| CELEX | 62022TJ0790 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 6 novembre 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (septième chambre)
6 novembre 2024 (*)
« Accès aux documents – Décision 2004/258/CE – Évaluation sur la situation de défaillance avérée ou prévisible de Sberbank banka – Refus d’accès – Obligation de motivation – Exception relative à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union – Notion d’“informations confidentielles” – Exception relative à la protection des intérêts commerciaux »
Dans l’affaire T‑790/22,
MeSoFa Vermögensverwaltungs AG, anciennement Sber Vermögensverwaltungs AG, initialement Sberbank Europe AG, établie à Vienne (Autriche), représentée par Me O. Behrends, avocat,
partie requérante,
contre
Banque centrale européenne (BCE), représentée par MM. D. Báez Seara et M. Ioannidis, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (septième chambre),
composé de Mme K. Kowalik‑Bańczyk, présidente, MM. E. Buttigieg et G. Hesse (rapporteur), juges,
greffier : Mme P. Nuñez Ruiz, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
vu la mesure d’instruction du 18 mars 2024 et la réponse de la BCE déposée au greffe du Tribunal le 28 mars 2024,
à la suite de l’audience du 25 avril 2024,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, MeSoFa Vermögensverwaltungs AG, anciennement Sber Vermögensverwaltungs AG, initialement Sberbank Europe AG, demande l’annulation de la décision LS/CL/2022/218 de la Banque centrale européenne (BCE), du 21 septembre 2022, refusant l’accès intégral à l’évaluation sur la situation de défaillance avérée ou prévisible de Sberbank banka d.d. (ci-après l’« évaluation FOLTF »), au sens de l’article 18, paragraphe 1, sous a), et paragraphe 4, sous c), du règlement (UE) no 806/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 15 juillet 2014, établissant des règles et une procédure uniformes pour la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement dans le cadre d’un mécanisme de résolution unique et d’un Fonds de résolution bancaire unique, et modifiant le règlement (UE) no 1093/2010 (JO 2014, L 225, p. 1) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Avant le retrait de son agrément, le 15 décembre 2022, la requérante était un établissement de crédit établi en Autriche, soumis à la surveillance prudentielle directe de la Banque centrale européenne (BCE) en application du règlement (UE) no 1024/2013 du Conseil, du 15 octobre 2013, confiant à la BCE des missions spécifiques ayant trait aux politiques en matière de surveillance prudentielle des établissements de crédit (JO 2013, L 287, p. 63). Avant l’adoption, le 1er mars 2022, d’une décision de résolution (voir point 6 ci-après), la requérante était également l’actionnaire principal de Sberbank banka d.d. (ci-après « Sberbank Slovénie »), un établissement de crédit établi en Slovénie, dont elle détenait 99,99 % des actions.
3 À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, l’Union européenne et les États-Unis ont imposé d’importantes sanctions économiques à la Russie. Ces sanctions ont affecté la réputation de Sberbank Slovénie, qui était membre d’un groupe bancaire appartenant à l’État russe, ce qui a déclenché une vague de retraits de dépôts détériorant sa situation sur le plan de sa liquidité.
4 Le 27 février 2022, la BCE a réalisé, après consultation du Conseil de résolution unique (CRU), l’évaluation FOLTF, conformément à l’article 18, paragraphe 1, deuxième alinéa, du règlement no 806/2014.
5 Le 28 février 2022, le CRU a publié sur son site Internet un communiqué de presse annonçant que, à la suite de l’évaluation FOLTF, il décidait, ce même jour, que la défaillance de Sberbank Slovénie était avérée ou prévisible compte tenu de la détérioration rapide et importante de la situation sur le plan de la liquidité de cet établissement. Également ce même jour, des informations relatives à l’évaluation FOLTF ont fait l’objet d’un communiqué de presse publié sur le site Internet de la BCE.
6 Le 1er mars 2022, estimant que les conditions prévues à l’article 18, paragraphe 1, du règlement no 806/2014 étaient réunies, le CRU a décidé de soumettre Sberbank Slovénie à une procédure de résolution. Le CRU a notamment décidé de transférer la totalité des actions de Sberbank Slovénie à Nova Ljubljanska banka d.d. Le dispositif de résolution a été approuvé par la Commission européenne le même jour.
7 Le 10 juin 2022, le CRU a publié une version publique du dispositif de résolution concernant Sberbank Slovénie. La BCE a également publié une version publique de l’évaluation FOLTF.
8 Le 30 juin 2022, la requérante a introduit une demande d’accès à l’évaluation FOLTF auprès de la BCE (ci-après la « demande d’accès du 30 juin 2022 »). Cette demande était fondée sur l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258/CE de la BCE, du 4 mars 2004, relative à l’accès du public aux documents de la BCE (JO 2004, L 80, p. 42), telle que modifiée, en dernier lieu, par la décision (UE) 2015/529 de la BCE, du 21 janvier 2015 (JO 2015, L 84, p. 64), ainsi que sur l’article 41, paragraphe 2, sous b), et l’article 42 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).
9 Par un courrier électronique du 27 juillet 2022, la BCE a informé la requérante qu’elle examinait cette demande dans le cadre de deux procédures parallèles, l’une fondée sur la décision 2004/258 et l’autre sur l’article 22, paragraphe 2, du règlement no 1024/2013 lu en combinaison avec l’article 32, paragraphe 1, du règlement (UE) no 468/2014 de la BCE, du 16 avril 2014, établissant le cadre de la coopération au sein du mécanisme de surveillance unique (MSU) entre la BCE, les autorités compétentes nationales et les autorités désignées nationales (JO 2014, L 141, p. 1).
10 Par le même courrier électronique, la BCE a informé la requérante qu’elle considérait qu’elle ne disposait pas du droit d’accéder au dossier de surveillance d’un autre établissement, y compris l’évaluation sur la situation de défaillance avérée ou prévisible le concernant. La BCE a alors indiqué ne pas pouvoir accorder à la requérante l’accès au document demandé, à savoir l’évaluation FOLTF, sur le fondement de l’article 22, paragraphe 2, du règlement no 1024/2013 et de l’article 32, paragraphe 1, du règlement no 468/2014 qui concernent l’accès au dossier de surveillance de la BCE.
11 Sur le fondement de la décision 2004/258, la BCE a adopté la décision LS/PS/2022/42 du 27 juillet 2022 refusant l’accès à l’intégralité de l’évaluation FOLTF. En particulier, la BCE a indiqué que, compte tenu de l’intérêt du public pour les procédures de résolution ainsi que dans le but d’être aussi transparente que possible et de satisfaire à ses obligations en matière de responsabilité, elle avait décidé, conformément à sa pratique antérieure, de publier une version publique de l’évaluation FOLTF. Ce faisant, elle aurait supprimé toutes les informations confidentielles relatives à la surveillance et celles commercialement sensibles, afin de se conformer aux règles de secret professionnel régissant sa mission de surveillance.
12 Le 24 août 2022, la requérante a adressé à la BCE une demande confirmative d’accès à l’évaluation FOLTF, conformément à l’article 7, paragraphe 2, de la décision 2004/258.
13 Le 21 septembre 2022, la BCE a adopté la décision attaquée. En particulier, la BCE a considéré que les parties expurgées de l’évaluation FOLTF contenaient des informations confidentielles protégées en vertu de l’article 27 du règlement no 1024/2013 et de l’article 53 de la directive 2013/36/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, concernant l’accès à l’activité des établissements de crédit et la surveillance prudentielle des établissements de crédit et des entreprises d’investissement, modifiant la directive 2002/87/CE et abrogeant les directives 2006/48/CE et 2006/49/CE (JO 2013, L 176, p. 338). La divulgation demandée porterait ainsi atteinte à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles par le droit de l’Union et mentionnées à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258. Par conséquent, la BCE a estimé que, conformément à cette dernière disposition, elle devait refuser l’accès aux informations demandées. Les parties confidentielles de l’évaluation FOLTF relèveraient également de l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, de la décision 2004/258 protégeant les intérêts commerciaux des personnes physiques et morales.
14 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 18 août 2022, la requérante a introduit un recours en annulation contre le dispositif de résolution de Sberbank Slovénie. Ce recours a été enregistré sous le numéro T‑523/22.
15 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 7 octobre 2022, la requérante a introduit un recours en annulation contre la décision de la BCE lui refusant l’accès au dossier de surveillance de Sberbank Slovénie (voir point 10 ci-dessus). Ce recours a été enregistré sous le numéro T‑632/22.
Conclusions des parties
16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner la BCE aux dépens.
17 La BCE conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
18 À l’appui du recours, la requérante invoque cinq moyens. Par le premier moyen, elle reproche à la BCE de ne pas avoir répondu à sa demande dans le cadre d’une seule décision qui tiendrait compte de tous les motifs susceptibles de justifier l’accès aux informations demandées, et notamment en ce que cette dernière a considéré que cette demande comprenait une demande d’accès au dossier au titre de l’article 22, paragraphe 2, du règlement no 1024/2013 lu en combinaison avec l’article 32, paragraphe 1, du règlement no 468/2014 et une demande d’accès du public aux documents au titre de la décision 2004/258. Par le deuxième moyen, la requérante fait valoir, en substance, que la décision attaquée est insuffisamment motivée, en ce que la BCE n’a pas exposé les raisons pour lesquelles certains éléments de l’évaluation FOLTF avaient bénéficié d’un traitement confidentiel et d’autres non. Par le troisième moyen, la requérante soutient que la BCE a violé l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258 relatif à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union. Par le quatrième moyen, la requérante fait valoir que la BCE a violé l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, de la décision 2004/258 relatif à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale. Par le cinquième moyen, la requérante reproche à la BCE de ne pas lui avoir donné accès au dossier de la procédure ayant abouti à la décision attaquée et, partant, de l’avoir privée de l’opportunité d’examiner le texte intégral de l’évaluation FOLTF, afin de faire valoir utilement son point de vue quant au caractère confidentiel des informations qu’elle contient.
Sur le premier moyen, tiré de la violation alléguée du droit de la requérante à une « décision globale »
19 En substance, la requérante fait valoir que la BCE a dénaturé la demande d’accès du 30 juin 2022, en la décomposant en deux demandes. Elle précise que la question de savoir si la BCE pouvait, au regard de cette demande, adopter une décision en matière d’accès au dossier et une décision distincte en matière d’accès du public aux documents affecte la décision attaquée et que, partant, ses arguments à cet égard sont recevables. Selon la requérante, plusieurs éléments établissent qu’elle avait le droit d’accéder à l’évaluation FOLTF. D’abord, elle met en exergue le fait que, même si elle n’a pas été impliquée durant la procédure ayant abouti au dispositif de résolution de Sberbank Slovénie, elle est la première affectée par les décisions prises dans le cadre de cette procédure. À ce titre, elle aurait dû bénéficier de droits procéduraux et avoir accès à l’intégralité de la motivation de ces actes. La BCE interprèterait le régime d’accès du public aux documents, établi par la décision 2004/258, d’une manière qui en limite l’accès et, partant, la transparence. Un tel comportement serait contraire au principe de transparence consacré à l’article 15, paragraphe 3, TFUE ainsi qu’à l’article 41, paragraphe 2, et à l’article 42 de la Charte qui viseraient tous les deux à garantir un accès aussi large que possible aux documents. Ensuite, la requérante soutient que le fait que la BCE n’a pas examiné divers « autres motifs justifiant son droit d’accès » à l’évaluation FOLTF et qu’elle n’a pas répondu à ses arguments constitue une insuffisance de motivation. Enfin, la requérante fait valoir, au regard du principe de protection juridictionnelle effective consacré à l’article 47 de la Charte, qu’un recours effectif nécessite l’accès aux évaluations sur la situation de défaillance avérée ou prévisible. En indiquant, dans la décision attaquée, que toute considération allant au-delà d’une analyse des droits conférés à la requérante par le régime applicable en matière d’accès du public aux documents serait exclue, la BCE aurait violé l’article 51 de la Charte.
20 La BCE fait valoir que plusieurs arguments soulevés dans le cadre du premier moyen sont irrecevables, dans la mesure où ils viseraient un autre acte que la décision attaquée, à savoir le courrier électronique du 27 juillet 2022. D’abord, la requête ne préciserait pas comment la prétendue illégalité du courrier électronique du 27 juillet 2022 pourrait entraîner l’annulation de la décision attaquée, de sorte que la BCE ne serait pas en mesure de préparer sa défense contre de telles allégations et que ladite requête ne satisferait pas aux exigences de l’article 76, sous d), du règlement de procédure du Tribunal. Ensuite, le courrier électronique du 27 juillet 2022 ferait l’objet d’un recours en annulation distinct introduit par la requérante et enregistré sous le numéro T‑632/22. Enfin, la requérante serait forclose pour contester ledit courrier électronique. En tout état de cause, l’ensemble des arguments développés par la requérante dans le cadre du premier moyen seraient infondés.
21 À titre liminaire, s’agissant des fins de non-recevoir soulevées par la BCE, il y a lieu de relever que, dans le cadre du premier moyen, la requérante fait notamment valoir que, en adoptant une décision distincte sur le fondement de la décision 2004/258, la BCE a dénaturé sa demande. Dans ce contexte, elle développe des arguments concernant le contenu du courrier électronique du 27 juillet 2022, sans pour autant demander l’annulation de ce courrier dans le cadre de la présente instance.
22 Tout d’abord, il ressort, respectivement, de la requête et du mémoire en défense que les arguments de la requérante concernant le courrier électronique du 27 juillet 2022 sont intelligibles et que la BCE a été en mesure d’y répondre. Le Tribunal n’a également pas eu de difficulté à identifier l’argumentation de la requérante à la lecture de la requête. Cette argumentation est donc recevable au regard des exigences de l’article 76, sous d), du règlement de procédure.
23 Ensuite, le fait que la décision du 27 juillet 2022, par laquelle la BCE a refusé de donner accès au dossier de surveillance de Sberbank Slovénie à la requérante, fait l’objet d’un recours en annulation distinct, introduit par cette dernière et enregistré sous le numéro T‑632/22, ne modifie pas cette conclusion et ne saurait interdire à la requérante de présenter, dans le cadre de la présente instance, des arguments concernant le contenu de ladite décision.
24 Enfin, dans la mesure où le recours en annulation dirigé contre la décision du 27 juillet 2022, enregistré sous le numéro T‑632/22, a été introduit le 7 octobre 2022, soit avant l’expiration du délai de recours, la BCE n’est pas fondée à se prévaloir d’une forclusion en ce qui concerne le recours intenté à l’encontre de cette décision.
25 Par conséquent, il n’y a pas lieu de faire droit aux fins de non-recevoir soulevées par la BCE.
26 S’agissant du fond, en ce qui concerne la question de savoir si la BCE a dénaturé la demande de la requérante, il y a lieu d’examiner les circonstances juridiques et factuelles de l’espèce.
27 Dans la demande d’accès du 30 juin 2022, la requérante a indiqué qu’elle écrivait « en tant qu’ancienne actionnaire de Sberbank [Slovénie] » à propos de l’« évaluation, datant du 27 février 2022, en application de l’article 18, paragraphe 1, [deuxième] alinéa, du règlement no 806/2014, concluant à la défaillance avérée ou prévisible de [cet établissement] conformément à l’article 18, paragraphe 1, sous a), et à l’article 18, paragraphe 4, sous c), du règlement no 806/2014 ». Puis, elle a précisé qu’elle demandait l’accès à cette évaluation « sur le fondement de l’article 6, paragraphe 1, de la décision [2004/258] ainsi que de l’article 41, paragraphe 2, sous b), et l’article 42 de la Charte ». Or, l’article 41, paragraphe 2, sous b), de la Charte est relatif au droit d’accès de toute personne au dossier qui la concerne, tandis que la décision 2004/258 et l’article 42 de la Charte sont relatifs au droit d’accès du public aux documents. Force est donc de constater que la requérante a fondé la demande d’accès du 30 juin 2022 sur deux fondements juridiques différents, à savoir, d’une part, le droit d’accès de toute personne au dossier qui la concerne et, d’autre part, le droit d’accès du public aux documents de la BCE, qui renvoient, pour sa part, à deux régimes juridiques distincts.
28 Ainsi qu’il a été rappelé au point 9 ci-dessus, par un courrier électronique du 27 juillet 2022, la BCE a informé la requérante, compte tenu de la demande d’accès du 30 juin 2022, qu’elle examinait cette demande dans le cadre de deux procédures parallèles, l’une fondée sur la décision 2004/258 qui concerne l’accès du public aux documents de la BCE et l’autre sur l’article 22, paragraphe 2, du règlement no 1024/2013 et l’article 32, paragraphe 1, du règlement no 468/2014 qui concernent l’accès au dossier de surveillance de la BCE.
29 À cet égard, l’accès du public aux documents de la BCE et l’accès au dossier de surveillance de la BCE relèvent de deux régimes juridiques différents. Afin d’être considérée comme une demande d’accès du public aux documents de la BCE, la demande doit satisfaire à des conditions spécifiques. Il en va de même pour une demande d’accès au dossier de surveillance de la BCE. Une des conditions concerne la qualité du demandeur et la nature des éléments demandés. À la différence d’une entité surveillée qui peut seule, en cette qualité et à titre personnel, demander l’accès uniquement au dossier de surveillance qui la concerne (voir, à cet égard, arrêt du 6 novembre 2024, MeSoFa/BCE, T‑632/22), une personne physique ou morale ne justifiant d’aucune qualité particulière peut demander à accéder à l’ensemble des documents de la BCE et n’est pas obligée de justifier sa demande d’accès, ainsi que cela ressort de l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258.
30 Il s’ensuit que si une demande d’accès remplit les conditions de l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258, la BCE est tenue de la traiter en considération de cette disposition et de la procédure relative à l’accès du public aux documents.
31 Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler que, aux termes de l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258, les demandes d’accès aux documents doivent être formulées sous forme écrite, y compris par des moyens électroniques, dans l’une des langues de l’Union et de façon suffisamment précise pour permettre à la BCE d’identifier le document. Le demandeur n’est pas obligé de justifier sa demande.
32 Dès lors que le demandeur d’accès n’est pas tenu de justifier sa demande, il n’a pas à démontrer un quelconque intérêt pour avoir accès aux documents demandés. Il s’ensuit qu’une demande d’accès, qui entre dans le champ d’application de la décision 2004/258 et qui est présentée par une personne qui se prévaut de certaines circonstances particulières qui la distingueraient de tout autre citoyen de l’Union, doit être examinée de la même façon que le serait une demande émanant de toute autre personne (arrêts du 6 octobre 2021, OCU/BCE, T‑15/18, non publié, EU:T:2021:661, point 105, et du 22 mars 2023, Satabank/BCE, T‑72/20, EU:T:2023:149, point 125).
33 Il ressort également de la jurisprudence que, lorsque la BCE statue sur une demande d’accès à des documents qui lui est soumise sur le fondement de la décision 2004/258, elle n’est pas tenue de tenir compte du fait que le demandeur d’accès pouvait avoir besoin de ces documents aux fins de la préparation d’une procédure judiciaire, notamment d’un recours en annulation (arrêt du 27 avril 2023, Aeris Invest/BCE, C‑782/21 P, non publié, EU:C:2023:345, points 37 et 38).
34 En l’espèce, la demande d’accès du 30 juin 2022, résumée au point 27 ci-dessus, remplissait les conditions de l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258. Partant, la BCE pouvait examiner cette demande, comme elle l’a fait, en considération de cette disposition et de la procédure relative à l’accès du public aux documents. Dans ces conditions, la BCE a indiqué à juste titre, dans la décision attaquée, que la décision 2004/258 ne visait pas à servir l’intérêt né et spécifique d’une personne particulière à accéder à certains documents. C’est également à juste titre qu’elle en a déduit qu’elle n’était pas tenue de tenir compte des intérêts particuliers invoqués par la requérante en tant qu’ancienne actionnaire de Sberbank Slovénie et des éventuels droits procéduraux qui découleraient de cette qualité.
35 Au demeurant, la requérante ne saurait utilement invoquer l’arrêt du 22 mars 2023, Satabank/BCE (T‑72/20, EU:T:2023:149). En effet, dans cette affaire, la BCE avait omis d’analyser si une demande d’accès remplissait les conditions de l’article 6, paragraphe 1, de la décision 2004/258. Cette affaire était donc différente de celle de la présente affaire, la BCE ayant considéré, en l’espèce, que la demande d’accès du 30 juin 2022 remplissait les conditions requises par cette disposition. Contrairement à ce qu’a semblé suggérer la requérante à l’audience, cet arrêt n’a pas créé une obligation dans le chef de la BCE de répondre aux demandes d’accès par une seule « décision globale ».
36 En somme, eu égard à ce qui précède et, en particulier, au fait que la requérante avait fondé la demande d’accès du 30 juin 2022 sur deux fondements juridiques renvoyant à deux régimes juridiques différents, la BCE a pu légalement considérer, sans violer les droits de la requérante, que cette demande contenait une demande d’accès du public aux documents au titre de la décision 2004/258 et traiter cette demande dans le cadre de la procédure spécifique prévue par les dispositions de cette décision, qui aboutissait nécessairement à une décision distincte. Il n’est donc pas établi que la BCE a dénaturé ladite demande et les arguments de la requérante à cet égard doivent être écartés.
37 Par ailleurs, en ce qui concerne l’insuffisance de motivation alléguée par la requérante, en ce que la BCE n’aurait ni examiné « d’autres motifs justifiant son droit d’accès » à l’évaluation FOLTF ni répondu à ses arguments, la lecture de la décision attaquée permet de constater que la BCE a donné de manière précise, en se fondant sur la jurisprudence, les raisons spécifiques pour lesquelles elle n’avait pas tenu compte de ces arguments (voir point 34 ci-dessus). Si la requérante estime que la BCE n’a pas pris position sur tous ses arguments, force est de constater que cette institution a exposé, dans la décision attaquée, les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle à cet égard, ce qui est suffisant au regard de la jurisprudence concernant l’obligation de motivation (voir, en ce sens, arrêt du 6 septembre 2012, Storck/OHMI, C‑96/11 P, non publié, EU:C:2012:537, point 21). Partant, cet argument de la requérante doit être écarté.
38 Il résulte de ce qui précède que le premier moyen, tiré de la violation alléguée du droit de la requérante à une « décision globale », doit être écarté.
Sur le deuxième moyen, tiré d’une insuffisance de motivation, en ce que la BCE n’aurait pas exposé les raisons pour lesquelles certains éléments de l’évaluation FOLTF ont bénéficié d’un traitement confidentiel et d’autres non
39 En substance, la requérante soutient que la décision attaquée ne permet pas de comprendre pourquoi certains éléments de l’évaluation FOLTF ont été divulgués et d’autres non. Ainsi, la BCE aurait divulgué d’elle-même, sur son site Internet, plusieurs éléments de l’évaluation FOLTF, notamment ses appréciations, et refuserait de divulguer les données financières exactes qui y sont afférentes. En particulier, la requérante fait valoir que, lorsque la BCE invoque le secret professionnel, elle n’explique ni pourquoi son évaluation négative de l’établissement concerné n’est pas couverte par ce secret ni pourquoi, à l’inverse, les informations sur lesquelles cette évaluation est fondée le sont. Selon la requérante, le Tribunal a déjà jugé que la BCE devait fournir des explications précises lorsqu’elle refusait de divulguer des documents dans le cadre de demandes d’accès du public à ses documents. Dans le cas présent, la BCE se contenterait d’énoncer, de manière vague, que la divulgation d’informations détaillées et spécifiques serait problématique au lieu d’expliquer et de justifier chaque expurgation.
40 La BCE conteste cette argumentation.
41 Dans la décision attaquée, la BCE a indiqué que les points 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 21, 22, 24, 26, 27 et 28 de l’évaluation FOLTF contenaient des informations financières détaillées, y compris des détails sur la situation de liquidité de Sberbank Slovénie, ainsi qu’une analyse confidentielle en matière de surveillance prudentielle. Dans cette décision, la BCE a considéré que ces informations étaient couvertes par les exceptions mentionnées à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, et à l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, de la même décision, relatif à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale.
42 En premier lieu, il y a lieu d’examiner la décision attaquée en ce qu’elle concerne l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union.
43 Il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, l’obligation de motiver un acte faisant grief, telle que prévue à l’article 296, deuxième alinéa, TFUE et consacrée à l’article 41, paragraphe 2, sous c), de la Charte, constitue un corollaire du principe du respect des droits de la défense et a pour but, d’une part, de fournir à l’intéressé une indication suffisante pour savoir si l’acte est bien fondé ou s’il est éventuellement entaché d’un vice permettant d’en contester la validité devant le juge de l’Union et, d’autre part, de permettre à ce dernier d’exercer son contrôle sur la légalité de cet acte. La motivation exigée par l’article 296 TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteur de l’acte, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle (arrêt du 15 novembre 2012, Conseil/Bamba, C‑417/11 P, EU:C:2012:718, points 49, 50 et 53).
44 Lorsque la BCE décide de refuser l’accès à un document en vertu de l’article 4, paragraphe 1, de la décision 2004/258, il lui incombe de fournir des explications quant à la question de savoir comment l’accès au document demandé pourrait porter concrètement et effectivement atteinte à l’intérêt protégé par l’exception qu’elle invoque, le risque d’une telle atteinte devant être raisonnablement prévisible et non purement hypothétique (arrêt du 29 novembre 2012, Thesing et Bloomberg Finance/BCE, T‑590/10, non publié, EU:T:2012:635, point 42).
45 Cela étant, il doit être tenu compte du fait qu’il peut être impossible d’indiquer les raisons justifiant le refus d’accès de chaque élément d’information du document demandé sans divulguer le contenu de ce document ou un élément essentiel de celui-ci et, partant, priver l’exception de sa finalité essentielle (arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 264 ; et voir, par analogie, arrêts du 26 avril 2005, Sison/Conseil, T‑110/03, T‑150/03 et T‑405/03, EU:T:2005:143, point 84).
46 En l’espèce, les informations occultées aux points 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 21, 22, 24, 26, 27 et 28 de l’évaluation FOLTF concernent la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie à différentes dates, les clients de cet établissement, les actions entreprises par cet établissement afin de se préparer à d’éventuelles sanctions économiques, les mesures de redressement identifiées par cet établissement ainsi que l’appréciation de la BCE les concernant, des informations sur l’accès aux financements de la BCE, le contenu de deux lettres de la requérante adressées à la BCE, la durée de vie estimée de Sberbank Slovénie compte tenu des flux sortants, les mesures prises par cet établissement visant à améliorer sa situation sur le plan de la liquidité et des mesures de surveillance prises par la BCE.
47 Dans ce contexte, il convient de relever que la version publique de l’évaluation FOLTF indique, sous la forme de descriptions, quel type d’informations est occulté.
48 Il y a également lieu de relever que, dans la décision attaquée, la BCE a indiqué, compte tenu de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, de l’article 27 du règlement 1024/2013 et de l’article 53, paragraphe 1, de la directive 2013/36, lus en combinaison avec la notion d’« information confidentielle » issue de l’arrêt du 19 juin 2018, Baumeister (C‑15/16, ci-après l’« arrêt Baumeister », EU:C:2018:464), qu’elle n’était pas en droit de divulguer des informations établies dans le cadre du mécanisme de surveillance unique qui n’étaient pas publiques et dont la divulgation risquait de porter atteinte aux intérêts de la personne physique ou morale qui les avait fournies, aux intérêts de tiers, ou au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle.
49 Selon la décision attaquée, à la suite de la demande confirmative introduite par la requérante, la BCE a réexaminé les informations occultées de l’évaluation FOLTF et a conclu que l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, s’appliquait. La décision attaquée présente les raisons de la non-divulgation comme suit :
– « les informations contenues dans les paragraphes expurgés n’ont pas un caractère public ;
– la divulgation des informations contenues dans les paragraphes expurgés risquerait de porter atteinte aux intérêts de Sberbank [Slovénie] et de sa nouvelle société mère. Les paragraphes concernés contiennent des informations financières détaillées, notamment des informations concernant la position de liquidité de Sberbank [Slovénie] ainsi que les mesures de surveillance imposées à cette banque et les mesures prises par celle‑ci pour remédier à l’état de ses liquidités. La divulgation de ces informations se traduirait probablement par des conjectures sur le marché, ce qui pourrait porter atteinte tant aux intérêts de Sberbank [Slovénie] qu’à ceux de sa nouvelle société mère ;
– la divulgation des informations contenues dans les paragraphes expurgés risquerait de porter atteinte au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle pour les raisons suivantes :
i) elle risquerait d’avoir une incidence négative sur le rôle de l’autorité de surveillance prudentielle en matière de contribution à la sécurité et à la solidité des établissements de crédit et à la stabilité du système financier au sein de l’Union, tel que défini à l’article 1er du règlement no 1024/2013. Bien que les activités de Sberbank [Slovénie] aient été reprises par Nova Ljubljanska Banka d.d. dans le cadre de l’instrument de cession des activités, la divulgation pourrait néanmoins saper le rôle de la BCE en matière de sauvegarde de la stabilité financière en portant atteinte aux intérêts de Sberbank [Slovénie] et de sa nouvelle société mère ;
ii) en outre, la divulgation des paragraphes expurgés risquerait également d’avoir une incidence négative sur la manière dont les méthodologies et les stratégies de surveillance appliquées aux établissements de crédit seront dorénavant mises en œuvre par les autorités compétentes ;
iii) enfin, la divulgation des paragraphes expurgés saperait la confiance des entités surveillées et des autres autorités impliquées quant au fait que les informations confidentielles fournies demeureront en principe confidentielles. La divulgation des paragraphes expurgés risquerait donc de compromettre la transmission sans heurts d’informations confidentielles qui est essentielle pour le bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle. ».
50 La BCE a donc indiqué l’exception sur laquelle elle fondait son refus, à savoir l’exception relative à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, résultant de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258. Elle a expliqué en quoi cette exception était pertinente concernant les informations occultées, en précisant que celles-ci contenaient des informations financières détaillées, y compris des détails sur la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie, ainsi qu’une analyse confidentielle en matière de surveillance prudentielle. Par ailleurs, elle a fourni une brève explication, rappelée au point 49 ci-dessus, relative au besoin de protection invoqué, en faisant valoir que les informations en cause n’étaient pas publiques et que leur divulgation risquerait de porter atteinte tant aux intérêts de Sberbank Slovénie et de sa nouvelle société mère qu’au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle.
51 Ainsi, compte tenu, d’une part, du contenu de la version publique de l’évaluation FOLTF et, d’autre part, des éléments figurant dans la décision attaquée mentionnés au point 49 ci-dessus, la requérante est à même de comprendre les raisons spécifiques pour lesquelles la BCE a considéré que la divulgation des informations en cause tombait sous le coup de l’exception invoquée et le Tribunal est à même d’exercer son contrôle. Eu égard au type d’informations ayant été occulté et au degré de détail des descriptions contenues dans la version publique de l’évaluation FOLTF, une explication plus complète risquait de priver ladite exception de sa finalité essentielle (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 264).
52 Les arguments de la requérante ne modifient pas cette conclusion.
53 En effet, quand bien même la BCE n’aurait pas fourni, dans la décision attaquée, les raisons pour lesquelles elle a décidé de divulguer certains éléments de l’évaluation FOLTF, il n’en demeure pas moins que cette décision fait apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de la BCE concernant le refus de divulgation fondé sur l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union.
54 En outre, ainsi qu’il ressort du point 46 ci-dessus, d’une part, les informations occultées aux points 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 21, 22, 24, 26, 27 et 28 de l’évaluation FOLTF sont toutes concernées par le domaine visé par l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258. D’autre part, il ressort sans ambiguïté de la décision attaquée que le raisonnement rappelé au point 50 ci-dessus s’applique à chacune de ces informations. Il apparaît donc que la BCE a apprécié concrètement et effectivement la confidentialité de chacune des informations concernées.
55 Il s’ensuit que la BCE a motivé à suffisance de droit la décision attaquée en ce que celle-ci refuse l’accès aux informations occultées sur le fondement de l’exception mentionnée à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de l’intérêt public en ce qui concerne la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union.
56 En second lieu, il ressort de la décision attaquée que, en ce qui concerne l’exception mentionnée à l’article 4, paragraphe 2, de la décision 2004/258, relatif à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale, la BCE a, de même, fourni, pour chaque information occultée, les raisons pour lesquelles cette exception était applicable. En effet, la décision attaquée indique que les informations occultées sont des informations commercialement sensibles sur la position commerciale de Sberbank Slovénie lors de son acquisition par sa nouvelle société mère et sur la requérante. La BCE a notamment précisé que si les informations occultées étaient rendues publiques, elles pourraient porter atteinte à la réputation, aux intérêts commerciaux et à la position commerciale de la nouvelle société mère et de Sberbank Slovénie. La décision attaquée comporte, de plus, une appréciation quant à l’existence éventuelle d’un intérêt public supérieur justifiant la divulgation des informations en cause nonobstant l’atteinte qui en résulterait à l’intérêt protégé par l’exception invoquée. Ces explications permettent à la requérante et au Tribunal de connaître la motivation de la BCE aux fins de s’opposer à la divulgation des informations en cause.
57 Le deuxième moyen, tiré d’une insuffisance de motivation, en ce que la BCE n’aurait pas exposé les raisons pour lesquelles certains éléments de l’évaluation FOLTF ont bénéficié d’un traitement confidentiel et d’autres non, doit donc être écarté.
Sur le troisième moyen, tiré de la violation de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union
58 La requérante fait valoir que c’est à tort que la BCE a considéré dans la décision attaquée que la divulgation des informations occultées porterait atteinte à la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, au sens de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258.
59 En substance, la requérante soutient que les considérations exposées à cet égard reposent sur une interprétation et une application erronées de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258. Ainsi, la requérante met aussi en doute l’applicabilité de l’article 27 du règlement no 1024/2013 et de l’article 53 de la directive 2013/36, invoqués par la BCE, pour définir la notion d’« informations confidentielles ». D’une part, ce ne serait pas l’article 27 du règlement no 1024/2013, mais l’article 18 du règlement no 806/2014 relatif à la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement qui régirait la question de l’évaluation du caractère avéré ou prévisible de la défaillance des entités surveillées. D’autre part, la directive 2013/36 s’adresserait aux États membres. En outre, l’article 27 du règlement no 1024/2013 et l’article 53 de la directive 2013/36 exigeraient du personnel travaillant pour les autorités compétentes qu’il respecte le secret professionnel, mais ne répondraient pas à la question de savoir si la BCE pouvait divulguer les informations en cause. Par ailleurs, l’arrêt Baumeister, invoqué par la BCE, aurait précisé que toutes les informations relatives à une entreprise surveillée ne constitueraient pas, de manière inconditionnelle, des informations confidentielles couvertes par l’obligation de garder le secret professionnel. La requérante estime que la BCE n’a pas établi que les informations occultées, contrairement à celles que cette dernière et le CRU avaient déjà publiées, risqueraient de porter atteinte aux intérêts de la personne physique ou morale qui les avait fournies ou de tiers, ou encore au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle. La requérante avance également que, en publiant une version publique de l’évaluation FOLTF, puis en refusant de divulguer cette même évaluation dans son intégralité, la BCE méconnaît le considérant 116 du règlement no 806/2004.
60 La BCE conteste cette argumentation.
61 Il y a lieu de rappeler que, dans la décision attaquée, la BCE a, notamment, fondé le refus d’accès sur l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union. Pour définir l’atteinte à la protection de ces informations, la BCE a cité l’article 27 du règlement no 1024/2013, l’article 53, paragraphe 1, de la directive 2013/36 et la notion d’« informations confidentielles » issue de l’arrêt Baumeister.
62 Aux termes de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, « […] la BCE refuse l’accès à un document dans le cas où sa divulgation porterait atteinte à la protection […] de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que tel[les] en vertu du droit de l’Union ».
63 Il importe de préciser, à ce stade, que la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles, ainsi que consacrée à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, constitue une exception dite « absolue » au droit d’accès et que cette exception renvoie, à cet effet, au droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, OCU/BCE, T‑15/18, non publié, EU:T:2021:661, point 133), dont font partie l’article 27 du règlement no 1024/2013 et l’article 53, paragraphe 1, de la directive 2013/36.
64 Dans ce contexte, il a déjà été jugé que l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258 établissait un lien entre le régime d’accès du public aux documents de la BCE et les régimes de secret professionnel auxquels la BCE et son personnel sont assujettis en vertu du droit de l’Union, visant à assurer que la BCE respecte ses obligations de secret professionnel (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 189).
65 Quant à l’article 27, paragraphe 1, du règlement no 1024/2013, il importe de relever qu’il impose aux membres du personnel de la BCE une obligation de secret professionnel pour les informations obtenues par eux dans le cadre de la surveillance prudentielle. Cette obligation comporte, notamment, le devoir de respecter les obligations de confidentialité imposées par tous les actes pertinents du droit de l’Union.
66 Pour sa part, l’article 53, paragraphe 1, de la directive 2013/36 soumet au secret professionnel les autorités des États membres compétentes en matière de surveillance prudentielle. En vertu de cette disposition, le secret professionnel interdit, en principe, à ces autorités de divulguer les informations confidentielles qu’elles reçoivent, autrement que sous une forme résumée ou agrégée, de façon à ce que les établissements de crédit ne puissent pas être identifiés. Ce principe est assorti de deux dérogations permettant la divulgation d’informations confidentielles, premièrement, dans les cas relevant du droit pénal, deuxièmement, dans ceux ayant trait à des procédures civiles ou commerciales à la double condition, dans le cas de ces procédures civiles et commerciales, d’une part, que l’établissement de crédit concerné par les informations confidentielles ait été déclaré en faillite ou fasse l’objet d’une liquidation forcée et, d’autre part, que les informations confidentielles ne concernent pas des tiers impliqués dans les tentatives de sauvetage de cet établissement.
67 En l’espèce, les informations occultées de l’évaluation FOLTF consistent en des informations concernant la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie à différentes dates, les clients de cet établissement, les actions entreprises par cet établissement afin de se préparer à d’éventuelles sanctions, les mesures de redressement identifiées par cet établissement et l’appréciation de la BCE les concernant, l’accès aux financements de la BCE, le contenu de deux lettres de la requérante adressées à la BCE, la durée de vie estimée de Sberbank Slovénie compte tenu des flux sortants, les mesures prises par cet établissement visant à améliorer sa situation sur le plan de la liquidité et des mesures de surveillance prises par la BCE. Ces informations sont toutes des informations prudentielles et ont été, pour la plupart, obtenues, par la BCE, dans le cadre d’échanges d’informations avec l’entité surveillée et les autorités de surveillance nationales. À ce titre, elles relèvent de l’article 27 du règlement no 1024/2013 et de l’article 53 de la directive 2013/36 qui concernent le secret professionnel et l’échange d’informations dans l’exercice des fonctions de surveillance.
68 Tant l’article 27 du règlement no 1024/2013 que l’article 53 de la directive 2013/36 imposent aux autorités compétentes et à leur personnel une interdiction de divulguer les informations couvertes par le secret professionnel, de même que les informations confidentielles qu’elles détiennent sauf sous une forme résumée ou agrégée empêchant toute identification des entités concernées.
69 La BCE pouvait donc invoquer les obligations de secret professionnel qui lui incombaient en vertu de l’article 27 du règlement no 1024/2013 et de l’article 53 de la directive 2013/36, dans le cadre du refus d’accès fondé sur l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union et, en application de ces disposition, vérifier que les deux conditions énoncées dans l’arrêt Baumeister étaient remplies à l’égard de chaque information à laquelle l’accès était demandé, sachant que si ces conditions étaient remplies elle devrait refuser l’accès aux informations en cause (voir, par analogie, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T-827/17, EU:T:2021:660, point 196), comme elle l’a fait.
70 Dans ces conditions, les arguments de la requérante, selon lesquels l’article 27 du règlement no 1024/2013 n’est pas celui qui régit l’évaluation sur la situation de défaillance avérée ou prévisible des entités surveillées, la directive 2013/36 s’adresse aux États membres et ledit article 27 et l’article 53 de ladite directive visent uniquement le personnel des autorités compétentes, ne peuvent prospérer. Ainsi que la BCE l’a confirmé à l’audience, les informations occultées ont été recherchées et échangées dans le cadre de la surveillance de Sberbank Slovénie.
71 Quant à l’arrêt Baumeister, il a déjà été jugé que l’interprétation retenue dans cet arrêt était applicable pour définir ce qu’était une information confidentielle au sens de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union (voir, en ce sens, arrêts du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 196, et du 6 octobre 2021, OCU/BCE, T‑15/18, non publié, EU:T:2021:661, points 120 à 134).
72 Certes, comme le relève la requérante, selon le point 46 de l’arrêt Baumeister, toutes les informations relatives à l’entreprise surveillée et communiquées par celle-ci à l’autorité compétente ainsi que toutes les déclarations de cette autorité figurant dans son dossier de surveillance, y compris sa correspondance avec d’autres services, ne constituent pas, de manière inconditionnelle, des informations confidentielles, couvertes, dès lors, par l’obligation de garder le secret professionnel.
73 Toutefois, au point 46 de l’arrêt Baumeister, la Cour a jugé que relevaient de cette qualification les informations détenues par les autorités compétentes, d’une part, qui n’avaient pas de caractère public et, d’autre part, dont la divulgation risquerait de porter atteinte aux intérêts de la personne physique ou morale qui les avait fournies ou de tiers, ou encore au bon fonctionnement du système de contrôle de l’activité des entreprises d’investissement.
74 Ainsi, si, comme en l’espèce, la BCE entend refuser l’accès à des documents en raison de la confidentialité des informations en cause, elle doit vérifier que les deux critères énoncés dans l’arrêt Baumeister et rappelés au point 71 ci-dessus, sont satisfaits pour chaque information concernée, cet exercice requérant une appréciation concrète de chacune de ces informations (arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 196).
75 Cela étant précisé, dans le cadre de l’application de la seconde condition de l’arrêt Baumeister, la BCE dispose d’une large marge d’appréciation, l’appréciation de la question de savoir si la divulgation de certains documents porterait atteinte à la protection du bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle et de résolution revêtant un caractère complexe et délicat nécessitant un degré de prudence tout particulier (arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, points 159 et 252 à 253).
76 La reconnaissance d’une telle marge d’appréciation de la BCE a pour conséquence que le contrôle de légalité exercé par le juge de l’Union à cet égard se limite à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation, de l’exactitude matérielle des faits ainsi que de l’absence d’erreur manifeste d’appréciation et de détournement de pouvoir (voir arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 161 et jurisprudence citée).
77 Il convient, à présent, d’examiner la question de savoir si les informations occultées ont été considérées à juste titre comme étant confidentielles par la BCE. En d’autres termes, il convient de vérifier si, d’une part, ces informations n’ont pas de caractère public et, d’autre part, leur divulgation risquerait de porter atteinte aux intérêts de la personne physique ou morale qui les a fournies ou de tiers, ou encore au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle.
78 En premier lieu, s’agissant du caractère public des informations demandées, la lecture de la version intégrale de l’évaluation FOLTF permet de conclure que les informations qui ont été occultées ne sont connues que par un nombre restreint de personnes et n’ont dès lors pas de caractère public (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 220 et jurisprudence citée).
79 En effet, comme le montre également la description de ces informations dans la version publique de l’évaluation FOLTF, les informations auxquelles l’accès a été refusé constituent essentiellement les données financières exactes relatives à la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie dans les semaines précédant la rédaction de l’évaluation FOLTF et les appréciations portées par Sberbank Slovénie, la requérante et la BCE ou les actions entreprises par ces dernières. Il s’agit donc d’informations qui, en principe, ne sont pas régulièrement ou habituellement rendues publiques par l’établissement de crédit concerné, ni par les autorités compétentes nationales ou la BCE, mais plutôt d’informations qui ont été spécifiquement réunies afin d’évaluer la situation de défaillance avérée ou prévisible de Sberbank Slovénie.
80 Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de constater qu’aucun élément du dossier ne permet de conclure que les informations auxquelles l’accès a été refusé sur le fondement de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations qui sont protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, relevaient du domaine public au moment de l’adoption de la décision attaquée.
81 Le fait que la BCE ait publié la version publique de l’évaluation FOLTF ne peut modifier cette conclusion. À cet égard, la publicité générée autour de la situation de Sberbank Slovénie, notamment par la publication d’un communiqué de presse et de la version publique de l’évaluation FOLTF, répondait, ainsi que la BCE l’a expliqué à l’audience, au souci d’informer le public, sans pour autant que soient divulguées les informations exactes relatives à la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie ou l’intégralité des appréciations portées par Sberbank Slovénie, la requérante et la BCE et les actions entreprises par ces dernières.
82 En second lieu, s’agissant du risque d’atteinte aux intérêts de la personne physique ou morale ayant fourni les informations demandées ou de tiers ou au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle, il y a lieu de rappeler d’emblée que, lorsque les informations qui ont pu constituer des secrets d’affaires à une certaine époque datent de cinq ans ou plus, elles sont considérées, en principe, du fait de l’écoulement du temps, comme historiques et comme ayant perdu, de ce fait, leur caractère secret, à moins que, exceptionnellement, la partie qui se prévaut de ce caractère ne démontre que, en dépit de leur ancienneté, ces informations constituent encore des éléments essentiels de sa position commerciale ou de celles de tiers concernés (arrêts du 19 juin 2018, Baumeister, C‑15/16, EU:C:2018:464, point 54, et du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 235).
83 En l’espèce, l’évaluation FOLTF date du 27 février 2022 et la décision attaquée a été adoptée le 21 septembre 2022. Dès lors, les informations en cause avaient, au moment de l’adoption de la décision attaquée, tout au plus quelques mois et ne pouvaient donc, ainsi que le soutient la BCE, être considérées comme étant des informations historiques.
84 En substance, la requérante soutient que les informations occultées se rapportent à une situation de crise qui appartient au passé. Ces informations n’étant plus pertinentes, il n’y aurait pas de risque à les divulguer. De même, elle considère qu’il n’y a pas de risque que les intérêts de Sberbank Slovénie puissent pâtir des conjectures, à savoir les spéculations des observateurs externes, étant donné qu’il est déjà public que la BCE et le CRU ont conclu que cet établissement était en situation de défaillance avérée ou prévisible. Par ailleurs, Sberbank Slovénie ferait désormais partie d’un groupe bancaire différent ; il serait donc peu plausible qu’une divulgation porte atteinte à ses intérêts. La requérante reproche également à la BCE de ne pas avoir indiqué si elle avait consulté Sberbank Slovénie sur ce point.
85 À cet égard, en ce qui concerne les données financières exactes relatives à la situation de Sberbank Slovénie dans les semaines précédant la rédaction de l’évaluation FOLTF dont la divulgation pourrait, selon la BCE, porter atteinte aux intérêts cet établissement et de sa nouvelle société mère, si, certes, ledit établissement a rejoint le groupe de Nova Ljubljanska Banka d.d. à la suite de l’adoption d’un dispositif de résolution, il demeurait en activité au moment de l’adoption de la décision attaquée.
86 Il s’ensuit que la BCE pouvait valablement considérer que la divulgation des données financières relatives à la situation sur le plan de la liquidité de Sberbank Slovénie pouvait, au moment de l’adoption de la décision attaquée, porter atteinte aux intérêts de cet établissement ou à ceux de sa nouvelle société mère (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, points 240 à 242). En effet, il ne saurait être admis que le seul fait qu’un établissement rejoigne un groupe à la suite de l’adoption d’un dispositif de résolution puisse créer une présomption selon laquelle les informations financières collectées aux fins de l’évaluation FOLTF perdraient immédiatement leur caractère secret.
87 Les communiqués de presse et autres documents concernant la situation de Sberbank Slovénie publiés par la BCE et le CRU ne peuvent pas modifier cette conclusion. En effet, bien que, comme le souligne la requérante, il soit public que la BCE et le CRU ont considéré que Sberbank Slovénie était dans une situation de défaillance avérée ou prévisible, aucune publicité n’a été donnée aux données financières exactes relatives à cette situation.
88 Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, dans la mesure où il était clair que la BCE ne devait pas divulguer des informations récentes sur la position commerciale de Sberbank Slovénie, celle-ci n’avait pas à consulter cet établissement, conformément à l’article 4, paragraphe 4, de la décision 2004/258.
89 Au demeurant, si la motivation de la décision attaquée sur le risque d’atteinte aux intérêts de Sberbank Slovénie et de sa nouvelle société mère est succincte, elle fait apparaître de façon claire et non équivoque les raisons fondant le refus de divulgation et doit donc être considérée comme étant suffisante (voir points 41 à 55 ci-dessus).
90 En ce qui concerne les appréciations portées par Sberbank Slovénie, la requérante et la BCE et les actions entreprises par ces dernières dont la divulgation pourrait, selon la BCE, porter atteinte au bon fonctionnement du système de surveillance, les reproches de la requérante, qui se limitent à regretter le manque de transparence de la BCE, ne parviennent pas à remettre en cause l’appréciation de cette dernière selon laquelle la divulgation de ces informations serait susceptible de porter atteinte aux méthodes et aux stratégies de surveillance appliquées par les autorités compétentes ainsi qu’à la confiance mutuelle entre elles et les établissements surveillés nécessaire au mécanisme de surveillance prudentielle.
91 Contrairement à ce qu’allègue la requérante, le fait que la BCE ait annoncé publiquement les conclusions de son évaluation FOLTF, avant l’adoption du dispositif de résolution à l’égard de Sberbank Slovénie et sans que le règlement no 806/2014 ne le requière, ne l’empêche pas d’invoquer le risque que d’autres établissements ne puissent plus se fier au fait que les informations qu’ils seront susceptibles de fournir à la BCE à l’avenir dans le cadre de la surveillance prudentielle conserveront leur caractère confidentiel. En effet, dans le communiqué de presse concernant la situation de Sberbank Slovénie, que la BCE a publié sur son site Internet le 28 février 2022, cette dernière n’a divulgué aucune information couverte par le secret professionnel.
92 À cet égard, le considérant 116 du règlement no 806/2014, qu’invoque la requérante, précise que « [l]es mesures de résolution devraient être notifiées en bonne et due forme et rendues publiques, sous réserve des exceptions limitées prévues par le présent règlement » et que, « [t]outefois, dans la mesure où les informations obtenues par le CRU, les autorités de résolution nationales et leurs conseillers professionnels durant la procédure de résolution peuvent être sensibles tant que la décision de résolution n’a pas été rendue publique, elles devraient faire l’objet des exigences de secret professionnel ». Or, il a déjà été jugé qu’admettre que l’adoption d’un dispositif de résolution puisse avoir des conséquences automatiques sur le caractère confidentiel des informations qui ont été spécifiquement recherchées afin d’apprécier la position commerciale d’un établissement de crédit reviendrait à exclure, par principe, l’application de l’exception mentionnée à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258, relatif à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union (arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 239). Dans ces conditions, c’est à juste titre que la BCE a vérifié si chaque élément de l’évaluation FOLTF contenait des informations confidentielles avant de la publier. En l’espèce, il s’est avéré que certains de ces éléments contenaient des informations confidentielles, de sorte que la BCE pouvait valablement les occulter dans la version publique de ladite évaluation.
93 En se limitant à regretter le manque de transparence de la BCE et à invoquer le fait que cette dernière a divulgué certaines informations concernant la situation de Sberbank Slovénie au moyen d’un communiqué de presse, la requérante ne parvient pas à remettre en cause le raisonnement de la BCE selon lequel la divulgation des informations occultées pourrait avoir des conséquences préjudiciables pour le bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle.
94 La BCE pouvait donc valablement se fonder sur un risque d’atteinte aux méthodes et aux stratégies de surveillance appliquées par les autorités compétentes ainsi qu’à la confiance mutuelle entre elles et les établissements surveillés nécessaire au mécanisme de surveillance prudentielle.
95 Eu égard à ce qui précède, il n’est pas établi que la BCE a commis une erreur manifeste d’appréciation ou un détournement de pouvoir en considérant que la divulgation des informations demandées risquait de porter atteinte au bon fonctionnement du système de surveillance prudentielle (voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Aeris Invest/BCE, T‑827/17, EU:T:2021:660, point 269).
96 Partant, il y a lieu de conclure que les informations auxquelles la BCE a refusé l’accès sur le fondement de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258 sont confidentielles au sens de l’article 27 du règlement no 1024/2013 et de l’article 53 de la directive 2013/36.
97 Par conséquent, il y a lieu d’écarter le troisième moyen, dès lors que la décision attaquée s’avère fondée au regard de l’exception relative à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, prévue à l’article 4, paragraphe 1, sous c), de la décision 2004/258.
Sur le quatrième moyen, tiré de la violation de l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, de la décision 2004/258, relatif à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale
98 En substance, la requérante fait valoir que la BCE procède à une interprétation et une application erronées de l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, de la décision 2004/258 relatif à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale. En outre, la BCE ne fournirait pas une motivation suffisante à cet égard.
99 La BCE conteste cette argumentation.
100 À cet égard, si un même document peut effectivement entrer dans le champ d’application d’une ou de plusieurs exceptions prévues par la décision 2004/258, il ressort de l’examen du troisième moyen que c’est à juste titre que la BCE a considéré que la divulgation de la version intégrale de l’évaluation FOLTF porterait atteinte à la protection de la confidentialité des informations protégées en tant que telles en vertu du droit de l’Union, au sens de l’article 4, paragraphe 1, sous c), de cette décision.
101 Cette exception justifiant ainsi, à elle seule, la non-divulgation des informations occultées, il n’y a pas lieu, pour des raisons d’économie de procédure, d’examiner le bien-fondé des arguments de la requérante concernant l’exception relative à la protection des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale mentionnée à l’article 4, paragraphe 2, de la décision 2004/258 qui font l’objet du présent moyen (voir, par analogie, arrêt du 28 mai 2020, ViaSat/Commission, T‑649/17, non publié, EU:T:2020:235, point 127 et jurisprudence citée).
Sur le cinquième moyen, tiré de la violation du droit de la requérante d’accéder au dossier de la procédure ayant abouti à la décision attaquée
102 En substance, la requérante soutient que, dans le cadre de la procédure d’accès du public aux documents, la BCE aurait dû, conformément à l’article 41 de la Charte, lui donner accès à l’évaluation FOLTF, afin qu’elle puisse faire valoir utilement son point de vue quant au caractère confidentiel des informations qu’elle contient.
103 La BCE conteste cette argumentation.
104 En l’espèce, ainsi qu’il ressort des points 61 à 95 ci-dessus, il s’est avéré que les données occultées étaient confidentielles. À cet égard, des informations qui n’ont pas été divulguées par la BCE au motif qu’elles étaient confidentielles et qui font l’objet d’une procédure d’accès du public aux documents n’ont pas à être communiquées au demandeur au cours de ladite procédure. Cette manière de procéder est conforme au principe de bonne administration, puisque si tel n’était pas le cas, toute procédure d’accès du public aux documents deviendrait sans objet du fait de la communication du document demandé.
105 Conformément à l’article 8 de la décision 2004/258, la décision attaquée peut faire l’objet d’un recours en annulation en vertu de l’article 263 TFUE. Dans le cadre du présent recours en annulation introduit à l’encontre de la décision attaquée, c’est ainsi au Tribunal, et non à la requérante, qu’il appartient d’effectuer la consultation du document demandé (voir, en ce sens, arrêt du 12 mai 2015, Unión de Almacenistas de Hierros de España/Commission, T‑623/13, EU:T:2015:268, point 105 et jurisprudence citée).
106 Par conséquent, il y a lieu d’écarter le cinquième moyen, tiré de la violation du droit de la requérante d’accéder au dossier de la procédure ayant abouti à la décision attaquée, et de rejeter le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
107 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la BCE, conformément aux conclusions de cette dernière.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (septième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) MeSoFa Vermögensverwaltungs AG supportera ses propres dépens ainsi que ceux exposés par la Banque centrale européenne (BCE).
| Kowalik-Bańczyk | Buttigieg | Hesse |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 6 novembre 2024.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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