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AccueilDroit européen62022TJ0534
Jurisprudence CJUE62022TJ0534

Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 18 septembre 2024.#Belarusian Potash Company AAT contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine – Gel des fonds – Listes des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques – Inscription du nom de la requérante sur la liste – Soutien au régime – Soutien financier – Profit du régime – Erreur d’appréciation».#Affaire T-534/22.

CELEX62022TJ0534
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 18 septembre 2024

Résumé IA

Cet arrêt du Tribunal de l'Union européenne examine le recours d'une société biélorusse contre son inscription sur la liste des mesures restrictives de l'UE, adoptées en raison de la situation en Biélorussie et de son implication dans l'agression russe contre l'Ukraine. Le Tribunal vérifie si les motifs d'inscription, fondés sur l'allégation d'un soutien financier procurant un profit au régime, sont suffisamment étayés par des éléments de preuve concrets et précis. La décision précise les critères juridiques que le Conseil doit respecter pour justifier légalement une telle inscription, ce qui est essentiel pour la défense des droits des personnes et entités visées par les sanctions de l'UE.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (quatrième chambre)

18 septembre 2024 (*)


Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine – Gel des fonds – Listes des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques – Inscription du nom de la requérante sur la liste – Soutien au régime – Soutien financier – Profit du régime – Erreur d’appréciation »

Dans l’affaire T‑534/22,

Belarusian Potash Company AAT, établie à Minsk (Biélorussie), représentée par Me V. Ostrovskis, avocat,

partie requérante,

contre

Conseil de l’Union européenne, représenté par MM. J. Rurarz et A. Boggio-Tomasaz, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

soutenu par

République de Lettonie, représentée par Mmes K. Pommere et J. Davidoviča, en qualité d’agents,

partie intervenante,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre),

composé de MM. R. da Silva Passos, président, S. Gervasoni et Mme N. Półtorak (rapporteure), juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Belarusian Potash Company AAT, demande l’annulation, en première lieu, de la décision d’exécution (PESC) 2022/881 du Conseil, du 3 juin 2022, mettant en œuvre la décision 2012/642/PESC concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2022, L 153, p. 77), et du règlement d’exécution (UE) 2022/876 du Conseil, du 3 juin 2022, mettant en œuvre l’article 8 bis, paragraphe 1, du règlement (CE) no 765/2006 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2022, L 153, p. 1) (ci‑après, pris ensemble, les « actes initiaux »), et, en second lieu, de la décision (PESC) 2023/421 du Conseil, du 24 février 2023, modifiant la décision 2012/642 (JO 2023, L 61, p. 41), et du règlement d’exécution (UE) 2023/419 du Conseil, du 24 février 2023, mettant en œuvre l’article 8 bis du règlement (CE) no 765/2006 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine (JO 2023, L 61, p. 20) (ci-après, pris ensemble, les « actes de maintien »), en tant que ces actes la concernent.

Antécédents du litige et faits postérieurs à l’introduction du recours

2 La requérante est une société vendant et exportant des engrais potassiques établie à Minsk (Biélorussie).

3 La présente affaire s’inscrit dans le cadre des mesures restrictives adoptées par l’Union européenne depuis 2004 en raison de la situation en Biélorussie en ce qui concerne la démocratie, l’État de droit et les droits de l’homme et de l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine.

4 Le Conseil de l’Union européenne a adopté, le 18 mai 2006, sur le fondement des articles [75 et 215 TFUE], le règlement (CE) no 765/2006, concernant des mesures restrictives à l’encontre du président [Loukachenko] et de certains fonctionnaires de Biélorussie (JO 2006, L 134, p. 1), et, le 15 octobre 2012, sur le fondement de l’article 29 TUE, la décision 2012/642/PESC, concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Biélorussie (JO 2012, L 285, p. 1).

5 Dans leurs versions applicables à la date d’adoption des actes initiaux, l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642 et l’article 2, paragraphes 1 et 5, du règlement no 765/2006 prévoient que sont gelés tous les fonds et ressources économiques possédés, détenus ou contrôlés par, notamment, les personnes physiques ou morales, les entités ou les organismes qui profitent du régime de Loukachenko ou le soutiennent.

6 Le 24 février 2022, le président de la Fédération de Russie a annoncé une opération militaire en Ukraine et, le même jour, les forces armées russes ont attaqué l’Ukraine à plusieurs endroits du pays.

7 Le 24 février 2022, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a publié une déclaration condamnant, au nom de l’Union, l’« invasion non provoquée » de l’Ukraine par les forces armées de la Fédération de Russie et a indiqué que « le prix à payer pour l’implication de la Biélorussie dans l’agression militaire non provoquée et injustifiée [alors menée] contre l’Ukraine sera[it] élevé et que [par des mesures restrictives] ceux qui, en Biélorussie, collabor[ai]ent à ces attaques contre l’Ukraine seraient ciblés et restreignons le commerce dans un certain nombre de secteurs clés [serait restreint] ».

8 Ainsi qu’il ressort du deuxième considérant et des visas des actes initiaux, ces derniers ont été adoptés en raison de la gravité de la situation en Biélorussie ainsi qu’en réaction aux violations persistantes des droits de l’homme et à la répression systématique visant la société civile et l’opposition démocratique. Les visas des actes initiaux se réfèrent également à l’implication de la Biélorussie dans l’agression russe contre l’Ukraine.

9 Par les actes initiaux, la requérante a été inscrite à la ligne 29 du tableau B de la liste des personnes, des entités et des organismes visés par les mesures restrictives qui figure en l’annexe de la décision 2012/642 et à l’annexe I du règlement no 765/2006 (ci-après, prises ensemble, les « listes en cause »).

10 Dans les actes initiaux, le Conseil a justifié l’inscription de la requérante sur les listes en cause par la mention des motifs suivants :

« La société par actions “Belarusian Potash Company” est la branche exportatrice du producteur d’État biélorusse de potasse, Belaruskali. Belaruskali est l’une des principales sources de revenus pour le régime de [Loukachenko]. Les livraisons de “Belarusian Potash Company” représentent 20 % des exportations mondiales de potasse.

L’État garantit les droits de monopole de “Belarusian Potash Company” pour l’exportation d’engrais potassiques. Grâce au traitement préférentiel accordé par les autorités biélorusses, l’entreprise perçoit des recettes substantielles. Par conséquent, “Belarusian Potash Company” tire profit du régime de [Loukachenko] et le soutient. »

11 Le 7 juin 2022, le Conseil a publié au Journal officiel de l’Union européenne un avis à l’attention des personnes faisant l’objet des mesures restrictives prévues par [les actes initiaux] (JO 2022, C‑221, p. 2). Les personnes physiques et morales concernées par cet avis pouvaient, selon ce dernier, soumettre au Conseil, avant le 30 novembre 2022, une demande de réexamen de la décision par laquelle elles avaient été inscrites sur les listes en cause.

12 Par lettre du 29 juin 2022, la requérante a demandé au Conseil les éléments de preuve sur lesquels celui-ci avait fondé les actes initiaux.

13 Le 22 juillet 2022, la requérante a reçu les documents de travail enregistrés respectivement sous les références WK 5541/2022 INIT, WK 6656/2022 INIT et WK 6656/2022 ADD 1.

14 Par lettre du 30 novembre 2022, la requérante a déposé auprès du Conseil une demande de réexamen de son inscription sur les listes en cause par les actes initiaux.

15 Par lettre du 21 décembre 2022, le Conseil a informé la requérante de son intention de maintenir les mesures restrictives à son égard et lui a transmis le document de travail WK 17501/2022 INIT, daté du 13 décembre 2022.

16 Le 12 janvier 2023, la requérante a transmis ses observations au Conseil.

17 Le 24 février 2023, en réponse à la demande de réexamen, le Conseil a adressé à la requérante une lettre officielle dans laquelle il réitérait les allégations formulées dans l’exposé initial des motifs. Dans la même lettre, le Conseil a fait savoir qu’il avait décidé de maintenir l’inscription de la requérante sur les listes en cause.

18 Par les actes de maintien, les mesures prises à l’encontre de la requérante ont été prorogées jusqu’au 28 février 2024, pour les mêmes motifs que ceux figurant dans les actes initiaux tout en ajoutant, par la première phrase du second paragraphe, la précision qui suit : « L’État a garanti les droits de monopole de “Belarusian Potash Company” pour l’exportation d’engrais potassiques ».

Procédure et conclusions des parties

19 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler les actes initiaux et de maintien, en tant qu’ils la concernent ;

– condamner le Conseil aux dépens.

20 Le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

21 La République de Lettonie conclut au rejet du recours.

En droit

22 Il convient d’examiner, en premier lieu, la demande en annulation partielle des actes initiaux puis, en second lieu, la demande en annulation partielle des actes de maintien.

Sur la demande d’annulation partielle des actes initiaux

23 Au soutien de sa demande en annulation partielle des actes initiaux, la requérante soulève quatre moyens tirés, le premier, d’une violation du principe de légalité des actes initiaux dans la mesure où ils la concernent, le deuxième, d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation, le troisième, d’une erreur manifeste d’appréciation, et, le quatrième, d’une violation du principe de proportionnalité.

24 Il convient d’analyser d’abord le deuxième moyen.

Sur le deuxième moyen, tiré d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation

25 La requérante fait valoir qu’elle n’est en mesure ni de comprendre les raisons qui sous-tendent la décision du Conseil de l’inscrire sur la liste des personnes sanctionnées, ni de la contester valablement. La motivation fournie par le Conseil se réfèrerait à des allégations factuelles identiques pour justifier que les critères de « soutien » et de « profit » sont remplis. Le Conseil n’aurait opéré aucune distinction entre ces deux critères, bien que la jurisprudence l’exigerait. Les droits de la défense de la requérante auraient donc été lésés et le Conseil aurait manqué à l’obligation de motiver concrètement et clairement le respect de ces critères. La requérante ajoute que la plupart des informations fournies par le Conseil sont soit fausses, soit obsolètes.

26 Le Conseil, soutenu par la République de Lettonie, conteste cette argumentation.

27 Il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, l’obligation de motiver un acte faisant grief, qui constitue un corollaire du principe du respect des droits de la défense, a pour but, d’une part, de fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si l’acte est bien fondé ou s’il est éventuellement entaché d’un vice permettant d’en contester la validité devant le juge de l’Union et, d’autre part, de permettre à ce dernier d’exercer son contrôle sur la légalité de cet acte (voir arrêt du 23 septembre 2014, Ipatau/Conseil, T‑646/11, non publié, EU:T:2014:800, point 92 et jurisprudence citée).

28 La motivation exigée par l’article 296 TFUE doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteure de l’acte, de manière à permettre à l’intéressé de connaître les justifications des mesures prises et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle (voir arrêt du 23 septembre 2014, Ipatau/Conseil, T‑646/11, non publié, EU:T:2014:800, point 93 et jurisprudence citée).

29 La motivation d’un acte du Conseil imposant une mesure restrictive ne doit pas seulement identifier la base juridique de cette mesure, mais également les raisons spécifiques et concrètes pour lesquelles le Conseil considère, dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire d’appréciation, que l’intéressé doit faire l’objet d’une telle mesure (voir arrêt du 24 mai 2023, Lyubetskaya/Conseil, T‑556/21, non publié, EU:T:2023:283, point 19 et jurisprudence citée).

30 Cependant, la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et au contexte dans lequel il a été adopté. L’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de l’acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que les destinataires ou d’autres personnes concernées par l’acte au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où le caractère suffisant d’une motivation doit être apprécié au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (voir arrêt du 23 septembre 2014, Ipatau/Conseil, T‑646/11, non publié, EU:T:2014:800, point 95 et jurisprudence citée).

31 En particulier, un acte faisant grief est suffisamment motivé dès lors qu’il est intervenu dans un contexte connu de l’intéressé, qui lui permet de comprendre la portée de la mesure prise à son égard (voir arrêt du 23 septembre 2014, Ipatau/Conseil, T‑646/11, non publié, EU:T:2014:800, point 96 et jurisprudence citée).

32 Ainsi qu’il ressort de l’exposé, rappelé au point 10 ci-dessus, des motifs d’inscription de la requérante sur les listes en cause, celle-ci a été inscrite sur lesdites listes car, d’une part, elle est la branche exportatrice du producteur d’État biélorusse de potasse, Belaruskali, qui est l’une des principales sources de revenus du régime de Loukachenko et, d’autre part, l’État garantit les droits de monopole de la requérante pour l’exportation d’engrais potassiques. Grâce au traitement préférentiel accordé par les autorités biélorusses, la requérante perçoit des recettes substantielles. Par conséquent, la requérante tire profit du régime de Loukachenko et le soutient.

33 À cet égard, la mention, dans ledit exposé des motifs, de la formulation « tire profit du régime de Loukachenko et le soutient » renvoie explicitement aux critères d’inscription litigieux, tels qu’indiqués au point 5 ci-dessus, desquels il ressort que doivent être inscrits sur les listes en cause les personnes, entités ou organismes qui ont été identifiés comme profitant du régime de Loukachenko ou le soutenant. Ainsi, la requérante pouvait aisément comprendre sur quels critères reposaient son inscription sur les listes en cause.

34 Afin que la motivation des actes initiaux présente un caractère suffisant, il n’était pas nécessaire de distinguer les faits selon qu’ils correspondaient à un « soutien » ou à une action de « tirer profit » du régime, notamment parce que les faits allégués peuvent révéler à la fois un « soutien » et une action de « tirer profit » dudit régime.

35 Ainsi, aux fins de motiver à suffisance de droit les actes initiaux, le Conseil n’est pas tenu de distinguer entre les faits établis pour conclure que la personne en cause soutient le régime de Loukachenko et en tire profit.

36 Par ailleurs, force est de constater que les actes initiaux font également mention des « raisons spécifiques et concrètes », rappelées au point 10 ci-dessus, pour lesquelles la requérante est regardée comme soutenant le régime de Loukachenko et en tirant profit.

37 S’agissant des arguments de la requérante relative à la crédibilité de certaines preuves, il y a lieu de constater que ceux-ci ne visent pas l’obligation de motivation, mais tendent à remettre en cause le bien-fondé de celle-ci.

38 À cet égard, il convient de préciser que l’obligation de motivation prévue à l’article 296 TFUE constitue une formalité substantielle qui doit être distinguée de la question du bien-fondé de la motivation, cette question relevant de la légalité au fond de l’acte litigieux. En effet, la motivation d’une décision consiste à exprimer formellement les motifs sur lesquels repose cette décision. Si ces motifs ne sont pas étayés ou sont entachés d’erreurs, de tels vices entachent la légalité au fond de la décision, mais non la motivation de celle-ci (voir arrêt du 6 octobre 2020, Bank Refah Kargaran/Conseil, C‑134/19 P, EU:C:2020:793, point 64 et jurisprudence citée).

39 Ainsi, au vu des considérations qui précèdent, il convient de conclure que les actes initiaux sont motivés à suffisance de droit et ne violent pas le droit à une protection juridictionnelle effective de la requérante. Ainsi, il convient d’écarter comme non fondé le deuxième moyen.

Sur le premier moyen, tiré d’une violation du principe de légalité

40 La requérante fait valoir que les actes initiaux violent le principe de sécurité juridique, ce qui implique une violation du principe de légalité. Les critères pertinents appliqués à la requérante comporteraient un certain nombre de termes qui ne seraient définis ni par les actes initiaux, ni par la jurisprudence. Dès lors, la signification de ces termes, à savoir « régime de Loukachenko », « État », « autorités biélorusses », « soutien » et « tirer profit » ne serait pas claire pour la requérante, et elle ne serait pas en mesure de les comprendre sans ambiguïté ni de prendre ses dispositions dans le contexte des mesures que le Conseil aurait prises à son encontre.

41 Le Conseil, soutenu par la République de Lettonie, conteste cette argumentation.

42 Il y a lieu de rappeler que les critères d’inscription sur les listes en cause des entités et personnes qui « profitent du régime de [Loukachenko] ou le soutiennent » sont institués par l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642. L’allégation de la requérante porte donc essentiellement sur la contestation des termes de cette disposition issue de la décision 2012/642.

43 À cet égard, la jurisprudence permet de considérer qu’une exception d’illégalité a été soulevée implicitement, dans la mesure où il ressort avec suffisamment de clarté de la requête que la requérante a entendu formuler un tel grief [voir, en ce sens, arrêts du 15 septembre 2016, Yanukovych/Conseil, T‑346/14, EU:T:2016:497, point 56 ; du 15 septembre 2016, Yanukovych/Conseil, T‑348/14, EU:T:2016:508, point 57, et du 22 septembre 2021, Al-Imam/Conseil, T‑203/20, EU:T:2021:605, point 39 (non publié)].

44 Or, il ressort de l’analyse de la requête, en particulier de ses points 29 et 46, que la requérante, sans soulever formellement une exception d’illégalité au titre de l’article 277 TFUE, invoque l’illégalité des critères susmentionnés, prévus par l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642 dans le cadre des conclusions visant l’annulation des actes initiaux.

45 À cet égard, il convient de rappeler que selon une jurisprudence constante, le principe de sécurité juridique, qui constitue un principe général du droit de l’Union, exige, notamment, que les règles de droit soient claires, précises et prévisibles dans leurs effets, en particulier lorsqu’elles peuvent avoir sur les individus et sur les entreprises des conséquences défavorables. Une sanction, même de caractère non pénal, ne peut être infligée que si elle repose sur une base légale claire et non ambiguë. Le principe de sécurité juridique implique, notamment, que toute réglementation de l’Union, en particulier lorsqu’elle impose ou permet d’imposer des sanctions, soit claire et précise, afin que les personnes concernées puissent connaître sans ambiguïté les droits et obligations qui en découlent et prendre leurs dispositions en conséquence. Cette exigence d’une base juridique claire et précise a également été consacrée dans le domaine des mesures restrictives (voir, en ce sens, arrêt du 4 septembre 2015, NIOC e.a./Conseil, T‑577/12, non publié, EU:T:2015:596, points 131 et 132 et jurisprudence citée).

46 Conformément à une jurisprudence constante, aux fins de l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union, il convient de tenir compte non seulement des termes de celle-ci, mais également du contexte dans lequel elle s’inscrit et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elle fait partie. La genèse d’une disposition du droit de l’Union peut également révéler des éléments pertinents pour son interprétation (voir arrêt du 2 septembre 2021, CRCAM, C‑337/20, EU:C:2021:671, point 31 et jurisprudence citée).

47 Par ailleurs, il appartient au juge de l’Union, dans le cadre de son contrôle juridictionnel des mesures restrictives, de reconnaître au Conseil une large marge d’appréciation pour la définition des critères généraux délimitant le cercle des personnes susceptibles de faire l’objet des mesures restrictives (arrêt du 13 septembre 2018, Vnesheconombank/Conseil, T‑737/14, non publié, EU:T:2018:543, point 94).

48 L’existence de termes vagues dans une disposition n’entraîne pas nécessairement de violation des libertés fondamentales, et le fait qu’une loi confère un pouvoir d’appréciation ne se heurte pas en soi à l’exigence de prévisibilité, à condition que l’étendue et les modalités d’exercice d’un tel pouvoir se trouvent définies avec une netteté suffisante, eu égard au but légitime en jeu, pour fournir à l’individu une protection adéquate contre l’arbitraire. En outre, l’exigence de prévisibilité qui accompagne le principe de légalité des peines – lequel impose que la loi définisse clairement les infractions et les peines – ne s’oppose pas à ce que la loi attribue un pouvoir d’appréciation dont l’étendue et les modalités d’exercice se trouvent définies avec une netteté suffisante. Ces principes jurisprudentiels sont également applicables en ce qui concerne les mesures restrictives qui, bien qu’elles ne visent pas en principe à sanctionner des infractions, mais constituent des mesures préventives, affectent lourdement les droits et libertés des personnes concernées (voir, en ce sens, arrêts du 16 juillet 2014, National Iranian Oil Company/Conseil, T‑578/12, non publié, EU:T:2014:678, points 116 et 117, et du 4 septembre 2015, NIOC e.a./Conseil, T‑577/12, non publié, EU:T:2015:596, points 135 et 136 et jurisprudence citée).

49 Au vu de ce qui précède, premièrement, il convient de constater que la formulation large de critères litigieux conférant un pouvoir d’appréciation au Conseil, peut être compatible avec les principes de proportionnalité et de sécurité juridique (voir, en ce sens, arrêt du 22 septembre 2016, Tose’e Ta’avon Bank/Conseil, T‑435/14, non publié, EU:T:2016:531, point 39).

50 Deuxièmement, la signification et la portée des termes en cause doivent être établies conformément au sens habituel en langage courant de ceux-ci, tout en tenant compte du contexte dans lequel ils sont utilisés et des objectifs poursuivis par la réglementation dont ils font partie, étant précisé que l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union ne saurait avoir pour résultat de retirer tout effet utile au libellé clair et précis de cette disposition (arrêt du 18 octobre 2023, MAZ-upravljajusaja kompanija holdinga Belavtomaz/Conseil, T‑532/21, non publié, EU:T:2023:656, point 52).

51 Il convient également de rappeler qu’un règlement prévoyant des mesures restrictives doit être interprété à la lumière non seulement de la décision adoptée dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune, visée à l’article 215, paragraphe 2, TFUE, mais également du contexte historique dans lequel s’inscrivent les dispositions adoptées par l’Union et dans lesquelles ce règlement s’insère. Il en va de même d’une décision adoptée dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité commune, qui doit être interprétée en prenant en considération le contexte dans lequel elle s’insère (arrêt du 18 octobre 2023, MAZ-upravljajusaja kompanija holdinga Belavtomaz/Conseil, T‑532/21, non publié, EU:T:2023:656, point 53).

52 À la lumière de la jurisprudence citée au point 51 ci-dessus, il convient d’observer que, dans le cadre des mesures restrictives prises à l’encontre de la Biélorussie depuis 2004, les critères du « profit » tiré du régime de Loukachenko et du « soutien » audit régime ont été introduit par l’article 1er, paragraphes 1 et 2, de la décision 2012/36/PESC du Conseil, du 23 janvier 2012, modifiant la décision 2010/639/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Biélorussie (JO 2012, L 19, p. 31).

53 En outre, il ressortait des considérants 3 et 4 de la décision 2012/36 que, compte tenu de la gravité de la situation en Biélorussie, des mesures restrictives supplémentaires à l’encontre de ce pays devraient être adoptées, notamment à l’égard des personnes et des entités qui tiraient profit du régime de Loukachenko ou le soutenaient, en particulier les personnes et les entités le soutenant financièrement ou matériellement.

54 L’article 2 du règlement no 765/2006 a été modifié en conséquence par l’article 1er du règlement (UE) no 114/2012 du Conseil, du 10 février 2012, modifiant le règlement (CE) no 765/2006 concernant des mesures restrictives à l’encontre de la Biélorussie (JO 2012, L 38, p. 3).

55 Le 1er novembre 2012, la décision 2010/639/PESC du Conseil, du 25 octobre 2010, concernant des mesures restrictives à l’encontre de certains fonctionnaires de Biélorussie a été abrogée et remplacée par la décision 2012/642 (JO 2010, L 280, p. 18).

56 Ainsi qu’il ressort des considérants 1 à 5 et 8 de la décision 2012/642, les mesures restrictives à l’encontre de la Biélorussie ont été prises et ont été prorogées du fait du non-respect persistant, dans ce pays, des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit et ont été, de ce fait, dirigées, notamment, contre les personnes responsables de fraudes et d’atteintes aux normes électorales internationales à l’occasion de certaines procédures électorales ou référendaires en Biélorussie, ainsi qu’à l’encontre des personnes responsables de violations graves des droits de l’homme et de la répression exercée à l’égard de manifestants pacifiques après lesdites procédures.

57 D’ailleurs, à cet égard, il convient de rappeler qu’il ressort du considérant 6 de la décision 2012/642, que, en ce qui concerne les personnes et les entités qui tirent profit du régime de Loukachenko ou le soutiennent, l’objectif est de cibler toute personne ou entité qui le soutient, en particulier, mais pas exclusivement, les personnes et entités le soutenant financièrement ou matériellement

58 Il résulte de ce qui précède que, en instituant l’action de tirer profit du régime de Loukachenko ainsi que le soutien audit régime en tant que critères justifiant l’inscription d’un nom sur les listes en cause, le Conseil, au vu de la gravité et de la persistance de la violation des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit ainsi que de la répression à l’égard de la société civile et de l’opposition démocratique en Biélorussie, a entendu accroître la pression exercée sur ledit régime en élargissant le cercle des personnes et des entités visées par les mesures restrictives de l’Union. À ce titre, le Conseil a prévu la possibilité d’appliquer des mesures des gel de fonds et des ressources économiques, notamment, aux personnes et aux entités qui tirent profit du régime de Loukachenko et le soutiennent, en particulier, mais pas exclusivement, celles qui le soutiennent financièrement (voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2023, MAZ-upravljajusaja kompanija holdinga Belavtomaz/Conseil, T‑532/21, non publié, EU:T:2023:656, point 60).

59 Troisièmement, les allégations de la requérante sur la compréhension des formulations utilisées dans les critères d’inscription, à savoir, en l’espèce, des expressions « le régime de Loukachenko », « l’État », « les autorités biélorusses », « le soutien » et l’action de « tirer profit » ne se rattachent pas au respect du principe de sécurité juridique, mais à l’application de ces critères par le Conseil, ce qui fait l’objet du troisième moyen.

60 Ainsi, les arguments soulevés par la requérante ne remettent pas en question la légalité des critères d’inscription institués par l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642 qui sont suffisamment clairs et précis. Dès lors, ils respectent le principe de sécurité juridique.

61 En ce qui concerne les expressions « l’État » et « les autorités biélorusses », qui ne figurent pas dans les critères institués par l’article 4 paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, mais qui sont uniquement mentionnés dans les actes initiaux, il convient de constater, à l’instar du Conseil, qu’elles doivent être entendues dans leur sens habituel, d’autant plus que la requérante ne soulève pas d’arguments pouvant remettre en cause une telle conclusion.

62 Partant, le premier moyen doit être rejeté.

Sur le troisième moyen, tiré d’une erreur d’appréciation

63 La requérante fait valoir que le Conseil a commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant qu’elle tire profit du régime de Loukachenko ou le soutient. En effet, elle se réfère aux motifs de son inscription sur les listes en cause et explique pourquoi elle considère que le Conseil n’est pas parvenu à établir qu’elle profite du régime ou le soutient. La requérante ajoute que la plupart des informations fournies par le Conseil sont soit fausses, soit obsolètes, soit non pertinentes pour la requérante.

64 Le Conseil, soutenu par la République de Lettonie, conteste cette argumentation.

65 Tout d’abord, il convient de relever que le troisième moyen doit être considéré comme tiré d’une erreur d’appréciation, et non d’une erreur manifeste d’appréciation. En effet, s’il est certes vrai que le Conseil dispose d’un certain pouvoir d’appréciation pour déterminer au cas par cas s’il est satisfait aux critères juridiques sur lesquels se fondent les mesures restrictives en cause, il n’en reste pas moins que les juridictions de l’Union doivent assurer un contrôle, en principe complet, de la légalité de l’ensemble des actes de l’Union (voir arrêt du 6 septembre 2023, Pumpyanskiy/Conseil, T‑291/22, non publié, EU:T:2023:499, point 40 et jurisprudence citée).

66 Par ailleurs, il convient de rappeler que l’effectivité du contrôle juridictionnel garanti par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne exige notamment que, au titre du contrôle de la légalité des motifs sur lesquels est fondée la décision d’inscrire ou de maintenir le nom d’une personne ou d’une entité sur les listes de personnes visées par des mesures restrictives, le juge de l’Union s’assure que cette décision, qui revêt une portée individuelle pour cette personne ou cette entité, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vérification des faits allégués dans l’exposé des motifs qui sous-tend ladite décision, de sorte que le contrôle juridictionnel ne soit pas limité à l’appréciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoqués, mais porte sur la question de savoir si ces motifs ou, à tout le moins, l’un d’eux considéré comme suffisant en soi pour soutenir cette même décision, sont étayés (arrêt du 13 septembre 2023, Synesis/Conseil, T‑97/21 et T‑215/22, non publié, EU:T:2023:531, point 35).

67 C’est, en effet, à l’autorité compétente de l’Union qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée, et non à ces dernières d’apporter la preuve négative de l’absence de bien-fondé desdits motifs (voir arrêt du 13 septembre 2023, Synesis/Conseil, T‑97/21 et T‑215/22, non publié, EU:T:2023:531, point 37 et jurisprudence citée).

68 Si l’autorité compétente de l’Union fournit des informations ou des éléments de preuve pertinents, le juge de l’Union doit vérifier l’exactitude matérielle des faits allégués au regard de ces informations ou éléments et apprécier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de l’espèce et à la lumière des éventuelles observations présentées, notamment, par la personne ou l’entité concernée à leur sujet (voir arrêt du 13 septembre 2023, Synesis/Conseil, T‑97/21 et T‑215/22, non publié, EU:T:2023:531, point 38 et jurisprudence citée).

69 Il y a lieu de rappeler que l’inscription du nom de la requérante sur les listes en cause a été justifiée par les motifs rappelés au point 10 ci-dessus. Il convient donc d’examiner, dans un premier temps, si les faits avancés dans l’exposé des motifs dans de l’inscription de la requérante sont établis puis, dans un second temps, s’ils relèvent de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642.

70 En premier lieu, premièrement, la requérante conteste le fait avancé par le Conseil selon lequel elle serait la branche exportatrice de Belaruskali, et fait valoir qu’il convient de ne pas tenir compte de toutes les informations relatives à Belaruskali, laquelle constitue une entité juridique distincte. Par ailleurs, la requérante énonce que le fait que « Belaruskali [soit] l’une des principales sources de revenus pour le régime de [Loukachenko] » n’est pas pertinent.

71 Il ressort du dossier que, dans le marché d’engrais potassique en Biélorussie, Belaruskali est un établissement public qui détient un monopole en ce qu’il est le seul producteur d’engrais potassiques de Biélorussie et l’un des plus grands producteurs d’engrais potassiques au monde. En effet, en 2019, Belaruskali a généré un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dollars des États‑Unis (USD) (environ 2,15 milliards d’euros).

72 Dès lors, Belaruskali est l’une des principales sources de revenus pour le régime de Loukachenko, ce que la requérante ne conteste d’ailleurs pas.

73 Les éléments de preuve sur lesquels s’est fondé le Conseil démontrent que Belaruskali détient 48 % des actions de la requérante. Les « chemins de fer biélorusses », une association d’État placée sous la tutelle du ministère des transports et des communications, possèdent quant à eux 42 % des actions de la requérante.

74 Il en ressort que, bien qu’il s’agisse d’entités distinctes, les liens entre la requérante et Belaruskali sont bien établis.

75 Il ressort également du dossier que les ventes vers d’autres pays d’engrais potassiques produits par Belaruskali sont réalisées par l’intermédiaire de la requérante, qui est même désignée comme l’« intermédiaire du commerçant d’État » dans la vidéo du 3 janvier 2022 publiée par le site Internet « belsat.eu ». À cet égard, la requérante est présentée, dans un article du magazine Forbes daté du 2 octobre 2020, comme « l’un des plus grands fournisseurs d’engrais minéraux au monde », tout en étant qualifiée d’« entreprise d’État » par son ancien président, dans le Belarus Today du 22 juillet 2020, et comme l’un des « navires amiraux de l’économie biélorusse ».

76 Par ailleurs, la requérante ne prétend pas qu’elle exporte d’autres produits que les engrais potassiques provenant de Belaruskali. Ses activités dépendent donc directement de cette dernière.

77 Dès lors, le Conseil n’a pas commis d’erreur en considérant que la requérante est une « branche exportatrice » de Belaruskali.

78 Deuxièmement, s’agissant du fait avancé par le Conseil selon lequel les « livraisons de la requérante représentent 20 % des exportations mondiales de potasse », cette dernière fait valoir que cette déclaration se borne à décrire ses activités. Toutefois, le simple fait de détenir une part importante du marché mondial ne saurait suffire pour justifier qu’elle soutient le régime ou en tire profit. Par ailleurs, les exportations de la requérante auraient diminué de manière considérable.

79 À cet égard, il convient de relever que le Conseil a produit un élément de preuve dans lequel le président de la requérante a indiqué qu’en 2019, elle a exporté 21,3 % de la production mondiale de potasse.

80 La requérante prétend que ses volumes d’exportation avaient diminué avant même l’adoption des actes initiaux et ne représentaient plus 20 % du total des exportations mondiales de potasse. Cependant, en se bornant à indiquer dans quelle mesure les exportations de potasse ont diminué au cours des sept premiers mois de 2022 par rapport aux sept premiers mois de 2021 dans plusieurs destinations indiquées, la requérante ne précise pas quelle était sa part sur le marché mondial des exportations d’engrais potassiques à la date d’adoption des actes initiaux.

81 Troisièmement, la requérante conteste le fait allégué par le Conseil selon lequel l’État garantit ses droits de monopole pour l’exportation d’engrais potassiques. Le monopole dont bénéficiait la requérante aurait pris fin en mars 2022. La requérante ajoute qu’aujourd’hui, trois sociétés au moins seraient autorisées à exporter de la potasse.

82 À cet égard, il convient de rappeler que les décrets présidentiels no 398 de 2005 et no 399 de 2013, confirmant l’existence de ce monopole, ont été présentés par le Conseil en annexes B.4 et B.5 au mémoire en défense. La requérante fait valoir que, pour justifier l’inscription d’une personne sur une liste de sanctions, le Conseil ne serait pas autorisé à se fonder sur des documents qu’il n’aurait pas pris en considération lors de l’adoption des actes initiaux. Toutefois, cet argument ne remet pas en cause l’existence d’un tel monopole jusqu’en mars 2022.

83 En outre, il ressort des éléments de preuve produits par la requérante que, depuis le mois de mars 2022, les entités souhaitant obtenir une licence pour exporter des engrais potassiques doivent engager une procédure auprès du Ministère de la Régulation Antimonopole et du Commerce. Or, la requérante était l’une des deux premières entreprises, conjointement avec Belaruskali, à obtenir une telle licence. Cette circonstance témoigne d’un traitement préférentiel de la part de l’État biélorusse à l’égard de cette entreprise.

84 Quatrièmement, la requérante conteste le fait allégué par le Conseil selon lequel, elle aurait bénéficié d’un traitement préférentiel accordé par les autorités biélorusses. Les recettes perçues par la requérante ne bénéficieraient d’aucun traitement préférentiel et seraient de toute façon faibles.

85 Toutefois, cet élément de fait est confirmé par l’existence même, jusqu’en mars 2022, du monopole de la requérante en ce qui concerne l’exportation d’engrais potassiques. En effet, la requérante exporte des produits dans plus de 100 pays et, rien qu’entre les mois de janvier et de juillet 2020, les exportations d’engrais potassiques de la Biélorussie se sont élevées à 1,4 milliards de USD (environ 1,3 milliards d’euros).

86 Ainsi, il y a lieu de considérer que les faits pris en compte par le Conseil pour inscrire la requérante sur les listes en cause sont établis.

87 En second lieu, la requérante fait valoir que les éléments susmentionnés ne constituent ni une action de « tirer profit » du régime, ni un « soutien au régime » au sens de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642.

88 Conformément à la jurisprudence citée au point 50 ci-dessus, la signification et la portée des termes en cause doit être établie conformément au sens habituel en langage courant de ceux-ci, tout en tenant compte, notamment, des objectifs poursuivis par la réglementation dont ils font partie ainsi que de l’impératif de préserver l’effet utile de leur libellé clair et précis.

89 À titre liminaire, il convient de relever qu’il ressort tant du libellé clair et précis de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642, qui vise les personnes et les entités qui « profitent du régime de [Loukachenko] ou le soutiennent », que de l’objectif poursuivi par cette disposition, qui est d’accroître la pression exercée sur ledit régime, que ce sont les rapports qu’entretiennent certaines personnes et entités avec ce régime qui justifient l’adoption de mesures restrictives, dès lors qu’ils prennent la forme d’un soutien, en particulier un soutien financier (voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2023, MAZ-upravljajusaja kompanija holdinga Belavtomaz/Conseil, T‑532/21, non publié, EU:T:2023:656, point 65).

90 D’une part, s’agissant du « soutien au régime », il convient d’observer que le secteur de la potasse, outre le fait qu’il soit fortement réglementé en Biélorussie, est l’un des secteurs stratégiques de l’économie biélorusse qui joue également un rôle dans la politique étrangère du régime de Loukachenko.

91 En effet, ainsi qu’il ressort du point 71 ci-dessus, la Biélorussie est l’un des plus grands producteurs d’engrais potassiques au monde et, par conséquent, ce secteur d’activité génère des milliards de dollars de ventes brutes annuellement. Or, des ventes aussi importantes sont réalisables principalement grâce aux exportations.

92 C’est donc à juste titre que le Conseil a considéré que l’activité de la requérante, consistant en l’exportation d’engrais potassiques, permet au régime d’en tirer des revenus et des devises internationales élevés.

93 Cette affirmation est confirmée par les éléments du dossier présentés par le Conseil pour étayer les motifs de l’inscription de la requérante sur les listes en cause. En effet, la requérante est décrite comme « soutenant financièrement le régime » dans un article du Farm Journal du 30 juillet 2013. Par ailleurs, il ressort du rapport du 26 août 2020 du site Internet « Fitch ratings » que les exportations de potassium constituent une source importante de revenus en devises pour la Biélorussie.

94 Selon l’article du 21 mars 2022 publié sur le site Internet « politring.com », le président Loukachenko a souligné que la tâche principale du nouveau président de la requérante était de trouver des moyens de commercer, y compris avec l’Union, car « les affaires sont les affaires » et « le commerce de la potasse devrait être calme et tranquille, tout comme le commerce des armes et autres équipements spéciaux ». Ledit nouveau président de la requérante aurait confirmé une telle approche, en soulignant qu’en dépit des sanctions, il s’attend toujours à des échanges commerciaux avec l’Union et que ces échanges soient discrets en tant que commerce d’armes, selon un article publié sur le site Internet « euronews.com » le 22 mars 2022.

95 Par ailleurs, il convient de rappeler que 90 % des actions de la requérante sont détenues par des entités publiques, à savoir 48 % par Belaruskali, entreprise d’État, et 42 % par les chemins de fer biélorusses. Cela signifie que la requérante peut verser des dividendes à ces entités publiques, et à travers elles, les fonds provenant de ces dividendes sont transférés à l’État. Dès lors que le critère du soutien au régime de Loukachenko vise en particulier les personnes et les entités soutenant financièrement celui-ci, lesdits paiements constituent une forme de soutien financier (voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2023, MAZ-upravljajusaja kompanija holdinga Belavtomaz/Conseil, T‑532/21, non publié, EU:T:2023:656, point 69).

96 La même conclusion doit s’appliquer au soutien financier du régime sous la forme de recettes financières.

97 En effet, contrairement à ce que prétend la requérante, pour établir son soutien au régime de Loukachenko, le Conseil ne s’est pas appuyé uniquement sur la satisfaction de son obligation de payer des impôts, mais également sur ses liens avec Belaruskali eu égard au volume des exportations de la requérante résultant desdits liens, ce qui signifierait que le soutien de la requérante au régime se manifeste sous la forme de revenus et de devises internationales élevés ainsi que de dividendes (voir point 92 ci-dessus).

98 À cet égard, la requérante prétend, en substance, qu’aucune information relative à Belaruskali ne devrait être prise en compte en l’espèce, dès lors qu’il s’agit d’une entité distincte de la requérante, avec laquelle elle n’entretient que des relations purement contractuelles.

99 Toutefois, en l’espèce, il résulte du point 77 ci-dessus que le fait pris en compte par le Conseil selon lequel la requérante est une « branche exportatrice » de Belaruskali est établi. Partant, la requérante permet à cette dernière d’exporter des engrais potassiques hors de Biélorussie et lui permet ainsi d’augmenter les revenus et les devises étrangères pour l’État.

100 En outre, ainsi que le relève à juste titre le Conseil, puisqu’en 2019, Belaruskali a généré un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de USD (environ 2,15 milliards d’euros), elle a nécessairement dû payer des impôts à l’État biélorusse d’un montant important, au-delà de l’obligation légale applicable à l’ensemble des contribuables biélorusses. En effet, de tels flux financiers ne seraient pas possibles sans les activités de la requérante, qui consistent à exporter des engrais produits par Belaruskali hors de Biélorussie.

101 Ainsi, en tant que « branche exportatrice » de Belaruskali, les activités de la requérante sont étroitement liées à Belaruskali et le Conseil pouvait valablement se référer au rôle joué par Belaruskali dans le marché mondial des engrais potassiques pour établir le soutien de la requérante au régime de Loukachenko.

102 Par ailleurs, alors que les fonds de Belaruskali ont été gelés, il existe un risque non négligeable que celle‑ci exerce une pression sur sa « branche exportatrice », c’est-à-dire la requérante, pour contourner l’effet des mesures qui la visent, de sorte que le gel des fonds de ces entités est nécessaire et approprié pour assurer l’efficacité des mesures adoptées et garantir que ces mesures ne seront pas contournées (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 13 mars 2012, Melli Bank/Conseil, C‑380/09 P, EU:C:2012:137, point 58, et du 22 septembre 2016, NIOC e.a./Conseil, C‑595/15 P, non publié, EU:C:2016:721, point 89).

103 D’autre part, s’agissant de l’action de « tirer profit » du régime de Loukachenko, il est constant que, depuis 2013, la requérante s’est vu accorder par l’État biélorusse le droit exclusif de commerce extérieur d’engrais minéraux ou chimiques à base de potassium. La requérante ne conteste d’ailleurs pas cet élément de fait et se contente d’affirmer que ce monopole a cessé d’exister avant l’adoption des actes initiaux, c’est-à-dire en mars 2022.

104 Or, la simple existence d’un monopole sur un marché aussi important du point de vue de l’ensemble de l’économie biélorusse que celui des engrais potassiques et de leur exportation suffit pour conclure, à l’instar du Conseil, qu’une entreprise profite du régime. Par ailleurs, comme il ressort du point 83, même après le mois de mars 2022, date de l’expiration du monopole de la requérante dans ce domaine, celle-ci continue à bénéficier d’un traitement préférentiel de la part de l’État biélorusse.

105 Il ressort de ce qui précède que c’est sans commettre d’erreur que le Conseil a estimé que la position de la requérante dans l’économie biélorusse et la circonstance selon laquelle elle représentait une source de revenus pour le régime de Loukachenko constituaient des éléments suffisants pour considérer qu’elle tirait profit dudit régime et le soutenait au sens de l’article 4, paragraphe 1, sous b) de la décision 2012/642.

106 Partant, il convient d’écarter le troisième moyen.

Sur le quatrième moyen, tiré d’une violation du principe de proportionnalité

107 La requérante fait valoir que les actes initiaux ont des conséquences dramatiques qui auront des répercussions non seulement au sein de l’Union, mais dans le monde entier. Ainsi, les mesures restrictives prises contre la requérante seraient incontestablement disproportionnées eu égard à l’impact extrêmement néfaste sur les pays tiers, sur la Biélorussie et sur la requérante.

108 Le Conseil, soutenu par la République de Lettonie, conteste cette argumentation.

109 Il y a lieu de rappeler, tout d’abord, que le principe de proportionnalité fait partie des principes généraux du droit de l’Union et exige que les moyens mis en œuvre par une disposition du droit de l’Union soient de nature à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation concernée et n’aillent pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre (voir arrêt du 13 mars 2012, Melli Bank/Conseil, C‑380/09 P, EU:C:2012:137, point 52 et jurisprudence citée).

110 La jurisprudence précise à cet égard que, s’agissant du contrôle juridictionnel du respect du principe de proportionnalité, il convient de reconnaître un large pouvoir d’appréciation au législateur de l’Union dans des domaines tels que la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), qui impliquent de la part de ce dernier des choix de nature politique, économique et sociale et dans lesquels celui-ci est appelé à effectuer des appréciations complexes. Dès lors, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure adoptée dans ces domaines, au regard de l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre, peut affecter la légalité d’une telle mesure (voir arrêt du 28 mars 2017, Rosneft, C‑72/15, EU:C:2017:236, point 146 et jurisprudence citée).

111 En l’espèce, il convient de noter que la requérante affirme que les actes initiaux violent le principe de proportionnalité en ce qu’ils ont un impact extrêmement néfaste non seulement sur ses intérêts, mais également sur la Biélorussie et sur les pays tiers. Elle se limite toutefois à soulever cet argument, sans se référer à aucun élément de preuve précis pour étayer une telle position. La requérante n’a donc pas apporté d’éléments factuels à l’appui de ses allégations.

112 Partant, il convient d’écarter le quatrième moyen.

113 Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter la demande en annulation partielle des actes initiaux.

Sur la demande en annulation partielle des actes de maintien

114 Par un mémoire en adaptation, la requérante demande, sur le fondement de l’article 86 du règlement de procédure du Tribunal, l’annulation des actes de maintien en ce qu’ils la concernent en réitérant les moyens et arguments soulevés dans la requête à l’encontre des actes initiaux.

115 Le Conseil considère avoir déjà démontré dans le mémoire en défense et dans la duplique que la requérante soutenait le régime de Loukachenko et tirait profit de celui-ci et fait valoir que les éléments de preuve dont il dispose justifient le maintien du nom de la requérante sur les listes en cause.

116 Dans le cadre du premier moyen, tiré d’une violation du principe de légalité des actes de maintien, la requérante ne présente aucun argument supplémentaire par rapport à ceux avancés à l’encontre des actes initiaux.

117 Par conséquent, puisque le premier moyen a déjà été rejeté, ci-dessus, dans le contexte de l’analyse de la légalité des actes initiaux (voir point 62 ci-dessus), il doit être rejeté pour les mêmes motifs en ce qu’il vise les actes de maintien.

118 Dans le cadre du deuxième moyen, tiré d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation, la requérante fait mention d’un nouvel argument relatif à l’obligation de protection juridictionnelle et qui consiste en l’obligation de procéder à un réexamen périodique des actes initiaux. En substance, la requérante fait valoir que, lorsqu’il décide de maintenir le nom d’une entité sur une liste, le Conseil doit examiner non seulement les raisons initiales de l’inscription de l’entité sur les listes en cause, mais aussi les observations et les preuves fournies par elle.

119 Dans le cadre du quatrième moyen, qui doit être examiné conjointement avec le deuxième moyen, la requérante prétend que, dès lors que le Conseil n’a pas procédé, en l’espèce, à un réexamen périodique approprié de l’inscription de la requérante et que celle-ci n’a donc pas bénéficié des garanties procédurales y afférentes, les conditions fixées par la jurisprudence pour retenir la proportionnalité d’une mesure telle que les actes de maintien ne seraient donc pas réunies, de sorte que ces actes sont manifestement disproportionnés.

120 Il convient de rappeler que les mesures restrictives ont une nature conservatoire et, par définition, provisoire, dont la validité est toujours subordonnée à la perpétuation des circonstances de fait et de droit ayant présidé à leur adoption ainsi qu’à la nécessité de leur maintien en vue de la réalisation de l’objectif qui leur est associé. C’est ainsi qu’il incombe au Conseil, lors du réexamen périodique de ces mesures restrictives, de procéder à une appréciation actualisée de la situation et d’établir un bilan de l’impact de telles mesures, en vue de déterminer si elles ont permis d’atteindre les objectifs visés par l’inscription initiale des noms des personnes et des entités concernées sur la liste litigieuse ou s’il est toujours possible de tirer la même conclusion concernant lesdites personnes et entités (arrêt du 12 février 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, points 58 et 59). En outre, pour justifier le maintien du nom d’une personne sur la liste, il n’est pas interdit au Conseil de se fonder sur les mêmes éléments de preuve ayant justifié l’inscription initiale, la réinscription ou le maintien précédent du nom de la personne concernée sur la liste, pour autant que, d’une part, les motifs d’inscription demeurent inchangés et, d’autre part, le contexte n’a pas évolué d’une manière telle que ces éléments de preuve seraient devenus obsolètes. Ce contexte inclut non seulement la situation du pays à l’égard duquel le système de mesures restrictives a été établi, mais également la situation particulière de la personne concernée (voir arrêt du 26 octobre 2022, Ovsyannikov/Conseil, T‑714/20, non publié, EU:T:2022:674, point 78 et jurisprudence citée).

121 En l’espèce, l’allégation de la requérante présentée dans son mémoire en adaptation concernant la violation de l’obligation du Conseil de procéder à un réexamen périodique est infondée.

122 En effet, d’une part, par lettre du 21 décembre 2022, le Conseil a informé la requérante de son intention de proroger l’application des mesures restrictives à son égard et a joint des éléments de preuve supplémentaires invoqués par le Conseil dans le cadre du réexamen annuel des mesures, et la requérante a présenté des observations sur la prorogation des mesures et les nouveaux éléments de preuve par lettre du 12 janvier 2023.

123 D’autre part, par lettre du 27 février 2023, le Conseil a répondu aux observations de la requérante. Cette lettre contenait des arguments détaillés expliquant les raisons pour lesquelles le Conseil considérait que les arguments de la requérante n’étaient pas suffisants pour modifier son appréciation, et qu’il était approprié de continuer à appliquer des mesures restrictives à son égard.

124 La requérante a donc pu formuler ses commentaires avant l’adoption des actes de maintien et ses observations ont été prises en compte par le Conseil. Par ailleurs, tous les arguments relatifs au bien-fondé des motifs du maintien de l’inscription de la requérante sur les listes en cause ne renvoient pas à la question de la protection juridictionnelle, mais au bien-fondé des actes initiaux.

125 Par ailleurs, dans la mesure ou la requérante rappelle, en substance, les arguments déjà écartés dans le cadre de l’analyse des deuxième et quatrième moyens dans le contexte des actes initiaux, sans apporter de nouveaux arguments concernant les actes de maintien, il convient de les rejeter pour les mêmes motifs dans le cadre de l’analyse de la légalité des actes de maintien.

126 Il s’ensuit que les deuxième et quatrième moyens doivent être écartés dans leur ensemble.

127 Dans le cadre du troisième moyen, la requérante se prévaut d’une erreur d’appréciation des faits et d’une violation de l’article 4, paragraphe 1, sous b), de la décision 2012/642.

128 À cet égard, en premier lieu, il convient d’observer que, en tant qu’ils concernent la requérante, les motifs des actes de maintien sont, en substance, identiques aux motifs des actes initiaux, la seule différence étant l’utilisation du passé dans la première phrase du second paragraphe des motifs de l’inscription en cause, relative à l’existence des droits de monopole de la requérante pour l’exportation d’engrais potassiques.

129 La requérante fait valoir que la raison pour laquelle elle est inscrite sur la liste en cause où y demeure après les actes de maintien ne peut pas être un événement obsolète, car en vertu des décrets présidentiels de mars 2022, d’autres entités peuvent désormais exporter des engrais potassiques.

130 À cet égard, tout d’abord, l’activité de plusieurs entités sur un marché aussi important que l’exportation d’engrais potassiques en Biélorussie n’exclut pas en soi que la requérante bénéficie du soutien du régime.

131 Ensuite, même si le marché de l’exportation des engrais potassiques a été formellement ouvert, comme le montrent les éléments de preuve présentés par le Conseil au stade de l’adoption des actes de maintien, la requérante bénéficie toujours de privilèges spéciaux au sein de ce marché, puisque, conformément au décret présidentiel no 77 du 5 mars 2022, elle a obtenu le droit d’utiliser le terme « Biélorusse » dans sa dénomination ainsi que dans les détails des documents ou du matériel promotionnel, et d’utiliser un sceau, des cachets et des en-têtes représentant l’emblème de la République de Biélorussie.

132 Certes, ainsi qu’il ressort des éléments de preuve présentés par le Conseil au stade de l’adoption des actes de maintien, d’autres entités peuvent désormais demander une licence autorisant l’exportation d’engrais potassiques. Toutefois, cela ne suffit pas pour conclure que la requérante ne conserve pas sa position dominante sur le marché de l’exportation des engrais potassiques biélorusses. De plus, à la différence des autres entités, la requérante bénéficie d’un accès privilégié dès lors qu’elle n’est pas obligée de se soumettre à la procédure visant à demander une licence autorisant l’exportation d’engrais potassiques.

133 Enfin, il ressort de l’article du site Internet « export.by » du 7 avril 2021, présenté dans le document de travail 17501/2022 INIT, que, même après que le monopole de la requérante sur le marché d’exportation d’engrais potassiques biélorusses ait pris fin, elle continue de recevoir des avantages significatifs du gouvernement biélorusse, y compris un consentement à conclure un contrat d’assurance volontaire contre les risques politiques et commerciaux lors de la mise en œuvre d’un contrat d’exportation à court terme.

134 Dès lors, contrairement aux allégations de la requérante concernant les éléments de preuve présentés dans le document de travail 17501/2022 INIT, il convient de constater que, bien que ceux-ci suggèrent une ouverture du marché d’exportation des engrais potassiques, ils ne sont pas de nature à remettre en cause le fait que la requérante continue de bénéficier de privilèges et d’une position de leader.

135 Partant, il convient d’écarter le troisième moyen comme non fondé et, par voie de conséquence, la demande en annulation partielle des actes de maintien.

136 Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de rejeter le présent recours dans son ensemble.

Sur les dépens

137 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par le Conseil, conformément aux conclusions de ce dernier.

138 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, du règlement de procédure, les États membres et les institutions qui sont intervenus au litige supportent leurs propres dépens. Par conséquent, la République de Lettonie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (quatrième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Belarusian Potash Company AAT supportera ses propres dépensainsi que ceux exposés par le Conseil de l’Union européenne.

3) La République de Lettonie supportera ses propres dépens.

da Silva Passos

Gervasoni

Półtorak

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 18 septembre 2024

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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