juridique.
4. Par la première branche de ce moyen, la requérante fait grief, en substance, au Tribunal d’avoir procédé à une appréciation contradictoire des faits et, par conséquent, d’avoir effectué une qualification erronée de ceux-ci lors de l’examen du champ matériel de l’enquête administrative ouverte sous la référence CMS 17/011 (ci-après la “procédure CMS 17/011”).
5. À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante de la Cour, il ressort de l’article 256, paragraphe 1, TFUE ainsi que de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne que le pourvoi est limité aux questions de droit et que le Tribunal est, dès lors, seul compétent pour constater et apprécier les faits pertinents ainsi que les éléments de preuve. L’appréciation des faits et des éléments de preuve ne constitue pas, sous réserve du cas de leur dénaturation, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour dans le cadre d’un pourvoi. Une telle dénaturation doit ressortir de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves. Lorsqu’il allègue une dénaturation d’éléments de preuve par le Tribunal, un requérant doit, en application de ces dispositions et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation (arrêts du 25 juin 2020, CSUE/KF, C‑14/19 P, EU:C:2020:492, point 105 et jurisprudence citée, ainsi que du 12 janvier 2023, HSBC Holdings e.a./Commission, C‑883/19 P, EU:C:2023:11, point 167 et jurisprudence citée).
6. Partant, l’appréciation des faits ne constitue pas, sous réserve du cas de la dénaturation des éléments de preuve produits devant le Tribunal, une question de droit soumise, comme telle, au contrôle de la Cour (arrêts du 8 mars 2016, Grèce/Commission, C‑431/14 P, EU:C:2016:145, point 31, et du 25 juin 2020, CSUE/KF, C‑14/19 P, EU:C:2020:492, point 104). En revanche, lorsque le Tribunal a constaté ou apprécié les faits, la Cour est compétente pour exercer, en vertu de l’article 256 TFUE, un contrôle sur la qualification juridique de ces faits et les conséquences de droit qui en ont été tirées par le Tribunal (voir, en ce sens, arrêts du 4 février 2020, Uniwersytet Wrocławski et Pologne/REA, C‑515/17 P et C‑561/17 P, EU:C:2020:73, point 47, ainsi que du 2 septembre 2021, Commission/Tempus Energy et Tempus Energy Technology, C‑57/19 P, EU:C:2021:663, point 57).
7. Enfin, la question de savoir si la motivation d’un arrêt du Tribunal est contradictoire ou insuffisante constitue une question de droit pouvant être, en tant que telle, invoquée dans le cadre d’un pourvoi (arrêts du 15 avril 2010, Gualtieri/Commission, C‑485/08 P, EU:C:2010:188, point 39, et du 19 décembre 2012, Commission/Planet, C‑314/11 P, EU:C:2012:823, point 63).
8. En l’occurrence, la requérante fait valoir, en premier lieu, que, d’un côté, au point 75 de l’arrêt attaqué, le Tribunal a admis que la procédure CMS 17/011 et la procédure précédente, ouverte sous la référence CMS 13/031 (ci-après la “procédure CMS 13/031”), étaient manifestement liées et se chevauchaient partiellement, et que, dans le cadre de la procédure CMS 17/011, l’Office d’investigation et de discipline de la Commission (IDOC) avait été mandaté pour effectuer une enquête administrative sur des faits, relatifs au comportement de la requérante, qui avaient déjà été examinés dans le cadre de la procédure précédente ainsi que sur certains autres faits. Pourtant, de l’autre côté, au point 77 dudit arrêt, le Tribunal aurait relevé que les faits examinés dans le cadre de la procédure CMS 13/031 n’étaient pas énumérés expressément dans le nouveau mandat afférent à la procédure CMS 17/011.
9. À cet égard, il convient de relever que, si le Tribunal a fait observer, au point 77 de l’arrêt attaqué, que le mandat confié à l’IDOC dans le cadre de la procédure CMS 17/011 n’énumérait pas expressément les faits examinés dans le cadre de la procédure CMS 13/031, cette circonstance n’est pas de nature à affecter la conclusion du Tribunal selon laquelle les deux procédures étaient effectivement liées et que l’une devait être appréciée dans le contexte de l’autre. En effet, ainsi que le Tribunal l’a relevé au point 57 de l’arrêt attaqué, qui n’est pas contesté par la requérante dans le cadre du présent pourvoi, il existait un lien entre la procédure CMS 13/031 et la procédure CMS 17/011, qui a donné lieu à l’adoption de la décision litigieuse, au motif, d’une part, que l’objet desdites procédures était le comportement de la requérante et, d’autre part, que les informations recueillies dans le cadre de la procédure CMS 13/031 avaient été utilisées également dans le cadre de la procédure CMS 17/011.
10. Par ailleurs, le Tribunal a procédé, au point 80 de l’arrêt attaqué, à une comparaison entre le rapport transmis par l’autorité investie du pouvoir de nomination (ci-après l’“AIPN”) au conseil de discipline le 1er juillet 2016 dans la procédure CMS 13/031 et le rapport d’enquête administrative dans la procédure CMS 17/011, en constatant que la plupart des faits visés dans ce dernier rapport avaient déjà été mentionnés dans le premier. Il en ressort que, si les faits examinés dans le cadre de la procédure CMS 13/031 n’étaient pas expressément énumérés dans le mandat afférent à la procédure CMS 17/011, ils l’étaient dans le rapport d’enquête administrative issu de cette dernière procédure, ce qui établit l’existence d’un lien entre les deux procédures.
11. Il s’ensuit que c’est à juste titre que le Tribunal a constaté qu’il existait un lien entre la procédure CMS 13/031 et la procédure CMS 17/011, de sorte que l’allégation de la requérante portant sur une prétendue contradiction entre les points 75 et 77 de l’arrêt attaqué doit être rejetée.
12. En deuxième lieu, la requérante estime que la constatation figurant au point 77 de l’arrêt attaqué et rappelée au point 8 de la présente prise de position contredit l’appréciation figurant au point 80 de ce même arrêt, selon laquelle une comparaison du rapport transmis au conseil de discipline dans la procédure CMS 13/031 et du rapport d’enquête administrative dans la procédure CMS 17/011 révèle que la plupart des faits en cause visés dans le dernier rapport avaient déjà été mentionnés dans le premier rapport.
13. À cet égard, force est de constater que la circonstance que le mandat confié à l’IDOC dans le cadre de la procédure CMS 17/011 n’énumérait pas les faits examinés dans la procédure CMS 13/031 ne contredit pas la constatation du Tribunal, figurant au point 80 de l’arrêt attaqué, selon laquelle les faits en cause étaient mentionnés dans le rapport d’enquête administrative issu de la procédure CMS 17/011.
14. En troisième lieu, la requérante fait valoir que le Tribunal a affirmé, au point 77 de l’arrêt attaqué, que le mandat confié à l’IDOC dans le cadre de la procédure CMS 17/011 était, certes, large, tout en concluant, au point suivant, que l’enquête menée dans le cadre de cette procédure avait pour objet le comportement de la requérante sur son lieu de travail et dans ses interactions avec sa hiérarchie et ses collègues.
15. À cet égard, il suffit de faire observer que la requérante n’explique pas en quoi la constatation du Tribunal figurant au point 77 de l’arrêt attaqué contredit sa conclusion figurant au point suivant.
16. Au vu des considérations qui précèdent, il convient de conclure que la requérante n’a pas établi son allégation portant sur de prétendues contradictions dans le raisonnement du Tribunal, de sorte qu’il y a lieu de rejeter la première branche de son premier moyen comme étant manifestement non fondée.
17. Par la deuxième branche du premier moyen, la requérante reproche au Tribunal une dénaturation des éléments de preuve. Plus particulièrement, le Tribunal aurait dénaturé le rapport d’enquête administrative dans la procédure CMS 17/011 et le point 10 de la décision litigieuse, dont il ressortirait clairement que, à la lumière de l’arrêt Kerstens, cette procédure avait été ouverte pour permettre le traitement des faits établis dans la cadre de la procédure CMS 13/031. En effet, le Tribunal n’aurait pas vérifié soigneusement si les faits mentionnés dans le dossier de la procédure CMS 17/011 étaient identiques à ceux figurant dans le dossier de la procédure CMS 13/031, et si le chevauchement entre les références factuelles dans les deux dossiers devait conduire à constater que la procédure CMS 17/011 était fondée sur un mandat considérablement étendu et imprécis.
18. À titre liminaire, ainsi qu’il a déjà été rappelé au point 5 de la présente prise de position, un requérant doit, lorsqu’il allègue une dénaturation par le Tribunal, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par celui-ci et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit le Tribunal à cette dénaturation.
19. Or, en l’occurrence, la requérante n’explique pas en quoi précisément consisterait la dénaturation des éléments de preuve alléguée ni en quoi l’appréciation qui en a été faite par le Tribunal serait entachée d’une erreur de droit.
20. Partant, il convient de rejeter la deuxième branche du premier moyen tirée d’une dénaturation des éléments de preuve comme étant manifestement irrecevable.
21. Par la troisième branche du premier moyen, la requérante fait valoir que le Tribunal a interprété et appliqué de manière erronée l’arrêt Kerstens. En particulier, le Tribunal aurait commis une erreur de droit en omettant, en substance, de constater que le mandat confié à l’IDOC dans le cadre de la procédure CMS 17/011 allait au-delà de la simple application de l’arrêt Kerstens, alors que le Tribunal aurait admis lui-même que l’ouverture de ce dossier visait précisément la mise en œuvre dudit arrêt ainsi que la garantie des droits de la défense de la requérante.
22. À cet égard, pour autant que la requérante se réfère au point 58 de l’arrêt attaqué, il y a lieu de relever que le Tribunal a constaté, à ce point, que c’est précisément pour respecter les principes dégagés dans l’arrêt Kerstens que l’AIPN avait décidé de ne pas poursuivre la procédure CMS 13/031, puisqu’il n’y avait pas eu d’enquête administrative au sens de l’article 2 de l’annexe IX du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, et d’ouvrir une procédure différente, à savoir la procédure CMS 17/011. En effet, dans l’arrêt Kerstens, le Tribunal a jugé que l’IDOC devait effectuer une enquête administrative au sens de cette disposition avant que l’AIPN ne décide, le cas échéant, d’ouvrir une procédure disciplinaire au titre de l’article 3 de l’annexe IX de ce statut. En l’occurrence, il ressort clairement d’une lecture combinée des points 56, 58 et 75 de l’arrêt attaqué que c’est pour se conformer à cette jurisprudence que l’AIPN a décidé de ne pas poursuivre la procédure CMS 13/031, de clôturer cette procédure et d’entamer une nouvelle procédure sous la référence CMS 17/011.
23. En tout état de cause, il convient de relever que l’obligation rappelée par le Tribunal dans l’arrêt Kerstens, que l’AIPN a bien respectée dans le cadre du nouveau dossier CMS 17/011, ne concerne que la conduite d’une enquête administrative et non pas le contenu de celle-ci.
24. Dans la mesure où la requérante semble suggérer que, pour garantir une application correcte de l’arrêt Kerstens en sa faveur, la Commission aurait dû se limiter à assurer que, avant l’ouverture de la procédure disciplinaire, une enquête administrative en bonne et due forme avait été menée par l’IDOC s’agissant des faits qui avaient fait l’objet de la procédure CMS 13/031, sans étendre cette enquête à d’autres faits plus récents, il y a lieu de relever que la requérante reste en défaut d’expliquer comment une telle obligation pourrait être déduite de l’arrêt Kerstens.
25. Dès lors, il ne saurait être reproché au Tribunal d’avoir interprété et appliqué de manière erronée l’arrêt Kerstens.
26. Il s’ensuit qu’il convient de rejeter la troisième branche du premier moyen comme étant manifestement non fondée.
27. Par la quatrième branche du premier moyen, la requérante reproche au Tribunal d’avoir omis de constater que la Commission avait violé le principe de sécurité juridique en ce que la requérante ne pouvait pas raisonnablement s’attendre à ce que, au lieu de se contenter d’exécuter l’arrêt Kerstens, la décision de l’AIPN d’entamer la procédure CMS 17/011 élargisse le mandat d’enquête.
28. À cet égard, il y a lieu de relever que le premier moyen du pourvoi vise l’examen du premier moyen de première instance, qui était tiré de la violation du principe de sollicitude et du principe de bonne administration, tandis que la prétendue violation du principe de la sécurité juridique par la Commission était visée par la troisième branche du second moyen de première instance. Or, le Tribunal a examiné et rejeté cette branche aux points 153 à 158 de l’arrêt attaqué, sans que la requérante conteste cette partie de l’arrêt attaqué dans son pourvoi. En tout état de cause, l’argumentation de la requérante repose sur la prémisse que l’arrêt Kerstens n’a pas été appliqué correctement. Or, pour les motifs dégagés aux points 22 et 24 de la présente prise de position, il ne saurait être reproché au Tribunal d’avoir interprété et appliqué cet arrêt de manière erronée.
29. Par conséquent, il y a lieu d’écarter la quatrième branche du premier moyen comme étant manifestement non fondée.
30. Aucune des branches du premier moyen n’ayant été accueillie, celui-ci doit être rejeté comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé.
Sur le second moyen
31. Par son second moyen, la requérante reproche au Tribunal, en substance, d’une part, d’avoir méconnu l’obligation d’observer un délai raisonnable et violé l’article 41 de la charte des droits fondamentaux, en considérant que la période de près de six ans au cours de laquelle s’est déroulée la procédure administrative et disciplinaire constituait un délai raisonnable, et, d’autre part, d’avoir commis une erreur de droit en jugeant, au point 141 de l’arrêt attaqué, que le fait d’élargir le mandat de l’enquête avait été décidé dans l’intérêt d’une bonne administration.
32. S’agissant du premier grief, la requérante rappelle que la procédure CMS 13/031 a été clôturée et la procédure CMS 17/011 subséquemment ouverte pour garantir ses droits de la défense conformément à la jurisprudence dégagée dans l’arrêt Kerstens. Dès lors que les faits ayant fondé l’ouverture de la première procédure étaient communs aux deux procédures et avaient, par conséquent, déjà fait l’objet d’un examen, la procédure CMS 17/011 aurait dû être beaucoup plus courte. Or, le fait que la Commission a décidé d’élargir le champ de l’enquête dans la procédure CMS 17/011 par rapport au mandat initial dans la procédure CMS 13/031 et d’examiner dans le cadre de cette nouvelle procédure un nombre de faits et d’allégations plus important que dans la procédure précédente aurait eu pour conséquence de prolonger la procédure disciplinaire. La durée de six ans de cette procédure serait excessive eu égard, notamment, au caractère modeste de la sanction de blâme finalement prononcée.
33. À cet égard, il y a lieu de rappeler que, conformément à la jurisprudence constante de la Cour, il résulte, notamment, de l’article 168, paragraphe 1, sous d), et de l’article 169, paragraphe 2, du règlement de procédure qu’un pourvoi doit indiquer de façon précise les éléments critiqués de la décision dont l’annulation est demandée, ainsi que les arguments juridiques qui soutiennent de manière spécifique cette demande. La Cour a itérativement jugé, à cet égard, qu’un pourvoi est irrecevable dans la mesure où, sans même comporter une argumentation visant spécifiquement à identifier l’erreur de droit dont serait entaché l’arrêt du Tribunal, il se limite à répéter les moyens et les arguments qui ont déjà été présentés devant cette juridiction, y compris ceux qui étaient fondés sur des faits expressément rejetés par celle-ci. En effet, un tel pourvoi constitue, en réalité, une demande visant à obtenir un simple réexamen de la requête présentée devant le Tribunal, ce qui échappe à la compétence de la Cour sur pourvoi (voir, en ce sens, ordonnance du 26 avril 1993, Kupka-Floridi/CES, C‑244/92 P, EU:C:1993:152, point 10 ; arrêts du 22 décembre 1993, Eppe/Commission, C‑354/92 P, EU:C:1993:952, point 8 ; du 7 juin 2007, Wunenburger/Commission, C‑362/05 P, EU:C:2007:322, point 74 ; du 21 février 2008, Commission/Girardot, C‑348/06 P, EU:C:2008:107, points 88 et 89, ainsi que du 4 avril 2019, OZ/BEI, C‑558/17 P, EU:C:2019:289, point 33).
34. En l’occurrence, force est de constater que, par ses allégations, la requérante tente, en réalité, d’obtenir de la Cour une nouvelle appréciation des faits, sans contester les éléments que le Tribunal a pris en compte pour conclure au caractère raisonnable de la durée de la procédure administrative et disciplinaire. Cette argumentation est, dès lors, conformément à la jurisprudence rappelée au point 33 de la présente prise de position, manifestement irrecevable.
35. S’agissant du second grief du second moyen, il y a lieu de relever que la requérante procède à une lecture erronée du point 141 de l’arrêt attaqué, dès lors que le Tribunal s’est limité à constater, à ce point, que l’ouverture de la nouvelle procédure avait été décidée dans l’intérêt d’une bonne administration et, plus particulièrement, pour garantir davantage le respect des droits de la défense de la requérante. Au point suivant, le Tribunal a considéré que, eu égard à toutes les circonstances de l’espèce, y compris aux raisons à l’origine de l’ouverture d’une nouvelle procédure, la durée de presque six ans était raisonnable. Dès lors, contrairement à l’argumentation de la requérante, le Tribunal a estimé que c’était l’ouverture de la nouvelle procédure qui était justifiée par le principe de bonne administration et non pas la durée de presque six ans de la procédure disciplinaire en elle-même.
36. Il s’ensuit que le second moyen doit également être rejeté comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé.
37. Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, le pourvoi de la requérante doit être rejeté dans son intégralité comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé. »
5 Pour les mêmes motifs que ceux retenus par Mme l’avocate générale, il y a lieu de rejeter le pourvoi, dans son intégralité, comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé.
Sur les dépens
6 En application de l’article 137 du règlement de procédure, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, du même règlement, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance. En l’espèce, la présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi n’ait été signifié à la Commission et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que WT supportera ses propres dépens.
Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) ordonne :
1) Le pourvoi est rejeté comme étant, en partie, manifestement irrecevable et, en partie, manifestement non fondé.
2) WT supporte ses propres dépens.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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