Ordonnance de la Cour (huitième chambre) du 19 juin 2023.#Autoramiksas UAB contre Commission européenne.#Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Recours en annulation et en carence – Refus de la Commission européenne d’engager une procédure en constatation de manquement – Pouvoir discrétionnaire de la Commission – Pourvoi manifestement non fondé.#Affaire C-12/23 P.
| CELEX | 62023CO0012 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | lundi 19 juin 2023 |
Résumé IA
Texte intégral
ORDONNANCE DE LA COUR (huitième chambre)
19 juin 2023 (*)
« Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Recours en annulation et en carence – Refus de la Commission européenne d’engager une procédure en constatation de manquement – Pouvoir discrétionnaire de la Commission – Pourvoi manifestement non fondé »
Dans l’affaire C‑12/23 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 13 janvier 2023,
Autoramiksas UAB, établie à Kaunas (Lituanie), représentée par Me G. Valantiejus, advokatas,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant :
Commission européenne,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (huitième chambre),
composée de M. M. Safjan (rapporteur), président de chambre, MM. N. Piçarra et N. Jääskinen, juges,
avocat général : M. P. Pikamäe,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 181 du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son pourvoi, Autoramiksas UAB demande l’annulation de l’ordonnance du Tribunal de l’Union européenne du 10 novembre 2022, Autoramiksas/Commission (T‑374/22, non publiée, ci-après l’« ordonnance attaquée », EU:T:2022:718), par laquelle celui-ci a rejeté comme étant manifestement irrecevable son recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision Ares (2022) 2097221 de la Commission européenne, du 22 mars 2022, de clôturer la procédure CHAP(2021) 03788 relative à une plainte qu’elle lui avait soumise au sujet d’un prétendu manquement de la République de Lituanie aux obligations lui incombant en vertu du droit douanier de l’Union (ci‑après la « décision litigieuse ») et, d’autre part, à faire constater la carence de la Commission en ce que cette dernière s’est abstenue d’introduire un recours en manquement contre la République de Lituanie.
Le recours devant le Tribunal et l’ordonnance attaquée
2 Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 27 juin 2022, la requérante a introduit un recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision litigieuse et, d’autre part, à faire constater la carence de la Commission.
3 En ce qui concerne le recours en annulation, le Tribunal a considéré, au point 6 de l’ordonnance attaquée, que les particuliers n’étaient pas recevables à attaquer le refus de la Commission d’engager une procédure en constatation de manquement contre un État membre. Au point 7 de cette ordonnance, il a relevé qu’un tel refus ne constituait pas un acte attaquable, au sens de l’article 263 TFUE, dès lors qu’il résulte de l’économie de l’article 258 TFUE que la Commission n’est pas tenue d’engager un recours en manquement, mais qu’elle dispose à cet égard d’un pouvoir discrétionnaire excluant le droit pour les particuliers d’exiger de cette institution qu’elle prenne une position dans un sens déterminé.
4 En outre, le Tribunal a rappelé, au point 8 de ladite ordonnance, que, en vertu de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, toute personne physique ou morale peut former, dans les conditions prévues aux premier et deuxième alinéas de cet article, un recours en annulation contre les actes dont elle est le destinataire ou qui la concernent directement et individuellement, ainsi que contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesures d’exécution.
5 À cet égard, au point 9 de l’ordonnance attaquée, le Tribunal a considéré que, dans le cadre de la procédure en constatation de manquement prévue à l’article 258 TFUE, les seuls actes que la Commission peut être amenée à prendre sont adressés aux États membres et que, dans le système prévu à cet article, ni l’avis motivé ni la saisine de la Cour ne sauraient constituer des actes concernant de manière directe les personnes physiques ou morales.
6 En ce qui concerne le recours en carence, le Tribunal a rappelé, au point 11 de cette ordonnance, que les conditions de recevabilité d’un recours en carence, fixées par l’article 265 TFUE, ne sont pas remplies lorsque l’institution invitée à agir a pris position sur cette invitation avant l’introduction du recours. Par ailleurs, le Tribunal a estimé que l’institution n’est pas en situation de carence non seulement lorsqu’elle adopte un acte donnant satisfaction au requérant, mais également lorsqu’elle refuse d’adopter cet acte et répond à la demande qui lui est faite en indiquant les raisons pour lesquelles elle estime qu’il ne convient pas d’adopter ledit acte ou qu’elle n’a pas compétence pour le faire.
7 Aux points 12 et 13 de ladite ordonnance, le Tribunal a considéré que, par la décision litigieuse, la Commission avait répondu à la requérante en lui indiquant les motifs pour lesquels elle n’entendait pas donner suite à sa plainte et, ce faisant, n’allait pas introduire un recours en manquement contre la République de Lituanie. Le Tribunal a estimé que cette décision constituait donc une prise de position de la Commission, invitée à agir par la requérante, avant l’introduction du recours.
8 Partant, le Tribunal a, sur le fondement de l’article 126 de son règlement de procédure, rejeté le recours de la requérante comme étant manifestement irrecevable, sans le signifier à la Commission.
Les conclusions de la requérante devant la Cour
9 Par son pourvoi, la requérante demande à la Cour :
– d’annuler l’ordonnance attaquée et de renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour qu’il statue sur son recours ;
– de recueillir auprès du Tribunal l’ensemble des éléments relatifs à l’adoption de l’ordonnance attaquée, et
– de condamner la Commission aux dépens.
Sur le pourvoi
10 En vertu de l’article 181 du règlement de procédure de la Cour, lorsqu’un pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement irrecevable ou manifestement non fondé, la Cour peut, à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de rejeter ce pourvoi totalement ou partiellement, par voie d’ordonnance motivée.
11 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans le présent pourvoi.
12 À l’appui de son pourvoi, la requérante soulève deux moyens, tirés, d’une part, d’une erreur de droit commise par le Tribunal dans l’appréciation des conditions prévues à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE et, d’autre part, d’une omission de statuer sur certains des aspects du recours de la requérante.
Sur le premier moyen
13 Par son premier moyen, la requérante soutient que le Tribunal a commis une erreur de droit dans l’interprétation du « droit substantiel » de l’Union, en particulier de l’article 263 TFUE, en ayant considéré, au point 14 de l’ordonnance attaquée, qu’elle n’était pas en droit de contester la décision litigieuse, dans la mesure où son recours tendant à faire constater, sur le fondement de l’article 265 TFUE, la carence de la Commission, en ce que celle-ci se serait abstenue d’introduire un recours en manquement, en vertu de l’article 258 TFUE, contre la République de Lituanie, était manifestement irrecevable.
14 Il résulterait en effet clairement de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE que toute personne concernée peut former un recours contre les actes des institutions de l’Union européenne, dont notamment ceux de la Commission, qui la concernent directement et individuellement. Or, la requérante estime qu’elle remplit toutes les conditions énoncées au quatrième alinéa de cet article, dès lors qu’elle attaque une décision, en l’occurrence la décision litigieuse, dont elle est la seule destinataire. Par ailleurs, la requérante serait directement et individuellement concernée par cette décision, en ce que celle-ci porte sur la plainte qu’elle a introduite et constitue un refus de la Commission d’engager une procédure en constatation de manquement au titre de l’article 258 TFUE contre la République de Lituanie.
15 La requérante remplirait également la condition selon laquelle elle peut introduire un recours contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesures d’exécution. En effet, il ressortirait notamment de l’arrêt du 3 octobre 2013, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Parlement et Conseil (C‑583/11 P, EU:C:2013:625, point 12), que la notion d’« acte réglementaire », au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, doit être comprise comme visant tout acte de portée générale à l’exception des actes législatifs. La décision litigieuse constituant un acte de portée générale qui la concerne directement, la requérante aurait qualité pour introduire un recours contre celle-ci, conformément à l’article 263, quatrième alinéa in fine, TFUE.
16 À cet égard, en premier lieu, il convient de relever qu’un refus d’engager une procédure en constatation de manquement ne constitue pas un acte attaquable, au sens de l’article 263 TFUE, dès lors qu’il résulte de l’économie de l’article 258 TFUE que la Commission n’est pas tenue d’engager un recours en manquement, mais qu’elle dispose, à cet égard, d’un pouvoir discrétionnaire excluant le droit pour les particuliers d’exiger de cette institution qu’elle prenne une position dans un sens déterminé (arrêt du 14 février 1989, Star Fruit/Commission, 247/87, EU:C:1989:58, point 11, ainsi que ordonnance du 2 mai 2022, Castillejo Oriol/Commission, C‑1/22 P, non publiée, EU:C:2022:343, point 23 et jurisprudence citée).
17 Certes, l’article 263, quatrième alinéa, TFUE prévoit que toute personne physique ou morale peut former, dans les conditions prévues aux premier et deuxième alinéas de cet article, un recours en annulation contre les actes dont elle est le destinataire ou qui la concernent directement et individuellement, ainsi que contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesure d’exécution.
18 Cependant, en l’occurrence, dans la mesure où la décision litigieuse constituait un refus d’engager une procédure en constatation de manquement contre un État membre, c’est à juste titre que le Tribunal a relevé, au point 9 de l’ordonnance attaquée, que, dans le cadre d’une telle procédure, régie par l’article 258 TFUE, les seuls actes que la Commission peut être amenée à prendre sont adressés aux États membres. En outre, ni l’avis motivé, qui relève de la phase préalable au dépôt éventuel d’un recours en manquement devant la Cour, ni la saisine de cette dernière par le dépôt effectif d’un tel recours ne sauraient constituer des actes concernant de manière directe les personnes physiques ou morales (voir, en ce sens, ordonnances du 3 septembre 2019, ND et OE/Commission, C‑317/19 P, non publiée, EU:C:2019:688, point 22 et jurisprudence citée, ainsi que du 29 septembre 2021, Segura del Oro Pulido/Commission, C‑225/21 P, non publiée, EU:C:2021:787, point 16 et jurisprudence citée).
19 En outre, la Cour a déjà jugé que les personnes physiques ou morales ayant déposé des plaintes auprès de la Commission, en alléguant la violation du droit de l’Union par un État membre, ne sauraient être considérées comme directement et individuellement concernées par les actes que la Commission peut être amenée à prendre dans le cadre d’une procédure au titre de l’article 258 TFUE (ordonnance du 29 septembre 2021, Segura del Oro Pulido/Commission, C‑225/21 P, non publiée, EU:C:2021:787, point 17 et jurisprudence citée).
20 En second lieu, il importe de rappeler que, si l’article 265, troisième alinéa, TFUE ouvre aux personnes physiques et morales la possibilité de former un recours en carence lorsqu’une institution a manqué de leur adresser un acte autre qu’une recommandation ou un avis, ces personnes ne peuvent cependant se prévaloir d’une telle voie de recours qu’en vue de faire constater que cette institution s’est abstenue d’adopter, en violation du traité FUE, des actes, autres que des recommandations ou des avis, dont elles seraient également recevables à contester la légalité par la voie du recours en annulation visé à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE (arrêt du 26 novembre 1996, T. Port, C‑68/95, EU:C:1996:452, points 58 et 59, ainsi que ordonnance du 29 septembre 2021, Segura del Oro Pulido/Commission, C‑225/21 P, non publiée, EU:C:2021:787, point 15).
21 C’est sans commettre d’erreur de droit que le Tribunal a jugé, aux points 6 et 7 de l’ordonnance attaquée, que les particuliers n’étaient pas recevables à attaquer le refus de la Commission d’engager une procédure en constatation de manquement contre un État membre, ce refus n’étant pas un acte attaquable, au sens de l’article 263 TFUE. Partant, c’est également sans commettre d’erreur de droit qu’il a, au point 14 de cette ordonnance, rejeté comme étant manifestement irrecevable la seconde branche du premier chef de conclusions de la requérante tendant à faire constater, sur le fondement de l’article 265 TFUE, la carence de la Commission, en ce que celle-ci aurait manqué à ses obligations en n’ayant pas introduit un recours en manquement contre la République de Lituanie.
22 Il s’ensuit que le premier moyen doit être écarté comme étant manifestement non fondé.
Sur le second moyen
23 Par son second moyen, la requérante soutient que le Tribunal a omis de statuer sur certains des arguments de son recours. Elle fait valoir qu’elle ne se serait pas limitée à invoquer l’article 263 TFUE, mais aurait également fait état de plusieurs irrégularités dont la décision litigieuse serait entachée.
24 À cet égard, il suffit de relever que, dès lors que le Tribunal a déclaré à bon droit l’irrecevabilité du recours formé devant lui, il ne lui appartenait plus de statuer au fond sur les arguments relatifs aux prétendues irrégularités dont la décision litigieuse aurait été entachée.
25 Il s’ensuit qu’il convient d’écarter le second moyen comme étant manifestement non fondé.
Sur la demande de transmission du dossier de première instance
26 En ce qui concerne le deuxième chef de conclusions de la requérante, par lequel elle demande à la Cour de recueillir auprès du Tribunal l’ensemble des éléments relatifs à l’adoption de l’ordonnance attaquée, il suffit de constater que, conformément à l’article 167, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, dès qu’il est informé de l’existence d’un pourvoi, le greffe du Tribunal transmet aussitôt au greffe de la Cour le dossier de première instance. Il s’ensuit que, en application de cette disposition, le dossier de première instance relatif au présent litige, qui comprend l’ensemble des éléments relatifs à l’adoption de l’ordonnance attaquée, a été transmis au greffe de la Cour et fait de ce fait partie du dossier dont elle dispose. Il n’y a dès lors pas lieu de statuer sur cette demande.
27 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de rejeter le pourvoi comme étant manifestement non fondé.
Sur les dépens
28 Aux termes de l’article 137 du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance. En l’espèce, la présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi ne soit signifié à la partie défenderesse en première instance et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que la partie requérante supportera ses propres dépens.
Par ces motifs, la Cour (huitième chambre) ordonne :
1) Le pourvoi est rejeté comme étant manifestement non fondé.
2) Autoramiksas UAB supporte ses propres dépens.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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