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AccueilDroit européen62023TJ0033
Jurisprudence CJUE62023TJ0033

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 20 novembre 2024.#Domator24 sp. z o.o. contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne verbale PREDATOR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure PREDATOR – Cause de nullité relative.#Affaire T-33/23.

CELEX62023TJ0033
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 20 novembre 2024

Résumé IA

Cet arrêt traite d'une action en nullité d'une marque de l'Union européenne fondée sur un risque de confusion avec une marque antérieure identique. Le Tribunal confirme que l'Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) doit procéder à une évaluation globale des similitudes entre les produits et services en cause, sans appliquer de présomption automatique. Il précise les conditions dans lesquelles des produits ou services différents peuvent être considérés comme similaires, notamment en tenant compte de leur destination et de leur public.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

20 novembre 2024 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne verbale PREDATOR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure PREDATOR – Cause de nullité relative – Risque de confusion – Complémentarité et similitude des produits – Article 8, paragraphe 1, sous b), et article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 [devenus article 8, paragraphe 1, sous b), et article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001] »

Dans l’affaire T‑33/23,

Domator24 sp. z o.o., établie à Zielona Góra (Pologne), représentée par Me T. Gawliczek, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. J. Ivanauskas et V. Ruzek, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Acer, Inc., établie à Taipei (Taïwan), représentée par Me R. Schiffer, avocate,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de M. J. Schwarcz (rapporteur), faisant fonction de président, Mme V. Tomljenović et M. W. Valasidis, juges,

greffier : M. G. Mitrev, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 17 janvier 2024,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Domator24 sp. z o.o., demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 9 novembre 2022 (affaire R 381/2022‑5) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige et faits postérieurs à l’introduction du recours

2 Le 17 janvier 2020, l’intervenante, Acer, Inc., a présenté à l’EUIPO une demande de nullité de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée à la suite d’une demande déposée le 23 mai 2017 par la requérante pour le signe verbal PREDATOR.

3 Les produits couverts par la marque contestée pour lesquels la nullité était demandée relevaient de la classe 20 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient à la description suivante : « Fauteuils ; fauteuils de bureau ; chaises [sièges] ; bureaux [meubles] ; coussins ; meubles ».

4 La demande en nullité était fondée notamment sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure PREDATOR, qui désignait des produits relevant de la classe 9 et correspondant à la description suivante : « Ordinateurs, matériel informatique, carnets, tablettes, clavier, souris, moniteurs, casques d’écoute, haut-parleurs, housses et sacs pour ordinateurs et tablettes, tapis de souris ».

5 Les causes invoquées à l’appui de la demande en nullité étaient celles visées aux dispositions combinées de l’article 8, paragraphe 1, sous b), de l’article 8, paragraphe 5, et de l’article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié par le règlement (UE) 2015/2424 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2015 (JO 2015, L 341, p. 21).

6 Le 18 janvier 2022, la division d’annulation a rejeté la demande en nullité dans son intégralité.

7 Le 9 mars 2022, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation.

8 Par la décision attaquée, la chambre de recours a partiellement accueilli le recours. En premier lieu, elle a constaté que l’intervenante n’avait pas contesté la décision de la division d’annulation en ce qui concerne l’article 8, paragraphe 5, du règlement no 207/2009. En second lieu, dans le cadre de l’analyse du risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), de ce règlement, elle a d’abord estimé que le public pertinent était le grand public, dont le niveau d’attention variait de moyen à élevé, tant pour les produits relevant de la classe 9 couverts par la marque antérieure que pour ceux relevant de la classe 20 visés par la marque contestée. Ensuite, elle a comparé ces produits et a considéré que, en raison de leur complémentarité et du fait qu’ils pouvaient partager les mêmes canaux de distribution et cibler les mêmes consommateurs, ils étaient similaires à un faible degré, à l’exception des « coussins » visés par la marque contestée qui étaient différents des produits couverts par la marque antérieure. Elle a poursuivi son analyse en constatant que les signes en cause étaient identiques et que le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure était au moins moyen. Enfin, elle a conclu à l’existence d’un risque de confusion en ce qui concerne tous les produits visés par la marque contestée, à l’exception des « coussins », et, dans cette mesure, elle a déclaré la nullité de ladite marque.

9 Après la décision attaquée, dans la décision rendue le 26 septembre 2023 dans l’affaire 56 052 C, sur demande de l’intervenante, la division d’annulation de l’EUIPO a déclaré que la requérante était déchue de ses droits sur la marque contestée, avec effet à compter du 6 septembre 2022, en ce qui concerne tous les produits visés par celle-ci. Cette décision n’a fait l’objet d’aucun recours et est donc devenue définitive.

Conclusions des parties

10 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée, dans la mesure où celle-ci a accueilli la demande en nullité ;

– condamner l’EUIPO aux dépens, y compris ceux exposés devant la chambre de recours ;

– condamner l’intervenante à supporter ses propres frais.

11 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.

12 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

13 Compte tenu de la date d’introduction de la demande d’enregistrement en cause, à savoir le 23 mai 2017, qui est déterminante aux fins de l’identification du droit matériel applicable, les faits de l’espèce sont régis par les dispositions matérielles du règlement no 207/2009, tel que modifié par le règlement 2015/2424 (voir, en ce sens, ordonnance du 5 octobre 2004, Alcon/OHMI, C‑192/03 P, EU:C:2004:587, points 39 et 40, et arrêt du 23 avril 2020, Gugler France/Gugler et EUIPO, C‑736/18 P, non publié, EU:C:2020:308, point 3 et jurisprudence citée).

14 Par ailleurs, dans la mesure où, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à la date à laquelle elles entrent en vigueur (voir arrêt du 11 décembre 2012, Commission/Espagne, C‑610/10, EU:C:2012:781, point 45 et jurisprudence citée), le litige est régi par les dispositions procédurales du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), ainsi que par celles du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018 (JO 2018, L 104, p. 1), et du règlement d’exécution (UE) 2018/626 de la Commission, du 5 mars 2018 (JO 2018, L 104, p. 37).

15 La requérante soulève, en substance, deux moyens tirés, le premier, de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 et, le second, de la violation du principe de la libre appréciation des preuves, de l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, ainsi que de l’article 55, paragraphes 1 et 2, et de l’article 22, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625.

16 Il convient de traiter tout d’abord le second moyen, qui a trait à l’appréciation des preuves que l’intervenante a produites devant l’EUIPO pour établir que les produits en cause étaient similaires, avant, le cas échéant, d’examiner le premier moyen, relatif au risque de confusion, pour l’examen duquel la question de la similitude des produits doit avoir été préalablement tranchée.

Sur le second moyen, tiré de la violation du principe de la libre appréciation des preuves, de l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, ainsi que de l’article 55, paragraphes 1 et 2, et de l’article 22, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625

17 La requérante soutient que la chambre de recours a fait une appréciation erronée des éléments de preuve présentés par l’intervenante et en a déduit à tort que les magasins spécialisés en produits informatiques pouvaient vendre des sièges adaptés aux besoins de personnes jouant longtemps à des jeux sur des ordinateurs. Selon elle, les illustrations produites par l’intervenante devant ladite chambre étaient illisibles et comportaient des indications dans une langue autre que la langue de procédure. De plus, une partie desdites illustrations n’indiqueraient pas leur source ni la date à laquelle elles avaient été réalisées, ou bien elles seraient dépourvues de pertinence. En tout état de cause, ces illustrations ne seraient pas conformes au droit applicable en matière de preuves et auraient dû être écartées par la chambre de recours.

18 L’EUIPO conteste l’argumentation de la requérante.

19 L’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 dispose que, dans les procédures de nullité, l’EUIPO limite son examen aux moyens et aux arguments soumis par les parties.

20 L’article 55, paragraphe 1, du règlement délégué 2018/625 dispose que l’EUIPO « examine toutes les preuves recueillies au cours de l’instruction dans une procédure pendante devant lui dans la mesure nécessaire pour prendre une décision dans la procédure en question ». Quant à l’article 55, paragraphe 2, de ce règlement délégué, il précise la manière concrète de présenter les éléments de preuve dans le dossier soumis à l’EUIPO.

21 L’article 22, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625 exige que le mémoire exposant les motifs du recours devant la chambre de recours soit déposé dans la langue de la procédure, déterminée conformément audit règlement et prévoit que, lorsque ce mémoire est déposé dans une autre langue officielle de l’Union européenne, le requérant en fournit une traduction dans un délai d’un mois à compter de la date du dépôt du mémoire original.

22 L’article 24 du règlement d’exécution 2018/626 dispose que, sauf disposition contraire dans ce règlement ou dans le règlement délégué 2018/625, les pièces justificatives devant être utilisées dans la procédure écrite devant l’EUIPO peuvent être déposées dans toute langue officielle de l’Union. Il prévoit aussi que, lorsque la langue de ces documents n’est pas la langue de la procédure, l’EUIPO peut, de sa propre initiative ou sur demande motivée de l’autre partie, exiger qu’une traduction soit produite, dans un délai fixé par elle, dans cette langue.

23 En outre, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le principe qui prévaut en droit de l’Union est celui de la libre appréciation des preuves, dont il découle que le seul critère pertinent pour apprécier la force probante des éléments régulièrement produits réside dans leur crédibilité. Ainsi, pour apprécier la valeur probante d’un document, il faut tenir compte, notamment, de son origine, des circonstances de son élaboration, de son destinataire et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable [voir arrêt du 24 octobre 2018, Bayer/EUIPO – Uni-Pharma (SALOSPIR), T‑261/17, non publié, EU:T:2018:710, point 60 et jurisprudence citée].

24 Par ailleurs, il est, en principe, nécessaire que la partie requérante puisse comprendre la teneur des preuves produites par la partie intervenante. Toutefois, afin de pouvoir effectivement exercer ses droits de la défense à l’égard desdites preuves, il n’est pas requis que la partie requérante soit en mesure de bien saisir tous leurs détails. Il suffit, à cet égard, qu’une personne possédant une connaissance de la langue de la procédure devant l’EUIPO soit à même d’identifier et de comprendre les éléments pertinents des documents [voir, en ce sens, arrêt du 22 septembre 2021, Collibra/EUIPO – Dietrich (COLLIBRA et collibra), T‑128/20 et T‑129/20, EU:T:2021:603, point 142 (non publié)].

25 En l’espèce, la chambre de recours s’est appuyée sur des éléments de preuve produits par l’intervenante, à savoir des extraits de sites Internet, pour constater que des sièges de jeu, spécifiquement adaptés aux besoins de personnes assises longtemps devant des ordinateurs, pouvaient être distribués par les mêmes canaux que ceux habituellement utilisés pour le matériel informatique.

26 Les éléments de preuves en cause apparaissent dans le mémoire déposé par l’intervenante devant la chambre de recours, dont il n’est pas contesté qu’il a été déposé dans la langue de la procédure, à savoir l’anglais. Le fait que ces éléments aient été présentés sous la forme de captures d’écran mentionnant les adresses Internet correspondantes et le fait qu’ils contiennent des informations rédigées en allemand, donc dans une langue autre que la langue de procédure, à savoir l’anglais, n’étaient pas de nature, dans les circonstances de la présente affaire, à empêcher ladite chambre ou la requérante d’en prendre connaissance, d’en identifier les sources et d’évaluer leur pertinence s’agissant des canaux de distribution des produits en cause.

27 Dans ces circonstances, la chambre de recours pouvait, mais n’avait pas l’obligation, de demander la traduction des informations qui n’étaient pas en langue de procédure, conformément à l’article 24 du règlement d’exécution 2018/626 et à la jurisprudence citée au point 24 ci-dessus. Du reste, il ne ressort pas du dossier que la requérante a demandé devant l’EUIPO la traduction de ces informations.

28 Il convient donc de rejeter le second moyen comme étant non fondé.

Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009

29 En substance, le présent moyen se divise en deux branches. La première est tirée de l’appréciation erronée de la complémentarité et de la similitude des produits en cause. La seconde se fonde sur les conséquences erronées qui auraient été déduites de l’identité conceptuelle des signes en cause en ce qui concerne le risque de confusion.

Observations liminaires sur le public pertinent

30 Tant pour les produits relevant de la classe 9 couverts par la marque antérieure que pour ceux relevant de la classe 20 visés par la marque contestée, la chambre de recours a constaté que le public pertinent était le grand public, dont le niveau d’attention variait de moyen à élevé, notamment en fonction du prix des produits. De plus, selon elle, le territoire pertinent était celui de l’Union.

31 Il n’y a pas lieu de remettre en cause ces constatations qui, au demeurant, ne sont pas contestées par la requérante.

Sur la première branche, tirée de l’appréciation erronée de la complémentarité et de la similitude des produits en cause

32 La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir considéré que les produits en cause présentaient un faible degré de similitude et d’avoir conclu, sur cette base, qu’il existait un risque de confusion au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009. Selon elle, contrairement à ce que la chambre de recours a constaté, les produits relevant de la classe 20, visés par la marque contestée et décrits comme étant des « fauteuils ; fauteuils de bureau ; chaises [sièges] ; bureaux [meubles] ; meubles », ne sont pas complémentaires des produits relevant de la classe 9 et couverts par la marque antérieure, tels que les « ordinateurs ». En outre, il n’existerait aucun autre élément objectif qui justifierait de les qualifier de produits similaires.

33 En particulier, la requérante fait valoir que la chambre de recours a conclu à tort à la complémentarité des produits en cause en se fondant sur une prémisse non démontrée, selon laquelle les « sièges de jeu » seraient spécifiquement adaptés aux besoins d’une personne assise très longtemps devant un ordinateur. Elle fait observer que de tels sièges ne sont pas expressément mentionnés dans la liste des produits couverts par la marque contestée et que l’intervenante n’a pas prouvé que ces sièges présentaient des caractéristiques techniques particulières liées à l’usage avec un ordinateur. Par ailleurs, selon elle, l’intervenante a reconnu devant ladite chambre que le lien entre les produits en cause était d’ordre purement esthétique. En tout état de cause, l’intervenante n’aurait établi aucun lien fonctionnel entre ces produits.

34 En outre, la requérante soutient que les fabricants des produits couverts par la marque contestée, tels que les sièges, les fauteuils et les tables, ne sont pas les mêmes que les fabricants des produits visés par la marque antérieure, par exemple les ordinateurs. L’intervenante n’aurait pas démontré que les fabricants de ces deux types de produits pouvaient généralement être les mêmes. La chambre de recours aurait également fait une application trop extensive du facteur de similitude lié aux canaux de distribution des produits en cause, ainsi que du facteur concernant les consommateurs ciblés par ces derniers. Elle aurait négligé le fait que, en règle générale, les magasins en ligne offraient des produits variés qui appartenaient à des segments du marché complètement différents, sans que les consommateurs leur attribuent une origine commerciale commune. Elle aurait aussi affirmé de manière péremptoire que les consommateurs finaux des produits en cause étaient les mêmes, alors que l’achat d’un fauteuil ou d’un canapé ne serait pas habituellement accompagné de celui d’un ordinateur.

35 Enfin, la chambre de recours aurait méconnu une pratique décisionnelle établie de l’EUIPO, selon laquelle les meubles, les sièges et les bureaux n’étaient pas complémentaires des ordinateurs ou des logiciels et selon laquelle une telle complémentarité ne pourrait être constatée que dans le cas des meubles explicitement décrits et conçus pour les ordinateurs.

36 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

37 En vertu des dispositions combinées de l’article 53, paragraphe 1, sous a), et de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, une marque de l’Union européenne est déclarée nulle lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire dans lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

38 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée].

39 Lorsque la protection de la marque antérieure s’étend à l’ensemble de l’Union, il y a lieu de prendre en compte la perception des marques en conflit par le consommateur des produits en cause sur ce territoire. Toutefois, il convient de rappeler que, pour refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, il suffit qu’un motif relatif de refus au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 existe dans une partie de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 76 et jurisprudence citée].

40 Pour apprécier la similitude entre les produits en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [voir arrêt du 14 mai 2013, Sanco/OHMI – Marsalman (Représentation d’un poulet), T‑249/11, EU:T:2013:238, point 21 et jurisprudence citée].

41 Les produits complémentaires sont ceux entre lesquels il existe un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits incombe à la même entreprise. Ne peuvent donc être regardés comme complémentaires que des produits adressés au même public et susceptibles d’être utilisés ensemble [voir arrêts du 18 février 2011, PPTV/OHMI – Rentrak (PPT), T‑118/07, non publié, EU:T:2011:58, points 29 et 30 et jurisprudence citée, et du 27 novembre 2014, Hesse et Lutter & Partner/OHMI – Porsche (Carrera), T‑173/11, non publié, EU:T:2014:1001, point 40 et jurisprudence citée].

42 Ainsi, aux fins de l’appréciation du caractère complémentaire de produits, il convient, en fin de compte, de prendre en considération la perception par les consommateurs de l’importance d’un produit pour l’usage d’un autre produit (voir arrêt du 14 mai 2013, Représentation d’un poulet, T‑249/11, EU:T:2013:238, point 22 et jurisprudence citée).

43 La complémentarité des produits peut être évaluée en tenant également compte de la réalité économique du marché telle qu’elle existe à l’heure actuelle [voir, en ce sens, arrêt du 20 décembre 2023, Torre Oria/EUIPO – Giramondi et Antonelli (WINE TALES RACCONTI DI VINO), T‑655/22, non publié, EU:T:2023:859, points 41 et 42 et jurisprudence citée].

44 En l’espèce, la chambre de recours a examiné les éléments de preuve présentés par l’intervenante et en a déduit que certains produits, notamment les « sièges de jeu », les « tables informatiques » et les « chariots pour ordinateurs », qui pouvaient être considérés comme étant inclus dans les « vastes catégories de produits » couverts par la marque contestée et visés au point 3 ci-dessus, étaient spécifiquement conçus pour répondre aux besoins liés à l’usage d’un ordinateur. Partant, elle a considéré que ces produits spécifiquement dédiés à l’usage d’un ordinateur étaient complémentaires des produits visés par la marque antérieure. Elle a également relevé que les éléments de preuve déposés par l’intervenante démontraient que ces produits complémentaires pouvaient partager les mêmes canaux de distribution et cibler les mêmes consommateurs finaux. Elle en a conclu que l’ensemble desdits produits étaient faiblement similaires.

45 S’agissant de la comparaison des produits visés par la marque contestée (autres que les « coussins ») avec ceux couverts par la marque antérieure, le litige se limite, d’une part, à la question de leur complémentarité et, d’autre part, à l’identification de leurs canaux de distribution et de leurs consommateurs finaux.

46 En premier lieu, en ce qui concerne la question de savoir si les produits en cause sont complémentaires, il y a lieu de constater que les « fauteuils ; fauteuils de bureau ; chaises [sièges] ; bureaux [meubles] ; meubles » visés par la marque contestée sont importants pour l’usage des produits couverts par la marque antérieure « ordinateurs, matériel informatique, carnets, tablettes, clavier, souris, moniteurs, casques d’écoute, haut-parleurs, housses et sacs pour ordinateurs et tablettes, tapis de souris », notamment dans le secteur des jeux informatiques.

47 Par exemple, dans le secteur des jeux informatiques examiné par la chambre de recours, qui concerne une partie du grand public et donc du public pertinent, l’importance de certains meubles pour l’usage du matériel informatique a été établie par les éléments de preuve présentés par l’intervenante, qui montrent, par exemple, des chaises qui sont spécifiquement destinées à être utilisées avec ce matériel et qui entretiennent donc un lien fonctionnel avec celui-ci.

48 Il est vrai que ces éléments de preuve datent de deux à cinq ans après la date de dépôt de la marque contestée. À cet égard, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence en matière de causes de nullité absolue, la date pertinente d’examen d’une demande en nullité est la date de dépôt de la marque contestée (voir ordonnance du 24 septembre 2009, Bateaux mouches/OHMI, C‑78/09 P, non publiée, EU:C:2009:584, point 18 et jurisprudence citée). Ce principe est néanmoins tempéré par la jurisprudence, qui admet la prise en compte d’éléments postérieurs à cette date, à condition que ceux-ci concernent la situation à la date du dépôt de la demande de marque [arrêt du 3 juin 2009, Frosch Touristik/OHMI – DSR touristik (FLUGBÖRSE), T‑189/07, EU:T:2009:172, points 19 et 28].

49 En outre, l’effet d’une nullité absolue étant le même qu’une nullité relative, à savoir l’annulation de la marque contestée ab initio, donc à la date du dépôt de celle-ci, les principes décrits au point 48 ci-dessus en matière de causes de nullité absolue s’appliquent aussi aux causes de nullité relative telle que celle invoquée, en l’espèce, par la requérante au titre de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009.

50 Il en résulte que, en l’espèce, le fait que les éléments de preuve en cause datent de deux à cinq ans après la date de dépôt de la marque contestée ne les prive pas de toute valeur probatoire.

51 De plus, conformément à la jurisprudence citée au point 43 ci-dessus, les éléments de preuve en cause permettent d’évaluer la complémentarité des produits en cause en tenant compte de la réalité économique du marché.

52 Il convient de relever également que certains des éléments de preuve en cause montrent que des fabricants de matériel informatique peuvent aussi proposer des meubles complémentaires, de telle sorte que le public pertinent peut penser que la responsabilité de la fabrication de ces derniers incombe à la même entreprise [voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2018, Next design+produktion/EUIPO – Nanu-Nana Joachim Hoepp (nuuna), T‑533/17, non publié, EU:T:2018:698, points 36 et 37].

53 Par conséquent, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en constatant la complémentarité des produits en cause, notamment pour la partie du public pertinent utilisant les jeux informatiques.

54 En second lieu, il convient de relever que, s’il est vrai que les canaux de distribution des meubles et ceux du matériel informatique ne sont pas nécessairement les mêmes, ils peuvent se recouper, comme l’établissent les éléments de preuve produits par l’intervenante devant la chambre de recours, qui montrent des exemples de sites Internet de vente de matériel informatique, dont certains sont ceux de fabricants de tel matériel, proposant également des sièges spécifiquement adaptés.

55 Quant aux consommateurs finaux, ils sont ceux qui forment le grand public, tant pour les produits couverts par la marque antérieure que pour ceux visés par la marque contestée, comme cela a été constaté aux points 30 et 31 ci-dessus.

56 Partant, la chambre de recours a considéré à juste titre que ces deux facteurs de similitude, combinés à la complémentarité des produits en cause, permettaient de conclure que ceux-ci étaient faiblement similaires.

57 Aucun des arguments de la requérante ne saurait infirmer cette conclusion.

58 Premièrement, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours ne pouvait pas constater la complémentarité des produits en cause en se référant à des « sièges de jeu » spécifiquement adaptés aux personnes restant assises longtemps devant un ordinateur, il y a lieu de considérer que de tels sièges n’étaient pas exclus de la description des produits visés par la marque contestée et qu’ils pouvaient s’insérer dans le raisonnement de ladite chambre en tant qu’exemples inclus dans les catégories générales de produits figurant dans cette description.

59 Deuxièmement, en ce qui concerne l’argument de la requérante selon lequel les fabricants de meubles ne sont pas les mêmes que ceux de matériel informatique, il est certes possible d’admettre que les meubles et les ordinateurs ne seront pas fabriqués dans une même usine. Cependant, rien ne permet d’exclure qu’une même entreprise puisse être responsable, vis-à-vis du public pertinent, de leur production ou de leur commercialisation. En tout état de cause, en l’espèce, cet argument n’infirme pas les appréciations de la chambre de recours relatives à la complémentarité des produits en cause, à leurs canaux de distribution et à leurs consommateurs finaux, qui suffisent pour conclure à un faible degré de similitude entre ces produits. Par ailleurs, la requérante ne saurait valablement critiquer la décision attaquée au motif que ladite chambre aurait accordé trop de poids aux facteurs de similitude liés aux canaux de distribution et aux consommateurs ciblés, celle-ci ayant également examiné, en plus de ces deux facteurs, la complémentarité des produits en cause et ayant ainsi fondé sur plusieurs facteurs son constat d’un faible degré de similitude entre ces produits.

60 Troisièmement, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel les consommateurs finaux des produits en cause ne sont pas les mêmes au motif qu’ils n’achètent pas nécessairement en même temps un meuble et un ordinateur, il suffit de rappeler que la requérante ne conteste pas que le public pertinent de tous ces produits est le grand public.

61 Quatrièmement, en réponse aux critiques de la requérante selon lesquelles la chambre de recours a constaté la complémentarité des produits en cause en méconnaissance d’une pratique décisionnelle de l’EUIPO, il y a lieu de rappeler que celui-ci est appelé à décider en fonction des circonstances de chaque cas d’espèce et qu’il n’est pas lié par des décisions antérieures prises dans d’autres affaires. En effet, la légalité des décisions de la chambre de recours doit être appréciée uniquement sur le fondement du règlement no 207/2009, et non sur celui d’une pratique décisionnelle antérieure à celles-ci [voir arrêt du 14 décembre 2022, Eurol/EUIPO – Pernsteiner (eurol LUBRICANTS), T‑636/21, non publié, EU:T:2022:804, point 76 et jurisprudence citée].

62 Il résulte des considérations qui précèdent que la chambre de recours a conclu à bon droit à une faible similitude entre les produits en cause. La première branche du premier moyen doit donc être rejetée comme étant non fondée.

Sur la seconde branche, tirée des conséquences erronées déduites de l’identité conceptuelle entre les signes en conflit s’agissant du risque de confusion

63 La requérante soutient que la chambre de recours a constaté à tort que l’identité conceptuelle des signes en cause créait un « lien supplémentaire » entre eux dans l’esprit du public pertinent et en a erronément déduit un risque de confusion. Selon elle, l’intervenante n’a pourtant pas apporté devant ladite chambre la preuve d’un caractère distinctif accru de la marque antérieure, alors que la jurisprudence et la pratique actuelle de l’EUIPO exigent une telle preuve pour qu’il soit possible de conclure qu’une identité conceptuelle crée un risque de confusion.

64 L’EUIPO et l’intervenante contestent l’argumentation de la requérante.

65 Il convient de rappeler que l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, VENADO avec cadre e.a., T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74).

66 En l’espèce, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, la chambre de recours a tenu compte de la faible similitude des produits en cause ainsi que de l’identité des signes en conflit. Elle a souligné que ces derniers véhiculaient le même concept pour les consommateurs comprenant le mot anglais « predator », qui signifie « un animal qui s’attaque naturellement aux autres animaux ». Selon elle, s’agissant des produits en cause faiblement similaires, il existe un risque de confusion.

67 Il convient de relever que la requérante ne critique pas la constatation de la chambre de recours selon laquelle les signes en cause sont identiques, que ce soit visuellement, phonétiquement ou conceptuellement. Elle ne nie pas non plus que, comme ladite chambre l’a considéré, le caractère distinctif de la marque antérieure est, à tout le moins, moyen.

68 Dans ces conditions, comme le requiert la jurisprudence (arrêt du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 22), la chambre de recours a fait une appréciation globale de ces facteurs non contestés par la requérante et de la faible similitude des produits en cause et, à l’issue de cette appréciation globale des facteurs pertinents du présent cas d’espèce, elle a pu conclure à bon droit à l’existence d’un risque de confusion.

69 D’une part, l’identité conceptuelle des signes en cause, compte tenu de la signification du mot « predator » en anglais, et, d’autre part, l’incidence de cette signification sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure faisaient partie de ces facteurs pertinents et c’est donc sans commettre d’erreur de droit que la chambre de recours pouvait les prendre en considération dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion.

70 Par conséquent, il y a lieu de rejeter la seconde branche du premier moyen comme étant non fondée, ainsi que ce dernier dans son intégralité.

71 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, aucun des moyens présentés par la requérante au soutien de ses conclusions ne devant être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur la recevabilité de ce dernier au regard de la décision rendue par la division d’annulation le 26 septembre 2023 dans la procédure de déchéance enregistrée auprès de l’EUIPO sous le numéro 56 052 C.

Sur les dépens

72 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

73 L’intervenante a conclu à la condamnation de la requérante aux dépens. L’EUIPO a conclu dans le même sens en cas de convocation à une audience.

74 La requérante ayant succombé et une audience ayant été organisée, il y a lieu de condamner la requérante aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO et de l’intervenante.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Domator24 sp. z o.o. est condamnée aux dépens.

Schwarcz

Tomljenović

Valasidis

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 20 novembre 2024.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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