Arrêt du Tribunal (troisième chambre élargie) du 9 septembre 2026.#PT Indonesia Ruipu Nickel and Chrome Alloy contre Commission européenne.#Politique commerciale – Subventions – Importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires d’Indonésie – Droit compensateur définitif – Spécificité régionale – Article 4, paragraphes 3 et 5, du règlement (UE) 2016/1037 – Calcul de l’avantage – Articles 6 et 7 du règlement 2016/1037 – Non-coopération et recours aux données disponibles – Article 28 du règlement 2016/1037 – Droit de l’OMC.#Affaire T-348/22.
| CELEX | 62022TJ0348 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (troisième chambre, siégeant avec cinq juges)
9 septembre 2026 (*)
« Politique commerciale – Subventions – Importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires d’Indonésie – Droit compensateur définitif – Spécificité régionale – Article 4, paragraphes 3 et 5, du règlement (UE) 2016/1037 – Calcul de l’avantage – Articles 6 et 7 du règlement 2016/1037 – Non-coopération et recours aux données disponibles – Article 28 du règlement 2016/1037 – Droit de l’OMC »
Dans l’affaire T‑348/22,
PT Indonesia Ruipu Nickel and Chrome Alloy, établie à Jakarta (Indonésie), représentée par Mes R. Antonini, E. Monard et B. Maniatis, avocats,
partie requérante,
contre
Commission européenne, représentée par M. J. Zieliński, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
soutenue par
Eurofer, Association Européenne de l’Acier, AISBL, établie à Bruxelles (Belgique), représentée par Mes O. Prost, C. Bouvarel, M. Parys et O. Chef, avocats,
partie intervenante,
LE TRIBUNAL (troisième chambre, siégeant avec cinq juges),
composé, lors des délibérations, de Mme P. Škvařilová‑Pelzl, présidente, M. I. Nõmm, Mme G. Steinfatt (rapporteure), MM. D. Kukovec et R. Meyer, juges,
greffier : Mme M. Zwozdziak-Carbonne, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure, notamment :
– la requête déposée au greffe du Tribunal le 9 juin 2022,
– les mesures d’organisation de la procédure du 10 avril 2024 et les réponses des parties déposées au greffe du Tribunal le 31 mai 2024,
– les mesures d’organisation de la procédure du 5 décembre 2024 et les réponses des parties déposées au greffe du Tribunal les 19, 20 et 30 décembre 2024,
– les demandes de confidentialité portant sur certaines informations contenues dans la requête, le mémoire en défense, la réplique et la duplique ainsi que dans la réponse de la Commission du 31 mai 2024, déposées par la requérante respectivement le 12 octobre 2022, le 3 novembre 2022, le 8 décembre 2022, le 28 février 2023 et le 24 juin 2024,
vu l’ordonnance du 22 février 2023, PT Indonesia Ruipu Nickel and Chrome Alloy/Commission (T‑348/22, non publiée, EU:T:2023:84), rejetant la demande d’intervention de l’European Association of Non-Integrated Metal Importers & Distributors (Euranimi), et l’ordonnance du vice-président de la Cour du 5 juin 2023, Euranimi/Commission [C‑140/23 P(I), non publiée, EU:C:2023:446], rejetant le pourvoi introduit par Euranimi contre ladite ordonnance,
à la suite de l’audience du 5 mars 2025,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, PT Indonesia Ruipu Nickel and Chrome Alloy (IRNC), demande l’annulation du règlement d’exécution (UE) 2022/433 de la Commission, du 15 mars 2022, instituant des droits compensateurs définitifs sur les importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires de l’Inde et d’Indonésie et modifiant le règlement d’exécution (UE) 2021/2012 instituant un droit antidumping définitif et portant perception définitive du droit provisoire institué sur les importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires de l’Inde et d’Indonésie (JO 2022, L 88, p. 24, ci‑après le « règlement attaqué »).
Antécédents du litige
2 À la suite d’une plainte déposée le 4 janvier 2021 par Eurofer, Association Européenne de l’Acier, AISBL (ci-après « Eurofer »), au nom de l’industrie de l’Union européenne des produits plats laminés à froid en aciers inoxydables au sens de l’article 10, paragraphe 6, du règlement (UE) 2016/1037 du Parlement européen et du Conseil, du 8 juin 2016, relatif à la défense contre les importations qui font l’objet de subventions de la part de pays non membres de l’Union européenne (JO 2016, L 176, p. 55), tel que modifié par le règlement (UE) 2018/825 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2018 (JO 2018, L 143, p. 1), et le règlement délégué (UE) 2020/1173 de la Commission du 4 juin 2020 (JO 2020, L 259, p. 1) (ci-après le « règlement de base »), la Commission européenne a ouvert, le 17 février 2021, une enquête antisubventions concernant les importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires de l’Inde et d’Indonésie (JO 2021, C 57, p. 16).
3 Préalablement à l’ouverture de l’enquête antisubventions, la Commission a invité les pouvoirs publics indonésiens à engager des consultations conformément à l’article 10, paragraphe 7, du règlement de base. Ces consultations ont eu lieu le 15 février 2021 et, le même jour, les pouvoirs publics indonésiens ont soumis à la Commission une version écrite de leurs déclarations. Toutefois, aucune solution mutuellement convenue n’a pu être dégagée.
4 Le 18 novembre 2021, la Commission a institué des droits antidumping définitifs et a définitivement perçu des droits provisoires institués sur les importations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables originaires de l’Inde et d’Indonésie dans une enquête antidumping distincte, ouverte par un avis d’ouverture publié le 30 septembre 2020 (JO 2020, C 322, p. 17, ci-après l’« avis d’ouverture »).
5 L’enquête relative aux subventions et au préjudice a porté sur la période comprise entre le 1er juillet 2019 et le 30 juin 2020. L’examen des tendances utiles pour l’évaluation du préjudice a porté sur la période comprise entre le 1er janvier 2017 et la fin de la période d’enquête, à savoir le 30 juin 2020.
6 Dans l’avis d’ouverture, la Commission a invité les parties intéressées à prendre contact avec elle en vue de participer à l’enquête. En outre, elle a expressément informé, notamment, le plaignant, les pouvoirs publics indonésiens, les producteurs-exportateurs connus indonésiens ainsi que les importateurs et utilisateurs connus de l’Union de l’ouverture de l’enquête et les a invités à y participer. La Commission a, dans l’avis d’ouverture, également invité les pouvoirs publics chinois à participer à l’enquête en qualité de partie intéressée. Par courrier du 19 février 2021, les pouvoirs publics chinois ont signalé à la Commission qu’ils s’étaient inscrits en tant que partie intéressée par cette enquête. Le 11 octobre 2021, la Commission leur a adressé une demande d’informations. Toutefois, sans donner suite à la demande, les pouvoirs publics chinois ont soumis, le 21 octobre 2021, leurs observations sur la demande d’informations elle-même.
7 Dans le cadre de l’enquête, la Commission a procédé à un échantillonnage conformément à l’article 27 du règlement de base. Les deux groupes de producteurs-exportateurs inclus dans l’échantillon représentaient 71 % du volume total estimé des exportations de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables d’Indonésie vers l’Union au cours de la période d’enquête.
8 La Commission a envoyé des questionnaires notamment aux trois producteurs de l’Union retenus dans l’échantillon, au plaignant, à l’importateur indépendant qui s’est fait connaître, aux deux producteurs-exportateurs indonésiens inclus dans l’échantillon, y compris la requérante, qui a participé à l’enquête, et aux pouvoirs publics indonésiens. Le questionnaire adressé à ces derniers incluait un questionnaire spécifique à l’intention de PT Indonesia Morowali Industrial Park (ci-après « IMIP »), société de gestion chargée de la mise en œuvre de la coopération bilatérale dans le parc industriel de Morowali, situé à Bahodopi, dans la régence de Morowali, province du Sulawesi central sur l’île de Sulawesi (Indonésie) (ci-après le « parc de Morowali »).
9 Sans préjudice de l’application de l’article 28 du règlement de base, la Commission a recoupé à distance, par vidéoconférence, les réponses aux questionnaires des pouvoirs publics indiens et indonésiens. Par ailleurs, elle a procédé à des recoupements à distance auprès des producteurs-exportateurs, dont la requérante.
10 La Commission a demandé aux pouvoirs publics indonésiens de remettre certaines informations au sujet du cadre de coopération bilatérale qu’ils avaient instauré avec les pouvoirs publics chinois et, en particulier, les conditions dans lesquelles le parc de Morowali avait été établi, ainsi que de la question de savoir si et, dans l’affirmative, dans quelle mesure ce parc et le soutien financier octroyé par les pouvoirs publics chinois s’inscrivaient dans la coopération bilatérale entre les pouvoirs publics respectifs d’Indonésie et de Chine.
11 La Commission a fait parvenir aux pouvoirs publics chinois une demande d’informations en vue de recueillir des données permettant d’avoir une vue d’ensemble du secteur financier en Chine et des informations portant sur la Commission de réglementation bancaire chinoise ainsi que sur le soutien financier, les garanties et les assurances à l’exportation dans le contexte du parc de Morowali et des zones de coopération commerciale à l’étranger. Cependant, les pouvoirs publics chinois ont refusé de remettre ces informations.
12 La Commission a donc estimé qu’elle n’avait pas reçu d’informations cruciales et nécessaires sur cet aspect de l’enquête. Par conséquent, elle a appliqué l’article 28 du règlement de base et s’est reposée sur les données disponibles à cet égard.
13 Le 17 décembre 2021, la Commission a informé toutes les parties des faits et des considérations essentiels sur la base desquels elle envisageait d’instituer un droit compensateur définitif sur les importations du produit concerné. Un délai a également été accordé à toutes les parties pour leur permettre de présenter leurs observations à ce sujet. Le 21 janvier 2022, les parties intéressées ont reçu une information finale complémentaire et se sont vu accorder un délai pour formuler des observations sur cette information. Les parties intéressées ont eu la possibilité de demander à être entendues par la Commission et/ou par le conseiller-auditeur dans le cadre des procédures commerciales.
14 Le 15 mars 2022, la Commission a adopté le règlement attaqué.
15 La Commission a conclu que le groupe IRNC, composé de la requérante et de différentes sociétés qui fabriquent divers types de produits sidérurgiques, qui sont également intégrées verticalement et qui fournissent en amont des produits sidérurgiques à la requérante pour la fabrication de produits plats laminés à froid en aciers inoxydables, avait bénéficié de subventions passibles de mesures compensatoires. Il ressort de l’article 1er, paragraphe 2, du règlement attaqué que les exportations par la requérante du produit concerné vers l’Union ont été soumises à des droits compensateurs de 21,4 %.
Conclusions des parties
16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler le règlement attaqué ;
– condamner la Commission aux dépens.
17 La Commission, soutenue par Eurofer, conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours comme non fondé ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
18 À l’appui du recours, la requérante invoque trois moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 2, sous a) et b), de l’article 3, point 1, sous a), de l’article 4, paragraphes 3 et 5, et de l’article 28 du règlement de base, le deuxième, de la violation de l’article 3, point 2, de l’article 6, sous a), b) et d), et de l’article 15, paragraphes 1 et 2, dudit règlement et, le troisième, de la violation de l’article 7, paragraphe 2, et de l’article 15, paragraphes 1 et 2, de ce règlement.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 2, sous a) et b), de l’article 3, point 1, sous a), de l’article 4, paragraphes 3 et 5, et de l’article 28 du règlement de base
19 Le premier moyen est articulé en deux branches, tirées, la première, de l’application d’un critère juridique erroné lors de la détermination des subventions passibles de mesures compensatoires et, la seconde, de l’application erronée de ce critère.
20 Toutefois, en réponse aux mesures d’organisation de la procédure du 5 décembre 2024, la requérante a déclaré qu’elle renonçait à la première branche du premier moyen.
21 Il n’y a donc plus lieu de statuer sur cette partie du recours.
22 Par la seconde branche du premier moyen, la requérante fait valoir que, même à supposer que la Commission puisse imputer aux pouvoirs publics indonésiens le soutien financier accordé par les pouvoirs publics chinois à la requérante et à ses sociétés mères chinoises, elle n’a pas démontré que les pouvoirs publics indonésiens l’avaient reconnu et adopté comme étant le leur. Elle conteste également les conclusions de la Commission sur la spécificité des subventions et avance des arguments sur l’absence de conclusion quant à l’existence de subventions susceptibles de mesures compensatoires.
Considérations liminaires
23 Dans le domaine de la politique commerciale commune, et tout particulièrement en matière de mesures de défense commerciale, les institutions de l’Union disposent d’un large pouvoir d’appréciation en raison de la complexité des situations économiques et politiques qu’elles doivent examiner [voir arrêt du 14 décembre 2022, PT Pelita Agung Agrindustri et PT Permata Hijau Palm Oleo/Commission, T‑143/20, EU:T:2022:811, point 24 et jurisprudence citée ; arrêt du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑480/20, EU:T:2023:90, point 36 (non publié)].
24 Tel est le cas des situations de fait, d’ordres juridique et politique, qui se manifestent dans les pays concernés et que les institutions de l’Union doivent évaluer pour déterminer si une contribution financière fournie dans un pays au moyen de fonds originaires d’un autre pays peut être attribuée à ce dernier pays et si la subvention est spécifique (voir, par analogie, arrêt du 21 juin 2023, Guangdong Haomei New Materials et Guangdong King Metal Light Alloy Technology/Commission, T‑326/21, EU:T:2023:347, point 78).
25 L’exercice de ce pouvoir n’est toutefois pas soustrait au contrôle juridictionnel. En effet, conformément à une jurisprudence constante, le juge de l’Union, dans le cadre de ce contrôle, vérifie le respect des règles de procédure, l’exactitude matérielle des faits retenus pour opérer le choix contesté, l’absence d’erreur manifeste dans l’appréciation de ces faits ou l’absence de détournement de pouvoir [arrêts du 11 septembre 2014, Gold East Paper et Gold Huasheng Paper/Conseil, T‑444/11, EU:T:2014:773, point 73, et du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑480/20, EU:T:2023:90, point 36 (non publié)].
26 Le contrôle par le Tribunal des éléments de preuve sur lesquels les institutions de l’Union fondent leurs constatations ne constitue pas une nouvelle appréciation des faits remplaçant celle de ces institutions. Ce contrôle n’empiète pas sur le large pouvoir d’appréciation desdites institutions dans le domaine de la politique commerciale, mais se limite à relever si ces éléments sont de nature à étayer les conclusions tirées par celles-ci. Il appartient, dès lors, au Tribunal non seulement de vérifier l’exactitude matérielle des éléments de preuve invoqués, leur fiabilité et leur cohérence, mais également de contrôler si ces éléments constituent l’ensemble des données pertinentes devant être prises en considération pour apprécier une situation complexe et s’ils sont de nature à fonder les conclusions qui en sont tirées (arrêt du 18 octobre 2018, Gul Ahmed Textile Mills/Conseil, C‑100/17 P, EU:C:2018:842, point 64).
27 Le juge de l’Union a précisé qu’une erreur manifeste peut être démontrée au moyen d’éléments qui privent de plausibilité l’appréciation des faits retenue par la Commission dans sa décision. En revanche, des arguments tirés d’erreurs manifestes doivent être rejetés si, en dépit des éléments avancés par les parties requérantes, l’appréciation mise en cause n’apparaît pas entachée d’une telle erreur [arrêt du 7 mai 2020, BTB Holding Investments et Duferco Participations Holding/Commission, C‑148/19 P, EU:C:2020:354, point 72 ; voir également, en ce sens, arrêts du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑480/20, EU:T:2023:90, point 37 (non publié), et du 21 juin 2023, Guangdong Haomei New Materials et Guangdong King Metal Light Alloy Technology/Commission, T‑326/21, EU:T:2023:347, point 235 (non publié)].
28 Sous réserve de cet examen de plausibilité, il n’appartient pas au Tribunal de substituer son appréciation de faits complexes à celle de l’auteur de cette décision. Par conséquent, un moyen tiré de l’existence d’une erreur manifeste d’appréciation doit être rejeté si, en dépit des éléments avancés par la partie requérante, l’appréciation mise en cause peut être admise comme étant toujours vraie ou valable (voir arrêt du 25 novembre 2020, BMC/Entreprise commune Clean Sky 2, T‑71/19, non publié, EU:T:2020:567, point 76 et jurisprudence citée ; arrêt du 29 mars 2023, Universität Bremen/REA, T‑660/19 RENV, non publié, EU:T:2023:170, point 36).
29 Il ressort également d’une jurisprudence constante que les dispositions d’un accord international auquel l’Union est partie ne peuvent être invoquées à l’appui d’un recours en annulation d’un acte du droit dérivé de l’Union, d’une exception tirée de l’invalidité d’un tel acte ou encore d’un recours en indemnité qu’aux conditions que, d’une part, la nature et l’économie de cet accord international ne s’y opposent pas et, d’autre part, les dispositions dudit accord international qui sont invoquées apparaissent, du point de vue de leur contenu, inconditionnelles et suffisamment précises (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 56 et jurisprudence citée).
30 Or, la Cour a constamment jugé que, compte tenu de leur nature et de leur économie, l’accord instituant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) (JO 1994, L 336, p. 3), et les accords qui figurent aux annexes 1 à 4 de cet accord ne constituent pas, en principe, des normes au regard desquelles la légalité des actes du droit dérivé de l’Union peut être contrôlée. Dès lors, l’accord sur les subventions et les mesures compensatoires (JO 1994, L 336, p. 156, ci-après l’« accord SMC »), qui figure à l’annexe 1A de l’accord instituant l’OMC, ne constitue pas, en principe, une telle norme (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, points 57 et 58 et jurisprudence citée).
31 Cela étant, dans deux situations exceptionnelles, attestant de la volonté du législateur de l’Union de limiter sa marge de manœuvre dans l’application des règles de l’OMC, il appartient au juge de l’Union de contrôler la légalité d’un acte du droit dérivé de l’Union ou des actes faisant application de celui-ci au regard de l’accord instituant l’OMC ou des accords qui figurent aux annexes 1 à 4 de cet accord. Il s’agit, premièrement, de l’hypothèse dans laquelle l’Union a entendu donner exécution, dans cet acte, à une obligation particulière assumée dans le cadre de ces accords et, deuxièmement, du cas dans lequel ledit acte renvoie expressément à des dispositions précises desdits accords (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 59 et jurisprudence citée).
32 Ainsi qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour, la volonté éventuelle de l’Union de donner exécution à une obligation particulière assumée dans le cadre des accords en question se distingue du devoir qui incombe à tout membre de l’OMC de veiller, dans le cadre de son ordre juridique interne et sur l’ensemble de son territoire, au respect des obligations découlant du droit de l’OMC. Cette volonté et l’obligation particulière à laquelle elle se rapporte doivent, par conséquent, ressortir d’une disposition spécifique de l’acte du droit dérivé de l’Union qui est concerné dans un cas donné (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 60 et jurisprudence citée).
33 En l’espèce, force est de constater, tout d’abord, qu’aucune des dispositions du règlement de base dont se prévaut la requérante dans le cadre du présent moyen, et plus généralement dans le cadre de son recours, ne fait ressortir une quelconque volonté du législateur de l’Union de donner exécution, dans cet acte, à une obligation particulière assumée dans le cadre de l’accord SMC ou, plus largement, de l’accord instituant l’OMC et des accords qui figurent aux annexes 1 à 4 de celui-ci (voir, en ce sens, arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 61 et jurisprudence citée).
34 Ensuite, aucune de ces dispositions ne renvoie expressément à des dispositions précises de l’accord instituant l’OMC et des accords qui figurent aux annexes 1 à 4 de celui-ci (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 62 et jurisprudence citée).
35 Enfin, s’il est vrai que le considérant 3 du règlement de base indique qu’il convient de « transposer, dans la mesure du possible, [l]es dispositions [de l’accord SMC] dans le droit de l’Union », cette expression doit être comprise en ce sens que, si le législateur de l’Union a entendu mettre en œuvre les dispositions de cet accord lorsqu’il a adopté ce règlement, il n’a pas pour autant voulu faire dudit accord une norme au regard de laquelle la légalité des actes du droit dérivé de l’Union pourrait être contrôlée (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 63 et jurisprudence citée).
36 Toutefois, il ressort d’une jurisprudence constante que la primauté des accords internationaux conclus par l’Union sur les actes du droit dérivé de l’Union commande d’interpréter ces derniers, dans toute la mesure possible, en conformité avec ces accords, en particulier lorsque de tels actes visent à mettre en œuvre de tels accords, pour autant que leurs dispositions soient substantiellement identiques. En outre, cette interprétation doit être effectuée, dans toute la mesure possible, en conformité avec les règles et les principes pertinents du droit international général, dans le respect duquel l’Union est tenue d’exercer ses compétences lorsqu’elle adopte lesdits actes (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 65 et jurisprudence citée).
37 En particulier, le principe de droit international général de respect et d’exécution de bonne foi des traités (pacta sunt servanda) consacré à l’article 26 de la convention de Vienne sur le droit des traités, du 23 mai 1969 (Recueil des traités des Nations unies, vol. 1155, p. 331), implique que le juge de l’Union doit, aux fins de l’interprétation de l’accord instituant l’OMC et des accords figurant aux annexes 1 à 4 de celui-ci, tenir compte de l’interprétation de ces accords retenue par l’organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC. En l’absence d’une telle interprétation, il revient aux juges de l’Union d’interpréter seuls lesdits accords conformément aux règles coutumières d’interprétation de droit international qui lient l’Union (voir arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 66 et jurisprudence citée).
38 Ainsi, il ressort de la jurisprudence que les dispositions du règlement de base doivent être interprétées, dans la mesure du possible, à la lumière des dispositions correspondantes de l’accord SMC figurant à l’annexe 1 A de l’accord instituant l’OMC (arrêts du 10 avril 2019, Jindal Saw et Jindal Saw Italia/Commission, T‑300/16, EU:T:2019:235, point 101 ; du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑480/20, EU:T:2023:90, point 100, et du 1er mars 2023, Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑540/20, EU:T:2023:91, point 67).
39 En l’espèce, les termes de l’article 3, point 1, de l’article 4, paragraphes 3 et 5, et de l’article 28, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement de base sont substantiellement identiques, sur de nombreux aspects, à ceux respectivement de l’article 1er, de l’article 2, paragraphes 2 et 4, et de l’article 12, paragraphe 7, de l’accord SMC, tout en comportant des différences qu’il convient de prendre en considération. Il importe donc de veiller, dans toute la mesure possible, à ce que l’interprétation de ces dispositions soit conforme aux articles correspondants dudit accord ou, s’agissant des points sur lesquels lesdites dispositions comportent des différences par rapport aux articles correspondants de cet accord, à ce qu’elle n’aille pas à l’encontre des obligations de l’Union au titre de l’OMC (voir, en ce sens, arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 67 et jurisprudence citée).
40 Par ailleurs, afin que l’obligation de l’interprétation conforme du droit dérivé de l’Union à la lumière d’un accord international qui lie l’Union s’applique, il n’est pas nécessaire que cet accord remplisse les conditions pour avoir l’effet direct dans le droit de l’Union, rappelées au point 29 ci-dessus [arrêt du 8 novembre 2022, Deutsche Umwelthilfe (Réception des véhicules à moteur), C‑873/19, EU:C:2022:857, point 66].
41 En revanche, le recours à l’interprétation conforme d’un acte de droit dérivé de l’Union à l’aune d’un accord international présuppose néanmoins une cohérence herméneutique entre les différentes normes, limitée à « la mesure du possible » (conclusions de l’avocat général Mengozzi dans l’affaire Conseil/Growth Energy et Renewable Fuels Association, C‑465/16 P, EU:C:2018:794, point 197).
42 Cela signifie que la norme de droit dérivé de l’Union à interpréter doit être ouverte à plusieurs interprétations possibles. Lorsque, en revanche, sa signification est sans équivoque et contraire à la portée de la disposition, de rang supérieur, de l’accord international, elle ne sera pas susceptible d’interprétation conforme à cette dernière, car ce n’est qu’en l’interprétant contra legem, ce qui équivaut à réduire à néant son contenu normatif, qu’il est possible de parvenir à un résultat conforme audit accord. Dans un tel cas, l’interprétation de la norme de droit dérivé de l’Union devra être déterminée sans égard à la norme de droit international (voir conclusions de l’avocat général Mengozzi dans l’affaire Conseil/Growth Energy et Renewable Fuels Association, C‑465/16 P, EU:C:2018:794, point 198 et jurisprudence citée).
43 C’est au regard de ces principes qu’il convient d’apprécier les arguments de la requérante.
44 La deuxième branche du premier moyen est, en substance, articulée en huit griefs, tirés, le premier, en substance, de la violation de l’article 11 du projet d’articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, élaboré par la Commission du droit international des Nations Unies et dont l’Assemblée générale de ladite organisation a pris note par sa résolution 56/83 en date du 12 décembre 2001 (ci-après les « articles de la CDI »), le deuxième, le troisième et le quatrième, d’une mauvaise appréciation des faits, le cinquième, de ce que les pouvoirs publics indonésiens n’ont reconnu que la responsabilité de leurs propres mesures pour encourager les investissements en Indonésie, le sixième, de la violation de l’article 28 du règlement de base, le septième, de la violation de l’article 4, paragraphes 3 et 5, dudit règlement, en raison de la prétendue absence de conclusions sur la spécificité, et, le huitième, de l’absence d’établissement de conclusions concernant les subventions reçues au titre du financement préférentiel.
Sur le premier grief, tiré, en substance, de la violation de l’article 11 des articles de la CDI
45 Premièrement, la requérante estime que la Commission n’a pas fondé l’imputation aux pouvoirs publics indonésiens du soutien financier accordé par les pouvoirs publics chinois à la requérante et à ses sociétés mères chinoises sur l’article 8 des articles de la CDI, mais seulement sur l’article 11 desdits articles. Selon elle, la question qui se pose devant le Tribunal est de savoir si la Commission a correctement établi l’existence d’une subvention imputable aux pouvoirs publics indonésiens en application de ce dernier article.
46 La reconnaissance et l’adoption devraient, selon les paragraphes 4 et 8 du commentaire sur l’article 11 des articles de la CDI, être claires, sans équivoque et inconditionnelles. Il découlerait du paragraphe 6 dudit commentaire que l’expression « reconnaît et adopte ledit comportement comme étant sien » aurait pour objet de faire une distinction entre les cas où l’État reconnaît et fait sien ledit comportement et les cas où il se contente de reconnaître l’existence factuelle du comportement ou exprime oralement son approbation dudit comportement. Le mot « adopter » contiendrait, selon ce commentaire, l’idée que l’intention de l’État d’accepter la responsabilité d’un comportement qui ne lui est pas autrement attribuable est clairement indiquée.
47 Deuxièmement, en renvoyant au paragraphe 5 du commentaire de l’article 11 des articles de la CDI, la requérante fait valoir que la Commission a, au considérant 649 du règlement attaqué, considéré à tort qu’il suffisait que l’État de l’origine ou d’exportation ait été informé du comportement en question et y ait consenti pour qu’il soit possible de qualifier un comportement comme « reconnaissance et adoption ».
48 Troisièmement, le règlement attaqué ne comporterait aucun élément par le biais duquel les pouvoirs publics indonésiens indiqueraient clairement qu’ils acceptent la responsabilité des subventions accordées par les pouvoirs publics chinois et reconnaissent d’une manière claire et sans équivoque ces subventions comme étant leur propre comportement.
49 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
50 À cet égard, la Cour a jugé que l’article 2, sous a) et b), ainsi que l’article 3, point 1, sous a), du règlement de base doivent être interprétés, compte tenu de leurs termes, du contexte dans lequel ils s’inscrivent et de l’objectif poursuivi par ce règlement, en ce sens qu’ils permettent à la Commission d’appliquer la qualification juridique de « subvention » à une contribution financière émanant à l’origine, en totalité ou en partie, des pouvoirs publics d’un pays tiers autre que le pays d’origine ou d’exportation d’un produit donné, dans le cas où il est démontré que cette contribution financière peut être considérée comme ayant été accordée par les pouvoirs publics de ce pays d’origine ou d’exportation, au vu de leur comportement propre, consistant soit à octroyer formellement ladite contribution financière à une ou à plusieurs personnes ou entreprises déterminées par les pouvoirs publics du pays d’origine ou du pays d’exportation d’un produit donné, soit à leur permettre en pratique d’en bénéficier. Tel peut être le cas, en particulier, lorsque la mise en place d’une législation, l’adoption d’une décision, l’octroi d’une autorisation ou le recours à toute autre mesure, par un membre de l’OMC, est nécessaire pour permettre à cette entreprise ou à ces entreprises d’obtenir le bénéfice, sur le territoire de celui-ci, d’une contribution financière émanant de cet autre membre, que cette nécessité soit d’ordre juridique ou qu’elle découle du fait que ledit autre membre a subordonné, en pratique, le bénéfice de cette contribution financière à une telle législation, décision, autorisation ou autre mesure. Dans un cas comme dans l’autre, ce comportement doit avoir joué un rôle déterminant dans l’allocation d’une telle contribution financière (voir, en ce sens, arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, points 75, 86 et 94).
51 En revanche, ces dispositions ne comportent pas d’indication ou d’indice imposant ou même permettant de considérer que l’existence d’une subvention doit avoir pour origine exclusive un tel comportement (arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, point 76).
52 Par ailleurs, la Cour a constaté que cette interprétation ne va pas à l’encontre des obligations de l’Union qui découlent des termes de l’accord SMC, appréhendés dans leur contexte et à la lumière de l’objet et du but principaux de ce dernier, qui sont le renforcement et l’amélioration de la discipline multilatérale dans le domaine des subventions. En effet, ils incitent à privilégier une interprétation des termes de cet accord, et plus particulièrement de la notion de « subvention accordée par les pouvoirs publics », qui tient compte de l’internationalisation accrue des entreprises qui participent au commerce mondial ainsi que du soutien, parfois décisif, dont elles peuvent bénéficier dans ce contexte, sous la forme de contributions financières dont l’octroi résulte du concours ou de l’action des pouvoirs publics de plusieurs pays membres de l’OMC (voir, en ce sens, arrêt du 28 novembre 2024, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, C‑269/23 P et C‑272/23 P, EU:C:2024:984, points 89 à 99).
53 En l’espèce, la Commission a, dans le règlement attaqué, entièrement satisfait aux critères mentionnés aux points 50 à 52 ci-dessus afin de qualifier le financement préférentiel, émanant à l’origine des pouvoirs publics de la Chine, de « subvention ». En effet, elle a présenté plusieurs mesures de nature économique et administrative adoptées par les autorités indonésiennes, qui étaient nécessaires afin que les autorités chinoises accordent ledit financement préférentiel. Elle a enfin conclu au considérant 661 dudit règlement que, « [d]u point de vue indonésien, l’objectif était d’inciter la Chine à apporter des investissements, du savoir-faire et des capitaux afin de développer l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie de l’acier inoxydable et de maximiser ainsi la valeur ajoutée des importantes réserves de minerai de nickel pour le pays » et que « [l]’Indonésie n’était pas en mesure d’atteindre cet objectif par ses propres moyens et avait donc besoin de la coopération et du soutien de la Chine ».
54 En premier lieu, il ressort du règlement attaqué que le gouvernement indonésien a assuré à l’industrie sidérurgique la fourniture du minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate. Afin d’y parvenir, il a en particulier instauré l’obligation de traitement de ce minerai en Indonésie (considérants 401 à 404 du règlement attaqué), des restrictions à l’exportation dudit minerai (considérants 405 à 413 dudit règlement), l’obligation de cession des actions des sociétés minières à des parties indonésiennes (considérants 425 à 434 du règlement attaqué) et mis en place un mécanisme de fixation de prix.
55 Concrètement, il résulte notamment des considérants 308, 309, 544, 661 et 662 du règlement attaqué que, avant l’adoption de la loi indonésienne no 4 de 2009 relative à l’extraction de minéraux et de charbon (ci-après la « loi de 2009 ») imposant le traitement national de minerai de nickel, l’Indonésie en était l’un de ses plus grands producteurs et exportateurs, principalement vers la Chine, le minerai de nickel indonésien étant adapté à la technologie chinoise de fabrication de fonte brute de nickel.
56 La Commission a conclu, notamment aux considérants 310, 317, 401 à 404 et 545 du règlement attaqué, que, en adoptant la loi de 2009, les pouvoirs publics indonésiens ont décidé d’accroître la valeur ajoutée nationale en stimulant le traitement intérieur des minéraux, dont le minerai de nickel, principalement au moyen d’une obligation de traitement dans le pays. Selon elle, lesdits pouvoirs publics ont par ailleurs décidé d’introduire des restrictions à l’exportation appliquées au terme d’un délai de grâce de cinq ans, de manière à préparer l’industrie minière à l’obligation d’effectuer le traitement en Indonésie et de donner les moyens aux sociétés de construire leurs installations de purification nécessaires pour absorber l’offre de minerai de nickel (considérants 309, 405 à 413 et 545 du règlement attaqué).
57 Les considérants 310, 311, 315 et 316 du règlement attaqué indiquent que l’Indonésie, souhaitant accroître la valeur ajoutée nationale générée par les réserves de minerai de nickel, avait cependant d’importants besoins de financement pour l’installation de fonderies et d’industries en aval et des lacunes relatives en matière de savoir-faire et de technologie nécessaires à la production d’acier inoxydable à partir de fonte brute de nickel correspondant à la qualité du minerai de nickel extrait en Indonésie.
58 Il découle notamment des considérants 319 et 405 à 413 du règlement attaqué que, eu égard au non-accomplissement de l’objectif de doter le pays de capacités de traitement dans le délai prévu, les pouvoirs publics indonésiens ont, le 11 janvier 2014, interdit les exportations de minerai de nickel à partir d’Indonésie en édictant plusieurs règlements. Ainsi que le montrent les considérants 320 et 321 du règlement attaqué, en 2017, les pouvoirs publics indonésiens ont partiellement, et sous certaines conditions, levé l’interdiction concernant le minerai de nickel d’une teneur en nickel inférieure à 1,7 %, pour la rétablir en 2020. Plusieurs fonderies pour ce minerai ont ainsi été créées en Indonésie et la demande nationale du minerai en question a connu une hausse. Les pouvoirs publics indonésiens ont également maintenu les prix sur le marché national bien en dessous des prix à l’international afin de conférer un avantage aux fonderies et aux producteurs d’acier inoxydable domestiques.
59 Selon les tableaux nos 1 et 2, figurant respectivement aux considérants 309 et 318 du règlement attaqué, les exportations de minerai de nickel indonésien vers la Chine ont fortement augmenté pendant le délai de grâce de cinq ans. Cette circonstance suggère que la conclusion de la Commission, figurant au considérant 662 de ce règlement, selon laquelle l’industrie chinoise de l’acier inoxydable s’est appuyée pendant un certain temps, voire aussi longtemps que ladite industrie pouvait, sur les importations de minerai de nickel indonésien, dont la qualité correspondait parfaitement à la technologie et aux procédés de production de son industrie, et selon laquelle l’interdiction d’exportations de minerai de nickel a mis en péril la production chinoise d’acier inoxydable, est plausible.
60 Il ressort également des tableaux nos 2 et 3, figurant respectivement aux considérants 318 et 321 du règlement attaqué, que les exportations de minerai de nickel ont connu une baisse considérable en 2014 lorsque l’interdiction d’exportation de nickel est devenue effective et n’ont plus eu lieu du tout en 2015 ni en 2016.
61 Comme le font valoir à juste titre la Commission et Eurofer, il y a une cohérence temporelle remarquable entre les restrictions à l’exportation du minerai de nickel et le développement de l’industrie d’acier inoxydable en Indonésie, particulièrement dans le parc de Morowali. La croissance de l’industrie du traitement en aval du nickel entre 2014 et 2018 était considérable, comme l’ont fait observer la Commission et Eurofer et comme il ressort notamment du considérant 547 du règlement attaqué. Il ressort également du tableau no 3 figurant au considérant 321 dudit règlement que la production de minerai de nickel a fortement décollé à partir de l’interdiction effective d’exportation de cette matière première et que, malgré une reprise d’exportations entre 2017 et 2019, une partie prépondérante de cette production a été destinée à la consommation interne, c’est-à-dire principalement à la production de l’acier inoxydable. L’Indonésie qui, jusqu’en 2016, n’avait pratiquement aucune production d’acier inoxydable, est devenue l’un des principaux producteurs de ce produit dans le monde. La capacité indonésienne s’est progressivement accrue, passant de 7,81 millions de tonnes en 2014, année d’entrée en vigueur de l’obligation de traitement dans le pays et des restrictions à l’exportation, à 61 millions de tonnes en 2019. Le fait que le gouvernement indonésien a autorisé les entreprises chinoises à exploiter les ressources de nickel malgré sa politique visant à maintenir les ressources minières dans le giron indonésien démontre l’importance stratégique exceptionnelle de la création de sa propre industrie de transformation du nickel et l’incapacité du gouvernement indonésien à atteindre cet objectif sans le soutien de l’étranger. Comme Eurofer l’affirme à juste titre, les restrictions à l’exportation n’auraient pas eu d’effet sans le développement de cette industrie au moyen du soutien par la Chine, mais auraient plutôt causé des dommages économiques à l’Indonésie.
62 Les restrictions à l’exportation de minerai de nickel ont cristallisé une interdépendance mutuelle entre l’Indonésie, qui ne disposait pas des moyens financiers pour développer une industrie de l’acier inoxydable, et la Chine, qui avait besoin des ressources de nickel de qualité indonésienne.
63 En deuxième lieu, l’Indonésie s’est engagée dans une collaboration étroite avec le gouvernement chinois qui a abouti notamment à la mise en place du parc de Morowali, afin de créer un climat d’investissement positif pour l’industrie de transformation du nickel sur le territoire indonésien.
64 Il découle notamment des considérants 582, 654, 661, 668, 670 et 673 du règlement attaqué que les pouvoirs publics indonésiens ont incité de manière proactive les pouvoirs publics chinois à apporter un soutien financier aux sociétés en Indonésie en contribuant spécifiquement à la création et au développement de l’industrie de l’acier inoxydable en Indonésie au moyen du parc de Morowali. Ce soutien constituait une condition imposée par l’Indonésie à laquelle était assujetti l’accès des sociétés chinoises aux importantes réserves de minerai de nickel convenant à leur procédé de production.
65 Premièrement, il est constaté, aux considérants 312 et 568 du règlement attaqué, que, dès 2005, l’Indonésie a entrepris la création d’un « climat d’investissement propice » pour les investisseurs chinois et s’est engagée en 2012 à continuer dans cette voie. Il ressort également des considérants 313, 548, 549, 562 à 581 du règlement attaqué que plusieurs accords bilatéraux conclus entre 2005 et 2018, mis en application par la législation indonésienne, avaient pour but de renforcer le partenariat stratégique entre l’Indonésie et la Chine, particulièrement dans le domaine minier, et visaient à encourager des investissements chinois dans les industries axées sur les ressources en Indonésie, y compris l’extraction minière.
66 Deuxièmement, il découle en particulier des considérants 586 et 587 du règlement attaqué que les pouvoirs publics indonésiens et chinois ont convenu d’encourager les établissements financiers chinois à soutenir le financement d’investissements en Indonésie. Selon les considérants 548, 577, 591, et 610 dudit règlement, le 27 mars 2015, les pouvoirs publics chinois et indonésiens ont publié la « déclaration commune relative au renforcement du partenariat stratégique global entre la [Chine] et l’Indonésie » et se sont mis d’accord, d’une part, que l’Indonésie « [instaurerait] des politiques préférentielles en faveur des parcs industriels afin de prévoir des garanties et des facilités pour que davantage d’entreprises chinoises s’implantent dans le parc, dans le respect des lois et règlements indonésiens, afin de pousser le développement des parcs industriels », et, d’autre part, que la Chine « [continuerait] d’accorder un soutien financier à la construction d’infrastructures et au déroulement de grands projets en Indonésie par l’intermédiaire de canaux financiers bilatéraux et multilatéraux ». Il découle également du considérant 576 de ce règlement, que les pouvoirs publics indonésiens et chinois se sont particulièrement accordés pour « encourager les producteurs métallurgiques chinois à investir directement en Indonésie, à recourir aux ressources naturelles indonésiennes et à investir sous la forme de parcs industriels intégrés pour la métallurgie, de manière à concourir à l’amélioration de sa chaîne industrielle métallurgique et à accroître la valeur ajoutée des projets relatifs aux minéraux ».
67 Troisièmement, la Commission a pris en considération la coopération étroite dans le parc de Morowali.
68 D’après, notamment, les considérants 324, 616, 656, 673 et 710 du règlement attaqué, le parc de Morowali et IMIP, chargée de la mise en œuvre de la coopération bilatérale dans ce parc, ont été formellement reconnus par les pouvoirs publics indonésiens en tant que projet stratégique national en 2016 et par les pouvoirs publics chinois en tant que projet de zone d’investissement à l’étranger dans le cadre de l’initiative chinoise « Une ceinture, une route ». Selon les considérants 598, 599 et 615 à 620 de ce règlement, le parc de Morowali a profité non seulement de son statut de zone industrielle reconnue soumise aux règles nationales préférentielles d’Indonésie applicables aux zones industrielles, mais également de règles préférentielles chinoises.
69 Au considérant 611 du règlement attaqué, la Commission a constaté que les pouvoirs publics indonésiens avaient introduit le règlement no 142/2015 relatif aux zones industrielles pour remplacer un règlement antérieur de 2009, de manière à le rendre compatible avec la déclaration commune bilatérale relative au renforcement du partenariat stratégique global entre la République populaire de Chine et l’Indonésie, publiée à Pékin le 26 mars 2015 ainsi qu’avec l’accord entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois relatif aux parcs industriels intégrés sino-indonésiens, signé à Jakarta le 2 octobre 2013, sur les parcs industriels intégrés, et y avaient formulé les principales mesures en faveur des sociétés s’installant dans ces zones industrielles, telles que le groupe IRNC.
70 En outre, il résulte des considérants 636 à 642 du règlement attaqué que plusieurs organes d’administration bilatéraux chargés de la mise en œuvre de la coopération entre l’Indonésie et la Chine ont été créés, notamment pour le parc de Morowali.
71 L’importance des parcs industriels est également démontrée par les documents bilatéraux. Ainsi que le montre le considérant 575 du règlement attaqué, selon le programme sino-indonésien, les domaines de coopération clés identifiés par les pouvoirs publics respectifs comprenaient l’extraction minière, l’industrie métallurgique et les parcs industriels, dont les zones économiques spéciales. Les pouvoirs publics indonésiens et chinois ont expressément convenu de « collaborer dans les activités de prospection, d’affinage et de traitement des ressources minérales, y compris […] le nickel », d’« accélérer et [de] simplifier la coopération bilatérale pour les projets d’extraction minière et de métallurgie », de « promouvoir le développement des ressources minérales en construisant des zones et parcs industriels spécifiques au sein des six corridors économiques » et de « collaborer pour le développement des ressources minérales en Indonésie ». La Commission a ensuite pris en compte, au considérant 576 du règlement attaqué, que les pouvoirs publics des deux pays s’étaient entendus sur la promotion desdits parcs industriels, en « encourageant les entreprises chinoises à investir dans les parcs industriels indonésiens », en « facilitant la croissance des parcs industriels » et « en apportant le soutien stratégique nécessaire à cette croissance ».
72 Comme le montre le considérant 576 du règlement attaqué, dans le programme sino-indonésien concernant l’industrie métallurgique, les pouvoirs publics indonésiens et chinois se sont particulièrement accordés pour « encourager les producteurs métallurgiques chinois à investir directement en Indonésie, à recourir aux ressources naturelles indonésiennes et à investir sous la forme de parcs industriels intégrés pour la métallurgie, de manière à concourir à l’amélioration de sa chaîne industrielle métallurgique et à accroître la valeur ajoutée des projets relatifs aux minéraux ».
73 De plus, comme il découle du considérant 632 du règlement attaqué, le suivi de l’instauration des politiques gouvernementales est assuré par les règlements indonésiens relatifs aux zones industrielles qui prévoient un système d’octroi de concessions et font particulièrement référence à une licence accordée par les pouvoirs publics indonésiens pour développer et gérer une zone industrielle ainsi qu’à une liste de sanctions administratives et à la procédure à suivre au cas où les sociétés de gestion ne se conformeraient pas à la réglementation en vigueur.
74 Ainsi que le montre le considérant 619 du règlement attaqué, les zones de coopération à l’étranger sont devenues un instrument de mise en œuvre de l’initiative chinoise « Une ceinture, une route » et de la coopération internationale en matière de capacité de production. À cet égard, la Commission a considéré, au considérant 788 de ce règlement, que le fait que le parc de Morowali s’intégrait dans le contexte plus large de la politique chinoise d’« internationalisation » était confirmé par une déclaration du président du groupe Tsingshan Holding selon laquelle « [l]e parc industriel de Tsingshan [était] l’investissement chinois le plus important et le plus réussi en Indonésie et [accueillerait] les capacités de production transférées de Chine » et selon laquelle « [c’était] important pour la mise en œuvre de l’initiative [chinoise] “[U]ne ceinture, une route” ».
75 En troisième lieu, les autorités indonésiennes ont fourni à la requérante, ainsi qu’il découle notamment des considérants 653 et 723 et de la section 4.8 du règlement attaqué, des terrains moyennant une rémunération moins qu’adéquate. Cette mesure a été particulièrement nécessaire afin de permettre l’implantation des usines sidérurgiques dans le parc de Morowali.
76 En quatrième lieu, comme il ressort en particulier des considérants 611, 620 et 723, ainsi que de la section 4.12 du règlement attaqué, la requérante a reçu de la part des autorités indonésiennes des incitations fiscales afin d’exercer son activité dans le parc de Morowali.
77 En cinquième lieu, il n’est pas moins important que les autorités indonésiennes aient mis en place des facilités d’ordre administratif pour soutenir l’implantation de la requérante dans le parc de Morowali. Cette assistance, rappelée notamment aux considérants 620, 675 ou 740 du règlement attaqué, a consisté dans l’application d’un régime spécial relatif aux parcs industriels, qui prévoyait de nombreux avantages et un soutien précis de la part desdites autorités, comme la simplification de l’octroi des concessions, des autorisations d’installation dans la zone du parc, la facilitation de l’acquisition du terrain, la fourniture d’infrastructures ou la possibilité de construire des usines sans disposer des permis de construire.
78 En sixième lieu, la Commission a clairement exposé que les mesures mises en place par les autorités indonésiennes avaient eu pour objectif d’attirer le financement préférentiel chinois afin de tirer, en définitive, une plus grande plus-value des ressources nationales en minerai de nickel et qu’elles étaient nécessaires à cette fin, ainsi qu’il ressort en particulier des considérants 321, 330, 543 à 547, 574 à 577, 580, 581, 594, 604 à 607, 610, 654, 668, 670, 675, 678, 690 et 703 du règlement attaqué.
79 Il s’ensuit que les mesures politiques, mises en place par le gouvernement indonésien, visaient, comme l’a expliqué la Commission dans le règlement attaqué de manière compréhensible et plausible, à attirer les investissements étrangers dans l’industrie de transformation de minerai de nickel en Indonésie. Ces politiques se sont matérialisées notamment au moyen d’un cadre législatif, stratégique et politique propice pour encourager des investissements (considérant 581 dudit règlement), ainsi qu’au moyen de la fourniture du minerai de nickel et des terrains pour une rémunération moins qu’adéquate, d’autres subventions d’origine indonésienne et de la coopération au sein du parc de Morowali. La coïncidence entre, d’une part, les restrictions d’exportation ainsi que le climat d’investissements créé par les accords bilatéraux, particulièrement dans ledit parc, et, d’autre part, le développement de l’industrie de transformation de l’acier confirme cette conclusion (voir point 61 ci-dessus).
80 Les pouvoirs publics chinois et indonésiens ont, en étroite collaboration, mis en place le parc de Morowali comme une zone présentant des particularités juridiques et économiques qui permettaient aux autorités chinoises d’accorder directement toutes les facilités inhérentes à l’initiative chinoise « Une ceinture, une route » aux entreprises chinoises établies dans cette zone (considérants 577, 608 et 610 du règlement attaqué).
81 Les conclusions de la Commission démontrent un rôle plus actif des pouvoirs publics indonésiens que de simples actes d’encouragement. La mise en responsabilité de la Chine n’est ni involontaire ni une simple conséquence inattendue d’une réglementation des pouvoirs publics indonésiens. Il s’agit plutôt d’un résultat visé par la stratégie globale mise en œuvre par les pouvoirs publics indonésiens. Cette stratégie revient à confier à la Chine la responsabilité d’exécuter une fonction qui incombe d’habitude aux pouvoirs publics de l’État d’origine ou d’exportation, c’est-à-dire d’accorder des subventions afin d’encourager le développement d’une industrie sur son territoire.
82 La Commission a explicitement considéré, notamment aux considérants 594, 646, 650, 654, 661, 668, 670, 673 et 678 du règlement attaqué, que les pouvoirs publics indonésiens avaient « activement recherché » le soutien financier préférentiel accordé par les pouvoirs publics chinois et qu’ils l’avaient adopté et reconnu comme le leur.
83 Le fait pour les autorités indonésiennes d’avoir incité, par l’ensemble des mesures qu’ils ont mises en œuvre, les autorités chinoises à fournir lesdits stimuli et le fait que les mesures respectives soient interdépendantes (voir notamment considérant 581 du règlement attaqué) signifient nécessairement que les autorités indonésiennes ont, en pratique, permis à la requérante d’en bénéficier, ce qui entraîne l’imputation de ce soutien aux pouvoirs publics indonésiens.
84 Dès lors, eu égard à la jurisprudence de la Cour citée aux points 50 à 52 ci-dessus, la Commission a correctement interprété le règlement de base à la lumière de l’accord SMC.
85 Par conséquent, doivent être rejetés les arguments de la requérante selon lesquels ce ne sont que les critères prévus par l’article 11 des articles de la CDI qui doivent être pris en compte pour apprécier si la Commission a pu imputer le financement préférentiel à l’Indonésie.
86 En effet, les dispositions applicables demeurent l’article 2, sous b), et l’article 3, point 1, sous a), i), du règlement de base, qui ne sont qu’interprétés, dans la mesure du possible, à la lumière du droit international (voir notamment les considérants 696, 697 et 700 du règlement attaqué). L’imputation du financement préférentiel originaire de la Chine aux autorités indonésiennes étant déjà possible sur le fondement du règlement de base seul, bien que la Commission l’ait interprété en tenant compte également de l’accord SMC et de l’article 11 des articles de la CDI, le grief tiré de la violation de cette dernière disposition est inopérant. Il suffit que la Commission ait démontré que l’Indonésie avait activement recherché ledit financement et avait adopté un ensemble de mesures afin qu’il soit octroyé par les autorités chinoises, de sorte que la Commission a constaté à bon droit que ce financement pouvait être imputé à l’Indonésie.
87 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
Sur le deuxième grief, tiré d’une mauvaise appréciation des faits en ce que les exemples fournis par la Commission ne démontrent rien de plus qu’une coopération bilatérale normale en matière d’investissement
88 La requérante fait valoir qu’il ne ressort des exemples fournis par la Commission rien de plus qu’une coopération en matière d’investissement bilatéral entre partenaires économiques, par laquelle les pouvoirs publics indonésiens tentaient d’attirer des investissements chinois. Une telle coopération serait très courante et intrinsèquement éloignée du critère juridique défendu par la Commission selon lequel il est pertinent de savoir si les pouvoirs publics indonésiens ont proactivement recherché, reconnu et adopté comme étant les leurs les subventions accordées par les pouvoirs publics chinois. De plus, rien ne démontrerait la « prise de responsabilité manifeste ».
89 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
90 Le présent grief ne saurait remettre en cause l’imputation du financement préférentiel chinois aux autorités indonésiennes. En effet, le prétendu caractère habituel d’un comportement gouvernemental donné n’est pas un critère juridique prévu par les dispositions pertinentes en l’espèce permettant de déterminer la possibilité d’imposer des mesures compensatoires à son égard.
91 En tout état de cause, la Commission a, en prenant en considération tous les éléments de preuve, estimé que les pouvoirs publics indonésiens avaient activement recherché le soutien financier préférentiel accordé par les pouvoirs publics chinois, notamment en assurant à l’industrie sidérurgique la fourniture du minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate, en s’engageant dans une collaboration étroite avec le gouvernement chinois qui a abouti notamment à la mise en place du parc de Morowali, afin de créer un climat d’investissement positif pour l’industrie de transformation du nickel sur le territoire indonésien, en fournissant à la requérante des terrains moyennant une rémunération moins qu’adéquate et en offrant à la requérante des incitations fiscales ou des facilités d’ordre administratif pour exercer son activité dans le parc de Morowali. La Commission a notamment mis en avant la coopération dans le parc de Morowali, qui allait bien au-delà d’une coopération économique normale ou habituelle (considérant 706 du règlement attaqué). Elle a également exposé que les mesures mises en place par les autorités indonésiennes avaient eu pour objectif d’attirer le financement préférentiel chinois afin de tirer, en définitive, une plus grande plus-value des ressources nationales en minerai de nickel et qu’elles étaient nécessaires à cette fin. La Commission a ainsi pu conclure que les autorités indonésiennes avaient adopté et reconnu le financement préférentiel chinois comme le leur. L’ensemble de ces éléments signifie nécessairement que les autorités indonésiennes ont, en pratique, permis à la requérante de bénéficier du soutien financier chinois, ce qui permet de l’imputer auxdites autorités.
92 La requérante s’est contentée de citer des exemples de coopération de l’Union avec la Chine en général, sans toutefois apporter des faits qui permettraient de conclure que cette coopération est aussi étroite que celle qui existe en l’espèce entre la Chine et l’Indonésie dans le parc de Morowali.
93 Il convient donc de rejeter le présent grief.
Sur le troisième grief, tiré d’une mauvaise appréciation des faits en ce que la Commission a estimé que l’imposition des restrictions à l’exportation sur le minerai de nickel n’a laissé aucun autre choix aux pouvoirs publics chinois que celui d’accorder le financement préférentiel et en ce qu’elle a méconnu le fait que l’Indonésie n’était pas capable de contraindre la Chine à respecter ses engagements
94 La requérante soutient, en substance, que le nickel et l’acier inoxydable ne constituent qu’une partie minuscule de la vaste gamme de secteurs qui seraient couverts par la coopération bilatérale entre l’Indonésie et la Chine, où les restrictions à l’exportation imposées par l’Indonésie sur le minerai de nickel sont un problème relativement négligeable, de sorte que le constat de la Commission selon lequel la relation bilatérale entre ces États pourrait en être stimulée est erroné. En effet, la Chine aurait eu un accès suffisant au minerai de nickel et les restrictions à l’exportation indonésiennes n’auraient fait peser sur elle aucune pression ni incitation.
95 En effet, selon la requérante, si la Commission affirme, au considérant 662 du règlement attaqué, que, après que l’Indonésie avait imposé ses restrictions à l’exportation de nickel, la tentative des producteurs d’acier inoxydable chinois de remplacer le nickel indonésien par du nickel en provenance des Philippines a échoué, de sorte que les pouvoirs publics chinois « n’avaient guère d’autre choix » que de céder aux demandes de l’Indonésie, elle affirmerait, au considérant 522 de ce règlement, que, étant donné que les exportations indonésiennes de minerai de nickel ont cessé en 2014, un essor des exportations de ce minerai en provenance des Philippines a eu lieu, tout particulièrement vers le marché de consommation principal, à savoir la Chine. En outre, la Chine aurait eu amplement accès à cette matière première à partir d’autres sources, comme la Russie, la Nouvelle-Calédonie, le Canada, l’Australie, la Chine elle-même, le Brésil, Cuba et les États-Unis.
96 Ce serait également à tort que la Commission prétendrait, au considérant 642 du règlement attaqué, que les pouvoirs publics indonésiens auraient mis en place un mécanisme leur permettant de contrôler les pouvoirs publics chinois et de s’assurer « que les pouvoirs publics chinois respectent leurs engagements », comme si l’Indonésie avait été capable de contraindre la Chine à respecter ses engagements.
97 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
98 À cet égard, la conclusion de la Commission selon laquelle, en substance, même le « petit » partenaire dans une relation bilatérale peut inciter le « grand » à adopter un certain comportement par le biais de sa stratégie politique est plausible. Cette conclusion est renforcée par le fait que le gouvernement indonésien a payé un « prix » important pour cette influence sur le gouvernement chinois, notamment en termes d’accès privilégié aux ressources naturelles indonésiennes.
99 Il convient également de rejeter l’argument de la requérante selon lequel les entreprises chinoises, encouragées par la politique de la Chine, investissent dans le monde entier dans des pays disposant de ressources naturelles, indépendamment d’une politique de restrictions d’exportation d’un pays cible. Même si c’était le cas de manière générale, il est également évident que l’investissement concret dépend des avantages que le gouvernement chinois espère en tirer ou des inconvénients qu’il tente d’éviter. Par conséquent, la Commission a démontré de manière compréhensible et plausible, dans le cadre de son large pouvoir d’appréciation, que le gouvernement indonésien, en créant des incitations appropriées, a positivement influencé, voire convaincu, le gouvernement chinois pour octroyer le financement préférentiel en question.
100 En outre, il y a lieu de rejeter l’argument de la requérante selon lequel la Chine pouvait remplacer le nickel indonésien par du nickel en provenance des Philippines ou de plusieurs autres sources de minerai de nickel dans le monde. Premièrement, la requérante n’a pas contesté le constat de la Commission et d’Eurofer selon lequel les importateurs chinois ont constitué des stocks importants de minerai de nickel indonésien au cours de la période de transition de cinq ans. Ce constat découle également des tableaux nos 1 et 2, figurant aux considérants 309 et 318 du règlement attaqué, qui montrent une augmentation très importante des importations du minerai de nickel pendant la période de grâce sans que cette augmentation soit expliquée par une augmentation proportionnelle de la production annuelle chinoise d’acier inoxydable. En tout état de cause, que cette augmentation des importations dudit minerai soit due à la constitution de stocks des producteurs chinois ou à l’augmentation de leur production d’acier inoxydable, elle montre que l’industrie chinoise avait besoin de ce minerai. Deuxièmement, la Commission a expliqué de manière compréhensible, notamment dans les considérants 309, 582 et 662 dudit règlement, la conclusion selon laquelle c’était précisément le nickel indonésien qui convenait particulièrement à la production d’acier chinoise. Par ailleurs, elle a constaté que la teneur en nickel du minerai philippin était différente de celle du minerai de nickel indonésien, ainsi qu’il découle du considérant 531 de ce règlement. Ces circonstances sont toutefois sans préjudice du fait que le prix du minerai de nickel philippin constituait la référence la plus appropriée pour le prix du minerai de nickel indonésien. Troisièmement, l’Indonésie, qui occupe un emplacement géographique important, a en même temps, comme le montrent les considérants 321 et 581 du même règlement, maintenu les prix sur le marché national bien en dessous des prix à l’international, et notamment aux Philippines, ce qui a rendu son minerai de nickel particulièrement attractif. Quatrièmement, la création d’une industrie de transformation de l’acier en Indonésie à l’aide de fonds chinois dans la période qui a suivi l’introduction des restrictions à l’exportation montre que la Chine a effectivement réagi à ces restrictions, cherchant à ne pas perdre l’accès aux ressources de nickel indonésiennes. Cinquièmement, les investissements chinois en Indonésie s’inscrivent, de surcroît, dans l’initiative chinoise « Une ceinture, une route », qui vise notamment à investir dans des pays riches en matières premières, comme l’Indonésie, qui maintient activement un cadre législatif, stratégique et politique propice pour encourager les projets à s’implanter dans des régions spécifiques de son propre territoire.
101 Il convient donc de rejeter le présent grief.
Sur le quatrième grief, tiré de ce que la coopération bilatérale n’est pas orchestrée par les pouvoirs publics indonésiens
102 Selon la requérante, la coopération bilatérale entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois relève simplement de l’initiative « Une ceinture, une route », menée par la Chine. La Commission y ferait également systématiquement référence, ainsi qu’à la politique d’internationalisation de longue date de la Chine.
103 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
104 À cet égard, la question de savoir lequel des deux États était la « force motrice » de leur coopération n’est pas pertinente afin de déterminer si les autorités du pays d’origine ou d’exportation ont adopté un tel comportement qui a en pratique permis aux personnes concernées de bénéficier de la contribution financière en question (voir point 50 ci-dessus). En effet, dans les cas des financements transfrontaliers, l’efficacité des mesures de défense commerciale de l’Union ne doit pas dépendre de l’initiative prise par l’un ou l’autre des États impliqués dans ce financement. L’imputation dudit financement ne présuppose pas que l’ensemble des relations économiques et politiques entre la Chine et l’Indonésie soit « orchestré » par les pouvoirs publics indonésiens. Il est suffisant que ces derniers aient fourni suffisamment d’incitations afin que les pouvoirs publics chinois consentent à octroyer un financement préférentiel pour le parc de Morowali.
105 En tout état de cause, la Commission a expliqué de manière compréhensible et plausible, en particulier aux considérants 310 à 321 du règlement attaqué, que, en substance, c’étaient les pouvoirs publics indonésiens qui avaient eu l’initiative d’approcher leurs homologues chinois afin de bénéficier de l’initiative chinoise « Une ceinture, une route », en vue du développement de leur industrie de l’acier. Cette conclusion est corroborée notamment par la circonstance que les pouvoirs indonésiens ont également sollicité les investissements japonais (considérant 311 du règlement attaqué et note en bas de page no 66).
106 Il convient donc de rejeter le présent grief.
Sur le cinquième grief, tiré de ce que les pouvoirs publics indonésiens n’ont reconnu que la responsabilité de leurs propres mesures pour encourager les investissements en Indonésie
107 Selon la requérante, les pouvoirs publics indonésiens ont encouragé les investissements en Indonésie, y compris dans le parc de Morowali, en fournissant leurs propres mesures de soutien, et non en adoptant celles des pouvoirs publics chinois, et en en assumant la responsabilité, conformément au paragraphe 8 du commentaire de l’article 11 des articles de la CDI. Dans la réplique, elle précise qu’elle ne conteste pas que les pouvoirs publics indonésiens ont reconnu le comportement des pouvoirs publics chinois et qu’ils étaient, comme les autorités de tout autre pays en développement, contents de recevoir des investissements. Toutefois, la Commission aurait omis de signaler un quelconque élément dont il ressortirait que les pouvoirs publics indonésiens auraient également adopté ce comportement comme étant le leur.
108 La Commission conteste les arguments de la requérante.
109 À cet égard, ainsi qu’il a été indiqué dans le cadre de la réponse au premier grief de cette branche, le fait que les pouvoirs publics indonésiens aient activement sollicité et incité le soutien financier chinois en adoptant un tel comportement, qui a en pratique permis à la requérante d’en bénéficier, entraîne l’imputation de ce soutien aux pouvoirs publics indonésiens.
110 Cette conclusion n’est pas remise en question par la circonstance que les pouvoirs publics indonésiens ont accordé en même temps d’autres subventions.
111 Le présent grief ne saurait donc prospérer.
Sur le sixième grief, tiré de la violation de l’article 28 du règlement de base
112 La requérante soutient que la Commission a violé l’article 28 du règlement de base à trois égards.
113 En premier lieu, la Commission aurait appliqué à tort l’article 28 du règlement de base à l’égard des pouvoirs publics indonésiens concernant le document, signé par [confidentiel] (1), d’une part, et par [confidentiel], d’autre part, le 3 octobre 2013, dans la mesure où ce document a été établi entre parties privées et où les pouvoirs publics indonésiens n’en ont pas disposé.
114 En deuxième lieu, la requérante allègue que la Commission a, en appliquant l’article 28 du règlement de base à l’égard des pouvoirs publics indonésiens, tiré des conclusions de la non-fourniture de la liste des projets prioritaires au titre de la coopération bilatérale entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois, bien qu’une telle liste n’existe pas.
115 En troisième lieu, la requérante fait valoir que la Commission ne saurait appliquer l’article 28 du règlement de base en raison du comportement des pouvoirs publics chinois, alors que l’enquête concernait l’Indonésie et des producteurs-exportateurs indonésiens. Selon elle, la Commission a même suggéré que le gouvernement indonésien avait pu faire pression sur la Chine pour coopérer.
116 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
117 Aux termes de l’article 28, paragraphe 1, du règlement de base, lorsqu’une partie intéressée refuse l’accès aux informations nécessaires, ne les fournit pas dans le délai prévu par ledit règlement ou fait obstacle de façon significative à l’enquête, des conclusions préliminaires ou finales, positives ou négatives, peuvent être établies sur la base des données disponibles.
118 Selon la jurisprudence, l’article 28 du règlement de base autorise les institutions à recourir aux données disponibles, afin de ne pas compromettre l’efficacité des mesures de défense commerciale de l’Union, toutes les fois que les institutions de l’Union doivent faire face à un refus ou à un manque de coopération dans le cadre d’une enquête, sans toutefois les contraindre à recourir aux meilleures données disponibles. Il en résulte que le large pouvoir d’appréciation de la Commission en matière de mesures de défense commerciale, conformément à la jurisprudence citée au point 23 ci-dessus, s’applique également lorsqu’il s’agit d’appliquer ladite disposition (voir arrêts du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, point 167 et jurisprudence citée, et du 14 décembre 2022, PT Pelita Agung Agrindustri et PT Permata Hijau Palm Oleo/Commission, T‑143/20, EU:T:2022:811, point 133 et jurisprudence citée).
119 À titre liminaire, la Commission fait valoir que les allégations de la requérante doivent être rejetées en application de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, en raison d’un manque de clarté. Selon elle, la requérante n’énumère pas les conclusions figurant dans le règlement attaqué que celle-ci conteste et n’explique pas dans quelle mesure l’application alléguée des données disponibles vicierait ces conclusions.
120 En vertu de l’article 21, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, applicable à la procédure devant le Tribunal conformément à l’article 53, premier alinéa, du même statut, ainsi que de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la requête doit contenir l’objet du litige, les moyens et arguments invoqués ainsi qu’un exposé sommaire desdits moyens. Ces éléments doivent être suffisamment clairs et précis pour permettre à la partie défenderesse de préparer sa défense et au Tribunal de statuer sur le recours, le cas échéant, sans autres informations. Afin de garantir la sécurité juridique et une bonne administration de la justice, il est nécessaire, pour qu’un recours soit recevable, que les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels celui-ci se fonde ressortent d’une façon cohérente et compréhensible du texte de la requête elle-même. La requête doit, de ce fait, expliciter en quoi consiste le moyen sur lequel le recours est fondé, de sorte que sa seule énonciation abstraite ne répond pas aux exigences du règlement de procédure. Des exigences analogues sont requises lorsqu’un grief est invoqué au soutien d’un moyen (ordonnance du 11 mars 2021, Techniplan/Commission, T‑426/20, non publiée, EU:T:2021:129, point 19).
121 Il s’ensuit que la partie requérante est tenue d’exposer d’une manière suffisamment systématique les développements relatifs à chaque moyen qu’elle présente, sans que le Tribunal puisse être contraint, du fait d’un manque de structure de la requête ou de rigueur de cette partie, de reconstituer l’articulation juridique censée soutenir un moyen en rassemblant divers éléments épars de la requête, au risque de reconstruire ce moyen en lui donnant une portée qu’il n’avait pas dans l’esprit de ladite partie. En décider autrement serait contraire à la fois à une bonne administration de la justice, au principe dispositif ainsi qu’aux droits de la défense de la partie défenderesse (ordonnance du 11 mars 2021, Techniplan/Commission, T‑426/20, non publiée, EU:T:2021:129, point 20).
122 En l’espèce, en ce qui concerne le document en cause (voir point 113 ci-dessus), certes, la requérante ne précise pas en quoi le recours à des données disponibles a conduit la Commission à une conclusion erronée. Elle allègue toutefois que ce document est sans pertinence pour la conclusion que la Commission en tire au considérant 634 du règlement attaqué, à savoir que la mission d’IMIP était de mettre en œuvre l’objectif d’action principal des pouvoirs publics indonésiens et chinois.
123 Si l’allégation en cause satisfait ainsi aux exigences de clarté de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, elle n’est néanmoins pas fondée. En effet, il n’est aucunement exclu qu’un document signé par deux parties privées, tel que celui en cause, révèle par sa teneur qu’IMIP est en réalité une entité destinée non pas à mettre en œuvre un objectif entrepreneurial privé, mais plutôt un objectif des pouvoirs publics indonésiens. La requérante n’a d’ailleurs avancé aucun autre élément pour démontrer le bien-fondé de cette allégation.
124 En tout état de cause, la Commission n’a commis aucune erreur manifeste d’appréciation en recourant aux données disponibles. En effet, il est peu plausible que les autorités indonésiennes ne disposaient pas d’un document qui a été signé par des parties privées en présence des présidents chinois et indonésien, ou qu’elles n’ont pas, du moins, été informées de manière détaillée de son contenu.
125 Ainsi, l’allégation de la requérante concernant le document en cause (voir point 113 ci-dessus) doit être rejetée.
126 En ce qui concerne la liste en cause (voir point 114 ci-dessus), il convient également de rejeter l’argument de la Commission tiré d’un manque de clarté. En effet, dans la requête, la requérante précise bien que la Commission déduit de la non-fourniture alléguée d’une telle liste, qui n’existerait pas, que le parc de Morowali figurait également sur la liste des projets prioritaires au titre de la coopération bilatérale.
127 Toutefois, bien que le gouvernement indonésien indique au point 96 de sa réponse au document d’information général que la liste en cause, citée au point 114 ci-dessus, n’existe pas, puisque les discussions au terme desquelles une telle liste devait être établie n’avaient pas encore eu lieu, il y a des indices qui laissent conclure à ce qu’elle était au moins à un stade d’élaboration. En effet, il ressort, d’une part, notamment des considérants 571, 572, 609 et 655 du règlement attaqué que, en vertu des chapitres I et III du programme quinquennal de développement de la coopération économique et commerciale entre l’Indonésie et la Chine, des projets prioritaires devaient concrétiser, voire matérialiser, ce programme. Le « principe de sélection de ces projets [devait] respecter les intérêts stratégiques et les besoins en matière de développement socio-économique des deux pays, être cohérent avec la planification à moyen et long terme pour le développement économique des deux pays, et s’inscrire dans les plans de développement des entreprises impliquées ». D’autre part, comme il ressort du considérant 577 dudit règlement, il découle de la déclaration commune relative au renforcement du partenariat stratégique global entre la Chine et l’Indonésie, publiée le 27 mars 2015 par les pouvoirs publics des deux pays, que « [l]es deux parties se sont engagées à mettre en œuvre activement le programme quinquennal de développement de la coopération économique et commerciale entre l’Indonésie et la Chine et à finaliser précocement la liste des projets prioritaires ». Or, l’usage du verbe « finaliser » signifie que, au moment de la publication de cette déclaration, à savoir en 2015, soit sept ans avant l’adoption du règlement attaqué, un projet de liste existait déjà, sans pour autant être finalisé.
128 Eurofer a donc raison de soutenir que les autorités indonésiennes auraient pu fournir à la Commission au moins un projet de liste des projets prioritaires au titre de la coopération bilatérale entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois. La Commission n’a donc pas commis une erreur manifeste d’appréciation en estimant que les pouvoirs publics indonésiens n’avaient pas pleinement coopéré sur ce point et que le parc de Morowali devait figurer sur la liste en cause.
129 En tout état de cause, ainsi qu’il ressort du considérant 710 du règlement attaqué, il est incontestable que le parc de Morowali a été formellement reconnu comme un projet éligible spécial aussi bien en Chine, dans le cadre de l’initiative chinoise « Une ceinture, une route », qu’en Indonésie, en tant que projet stratégique national. Même si l’affirmation des pouvoirs publics indonésiens selon laquelle il n’existait pas de liste formelle de projets prioritaires dans le cadre du dialogue économique de haut niveau était correcte, cela ne changerait rien à la conclusion selon laquelle le projet Morowali avait été formellement reconnu comme un projet stratégique par les pouvoirs publics indonésiens et chinois dans le cadre de leur coopération bilatérale et que, en tant que tel, il a été suivi de près et mis en œuvre par les pouvoirs publics des deux pays en raison de son importance. Dans ce contexte, les investisseurs dans ce parc, comme la requérante, étaient par conséquent bénéficiaires de subventions.
130 L’allégation de la requérante concernant la liste en cause, citée au point 114 ci-dessus, doit donc être rejetée.
131 Quant au comportement en cause des pouvoirs publics chinois, la Commission a raison de soutenir que la requérante ne précise pas quelles conclusions sont, selon elle, incorrectes en raison du recours aux données disponibles. Elle ne précise pas non plus quelles sont exactement les données disponibles qu’elle considère comme erronées. Or, il ne suffit pas que la requérante fasse valoir que la Commission a commis une erreur en recourant à des données disponibles. Il faut encore que la requérante démontre que, en commettant une telle erreur, la Commission s’est fondée sur une base factuelle erronée et que les conclusions qu’elle en tire le sont également.
132 Le Tribunal n’est donc pas en mesure de vérifier les prétentions de la requérante d’une manière exacte et il ne lui appartient pas de rechercher et d’identifier, dans les annexes, les informations qu’il pourrait considérer comme constituant le fondement de l’argument d’une partie [voir, par analogie, arrêt du 28 février 2017, Yingli Energy (China) e.a./Conseil, T‑160/14, non publié, EU:T:2017:125, point 263].
133 L’allégation de la requérante relative au comportement en cause des pouvoirs publics chinois est donc irrecevable.
134 En tout état de cause, il y a lieu de constater, premièrement, que l’article 28, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement de base ne limite pas l’usage des données disponibles à l’égard de la partie intéressée qui refuse l’accès aux informations nécessaires, le libellé de cette disposition étant large à cet égard.
135 Le Tribunal a déjà jugé, dans le cadre de l’interprétation de l’article 18, paragraphe 1, du règlement (UE) 2016/1036 du Parlement européen et du Conseil, du 8 juin 2016, relatif à la défense contre les importations qui font l’objet d’un dumping de la part de pays non membres de l’Union européenne (JO 2016, L 176, p. 21), dont la teneur est pour l’essentiel identique à l’article 28, paragraphe 1, du règlement de base, applicable en l’espèce, qu’une partie intéressée peut se voir appliquer des données disponibles destinées à pallier la non-coopération d’une autre partie intéressée, à savoir d’un gouvernement du pays de production et d’exportation (arrêt du 14 septembre 2022, Nevinnomysskiy Azot et NAK "Azot"/Commission, T‑865/19, non publié, EU:T:2022:559, points 413 à 415). S’il s’agissait dans cet arrêt d’une situation où le manque de coopération a été reproché aux autorités du pays où était établie la requérante, la solution retenue peut être appliquée par analogie en l’espèce, même si l’absence de coopération est reprochée à un autre pays que celui où est établie la requérante. En effet, la Chine et l’Indonésie sont entrées dans une coopération étroite et poussée concernant le parc de Morowali, chacune y poursuivant ses propres intérêts et le comportement des autorités indonésiennes a, en pratique, permis à la requérante de bénéficier du soutien financier chinois.
136 La nécessité de garantir l’efficacité des mesures de défense commerciale, rappelée au point 171 de l’arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission (T‑111/20, EU:T:2022:809) (voir également point 118 ci-dessus), justifie également, dans des circonstances telles que celles de l’espèce, que les institutions de l’Union soient autorisées à se fonder, en raison de l’absence de coopération du gouvernement chinois, qui est à l’origine des fonds utilisés dans le cadre du financement préférentiel, sur les données disponibles et à en tirer des conséquences notamment pour la requérante, le bénéficiaire de ces mesures.
137 Deuxièmement, la Commission a indiqué à juste titre, aux considérants 721 et 722 du règlement attaqué, que, conformément au point 5.3 de l’avis d’ouverture, elle avait expressément invité les pouvoirs publics chinois à participer en qualité de partie intéressée, au vu des allégations figurant dans la plainte. Par courriel daté du 19 février 2021, les pouvoirs publics chinois ont demandé d’être enregistrés dans le cadre de l’enquête pour pouvoir avoir accès au dossier et ont explicitement confirmé être une partie intéressée. La Commission a noté que les pouvoirs publics indonésiens et chinois avaient mis en place plusieurs mécanismes administratifs dans le contexte de leur coopération bilatérale et, en particulier, pour mener à bien le projet lié au parc de Morowali, comme cela est expliqué à la section 4.5.6 du règlement attaqué. Ces mécanismes de coopération ont, ou auraient, permis aux pouvoirs publics indonésiens de recueillir les informations requises auprès des pouvoirs publics chinois. La Commission ne demandait donc pas aux pouvoirs publics indonésiens d’utiliser des moyens coercitifs pour recueillir les données requises auprès des pouvoirs publics chinois, mais elle a plutôt donné aux pouvoirs publics chinois la possibilité d’intervenir et de soumettre les informations pertinentes dès le début de l’enquête, en les traitant comme une partie intéressée. Le fait que l’une des parties impliquées dans ladite coopération bilatérale, c’est-à-dire les pouvoirs publics chinois, a décidé de ne pas fournir d’informations ne saurait automatiquement signifier que l’autre partie impliquée dans ladite coopération, à savoir les pouvoirs publics indonésiens, devrait ne pas être tenue responsable pour ce manque de coopération avec la Commission ou qu’elle pourrait en profiter. Dans le contexte de cette coopération bilatérale, l’une des parties ne saurait utiliser l’inaction de l’autre pour argumenter qu’elle a pleinement coopéré au cours de l’enquête au mieux de ses capacités.
138 Partant, la requérante n’est pas fondée à soutenir que les autorités indonésiennes peuvent s’exonérer de l’absence de fourniture des informations demandées par la Commission.
139 L’allégation de la requérante relative au comportement en cause des pouvoirs publics chinois doit donc être rejetée, de même que le présent grief dans son ensemble.
Sur le septième grief, tiré de la violation de l’article 4, paragraphes 3 et 5, du règlement de base en raison de la prétendue absence de conclusions sur la spécificité
140 La requérante reproche à la Commission de ne pas avoir établi de conclusions concernant la spécificité, en violation de l’article 4, paragraphe 5, du règlement de base. La Commission se serait bornée à indiquer au considérant 686 du règlement attaqué que les subventions étaient limitées aux sociétés exerçant des activités dans le parc de Morowali et qu’il s’agirait, par conséquent, de subventions régionales au sens de l’article 4, paragraphe 3, du règlement de base. Cependant, les constatations de la Commission à la section 4.5 du règlement attaqué concerneraient un large éventail d’autres initiatives.
141 La Commission conteste les arguments de la requérante.
142 À cet égard, l’article 4, paragraphes 3 et 5, du règlement de base, qui correspond à l’article 2, paragraphes 2 et 4, de l’accord SMC, prévoit, en substance, qu’une subvention est spécifique si elle est limitée à certaines entreprises situées à l’intérieur d’une région géographique déterminée relevant de la juridiction de l’autorité qui accorde la subvention et que toute détermination de spécificité en vertu de cet article est clairement étayée par des éléments de preuve positifs.
143 En l’espèce, aux considérants 684 à 686 du règlement attaqué, la Commission a constaté que « [l]a reconnaissance et l’adoption de ces prêts par les pouvoirs publics indonésiens [impliquaient] que ces derniers aient la qualité d’autorités ayant accordé le financement préférentiel », que, « [e]n particulier, [lesdits pouvoirs publics avaient] reconnu et adopté la désignation par les pouvoirs publics chinois du parc de Morowali et d’IMIP en tant que territoire d’investissement à l’étranger et [avaient] approuvé la mise en œuvre complète de l’accord bilatéral et des autres documents bilatéraux y afférents par l’intermédiaire, entre autres, du financement préférentiel apporté par les pouvoirs publics chinois » et que « [c]es subventions étaient limitées aux sociétés exerçant des activités dans le parc de Morowali ».
144 Au considérant 717 du règlement attaqué, la Commission a rappelé que « les subventions passibles de mesures compensatoires faisant partie de la coopération entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois étaient spécifiques à la région, parce qu’elles étaient limitées aux sociétés éligibles formellement établies dans le parc de Morowali dans le cadre de la mise en œuvre du projet de développement réalisé par les pouvoirs publics des deux pays ».
145 Ces conclusions reposent sur l’analyse que la Commission a déjà exposée notamment dans le cadre des sections 4.3 à 4.5 du règlement attaqué, qui précède l’examen détaillé figurant à la section 4.6 de ce règlement.
146 En premier lieu, l’accès au minerai de nickel indonésien était l’un des objectifs majeurs motivant la coopération avec la Chine sur le projet lié au parc de Morowali, comme il ressort, en particulier, du considérant 498 du règlement attaqué.
147 En deuxième lieu, il ressort notamment des considérants 574 à 576, 588, 598, 608, 611, 620 ou 713 du règlement attaqué, qui se réfèrent à des éléments de preuve avancés lors de la procédure administrative, que la coopération économique sino-indonésienne concernait spécifiquement les activités réalisées dans les parcs industriels et que ce sont les sociétés qui y sont établies qui peuvent profiter notamment du financement préférentiel.
148 En troisième lieu, il découle notamment des considérants 498, 561, 563, 566, 568, 569, 575, 576, 578, 590 et 603 du règlement attaqué que parmi les domaines qui ont été soutenus au moyen de ce financement figurait l’industrie minière, y compris le nickel, la métallurgie et l’industrie de l’acier inoxydable.
149 En quatrième lieu, ainsi qu’en témoignent en particulier les considérants 322, 323, 581, 588, 589, 592, 595, 598 à 600, 603, 604, 615 à 620, 626, 634, 643, 654 à 658, 706 et 778 du règlement attaqué, dans le domaine de l’industrie de l’acier inoxydable, la coopération a spécifiquement débouché, en tant que projet pilote, sur la création du parc de Morowali, qui était une zone de coopération spécifiquement désignée comme telle tant par les autorités indonésiennes que chinoises.
150 En cinquième lieu, il découle du considérant 580 du règlement attaqué que les accords bilatéraux et les documents que la Commission a examinés démontrent que la coopération bilatérale s’est matérialisée dans des accords précisant les conditions et les contributions de chaque partie. Les documents couverts dans la section concernée du règlement attaqué confirment que les pouvoirs publics de part et d’autre ont conçu des accords spécifiques pour établir leurs politiques préférentielles favorisant des industries et des projets spécifiques couverts par cette coopération. Or, l’article 4, paragraphe 3, du règlement de base exige qu’une subvention soit limitée à certaines entreprises situées à l’intérieur d’une région géographique déterminée pour qu’elle puisse être considérée comme étant spécifique. Ainsi, il importe de savoir si le financement préférentiel tel que pratiqué dans le parc de Morowali est applicable dans n’importe quelle autre partie du territoire indonésien. Il n’a pas été démontré que tel était le cas en l’espèce, le constat effectué par la Commission concernant la spécificité régionale n’étant pas remis en question par l’application d’autres fonds ou programmes à d’autres industries ou aux autres parcs industriels.
151 En sixième lieu, la Commission a conclu au considérant 673 du règlement attaqué, en se référant aux enquêtes passées concernant la Chine, que le financement préférentiel chinois n’était pas mis en œuvre par des programmes de financement clairement définis, assortis de critères d’éligibilité stricts, mais plutôt par la détermination au plus haut niveau d’un certain nombre d’industries encouragées. La désignation officielle du parc de Morowali et d’IMIP en Indonésie en tant que zone d’investissement à l’étranger pour les sociétés chinoises, intervenue à la suite d’un accord commun entre les pouvoirs publics indonésiens et chinois pour soutenir le financement, s’inscrit parfaitement dans le schéma chinois habituel d’activation du financement préférentiel par les banques stratégiques chinoises.
152 Par ailleurs, eu égard à l’absence de coopération avec elle de la part des pouvoirs publics indonésiens et chinois, la Commission n’a pas reçu d’informations cruciales et nécessaires sur cet aspect de l’enquête, de sorte que, aux fins de l’établissement de ses conclusions sur l’enquête, elle a dû recourir aux données disponibles en vertu de l’article 28 du règlement de base (voir notamment considérants 550 à 559, 573, 634, 642, 657 à 659, 710, 718 à 722, 726, 773, 783, 785 et 792 à 796 du règlement attaqué). Or, ces pouvoirs publics ne devraient pas profiter de leur absence de coopération avec la Commission.
153 Compte tenu de ces circonstances, il était plausible pour la Commission de conclure que le financement préférentiel dont a bénéficié l’industrie de nickel et de l’acier inoxydable dans le parc de Morowali était limité aux entreprises établies dans ce parc et qu’il était donc régionalement spécifique. Il en va d’autant plus ainsi qu’il n’est pas contesté que l’autre producteur-exportateur retenu dans l’échantillon, mais qui n’est pas établi dans le parc de Morowali, n’a pas bénéficié dudit financement préférentiel.
154 Eu égard aux circonstances objectives du cas d’espèce invoquées par la Commission dans le règlement attaqué, la requérante ne saurait se borner à faire valoir que les mesures relevant du financement préférentiel en cause qui ont fait l’objet de droits compensateurs concernent un grand nombre d’initiatives. Il lui aurait fallu démontrer que le même financement n’était pas seulement disponible pour les entreprises établies dans le parc de Morowali.
155 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
Sur le huitième grief, tiré de l’absence d’établissement de conclusions concernant les subventions reçues au titre du financement préférentiel
156 La requérante fait valoir que la Commission n’a établi aucune conclusion concernant les subventions en cause. Elle aurait omis d’attribuer aux pouvoirs publics indonésiens un des régimes de subventions allégués en cause accordés par les pouvoirs publics chinois et aurait limité l’ensemble de son analyse figurant à la section 4.5 du règlement attaqué à des constatations générales concernant les relations bilatérales entre la Chine et l’Indonésie sans examiner un régime de subventions spécifique. En se fondant uniquement sur cette analyse générale et avant d’avoir apprécié les régimes de subventions allégués en cause à la section 4.6 du règlement attaqué, la Commission aurait conclu qu’il y avait des contributions financières qui conféraient des avantages et qui étaient spécifiques.
157 La Commission conteste les arguments de la requérante.
158 À cet égard, les sections 4.5 et 4.6 du règlement attaqué doivent être appréciées conjointement, puisqu’elles concernent le même sujet, à savoir le financement préférentiel. L’existence formelle de deux sections distinctes au sein du règlement attaqué ne relève pas d’une question d’analyse, mais d’une question rédactionnelle. Comme le fait valoir à juste titre la Commission, la section 4.5 du règlement attaqué intègre l’analyse effectuée par la Commission en ce qui concerne le financement préférentiel dans la section 4.6 du même règlement. De plus, la Commission se fonde également sur l’analyse effectuée dans la section 4.3 du règlement attaqué. Au considérant 723 de ce règlement, la Commission fait référence à l’examen plus détaillé des subventions concernées dans la section suivante, soit la section 4.6 relative au financement préférentiel.
159 En tout état de cause et contrairement à ce qu’allègue la requérante, eu égard au degré de l’absence de coopération auquel la Commission s’est heurtée pendant la procédure administrative, il ne saurait être considéré comme insuffisant pour la Commission de démontrer que les autorités indonésiennes ont déployé des efforts considérables afin de recevoir le financement préférentiel originaire de la Chine englobant l’ensemble des régimes de subventions qu’il concerne, sans démontrer une incitation concrète pour chaque régime de subvention particulier. Il n’est d’ailleurs aucunement exclu qu’un ensemble de mesures indonésiennes conditionnent tout un ensemble de mesures chinoises sans qu’il puisse être possible d’opérer une attribution claire, voire individuelle. De plus, c’est précisément dans le cadre d’un tel subventionnement transfrontalier qu’il existe un risque que l’étendue exacte de la collusion soit dissimulée afin que les régimes de subventions puissent échapper au champ d’application du règlement de base, voire de l’accord SMC, afin d’éviter des mesures compensatoires. Il nuirait fortement à l’efficacité du droit de défense commerciale de l’Union si la Commission devait démontrer une incitation spécifique à chaque moyen de financement accordé par l’État tiers.
160 Le présent grief doit donc être rejeté.
161 Partant, il y a lieu d’écarter la seconde branche du premier moyen et, partant, ledit moyen dans son ensemble.
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation de l’article 3, point 2, de l’article 6, sous a), b) et d), et de l’article 15, paragraphes 1 et 2, du règlement de base
162 La requérante reproche, en substance, à la Commission de s’être appuyée sur des références erronées pour calculer l’avantage et le montant des subventions passibles de mesures compensatoires.
163 Le présent moyen est articulé en cinq branches, qui concernent, la première, les prêts accordés par les banques stratégiques chinoises à la requérante et aux sociétés affiliées, la deuxième, les coûts des lignes de crédit, la troisième, l’aide aux investissements en capital sous forme de prise de participation des pouvoirs publics et de l’achat du matériel de production pour un prix moins qu’adéquat, la quatrième, la fourniture de minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate et, la cinquième, la fourniture de terrains moyennant une rémunération moins qu’adéquate.
164 Les trois premières branches du présent moyen sont relatives aux régimes d’aide, qui appartiennent au financement préférentiel et qui sont donc liés au premier moyen. Les deux dernières branches du présent moyen concernent, quant à elles, des régimes d’aide purement indonésiens et qui ne dépendent pas du premier moyen.
Sur la première branche, concernant les prêts accordés par les banques stratégiques chinoises à la requérante et aux sociétés affiliées
165 La requérante reproche, en premier lieu, à la Commission d’avoir, en substance, exclu erronément les taux d’intérêts sur les prêts en dollars américains (USD) émis par les banques indonésiennes au cours de la période d’enquête, au motif que les prêts des pouvoirs publics ont été accordés en Chine par ses établissements financiers. Selon elle, l’article 6, sous b), du règlement de base n’exige pourtant pas que les prêts fondés sur le marché aient été obtenus dans le pays qui les accorde.
166 En deuxième lieu, la requérante estime que la Commission n’a, à tort, pas fondé son appréciation du profil de risque de crédit de la requérante sur les rapports de notation établis pour les sociétés du groupe de la requérante par une agence de notation indonésienne.
167 En troisième lieu, la catégorie de notation CCC aurait été arbitraire en ce qui concerne l’entreprise en démarrage alléguée du groupe IRNC. La Commission aurait confondu deux notions, à savoir celle d’« entreprise en démarrage » et celle de « phase de démarrage d’une entreprise existante ». Des risques seraient susceptibles de surgir au cours de cette phase, mais ils seraient bien moins importants que ceux d’une entreprise en démarrage.
168 En quatrième lieu, ce serait en commettant deux erreurs que la Commission aurait encore ajouté une prime de risque-pays liée à l’investissement en Indonésie. Premièrement, la référence fondée sur le marché ne devrait pas être liée au pays de l’autorité qui accorde les prêts et ne devrait pas, par conséquent, forcément être fondée sur la perspective des établissements financiers chinois. Eu égard à l’article 6 du règlement de base, cette référence devrait plutôt être examinée par rapport à ce que le bénéficiaire peut obtenir. Deuxièmement, il ressortirait des considérants 741 et 743 du règlement attaqué que le risque émanant d’un marché émergent, tel que l’Indonésie, a déjà été pris en compte dans la notation de crédit ajustée. Cela ressortirait de la prise en compte d’éléments tels que le fait que l’investissement aurait été un investissement de création, qui impliquerait précisément la création d’une filiale dans un autre pays que celui dans lequel la société qui investit serait établie, et le fait que le facteur de risque serait lié à l’Indonésie en tant que marché émergent, spécifié au considérant 741 dudit règlement. Le facteur de risque aurait été compté deux fois dans la référence finale.
169 La Commission conteste les arguments de la requérante.
170 À cet égard, en ce qui concerne le premier grief, l’article 3 du règlement de base dispose qu’une subvention est réputée exister en présence d’une « contribution financière » ou d’un « soutien des revenus ou […] des prix » des pouvoirs publics et si un « avantage » est ainsi conféré. Les articles 6 et 7 dudit règlement précisent les modalités de calcul de l’« avantage » conféré.
171 L’article 6 du règlement de base énonce des règles pour déterminer, selon le type de mesure concerné, si celle-ci peut être regardée comme un « avantage conféré au bénéficiaire ». Conformément à ces règles, un avantage existe si, concrètement, le bénéficiaire a reçu une contribution financière lui permettant d’obtenir des conditions plus favorables que celles auxquelles il aurait accès sur le marché (voir arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, point 200 et jurisprudence citée).
172 L’article 6, sous b), du règlement de base et l’article 14, sous b), de l’accord SMC disposent tous deux qu’« un prêt des pouvoirs publics n’est pas considéré comme conférant un avantage, à moins qu’il n’existe une différence entre le montant que l’entreprise bénéficiaire paie sur le prêt des pouvoirs publics et le montant qu’elle paierait sur un prêt commercial comparable qu’elle pourrait effectivement obtenir sur le marché », et que, « [d]ans ce cas, l’avantage correspond à la différence entre ces deux montants » (arrêt du 11 octobre 2012, Novatex/Conseil, T‑556/10, non publié, EU:T:2012:537, point 119).
173 Il ressort du rapport de l’Organe d’appel de l’OMC adopté le 25 mars 2011 dans le différend intitulé « États-Unis – Droits antidumping et droits compensateurs définitifs visant certains produits en provenance de Chine » (WT/DS379/AB/R, points 478 et 480) qu’un prêt confère un avantage uniquement lorsque et dans la mesure où il a été accordé à des conditions qui ne sont pas disponibles par ailleurs sur le marché. Un prêt de référence au sens de l’article 14, sous b), de l’accord SMC doit être un prêt que l’entreprise pourrait effectivement obtenir sur le marché. L’emploi du conditionnel « pourrait » donner à penser qu’un prêt de référence au sens de cette disposition n’a pas besoin d’être dans tous les cas un prêt qui existe ou qui peut en fait être obtenu sur le marché. Il s’agit avant tout du profil de risque de l’emprunteur, c’est-à-dire de savoir si le prêt de référence est un prêt qui pourrait être obtenu par l’emprunteur recevant le prêt des pouvoirs publics visé par l’enquête. Ainsi, l’article 14, sous b), de l’accord SMC n’exclut pas la possibilité d’utiliser comme points de référence des taux d’intérêt sur des prêts commerciaux qui ne sont pas effectivement disponibles sur le marché où se trouve l’entreprise, tels que, par exemple, des prêts sur d’autres marchés ou des indicateurs supplétifs construits.
174 L’article 6, sous b), du règlement de base, en ce qu’il ne précise pas non plus le marché concret de référence, doit être interprété dans le même sens.
175 Par ailleurs, il ressort du rapport de l’Organe d’appel de l’OMC adopté le 1er juin 2011 dans le différend intitulé « Communautés européennes et certains États membres – mesures affectant le commerce des aéronefs civils gros porteurs » (WT/DS316/AB/R, point 834) que le montant que le bénéficiaire aurait payé sur un prêt commercial est fonction de la taille du prêt, du taux d’intérêt, de la durée et des autres conditions pertinentes de la transaction. Ces conditions concernent également le niveau de risque de l’emprunteur. L’article 6, sous b), du règlement de base étant une disposition qui correspond à l’article 14, sous b), de l’accord SMC, il convient de l’interpréter à la lumière de la pratique décisionnelle de l’ORD concernant cette dernière disposition.
176 En l’espèce, il ressort du considérant 732 du règlement attaqué que la Commission a d’abord examiné si les sociétés du groupe IRNC avaient bénéficié de meilleures conditions que celles qu’elles auraient obtenues sur le marché financier indonésien. Selon les informations communiquées par les pouvoirs publics indonésiens, les taux d’intérêt moyens sur les prêts en USD émis par les banques commerciales indonésiennes au cours de la période considérée étaient globalement conformes à ceux payés par les sociétés de ce groupe.
177 Toutefois, la Commission a considéré, au considérant 733 du règlement attaqué, que ces statistiques fournies par les pouvoirs publics indonésiens ne reflétaient pas les circonstances particulières de l’espèce, et plus particulièrement les facteurs de risque mis en évidence aux considérants 737 à 742 de ce règlement.
178 Ces facteurs de risque avaient trait notamment à l’investissement de création comportant des risques élevés, qui devaient être atténués par le soutien des pouvoirs publics indonésiens et chinois, l’Export-Import Bank of China (ci-après l’« Eximbank China ») et les prêts d’actionnaire, aux fluctuations de prix des produits de nickel sur le marché mondial et des coûts de production, aux facteurs macroéconomiques tels que les attentes en matière d’inflation, les taux d’intérêt et la demande et l’offre mondiales et régionales de produits de base, ainsi qu’aux conditions économiques générales mondiales. De même, le prix bas du minerai de nickel, nécessaire pour la production du groupe IRNC, serait dû à l’intervention des pouvoirs publics indonésiens, sans le soutien desquels ledit groupe n’aurait pas pu investir d’importantes sommes d’argent pour construire ses usines sans d’ailleurs disposer des permis de construire. En outre, un risque juridique et économique supplémentaire découle, selon la Commission, de la situation de l’Indonésie en tant que marché émergent.
179 Or, selon le considérant 733 du règlement attaqué, les statistiques fournies par les autorités indonésiennes ont concerné une multitude de prêts, y compris les prêts aux petites et moyennes entreprises (PME), dont les montants, la durée, l’objet, le risque de crédit, etc. varient, ce que la requérante ne conteste pas. Aucune information n’a été fournie non plus sur les prêts destinés à des situations de démarrage nécessitant des montants importants de financement avec un risque sous-jacent énorme. En outre, les informations sur les prêts en Indonésie ne concernent que les prêts accordés par les banques nationales à leurs clients nationaux et ne tiennent donc pas compte du fait que, en l’espèce, les prêts étaient accordés par des établissements financiers chinois à des clients étrangers.
180 La Commission a également constaté, au considérant 733 du règlement attaqué, l’effort que les pouvoirs publics indonésiens avaient entrepris afin que les pouvoirs publics chinois financent les investissements nécessaires pour que les sociétés chinoises apportent leur capacité de fusion en Indonésie, si bien qu’il avait semblé raisonnable de conclure qu’aucun prêteur privé en Indonésie n’aurait accordé des prêts similaires aux producteurs-exportateurs. Le caractère pertinent des informations des pouvoirs publics indonésiens sur les taux d’intérêts ayant été écarté, la Commission a, compte tenu des circonstances exceptionnelles mentionnées au considérant 682 dudit règlement, calculé le montant de la subvention passible de mesures compensatoires eu égard au fait que les bénéficiaires avaient obtenu le financement préférentiel en Chine, c’est-à-dire en établissant le point de référence pour la comparaison en Chine (considérant 734 de ce règlement ).
181 La requérante ne démontre pas que ces conclusions sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.
182 En effet, la Commission a examiné, aux considérants 732 à 742 du règlement attaqué, les conditions pertinentes de la transaction telles qu’exposées au point 175 ci-dessus. Contrairement à ce que soutient la requérante, la Commission a pris en compte la situation particulière de l’espèce et a analysé le caractère approprié d’une référence de comparaison basée sur les statistiques indonésiennes du point de vue du groupe IRNC. La requérante n’a pas démontré que la conclusion de la Commission selon laquelle ce groupe n’aurait pas pu recevoir des prêts similaires sur le marché indonésien est dépourvue de plausibilité. La requérante n’a d’ailleurs présenté aucun élément de preuve au cours de la procédure administrative ou devant le Tribunal attestant que ledit groupe aurait pu recevoir, eu égard notamment à l’ampleur des prêts et à sa situation de risque, appréciée sans le soutien des pouvoirs publics indonésiens et chinois, des prêts similaires sur le marché indonésien. De plus, ainsi que la Commission l’a indiqué au considérant 733 du règlement attaqué, étant donné que les pouvoirs publics indonésiens ont veillé à ce que les pouvoirs publics chinois financent les investissements nécessaires pour que les sociétés chinoises apportent leur capacité de fusion en Indonésie, il est raisonnable de conclure qu’aucun prêteur privé en Indonésie n’aurait accordé des prêts similaires aux producteurs‑exportateurs. Or, selon l’article 6, sous b), du règlement de base, un financement que le bénéficiaire aurait effectivement pu obtenir doit être recherché comme référence.
183 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
184 Par son deuxième grief, la requérante soutient, en substance, que c’est à tort que la Commission a écarté les informations qu’elle avait reçues des sociétés du groupe IRNC dans le cadre de l’établissement du profil de risque de groupe et qu’elle s’est basée sur des circonstances hypothétiques.
185 À cet égard, la Commission a tout d’abord constaté, au considérant 737 du règlement attaqué, qu’elle n’avait pas reçu l’ensemble des informations nécessaires sur la notation des entreprises du groupe IRNC. En effet, parmi les rapports de notation pour les années 2017 à 2020 que la requérante et quatre autres entités qui lui étaient liées auraient soumis, un seul rapport de notation aurait été complet. De plus, ce dernier aurait indiqué le soutien par l’Eximbank China et les prêts d’actionnaire en tant que facteur favorable. Ensuite, la Commission a relevé l’existence des facteurs de risque et des avantages que la requérante n’aurait pas reçus sans l’intervention des pouvoirs publics chinois et indonésiens, rappelés au point 178 ci-dessus (considérants 738 à 741 du règlement attaqué). Enfin, elle a, aux considérants 742 à 746 de ce règlement, établi que la notation des sociétés dudit groupe relevait de la catégorie CCC pour la période de démarrage et de la catégorie B pendant la période d’enquête. Dans le cadre de sa réponse aux observations de la requérante pendant la procédure administrative, elle a encore précisé, au considérant 757 du même règlement, sa méthode consistant à effectuer des évaluations individuelles des sociétés dans un groupe et soit à déterminer un seul indicateur de référence pour le groupe entier sur la base de cette évaluation, soit à moduler l’indicateur de référence sur la base des circonstances particulières des sociétés individuelles dans le groupe en question.
186 Contrairement à ce que soutient la requérante, rien dans le règlement attaqué ne suggère que la Commission n’a pas pris en compte les documents figurant à l’annexe A.14 de la requête, voire qu’elle les a écartés. Au contraire, il ressort dudit règlement que la Commission a pris en compte ces documents et a pris position sur ceux-ci. En effet, étant plutôt en désaccord avec l’analyse que lesdits documents contenaient et avec les conclusions auxquelles ils étaient arrivés, la Commission l’a clairement exprimé aux considérants 737 à 746 de ce règlement. En particulier, elle a bien expliqué les raisons qui l’ont amenée à conclure que les rapports de notation en cause n’étaient pas crédibles. Selon elle, en substance, certains facteurs positifs figurant dans ces rapports de notation découlaient du soutien des autorités indonésiennes et chinoises, comme le soutien par l’Eximbank China ou par les prêts d’actionnaires (considérants 737 et 738 du règlement attaqué). Il en irait de même des risques pesant sur les entreprises du groupe de la requérante qui seraient atténués par lesdites autorités, comme la situation d’investissement de création et de démarrage (considérants 738, 742 et 743 du règlement attaqué), l’incertitude quant au prix du minerai de nickel que les autorités indonésiennes auraient réussi à faire livrer auxdites entreprises pour une rémunération moins qu’adéquate (considérant 739 dudit règlement), la possibilité de construire des usines même en l’absence d’un permis de construire (considérant 740 du règlement attaqué), le risque d’investissement dans un environnement juridique étranger, dont le risque de nationalisations dans le secteur (considérants 425 à 434 et 741 du règlement attaqué) ou le non-respect constaté des échéances de remboursement de ces prêts (considérant 743 du règlement attaqué), suivi des remises de dettes (considérant 744 du règlement attaqué). Il s’agit effectivement de facteurs qui pouvaient vicier le caractère pertinent des rapports soumis par les sociétés du groupe de la requérante.
187 Bien que la Commission ait normalement établi d’abord une notation pour chaque entreprise du groupe (considérant 757 du règlement attaqué), les informations reçues par cette dernière étaient très incomplètes, comme il ressort du considérant 737 dudit règlement. Ainsi qu’il découle en substance du considérant 743 de ce règlement, la Commission s’est en fait engagée dans l’établissement d’une notation pour le groupe IRNC dans son ensemble, ce qui est d’ailleurs compatible avec la méthode expliquée au considérant 757 du même règlement, consistant notamment à moduler l’indicateur de référence sur la base des circonstances particulières des sociétés individuelles dans le groupe. Dans ces conditions, il est encore plus compréhensible que la Commission n’ait pas accepté telle quelle l’analyse figurant dans les rapports de notation en cause, mais qu’elle ait conduit sa propre évaluation du risque de crédit du groupe IRNC. En effet, il ne saurait lui être reproché de ne pas avoir extrapolé lesdits rapports de notation concernant, tout au plus, deux sociétés dudit groupe, qui ne donnaient pas, selon elle, une image fidèle desdites sociétés, à l’ensemble des sociétés de ce groupe, voire au groupe concerné en tant que tel.
188 Si la requérante soutient, en substance, que la Commission n’a pas pris en compte certains facteurs, qui auraient été positifs dans les rapports de notation en cause, il convient de rappeler que la Commission n’est pas tenue de répondre explicitement à chaque argument avancé par les parties (voir, en ce sens, arrêt du 22 juin 2022, thyssenkrupp/Commission, T‑584/19, non publié, EU:T:2022:386, point 64). Il suffit qu’elle expose les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de sa décision, à savoir le règlement attaqué (voir, en ce sens, arrêt du 23 mai 2019, KPN/Commission, T‑370/17, EU:T:2019:354, point 140), ce qu’elle a fait en l’espèce. Le fait d’attribuer à certains facteurs un autre poids, voire une autre signification, appartient à la large marge d’appréciation dont dispose la Commission en la matière (voir points 23 à 27 ci-dessus).
189 En l’espèce, la requérante n’a démontré aucune inexactitude des faits retenus par la Commission ni erreur manifeste d’appréciation dans son analyse. La conclusion selon laquelle le profil de risque des entreprises du groupe de la requérante n’est pas aussi bon que celui découlant des rapports et des certificats de notation produits par celle-ci est, sur la base des informations et de l’analyse présentées par la Commission, tout à fait plausible.
190 Par ailleurs, le fait d’inviter le Tribunal dans les circonstances de la présente affaire à constater qu’un facteur négatif donné ne devrait conduire tout au plus qu’à une certaine diminution de la notation revient en réalité à l’inviter à substituer sa propre appréciation à celle de la Commission, ce qui va au-delà des compétences de ce dernier (voir point 28 ci-dessus).
191 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
192 Dans le cadre du troisième grief, la requérante conteste, en substance, la catégorie de notation CCC que le groupe IRNC s’est vu attribuer pendant la période de démarrage.
193 À cet égard, le présent grief part d’une prémisse erronée en ce que la requérante fait valoir que la Commission a confondu les notions d’« entreprise en démarrage » et de « période de démarrage d’une entreprise existante ». En effet, si la Commission a certes fait, au considérant 742 du règlement attaqué, référence à une entité en démarrage, elle a toutefois clairement expliqué, notamment aux considérants 743 et 757 dudit règlement, qu’elle considérait que le groupe IRNC était dans une situation « similaire » à celle des investissements de démarrage en capital-investissement. Elle a donc pris en compte son appartenance au groupe Tsingshan, mais a estimé au considérant 757 de ce règlement que, s’agissant de la nature de l’investissement, qui était un investissement de création dans un autre pays, à savoir l’Indonésie, les risques de crédit encourus étaient plus grands.
194 En particulier, il convient d’approuver la conclusion de la Commission figurant au considérant 757 du règlement attaqué selon laquelle l’appartenance d’une société à un groupe plus large n’a pas d’incidence sur le fait que certains projets réalisés par ledit groupe, tels que le lancement d’une usine, sont plus risqués que d’autres. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit d’un investissement dans un autre pays. Dans ces circonstances, les éléments mis en avant par la requérante n’ont pas pu infléchir le résultat de l’analyse menée par la Commission prenant en considération les différents facteurs de risque mentionnés au point 178 ci-dessus. Il convient également d’ajouter que la requérante n’est pas fondée à lui reprocher de ne pas avoir accepté telles quelles les informations et analyses figurant dans les rapports de notation, qui ne pouvaient d’ailleurs donner qu’une image fragmentaire du groupe IRNC. L’importance de l’appartenance au groupe Tsingshan pour la notation de crédit finale est d’autant moins déterminante qu’aucune des sociétés mères dans ce groupe n’a coopéré dans l’enquête. La conclusion de la Commission selon laquelle, pendant la période de démarrage de ses activités dans le parc de Morowali, le groupe IRNC devait se voir attribuer la catégorie de notation CCC n’est ainsi pas privée de plausibilité.
195 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
196 Dans le quatrième grief, la requérante soutient, en substance, que la Commission n’aurait pas dû ajouter une prime de risque liée à un investissement à l’étranger, et notamment en Indonésie, aux taux d’intérêts établis.
197 Au considérant 741 du règlement attaqué, la Commission a indiqué que « l’Indonésie [était] un marché émergent et [que], par conséquent, investir en Indonésie [impliquait] un risque plus important que d’investir dans des marchés plus développés, y compris, dans certains cas, un risque juridique et économique significatif », que « [l]’industrie minière [était] fortement réglementée en Indonésie et [évoluait] en permanence », que « [l]e groupe IRNC [était] un investissement étranger » et que, « dans certains secteurs de l’économie indonésienne, il [existait] des restrictions concernant la détention d’actions des entreprises étrangères ». Cette analyse est également reflétée au considérant 746 dudit règlement.
198 C’est en prenant en compte cette analyse que la Commission a défini, aux considérants 737 à 746 du règlement attaqué, les notations pour le groupe IRNC.
199 Au considérant 747 du règlement attaqué, la Commission a conclu que « les prêts accordés par des établissements financiers chinois [étaient] normalement accordés à des sociétés chinoises implantées sur le marché intérieur chinois », que « [l]e groupe IRNC, au contraire, [était] situé en Indonésie, et [présentait] donc un risque de crédit différent de celui des sociétés chinoises, lié aux conditions extérieures prévalant dans le pays même, comme [il avait été souligné] au considérant 741 [du règlement attaqué] » et que, « [a]fin de tenir compte de l’environnement du risque de crédit spécifique existant en Indonésie, [elle avait] donc ajouté une marge au taux de référence établi pour les sociétés chinoises retenues dans l’échantillon, afin d’intégrer le risque-pays dans le taux du marché ».
200 À titre liminaire, il convient de rejeter l’argument de la Commission selon lequel le présent grief est irrecevable. En effet, aucune disposition du droit de l’Union n’impose à une partie intéressée dans une enquête antisubventions, destinataire d’un document d’information finale ou complémentaire, de contester ses différents éléments de fait ou de droit au cours de la procédure administrative, sous peine de ne plus pouvoir le faire ultérieurement au stade de la procédure juridictionnelle [arrêt du 21 septembre 2022, Portugal/Commission (Zone Franche de Madère), T‑95/21, EU:T:2022:567, point 182 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêts du 1er juillet 2010, Knauf Gips/Commission, C‑407/08 P, EU:C:2010:389, points 89 à 92, et du 11 juillet 2013, Ziegler/Commission, C‑439/11 P, EU:C:2013:513, point 57].
201 En premier lieu, l’argument par lequel la requérante soutient que la référence fondée sur le marché ne doit pas forcément être liée au pays dont l’autorité accorde les prêts, c’est-à-dire la Chine, doit être rejeté mutatis mutandis pour les mêmes raisons que celles figurant aux points 173, 175 et 182 ci-dessus. En effet, il est raisonnable de considérer que le groupe IRNC n’aurait pas obtenu sur le marché indonésien des prêts similaires à ceux dont il a bénéficié, comme la Commission l’a conclu au considérant 733 du règlement attaqué. Ainsi, la Commission n’a commis aucune erreur manifeste d’appréciation en fixant le point de référence sur la base des investisseurs du marché chinois.
202 En second lieu, la requérante soutient que le facteur de risque d’investissement en Indonésie a été pris en compte deux fois dans la définition des taux d’intérêts de référence pour la comparaison au sens de l’article 6, sous b), du règlement de base (voir point 168 ci-dessus).
203 En l’occurrence, le risque relatif à l’investissement en Indonésie est effectivement mentionné tant dans la partie du raisonnement de la Commission qui est relative à l’établissement de la notation de crédit que dans celle qui concerne la prime de risque-pays.
204 À la suite d’une question du Tribunal, la Commission a précisé que, dans l’enquête ayant abouti à l’adoption de son règlement d’exécution (UE) 2020/776, du 12 juin 2020, instituant un droit compensateur définitif sur les importations de certains tissus en fibres de verre tissées et/ou cousues originaires de la République populaire de Chine et d’Égypte et modifiant son règlement d’exécution (UE) 2020/492 instituant des droits antidumping définitifs sur les importations de certains tissus en fibres de verre tissées et/ou cousues originaires de la République populaire de Chine et d’Égypte (JO 2020, L 189, p. 1), certaines banques chinoises avaient coopéré et avaient révélé qu’elles avaient pris en compte le risque-pays lié à l’investissement en Égypte pour déterminer le taux du financement. Elle a indiqué qu’elle en avait déduit, en dépit de l’absence de coopération des banques chinoises dans l’enquête ayant mené au règlement attaqué, que celles-ci tenaient également compte du risque-pays spécifique lié aux investissements réalisés en Indonésie. Elle a, par ailleurs, précisé, au point 23 de sa réponse aux questions, que son calcul du montant de l’avantage offert se composait de deux éléments distincts, à savoir, premièrement, d’une marge pour le risque-pays, établi pour un pays donné sur la base d’une évaluation pays par pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et, deuxièmement, d’un facteur de risque pour la situation individuelle du groupe IRNC, reflétée par la notation de crédit. Ainsi, la Commission est partie du principe qu’une banque commerciale chinoise agissant en tant qu’opérateur économique aurait, pour calculer le risque de l’investissement, tenu compte tant de la notation résultant de la situation individuelle du groupe IRNC, qui ne peut pas être établie sans tenir compte du contexte du marché indonésien sur lequel ce groupe agit, que du risque-pays spécifique. Étant donné que l’objectif de la Commission est de déterminer le plus précisément possible le montant de l’avantage conféré, cette approche et cette explication sont plausibles. À cet égard, la fixation de la notation de crédit résultant de la situation individuelle du groupe IRNC en tenant compte du contexte du marché indonésien ne permet pas de conclure que la Commission a commis une erreur manifeste dans la définition des taux d’intérêts de référence. Prenant en compte le contexte de la présente affaire, il en va d’autant plus ainsi que la Commission pouvait légitimement considérer qu’il n’était pas nécessaire de fournir des explications supplémentaires à cet égard, étant donné que la requérante n’a pas contesté ce point lors de la procédure administrative [voir, en ce sens, arrêt du 2 octobre 2024, CCCME e.a./Commission, T‑263/22, EU:T:2024:663, point 261].
205 Ainsi, le présent grief doit être rejeté, de même que la première branche du deuxième moyen dans son ensemble.
Sur la deuxième branche, concernant les coûts des lignes de crédit
206 La requérante soutient que la Commission a commis trois erreurs manifestes d’appréciation, menant à ce que les conditions commerciales utilisées comme référence soient incomparables à celles pour l’obtention de facilités de crédit ou pour la levée de financement à court terme par la requérante en Indonésie ou en Chine.
207 En premier lieu, la requérante estime qu’un emprunteur ne doit pas forcément disposer d’une ligne de crédit ou d’un découvert avant de pouvoir emprunter auprès d’un établissement financier. Cependant, le fait qu’une société ouvre auprès d’une banque une ligne de crédit lui permettant de bénéficier d’une facilité financière ne signifierait pas forcément que l’ensemble du financement à court terme de cette société par la même banque soit régi exclusivement par la ligne de crédit. La Commission aurait également commis une erreur en estimant que, lorsque le montant des financements à court terme de la société dépassait la limite de la ligne de crédit, le montant excédentaire devait également être couvert par la ligne de crédit.
208 En deuxième lieu, il ne serait pas d’usage sur le marché qu’une banque perçoive une commission d’arrangement ou de renouvellement pour une ligne de crédit ou une facilité de découvert, particulièrement lorsqu’une grande société avisée, telle que le groupe IRNC, négocie avec une grande banque avisée.
209 En troisième lieu, il ressortirait des informations de base provenant de Barclays Bank et invoquées par la Commission que les facilités de découvert concernent les services bancaires aux particuliers et non aux entreprises, telles que la requérante.
210 La Commission conteste les arguments de la requérante.
211 À cet égard, il ressort des considérants 761 à 768 du règlement attaqué que la Commission a établi que les établissements financiers chinois avaient accordé des lignes de crédit au groupe IRNC dans le cadre de l’octroi de financements à court terme, autorisant les sociétés dudit groupe à utiliser divers instruments de la dette dans les limites d’un montant maximal déterminé. Considérant que tous les financements à court terme devraient normalement être couverts par une ligne de crédit, la Commission a comparé le montant des lignes de crédit mises à la disposition des sociétés ayant coopéré au cours de la période d’enquête avec le montant des financements à court terme qu’elles ont utilisé au cours de la même période afin de déterminer si tous les financements à court terme étaient couverts par une ligne de crédit. Lorsque le montant des financements à court terme dépassait la limite de la ligne de crédit, la Commission a augmenté le montant de la ligne de crédit existante à hauteur du montant effectivement utilisé. Alors que, dans des conditions de marché normales, les lignes de crédit seraient soumises à une commission d’arrangement ou d’engagement pour compenser les coûts et les risques de la banque, liés à l’ouverture d’une ligne de crédit, ainsi qu’à une commission de renouvellement perçue annuellement pour le renouvellement de la validité des lignes de crédit, la Commission a constaté que ce groupe en bénéficiait la plupart du temps à titre gratuit. Selon elle, un avantage, au sens de l’article 6, sous d), du règlement de base, a donc été conféré au groupe en question. La Commission s’est appuyée sur l’article 6, sous d), second alinéa, ii), dudit règlement pour considérer que l’avantage conféré aux bénéficiaires correspondait à la différence entre le montant qu’ils avaient payé comme commission pour l’ouverture ou le renouvellement de lignes de crédit par les établissements financiers chinois et celui qu’ils paieraient sur une ligne de crédit commerciale comparable obtenue à un taux de marché non faussé. Les références appropriées relatives à la commission d’arrangement et à la commission de renouvellement ont été établies en se fondant sur des données accessibles au public et sur les références utilisées lors d’enquêtes précédentes. La Commission a établi que ces deux commissions étaient, en principe, payables sur la base de sommes forfaitaires dues respectivement au moment de l’ouverture d’une nouvelle ligne de crédit ou du renouvellement d’une ligne de crédit existante. Aux fins du calcul, la Commission a tenu compte des lignes de crédit qui avaient été ouvertes ou renouvelées avant la période d’enquête, mais qui étaient disponibles pour les groupes retenus dans l’échantillon pendant ladite période, ainsi que de celles qui ont été ouvertes pendant cette période. Elle a ensuite calculé l’avantage sur la base de la partie de la période d’enquête durant laquelle la ligne de crédit était disponible.
212 En premier lieu, il y a lieu de relever que l’analyse de la Commission mentionnée au point 211 ci-dessus est fondée sur l’article 6, sous d), du règlement de base, qui concerne notamment la fourniture de services moyennant une rémunération moins qu’adéquate. Néanmoins, la requérante fait remarquer au point 55 de la réplique que « le régime des coûts des lignes de crédit [relève de l’article 6, sous b), dudit règlement], à savoir les prêts des pouvoirs publics à des conditions préférentielles ».
213 Toutefois, d’une part, la requérante ne fait pas valoir que l’analyse de la Commission figurant aux considérants 764 et 765 du règlement attaqué est erronée sur ce point. D’autre part, eu égard aux arguments avancés par la requérante, la question du choix entre l’article 6, sous b) et d), du règlement de base comme fondement de ladite analyse n’a aucune incidence sur la solution. En particulier, il ressort de la jurisprudence citée au point 171 ci-dessus que, conformément aux règles figurant à l’article 6 du règlement de base, un avantage existe si, concrètement, le bénéficiaire a reçu une contribution financière lui permettant d’obtenir des conditions plus favorables que celles auxquelles il aurait accès sur le marché. Tel est le cas tant pour l’article 6, sous b), dudit règlement que pour l’article 6, sous d), de ce règlement. Tant pour l’octroi des prêts que pour la fourniture des services, la référence de comparaison doit être trouvée parmi les prêts ou les services disponibles pour le bénéficiaire sur un marché auquel il a accès.
214 En deuxième lieu, eu égard à la jurisprudence citée au point 200 ci-dessus, la circonstance que la requérante n’a pas soulevé de critique à l’encontre de l’analyse de la Commission concernant les coûts des lignes de crédit au cours de la procédure administrative n’entraîne pas l’irrecevabilité de la présente branche, contrairement à ce que soutient en substance la Commission.
215 Cependant, la requérante soumet, à l’appui de la présente branche, des documents qu’elle n’a pas présentés au cours de la procédure administrative, bien qu’elle y ait participé, et à l’égard desquels elle ne soutient pas qu’ils n’étaient pas disponibles à ce moment. Il s’agit de l’annexe A.16 de la requête et d’une adresse Internet de la Barclays Bank figurant à la note en bas de page no 74 au point 70 de la réplique. Il ressort de la jurisprudence que, dans le cadre d’un recours en annulation, la légalité d’un acte de l’Union doit être, en principe, appréciée en fonction des éléments de fait et de droit existant à la date à laquelle l’acte a été adopté et dont l’organe de l’Union, son auteur, disposait ou pouvait disposer à ce moment (voir arrêts du 10 septembre 2024, Commission/Irlande e.a., C-465/20 P, EU:C:2024:724, point 183 ; du 12 février 2014, Beco/Commission, T‑81/12, EU:T:2014:71, point 44 et jurisprudence citée, et du 20 mars 2019, Foshan Lihua Ceramic/Commission, T‑310/16, EU:T:2019:170, point 129 et jurisprudence citée). S’agissant, en particulier, de l’adoption des droits compensateurs, le règlement de base prévoit une obligation à la charge de la Commission d’établir, dans le cadre d’une enquête qu’elle doit mener, l’existence d’une subvention, d’un préjudice et d’un lien de causalité entre les importations faisant objet d’une subvention et le préjudice. Il en découle une obligation pour la Commission d’examiner d’office toutes les informations pertinentes dont elle ne dispose pas, mais auxquelles elle peut avoir elle-même accès (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 21 septembre 2023, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, C‑478/21 P, EU:C:2023:685, points 136 et 137).
216 Cependant, l’obligation d’examen d’office n’a trait qu’aux informations auxquelles elle peut avoir elle-même accès qui sont pertinentes pour son enquête. La pertinence de telles informations dépend, notamment, du contenu ainsi que de la fiabilité des renseignements et des éléments de preuve dont elle dispose déjà à la suite de la coopération des parties intéressées à cette enquête. De plus, cette obligation d’examen d’office doit se concilier avec les autres obligations que lui impose le règlement de base, en particulier celle de respecter le délai d’enquête visé à l’article 11, paragraphe 9, de ce règlement (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 21 septembre 2023, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, C‑478/21 P, EU:C:2023:685, points 138 et 139).
217 C’est dans cette perspective que le règlement de base prévoit un ensemble de droits procéduraux visant à mettre les parties intéressées en mesure de faire valoir leurs observations et de fournir à la Commission des éléments factuels avant l’adoption des droits compensateurs (voir, en ce sens, arrêts du 21 septembre 2023, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, C‑478/21 P, EU:C:2023:685, points 139 et 140, et du 19 mai 2021, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, T‑254/18, EU:T:2021:278, point 178). Il s’ensuit que, en matière d’institution de droits compensateurs, un requérant ne saurait se prévaloir pour la première fois devant le Tribunal d’éléments factuels auxquels la Commission ne pouvait avoir elle-même accès, lorsqu’il a eu la possibilité de participer à l’enquête et pouvait en disposer au cours de cette dernière, mais ne les a pas signalés à la Commission.
218 Il en va d’autant plus ainsi eu égard aux capacités limitées de la Commission en termes de personnel, d’une part, et à la quantité potentiellement très élevée d’informations qui pourraient être prises en considération, d’autre part (voir, en ce sens, arrêt du 21 septembre 2023, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, C‑478/21 P, EU:C:2023:685, point 145).
219 En outre, si le contrôle exercé par le Tribunal au regard des éléments de fait et de droit existant à la date d’adoption de l’acte attaqué s’exerce sans préjudice de la possibilité offerte aux parties, dans l’exercice de leurs droits de la défense, de les compléter par des éléments de preuve postérieurs à cette date, mais constitués spécifiquement en vue d’attaquer cet acte ou de le défendre (voir, par analogie, arrêt du 27 septembre 2006, GlaxoSmithKline Services/Commission, T‑168/01, EU:T:2006:265, point 58 et jurisprudence citée), il convient de relever que les documents soumis par la requérante à l’appui de la présente branche du présent moyen ne constituent pas de tels éléments de preuve.
220 Il s’ensuit que les documents visés au point 215 ci-dessus ne peuvent pas être pris en compte par le Tribunal pour apprécier la légalité du règlement attaqué.
221 L’argument de la requérante selon lequel les informations que ces documents contiennent constituent des exemples types d’éléments qui sont de notoriété publique concernant le marché financier, dont la Commission est censée avoir connaissance, ne saurait qu’être rejeté. Selon la jurisprudence, des faits notoires sont des faits qui sont susceptibles d’être connus par toute personne ou qui peuvent être connus par des sources généralement accessibles [ordonnance du président de la Cour du 25 janvier 2008, Provincia di Ascoli Piceno et Comune di Monte Urano/Zhejiang Aokang Shoes et Conseil, C‑462/07 P(I), non publiée, EU:C:2008:47, point 9 ; arrêts du 15 décembre 2016, Gul Ahmed Textile Mills/Conseil, T‑199/04 RENV, non publié, EU:T:2016:740, point 109, et du 18 septembre 2024, Rodríguez Ruiz/EUIPO – Scherer (LEMOON), T‑1099/23, non publié, EU:T:2024:630, point 20]. Toutefois, d’une part, la question de savoir si tous les financements à court terme pour des entreprises devraient normalement être couverts par une ligne de crédit ou non n’appartient pas aux informations susceptibles d’être connues par toute personne. D’autre part, un seul exemple, à supposer même qu’il aille dans le sens soutenu par la requérante, ne saurait démontrer que ces éléments peuvent être connus à partir de sources généralement accessibles (voir, en ce sens, arrêt du 15 décembre 2016, Gul Ahmed Textile Mills/Conseil, T‑199/04 RENV, non publié, EU:T:2016:740, point 109).
222 Par ailleurs, la conclusion concernant l’impossibilité de prendre en compte le lien présenté au point 70 de la réplique est corroborée par la circonstance qu’il a été fourni dans le cadre du deuxième échange de mémoires, et ce, d’une part, sans avoir justifié d’un tel retard, contrairement à ce que prévoit l’article 85, paragraphe 2, du règlement de procédure et, d’autre part, sans qu’il représente une preuve contraire ou l’ampliation des offres de preuve pour contester une preuve présentée par la Commission dans le cadre de son mémoire en défense. S’agissant de ce dernier aspect, selon la jurisprudence, seules la preuve contraire et l’ampliation des offres de preuve fournies à la suite d’une preuve contraire de la partie adverse dans le mémoire en défense ne sont pas visées par la règle de forclusion prévue à l’article 85, paragraphe 2, du règlement de procédure (voir, en ce sens, ordonnance du 21 mars 2019, Troszczynski/Parlement, C‑462/18 P, non publiée, EU:C:2019:239, points 39 et 40). En effet, cette disposition concerne les offres de preuve nouvelles et doit être lue à la lumière de l’article 92, paragraphe 7, dudit règlement, qui prévoit expressément que la preuve contraire et l’ampliation des offres de preuve restent réservées (arrêt du 7 juillet 2021, HM/Commission, T‑587/16 RENV, non publié, EU:T:2021:415, point 55).
223 En troisième lieu, il ressort tant du considérant 726 du règlement attaqué que de la réponse de la Commission à une question du Tribunal que la conclusion de cette dernière selon laquelle tout financement à court terme doit normalement être couvert par une ligne de crédit découle du recours aux données disponibles. En renvoyant en outre à ses développements aux considérants 557, 558 et 792 dudit règlement, la Commission a justifié son recours à une telle source d’informations. En tant que données disponibles, elle s’est référée à ses enquêtes antisubventions concernant la Chine. La requérante n’ayant pas contesté ce point dans le cadre de la procédure administrative à laquelle elle a participé, la Commission pouvait motiver, dans ce règlement, ses conclusions de manière plus sommaire (voir point 204 ci-dessus). Ainsi, eu égard à l’absence de coopération des pouvoirs publics chinois et des sociétés mères chinoises de la requérante, la Commission a, en ayant recours aux données disponibles, considéré que, en principe, tout financement d’une entreprise à court terme doit être couvert par une ligne de crédit et que les établissements financiers chinois accordaient aux sociétés du groupe IRNC des lignes de crédit pour subvenir à leurs besoins en financement à court terme. Elle a également eu recours aux données disponibles pour le calcul des commissions (considérant 766 du même règlement), ce qui démontre, en l’absence de coopération des pouvoirs publics chinois, le besoin de recourir aux données disponibles pour établir que normalement tout financement à court terme devrait être couvert par une ligne de crédit.
224 Si la requérante soutient qu’une ligne de crédit n’est pas indispensable dans tous les cas pour obtenir un financement à court terme, elle n’en a fourni à la Commission aucune preuve lors de la procédure administrative. Or, il ne saurait être reproché à la Commission de ne pas avoir tenu compte d’éventuels éléments de fait qui auraient pu lui être présentés pendant la procédure administrative par la requérante, qui y a participé, mais qui ne l’ont pas été et auxquels la Commission ne pouvait pas avoir accès elle-même (voir points 215 à 219 ci-dessus).
225 En tout état de cause, les documents visés au point 215 ci-dessus ne sauraient soutenir l’argumentation de la requérante. En ce qui concerne le document figurant à l’annexe A.16 de la requête, il mentionne uniquement l’absence d’obligation de détenir un compte courant auprès de la banque. Il n’y a pas de mention de lignes de crédit. Quant à l’adresse Internet figurant dans la réplique, elle mène sur une page d’accueil pour les prêts commerciaux et la requérante ne précise pas exactement quelle information devrait venir au soutien de son argumentation qui concerne les prêts à court terme. Or, il n’appartient pas au Tribunal de rechercher sur des sites Internet, qui peuvent d’ailleurs changer, voire disparaître, à tout moment, des éléments de preuve qui pourraient être utilisés à l’appui du recours (arrêt du 18 octobre 2023, TestBioTech/Commission, T‑605/21, non publié, EU:T:2023:648, point 49).
226 La requérante n’a pas non plus démontré l’existence d’une pratique répandue sur le marché d’octroyer des prêts à court terme sans l’obligation de contracter une ligne de crédit, qui lui serait également accessible.
227 En outre, la Commission ne s’est pas contredite en ajustant à la hausse le montant des lignes de crédit par les sommes qui ont dépassé les limites de la ligne de crédit. Ainsi qu’il a été rappelé au considérant 767 du règlement attaqué, la commission d’arrangement est en principe payable sur la base de sommes forfaitaires dues au moment de l’ouverture d’une nouvelle ligne de crédit. Ainsi, c’est sans commettre d’erreur que la Commission a rétrospectivement établi quel aurait été le montant approprié de la commission d’arrangement en tenant compte des sommes réellement dépensées.
228 En quatrième lieu, la requérante n’a soumis, que ce soit lors de la procédure administrative ou devant le Tribunal, aucune preuve qui pourrait remettre en question la conclusion de la Commission figurant au considérant 764 du règlement attaqué selon laquelle les commissions d’arrangement ou de renouvellement sont dues dans des conditions de marché normales (voir point 223 ci-dessus). Ainsi que le soutient la Commission, il découle du rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 1er juin 2011 dans le différend intitulé « Communautés européennes et certains États membres – Mesures affectant le commerce des aéronefs civils gros porteurs » (WT/DS316/R, point 7.799) que, dans la mesure où la Banque européenne d’investissement (BEI) n’a pas exigé que European Aeronautic Defence and Space Company (EADS) paie une commission pour compenser son engagement de mettre les fonds à disposition avec une prime de risque fixe, indépendamment de toute détérioration de sa solvabilité, le prêt que la BEI a accordé à EADS était plus avantageux qu’un prêt comparable pour un créancier commercial. De même, la requérante n’a pas contesté l’observation de la Commission selon laquelle toutes les sociétés de l’autre groupe de producteurs-exportateurs retenus dans l’échantillon, [confidentiel]. Cela montre en effet que ces commissions sont généralement applicables même aux grandes entreprises.
229 En cinquième lieu, s’il est vrai, ainsi que l’admet également la Commission, que la référence pour le montant des commissions d’arrangement fourni dans le règlement attaqué est erronée en ce qu’elle renvoie à la page Internet intitulée « personal banking » de Barclays Bank, au lieu de la page Internet intitulée « business banking », il convient de relever que la requérante ne conteste pas, dans le cadre de la présente branche, ledit montant, mais bien son existence. Or, ainsi qu’il découle du point 227 ci-dessus, la requérante n’a pas démontré que les conclusions de la Commission sur ce point ont été entachées d’une erreur manifeste d’appréciation. De plus, la requérante ne fait pas valoir que le taux pour les prêts aux entrepreneurs n’est pas conforme à la référence utilisée par la Commission.
230 Il y a donc lieu de rejeter la deuxième branche du deuxième moyen.
Sur la troisième branche, concernant l’aide aux investissements en capital
231 La requérante articule la présente branche en deux griefs, en fonction des types d’apports. Le premier concerne l’injection de capital effectuée par le Fonds d’investissement pour la coopération Chine‑ASEAN (ci-après le « CAF »). Le second a trait à la fourniture du capital en nature moyennant une rémunération moins qu’adéquate.
– Sur le premier grief, concernant l’injection de capital effectuée par le CAF
232 Selon la requérante, la Commission a commis plusieurs erreurs manifestes d’appréciation dans l’application de l’article 6, sous a), du règlement de base.
233 En premier lieu, d’une part, la Commission aurait commis une erreur en procédant à la comparaison de la valeur de marché avec le prix de vente réel de la participation de 24 % de [confidentiel] dans SMI, l’une des sociétés du groupe IRNC, au moment où les actions ont été vendues. D’autre part, étant un investisseur financier qui préférerait un rendement à faible risque et garanti sur les investissements, [confidentiel] aurait choisi de souscrire des actions privilégiées permettant d’obtenir un rendement grâce aux dividendes, mais avec des droits d’actionnaire limités. Il s’agirait d’une approche équilibrée, prudente, rationnelle et habituelle, basée sur le marché, car au moment de l’investissement, il n’aurait pas été possible de savoir si l’opération serait profitable ou non.
234 En second lieu, même à supposer qu’il faille apprécier l’avantage au moment où les actions sont vendues, la Commission n’aurait pas correctement établi la valeur fondée sur le marché.
235 La Commission conteste les arguments de la requérante.
236 À cet égard, ce grief concerne les développements figurant aux considérants 772 à 781, 797, 798 et 802 à 805 du règlement attaqué.
237 La Commission a établi, en ayant eu recours aux données disponibles, que [confidentiel], entièrement détenu et contrôlé par le CAF, un fonds de capital offshore approuvé par le Conseil des affaires de l’État de la République populaire de Chine et la Commission nationale pour le développement et la réforme (CNDR, Chine) (considérant 589 du règlement attaqué), qui pouvait être considéré comme un organisme public, a acquis en 2013 une participation de 24 % dans SMI. Conformément aux termes de l’accord de souscription conclu avec les autres actionnaires, [confidentiel] devait revendre ses actions aux autres actionnaires au même prix, cinq à six ans après son investissement initial, quelle que soit la valeur du marché réelle des actions. En outre, les actions acquises par [confidentiel] étaient des actions privilégiées avec des droits de gouvernance très limités. La Commission a conclu, au regard de ces circonstances, que l’investisseur, qui n’attendait pas un rendement raisonnable et ne cherchait pas à obtenir des droits de contrôle, n’agissait pas comme un opérateur sur le marché. Au terme de l’enquête, elle a conclu que, après la période de démarrage, l’investissement dans SMI était devenu moins risqué et que la position financière de la société s’était renforcée avec pour conséquence que la valeur de ses actions avait augmentée au fil du temps, ce qui ne s’était toutefois pas reflété dans le prix de vente de [confidentiel]. Ces circonstances ne reflètent pas, selon la Commission, un comportement rationnel d’un opérateur agissant dans des conditions normales du marché. Elle a donc conclu que la contribution financière octroyée par les pouvoirs publics chinois par l’intermédiaire du CAF, agissant en tant qu’organisme public, avait conféré un avantage au sens de l’article 3, point 2, du règlement de base.
238 L’avantage a été calculé sur la base d’un taux de rendement raisonnable, c’est-à-dire ce qu’un investisseur du marché aurait espéré en vendant les actions au moment de leur achat. Pour ce faire, la Commission a recherché des transactions similaires dans l’industrie de l’acier au cours des dernières années. Sur la base des résultats de onze transactions de vente de sociétés du secteur de l’acier au cours de la période allant de 2006 à 2019, elle a conclu qu’un prix raisonnable pour les actions d’une société du secteur de l’acier correspondrait à huit fois le bénéfice d’exploitation. L’avantage a donc été établi comme la différence entre la valeur de la participation de 24 % de [confidentiel], évaluée à huit fois le bénéfice d’exploitation de SMI pour 2018, moins le prix payé par [confidentiel]. L’avantage a ensuite été réparti sur la période d’enquête en utilisant la période de confinement mentionnée dans l’accord de souscription, c’est‑à-dire cinq ans et demi.
239 Le présent grief invite le Tribunal à déterminer le moment auquel la Commission devait se placer pour apprécier si le groupe IRNC avait reçu un avantage en raison de la prise de participation de [confidentiel] dans SMI.
240 L’article 6, sous a), du règlement de base énonce qu’« une prise de participation des pouvoirs publics au capital social d’une entreprise n’est pas considérée comme conférant un avantage, à moins que l’investissement ne puisse être jugé incompatible avec la pratique habituelle concernant les investissements, y compris pour ce qui est de la fourniture de capital-risque, des investisseurs privés sur le territoire du pays d’origine et/ou d’exportation ».
241 En obligeant la Commission à examiner si l’« investissement » peut être jugé incompatible avec la pratique habituelle concernant les investissements, l’article 6, sous a), du règlement de base ne précise pas expressément s’il vise une appréciation ex ante ou ex post.
242 Or, il ressort de la jurisprudence que les dispositions du règlement de base doivent être interprétées, dans la mesure du possible, à la lumière des dispositions correspondantes de l’accord SMC et que le juge de l’Union doit, aux fins de l’interprétation de ce dernier accord, tenir compte de l’interprétation retenue par l’ORD (voir points 36 à 42 ci‑dessus).
243 En l’occurrence, l’article 14, sous a), de l’accord SMC prévoit qu’« une prise de participation des pouvoirs publics au capital social d’une entreprise ne sera pas considérée comme conférant un avantage, à moins que la décision en matière d’investissement ne puisse être jugée incompatible avec la pratique habituelle concernant les investissements (y compris pour ce qui est de la fourniture de capital-risque) des investisseurs privés sur le territoire de ce [m]embre [de l’OMC] ».
244 S’agissant de l’interprétation de l’article 14, sous a), de l’accord SMC, il ressort du point 706 du rapport de l’Organe d’appel de l’OMC adopté le 1er juin 2011 dans l’affaire intitulée « Communautés européennes et certains États membres – Mesures affectant le commerce des aéronefs civils gros porteurs » (WT/DS316/AB/R) que, dans le cadre d’une analyse de l’avantage, il est procédé à une comparaison entre les modalités et conditions de la contribution financière au moment de son octroi et les modalités et conditions qui auraient été offertes sur le marché à ce moment-là. Par exemple, cette disposition, qui concerne la prise de participation au capital social d’une entreprise, met l’accent sur la question de savoir si la décision en matière d’investissement concorde avec la pratique habituelle concernant les investissements des investisseurs privés. Les règles prévues à l’article 14, sous a) à d), de l’accord SMC étayent, selon l’Organe d’appel de l’OMC, le point de vue selon lequel une évaluation de l’avantage devrait être axée sur le point de repère du marché pertinent au moment où la contribution financière est accordée au bénéficiaire. Ce point de repère suppose un examen de ce qu’un participant au marché aurait été en mesure d’obtenir sur le marché à ce moment-là. Le point de repère du marché repose sur une projection du flux prévu des rendements qui sont censés résulter de la contribution financière. En conséquence, la détermination de l’avantage au titre de l’article 1.1, sous b), de l’accord SMC est une analyse ex ante qui ne dépend pas de la façon dont la contribution financière particulière a effectivement fonctionné après qu’elle a été accordée.
245 Cela est confirmé au point 999 du rapport cité au point 244 ci-dessus dans les termes suivants :
« Nous observons […] que l’article 14[, sous a), de l’accord SMC] axe l’examen sur la “décision en matière d’investissement”. Cela reflète une approche ex ante de l’évaluation de la prise de participation en comparant la décision, fondée sur les coûts et les rendements escomptés de la transaction, avec la pratique habituelle concernant les investissements des investisseurs privés au moment où la décision d’investir est prise. L’accent mis à l’article 14[, sous a), de l’accord SMC] sur la “décision en matière d’investissement” est donc crucial, à notre avis, parce qu’il indique ce qui doit être comparé à un point de repère du marché et à quel moment il faut situer cette comparaison. »
246 Il convient donc de conclure que, à la lumière de l’article 14, sous a), de l’accord SMC et du rapport cité aux points 244 et 245 ci-dessus, l’article 6, sous a), du règlement de base doit être interprété comme situant l’examen de l’existence de l’avantage au moment où la décision de prise de participation dans le capital social du bénéficiaire a été prise.
247 Au demeurant, la même logique est appliquée dans la jurisprudence en matière d’aides d’État. Si la légalité d’une décision dans cette matière doit être appréciée en fonction des éléments d’information dont la Commission pouvait disposer à la date à laquelle elle a adopté cette décision, seuls sont pertinents, aux fins de l’application du critère de l’investisseur privé, les éléments disponibles et les évolutions prévisibles au moment où la décision de procéder à l’investissement a été prise (voir arrêts du 18 septembre 2018, Duferco Long Products/Commission, T‑93/17, non publié, EU:T:2018:558, point 33 et jurisprudence citée, et du 21 décembre 2021, Gmina Kosakowo/Commission, T‑209/15, non publié, EU:T:2021:926, point 87 et jurisprudence citée).
248 Ensuite, il convient d’examiner si, en l’espèce, la Commission a apprécié si le groupe IRNC avait reçu un avantage en raison de la prise de participation de [confidentiel] dans SMI à un moment qui n’est pas postérieur à la prise de participation de [confidentiel] dans SMI.
249 Il ressort du considérant 780 du règlement attaqué que, afin d’apprécier, à travers le critère de l’investisseur ou de l’opérateur sur le marché, si la prise de participation en question avait conféré un avantage, la Commission s’est placée au moment de la décision d’investissement. L’analyse du cours de l’action et de l’évolution du profil de risque de SMI effectuée au considérant 781 dudit règlement n’a fait que confirmer cette analyse.
250 Il s’ensuit que la Commission n’a pas commis d’erreur quant au moment où elle s’est placée lors de son appréciation de la question de savoir si le groupe IRNC avait reçu un avantage en raison de la prise de participation de [confidentiel] dans SMI.
251 En ce qui concerne le calcul du montant de l’avantage en cause, il ressort de la première phrase du considérant 797 du règlement attaqué que la Commission est partie du critère des attentes d’un investisseur quant au rendement de ses actions au moment de leur achat. À cet égard, il ne saurait être reproché à la Commission d’avoir pris en compte des opérations de vente jusqu’à l’année 2018, lors de laquelle [confidentiel] a vendu ses actions, parce que l’avantage doit être mesuré selon la situation réelle sur le marché. En effet, dans la mesure du possible, la méthode utilisée par la Commission pour calculer l’avantage doit permettre de refléter l’avantage effectivement conféré au bénéficiaire (arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, point 200). Ainsi qu’il a été rappelé au point 171 ci-dessus, il ressort également de cet arrêt que les méthodes adoptées par la Commission pour le calcul de l’avantage doivent permettre de mesurer si, concrètement, le bénéficiaire a reçu une contribution financière lui permettant d’obtenir des conditions plus favorables que celles auxquelles il aurait eu accès sur le marché. Du reste, s’il en était autrement, c’est-à-dire si le montant de l’avantage devait être calculé en n’ayant recours qu’aux informations disponibles au moment de l’achat des actions en question, cela pourrait présenter un risque considérable pour les bénéficiaires, tels que la requérante. En effet, même si un investissement paraît prometteur au moment de la décision d’achat, il est possible que le marché évolue contrairement aux attentes des investisseurs, de sorte que l’opération en question ne génère pas de bénéfices, voire se solde par une perte. Or, un tel investissement ne saurait justifier des droits compensateurs dont l’objectif est de parer à l’avantage reçu.
252 Pour le reste de l’analyse effectuée par la Commission dans le règlement attaqué concernant l’injection de capital effectuée par le CAF, la requérante n’est pas non plus parvenue à démontrer d’erreur manifeste d’appréciation.
253 En l’occurrence, la requérante n’a pas démontré que la conclusion de la Commission selon laquelle le fait d’effectuer un investissement considérable que représente 24 % de capital d’une société dans le domaine sidérurgique uniquement dans le but de récupérer au terme de cinq ou six ans le capital investi et d’éventuellement bénéficier des dividendes, sans même disposer de droits de contrôle, n’est pas rationnel est dépourvue de plausibilité. En effet, il est tout à fait normal que le profil de risque du groupe IRNC, y compris celui de SMI, ait été moins bon pendant la période de démarrage et plus stable ultérieurement, une activité de démarrage présentant plus de risque que lorsque l’entreprise en question s’est déjà bien établie. Il n’est donc aucunement certain qu’une telle activité générerait des profits distribuables pendant ladite période, qui est plutôt intense en investissements et durant laquelle, notamment, les réseaux commerciaux tant en amont qu’en aval risquent de ne pas encore être complètement établis. En revanche, l’expérience des pouvoirs publics chinois en ce qui concerne la délocalisation de la production indique qu’ils s’attendaient à ce que l’activité de SMI se stabilise après cinq ou six ans, de sorte que le cours de son action ait des chances raisonnables d’augmenter.
254 La Commission a pris en compte un large éventail de transactions dans le secteur concerné, semblables à la prise de participation de [confidentiel] dans SMI, pendant une période assez longue pour assurer sa représentativité.
255 En ce qui concerne le type d’actions, il découle notamment du point 253 ci-dessus et du considérant 780 du règlement attaqué qu’un élément déterminant de l’existence de l’avantage réside dans le fait que les actions de SMI qui ont été acquises par [confidentiel] étaient des actions privilégiées avec un droit aux dividendes, mais sans droits de contrôle. Or, la Commission doit établir comme point de référence une situation normale sur le marché où l’investisseur souhaite bénéficier tant des dividendes que des droits de contrôle, voire avoir une espérance de valoriser le cours de ses actions. Ce serait normalement le cas des actions ordinaires. De surcroît, la requérante n’a pas démontré que les actions privilégiées des sociétés du secteur sidérurgique en Indonésie auraient connu une évolution de leur valeur dans le temps différente de celle des actions ordinaires.
256 Si la requérante reproche à la Commission d’avoir utilisé la moyenne du ratio fonds propres/résultat avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) (earnings before interest, taxes, depreciation, and amortisation), il convient de rappeler que la Commission a eu recours au bénéfice d’exploitation pour calculer l’avantage (considérants 797, 798 et 805 du règlement attaqué). Pour autant que l’argument de la requérante devait être compris comme reprochant à la Commission le recours à une moyenne issue de transactions donnant des résultats très différents, cette circonstance n’a pas été établie par la requérante devant le Tribunal. En tout état de cause, elle ne saurait lui être reprochée, étant donné que la Commission avait l’intention de construire un échantillon de transactions le plus représentatif possible.
257 Enfin, quant à l’argument de la requérante selon lequel, en substance, la valeur des actions (fonds propres) ne saurait correspondre à l’octuple de l’EBITDA et qu’un tel résultat serait incompatible avec la catégorie de notation B, il convient de rappeler que la Commission n’a pas eu recours à l’EBITDA, mais au bénéfice d’exploitation. Il y a également lieu de constater que la requérante n’a présenté aucun élément de preuve de nature à étayer son analyse sur le caractère inapproprié du résultat auquel la Commission est parvenue. En tout état de cause, il convient d’approuver la réponse de la Commission selon laquelle le fait que la référence représente dix fois la valeur initiale des actions montre que, après la période de démarrage, l’investissement dans SMI est devenu moins risqué et que la situation financière de ladite société s’est renforcée. Cette analyse n’est pas incompatible avec sa catégorie de notation B, qui avait été relevée de CCC vers BB avant d’être rabaissée à B en raison des circonstances rappelées au considérant 743 du règlement attaqué. Une notation financière est par ailleurs fonction de plusieurs facteurs financiers que la Commission a pris en compte aux considérants 737 à 746 dudit règlement.
258 Il y a donc lieu de rejeter le présent grief.
– Sur le second grief, concernant la fourniture du capital en nature moyennant une rémunération moins qu’adéquate
259 La requérante soutient que l’analyse effectuée par la Commission viole l’article 6, sous d), du règlement de base, à quatre égards.
260 En premier lieu, selon la requérante, le prix de référence choisi par la Commission ne reflète pas les conditions existantes du marché dans le pays de fourniture, mais celles des marchés européen et américain. Elle estime que le fait qu’elle n’a pas acheté les équipements de production en cause sur le marché indonésien n’empêchait pas la Commission de rechercher et d’examiner le prix d’importation d’équipements similaires par d’autres producteurs-exportateurs dans le pays, tels que l’autre producteur coopérant, PT Jindal Stainless Indonesia.
261 En deuxième lieu, même à supposer que le recours à une référence en dehors du pays soit justifié, la Commission aurait pu utiliser une référence suffisamment ajustée pour refléter les conditions normales du marché dans le pays de fourniture, conformément à l’article 6, sous d), second alinéa, i), du règlement de base, ou utiliser la référence existant en Inde, l’autre pays faisant l’objet de la même enquête, ayant un niveau de développement semblable, conformément à l’article 6, sous d), second alinéa, ii), de ce règlement.
262 En troisième lieu, la requérante soutient, en substance, que le prix de référence utilisé par la Commission ne reflète pas le pouvoir d’achat ou de négociation de la société mère chinoise d’IRNC au moment de l’achat des équipements de production en cause.
263 En quatrième lieu, ce prix de référence ne correspondrait pas non plus au produit en question. Il ne concernerait que la ligne de laminage à froid, tandis que le groupe IRNC aurait importé un ensemble complet de lignes de production couvrant une vaste gamme d’équipements dont la nature, les caractéristiques et l’utilisation seraient très différentes.
264 La Commission conteste les arguments de la requérante.
265 À cet égard, il découle des considérants 782 à 796 du règlement attaqué que la Commission a constaté que, pendant leur période de démarrage, toutes les sociétés du groupe IRNC avaient bénéficié d’apports en capital en nature sous la forme d’équipements de production. Selon elle, toutes les machines destinées au procédé de production du groupe IRNC ont été importées de sociétés affiliées en Chine, qui n’étaient pas les fabricants des équipements de production en cause. Les sociétés mères chinoises de la requérante ayant refusé de présenter les factures relatives à l’achat auprès des fabricants d’origine desdits équipements de production, la Commission a estimé avoir été empêchée de vérifier si les prix étaient conformes aux conditions de pleine concurrence et si l’origine était bien la Chine, comme déclaré. Afin de pallier l’absence d’informations sur les prix et sur l’origine de ces équipements de production, elle a utilisé comme indicateur une combinaison de prix pour des équipements similaires provenant de plusieurs pays au cours des dernières années, sur la base des transactions d’achat des sociétés du secteur de l’acier. La différence entre la valeur de référence et la valeur déclarée aurait été exprimée en pourcentage du coût déclaré, qui a ensuite été appliqué à toutes les machines importées par les cinq sociétés du groupe IRNC. La Commission a constaté que les équipements de production en cause avaient été fournis avec une remise considérable par rapport aux prix sur le marché international.
266 Ainsi, en application de l’article 28, paragraphe 1, du règlement de base, la Commission a conclu que les sociétés mères chinoises de la requérante avaient reçu une contribution financière sous forme de dons ou de financement préférentiel qui avaient ensuite été utilisés pour octroyer notamment le capital en nature à leurs filiales. Elle a conclu que la contribution financière octroyée par les pouvoirs publics chinois par l’intermédiaire desdites sociétés mères avait conféré un avantage, de sorte qu’elle était passible de mesures compensatoires en tant qu’injections de capital soutenues par l’État et visant à mettre en place et à développer les installations de production du groupe IRNC en Indonésie.
267 Le considérant 6 du règlement de base énonce ce qui suit :
« Pour le calcul de l’avantage conféré au bénéficiaire, lorsqu’il n’existe pas de référence du marché dans le pays concerné, il y a lieu de déterminer la référence en ajustant les conditions et modalités qui prévalent dans le pays concerné sur la base de facteurs réels disponibles dans ce pays. Si cela est irréalisable parce que, entre autres, ces prix ou coûts n’existent pas ou ne sont pas fiables, il convient de déterminer la référence appropriée en ayant recours aux conditions et aux modalités présentées par d’autres marchés. »
268 L’article 6, sous d), du règlement de base met en œuvre cet objectif en prévoyant ce qui suit :
« [L]a fourniture de biens ou de services ou l’achat de biens par les pouvoirs publics ne sont pas considérés comme conférant un avantage, à moins que la fourniture ne s’effectue moyennant une rémunération moins qu’adéquate ou que l’achat ne s’effectue moyennant une rémunération plus qu’adéquate. L’adéquation de la rémunération est déterminée par rapport aux conditions existantes du marché pour le bien ou le service en question dans le pays de fourniture ou d’achat, y compris le prix, la qualité, la disponibilité, la qualité marchande, le transport et les autres conditions d’achat ou de vente.
S’il n’existe pas, dans le pays de fourniture ou d’achat, pour le produit ou le service en question, de conditions du marché pouvant être utilisées comme références appropriées, les règles suivantes s’appliquent :
i) les conditions et modalités qui prévalent dans le pays concerné sont ajustées, sur la base des coûts, des prix et des autres facteurs réels disponibles dans ce pays, d’un montant approprié reflétant les conditions normales du marché [ ;]
ii) le cas échéant, il est fait appel aux conditions et aux modalités qui prévalent sur le marché d’un autre pays ou sur le marché mondial, et auxquelles le bénéficiaire peut accéder. »
269 Il ressort de ces termes que la détermination de l’« avantage » comporte une comparaison et que celle-ci, dès lors qu’elle vise à apprécier l’adéquation du prix payé par rapport aux conditions normales du marché, en principe dans le pays de fourniture, doit prendre en compte l’ensemble des éléments du coût qu’engendre, pour le bénéficiaire, la réception du bien fourni par les pouvoirs publics. Dès lors, il découle de cette disposition que, dans la mesure du possible, la méthode utilisée par la Commission pour calculer l’avantage doit permettre de refléter l’avantage effectivement conféré au bénéficiaire (arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, point 200).
270 Le libellé de l’article 14, sous d), de l’accord SMC est analogue à celui de l’article 6, sous d), premier alinéa, du règlement de base, mais il ne contient pas de second alinéa prévoyant les règles à appliquer dans les situations où il n’existe pas, dans le pays de fourniture ou d’achat, pour le produit ou le service en question, de conditions du marché pouvant être utilisées comme références appropriées.
271 L’article 6, sous d), du règlement de base et l’article 14, sous d), de l’accord SMC prévoient que l’adéquation de la rémunération est déterminée par rapport aux conditions existantes du marché pour le bien en question dans le « pays de fourniture ». Bien que cela puisse être dans la pratique souvent le cas, et bien que l’expression « pays concerné », utilisée dans le considérant 6 dudit règlement, désigne normalement le pays d’origine ou d’exportation, ni l’article 6, sous d), de ce règlement ni l’article 14, sous d), de l’accord SMC n’imposent que le pays de fourniture soit forcément le pays d’origine ou d’exportation. En ce qui concerne en particulier l’article 6, sous d), du même règlement, ainsi qu’il découle également de la jurisprudence citée au point 269 ci‑dessus, son objectif est de permettre à la Commission d’adopter une méthode adaptée à chaque constellation particulière afin qu’elle puisse toujours calculer l’avantage effectivement conféré au bénéficiaire. C’est donc une disposition anti-contournement permettant à la Commission de surmonter les apparences d’une construction économique et juridique complexe, comme celle en l’espèce, et qui évite une obligation absolue de se référer aux circonstances existantes dans le pays de production ou d’exportation lorsque le recours auxdites circonstances ne reflète pas réellement la situation du bénéficiaire. Cette conclusion s’inscrit également dans le cadre de la marge d’appréciation conférée par l’article 14 de l’accord SMC, qui établit des paramètres impératifs selon lesquels l’avantage doit être calculé, sans toutefois imposer l’utilisation d’une seule méthode pour déterminer l’adéquation de la rémunération pour la fourniture de biens par les pouvoirs publics.
272 Il ressort de la jurisprudence que les dispositions du règlement de base doivent être interprétées, dans la mesure du possible, à la lumière des dispositions correspondantes de l’accord SMC (voir point 38 ci-dessus). De même, si les interprétations de l’accord SMC adoptées par l’ORD de l’OMC ne sont pas susceptibles de lier le Tribunal dans son appréciation de la validité du règlement attaqué, il doit en tenir compte dans son interprétation, dès lors qu’il s’agit des dispositions correspondantes (voir point 37 ci-dessus) (voir arrêt du 10 avril 2019, Jindal Saw et Jindal Saw Italia/Commission, T‑300/16, EU:T:2019:235, point 103 et jurisprudence citée ; arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, points 38 et 39 ; voir également, par analogie, arrêt du 11 juillet 2017, Viraj Profiles/Conseil, T‑67/14, non publié, EU:T:2017:481, point 89). Toutefois, les différences dans le libellé de l’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base, d’une part, et de l’article 14, sous d), de l’accord SMC, d’autre part, empêchent qu’il s’agisse, sur ce point relatif aux méthodes alternatives de calcul de l’avantage, de dispositions « correspondantes » au sens de cette jurisprudence.
273 En effet, ainsi que les parties le constatent également dans leurs réponses à une question du Tribunal, l’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base contient des règles additionnelles par rapport à l’article 14, sous d), de l’accord SMC. Il constitue ainsi l’expression de la volonté du législateur de l’Union, expliquée d’ailleurs spécifiquement dans le considérant 6 du règlement de base, d’adopter, dans ce domaine, une approche propre à l’ordre juridique de l’Union (voir, par analogie, arrêt du 16 juillet 2015, Commission/Rusal Armenal, C‑21/14 P, EU:C:2015:494, point 48).
274 Partant, c’est en gardant à l’esprit l’objectif de mettre la Commission en mesure de rechercher et de mesurer l’avantage réellement reçu par le bénéficiaire qu’il convient d’interpréter l’article 6, sous d), du règlement de base.
275 Il ressort d’ailleurs des arguments avancés par la requérante au cours de la procédure administrative (considérants 810 à 812 du règlement attaqué) qu’elle a partagé cette analyse en soutenant que le pays de fourniture devrait être soit l’Indonésie soit la Chine.
276 Si, en l’espèce, les équipements de production en cause ont finalement été installés dans les usines du groupe IRNC en Indonésie, l’ensemble desdits équipements ont été importés de sociétés affiliées en Chine, qui n’étaient pas des fabricants de ces équipements. Or, en raison du défaut total de coopération des sociétés mères chinoises du groupe IRNC et des pouvoirs publics chinois, la Commission n’a pas pu déterminer l’origine réelle de ces équipements de production ni vérifier si les prix étaient conformes aux conditions de pleine concurrence, ainsi qu’il découle notamment des considérants 783, 785, 813 et 815 du règlement attaqué. Il en découle clairement que la Commission n’a pas pu utiliser les données relatives aux conditions du marché chinois comme références appropriées.
277 Ainsi, la Commission a uniquement pu constater que c’est au plus tard au moment de l’acquisition des équipements de production en cause par les sociétés affiliées en Chine, qui n’étaient pas des fabricants de ces équipements de production, qu’ils étaient acquis par le groupe Tsingshan, auquel appartient la requérante (voir point 193 ci-dessus). Partant, au plus tard au moment du transfert de ces équipements de production de ces sociétés affiliées vers les sociétés du groupe IRNC, les transactions les concernant ont eu lieu dans un cadre intragroupe, c’est-à-dire en dehors des conditions normales du marché.
278 La Commission a également établi, en ayant recours aux données disponibles, que l’avantage qu’avaient reçu les sociétés mères chinoises du groupe IRNC de la part des pouvoirs publics chinois pour acheter les équipements de production en cause qui devaient être utilisés dans les usines en Indonésie a été intégralement transféré aux filiales en Indonésie (considérants 792, 793 et 795 du règlement attaqué), circonstance que la requérante ne conteste pas devant le Tribunal.
279 Dans ces conditions, en tant que sociétés affiliées du groupe Tsingshan, les sociétés du groupe IRNC se sont vu fournir des équipements de production en dehors du marché indonésien, sans qu’il soit cependant possible, en raison de l’absence de coopération des sociétés mères chinoises de la requérante et des autorités chinoises, d’en déterminer leur origine exacte.
280 C’est donc ainsi que la Commission a conclu au considérant 813 du règlement attaqué que, « [e]n ce qui concerne le “pays de fourniture […]” des équipements [de production en cause], […] le groupe IRNC lui-même n’avait pas fait d’achats d’équipements sur le marché indonésien », que « [t]ous [ces équipements de production avaient] été importés » et que « [l]e choix de l’Indonésie en tant qu’indicateur de référence n’aurait donc pas été conforme à la situation réelle du groupe IRNC ».
281 Les équipements de production en cause ayant été réellement acquis en dehors de l’Indonésie dans le cadre des achats organisés au niveau des sociétés affiliées du groupe Tsingshan et avec le support financier des pouvoirs publics chinois, il serait effectivement artificiel de tenter d’établir une référence de comparaison en Indonésie. Une telle référence n’aurait pas pu permettre de mesurer l’ampleur réelle d’un éventuel avantage reçu par la requérante.
282 En tout état de cause, pour ce qui est de la possibilité de recourir aux données provenant de l’achat d’équipements de production par [confidentiel], la requérante n’a avancé aucun argument de nature à remettre en cause l’analyse de la Commission figurant au point 814 du règlement attaqué selon laquelle il s’agissait [confidentiel], de sorte que les données seraient, contrairement à ce que soutient la requérante, impropres à être utilisées comme référence, qui doit être fondée sur le marché, ce qui n’est normalement pas le cas d’une telle opération, sauf preuve du contraire. La Commission aurait donc été obligée de demander à la société indienne retenue dans l’échantillon des informations sur l’origine réelle et le prix d’achat extérieur desdits équipements de production indiens, bien qu’elles n’étaient pas nécessaires pour déterminer le subventionnement dans le cadre des régimes de subvention indiens. Toutefois, elle n’est pas obligée de demander à d’autres sociétés des informations commerciales confidentielles qui ne concernent pas l’appréciation de la situation de la requérante. Il en va d’autant plus ainsi dans une situation comme celle de l’espèce où l’absence totale de coopération des sociétés mères chinoises du groupe IRNC et des autorités chinoises s’est caractérisée notamment par le refus de fournir de leur côté des factures pour l’achat des équipements de production en cause.
283 Quant à la Chine, la Commission ne pouvait pas la considérer comme pays de référence, car il n’y avait aucune certitude quant à l’origine réelle des équipements de production en cause. De plus, dans la mesure où les sociétés mères chinoises de la requérante et les autorités chinoises ont fait preuve d’une absence totale de coopération (considérants 783, 785, 796, ainsi que la note en bas de page no 210, et considérants 813, 815 et 817 du règlement attaqué), la Commission ne disposait d’aucune information sur les prix en Chine et a ainsi été empêchée d’établir les points de référence sur la base des statistiques officielles chinoises, de sorte que les conditions pour le recours aux modalités alternatives du calcul de l’avantage prévues à l’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base sont remplies.
284 La conclusion figurant aux considérants 796 et 799 du règlement attaqué et à la note en bas de page no 210 de ce dernier, selon laquelle, « [c]omme la Commission n’a pu trouver aucune information sur les prix en Chine et qu’aucune information n’a été fournie sur l’origine des équipements [de production en cause], elle a décidé d’utiliser une combinaison de prix pour des équipements similaires provenant de plusieurs pays comme un indicateur » est donc exempte d’erreur.
285 En ce qui concerne l’Inde comme pays de référence, la requérante s’est bornée à faire valoir que ce pays avait un niveau de développement similaire à celui de l’Indonésie. Elle n’a cependant présenté au cours de la procédure administrative ou devant le Tribunal aucune preuve de cette allégation ni aucun autre argument pour contester le choix de la Commission de se baser sur des prix américains et de l’Union, de sorte qu’elle n’a pas avancé de preuve privant les conclusions de la Commission de plausibilité. Or, le caractère approprié d’une référence dans le cadre de l’article 6, sous d), du règlement de base ne saurait être apprécié uniquement en fonction du niveau de développement économique. Des prix déterminés par le marché dépendent d’une multitude d’autres facteurs. Il n’a pas été contesté que « l’Europe et les États-Unis ont tous les deux une industrie renommée pour les équipements d’aciérie » ni que « les fournisseurs inclus dans l’indicateur de référence [ont] vendu des laminoirs à froid au monde entier, y compris aux producteurs de l’acier chinois » (considérant 814 du règlement attaqué). Ainsi, la Commission a pu considérer à bon droit que ce genre d’acteurs globaux pourrait servir d’indicateur raisonnable pour un achat d’équipements de production importés d’une origine inconnue.
286 Si la requérante considère que l’achat des équipements de production en cause par l’autre producteur coopérant retenu dans l’échantillon aurait au moins dû servir pour effectuer des ajustements pour refléter la situation en Indonésie, il convient de rappeler que la Commission a indiqué au point 815 du règlement attaqué, en réponse à un argument similaire, que, comme il n’existait pas de preuves indiquant que lesdits équipements de production avaient été acquis en Indonésie, il n’était pas nécessaire de faire d’autres ajustements. Or, ainsi qu’il a été conclu aux points 267 à 281 ci-dessus, l’Indonésie ne saurait être considérée comme « pays de fourniture » au sens de l’article 6, sous d), du règlement de base. De plus, il a été constaté au point 282 ci-dessus que les données provenant de l’achat de ces équipements de production par la société indienne incluse dans l’échantillon sont impropres à être utilisées comme référence, qui doit être fondée sur le marché. Il en va de même pour leur usage afin d’ajuster une référence établie sur le fondement de l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base.
287 Si la Commission estime que l’obligation selon laquelle une référence établie sur la base de la situation en dehors du pays de fourniture devrait refléter convenablement les conditions du marché pour le produit ou le service en question dans le pays de fourniture ou d’achat ne découle pas directement du libellé de l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base, les parties principales conviennent qu’une telle obligation trouve sa source dans la pratique décisionnelle de l’ORD de l’OMC.
288 Cependant, ainsi qu’il a été rappelé aux points 272 et 273 ci-dessus, l’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base contient des règles additionnelles par rapport à l’article 14, sous d), de l’accord SMC, de sorte que, quant aux méthodes alternatives de calcul de l’avantage, il ne s’agit pas de dispositions « correspondantes ». L’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base constitue plutôt l’expression de la volonté du législateur de l’Union d’adopter, dans ce domaine, une approche propre à l’ordre juridique de l’Union.
289 Ainsi, si la pratique décisionnelle de l’ORD de l’OMC peut être justifiée par la circonstance que l’article 14, sous d), de l’accord SMC ne contient pas de méthode alternative dans le cas où il n’est pas possible d’établir une référence sur le fondement des conditions prévalant dans le pays de fourniture ou de vente, la situation est différente dans le règlement de base. En particulier, la méthode prévue à l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base est censée s’appliquer « [s]’il n’existe pas, dans le pays de fourniture ou d’achat, pour le produit ou le service en question, de conditions du marché pouvant être utilisées comme références appropriées » et s’il n’est pas possible de procéder aux ajustements des conditions et modalités prévalant dans le pays concerné en application de la méthode figurant à l’article 6, sous d), second alinéa, i), de ce règlement, comme il découle d’ailleurs du considérant 6 du même règlement (voir point 267 ci-dessus). Or, dans le cadre de cette seconde méthode alternative, le législateur de l’Union n’oblige pas la Commission à ajuster une référence extérieure sur les conditions du marché pour le bien ou le service en question dans le pays de fourniture ou d’achat.
290 La requérante soutient encore que l’obligation selon laquelle une référence en dehors du pays de fourniture doit refléter convenablement les conditions du marché pour le produit ou le service en question dans le pays de fourniture ou d’achat découle de l’usage de l’expression « when appropriate » (lorsque c’est approprié) figurant au début de la version anglaise de cette disposition. Cette interprétation serait confirmée par l’arrêt du 10 avril 2019, Jindal Saw et Jindal Saw Italia/Commission (T‑300/16, EU:T:2019:235, points 210, 219 et 222).
291 À cet égard, les versions linguistiques anglaise ou slovaque utilisent l’expression « lorsque c’est approprié » pour introduire la seconde méthode alternative de l’article 6, sous d), second alinéa, du règlement de base et la requérante se fonde sur cette expression afin de soutenir qu’il en découle que, dans le cas où une référence déterminée par la Commission ne rend pas suffisamment compte des conditions de marché qui prévalent pour le produit ou le service en cause dans le pays de fourniture ou d’achat, et eu égard à la situation concrète dans laquelle se trouve le producteur-exportateur concerné, la Commission est tenue d’effectuer des ajustements appropriés.
292 Cependant, une restriction qui correspondrait à l’expression « when appropriate » (lorsque c’est approprié) dans la version anglaise de l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base ne se trouve pas dans d’autres versions linguistiques, telles que les versions française, allemande, néerlandaise, espagnole ou tchèque, qui prévoient que la Commission peut appliquer cette méthode « le cas échéant ».
293 Selon une jurisprudence constante, la formulation utilisée dans l’une des versions linguistiques d’une disposition du droit de l’Union ne saurait servir de base unique à l’interprétation de cette disposition ou se voir attribuer un caractère prioritaire par rapport aux autres versions linguistiques. Les dispositions du droit de l’Union doivent en effet être interprétées et appliquées de manière uniforme, à la lumière des versions établies dans toutes les langues de l’Union. En cas de disparité entre les diverses versions linguistiques d’un texte du droit de l’Union, la disposition en cause doit être interprétée en fonction de l’économie générale et de la finalité de la réglementation dont elle constitue un élément [arrêts du 10 juillet 2014, Ivansson e.a., C‑307/13, EU:C:2014:2058, point 40, et du 16 novembre 2023, Espagne/Conseil (Mesures de conservation complémentaires en Méditerranée occidentale), C‑224/22, non publié, EU:C:2023:891, point 69].
294 Eu égard à l’intention du législateur exprimée dans le considérant 6 du règlement de base, l’article 6, sous d), second alinéa, ii), dudit règlement doit être interprété de telle manière que la Commission peut établir une référence à l’extérieur du pays de fourniture ou d’achat lorsqu’il n’est pas possible d’ajuster les conditions et modalités qui prévalent dans le pays concerné sur la base de facteurs réels disponibles dans ce pays, parce que, notamment, ces prix ou ces coûts n’existent pas ou ne sont pas fiables, ce qui correspond en fait aux versions linguistiques où cette méthode alternative de calcul de l’avantage est introduite par l’expression « le cas échéant ». Il s’ensuit que l’argument selon lequel l’obligation d’ajuster une référence établie sur la base de la situation en dehors du pays de fourniture ou d’achat à la lumière de la situation dans ce dernier pays découle de la version anglaise de l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base doit être rejeté.
295 En tout état de cause, comme il a été expliqué aux points 283 et 286 ci-dessus, en raison, d’une part, du défaut de coopération des sociétés mères chinoises et des autorités chinoises et d’autre part, du caractère [confidentiel] dans l’échantillon, la Commission ne disposait pas de données fiables qui lui auraient permis d’ajuster la référence extérieure sur les conditions du marché dans le pays de fourniture ou d’achat. En effet, si la Commission était obligée d’utiliser, dans le cadre de la seconde méthode alternative de l’article 6, sous d), du règlement de base, des données qui ont été considérées comme inutilisables dans la méthode principale et dans la première méthode alternative, des données jugées impropres à être utilisées comme référence seraient réintroduites dans le calcul, ce qui irait à l’encontre de la volonté expresse du législateur.
296 Ainsi, si la Commission a la possibilité d’effectuer l’ajustement d’un paramètre menant à l’établissement de la référence extérieure à l’aide d’une donnée qui n’a pas été viciée par les défauts énumérés de manière indicative au considérant 6 du règlement de base (notamment, lorsque ces prix ou ces coûts n’existent pas ou ne sont pas fiables), elle n’est nullement obligée de procéder à un ajustement en recourant à des données qui ont été exclues, puisqu’elles ont été viciées par lesdits défauts.
297 Pour ce qui est de l’argument de la requérante tiré de la prétendue non-prise en compte du pouvoir de négociation du groupe Tsingshan, il convient de relever, d’une part, que, [confidentiel] il n’est pas évident de déterminer comment les sociétés mères chinoises de la requérante auraient pu faire jouer ledit pouvoir de négociation, ce dernier permettant souvent d’obtenir un rabais sur les prix en raison des quantités à fournir. D’autre part, il suffit de remarquer que la requérante ne soutient pas avoir fourni à ce sujet à la Commission des éléments de preuve quelconques. Si les sociétés mères chinoises du groupe IRNC avaient coopéré à l’enquête, ce qu’elles n’ont pas fait, la Commission aurait été en mesure de prendre en compte d’éventuels rabais que la requérante et son groupe étaient susceptibles d’obtenir par rapport aux prix de base usuels de marché.
298 Enfin, la requérante n’a rien présenté qui pourrait concrètement remettre en cause la plausibilité de la méthode de la Commission consistant à extrapoler le ratio de l’avantage établi pour les lignes de laminage à froid à l’ensemble des équipements de production en cause. Si une telle ligne n’est pas le seul équipement qu’une société du groupe IRNC doit acheter pour sa production, la requérante n’a pas contesté que cette ligne est un équipement de production essentiel. Elle n’a avancé au cours de la procédure administrative ou devant le Tribunal aucun élément de preuve de nature à démontrer que le ratio de l’avantage pour l’achat des autres équipements de production est différent.
299 Il s’ensuit qu’il convient de rejeter le présent grief et, partant, la troisième branche du deuxième moyen dans son ensemble.
Sur la quatrième branche, concernant la fourniture de minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate
300 La requérante soutient, en substance, que la Commission n’aurait pas dû recourir aux prix philippins, qui seraient également faussés en raison des mesures indonésiennes. Selon elle, la Commission aurait plutôt dû construire un prix de référence sur le fondement des informations reçues sur le marché indonésien ou au moins ajuster les prix philippins au moyen des facteurs qui lui ont été signalés par les autorités indonésiennes et par elle-même au cours de la procédure administrative.
301 La Commission et Eurofer contestent les arguments de la requérante.
302 À cet égard, il convient de rappeler que la Commission a conclu aux considérants 435 et 437 du règlement attaqué, au terme de l’enquête dans le cadre de laquelle elle a dû avoir recours à des données disponibles, que la fixation du prix du minerai de nickel était assujettie à un mécanisme gouvernemental ayant empêché la dynamique habituelle du marché de l’offre et de la demande et que, au moyen du prix réglementé, les pouvoirs publics indonésiens avaient l’ambition précise de garantir que le prix dudit minerai présente une remise considérable par rapport aux prix sur le marché international, au profit de l’industrie indonésienne de l’acier inoxydable. La Commission a établi que, à travers ce mécanisme, lesdits pouvoirs publics avaient opéré un contrôle ferme sur la capacité des sociétés minières à autrement fixer leurs prix à différents niveaux sur la base de l’offre et de la demande normales sur le marché.
303 Selon le considérant 464 du règlement attaqué, en imposant aux sociétés minières des restrictions à l’exportation de minerai de nickel, associées à d’autres mesures gouvernementales, notamment une réglementation des prix, qui maintenait les prix du minerai de nickel à un niveau artificiellement bas et les exigences de traitement dans le pays débouchant sur une offre excédentaire et des prix déprimés, les pouvoirs publics indonésiens ont placé les sociétés d’extraction de nickel dans une situation irrationnelle sur le plan économique, en les forçant à vendre le minerai de nickel sur le marché national à des prix artificiellement bas par rapport aux prix considérablement plus élevés qu’elles auraient pu facturer en vendant ce minerai à un nombre bien plus élevé de consommateurs potentiels. Les sociétés d’extraction de minerai de nickel étaient donc, d’après l’analyse de la Commission, privées de tout choix commercial rationnel et, dès lors, encouragées à se conformer à l’objectif stratégique des pouvoirs publics indonésiens de favoriser l’industrie de l’acier inoxydable domestique.
304 La Commission a donc conclu, au considérant 499 du règlement attaqué, qu’il existait des éléments de preuve abondants attestant que les mesures adoptées par les pouvoirs publics indonésiens étaient spécifiquement conçues pour charger les sociétés d’extraction de nickel de respecter les objectifs stratégiques au profit de l’industrie de l’acier inoxydable ou leur ordonner de le faire, d’une manière équivalente à une subvention passible de mesures compensatoires au sens de l’article 3, point 1, sous a), iii) et iv), du règlement de base, tel qu’interprété et appliqué dans le respect de la norme pertinente de l’OMC en vertu de l’article 1.1, sous a), iii) et iv), de l’accord SMC.
305 Afin de mesurer l’avantage ainsi conféré aux bénéficiaires, la Commission s’est d’abord penchée sur la question de savoir si les prix fixés par les sociétés minières en Indonésie pouvaient servir de références appropriées. Toutefois, elle avait déjà établi que la fixation du prix du minerai de nickel était assujettie à un mécanisme gouvernemental de fixation des prix et à d’autres interventions gouvernementales ayant empêché la dynamique habituelle du marché de l’offre et de la demande de fixer le prix (considérants 503 et 504 du règlement attaqué).
306 Sur les fondements pris en compte aux considérants 504 à 518 du règlement attaqué, la Commission a déterminé, d’une part, que les pouvoirs publics indonésiens intervenaient sur le marché du minerai de nickel en réglementant précisément le prix de transaction de ce minerai entre les sociétés minières et les fonderies, de sorte qu’il ne s’agissait pas d’un prix du marché, mais d’un prix arrêté par lesdits pouvoirs publics pour servir leurs objectifs stratégiques. Déjà pour cette raison seule, la Commission a estimé, au point 519 du règlement attaqué, que les prix du minerai de nickel en Indonésie étaient faussés et ne pouvaient être utilisés comme référence pour quantifier l’avantage. D’autre part, au considérant 520 de ce règlement, la Commission a rappelé que ce mécanisme de fixation des prix n’était pas le seul à rendre les prix indonésiens inutilisables aux fins de l’analyse de l’avantage, mais qu’il y avait encore les restrictions à l’exportation et l’obligation de traiter le minerai de nickel en Indonésie, imposée par ces pouvoirs publics aux fonderies. Selon elle, ces mesures, associées aux objectifs précis de production, entraînaient une offre excédentaire sur le marché national et déprimaient donc les prix intérieurs. Aucune vente du minerai de nickel en Indonésie n’aurait été épargnée par le fait que les diverses distorsions de marché faussaient directement ou indirectement les prix, ce qui aurait eu pour conséquence la distorsion de tous les prix de ce minerai dans le pays. La Commission a donc conclu, au point 521 du règlement attaqué, que ces mesures dénaturaient tout le marché national du minerai de nickel, rendant ainsi impossible l’établissement d’un prix non faussé de ce minerai sur le marché indonésien. Par conséquent, il n’existait pas pour la Commission de prix intérieurs qui pouvaient servir de référence appropriée. Eu égard à de nombreuses similarités entre les conditions de production du minerai de nickel en Indonésie et aux Philippines, aux caractéristiques respectives de ce minerai et à ses conditions de commercialisation, la Commission a considéré que les prix philippins constituaient un repère approprié.
307 Dans la mesure où l’article 6, sous d), du règlement de base prévoit que le prix de référence doit être déterminé ou construit de préférence en ayant recours aux prix de marché du pays de fourniture, voire en ajustant ces prix avant de recourir à des prix en dehors de ce pays, il convient d’analyser, en premier lieu, les arguments de la requérante tirés de l’absence d’utilisation des données provenant du marché indonésien pour déterminer la référence de comparaison.
308 En l’occurrence, la requérante n’a pas fourni d’éléments de nature à démontrer que le constat de la Commission, figurant au considérant 529 du règlement attaqué, selon lequel le niveau de coopération des producteurs indonésiens de minerai de nickel et la qualité des informations fournies n’étaient pas suffisants pour déterminer la référence sur cette base était privé de plausibilité.
309 Ce constat est corroboré par l’existence, d’ailleurs non contestée, des distorsions généralisées sur le marché national de minerai de nickel indonésien, qui dénaturent tout le marché national (point 306 ci-dessus).
310 Dans ces circonstances, il ne saurait être considéré que la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation en n’établissant pas la référence sur le fondement des informations provenant des producteurs indonésiens de minerai de nickel. En effet, une référence dont l’ensemble des paramètres est influencé par les interventions des pouvoirs publics indonésiens ne saurait aboutir à un résultat représentatif de la situation non faussée du bénéficiaire.
311 En deuxième lieu, il n’y a pas, dans l’article 6, sous d), second alinéa, ii), du règlement de base, d’obligation d’ajuster une référence déterminée en dehors du pays de fourniture ou d’achat par des facteurs de nature à la rapprocher de la situation de ce pays (voir points 286 à 296 ci-dessus), en particulier lorsque les données en question sont viciées par les défauts énumérés de manière indicative au considérant 6 du règlement de base.
312 Pour autant, la Commission a répondu, au considérant 531 du règlement attaqué, aux arguments de la requérante et des autorités indonésiennes figurant au considérant 526 dudit règlement.
313 La Commission a, tout d’abord, relevé que les autorités indonésiennes et la requérante n’avaient pas démontré en quoi les éléments qu’ils avaient mentionnés au sujet des différences des propriétés techniques et des quantités de production entre le minerai de nickel indonésien et celui des Philippines produisaient une incidence sur les prix aux Philippines et n’avaient soumis aucun élément de preuve pour tenter de quantifier tout ajustement possible résultant de ces différences affectant les prix aux Philippines utilisés comme référence. Or, une telle preuve est requise afin d’établir qu’une institution de l’Union a commis une erreur manifeste d’appréciation de nature à justifier l’annulation d’un acte (voir, par analogie, arrêt du 14 décembre 2022, PT Wilmar Bioenergi Indonesia e.a./Commission, T‑111/20, EU:T:2022:809, point 210 et jurisprudence citée).
314 Ensuite, la Commission a indiqué, toujours au considérant 531 du règlement attaqué, quant à l’allégation tirée de la différence de teneur en nickel du minerai de nickel philippin, que la référence qu’elle avait utilisée tenait compte de cette différence, étant donné qu’elle avait créé une référence pour chaque type de minerai de nickel acheté par le groupe IRNC. Toutefois, la requérante n’a fait valoir devant le Tribunal aucun argument et encore moins de preuve de nature à remettre en cause cette appréciation. Elle n’a avancé aucun argument non plus de nature à démontrer le besoin d’un ajustement du point de référence en raison de la plus forte production indonésienne par rapport à celle aux Philippines. En l’absence de telles preuves, la requérante ne saurait soutenir que la Commission a commis une erreur manifeste d’appréciation.
315 Enfin, la Commission a soutenu à juste titre que, « [q]uant à l’affirmation que les coûts de production du minerai de nickel en Indonésie [étaient] inférieurs à ceux des Philippines, le considérant 528 [du règlement attaqué énonçait] que les sociétés d’extraction de minerai de nickel indonésiennes [n’avaient] pas coopéré au cours de l’enquête, mettant donc la Commission dans l’incapacité d’évaluer ces coûts ».
316 En troisième lieu, il convient également d’approuver la conclusion de la Commission, figurant au considérant 531 du règlement attaqué, selon laquelle « [l]’argument selon lequel l’interdiction des exportations indonésiennes déprimait artificiellement les prix sur le marché indonésien et entraînait par ailleurs des prix plus élevés aux Philippines n’enlevait rien au fait que les prix pratiqués aux Philippines constituaient une référence appropriée, en ce qu’ils reflétaient les prix réels du marché du minerai de nickel découlant du concours de circonstances sur le marché et des choix réglementaires des divers pays (dont l’Indonésie) et, de ce fait, ne compromettait pas la représentativité réelle de ces prix sur ce marché ».
317 En effet, même après les interventions des pouvoirs publics indonésiens, le prix franco à bord (FAB) philippin reste défini par le marché qui n’est pas soumis à ces interventions, parce qu’il reflète la manière dont le marché où s’exercent, sauf preuve contraire, normalement les rapports de l’offre et de la demande a réagi à cette situation en Indonésie et à ses répercussions sur le marché mondial.
318 Par ailleurs, la Commission a raison de soutenir que, si elle était retenue, l’argumentation de la requérante conduirait à la conclusion selon laquelle une référence en dehors du pays de fourniture est indisponible chaque fois que les mesures adoptées dans ce dernier pays ont une influence sur le prix sur le marché international.
319 Il y a donc lieu de rejeter la quatrième branche du deuxième moyen.
Sur la cinquième branche, concernant la fourniture de terrains moyennant une rémunération moins qu’adéquate
320 La requérante soutient que la Commission a commis trois erreurs manifestes au regard de l’article 6, sous d), du règlement de base.
321 En premier lieu, selon la requérante, une référence basée sur un terrain industriel bien aménagé, situé dans la régence de Gresik, dans la province de Java oriental (Indonésie), évalué en 2020, n’est pas comparable à la valeur d’une parcelle non aménagée, située dans la régence de Morowali en raison des différences considérables quant à l’emplacement géographique, à la connectivité, au niveau de développement de la région et aux terrains eux-mêmes.
322 En deuxième lieu, la Commission n’aurait pas dû appliquer l’indice des prix à la consommation (IPC) pour ajuster le prix de référence pour les terrains en cause.
323 En troisième lieu, dans le calcul de l’avantage, la Commission aurait utilisé comme référence les coûts d’acquisition et d’aménagement des terrains exposés par IMIP. Ces coûts ne représenteraient toutefois pas le prix payé à IMIP par le groupe IRNC pour l’achat de terrains.
324 Par ailleurs, la requérante soutient que, si une société liée, telle qu’IMIP, participe à la production ou à la vente d’un produit, en fournissant, par exemple, des intrants au producteur, l’avantage qu’elle reçoit ne doit être considéré comme étant l’avantage du producteur que s’il a été réellement transmis à ce dernier et uniquement proportionnellement à la part de l’avantage qui a été transmise.
325 La Commission conteste les arguments de la requérante.
326 À cet égard, comme il ressort du considérant 837 du règlement attaqué, la Commission a conclu que les pouvoirs publics indonésiens avaient fourni des terrains à IMIP, et donc aux sociétés du groupe IRNC affiliées à IMIP, moyennant une rémunération moins qu’adéquate. La fourniture de ces terrains a, selon la Commission, conféré un avantage, car IMIP aurait simplement versé une indemnisation convenue au préalable avec les responsables des pouvoirs publics indonésiens pour l’abandon de l’occupation des terrains, qui n’aurait pas été liée à la valeur réelle du terrain et des considérations de marché. Les pouvoirs publics indonésiens, le propriétaire réel des titres fonciers, n’auraient pas facturé la moindre somme à IMIP pour la valeur réelle du terrain, comme il ressort du considérant 842 du règlement attaqué.
327 Afin de calculer l’avantage reçu par le groupe IRNC, la Commission a recouru à une référence nationale, le « Hak guna bangunan » (HGB), à savoir le droit d’utiliser une parcelle et d’y construire un bâtiment, tirée d’un rapport d’évaluation indépendant concernant les terrains industriels préparé pour l’autre producteur-exportateur ayant coopéré, Jindal Indonesia, situé dans la régence de Gresik, une zone comparable à la régence de Morowali, dans la province de Sulawesi central. Un HGB est normalement limité à 30 ans, avec une extension possible de 20 ans, ainsi qu’il découle des considérants 834 et 847 du règlement attaqué, non contestés par la requérante. L’avantage a été calculé comme étant la différence entre la valeur du terrain établie sur la base de cette référence et les coûts d’aménagement supportés par IMIP pour transformer le terrain fourni en terrain industriel. La valeur figurant dans le rapport d’évaluation concernant l’année 2020 aurait été ajustée au moyen de l’IPC afin d’obtenir des références pour chaque année au cours de laquelle le groupe IRNC aurait acheté des terrains, ce qui aurait permis ensuite de calculer le taux de subvention pour ce groupe.
328 La requérante soutient, en substance, dans un premier grief, que la valeur d’un terrain industriel aménagé situé dans la régence de Gresik n’est pas comparable à celle d’un terrain non aménagé situé dans la régence de Morowali en 2020. Premièrement, le niveau de développement des régions respectives serait très différent. Deuxièmement, il en serait allé d’autant plus ainsi en 2014 lorsque le groupe IRNC aurait acheté la plupart des parcelles. Troisièmement, si les terrains dans la régence de Gresik auraient été aménagés, ceux dans la régence de Morowali ne l’auraient pas été.
329 Au considérant 844 du règlement attaqué, la Commission a indiqué au regard de la comparabilité des deux zones que « [l]a régence de Gresik [était] une zone comparable à la régence de Morowali, dans la province de Sulawesi central, car [celle-ci avait] un produit intérieur brut (PIB) similaire, en raison de la présence d’un parc industriel et parce [que lesdites régences étaient] toutes deux éloignées de la capitale Jakarta, dont les prix des terrains [étaient] très différents du reste du pays » et que, « [e]n outre, la valeur indiquée dans le rapport d’évaluation de Jindal Indonesia [était] une estimation prudente, [puisque ladite valeur] ne [concernait] que les HGB, alors que, comme indiqué, le groupe IRNC [avait] acquis auprès d’IMIP de manière variable des HGB et des droits de pleine propriété, d’une valeur supérieure à celle des HGB, sur différentes parcelles ».
330 Premièrement, il convient de constater que la requérante n’a présenté, au cours de la procédure administrative, aucune preuve de nature à contester l’analyse de la Commission mentionnée au point 329 ci-dessus. L’élément de preuve qu’elle présente au point 85 de la réplique, à savoir un lien vers une page du site Internet www.researchgate.net, ne peut donc être pris en compte pour les motifs exposés aux points 215 à 219 ci-dessus.
331 La requérante n’a notamment fourni aucune preuve de la différence entre les PIB dans les régences de Gresik et de Morowali au cours de la procédure administrative. Elle n’a présenté aucun élément qui montrerait quelle aurait été l’évolution du PIB en termes réels dans ces régences.
332 En tout état de cause, il est important de noter que l’estimation de la comparabilité de la Commission prend en compte la circonstance que les parcelles mises à disposition d’IMIP l’ont été tant sous la forme de HGB que sous la forme de pleine propriété, qui a incontestablement plus de valeur qu’un simple droit de construire un bâtiment sur un terrain, qui n’est valable que 30 ans, avec une possibilité d’extension de 20 ans. En effet, la requérante mentionne clairement aux points 170, 172 et 175 de la requête, ainsi qu’au point 85 de la réplique, qu’elle a « acheté » les terrains en question.
333 Il aurait appartenu à la requérante, voire aux pouvoirs publics indonésiens, qui connaissent le mieux la situation économique sur le terrain, ainsi que son évolution, de fournir une analyse détaillée à la Commission, soutenue par des éléments de preuve appropriés démontrant que la référence fixée dans la régence de Gresik ne traduit pas fidèlement la valeur des terrains dans la régence de Morowali eu égard au développement de l’infrastructure, au PIB, au type du droit sur les terrains ainsi qu’aux dates respectives de mise à disposition ou d’acquisition de ces terrains. Ils auraient pu fournir des indices de l’évolution du prix locatif ou de celui de pleine propriété des terrains à usage industriel dans les deux endroits respectifs, mais il n’apparaît ni des arguments présentés par la requérante devant le Tribunal ni de ceux figurant dans le règlement attaqué qu’ils l’ont fait pendant la procédure administrative.
334 Deuxièmement, en fixant le point de départ en 2020 pour établir les références de prix pour les années de mise à disposition des terrains, la Commission n’a fait aucun choix déraisonnable, dans la mesure où la valeur du HGB pour le terrain dans la régence de Gresik, qui lui a servi de référence, a été établie en 2020. Si la requérante soutient que, en 2015, le PIB dans la province où se situe Morowali était de 36 % inférieur à celui de la province où se situe Gresik, il a déjà été constaté que la preuve à l’appui de cette allégation n’a pas été fournie au cours de la procédure administrative, de sorte qu’elle ne saurait être prise en compte devant le Tribunal (voir points 215 à 219 ci-dessus).
335 De surcroît, en réponse à une question du Tribunal, la Commission justifie de manière convaincante, preuves à l’appui, son allégation figurant au point 85 de la duplique selon laquelle elle n’a pas été en mesure d’obtenir des prix de référence d’un terrain industriel pendant les années précises d’acquisition, que ce soit de sources publiques ou auprès de la requérante et des pouvoirs publics indonésiens, ce qui témoigne de leur défaut de coopération et constitue une raison supplémentaire pour rejeter les prétentions de la requérante.
336 Troisièmement, la Commission a bien comparé deux terrains aménagés. Quant à celui de Morowali, elle a précisé, au considérant 862 du règlement attaqué, qu’elle a inclus dans son calcul le coût original du terrain, majoré du coût d’aménagement pour ce dernier, comme cela a été communiqué par IMIP. La Commission ne conteste pas qu’elle n’a compté que le défrichage comme coût pour l’aménagement de ce terrain. Toutefois, la requérante ne conteste pas l’argument de la Commission selon lequel les autres coûts pour l’aménagement de leurs terrains en termes d’infrastructures d’accès ont été supportés par les pouvoirs publics indonésiens et selon lequel il est normal en Indonésie, pour un grand consommateur d’électricité, de construire sa propre centrale de production, ce qui aurait été également le cas de la société sidérurgique implantée à Gresik. En tout état de cause, la requérante n’a présenté, au cours de la procédure administrative ou devant le Tribunal (voir points 215 à 219 ci-dessus), aucun document ni aucune donnée concrète pour soutenir son argument selon lequel c’est elle et non les autorités indonésiennes qui a aménagé les terrains. En particulier, elle ne précise pas la somme qu’elle aurait dû débourser elle-même pour aménager les terrains en question.
337 Il convient donc de rejeter le présent grief.
338 En ce qui concerne le deuxième grief relatif à l’ajustement des prix de référence au moyen de l’IPC, il ressort du considérant 845 du règlement attaqué que, « [d]ans le calcul, […] la valeur dans le rapport d’évaluation se réfère à 2020 », que « [ladite valeur] a donc été ajustée par l’[IPC] pour obtenir la valeur de chaque année au cours de laquelle le groupe IRNC a acheté une parcelle » et que « [l]e montant de l’avantage a été établi en déduisant de l’avantage constaté l’indemnisation versée par IMIP ». En réponse à l’argument de la requérante, avancé au cours de la procédure administrative, selon lequel le terrain était un bien de capital et non un bien de consommation, l’IPC ne comprenant donc pas de prix des terrains, la Commission a indiqué, au considérant 864 dudit règlement, que cet indice était « une bonne indication de l’inflation générale des prix dans l’économie entière, y compris en ce qui concerne les prix des terrains » dans la mesure où ledit indice « [incluait] notamment les prix de location, qui fournissent une bonne indication de l’évolution des prix des terrains et des biens immobiliers ».
339 La requérante a soutenu, pour l’essentiel, que, d’une part, l’IPC était un indice à l’échelle nationale et ne prenait donc pas en compte les différences de vitesse de développement dans les régions. D’autre part, il ne prendrait pas en compte la location industrielle des terrains. Ainsi, l’IPC n’aurait pas été approprié pour ajuster le prix de référence pour les terrains en cause.
340 En l’occurrence, la requérante ne conteste pas l’affirmation de la Commission selon laquelle l’IPC n’a pas été utilisé pour définir le prix des terrains à Morowali, mais seulement pour ajuster le prix de référence dans le temps. Bien qu’elle avance plusieurs arguments afin de jeter un doute sur sa pertinence, elle reste en défaut de démontrer, ainsi que le soutient la Commission à bon droit, que l’évolution des prix locatifs pour des terrains industriels suit une autre dynamique que celle des logements pour particuliers. En particulier, elle ne fait pas valoir avoir avancé, dans le cadre de la procédure administrative (voir points 215 à 219 ci-dessus), des preuves en ce sens. Il en va de même de l’argument de la requérante tiré de vitesses différentes dans le développement des deux régions (voir points 330 et 334 ci-dessus). Même si la requérante et les pouvoirs publics indonésiens connaissent le mieux la situation en Indonésie, ils n’ont pas présenté à la Commission d’informations pertinentes, comme par exemple des indices de l’évolution des prix dans ce domaine.
341 Le présent grief doit donc être rejeté.
342 Concernant le troisième grief, il ressort du considérant 844 du règlement attaqué que, pour calculer l’avantage reçu par les bénéficiaires, la Commission ne pouvait pas considérer l’indemnisation accordée comme comparable aux prix payés pour les transactions foncières sur le marché et que, par conséquent, elle n’a tenu compte que des coûts d’aménagement supportés par IMIP pour transformer le terrain acheté en tant que forêt et plantation en terrain prêt à être utilisé à des fins industrielles.
343 La requérante soutient, en substance, que ce coût ne correspond pas au prix supporté par les sociétés du groupe IRNC. Il n’aurait pas été prouvé qu’un éventuel avantage reçu par IMIP leur aurait été transmis.
344 En l’occurrence, la requérante ne conteste toutefois pas que ses transactions foncières avec IMIP ont eu lieu entre des sociétés affiliées, de sorte que les prix payés ne sont pas fiables, en ce sens qu’ils ne correspondent pas au prix du marché. La requérante ne conteste d’ailleurs pas l’affirmation de la Commission figurant au point 172 du mémoire en défense selon laquelle il ressort de la réponse au questionnaire de la requérante que la fixation interne des prix d’IMIP n’avait pas été conforme aux principes du marché, étant donné que toutes les parcelles de terrain avaient été revendues au même prix, indépendamment de la taille ou de la configuration de la parcelle, de la date d’acquisition ou du coût initial pour IMIP et que les parcelles louées à d’autres sociétés du groupe IRNC ont toutes été louées au même prix par mètre carré. Il n’est donc pas déraisonnable pour la Commission de se référer aux prix payés par la première société affiliée du groupe IRNC aux personnes extérieures.
345 C’est également à juste titre que la Commission a estimé qu’aucune analyse de la répercussion de l’avantage reçu par IMIP sur les sociétés affiliées ne devait être effectuée, puisque celle-ci n’est d’application que lorsque le producteur de l’intrant subventionné opère avec l’utilisateur de cet intrant, qui est également producteur du produit concerné, dans des conditions de pleine concurrence [arrêt du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission, T‑480/20, EU:T:2023:90, point 56 (non publié), ainsi que rapport de l’Organe d’appel de l’OMC adopté le 17 février 2004 dans l’affaire intitulée « États-Unis – détermination finale en matière de droits compensateurs concernant certains bois d’œuvre résineux en provenance du Canada » (WT/DS257/AB/R, points 143, 144 et 146, ainsi que note en bas de page no 176) et rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 20 décembre 2021 dans le différend intitulé « États-Unis – Droits antidumping et compensateurs visant les olives mûres en provenance d’Espagne » (WT/DS577/R, points 7.140, 7.147 et 7.154)]. Or, non seulement IMIP et le groupe IRNC étaient affiliés, ce qui ne laisse pas présumer des relations soumises aux règles du marché, mais il ressort également du point 344 ci-dessus que les opérations en question n’étaient à l’évidence pas régies pas les règles du marché libre.
346 Il convient donc de rejeter le présent grief ainsi que la cinquième branche du deuxième moyen et, partant, ledit moyen dans son ensemble.
Sur le troisième moyen, tiré de la violation de l’article 7, paragraphe 2, et de l’article 15, paragraphes 1 et 2, du règlement de base
347 La requérante soutient, en substance, que la Commission a mal calculé la répercussion des subventions reçues sous forme de fourniture de minerai de nickel pour une rémunération moins qu’adéquate sur les produits faisant l’objet de l’enquête. Le présent moyen concerne donc un régime de subventions indonésien et n’est pas lié au résultat de l’appréciation du premier moyen, qui concerne le financement préférentiel d’origine chinoise.
348 La requérante fait valoir que, dans les cas où une subvention est accordée au niveau des intrants et qu’il est allégué qu’elle subventionne ainsi indirectement un produit transformé en aval, la Commission doit analyser si et dans quelle mesure les subventions concernant des intrants ont pu passer indirectement au produit transformé et, partant, être incluses dans la détermination du montant total des subventions accordées pour le produit visé par l’enquête. Contrairement à d’autres formes de contributions financières, telles que les subventions directes, la fourniture de biens moyennant une rémunération moins qu’adéquate serait étroitement liée au flux des biens. Une telle contribution ne serait monétisée que lorsque les produits finaux seraient vendus.
349 Dans des situations comme celle en l’espèce, où seule une partie de l’intrant subventionné aurait été utilisée dans la production du produit fini, la Commission ne saurait partir du principe que la totalité des intrants subventionnés est utilisée dans la production du produit fini.
350 La Commission conteste les arguments de la requérante.
351 À cet égard, l’article 7, paragraphe 2, du règlement de base dispose que « [l]orsque la subvention n’est pas accordée par référence aux quantités fabriquées, produites, exportées ou transportées, le montant de la subvention passible de mesures compensatoires est déterminé en répartissant, de façon adéquate, la valeur de la subvention totale sur le niveau de production, de vente ou d’exportation du produit en question au cours de la période d’enquête ».
352 Il ressort des dispositions figurant sous le titre « b) Dénominateur utilisé aux fins de la répartition du montant de la subvention », qui figure lui-même sous le titre « F Période d’enquête pour le calcul de la subvention : imputation contre répartition », de la communication de la Commission sur le calcul du montant des subventions dans le cadre des enquêtes antisubventions (JO 1998, C 394, p. 6, ci-après les « lignes directrices sur le calcul du montant des subventions ») que, « ii) Pour les subventions autres qu’à l’exportation, les ventes totales (intérieures et à l’exportation) doivent être utilisées comme dénominateur, puisque ces subventions sont accordées tant sur les ventes intérieures que sur les ventes à l’exportation ».
353 La méthode de calcul détaillée utilisée par la Commission a été communiquée au groupe IRNC dans son document d’information individuel. À la première page de ce document, figurant à l’annexe B.1 du mémoire en défense, la Commission indique ce qui suit :
[confidentiel]
354 La méthode de calcul détaillée en cause a ensuite été expliquée au moyen des tableaux illustrant les calculs effectués par la Commission, qui ont été annexés audit document d’information individuel. Ces tableaux figurent à l’annexe A.21 de la requête, mais également aux annexes B.2 et B.3 du mémoire en défense.
355 Concrètement, afin d’établir le montant de la subvention passible de mesures compensatoires pour le produit concerné exporté par la requérante vers l’Union, la Commission a commencé par déterminer le montant de l’avantage directement octroyé à la requérante en comparant le prix d’achat national réel du minerai de nickel avec le prix de référence non faussé aux Philippines, ce qui a donné la somme de [confidentiel]. Elle a ensuite divisé ce montant par le chiffre d’affaires de la société IRNC, conduisant à un taux de subventionnement de [confidentiel]% accordé à cette société.
356 La Commission a cependant observé que le produit concerné fabriqué et exporté par la requérante avait aussi bénéficié indirectement du minerai de nickel subventionné acheté par ses sociétés liées et transmis à elle sous la forme de produits semi-finis. Afin de calculer le montant des subventions accordées pour le produit concerné exporté par IRNC, elle a estimé la part du minerai de nickel subventionné achetée par lesdites sociétés liées qui se retrouvait dans le produit concerné. L’avantage constaté dans ces sociétés liées a été réparti au moyen de la proportion de leur chiffre d’affaires qui était directement ou indirectement parvenue au producteur-exportateur IRNC. La clé de répartition aurait été constituée des ventes intragroupe, c’est-à-dire du chiffre d’affaires des ventes réalisées par [confidentiel] au producteur-exportateur IRNC.
357 En particulier, d’une part, la Commission a déterminé quel pourcentage du chiffre d’affaires total de [confidentiel] se rapportait à des ventes directes à IRNC. D’autre part, elle a établi la part de l’avantage parvenue au producteur-exportateur IRNC dans les cas de ventes multiples au sein du groupe, c’est-à-dire dans les cas où, par exemple, une société liée vendait un produit semi-fini transformé à une autre société liée, laquelle vendait ensuite un autre produit transformé à IRNC. L’ajout des transactions directes et indirectes a donné la clé de répartition par société liée, [confidentiel]. Ces pourcentages représentaient donc la part de l’avantage tiré du minerai de nickel subventionné qui se retrouvait dans le produit concerné exporté par IRNC. Le montant de l’avantage ainsi déterminé a ensuite été réparti sur la base du chiffre d’affaires de la société IRNC, [confidentiel]. Le montant total du subventionnement concernant le minerai de nickel pour le groupe IRNC a été fixé à 10,04 %.
358 Le montant des subventions pour l’ensemble du groupe IRNC a ensuite été affecté au chiffre d’affaires du produit concerné vendu dans l’Union par le producteur-exportateur IRNC. Le montant des subventions par tonne exportée vers l’Union a ensuite été divisé par la valeur coût assurance et fret par tonne exportée vers l’Union, afin d’obtenir le taux de subventionnement.
359 Il ressort, en outre, des considérants 533 à 535 du règlement attaqué que, au cours de la procédure administrative, le groupe IRNC a insisté sur le fait que la requérante vendait le minerai de nickel acheté au sein dudit groupe et que, de ce fait, aucun avantage découlant de ce minerai ne devait être compris dans le calcul de l’avantage. La Commission a confirmé qu’elle avait tenu compte de ces deux aspects dans son calcul du montant de la subvention pour ce groupe. Elle a observé que, pour les fournisseurs liés d’intrants, l’avantage constaté dans ces sociétés avait été réparti au moyen de la proportion de leur chiffre d’affaires correspondant au producteur-exportateur et que, par la suite, cet avantage réparti avait été ajouté à l’avantage du producteur-exportateur et inclus dans les calculs de la subvention de ce producteur. Au niveau du producteur-exportateur, le dénominateur de l’avantage était le chiffre d’affaires total de la société. La Commission a noté que l’utilisation finale du minerai de nickel, que ce soit pour le produit concerné ou pour la vente à des sociétés affiliées en vue du traitement ultérieur, n’était pas pertinente, car, dans le calcul du taux de subvention, le dénominateur était le chiffre d’affaires total d’IRNC. Par conséquent, elle a rejeté l’argument de la requérante.
360 La critique de la requérante devant le Tribunal ne concerne qu’un seul aspect du calcul ou de la méthode de calcul détaillée en cause, à savoir la non-réduction de l’avantage direct reçu par la requérante en raison de la fourniture à elle du minerai de nickel pour une rémunération moins qu’adéquate. La détermination de l’avantage indirect ainsi que le reste du calcul ne sont pas contestés.
361 La requérante invoque, à l’appui de la critique en cause, un rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 5 mars 2020 dans le différend intitulé « États-Unis – Mesures compensatoires visant le papier supercalandré en provenance du Canada » (WT/DS505/R, point 7.237), dont il ressort ce qui suit :
« Il peut y avoir des circonstances dans lesquelles il est raisonnable que l’autorité chargée de l’enquête procède comme si la totalité des intrants subventionnés produits par une entité étaient utilisés dans la production d’un produit fini, sans nécessairement prouver que tel est le cas. Cependant, ce ne sera pas le cas dans des circonstances où les éléments de preuve versés au dossier indiquent que seule une très petite quantité de l’intrant subventionné produit par une entité est en fait utilisée dans la production du produit fini. Dans ces circonstances, il serait contraire à la prescription exigeant que soit déterminé avec toute l’exactitude possible le montant du subventionnement accordé pour le produit visé par l’enquête de supposer que tous les intrants sont utilisés dans la production du produit fini. »
362 La requérante soutient qu’il en va ainsi en l’espèce, dans la mesure où [confidentiel].
363 Néanmoins, il découle de l’arrêt du 1er mars 2023, Hengshi Egypt Fiberglass Fabrics et Jushi Egypt for Fiberglass Industry/Commission [T‑480/20, EU:T:2023:90, point 56 (non publié)], du rapport de l’Organe d’appel de l’OMC adopté le 17 février 2004 dans le différend intitulé « États-Unis – détermination finale en matière de droits compensateurs concernant certains bois d’œuvre résineux en provenance du Canada » (WT/DS257/AB/R, points 143, 144 et 146 ainsi que note en bas de page no 176), et du rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 20 décembre 2021 dans le différend intitulé « États-Unis – Droits antidumping et compensateurs visant les olives mûres en provenance d’Espagne » (WT/DS577/R, points 7.140, 7.147 et 7.154), qu’une analyse de la répercussion de l’avantage reçu par le fournisseur de l’intrant vers le transformateur de cet intrant en produit concerné n’est nécessaire que si les deux entreprises opèrent, l’une vis-à-vis de l’autre, dans des conditions de pleine concurrence.
364 Cela n’est pas le cas en l’espèce, puisque la requérante et [confidentiel] appartiennent toutes les deux au groupe IRNC, ainsi qu’au groupe Tsingshan, de sorte que la condition prévue dans les rapports cités au point 363 ci‑dessus n’est pas remplie.
365 De plus, il n’y a aucune preuve ou garantie que l’avantage reçu par IRNC en raison de la fourniture de minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate a suivi [confidentiel]. Bien au contraire, il a été constaté dans le cadre de l’examen de la cinquième branche du deuxième moyen que les prix facturés dans le cadre des opérations entre les sociétés affiliées à la requérante pouvaient ne pas être établis dans des conditions de pleine concurrence.
366 Dans la réplique, la requérante ne conteste pas la pratique décisionnelle de l’ORD de l’OMC rappelée au point 363 ci-dessus. Elle remarque cependant qu’il ressort pourtant du point 7.331 du rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 20 décembre 2021 dans le différend intitulé « États-Unis – Droits antidumping et compensateurs visant les olives mûres en provenance d’Espagne » (WT/DS577/R) que, « conformément aux termes de l’article VI:3 [de GATT de 1994], l’autorité chargée de l’enquête qui réfléchit à la manière de compenser les subventions indirectes doit analyser si et dans quelle mesure les subventions concernant des intrants ont pu passer indirectement au produit transformé et, partant, être incluses dans la détermination du montant total des subventions accordées pour le produit visé par l’enquête » et que « [l]’autorité chargée de l’enquête est tenue de faire cette détermination pour faire en sorte qu’il ne soit pas appliqué de droits compensateurs dont le montant dépasse la subvention estimée que l’on sait avoir été accordée pour le produit visé par l’enquête ».
367 Toutefois, la première phrase de l’extrait du point 7.331 du rapport du groupe spécial de l’ORD de l’OMC adopté le 20 décembre 2021 dans le différend intitulé « États-Unis – Droits antidumping et compensateurs visant les olives mûres en provenance d’Espagne » (WT/DS577/R), figurant au point 366 ci-dessus, est assortie de la note en bas de page no 723, qui renvoie à la section 7.3.1.1 de ce rapport, dans laquelle il est indiqué, au point 7.147, mentionné au point 363 ci-dessus, qu’« [i]l n’y a pas de désaccord entre les parties sur le fait que, lorsque le producteur de l’intrant d’amont opère dans des conditions de pleine concurrence vis-à-vis du producteur du produit d’aval produit à l’aide de cet intrant d’amont, l’autorité chargée de l’enquête est tenue, au titre de l’article VI :3 du GATT de 1994 et de l’article 10 de l’Accord SMC, d’établir que l’avantage conféré par la subvention accordée directement pour le produit d’amont a été transmis au produit d’aval pour percevoir des droits compensateurs sur les importations du produit d’aval ».
368 La requérante soutient également qu’une analyse de répercussion de l’avantage était nécessaire, dans la mesure où l’avantage consistait, en fait, dans le subventionnement d’un intrant et qu’il suivait forcément cet intrant, contrairement à une subvention directe, voire que l’avantage lié à cet intrant n’était pas capitalisé avant la vente du produit final qui l’incorporait.
369 Un tel argument doit toutefois être rejeté, dans la mesure où une certaine somme directement reçue est totalement égale à la même somme épargnée lors d’un achat pour une rémunération moins qu’adéquate. Dans ses effets, un don est égal à une économie et le bénéficiaire peut en disposer à sa guise. En outre, dans un groupe de sociétés, tout avantage reçu peut être transmis vers le produit fini de plusieurs façons.
370 La requérante a donc tort de soutenir que la subvention qu’elle a reçue directement en raison de la fourniture de minerai de nickel moyennant une rémunération moins qu’adéquate devait être ramenée à [confidentiel]%, ce qui correspondrait [confidentiel].
371 Par ailleurs, il y a lieu d’approuver l’argument de la Commission correspondant au considérant 535 du règlement attaqué selon lequel, étant donné que la subvention reçue s’appliquait à tous les produits de la société IRNC de manière égale, en pourcentage de son chiffre d’affaires total, l’utilisation finale du minerai de nickel acheté par cette dernière, que ce soit pour le produit concerné ou pour [confidentiel], n’est pas pertinente, puisque le dénominateur dans le calcul du taux de subventionnement est le chiffre d’affaires total d’IRNC, c’est-à-dire [confidentiel], y compris les ventes sur le marché intérieur et sur le marché d’exportation, qu’il s’agisse de [confidentiel]. En conséquence, le dénominateur utilisé dans le cadre de l’enquête incluait déjà les ventes de [confidentiel] que la requérante souhaiterait analyser séparément afin d’en répartir l’avantage.
372 S’il fallait exclure du calcul les [confidentiel], cela réduirait le chiffre d’affaires au dénominateur, mais également, dans la même proportion, le montant de l’aide correspondant au numérateur, ce qui conduirait au même résultat.
373 En tout état de cause, la subvention en question n’est pas accordée par référence aux quantités fabriquées, produites, exportées ou transportées. Il ressort du passage des lignes directrices cité au point 352 ci-dessus que, pour les subventions autres qu’à l’exportation, les ventes totales (intérieures et à l’exportation) doivent être utilisées comme dénominateur, puisque ces subventions sont accordées tant sur les ventes intérieures que sur les ventes à l’exportation. Cependant, la méthode proposée par la requérante en ferait éliminer la part relative [confidentiel].
374 Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter le troisième moyen et, partant, le recours dans son ensemble.
Sur les dépens
375 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
376 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission, conformément aux conclusions de cette dernière.
377 Par ailleurs, aux termes de l’article 138, paragraphe 3, du règlement de procédure, le Tribunal peut ordonner qu’une partie intervenante autre que celles mentionnées aux paragraphes 1 et 2 de cet article supporte ses propres dépens. En l’espèce, il y a lieu de décider qu’Eurofer supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (troisième chambre, siégeant avec cinq juges)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) PT Indonesia Ruipu Nickel and Chrome Alloy est condamnée à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne.
3) Eurofer, Association Européenne de l’Acier, AISBL, supportera ses propres dépens.
| Škvařilová-Pelzl | Nõmm | Steinfatt |
| Kukovec | Meyer |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
1 Données confidentielles occultées.
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