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AccueilDroit européen62023CB0075
Jurisprudence CJUE62023CB0075

Affaire C-75/23, Parchetul de pe lângă Tribunalul Braşov: Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 9 janvier 2024 (demande de décision préjudicielle de la Curtea de Apel Braşov — Roumanie) — procédure pénale contre M.A.sr, S.A.C.S., S.A.S. [Renvoi préjudiciel – Article 99 du règlement de procédure de la Cour – Acte éclairé – Questions identiques – Protection des intérêts financiers de l’Union européenne – Article 325, paragraphe 1, TFUE – Convention PIF – Article 2, paragraphe 1 – Obligation de lutter contre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union par des mesures dissuasives et effectives – Obligation de prévoir des sanctions pénales – Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – Directive 2006/112/CE – Fraude grave à la TVA – Délai de prescription de la responsabilité pénale – Arrêt d’une Cour constitutionnelle ayant invalidé une disposition nationale régissant les causes d’interruption de ce délai – Risque systémique d’impunité – Protection des droits fondamentaux – Article 49, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Principe de légalité des délits et des peines – Exigences de prévisibilité et de précision de la loi pénale – Principe de l’application rétroactive de la loi pénale plus favorable (lex mitior) – Principe de sécurité juridique – Standard national de protection des droits fondamentaux – Obligation pour les juridictions d’un État membre de laisser inappliqués des arrêts de la Cour constitutionnelle et/ou de la juridiction suprême de cet État membre en cas de non-conformité au droit de l’Union – Responsabilité disciplinaire des juges en cas de non-respect de ces arrêts – Principe de primauté du droit de l’Union]

CELEX62023CB0075
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 9 janvier 2024

Résumé IA

La Cour de justice, par ordonnance, a jugé que les juridictions nationales doivent écarter l'application d'une décision de leur propre Cour constitutionnelle si celle-ci crée un risque systémique d'impunité pour les fraudes graves à la TVA, portant ainsi atteinte à l'obligation de l'Union de protéger ses intérêts financiers. Cette obligation prime sur le droit national, y compris sur la responsabilité disciplinaire des juges qui appliqueraient ce principe de primauté. La Cour rappelle également que le principe de légalité des délits et des peines, garanti par la Charte des droits fondamentaux, n'est pas violé lorsque le juge national écarte la jurisprudence constitutionnelle pour se conformer au droit de l'Union.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2024/2000

18.3.2024

Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 9 janvier 2024 (demande de décision préjudicielle de la Curtea de Apel Braşov — Roumanie) — procédure pénale contre M.A.sr, S.A.C.S., S.A.S.

(Affaire C-75/23 (1), Parchetul de pe lângă Tribunalul Braşov)

(Renvoi préjudiciel - Article 99 du règlement de procédure de la Cour - Acte éclairé - Questions identiques - Protection des intérêts financiers de l’Union européenne - Article 325, paragraphe 1, TFUE - Convention PIF - Article 2, paragraphe 1 - Obligation de lutter contre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union par des mesures dissuasives et effectives - Obligation de prévoir des sanctions pénales - Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) - Directive 2006/112/CE - Fraude grave à la TVA - Délai de prescription de la responsabilité pénale - Arrêt d’une Cour constitutionnelle ayant invalidé une disposition nationale régissant les causes d’interruption de ce délai - Risque systémique d’impunité - Protection des droits fondamentaux - Article 49, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne - Principe de légalité des délits et des peines - Exigences de prévisibilité et de précision de la loi pénale - Principe de l’application rétroactive de la loi pénale plus favorable (lex mitior) - Principe de sécurité juridique - Standard national de protection des droits fondamentaux - Obligation pour les juridictions d’un État membre de laisser inappliqués des arrêts de la Cour constitutionnelle et/ou de la juridiction suprême de cet État membre en cas de non-conformité au droit de l’Union - Responsabilité disciplinaire des juges en cas de non-respect de ces arrêts - Principe de primauté du droit de l’Union)

(C/2024/2000)

Langue de procédure: le roumain

Juridiction de renvoi

Curtea de Apel Braşov

Parties dans la procédure pénale au principal

M.A.sr, S.A.C.S., S.A.S.

en présence de: Parchetul de pe lângă Tribunalul Braşov, Statul român

Dispositif

1)

L’article 325, paragraphe 1, TFUE et l’article 2, paragraphe 1, de la convention établie sur la base de l’article K.3 du traité sur l’Union européenne, relative à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes, signée à Bruxelles le 26 juillet 1995,

doivent être interprétés en ce sens que:

les juridictions d’un État membre ne sont pas tenues de laisser inappliqués les arrêts de la Cour constitutionnelle de cet État membre invalidant la disposition législative nationale qui régit les causes d’interruption du délai de prescription en matière pénale en raison d’une atteinte au principe de légalité des délits et des peines tel que protégé en droit national, dans ses exigences relatives à la prévisibilité et à la précision de la loi pénale, même si ces arrêts ont pour conséquence qu’un nombre considérable d’affaires pénales, y compris des affaires relatives à des infractions de fraude grave portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne, seront clôturées en raison de la prescription de la responsabilité pénale.

En revanche, lesdites dispositions du droit de l’Union doivent être interprétées en ce sens que:

les juridictions de cet État membre sont tenues de laisser inappliqué un standard national de protection relatif au principe de l’application rétroactive de la loi pénale plus favorable (lex mitior) qui permet de remettre en cause l’interruption du délai de prescription de la responsabilité pénale dans de telles affaires par des actes de procédure intervenus avant un tel constat d’invalidité.

2)

Le principe de primauté du droit de l’Union

doit être interprété en ce sens que:

il s’oppose à une réglementation ou à une pratique nationale en vertu de laquelle les juridictions nationales de droit commun d’un État membre sont liées par les décisions de la Cour constitutionnelle ainsi que par celles de la juridiction suprême de cet État membre et ne peuvent, pour cette raison et au risque que la responsabilité disciplinaire des juges concernés soit engagée, laisser inappliquée d’office la jurisprudence résultant de ces décisions, même si elles considèrent, à la lumière d’un arrêt de la Cour, que cette jurisprudence est contraire à des dispositions du droit de l’Union d’effet direct.


(1) JO C 205, du 12.06.2023


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2000/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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