| CELEX | 62023TJ0058 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 5 juin 2024 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)
5 juin 2024 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure de déchéance – Marque de l’Union européenne verbale BIG MAC – Article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001] – Absence de preuve de l’usage sérieux de la marque pour certains produits et services – Absence d’éléments concrets et objectifs – Absence de sous-catégorie autonome – Interprétation de la liste des services »
Dans l’affaire T‑58/23,
Supermac’s (Holdings) Ltd, établie à Galway (Irlande), représentée par Mes V. von Bomhard et J. Fuhrmann, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Mme D. Stoyanova-Valchanova et M. V. Ruzek, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
McDonald’s International Property Co. Ltd, établie à Chicago, Illinois (États-Unis), représentée par Mes C. Eckhartt, A. von Mühlendahl et K. Thanbichler-Brandl, avocats,
LE TRIBUNAL (sixième chambre),
composé de Mmes M. J. Costeira (rapporteure), présidente, M. Kancheva et M. U. Öberg, juges,
greffier : Mme R. Ūkelytė, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 14 décembre 2023,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Supermac’s (Holdings) Ltd, demande l’annulation partielle et la réformation de la décision de la quatrième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 14 décembre 2022 (affaire R 543/2019-4) (ci-après la « décision attaquée »).
I. Antécédents du litige
2 Le 11 avril 2017, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande de déchéance de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée sous le numéro 62638 à la suite d’une demande déposée le 1er avril 1996 pour le signe verbal BIG MAC.
3 Les produits et services couverts par la marque contestée pour lesquels la déchéance était demandée relevaient des classes 29, 30 et 42 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 29 : « Aliments à base de viande, porc, poisson et volaille, sandwiches à la viande, sandwiches au poisson, sandwiches au porc, sandwiches au poulet, fruits et légumes conservés et cuits, œufs, fromage, lait, produits à base de lait, pickles, desserts » ;
– classe 30 : « Sandwiches comestibles, sandwiches à la viande, sandwiches au porc, sandwiches au poisson, sandwiches au poulet, biscuits, pain, gâteaux, biscuiterie, chocolat, café, succédanés du café, thé, moutarde, gruau d’avoine, pâtisserie, sauces, assaisonnements, sucre » ;
– classe 42 : « Services fournis ou liés à l’exploitation et à la franchise de restaurants et d’autres établissements ou infrastructures de restauration pour la consommation et le “drive-in” ; préparation de plats à emporter ; conception pour le compte de tiers de ce type de restaurants, établissements et autres infrastructures ; planification et conseils en matière de construction de restaurants, pour le compte de tiers ».
4 La cause invoquée à l’appui de la demande en déchéance était celle visée à l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié [devenu article 58, paragraphe 1, sous a), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)].
5 Le 11 janvier 2019, la division d’annulation a accueilli la demande en déchéance et a déclaré l’intervenante, McDonald’s International Property Co. Ltd, déchue de ses droits, à compter du 11 avril 2017, pour l’ensemble des produits et services visés au point 3 ci-dessus. Plus précisément, la division d’annulation a considéré que les éléments de preuve produits par l’intervenante ne prouvaient pas l’importance de l’usage de la marque contestée.
6 Le 8 mars 2019, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation.
7 Par la décision attaquée, la chambre de recours a annulé la décision de la division d’annulation en ce qu’elle avait déchu l’intervenante de ses droits pour les produits et services suivants :
– classe 29 : « Aliments à base de viande et de volaille, sandwiches à la viande, sandwiches au poulet » ;
– classe 30 : « Sandwiches comestibles, sandwiches à la viande, sandwiches au poulet » ;
– classe 42 : « Services fournis ou liés à l’exploitation de restaurants et d’autres établissements ou infrastructures de restauration pour la consommation et le “drive-in” ; préparation de plats à emporter ».
8 La chambre de recours a, en revanche, rejeté le recours pour les produits et services restants.
II. Conclusions des parties
9 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée sauf en ce qu’elle concerne les « sandwiches à la viande » relevant de la classe 30 et la réformer en ce sens que le recours formé par l’intervenante soit rejeté pour l’ensemble des produits et services concernés à l’exception des « sandwiches à la viande » relevant de la classe 30 ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.
10 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience.
11 L’intervenante conclut à ce qui plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
III. En droit
A. Sur la portée du recours
12 L’intervenante soutient que la demande en annulation est irrecevable en ce qu’elle concerne les « sandwiches au poulet », étant donné que la requérante a indiqué, dans la requête, qu’elle ne portait pas sur les « sandwiches à la viande ». Or, il serait évident que cette dernière spécification couvrirait les « sandwiches au poulet ».
13 À cet égard, la requérante a, certes, indiqué dans la requête qu’elle ne contestait pas la décision attaquée en ce qui concernait l’appréciation de la chambre de recours relative à l’usage sérieux de la marque contestée pour les « sandwiches à la viande » relevant de la classe 30.
14 Toutefois, contrairement à ce que soutient l’intervenante, cette renonciation ne saurait être interprétée, au regard des griefs exposés par la requérante dans ses écritures, comme couvrant également les « sandwiches au poulet ».
15 En effet, aux points 18 à 38 de la requête, la requérante a indiqué, en substance, que la décision attaquée devait être annulée dans la mesure où il avait été considéré dans celle-ci qu’un usage sérieux avait été démontré pour les « sandwiches au poulet » compris dans les classes 29 et 30. En particulier, la requérante a précisé que les éléments de preuve ne permettaient pas de conclure à un usage sérieux de la marque contestée pour les « sandwiches au poulet », puisque la marque contestée était seulement utilisée pour désigner un « sandwich à base de viande de bœuf », et rien d’autre.
16 Ainsi, l’interprétation proposée par l’intervenante de cette renonciation, qui couvrirait également les « sandwiches au poulet », ne ressort pas des écritures de la requérante et doit donc être écartée.
17 Par suite, l’irrecevabilité soulevée doit être rejetée comme non fondée.
B. Sur le fond
18 À l’appui de son recours, la requérante soulève un moyen unique, tiré de la violation de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009.
19 Ce moyen est composé de cinq branches, relatives, la première, aux « sandwiches à la viande » et aux « sandwiches au poulet » relevant de la classe 29, la deuxième, aux « sandwiches au poulet » relevant des classes 29 et 30, la troisième, aux « aliments à base de viande et de volaille » relevant de la classe 29, la quatrième, aux « sandwiches comestibles » relevant de la classe 30 et, la cinquième, aux services relevant de la classe 42.
20 À titre liminaire, il convient de rappeler que, selon l’article 15, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement no 207/2009 (devenu article 18, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement 2017/1001), lu en combinaison avec l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009, dans le cadre d’une procédure de déchéance, le titulaire d’une marque de l’Union européenne est déclaré déchu de ses droits, sur demande présentée auprès de l’EUIPO, si, pendant un délai ininterrompu de cinq ans, la marque n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux dans l’Union européenne pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée et s’il n’existe pas de juste motif pour le non-usage.
21 Selon l’article 51, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 (devenu article 58, paragraphe 2, du règlement 2017/1001), si la cause de déchéance n’existe que pour une partie des produits ou des services pour lesquels la marque est enregistrée, le titulaire n’est déclaré déchu de ses droits que pour les produits ou les services concernés.
22 Aux termes de la règle 22, paragraphes 3 et 4, du règlement (CE) no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement (CE) no 40/94 du Conseil sur la marque communautaire (JO 1995, L 303, p. 1) [devenue article 10, paragraphes 3 et 4, du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001, et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1)], les indications et les preuves de l’usage doivent établir le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage qui a été fait de la marque et se limitent, en principe, à la production de pièces justificatives, comme des emballages, des étiquettes, des barèmes de prix, des catalogues, des factures, des photographies, des annonces dans les journaux ainsi qu’aux déclarations écrites visées à l’article 78, paragraphe 1, sous f), du règlement no 207/2009 (devenu article 97, paragraphe 1, sous f), du règlement 2017/1001).
23 Il ressort de la jurisprudence qu’une marque fait l’objet d’un « usage sérieux » lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque. L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci dans la vie des affaires, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque (voir arrêt du 19 décembre 2012, Leno Merken, C‑149/11, EU:C:2012:816, points 29 et 31 et jurisprudence citée).
24 En outre, l’usage sérieux d’une marque ne peut être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné [voir arrêt du 6 octobre 2004, Vitakraft-Werke Wührmann/OHMI – Krafft (VITAKRAFT), T‑356/02, EU:T:2004:292, point 28 et jurisprudence citée].
25 Quant à l’importance de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il convient de tenir compte, notamment, du volume commercial de l’ensemble des actes d’usage, d’une part, et de la durée de la période pendant laquelle des actes d’usage ont été accomplis ainsi que de la fréquence de ces actes, d’autre part. Une telle appréciation implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte. Ainsi, un faible volume de produits ou de services commercialisés sous ladite marque peut être compensé par une forte intensité ou une certaine constance dans le temps de l’usage de cette marque et inversement [voir arrêt du 7 septembre 2022, Peace United/EUIPO – 1906 Collins (bâoli), T‑754/21, non publié, EU:T:2022:529, point 33 et jurisprudence citée].
26 En l’espèce, la demande de déchéance de la marque contestée a été déposée le 11 avril 2017. La période de cinq années visée à l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009 s’étend, ainsi que l’a relevé à juste titre la chambre de recours au point 44 de la décision attaquée, du 11 avril 2012 au 10 avril 2017.
27 La requérante ne conteste pas les conclusions de la chambre de recours tenant à l’usage de la marque contestée pour les « sandwiches à la viande » relevant de la classe 30. La demande en annulation, en ce qui concerne les produits de cette classe, se limite ainsi aux « sandwiches comestibles » et aux « sandwiches au poulet ».
1. Sur la demande d’annulation de la décision attaquée
a) Sur la première branche, relative à l’enregistrement de la marque contestée pour les « sandwiches à la viande » et les « sandwiches au poulet » relevant de la classe 29
28 La requérante soutient, en substance, que les « sandwiches à la viande » et les « sandwiches au poulet » sont enregistrés à tort dans les classes 29 et 30, puisque, selon la classification de Nice, tout type de sandwiches comestibles, y compris ceux à la viande ou au poulet, relève de la classe 30. Par suite, l’enregistrement de la marque contestée pour ces produits devrait être supprimé de la classe 29.
29 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
30 À cet égard, il importe de rappeler que la classification des produits et des services au titre de l’arrangement de Nice n’est effectuée qu’à des fins administratives. Elle ne vise en effet qu’à faciliter la rédaction et le traitement des demandes de marque, en proposant certaines classes et catégories de produits et de services. En revanche, les intitulés des classes ne constituent pas un système dans lequel il serait exclu qu’un produit ou un service contenu dans une classe ou une catégorie puisse également faire partie d’une autre classe ou catégorie [arrêt du 21 octobre 2014, Szajner/OHMI – Forge de Laguiole (LAGUIOLE), T‑453/11, EU:T:2014:901, point 88].
31 Par ailleurs, il a été jugé que, compte tenu des fins exclusivement administratives poursuivies par la classification de Nice, la seule circonstance qu’une marque contestée avait été enregistrée pour des produits désignés de manière erronée en tant que produits relevant d’une classe en particulier ne saurait avoir pour conséquence la déchéance de ladite marque pour de tels produits dès lors que cette marque avait été effectivement utilisée pour ces produits [voir, en ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Dermavita Company/EUIPO – Allergan Holdings France (JUVEDERM), T‑372/20, non publié, EU:T:2021:652, points 55 et 62].
32 Il en résulte que l’erreur alléguée par la requérante, même à la supposer établie, ne saurait en tout état de cause constituer un motif ou une cause de déchéance de la marque contestée pour ces produits, au sens de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009.
33 Dans ces conditions, il ne saurait être fait grief à la chambre de recours de ne pas avoir accueilli pour ce motif la demande en déchéance pour ces produits.
34 La présente branche doit donc être écartée comme non fondée.
b) Sur la deuxième branche, relative à l’existence d’un usage sérieux de la marque contestée pour les « sandwiches au poulet »
35 La requérante soutient, en substance, que les éléments de preuve produits par l’intervenante au cours de la procédure administrative étaient insuffisants pour étayer un usage sérieux de la marque contestée pour les « sandwiches au poulet ». Lesdits éléments se limiteraient, en effet, pour l’essentiel aux « sandwiches à la viande ».
36 L’EUIPO et l’intervenante soutiennent, en substance, que les éléments de preuve présentés, à savoir les annexes 2, 10d et 12c, font une référence explicite aux « sandwiches au poulet ». En particulier, ces annexes démontreraient un usage de la marque contestée pour ces produits, en France, de 2015 à 2016.
37 Aux fins d’étayer cet usage, l’intervenante a produit, au cours de la procédure administrative, les éléments suivants :
– des impressions d’affiches publicitaires, sur lesquelles figurent notamment l’inscription manuscrite « septembre-novembre 2016 », et de panneaux de menu relatives au « Grand Big Mac Chicken », (annexe 2 du dossier de l’EUIPO) :
Affaire C-908/24 P: Pourvoi formé le 31 décembre 2024 par Crescenzio Rivellini contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 23 octobre 2024 dans l’affaire T-465/23, Rivellini/Parlement européen
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Affaire T-683/24: Recours introduit le 31 décembre 2024 – Green Asset/EUIPO – Domitys (hômity)
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Affaire C-906/24, Sirto: Demande de décision préjudicielle présentée par le Korkein hallinto-oikeus (Finlande) le 31 décembre 2024 – A e.a.
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Affaire T-684/24: Recours introduit le 30 décembre 2024 – Tone Watch/EUIPO – Munich (MUNICH10A.T.M.)
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