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AccueilDroit européen62022TJ0570
Jurisprudence CJUE62022TJ0570

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 25 septembre 2024.#Herbert Smith Freehills LLP contre Commission européenne.#Accès aux documents – Règlement (CE) no 1049/2001 – Santé publique – Directive déléguée (UE) 2022/2100 – Retrait de certaines exemptions pour les produits du tabac chauffés – Documents préparatoires – Bases de données – Article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001 – Documents détenus par une institution – Déclaration d’inexistence – Présomption de légalité.#Affaire T-570/22.

CELEX62022TJ0570
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 25 septembre 2024

Résumé IA

L'arrêt précise les conditions dans lesquelles une institution peut déclarer l'inexistence d'un document sollicité dans le cadre d'une demande d'accès, en rappelant que cette déclaration doit être étayée par une recherche concrète et circonstanciée. Il confirme que la présomption de légalité des actes de l'UE ne fait pas obstacle à l'exercice du droit d'accès aux documents préparatoires ayant conduit à leur adoption. Le Tribunal annule la décision de refus de la Commission, estimant que celle-ci n'a pas démontré de manière suffisante que les bases de données internes sollicitées ne contenaient pas les informations demandées.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

25 septembre 2024 (*)

« Accès aux documents – Règlement (CE) no 1049/2001 – Santé publique – Directive déléguée (UE) 2022/2100 – Retrait de certaines exemptions pour les produits du tabac chauffés – Documents préparatoires – Bases de données – Article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001 – Documents détenus par une institution – Déclaration d’inexistence – Présomption de légalité »

Dans l’affaire T‑570/22,

Herbert Smith Freehills LLP, établie à Bruxelles (Belgique), représentée par Me P. Wytinck, avocat,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par M. A. Spina, Mme F. van Schaik et M. M. Burón Pérez, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de Mme A. Marcoulli, présidente, M. R. Norkus et Mme L. Spangsberg Grønfeldt (rapporteure), juges,

greffier : M. P. Cullen, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 25 avril 2024,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Herbert Smith Freehills LLP, demande l’annulation de la décision C(2022) 4816 final de la Commission, du 3 juillet 2022, adoptée au titre de l’article 4 des dispositions concernant la mise en œuvre du règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2001, relatif aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (JO 2001, L 145, p. 43) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

Procédure d’adoption de la directive déléguée (UE) 2022/2100

2 La directive 2014/40/UE du Parlement européen et du Conseil, du 3 avril 2014, relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac et des produits connexes, et abrogeant la directive 2001/37/CE (JO 2014, L 127, p. 1), réglemente la mise sur le marché des produits du tabac. À cet effet, elle vise à rapprocher les dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en ce qui concerne notamment les ingrédients, l’étiquetage et le conditionnement des produits du tabac.

3 L’article 7, paragraphes 1 et 7, de la directive 2014/40 prévoit que les États membres interdisent la mise sur le marché des produits du tabac contenant un arôme caractérisant et de ceux contenant des arômes dans l’un de leurs composants. L’article 7, paragraphe 12, de ladite directive, avant qu’il ne soit modifié par la directive déléguée (UE) 2022/2100 de la Commission, du 29 juin 2022, modifiant la directive 2014/40/UE du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le retrait de certaines exemptions pour les produits du tabac chauffés (JO 2022, L 283, p. 4), exemptait les produits du tabac autres que les cigarettes et le tabac à rouler des interdictions visées aux paragraphes 1 et 7 dudit article. De même, l’article 11, paragraphe 1, premier alinéa, de la directive 2014/40, avant qu’il ne soit modifié par la directive déléguée 2022/2100, prévoyait que les États membres pouvaient exempter les produits du tabac à fumer autres que les cigarettes, le tabac à rouler et le tabac à pipe à eau de certaines obligations en matière d’étiquetage des produits du tabac et d’apposition obligatoire sur les emballages de certains avertissements, messages d’information et avertissements sanitaires combinés. En outre, l’article 7, paragraphe 12, ainsi que l’article 11, paragraphe 6, de la directive 2014/40 précisent que la Commission européenne adopte des actes délégués pour retirer les exemptions visées à l’article 7 ou la possibilité d’accorder les exemptions visées à l’article 11 à une catégorie particulière de produits en cas d’évolution notable de la situation établie par un rapport élaboré par ses soins.

4 L’article 2, point 28, de la directive 2014/40, définit la notion d’« évolution notable de la situation » dans les termes suivants : « une augmentation du volume des ventes par catégorie de produits atteignant 10 % ou plus dans au moins cinq États membres, sur la base des données relatives aux ventes communiquées conformément à l’article 5, paragraphe 6, ou une augmentation d’au moins cinq points de pourcentage, dans au moins cinq États membres, du niveau de prévalence d’utilisation dans le groupe des consommateurs de moins de 25 ans pour la catégorie de produits concernée, sur la base du rapport spécial 385 Eurobaromètre de mai 2012 ou d’études de prévalence équivalentes ; en tout état de cause, aucune évolution notable de la situation n’est réputée s’être produite si le volume des ventes de la catégorie de produits au niveau du commerce de détail ne dépasse pas 2,5 % des ventes totales de produits du tabac au niveau de l’Union [européenne] ».

5 Le 2 décembre 2021, le groupe d’experts de l’Union sur la politique du tabac (ci-après le « groupe d’experts sur la politique du tabac ») a tenu une réunion dont un compte rendu sommaire a été publié. Dans ce compte rendu, il était indiqué que la Commission avait informé les représentants des États membres que « l’évolution du marché des produits du tabac chauffés constituait une évolution notable de la situation » au sens de l’article 2, point 28, de la directive 2014/40.

6 Le 9 février 2022, la Commission a fait une seconde présentation relative à l’évolution du marché des produits du tabac chauffés devant le groupe d’experts sur la politique du tabac.

7 Le 15 juin 2022, la Commission a publié un rapport établissant une évolution notable de la situation pour les produits du tabac chauffés en application de la directive 2014/40 (ci-après le « rapport »).

8 À la suite du rapport, le 29 juin 2022, la Commission a adopté la directive déléguée 2022/2100. L’article 1er de la directive déléguée 2022/2100 a modifié la directive 2014/40 en son article 7, paragraphe 12, et en son article 11, paragraphe 1. Depuis le 23 octobre 2023, date à laquelle les mesures prévues par la directive déléguée 2022/2100 doivent avoir été transposées, les produits du tabac chauffés ne sont plus exemptés des interdictions relatives aux arômes caractérisants visées à l’article 7, paragraphes 1 et 7, de la directive 2014/40. En outre, depuis cette même date, les produits du tabac chauffés à fumer non interdits se voient soumis aux mêmes contraintes d’affichage sur les emballages que les autres produits du tabac à fumer non exemptés.

Demandes d’accès aux documents portant les références GESTDEM 2022/1436 et GESTDEM 2022/1437

9 Le 11 mars 2022, la requérante a présenté deux demandes d’accès à des documents au titre du règlement no 1049/2001 (ci-après, prises ensemble, les « demandes »).

10 Par la première demande, la requérante demandait la communication de l’« ensemble des documents (incluant les statistiques et les constats pertinents) relatifs à la conclusion établie par la Commission (inscrite dans le compte rendu sommaire de la réunion du groupe d’experts sur la politique du tabac du 2 décembre 2021 et présentée au même groupe) que l’évolution du marché des produits du tabac chauffés constituait une évolution notable de la situation au sens de l’article 2, point 28, de la directive 2014/40 ». Cette demande a été enregistrée sous la référence GESTDEM 2022/1436.

11 Par la seconde demande, la requérante demandait l’accès à l’« ensemble des documents dans lesquels figurent les données du point d’entrée électronique commun de l’Union sur les volumes de ventes de produits du tabac par type (exprimés en nombre de cigares/cigarillos ou en kilogramme) et par État membre du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020, telles que collectées conformément à l’article 5, paragraphe 6, de la directive 2014/40 ». Cette demande a été enregistrée sous la référence GESTDEM 2022/1437.

12 Par courriel du 1er avril 2022, la Commission a demandé que le délai pour statuer sur les demandes soit repoussé en application de l’article 7, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

13 Par lettre du 8 avril 2022, la Commission a partiellement rejeté les demandes. La Commission a identifié trois documents correspondant à leur objet : une présentation préparée en vue de la réunion du groupe d’experts sur la politique du tabac du 2 décembre 2021 [document Ares (2022) 2096522] ; une présentation préparée en vue de la réunion du groupe d’experts sur la politique du tabac du 9 février 2022 [document Ares (2022) 2096786] ; un projet de rapport établissant une évolution notable de la situation pour les produits du tabac chauffés [document Ares (2022) 1893644]. La Commission a divulgué le premier document. S’agissant du deuxième, elle a indiqué qu’il était déjà accessible au public sur son site Internet et fourni un hyperlien y donnant accès. En revanche, elle a opposé le motif d’exception prévu à l’article 4, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, relatif à la protection du processus décisionnel des institutions de l’Union, à la divulgation du troisième document.

14 Le 29 avril 2022, la requérante a adressé à la Commission une demande confirmative au sens de l’article 7, paragraphe 2, du règlement no 1049/2001. La requérante a contesté que seuls les trois documents identifiés par la Commission répondent aux demandes ainsi que le refus de divulgation du troisième document.

15 Le 3 juillet 2022, la Commission a adopté la décision attaquée. Dans ladite décision, la Commission a estimé que le troisième document pouvait désormais être divulgué. En revanche, elle a indiqué ne pas détenir d’autres documents relevant de l’objet des demandes. En particulier, elle a affirmé que, si les trois documents divulgués (ci-après les « documents divulgués ») étaient fondés sur des éléments extraits de trois bases de données différentes, à savoir Euromonitor, le point d’entrée électronique commun de l’Union (ci-après le « PEC-UE ») et le système de traçabilité du tabac de l’Union (ci-après le « système de traçabilité »), aucun des éléments enregistrés dans ces bases de données ne pouvait être considéré comme des documents en sa possession au sens du règlement no 1049/2001. La Commission a également indiqué avoir recherché tous les documents susceptibles d’être visés par les demandes et ne pas en avoir identifié d’autres que les documents divulgués.

Conclusions des parties

16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner la Commission aux dépens.

17 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

18 La requérante invoque deux moyens. Le premier est tiré de la violation de l’article 2, paragraphes 1 et 3, du règlement no 1049/2001 et, le second, d’un défaut de motivation.

Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 2, paragraphes 1 et 3, du règlement no 1049/2001

19 Le premier moyen du recours se divise en deux branches. Par la première, la requérante conteste le refus de la Commission de lui donner accès aux données pertinentes contenues dans les bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité. Par la seconde, la requérante allègue que la Commission détient nécessairement des documents intermédiaires, créés lors de la préparation des documents divulgués, et elle estime que ces documents devaient lui être communiqués.

Sur la première branche du premier moyen, relatif à l’accès aux données pertinentes contenues dans les bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité

20 La requérante conteste l’ensemble des appréciations, figurant dans la décision attaquée, selon lesquelles la Commission estime qu’elle ne pouvait divulguer les données extraites d’Euromonitor, du PEC-UE et du système de traçabilité. Pour répondre correctement aux demandes, la Commission aurait dû rechercher les données pertinentes dans chacune de ces bases de données ou exploiter les documents intermédiaires dans lesquels elle a regroupé les données pertinentes. À tout le moins, la Commission aurait dû se concerter avec elle afin de recenser les éléments faisant l’objet des demandes. Il serait, à cet égard, évident que celles-ci portaient notamment sur les informations contenues dans ces bases de données. Ces informations devraient être considérées comme des documents détenus par la Commission au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, c’est-à-dire « en sa possession », au sens de la jurisprudence issue de l’arrêt du 11 janvier 2017, Typke/Commission (C‑491/15 P, EU:C:2017:5).

21 S’agissant d’Euromonitor, la requérante conteste la plausibilité des allégations relatives à l’expiration de l’abonnement souscrit par la Commission. Celle-ci devrait pouvoir apporter la preuve de la fiabilité des données sur lesquelles elle s’est fondée pour adopter la directive déléguée 2022/2100. La restriction commerciale à la communication des données extraites d’Euromonitor pourrait tout au plus justifier une opposition à leur divulgation sur le fondement de l’article 4 du règlement no 1049/2001, ce que la Commission n’aurait pas fait en l’espèce. En tout état de cause, cette opposition serait mal fondée, le principe de transparence faisant obstacle à ce que la Commission puisse ne pas communiquer au public les données essentielles de nature à justifier ses analyses.

22 L’allégation de la Commission selon laquelle elle se borne à gérer le PEC-UE pour le compte des États membres ne serait pas susceptible de faire échapper les données qui y sont enregistrées à l’application du règlement no 1049/2001. Or, la Commission reconnaîtrait dans la décision attaquée qu’elle a librement accès à cette base de données, ce qui suffirait pour qualifier les données qui y sont enregistrées de document détenu par la Commission au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001. Elle ne serait donc pas fondée à tirer argument de ce qu’elle ne pouvait communiquer ces données sans violer l’article 5, paragraphe 7, de la directive 2014/40. En effet, la divulgation de données utilisées par la Commission en lien avec l’exercice de ses pouvoirs délégués constituerait une « utilisation aux fins de l’application de la directive » 2014/40 et la Commission aurait déjà divulgué certaines d’entre elles. Les circonstances de l’espèce différeraient du contexte juridique de l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 3 mai 2018, Malte/Commission (T‑653/16, EU:T:2018:241). La seule question faisant l’objet du présent litige porterait sur la notion de document détenu par une institution au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001 et non sur d’éventuelles exceptions susceptibles de justifier le refus de divulguer de tels documents.

23 En ce qui concerne les données extraites du système de traçabilité, la requérante soutient que la Commission aurait dû lui communiquer les données « brutes » dont il est fait état dans la décision attaquée. L’article 25, paragraphe 2, du règlement d’exécution (UE) 2018/574 de la Commission, du 15 décembre 2017, relatif aux normes techniques pour la mise en place et le fonctionnement d’un système de traçabilité des produits du tabac (JO 2018, L 96, p. 7), étant donné que la Commission a fait usage de ces données pour justifier l’adoption de la directive déléguée 2022/2100, devrait être combiné avec le régime d’accès aux documents prévu par le règlement no 1049/2001, si bien qu’il ne saurait fonder un refus général d’accès à cette base de données. Les données commerciales sensibles éventuelles pourraient être anonymisées.

24 S’agissant des trois bases de données en cause, la requérante fait valoir que, contrairement à ce que soutient la Commission, l’extraction des données pertinentes ne nécessiterait pas la création de documents nouveaux supposant un « investissement substantiel » au sens de la jurisprudence. La déclaration du professeur indépendant jointe à la requête, si elle démontre que des documents intermédiaires ont nécessairement été créés, ne saurait être interprétée dans le sens que les bases de données ne pouvaient être interrogées au moyen des outils de recherche existants. Selon la requérante, en outre, la Commission n’est pas recevable à opposer un tel argument aux données extraites d’Euromonitor et du PEC-UE, puisque la décision attaquée ne le mentionne qu’au sujet du système de traçabilité.

25 Enfin, selon la requérante, la décision attaquée est contraire aux directives internes de la Commission, selon lesquelles, d’une part, « le fait que certaines bases de données soient uniquement gérées par la Commission pour faciliter les échanges entre les États membres […] n’exclut pas en soi que le règlement no 1049/2001 s’applique » et, d’autre part, « tant que les documents répertoriés dans les bases de données sont en la possession de la Commission, celle-ci est tenue de mener une évaluation conforme au règlement ». La Commission ne pourrait pas non plus s’appuyer sur la décision de la Médiatrice européenne relative à l’affaire 1856/2017/EIS.

26 La Commission fait valoir que les arguments de la requérante reposent sur deux prémisses erronées. Selon la Commission, en effet, les demandes d’accès présentées par la requérante ne visaient pas les éléments enregistrés dans les trois bases de données mentionnées dans la décision attaquée, mais seulement d’éventuels documents rédigés à partir des données extraites de ces bases de données. Or, la contestation des motifs de la décision attaquée dans la requête reposerait sur une première prémisse erronée, selon laquelle les demandes d’accès portaient sur les données enregistrées dans les bases de données elles-mêmes. La deuxième prémisse, également erronée, consisterait à considérer que les trois bases de données sont « en la possession » de la Commission au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

27 La base de données Euromonitor serait exploitée par un tiers, qui en serait propriétaire. À la date de l’adoption de la décision attaquée, la Commission fait valoir qu’elle ne disposait plus d’un abonnement en cours de validité et qu’elle ne saurait être tenue par aucun principe ni par aucune règle de renouveler cet abonnement. Les données qu’elle avait extraites d’Euromonitor figureraient dans les diapositives communiquées à la requérante (premier et deuxième documents) et la requérante aurait été informée qu’elle pouvait accéder à cette base de données en souscrivant un abonnement commercial.

28 Les données enregistrées dans le PEC-UE appartiendraient à chaque État membre auquel les opérateurs sont tenus de les soumettre et relèveraient du contrôle exclusif dudit État membre. La Commission, quant à elle, serait un simple prestataire technique et ne serait pas destinataire des informations enregistrées. Elle ne pourrait donc être considérée comme un propriétaire de cette base de données. Elle n’y aurait accès qu’aux fins de l’application de la directive 2014/40. L’extraction de données du PEC-UE en vue de leur communication au public serait exclue par l’article 5, paragraphe 7, de la directive 2014/40.

29 Les données du système de traçabilité seraient stockées dans deux entrepôts de données, tous deux gérés par des tiers indépendants. Ainsi qu’il résulterait de la décision attaquée, les fabricants et les importateurs eux-mêmes n’y auraient accès qu’avec l’autorisation des États membres et de la Commission et sous une forme ne portant pas atteinte à la protection des informations commerciales sensibles. Autoriser l’accès direct du public à ces données priverait donc d’effet les conditions restrictives de communication prévues à l’article 15, paragraphe 8, de la directive 2014/40, reprises à l’article 25, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2018/574, lesquelles prévaudraient, en tant que lex specialis, sur les dispositions générales du règlement no 1049/2001.

30 La Commission soutient que, à supposer même qu’on admette que les demandes d’accès portaient sur les bases de données en tant que telles et que ces dernières doivent être considérées comme étant en sa possession – ce qu’elle conteste –, elle aurait alors été contrainte d’élaborer des documents nouveaux pour faire droit aux demandes. Or, selon une jurisprudence constante, le droit d’accès aux documents prévu par le règlement no 1049/2001 ne s’appliquerait qu’aux documents existants et en possession de l’institution concernée. Les spéculations de la requérante relatives à l’existence de documents intermédiaires démontreraient que la requérante a conscience que l’extraction de données par la Commission supposerait de sa part un investissement substantiel, auquel elle ne serait pas tenue de procéder de nouveau. Contrairement à ce que prétend la requérante, dans la décision attaquée, cet argument n’aurait pas été invoqué seulement au sujet du système de traçabilité.

31 Enfin, la Commission fait valoir qu’elle n’a pas méconnu en l’espèce ses directives internes relatives à l’accès aux documents.

32 Il convient de rappeler que, aux termes de l’article 2, paragraphes 1 et 3, du règlement no 1049/2001, tout citoyen de l’Union et toute personne physique ou morale résidant ou ayant son siège dans un État membre a un droit d’accès aux documents des institutions, sous réserve des principes, conditions et limites définis par ledit règlement, lequel s’applique à tous les documents détenus par une institution, c’est-à-dire établis ou reçus par elle et en sa possession, dans tous les domaines d’activité de l’Union.

33 L’article 4 dudit règlement, intitulé « Exceptions », prévoit les exceptions au droit d’accès aux documents.

34 Il est constant en l’espèce que la Commission n’a opposé à la requérante aucune des exceptions prévues à l’article 4 du règlement no 1049/2001, mais qu’elle a refusé de lui communiquer les données extraites des bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité au motif qu’il ne s’agissait pas de documents en sa possession, au sens de l’article 2, paragraphe 3, dudit règlement. Dès lors, la question de savoir si certains documents ou données non divulgués par la Commission sont susceptibles de relever du champ d’application de l’une ou l’autre de ces exceptions est étrangère au présent litige.

35 Le droit d’accès aux documents des institutions ne concerne que les documents existants et en possession de l’institution concernée et le règlement no 1049/2001 ne saurait être invoqué afin d’obliger une institution à créer un document qui n’existe pas. Il s’ensuit qu’une demande d’accès qui conduirait la Commission à créer un nouveau document, même sur la base d’éléments figurant déjà dans des documents existants et détenus par elle, sort du cadre du règlement no 1049/2001 (voir, en ce sens, arrêts du 2 octobre 2014, Strack/Commission, C‑127/13 P, EU:C:2014:2250, points 38 et 46, et du 11 janvier 2017, Typke/Commission, C‑491/15 P, EU:C:2017:5, point 31).

36 Ainsi que l’a constaté M. l’avocat général Bobek aux points 44 à 51 de ses conclusions dans l’affaire Typke/Commission (C‑491/15 P, EU:C:2016:711), la nature même d’une base de données consiste en ce que les données qu’elle contient, à la différence des documents « statiques » dont l’existence se constate physiquement, ne sont pas directement accessibles mais ne le deviennent qu’au terme de processus d’interrogation présentant différents degrés de complexité.

37 En effet, en fonction de leur structure et dans les limites de leur programmation, les informations que les bases de données électroniques contiennent peuvent être regroupées, liées et présentées de différentes manières à l’aide des langages de programmation. Toutefois, la programmation et la gestion informatique de telles bases de données ne relèvent pas des opérations effectuées dans le cadre de l’utilisation courante par les usagers finaux. Ces derniers accèdent normalement aux informations contenues dans une base de données en utilisant des outils de recherche préprogrammés. Ces outils leurs permettent d’accomplir aisément des opérations standardisées afin d’afficher les informations dont ils ont habituellement besoin. Dans ce cadre, un investissement substantiel de leur part n’est, en principe, pas nécessaire (arrêt du 11 janvier 2017, Typke/Commission, C‑491/15 P, EU:C:2017:5, point 36).

38 Dans ces conditions, doivent être qualifiées de document existant toutes les informations qui peuvent être extraites d’une base de données électronique dans le cadre de son utilisation courante à l’aide des outils de recherche préprogrammés, même si ces informations n’ont pas encore été affichées sous cette forme ou n’ont jamais fait l’objet d’une recherche par les agents des institutions. Il en résulte que, pour satisfaire aux exigences du règlement no 1049/2001, les institutions peuvent être conduites à constituer un document à partir des informations contenues dans une base de données en utilisant les outils de recherche existants (arrêt du 11 janvier 2017, Typke/Commission, C‑491/15 P, EU:C:2017:5, points 37 et 38).

39 En revanche, doit être considérée comme un document nouveau et non comme un document existant toute information dont l’extraction d’une base de données nécessite un investissement substantiel. Il s’ensuit que toute information dont l’obtention nécessite une modification soit de l’organisation d’une base de données électronique, soit des outils de recherche actuellement à disposition pour l’extraction des informations doit être qualifiée de document nouveau (arrêt du 11 janvier 2017, Typke/Commission, C‑491/15 P, EU:C:2017:5, points 39 et 40).

40 Ainsi, selon la jurisprudence, doit être considérée comme un document en la possession d’une institution et en principe communicable lorsqu’il fait l’objet d’une demande d’accès présentée en application du règlement no 1049/2001 toute information dont l’extraction peut être effectuée avec les outils de recherche actuellement à la disposition de l’institution et dont la programmation ne nécessite pas de sa part un investissement substantiel.

41 C’est au regard de ces principes qu’il convient d’examiner la légalité du refus opposé par la Commission à la divulgation des données contenues dans les bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité qu’elle a utilisées pour préparer les documents divulgués, au motif que de telles données ne constituent pas des documents en sa possession au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

42 En premier lieu, il doit être rappelé que les demandes portent sur les données que la Commission a extraites des trois bases de données précitées pour établir sa constatation d’une évolution notable de la situation des produits du tabac chauffés au sens de l’article 2, point 28, de la directive 2014/40. En effet, pour estimer que les conditions lui permettant d’adopter la directive déléguée 2022/2100 étaient réunies, la Commission a indiqué, dans les documents divulgués, que les données auxquelles elle avait eu accès lui permettaient d’établir que le volume des ventes de produits du tabac chauffés avait subi une augmentation supérieure à 10 % sur le territoire d’au moins cinq États membres et que le volume des ventes de ces produits dépassait 2,5 % des ventes totales des produits du tabac dans l’Union. Dans les demandes, la requérante ne sollicite pas de la Commission qu’elle lui octroie un accès général aux bases de données qu’elle a utilisées, mais qu’elle divulgue les données au vu desquelles elle a opéré ce constat.

43 À cet égard, il convient d’écarter l’argument de la Commission tiré de ce que la requérante n’a pas demandé à accéder aux bases de données et a irrégulièrement étendu dans la requête le champ des demandes. En effet, ces dernières, dont le libellé a été reproduit aux points 10 et 11 ci-dessus, concernent « l’ensemble des documents » relatifs au constat d’une évolution substantielle du marché des produits du tabac chauffés (première demande) et aux données du PEC-UE, incluant toutes les ventes des produits du tabac de toute catégorie durant la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020 (seconde demande). Or, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence rappelée aux points 38 et 39 ci-dessus, les données enregistrées dans les bases de données constituent des documents au sens du règlement no 1049/2001. Il s’ensuit que les données enregistrées dans les bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité et pertinentes pour apprécier si la situation du marché des produits du tabac chauffés avait ou non fait l’objet d’une évolution notable relevaient de l’objet des demandes.

44 En deuxième lieu, pour refuser la divulgation de ces données, la Commission a opposé un premier argument, tiré de ce que, bien qu’elle ne conteste pas y avoir eu accès, elle ne détenait pas les données enregistrées dans les trois bases de données qu’elle a utilisées, lesquelles ne pouvaient ainsi être considérées comme étant en sa possession au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

45 À cet égard, premièrement, en ce qui concerne la base de données Euromonitor, la Commission a indiqué que, à la date de la décision attaquée, elle ne disposait plus d’un abonnement en vigueur à ladite base de données. Cependant, la Commission ne saurait se prévaloir de l’expiration de ses droits d’accès commerciaux à une base de donnée pour en déduire que des informations qu’elle a préalablement utilisées pour justifier l’adoption d’un acte délégué et qui font l’objet d’une demande d’accès en vertu du règlement no 1049/2001 ne lui sont plus accessibles. Un tel argument, s’il était retenu, ferait dépendre la disponibilité d’un document au sens du règlement no 1049/2001 du renouvellement par l’institution concernée d’un abonnement à une base de données, ce qui serait contraire à l’objectif de transparence poursuivi par ledit règlement. Dès lors, en invoquant l’expiration de son abonnement à la base de données Euromonitor pour estimer qu’elle ne disposait pas des données enregistrées dans cette base de données au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, et sans préjudice de la question de savoir si des restrictions commerciales à l’utilisation de ces données auraient pu, le cas échéant, fonder un refus de divulgation en application de l’article 4 dudit règlement, la Commission a commis une erreur de droit.

46 Deuxièmement, la Commission ne conteste pas avoir le droit d’accéder au PEC-UE pour établir l’existence d’une circonstance de fait prévue dans la directive 2014/40, ainsi qu’elle l’a fait en l’espèce pour vérifier si le marché des produits du tabac chauffés avait connu une évolution notable de sa situation au sens de l’article 2 de ladite directive. La requérante ne sollicitant pas la divulgation d’autres informations que celles qui ont permis à la Commission d’établir une telle évolution, la Commission n’est, dès lors, pas fondée à soutenir que, pour satisfaire aux demandes, elle aurait dû accéder au PEC-UE à des fins étrangères à l’application de la directive au sens de son article 5, paragraphe 7. Par conséquent, et dès lors que la Commission a pu légalement accéder aux données dont la divulgation lui était demandée, cette institution ne peut se prévaloir de ce que lesdites données appartiennent aux États membres concernés, qu’elle n’est pas elle-même la destinataire de ces informations et qu’elle n’en est ni propriétaire ni légalement responsable pour en déduire qu’il ne s’agit pas de documents en sa possession au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

47 De même, la Commission ne saurait se prévaloir en l’espèce de la solution retenue dans l’arrêt du 3 mai 2018, Malte/Commission (T‑653/16, EU:T:2018:241). En effet, dans cet arrêt, pour considérer que, dans cette affaire, la Commission avait illégalement communiqué certaines informations, le Tribunal s’est prononcé sur le point de savoir si les exceptions prévues à l’article 4, paragraphes 4 et 5, du règlement no 1049/2001 s’opposaient à la divulgation demandée et non sur la question de leur détention par cette institution au sens de l’article 2, paragraphe 3, dudit règlement. Il en va de même en ce que les demandes seraient susceptibles de porter sur des informations commerciales sensibles. En effet, la protection de tels intérêts relèverait de l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 2, du règlement précité et non de la question de savoir si la Commission détient ou non ces informations au sens de l’article 2, paragraphe 3, dudit règlement.

48 Enfin, ainsi que le fait valoir à juste titre la requérante, la décision 1856/2017/EIS de la Médiatrice européenne, du 23 juillet 2018, en ce qu’elle indique que les données enregistrées dans le PEC-UE ne sont pas « en la possession » de la Commission, ne saurait prévaloir sur la jurisprudence. En outre, il convient de relever que la demande d’accès aux documents dont la Médiatrice était saisie portait sur une demande générale d’accès au PEC-UE, alors que, ainsi qu’il a été constaté au point 46 ci-dessus, les demandes concernent en l’espèce des données auxquelles la Commission avait légalement accédé, aux fins de l’application de la directive 2014/40 et pour la préparation d’un acte délégué.

49 Il s’ensuit que, en considérant que les demandes, en ce qu’elles portaient sur le PEC-UE, visaient des informations qu’elle ne détenait pas au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, la Commission a commis une erreur de droit.

50 Troisièmement, les considérations exposées aux points 46 à 49 ci-dessus valent également en ce qui concerne le refus opposé par la Commission, sur le fondement de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, s’agissant des données enregistrées dans le système de traçabilité. En effet, la Commission indique dans la décision attaquée avoir extrait des données de cette base de données pour corroborer son constat relatif à une évolution notable de la situation du marché des produits du tabac chauffés. Dès lors qu’elle y a effectivement accédé aux fins de l’application de la directive 2014/40 et pour la préparation d’un acte délégué et qu’elle ne conteste pas disposer de cette possibilité, la Commission n’était donc pas fondée à refuser de divulguer les données enregistrées dans cette base de données au motif qu’elle ne les détenait pas au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

51 Quant aux allégations de la Commission selon lesquelles l’article 15, paragraphe 8, de la directive 2014/40 constitue une lex specialis dérogeant aux dispositions d’application générales du règlement no 1049/2001, il suffit de préciser que ces règles spécifiques prévues dans la directive pourraient, tout au plus, constituer une exception susceptible de fonder un refus de divulgation, mais qu’elles ne sauraient avoir d’incidence sur la portée de la notion de détention ou de possession visée à l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001, laquelle ne dépend que de la question de savoir si l’institution saisie d’une demande d’accès aux documents qu’elle détient y a légalement accès.

52 En troisième lieu, toutefois, il importe de rappeler que, ainsi qu’il ressort des points 36 à 40 ci-dessus, la question de savoir si les données faisant l’objet d’une demande d’accès doivent être considérées comme un document existant dépend essentiellement de la complexité de l’interrogation des bases de données en cause. En effet, seules des extractions effectuées au moyen d’outils de recherche ne nécessitant pas un investissement substantiel peuvent être considérées comme des documents existants au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001. Ainsi qu’il ressort du point 2 de la décision attaquée, la Commission a opposé ces principes jurisprudentiels à l’ensemble des données qu’elle a extraites des trois bases de données, si bien que la requérante ne saurait utilement soutenir que la Commission, dans ses écritures devant le Tribunal, en a irrégulièrement étendu la portée aux données enregistrées dans le PEC-UE.

53 Or, la Commission a exposé en détail, lors de l’audience, sans être valablement contredite par la requérante, que, compte tenu de la nature des données enregistrées dans les bases de données PEC-UE et système de traçabilité, de l’architecture de ces bases de données et de leur modèle de données, les informations nécessaires pour évaluer la variation du volume des ventes des produits du tabac chauffés sur les marchés nationaux de l’Union nécessitaient des recherches complexes et itératives, impliquant la programmation de requêtes spécifiquement développées à cet effet. En effet, la Commission a indiqué que les bases de données en cause contenaient des données brutes et qu’elles n’avaient pas été conçues pour faire spécifiquement apparaître les évolutions notables de la situation visées par la directive 2014/40. Pour apprécier la question de savoir si la situation du marché des produits du tabac chauffés avait connu une telle évolution, la Commission a ainsi dû procéder à des recherches par étapes lui permettant d’isoler les données pertinentes. Elle a également précisé que les processus d’interrogation nécessaires pour chacune de ces bases de données, s’ils présentaient un degré comparable de complexité, n’étaient pas identiques et avaient dû être adaptés aux spécificités de chacune d’elles.

54 De telles circonstances sont de nature à caractériser la nécessité de réaliser un investissement substantiel au sens des points 36 et 40 de l’arrêt du 11 janvier 2017, Typke/Commission (C‑491/15 P, EU:C:2017:5). Dans ces conditions, la Commission était fondée à considérer que les demandes, en ce qu’elles portaient sur des données devant être extraites des bases de données PEC-UE et système de traçabilité, auraient impliqué la création de documents nouveaux au sens de la jurisprudence et devaient, pour ce motif, être rejetées.

55 Tel n’est pas le cas, en revanche, en ce qui concerne les informations contenues dans la base de données Euromonitor. En effet, il est constant que cette base de données commercialise des rapports et des études de marché sous un format accessible au grand public. Dans ces conditions, ainsi qu’il ressort des appréciations figurant au point 45 ci-dessus, la Commission ne pouvait légalement rejeter les demandes en ce qu’elles portaient sur les données provenant d’Euromonitor et utilisées pour la préparation des documents divulgués au motif que ces documents n’étaient pas en sa possession au sens de l’article 2, paragraphe 3, du règlement no 1049/2001.

56 Cette appréciation, ainsi qu’il a déjà été mentionné aux points 34 et 45 ci-dessus, reste sans préjudice de la possibilité pour la Commission, si elle s’y estime fondée, d’opposer à cette divulgation l’une des exceptions prévues à l’article 4 du règlement no 1049/2001. Cette question, toutefois, est étrangère au présent litige, dès lors que la décision attaquée est exclusivement fondée sur le motif examiné au point 55 ci-dessus.

57 En quatrième lieu, dès lors qu’il résulte de ce qui précède que, hormis en ce qui concerne les données provenant d’Euromonitor, le rejet des demandes est conforme au règlement no 1049/2001 tel qu’interprété à l’aune des principes jurisprudentiels rappelés aux points 38 à 40 ci-dessus, la requérante ne saurait être fondée à se prévaloir de ce que la Commission ne se serait pas conformée à ses propres directives internes relatives à l’accès aux documents.

58 En cinquième lieu, il résulte également de ce qui précède que, étant donné que l’identification de la portée des demandes ne présentait aucune difficulté et qu’il n’aurait existé aucune possibilité d’y satisfaire en utilisant des moyens moins complexes, la requérante n’est pas fondée à se plaindre de ce que la Commission ne s’est pas concertée avec elle au sens de l’arrêt du 26 octobre 2011, Dufour/BCE (T-436/09, EU:T:2011:634, point 172), afin de lui permettre de modifier ou de clarifier ses demandes pour viser des données pouvant être extraites sans réaliser d’investissement substantiel.

59 Il s’ensuit que la première branche du premier moyen doit être accueillie en ce qui concerne les données extraites par la Commission de la base de données Euromonitor pour la préparation des documents divulgués et écartée pour le surplus.

Sur la seconde branche du premier moyen, tirée de ce que la Commission n’a pas divulgué tous les documents intermédiaires en sa possession

60 La requérante critique le refus de la Commission de lui donner accès à certains documents intermédiaires, dont elle considère qu’ils existent nécessairement. La requérante conteste que les seuls documents existants visés par les demandes soient les documents divulgués. À l’appui de cet argument, la requérante produit une déclaration établie par un professeur, expert indépendant en méthodes statistiques et en analyse de la réglementation. L’interrogation des bases de données auraient, selon cette déclaration, constitué autant d’« unités d’entrée électroniques » et les résultats obtenus auraient constitué autant d’« unités de sortie électroniques », qu’il aurait été nécessaire de conserver pour permettre l’agrégation des résultats. La Commission n’aurait pu supprimer ces données intermédiaires sans méconnaître le principe de bonne administration. Quoi qu’il en soit, si ces documents avaient été supprimés, la Commission serait tenue de les recréer pour satisfaire aux demandes. La requérante estime qu’il ne lui incombe pas de prouver l’existence des documents auxquels la Commission aurait dû lui donner accès.

61 De plus, dans la décision attaquée, la Commission reconnaîtrait elle-même avoir dû entreprendre une série de processus non courants pour interroger le système de traçabilité. L’ensemble des requêtes de recherche et leurs résultats constitueraient donc des documents au sens du règlement no 1049/2001.

62 En outre, la Commission aurait dû effectuer des choix méthodologiques pour établir l’évolution notable de la situation du marché des produits du tabac chauffés qu’elle a constatée dans les documents divulgués. Les documents arrêtant ces choix méthodologiques auraient dû être communiqués.

63 Enfin, il découlerait de ce que les documents divulgués portent tous une référence Ares que la Commission aurait limité ses recherches aux documents enregistrés dans le registre Ares. La Commission ne saurait limiter ses recherches aux documents répondant à ses propres critères d’enregistrement, ainsi que le constaterait à juste titre la Médiatrice européenne dans la décision qu’elle a rendue dans l’affaire 1316/2021/MIG.

64 La Commission soutient qu’elle ne saurait être tenue de communiquer des documents qui n’existent pas et qu’une présomption de véracité s’attache aux déclarations des institutions lorsqu’elles indiquent ne pas disposer de documents susceptibles d’être communiqués. Les étapes intermédiaires liées à l’extraction des données n’auraient pas nécessairement donné lieu à la création de documents. Elle ne serait pas tenue d’enregistrer les documents de nature éphémère et ne nécessitant aucune action ou aucun suivi [décision (UE) 2021/2121 de la Commission, du 6 juillet 2020, concernant la gestion des documents d’activité et les archives (JO 2021, L 430, p. 30)].

65 La circonstance que les documents divulgués portent un numéro Ares ne signifierait pas que la recherche des documents visés dans les demandes ait été limitée à ce registre, puisque tous les documents qui sont identifiés comme relevant du champ d’application d’une demande d’accès aux documents y seraient enregistrés, le cas échéant, au moment de leur identification.

66 Enfin, la Commission conteste avoir dû créer des documents exposant les choix méthodologiques retenus lors de la préparation du rapport. Même à supposer que de tels documents existent, ils ne relèveraient pas du champ des demandes.

67 Les parties s’opposent quant à l’existence, à la date de la décision attaquée, de documents intermédiaires, qui, selon la requérante, auraient été établis lors de la préparation du rapport et des documents divulgués.

68 À cet égard, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, l’exercice du droit d’accès aux documents prévu pour toute personne intéressée dans le règlement no 1049/2001 suppose, nécessairement, que les documents demandés existent et soient détenus par l’institution concernée. En revanche, le droit d’accès aux documents ne saurait être invoqué afin d’obliger l’institution à créer un document qui n’existe pas (arrêt du 2 octobre 2014, Strack/Commission, C‑127/13 P, EU:C:2014:2250, points 38 et 46).

69 De plus, selon une jurisprudence constante, lorsqu’une institution affirme qu’un document n’existe pas dans le cadre d’une demande d’accès, l’inexistence de ce document est présumée, conformément à la présomption de légalité qui s’attache aux actes de l’Union (voir arrêt du 25 septembre 2018, Psara e.a/Parlement, T‑639/15 à T‑666/15 et T‑94/16, EU:T:2018:602, point 33 et jurisprudence citée).

70 Néanmoins, une telle présomption peut être renversée par tous les moyens, sur la base d’indices pertinents et concordants produits par le demandeur d’accès (voir arrêt du 25 septembre 2018, Psara e.a/Parlement, T‑639/15 à T‑666/15 et T‑94/16, EU:T:2018:602, point 33 et jurisprudence citée). Cette présomption doit être appliquée par analogie dans l’hypothèse où l’institution déclare ne pas être en possession des documents demandés (voir arrêt du 19 janvier 2010, Co-Frutta/Commission, T‑355/04 et T‑446/04, EU:T:2010:15, point 155).

71 Le droit d’accès aux documents exige que les institutions fassent le nécessaire pour faciliter l’exercice effectif de ce droit. Un tel exercice effectif suppose que les institutions concernées procèdent, dans toute la mesure du possible et d’une manière non arbitraire et prévisible, à l’établissement et à la conservation de la documentation concernant leurs activités (arrêt du 25 avril 2007, WWF European Policy Programme/Conseil, T‑264/04, EU:T:2007:114, point 61).

72 Dans les décisions qu’elle a adoptées au cours de la procédure administrative, ainsi qu’elle l’a également confirmé dans ses écritures et lors de l’audience, la Commission a indiqué de manière non équivoque et constante ne pas avoir élaboré de documents au cours des étapes de la réalisation des documents divulgués. En particulier, la Commission a précisé que, en dépit de ses recherches, elle n’avait pas trouvé de projets de documents ou de documents consignant les résultats, provisoires ou définitifs, des recherches qu’elle avait effectuées dans les trois bases de données utilisées pour établir les constatations factuelles exposées dans les documents divulgués.

73 Pour contester ces déclarations, la requérante avance leur caractère invraisemblable. Selon elle, la nature complexe des recherches effectuées dans les bases de données nécessitait la rédaction de documents précisant la méthodologie retenue et contenant les résultats intermédiaires obtenus. Par ailleurs, il ne serait pas crédible que les documents divulgués n’aient pas fait l’objet de projets ou de versions provisoires. Selon la requérante, l’ensemble de ces documents intermédiaires a dû être conservé et la Commission ne pouvait refuser de divulguer ces documents.

74 De telles suppositions, toutefois, ne sont étayées par aucun commencement de preuve ressortant du dossier et ne sauraient être considérées comme des indices sérieux de l’existence de documents dont la Commission conteste la réalité.

75 En effet, premièrement, il est vrai que, lors de l’audience, la Commission a reconnu que le caractère complexe des extractions de données contenues dans les bases de données PEC-UE et système de traçabilité avait nécessité plusieurs requêtes par étapes successives. Contrairement aux allégations de la requérante, ce processus d’interrogation itératif, toutefois, n’impliquait pas, par lui-même, la rédaction de documents distincts dans lesquels toutes les étapes successivement réalisées auraient été consignées. En effet, la déclaration de l’expert produite par la requérante, si elle décrit les processus d’interrogation et d’enregistrement des résultats intermédiaires auxquels la Commission a dû recourir, selon celui-ci, pour obtenir les données agrégées reprises dans les documents divulgués, ne démontre pas, en revanche, que les étapes techniques nécessaires ont donné lieu à la création de documents distincts, y compris en ce qui concerne la méthodologie retenue pour apprécier si la situation du marché des produits du tabac chauffés avait connu une évolution significative au sens de l’article 2, point 28, de la directive 2014/40.

76 Certes, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence rappelée au point 71 ci-dessus, les institutions ne sauraient priver de toute substance le droit d’accès aux documents qu’elles détiennent en s’abstenant de procéder à l’enregistrement de la documentation concernant leurs activités. Cependant, tel n’est pas le cas en l’espèce, puisque les données extraites des bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité ont été présentées dans les documents divulgués, dont les résultats ont eux-mêmes été repris dans le rapport ainsi que dans la directive déléguée 2022/2100.

77 Deuxièmement, ainsi qu’il a été rappelé au point 68 ci-dessus, l’exercice du droit d’accès pour toute personne intéressée suppose que les documents demandés existent et soient détenus par l’institution concernée. Par conséquent, le droit d’accès aux documents ne saurait être invoqué afin d’obliger l’institution à créer un document qui n’existe pas, et ce alors même que l’institution concernée aurait par ailleurs été tenue d’établir et de détenir un tel document (voir, en ce sens, arrêt du 2 octobre 2014, Strack/Commission, C‑127/13 P, EU:C:2014:2250, points 37, 38 et 46).

78 Troisièmement, contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance que les documents divulgués portent tous une référence ARES ne constitue pas un indice de nature à prouver que la Commission aurait limité ses recherches aux seuls documents qui avaient été enregistrés dans ce système d’archivage. En effet, l’explication avancée par la Commission selon laquelle tous les documents qu’elle divulgue font, au moment de leur divulgation, l’objet d’un enregistrement dans le registre ARES est plausible. Dès lors, la circonstance que les documents divulgués portent une référence ARES ne permet pas d’en déduire que la Commission n’a pas procédé à une recherche exhaustive des documents susceptibles de relever du champ des demandes, y compris des documents non préalablement enregistrés dans le système ARES. Enfin, contrairement à la situation dans laquelle la Médiatrice européenne a adopté une décision dans l’affaire 1316/2021/MIG, dont la requérante se prévaut, la Commission n’a en l’espèce, à aucun moment de la procédure administrative, estimé que certains documents pouvaient par nature échapper à toute obligation d’enregistrement dans le registre ARES.

79 Il résulte de ce qui précède que la requérante n’a pas avancé d’indices et d’arguments suffisants pour renverser la présomption de légalité qui s’attache à la déclaration de la Commission relative à l’inexistence d’autres documents que les documents divulgués. Une telle existence ne ressort, par ailleurs, d’aucun des éléments du dossier. Dès lors, la seconde branche du premier moyen doit être écartée.

80 Il résulte, dès lors, de ce qui précède que le premier moyen doit être partiellement accueilli, en ce qui concerne le refus de communiquer les données mentionnées au point 59 ci-dessus, et écarté pour le surplus.

Sur le second moyen, tiré d’un défaut de motivation

81 Premièrement, selon la requérante, le raisonnement exposé dans la décision attaquée est contradictoire. En effet, d’une part, la Commission indiquerait ne pas détenir d’autres documents que ceux qu’elle a divulgués. D’autre part, au contraire, la Commission exposerait la nécessité de créer des documents intermédiaires pour exploiter les données extraites du système de traçabilité.

82 Deuxièmement, la décision attaquée ne prendrait pas position sur la deuxième demande. Seule la première demande aurait été traitée par la Commission. En particulier, la Commission n’aurait pas indiqué dans la décision attaquée si les données exprimées en unités de masse enregistrées dans le PEC-UE ont été incluses dans tout autre document détenu par la Commission. Il lui serait donc impossible de comprendre pourquoi la seconde demande a été rejetée.

83 La Commission conteste cette argumentation.

84 Une institution de l’Union n’est pas tenue de prendre position, dans la motivation de ses décisions, sur tous les arguments que les intéressés peuvent invoquer pour leur défense. Il lui suffit d’exposer les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de sa décision (voir arrêt du 1er juillet 2008, Chronopost et La Poste/UFEX e.a., C‑341/06 P et C‑342/06 P, EU:C:2008:375, point 96 et jurisprudence citée).

85 Dans la décision attaquée, la Commission a indiqué clairement qu’elle ne disposait pas d’autres documents que ceux qu’elle a divulgués. En revanche, ladite décision ne peut pas être interprétée en ce sens que l’extraction des données des bases de données Euromonitor, PEC-UE et système de traçabilité aurait nécessairement conduit à la création de documents distincts. Contrairement à ce que soutient la requérante, il n’y a donc pas de contradiction dans les motifs de la décision attaquée.

86 Il ressort également clairement de la décision attaquée que le motif du rejet de la deuxième demande est l’absence de documents y correspondant. En effet, la décision attaquée vise expressément les deux demandes lorsqu’elle indique que, en dépit d’une recherche minutieuse, elle n’a pas identifié d’autres documents qui correspondent à leur objet.

87 Il s’ensuit que le second moyen doit être écarté.

Sur la demande de mesure d’organisation de la procédure ou de mesure d’instruction

88 La requérante estime que, en l’absence de leur enregistrement dans le registre Ares, les documents intermédiaires que la Commission a dû créer et qu’elle refuse de lui communiquer risquent d’être détruits. Pour éviter une telle éventualité, elle demande au Tribunal d’adopter une mesure d’organisation de la procédure ou, en cas de refus opposé par la Commission, une mesure d’instruction tendant à ce que cette institution recherche l’ensemble des documents susceptibles de relever de l’objet des demandes et les communique sans délai. La requérante estime que les recherches de la Commission devraient porter en priorité sur les documents physiques et électroniques détenus par l’agent qui a été chargé de coordonner les tâches exécutées pour évaluer l’évolution de la situation des produits du tabac chauffés ainsi que sur les documents échangés par le personnel affecté à la direction générale compétente.

89 La Commission s’oppose à l’ensemble de ces demandes.

90 Il résulte de l’examen de la seconde branche du premier moyen que la requérante n’est pas parvenue à renverser la présomption de véracité qui s’attache à la déclaration de la Commission selon laquelle elle n’a pu identifier de documents relevant de l’objet des demandes. Dès lors, il n’y a pas lieu d’adopter la mesure d’organisation de la procédure sollicitée par la requérante, laquelle ne présenterait aucune utilité.

91 Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée en ce qu’elle refuse la divulgation des données extraites de la base de données Euromonitor et que le recours doit être rejeté pour le surplus.

Sur les dépens

92 Aux termes de l’article 134, paragraphe 2, de son règlement de procédure, si plusieurs parties succombent, le Tribunal décide du partage des dépens. En l’espèce, il y a lieu de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) La décision C(2022) 4816 final de la Commission, du 3 juillet 2022, est annulée en ce qu’elle refuse la divulgation des données extraites de la base de données Euromonitor.

2) Le recours est rejeté pour le surplus.

3) La Commission européenne et Herbert Smith Freehills LLP supporteront leurs propres dépens.

Marcoulli

Norkus

Spangsberg Grønfeldt

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 25 septembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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