| CELEX | 62022TJ0535_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 18 octobre 2023 |
Affaire T‑535/22
NZ
contre
Commission européenne
Arrêt du Tribunal (cinquième chambre) du 18 octobre 2023
« Fonction publique – Fonctionnaires – Recrutement – Concours interne COM/1/AD 10/18 – Décision de ne pas inscrire le nom du requérant sur la liste de réserve – Égalité de traitement – Stabilité de la composition du jury – Compétence de pleine juridiction – Préjudice moral »
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Portée – Maintien de la stabilité uniquement dans certaines phases clés du concours – Admissibilité
(Statut des fonctionnaires, art. 27 et annexe III, art. 3)
(voir points 25-29)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante – Nécessité de mesures de coordination de nature à garantir un traitement égal et une évaluation cohérente et objective des candidats – Portée – Obligation de présence de l’ensemble des membres du jury aux réunions de coordination
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir points 29, 52, 54, 57, 58, 62-64, 67, 68)
Fonctionnaires – Concours – Concours internes – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Portée – Concours à participation réduite se déroulant sur une courte période de temps – Obligation renforcée de stabilité – Conditions
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir points 34-38)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Portée – Prise en considération du taux de présence du président du jury et du nombre d’examinateurs
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir points 39-46)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer la notation cohérente des candidats – Absence – Violation des formes substantielles – Conséquences
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir points 49, 50, 82)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Établissement de la liste de réserve – Nécessité de la réunion du jury dans son entière composition
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 5)
(voir points 77-80)
Recours des fonctionnaires – Compétence de pleine juridiction – Possibilité de condamner d’office l’institution défenderesse au paiement d’une indemnité – Nécessité de conclusions en ce sens présentées en temps utile par la partie requérante – Absence
(Statut des fonctionnaires, art. 91, § 1)
(voir point 87)
Recours des fonctionnaires – Compétence de pleine juridiction – Litiges à caractère pécuniaire au sens de l’article 91, paragraphe 1, du statut – Notion – Recours visant la légalité d’une décision de rejet d’une candidature à une procédure de sélection – Inclusion
(Statut des fonctionnaires, art. 91, § 1)
(voir point 88)
Fonctionnaires – Responsabilité non contractuelle des institutions – Conditions – Préjudice – Préjudice matériel lié à la non-inscription d’un candidat sur la liste de réserve d’un concours entaché d’irrégularités au stade des épreuves orales – Absence de préjudice réel et certain en raison de la nécessité d’organiser de nouvelles épreuves
(Art. 340 TFUE)
(voir points 89-93)
Recours des fonctionnaires – Recours en indemnité – Annulation de l’acte illégal n’assurant pas la réparation adéquate du préjudice moral – Préjudice moral causé par le manquement d’un jury de concours à son obligation d’assurer l’égalité de traitement des candidats lors des épreuves
(Art. 340 TFUE)
(voir points 94, 95)
Résumé
En novembre 2018, la requérante, NZ, s’est portée candidate au concours interne COM/1/AD 10/18 qui visait à la constitution d’une liste de réserve pour le recrutement d’administrateurs dans le grade AD 10 par la Commission européenne.
En février 2020, le jury a pris la décision de ne pas inscrire le nom de la requérante sur la liste de réserve au motif qu’elle avait obtenu une note globale à l’épreuve orale inférieure au seuil qui devait être atteint pour figurer parmi les meilleurs candidats. À la suite du rejet, par le jury, de la demande de réexamen de cette décision (ci-après la « demande de réexamen »), la requérante a saisi le Tribunal d’un recours en annulation.
Par son arrêt du 6 octobre 2021, NZ/Commission ( 1 ), le Tribunal a accueilli le recours et annulé la décision de rejet de la demande de réexamen au motif qu’elle était entachée d’une insuffisance de motivation.
En exécution dudit arrêt, en février 2022, le jury a décidé de rejeter la demande de réexamen au motif que la note obtenue par la requérante à l’épreuve orale était inférieure à la note minimale requise pour figurer sur la liste de réserve (ci-après la « décision attaquée »).
La requérante a, dès lors, de nouveau saisi le Tribunal d’un recours en annulation.
Le Tribunal accueille ce recours et fait usage de sa compétence de pleine juridiction aux fins de condamner la Commission au paiement d’une indemnité. À cette occasion, en se prononçant sur la stabilité de la composition d’un jury de concours interne, le Tribunal complète la jurisprudence relative aux modalités d’organisation de concours.
Appréciation du Tribunal
Le Tribunal commence par constater que le jury n’a pas fonctionné de manière suffisamment stable lors des épreuves orales. Toutefois, cette circonstance ne saurait, à elle seule, entraîner l’annulation de la décision attaquée.
En effet, le maintien de la stabilité de la composition du jury lors des épreuves n’est pas un impératif en soi, mais un moyen pour garantir le respect du principe d’égalité de traitement, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation. Ainsi, le jury peut valablement assurer la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation par d’autres moyens. En particulier, au vu de l’organisation des épreuves d’un concours et de l’organisation des travaux du jury, il peut être suffisant que la stabilité de la composition du jury soit maintenue seulement dans certaines phases clés du concours. Dès lors, même si la composition du jury ne reste pas stable lors des épreuves, l’égalité de traitement entre les candidats peut être assurée si le jury met en place la coordination nécessaire afin de garantir l’application cohérente des critères de notation.
À cet égard, l’institution concernée doit démontrer que les réunions de coordination prévues ont eu lieu et que l’ensemble des membres du jury, à savoir le président, les présidents suppléants et les évaluateurs, ont effectivement assisté à ces réunions.
Il ressort des documents produits par la Commission et des listes de présence à ces réunions que tel n’était pas le cas en l’espèce. L’ensemble des membres du jury ne s’est pas réuni dans son entière composition pour discuter des appréciations comparatives des candidats et confirmer leurs notes finales sur la base des résultats des épreuves.
Par la suite, le Tribunal fait l’usage de sa compétence de pleine juridiction. Il juge, à cet égard, que cette compétence, conférée au juge de l’Union européenne par l’article 91, paragraphe 1, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, l’investit de la mission de donner aux litiges de caractère pécuniaire dont il est saisi une solution complète. Cette compétence vise notamment à permettre aux juridictions de l’Union de garantir l’efficacité pratique des arrêts d’annulation qu’elles prononcent dans les affaires de fonction publique, de sorte que, si l’annulation d’une décision erronée en droit prise par l’administration ne suffit pas pour faire prévaloir les droits du fonctionnaire concerné ou pour préserver ses intérêts de manière efficace, le juge de l’Union peut d’office lui accorder une indemnisation. Ainsi, même en l’absence de conclusions régulières à cet effet, aucune irrecevabilité pour tardiveté ne saurait être opposée sur une question que le Tribunal est amené à soulever, le cas échéant, d’office.
En l’espèce, lorsqu’un candidat conteste le rejet de sa candidature à une procédure de sélection ayant pour objet la constitution d’une liste de lauréats, ce qui l’empêche d’occuper ultérieurement un emploi à pourvoir au sein de l’institution concernée et de bénéficier des avantages pécuniaires y afférents, le litige revêt un caractère pécuniaire.
En l’occurrence, le jury n’a pas été en mesure d’assurer l’égalité de traitement des candidats interrogés lors des épreuves orales, en raison de l’instabilité de sa composition. Ainsi, c’est l’évaluation comparative des mérites de l’ensemble des candidats qui a été viciée par la fluctuation de la composition du jury. Cette illégalité affecte, en conséquence, non seulement la note de la requérante, mais également le seuil des points conditionnant l’inscription du nom d’un candidat sur la liste de réserve.
En premier lieu, s’agissant du préjudice matériel, le Tribunal considère que la preuve de l’existence d’un préjudice réel et certain n’est pas remplie.
En effet, la requérante ne saurait revendiquer un préjudice matériel découlant du fait que son nom devrait, en exécution de l’arrêt d’annulation, être inscrit directement sur la liste de réserve. Une telle inscription reviendrait effectivement à la dispenser de l’épreuve orale prévue à l’avis de concours, laquelle subordonne l’inscription d’un candidat sur la liste de réserve à l’obtention d’une des meilleures notes à cette épreuve orale ainsi que du minimum requis pour ladite épreuve. En tout état de cause, l’inscription du nom d’un candidat sur la liste de réserve ne confère pas à ce dernier un droit à nomination, mais uniquement une vocation à être nommé.
En outre, la requérante n’a pas non plus définitivement perdu la chance réelle d’être lauréate du concours interne en cause et, par suite, d’être nommée fonctionnaire de l’Union au grade AD 10, étant donné que l’organisation d’une nouvelle épreuve orale, mise en œuvre de façon autonome par rapport aux résultats de l’épreuve orale initiale, aurait précisément pour objet de lui restituer une telle chance.
En second lieu, s’agissant du préjudice moral, le Tribunal constate que, même si la réouverture du concours à l’égard de la requérante et l’organisation d’une épreuve orale mise en œuvre de façon autonome par rapport à l’épreuve orale entachée d’illégalité constitueraient une mesure d’exécution appropriée du présent arrêt d’annulation, la Commission est, en l’absence d’annulation de l’ensemble des résultats du concours, dans l’impossibilité de recréer les conditions dans lesquelles ce concours aurait dû être organisé pour que soient garanties l’égalité de traitement entre tous les candidats et l’objectivité de la notation.
Partant, l’annulation de la décision attaquée ne suffit pas pour préserver les intérêts de la requérante de manière efficace. En effet, cette annulation n’est pas, en elle-même, susceptible de réparer le préjudice moral certain subi par la requérante du fait de ne pas avoir eu la possibilité de passer l’épreuve orale initiale dans des conditions régulières. Dans ces circonstances, le Tribunal condamne la Commission à verser à la requérante, au titre du préjudice moral causé par la décision attaquée, la somme de 4000 euros.
( 1 ) Arrêt du 6 octobre 2021, NZ/Commission (T‑668/20, EU:T:2021:667).
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